Le sujet de la révision ou du changement de la Constitution était très attendu par les Congolais lors du discours du président de la République démocratique du Congo (RDC) sur l’état de la Nation, prononcé le 11 décembre 2024, devant les deux chambres du Parlement réunies en Congrès. Contre toute attente, le ton de Félix Tshisekedi a été plus modéré et conciliant sur ce débat qui défraie la chronique.
Loin de ses propos fermes tenus à Kisangani ou à Lubumbashi, ou encore de l’interprétation controversée de l’article 217 de la Constitution, Félix Tshisekedi a abordé la question avec une approche modérée dans son allocution. Il a mis en avant le retard pris dans la désignation de la Première ministre comme l’une des raisons pour engager des réformes constitutionnelles, laissant de côté les concepts « changement » ou « révision » de la loi fondamentale. Pour lui, ce retard est notamment lié au temps nécessaire qu’il fallait prendre pour la mise en place des institutions, conformément aux prescrits de la Constitution. « Ces délais, bien que contraignants, étaient indispensables pour respecter les échéances et les procédures fondamentales de notre démocratie », a-t-il expliqué. Ce qui l’a amené à inviter les Congolais à une réflexion commune. « Il est peut-être temps d’engager une réflexion nationale sur une réforme constitutionnelle, afin d’éliminer les failles qui ralentissent le fonctionnement de notre appareil étatique », a-t-il suggéré.
Fayulu rejette cet argument
Malgré le changement de ton de Félix Tshisekedi, l’opposition reste sur ses gardes. Martin Fayulu, président de l’Engagement citoyen pour le développement (ECIDé), pense que le président de la République applique une autre stratégie pour parvenir à ses fins. « Non, Monsieur Félix Tshisekedi, la Constitution de la République n’entrave en rien le bon fonctionnement des institutions. Le retard dans la nomination du Premier ministre n’a absolument aucune base constitutionnelle », a-t-il réagi. Cet ancien candidat à la présidentielle de 2023 appelle Félix Tshisekedi à relire l’article 78 de la Constitution qui stipule : « Le Président de la République nomme le Premier ministre au sein de la majorité parlementaire après consultation de celle-ci […]. Si une telle majorité n’existe pas, le Président de la République confie une mission d’information à une personnalité en vue d’identifier une coalition. » Pour Fayulu, la coalition au pouvoir, l’Union sacrée, possède une majorité de plus de 450 députés nationaux, une majorité confortable permettant de désigner rapidement un Premier ministre. « Ce prétexte est manifestement fallacieux. Hier, vous évoquiez le changement de la Constitution ; aujourd’hui, vous parlez d’une réforme constitutionnelle. Cessez cette stratégie du « Stop and Go ». Soyons sérieux », a-t-il écrit sur son compte X, anciennement Twitter.
Tshisekedi a-t-il revu ses ambitions ?
Le ton, on ne peut plus martial, de Félix Tshisekedi à Lubumbashi laissait penser à un président qui voulait imposer d’autorité un changement de la Constitution, malgré sa volonté de mettre en place, l’an prochain, un comité multidisciplinaire pour réfléchir sur la question. Le chef de l’État semblait avoir des idées déjà arrêtées sur un possible changement ou modification de la loi fondamentale. « Qui est celui-là qui va m’interdire, moi, le garant de la Nation, de ne pas le faire ? », vociférait-il, le 17 novembre à Lubumbashi, lors d’un meeting populaire à la place de la Poste.
Son parti, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), a cessé de militer pour la révision constitutionnelle, parlant uniquement du changement de la loi fondamentale. Ce qui suscite des soupçons sur un éventuel troisième mandat de Félix Tshisekedi, même si ce dernier s’est défendu : « Il y a eu désorientation sur ce que j’avais dit à Kisangani. Car ce que j’avais dit n’avait rien à voir avec un quelconque troisième mandat. »
Après ses propos modérés lors de son discours sur l’état de la Nation, certains observateurs de la scène politique congolaise perçoivent cette attitude comme une révision des ambitions du chef de l’État. En parlant des réformes, Félix Tshisekedi peut se limiter à une simple révision de la Constitution. Car l’homme n’a évoqué, jusqu’ici, aucun sujet majeur nécessitant un changement politique fondamental pour amener le pays vers la Quatrième République. Ce sont par exemple des sujets comme la forme de l’État, le mode de scrutin du président de la République, le fonctionnement des provinces, etc.
Heshima