Entre réformes, numérisation et pression sur les contribuables, la Direction Générale des Impôts (DGI) s’est imposée comme l’un des piliers de la stabilité financière de la RDC.
Longtemps considérée comme l’un des maillons faibles de l’administration publique congolaise, la Direction Générale des Impôts (DGI) est aujourd’hui devenue l’une des institutions les plus stratégiques de la République démocratique du Congo. À l’heure où l’État cherche à financer ses ambitions de développement, ses infrastructures, sa sécurité et ses services publics sans dépendre excessivement de l’aide extérieure, la mobilisation des recettes internes est devenue une priorité nationale.
Au cœur de cette transformation se trouve la DGI, régie financière chargée de la collecte des impôts au profit du Trésor public. Créée pour moderniser l’administration fiscale congolaise, l’institution a progressivement renforcé son rôle jusqu’à devenir la principale source de recettes de l’État.
La montée en puissance des recettes fiscales
Les performances enregistrées ces dernières années témoignent d’un changement profond. Sous la direction de Barnabé Muakadi Muamba, reconduit à la tête de l’institution en 2026, la DGI a multiplié les initiatives visant à améliorer la collecte de l’impôt, élargir l’assiette fiscale et réduire les pertes liées à la fraude et à l’évasion fiscale. Les résultats sont visibles. En avril 2026, la DGI a dépassé ses prévisions budgétaires avec un taux de réalisation de 101,39 %, mobilisant plus de 3.538 milliards de francs congolais contre une prévision de 3.489 milliards. Une performance qui confirme le rôle central de l’institution dans le financement du budget national.
Pour de nombreux observateurs, cette progression ne relève pas du hasard. Elle est le résultat d’une stratégie combinant modernisation administrative, contrôle fiscal renforcé et réformes législatives.
La révolution silencieuse de la numérisation
L’un des principaux moteurs de cette transformation est la digitalisation de l’administration fiscale. Pendant longtemps, les procédures fiscales en RDC étaient largement manuelles, favorisant les lenteurs administratives, les erreurs et parfois certaines pratiques frauduleuses. La mise en place progressive de services numériques a changé la donne. Aujourd’hui, plusieurs opérations peuvent être effectuées à distance, notamment l’obtention du Numéro d’Identification Fiscale (NIF), certaines déclarations et diverses démarches administratives. Cette modernisation permet une meilleure traçabilité des opérations et réduit considérablement les risques de manipulation des données fiscales. La technologie est ainsi devenue l’un des principaux leviers de mobilisation des recettes publiques.
Les réformes fiscales de 2026 : un tournant
L’année 2026 marque également l’entrée en vigueur de nouvelles réformes fiscales majeures. Celles-ci reposent notamment sur l’introduction d’un nouvel Impôt sur les Sociétés ainsi que sur une réorganisation de l’Impôt sur les Revenus des Personnes Physiques. L’objectif affiché est de simplifier le système fiscal, renforcer l’équité entre contribuables et accroître durablement les recettes internes.
Ces réformes visent également à intégrer davantage d’acteurs économiques dans le système fiscal, notamment ceux évoluant dans le secteur informel, qui représente encore une part importante de l’économie congolaise. Pour les autorités, l’enjeu est clair : élargir la base des contribuables plutôt que dépendre uniquement d’un nombre limité de grandes entreprises.
Barnabé Muakadi, l’homme des résultats
S’il est difficile de résumer la transformation de la DGI à une seule personnalité, le nom de Barnabé Muakadi revient systématiquement lorsqu’il est question des performances récentes de l’institution. Reconduit à la tête de la DGI par le Président Félix Tshisekedi en 2026, il est souvent présenté comme l’un des artisans de la montée des recettes fiscales. Sous sa direction, la DGI s’est fixé des objectifs ambitieux en matière de gouvernance fiscale, de modernisation des services et de mobilisation accrue des ressources nationales. Sa stratégie repose sur un principe simple : permettre à l’État de financer davantage ses politiques publiques grâce à ses propres ressources.
Vers une souveraineté financière ?
Au-delà des chiffres, la transformation de la DGI pose une question fondamentale : celle de la souveraineté financière de la RDC. Chaque franc congolais collecté par l’administration fiscale représente une ressource supplémentaire permettant à l’État de financer ses priorités sans recourir systématiquement à l’endettement ou à l’aide extérieure. Dans un contexte marqué par de fortes ambitions de développement, la DGI apparaît désormais comme l’un des acteurs clés de la construction de l’État moderne congolais.
L’institution n’est plus seulement un service chargé de percevoir l’impôt. Elle est devenue un instrument stratégique de gouvernance économique, dont les performances influencent directement la capacité du pays à financer son avenir.
Heshima Magazine