La course à la succession de Vital Kamerhe à la tête de l’Assemblée nationale semble être plus complexe qu’un simple calcul politique. Le candidat favori Aimé Boji, qui a démissionné de son poste de ministre de l’Industrie pour occuper le perchoir, retrouve sur son chemin Christophe Mboso, Jean-Baudouin Mayo, Crispin Mbindule et d’autres candidats. Au sein de son propre parti, l’Union pour la nation congolaise (UNC), certains élus hésitent à lui apporter leur soutien. Même avec l’arbitrage de Félix Tshisekedi, cette élection paraît complexe.
En République démocratique du Congo (RDC), la bataille pour le perchoir est bien lancée. Un nom se détache du lot : celui d’Aimé Boji Sangara, membre de l’UNC, le parti de Vital Kamerhe, mais également très proche du président Félix Tshisekedi. Un détail prouve que cet élu de Walungu a le soutien du chef de l’État : sa démission du gouvernement. Mais son élection risque d’être plus complexe que prévu. Sur le starting-block, douze députés, dont aucune femme, sont prêts pour la course au perchoir. Parmi ces douze candidats, trois sont de l’UDPS/Tshisekedi. Il s’agit de Crispin Mbindule Mitono, ancien de l’UNC et initiateur de la motion contre Vital Kamerhe. Il y a aussi Doudou Dunia Mangu Mangu et Patrick Matata Makalamba.
Du côté de l’UNC, Aimé Boji n’est pas seul. Il y a aussi Jean-Baudouin Mayo Mambeke. Pour d’autres partis et regroupements politiques, 7 candidats se bousculent au portillon : Christophe Mboso Nkodia, Jean-Marie Kalumba Yuma, Didier Kamundu Batundi, Willy Mishiki Buhini, Simon Mulamba Mputu, Singoma Mwanza Hamissi et Emil Saidi Balikwisha.
L’astuce de l’Union sacrée pour barrer la route aux autres candidats
Dans ce lot des candidats, Félix Tshisekedi semble avoir déjà fait son choix. Mais pour barrer la route aux autres candidatures, l’Union sacrée ne déposera à l’Assemblée nationale que le profil qui sera validé par la « haute autorité politique » de cette plateforme présidentielle. D’après un communiqué publié le 17 octobre par André Mbata, secrétaire permanent de l’Union sacrée, les dossiers des candidats ont été transmis à la haute autorité politique de l’Union sacrée, à savoir : le Président de la République, pour décision. Seule la candidature choisie par Félix Tshisekedi, précise André Mbata, sera déposée à l’Assemblée nationale pour vote.
Selon Isaac Tshilumbayi, président intérimaire de l’Assemblée nationale, même si le président Félix Tshisekedi avait déclaré ne pas vouloir s’immiscer dans les affaires internes du Parlement, il a eu son mot à dire, en sa qualité d’autorité morale de l’Union sacrée, et d’arbitre des crises institutionnelles.
Pourquoi le choix de Boji ?
Avec la gestion de la crise sécuritaire dans l’Est, l’approche de Vital Kamerhe faisait parfois l’objet de contestation. Le vide laissé par son départ de la tête de l’Assemblée nationale devrait être comblé en respectant la géopolitique. Ce qui expliquerait le choix d’Aimé Boji qui, non seulement est proche de Vital Kamerhe, mais il est aussi originaire du Sud-Kivu et du même territoire que Kamerhe. Un choix qui s’expliquerait par des raisons à la fois politiques et stratégiques : l’homme a cependant une ambition jugée moins affirmée que son chef du parti. Ce qui ne fera aucun ombrage à Félix Tshisekedi au cas où l’homme aurait des calculs sur la modification de la Constitution ou sur la négociation d’un atterrissage en douceur à la fin de son mandat.
Le seul problème est que l’ancien ministre de l’Industrie ne fait pas l’unanimité auprès des députés de la majorité. « Je n’ai rien contre Aimé Boji mais le fait d’être parenté avec Vital Kamerhe, cela ne donne pas une bonne image », a déclaré Willy Mishiki à Top Congo FM. Jean-Baudouin Mayo qui s’est porté aussi candidat n’a pas à cœur la candidature de son camarade du parti, Aimé Boji.
Si Vital Kamerhe n’a pas encore fait une déclaration officielle de soutien, certains dans son entourage s’expriment déjà en faveur de Boji. « Nous pensons que nous avons le candidat idéal. Parce qu’il y a aussi le critère de la géopolitique qu’il faut prendre en compte pour garder les équilibres institutionnels. Nous sommes tous derrière la candidature de Aimé Boji Sangara que nous pensons être en mesure de réunir l’Assemblée nationale… », a déclaré le député UNC Michel Moto, élu du territoire de Walikale.
Fort de son expérience parlementaire acquise depuis la première législature de 2006, Boji demeure confiant. Il s’est conformé d’ailleurs au communiqué de l’Union sacrée de la nation en se rendant au siège de la plateforme déposer son dossier contenant notamment son CV. Le choix porté sur Boji traduirait aussi la volonté de Félix Tshisekedi de fragmenter le leadership au Sud-Kivu, en favorisant l’émergence de plusieurs figures politiques régionales, comme il l’a déjà fait notamment dans le grand Équateur avec Jean-Pierre Bemba, Jean-Pierre Lihau, Jean-Lucien Bussa et Guy Loando. Il reste désormais à fixer la date du scrutin et à gérer les ambitions. Une tâche qui ne sera pas facile. Si d’autres candidats au perchoir seront recalés, il y a toujours un risque de fronde de la part des députés électeurs lors de l’élection.
Mboso se pointe encore…
Ancien président de l’Assemblée nationale de février 2021 à mai 2024, Christophe Mboso a tenté de revenir au perchoir lors de l’élection du nouveau bureau en 2024. Mais le système des primaires instauré pour départager Vital Kamerhe, Modeste Bahati et Christophe Mboso avait tourné à l’avantage de l’élu de Walungu, au Sud-Kivu. Mais cette fois-ci, Mboso s’est encore pointé comme candidat alors qu’il est actuellement deuxième vice-président du bureau. « Je suis convaincu que cette Chambre basse de notre pays nécessite une personne digne, intègre et serviable pour la diriger. Je suis prêt à mettre mon expérience et mes compétences au service de l’Assemblée nationale, pour œuvrer au développement de notre pays », a défendu Christophe Mboso N’kodia.
En attendant la dernière décision du Président Félix Tshisekedi, André Mbata rappelle que tous les candidats, qui avaient déjà signé les actes d’engagement à l’Union sacrée et de loyauté à la haute autorité politique, se sont par ailleurs engagés à accepter son choix. Cette course au perchoir de l’Assemblée nationale n’est pas seulement un jeu interne de nominations : c’est aussi un moment de configuration du pouvoir, de test de la majorité, de projection sur l’avenir politique. Le fait que plusieurs candidats de l’USN se bousculent déjà montre l’enjeu majeur que représente cette fonction. L’issue aura des conséquences à court et moyen terme : sur la légitimité du Parlement, sur la gouvernance, et sur la cohésion de la majorité présidentielle.
Heshima