La République démocratique du Congo fait face à une nouvelle flambée d’Ebola causée par la souche rare « Bundibugyo ». Déjà plusieurs dizaines de morts ont été enregistrées dans la province de l’Ituri, et l’Organisation mondiale de la santé a déclenché une alerte sanitaire internationale. La particularité de cette souche est l’absence actuelle de vaccin homologué et de traitement spécifique.
Les autorités sanitaires congolaises ont déclaré officiellement la 17e flambée d’Ebola du pays après la confirmation, le 15 mai 2026, de plusieurs cas liés à la souche Bundibugyo dans les zones de santé de Bunia, Mongbwalu et Rwampara. Selon l’OMS, plus de 240 cas suspects et environ 80 décès avaient été recensés dans un premier temps. Les chiffres actualisés au 18 mai 2026 font état de 513 cas suspects et 131 décès répartis dans six zones de santé. Des cas ont également été signalés en Ouganda voisin, ce qui alimente les craintes d’une propagation régionale.
Une souche rare et sans parade médicale
« L’épidémie actuelle est causée par la souche Bundibugyo, pour laquelle il n’existe ni vaccin ni traitement spécifique », explique le Dr Jean-Jacques Muyembe, directeur de l’Institut national de recherche biomédicale. Les vaccins utilisés lors des précédentes épidémies en RDC ne sont efficaces que contre la souche Zaïre. Le chercheur indique que des protocoles sont en préparation pour tester des candidats-vaccins et évaluer une éventuelle protection croisée. En attendant, la riposte repose sur les mesures de protection, l’isolement rapide des malades et la détection précoce des contacts.
La souche Bundibugyo a déjà provoqué deux épidémies, en Ouganda en 2007 et en RDC en 2012, avec un taux de mortalité compris entre 30 et 50 %. Le ministre de la Santé, Samuel Roger Kamba, évoque un taux de létalité pouvant atteindre 50 % dans certains cas. Les spécialistes rappellent que les soins de soutien précoces, la réhydratation, le traitement symptomatique et l’isolement améliorent les chances de survie. L’OMS insiste aussi sur le traçage des contacts, la surveillance communautaire et les enterrements sécurisés.
Un contexte sécuritaire qui complique la riposte
Les zones touchées en Ituri sont marquées par l’insécurité, les déplacements de population et des infrastructures sanitaires fragiles. Plusieurs soignants figurent parmi les victimes, ce qui illustre les difficultés à protéger les équipes médicales sur le terrain.
Face à cette situation, l’OMS a classé l’épidémie comme une « urgence de santé publique de portée internationale ». Africa CDC appelle à une mobilisation rapide des partenaires internationaux pour accélérer la recherche et renforcer les capacités de réponse.
Mesures à l’international et contexte historique
Le 18 mai, les États-Unis ont annoncé un renforcement des restrictions sanitaires. L’entrée sur le territoire américain est interdite aux étrangers ayant séjourné dans les 21 derniers jours en RDC, en Ouganda et au Soudan. Le Département d’État a toutefois activé un plan de riposte et mobilisé 13 millions USD pour soutenir la réponse immédiate.
Cette épidémie intervient après celle du Kasaï en septembre 2025, causée par la souche Zaïre et ayant fait plus de 30 morts. Depuis l’identification du virus en 1976 au Zaïre, la RDC a connu 17 flambées. La plus meurtrière reste celle de 2018-2020 dans l’Est, avec près de 2 300 décès sur 3 500 cas. Au total, Ebola a fait plus de 15 000 morts en Afrique en cinquante ans.
Un défi de confiance et de surveillance
L’origine exacte de la résurgence reste inconnue. Le Dr Muyembe soupçonne les chauves-souris d’être le réservoir animal, d’autant que leur consommation est fréquente en RDC. La résurgence s’explique aussi par la persistance du virus dans certains tissus de survivants, qui peuvent redevenir contagieux des mois plus tard. Comme lors des précédentes épidémies, la réponse se heurte à des résistances sociales. Dans plusieurs communautés, les malades se tournent d’abord vers des solutions mystiques avant de consulter les structures sanitaires, ce qui retarde la prise en charge et complique le traçage des contacts.
Alors que le pays lutte encore contre les conséquences des flambées passées, l’apparition de la souche Bundibugyo rappelle la vulnérabilité du système de santé face aux virus émergents. Le docteur Jean-Jacques Muyembe a reconnu que le système d’alerte a failli pour le cas de l’Ituri. Sans vaccin ni traitement spécifique, l’efficacité de la réponse dépendra désormais de la rapidité des équipes, de la coopération régionale et de la confiance des populations envers les autorités médicales.
Heshima Magazine