Depuis son instauration en mai 2021, l’état de siège, renouvelé plus de 80 fois pour les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, peine à apporter les résultats escomptés. Ces régions restent marquées par les violences persistantes des groupes armés locaux et étrangers.
En République démocratique du Congo, les prolongations de cette mesure sécuritaire sont devenues une routine à l’Assemblée nationale. Fin octobre, les députés ont entériné la 84ᵉ prolongation, suscitant le mécontentement des élus locaux, qui dénoncent l’absence de progrès et exigent une évaluation rigoureuse avant tout nouveau renouvellement.
Ce régime d’exception, instauré par le Président Félix Tshisekedi, devait initialement être temporaire. Pourtant, trois ans plus tard, les pouvoirs militaires demeurent en place, sans que la paix n’ait été véritablement rétablie.
Des voix critiques étouffées
Certaines organisations de la société civile estiment que cet état de siège entrave la liberté d’expression. Un rapport d’Amnesty International de 2022 dénonce les abus commis sous cette mesure, mentionnant des militants des droits humains tués ou détenus arbitrairement pour des raisons jugées « fallacieuses ». L’organisation accuse les forces de sécurité d’user de ces pouvoirs étendus pour réduire au silence les critiques dans le Nord-Kivu et l’Ituri.
Une première dans la troisième République
Bien que l’état de siège soit inscrit dans la Constitution de 2006, il n’avait jamais été appliqué jusqu’à cette initiative, malgré les nombreux conflits ayant marqué le pays sous le mandat de l’ancien président Joseph Kabila. Par exemple, la crise de Kamwina Nsapu dans le Kasaï Central n’avait pas justifié l’instauration de cette mesure d’exception.
L’état d’urgence dans d’autres pays africains
D’autres pays africains ont également recours à des mesures d’urgence pour contrer des menaces sécuritaires. Au Nigeria, l’ancien président Goodluck Jonathan avait décrété l’état d’urgence en 2012 dans trois États confrontés aux attaques de Boko Haram. Plus récemment, en 2023, le président Bola Tinubu a réactivé cette mesure pour protéger les agriculteurs contre les enlèvements. De même, le Tchad a instauré l’état d’urgence en 2015 pour lutter contre l’expansion de Boko Haram autour du lac Tchad.
Si ces mesures semblent avoir réduit la menace de Boko Haram au Nigeria et au Tchad, en RDC, la situation sécuritaire reste critique. Depuis trois ans, le M23 a étendu son emprise dans le Nord-Kivu, occupant plusieurs territoires, tandis que le groupe armé CODECO continue de semer la terreur en Ituri. Par ailleurs, malgré des opérations militaires conjointes avec l’Ouganda, les ADF demeurent une menace dans les provinces touchées.
Heshima