Ce 1er décembre 2025, le monde célèbre la journée internationale de lutte contre le Sida. Alors que la République démocratique du Congo enregistre des avancées notables dans la prévention et la prise en charge de ce fléau, de nombreux défis continuent d’entraver l’accès équitable aux soins et la réduction durable des nouvelles infections. Entre efforts gouvernementaux, partenariats internationaux et réalités du terrain, la lutte reste à la croisée des chemins.
Depuis plusieurs années, la RDC s’efforce de renforcer sa riposte contre le VIH/Sida à travers une combinaison de politiques publiques, de programmes communautaires et de soutiens internationaux. Les progrès sont réels : davantage de centres de dépistage ont été ouverts dans les zones urbaines et rurales, la sensibilisation s’intensifie auprès des jeunes grâce aux campagnes éducatives, et l’accès aux antirétroviraux (ARV) s’est globalement amélioré, permettant à de nombreuses personnes vivant avec le VIH de mener une vie plus stable.
Le pays connaît, depuis 2010, une baisse constante du taux de prévalence de la maladie. Sur 103 millions d’habitants, environ 600 000 seulement vivent avec le VIH, selon l’ONUSIDA. La RDC continue de fournir des efforts pour l’élimination totale de cette maladie à l’horizon 2030. Cette année, la commémoration s’est déroulée sous le thème : « Sur le chemin des droits ». Cette thématique souligne l’importance des droits humains dans la lutte contre le VIH/sida. D’après le dernier rapport de l’ONUSIDA, publié en prélude à cette commémoration, le monde peut atteindre l’objectif convenu de mettre fin au Sida en tant que menace pour la santé publique d’ici à 2030. Mais à condition que les dirigeants protègent les droits humains de toutes les personnes vivant avec le VIH ou exposées au risque d’infection par le virus.
Fragilité des infrastructures sanitaires…
Les organisations communautaires jouent un rôle essentiel dans cette dynamique. Souvent en première ligne, elles facilitent le dépistage volontaire, accompagnent les patients dans l’observance thérapeutique et luttent contre la stigmatisation qui reste l’un des obstacles les plus tenaces. Dans certains territoires enclavés, ces structures sont même la seule passerelle entre les populations et les services de santé. Cependant, la progression reste inégale. Les infrastructures sanitaires demeurent fragiles, particulièrement dans les provinces affectées par les conflits ou les difficultés logistiques. Le manque de personnel formé, les ruptures sporadiques de stocks d’ARV, ainsi que les barrières culturelles et socioéconomiques compromettent encore l’efficacité de la prise en charge. Les adolescentes et jeunes femmes, plus exposées au risque d’infection, nécessitent des programmes ciblés encore insuffisamment déployés.
La stigmatisation sociale, quant à elle, sape silencieusement les avancées. Beaucoup hésitent encore à se faire dépister ou à suivre leur traitement par crainte du rejet familial ou communautaire. Les efforts de sensibilisation doivent donc s’intensifier pour ancrer la compréhension que le VIH est une maladie chronique gérable, et non une fatalité.
Un relâchement constaté
Le dernier rapport de l’ONUSIDA sur le taux de prévalence de la maladie en RDC date de 2022. Ce rapport souligne que le nombre de nouvelles contaminations dans le pays a chuté de 58 % depuis 2010, et les décès de 72 %. Le taux de prévalence reste faible (0,6 %), soit environ 600 000 personnes atteintes du VIH pour 103 millions d’habitants. Depuis 2018, 83 % des personnes connaissent leur statut sérologique et 82 % des malades sont sous traitement antirétroviral (ARV).
Ces chiffres encourageants ont cependant créé un relâchement de la part du gouvernement. L’État congolais a, depuis, cessé le dépistage généralisé pour se concentrer sur les populations les plus à risque. Il s’agit des travailleuses du sexe, des usagers de drogues injectables, des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (homosexuels), des personnes tuberculeuses, ainsi que des femmes enceintes et allaitantes. Malgré la baisse du taux de personnes infectées, rappelait Heshima Magazine en 2024, les chiffres de la RDC restent tout de même élevés par rapport à d’autres pays où la lutte contre cette pandémie est menée sans relâche. C’est le cas de la Namibie, où le pays a réussi à réaliser 99 % des naissances sans transmission du VIH. Le taux de prévalence de la maladie chez les adultes diminue également. En France, le taux de personnes infectées est de 200 000 pour 68 millions d’habitants, soit 0,4 %.
Entre optimisme mesuré et vigilance constante, la RDC poursuit sa lutte contre le Sida. Les acquis sont précieux, mais fragiles. Pour espérer un avenir où le VIH ne sera plus une menace majeure, il faudra non seulement renforcer les moyens, mais surtout consolider la confiance, l’information et la solidarité au cœur des communautés.
Heshima