L’année 2025 aura été une année difficile sur le plan sécuritaire pour la République démocratique du Congo (RDC). Cette année, qui arrive à son terme, a été ponctuée par plusieurs événements marquants. Heshima Magazine revient sur dix d’entre eux.
En 2025, le pays a perdu le contrôle de deux de ses importantes capitales régionales occupées par les rebelles de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23). Dès le 13 janvier, le célèbre catcheur congolais Edingwe « Moto na Ngenge », de son vrai nom Louis Mapima Mbaka, est décédé à Casablanca, au Maroc, à l’âge de 73 ans, provoquant une grande émotion en RDC où il était une légende, avec des hommages nationaux qui ont suivi son rapatriement à Kinshasa fin février 2025. En dehors de ce cas de décès, voici une rétrospective d’une année riche en événements notamment sur les situations sociales, les inondations et le sport.
24 janvier : Mort du général Peter Cirimwami
Dès l’entame de l’année, la RDC a été confrontée à une aggravation de la situation sécuritaire dans sa partie Est. Le général major Peter Cirimwami Nkuba, officier des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et gouverneur militaire intérimaire de la province de Nord-Kivu, a été tué le 24 janvier après avoir été touché par balles la veille près de Sake, une cité située près de la ville de Goma. L’incident a eu lieu alors que le gouverneur militaire s’était déplacé vers la ligne de front à l’ouest de Goma. Sérieusement blessé, il a été pris en charge d’abord à Goma puis évacué dans la nuit vers Kinshasa. Inhumé huit mois plus tard avec un colonel tombé également sur la ligne de front au Sud-Kivu, Peter Cirimwami Nkuba a été élevé au rang de grand officier et commandeur dans l’ordre national des héros nationaux Kabila-Lumumba par le président de la République, Félix Tshisekedi. La cérémonie, qui a eu lieu au Palais du peuple, en plein cœur de la capitale congolaise, a été ponctuée de nombreux hommages.
27 janvier 2025 : Chute de la ville de Goma
Le 27 janvier, Goma, la capitale du Nord-Kivu, est tombée aux mains des rebelles de l’AFC/M23, soutenus par l’armée rwandaise. L’offensive avait démarré depuis le 23 janvier. La chute de cette ville a marqué une escalade significative du conflit dans l’Est du pays. Symbole stratégique, politique et économique, la capitale du Nord-Kivu est devenue l’épicentre d’une onde de choc aux répercussions nationales et régionales. Cette prise de la ville la plus importante de l’Est du pays a entraîné une crise humanitaire et politique, avec des appels à l’aide internationale et des protestations en RDC. A Kinshasa, cette offensive éclair et brutale a provoqué des émeutes populaires contre certaines ambassades occidentales, notamment celles de la France et de la Belgique. L’ambassade du Rwanda dont le pays participe aux hostilités aux côtés des rebelles du M23 a été aussi attaquée.
A Goma, la ville traverse toujours une épreuve difficile près d’une année après son occupation. Ces combats avaient provoqué de nouveaux déplacements massifs de populations, s’ajoutant à des camps déjà saturés autour de la ville. Des familles entières avaient fui sans ressources, cherchant refuge dans des écoles, des églises ou à même les routes menant vers le Sud-Kivu. Malgré le démantèlement par la force des camps des déplacés autour de la ville de Goma, certaines familles, en rentrant chez elles, ont trouvé des occupants inconnus dans leurs champs et parfois dans leurs maisons. Kinshasa a dénoncé une « implantation » des populations inconnues dans les zones contrôlées par le Rwanda via le M23 au détriment des autochtones. Des voix discordantes sont systématiquement réduites au silence. C’est le cas de l’artiste musicien Katembo Idengo, alias « Delcato », tué le 13 février 2025 par des rebelles du M23 à Goma, alors qu’il était en train de tourner un clip d’une chanson dénonçant l’occupation des villes de l’Est du pays par ces rebelles appuyés par le Rwanda.
De leur côté, les organisations humanitaires ont alerté sur des pénuries critiques de nourriture, d’eau potable et de médicaments, aggravées par l’insécurité et la fermeture de plusieurs axes d’approvisionnement. Les hôpitaux de Goma, déjà fragilisés, ont peiné à faire face à l’afflux de blessés. L’accès aux soins est devenu un luxe, alors que le risque d’épidémies augmente dans les zones de regroupement improvisées. Les enfants, particulièrement vulnérables, sont exposés à la malnutrition, aux violences et à l’interruption brutale de leur scolarité. Cette chute de la ville a provoqué des milliers de morts civils. Au-delà de l’urgence humanitaire, cette situation d’occupation ravive les tensions régionales et les craintes d’une escalade majeure du conflit. Les accusations de soutiens extérieurs au M23 refont surface, compliquant davantage les efforts diplomatiques pour stabiliser la région.
14 février : Chute de Bukavu
Après la ville de Goma et des combats dans certains territoires du Sud-Kivu, la ville de Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu, est finalement tombée le 14 février. Des combattants de l’AFC/M23 ont marché et roulé dans le centre-ville sans résistance. Contrairement à Goma, Bukavu était tombée sans combat. Il s’agit de la deuxième grande ville du pays à être passée sous contrôle des rebelles dans cette région riche en minerais. Plus d’une dizaine de jours après l’occupation de cette ville, une attaque à la grenade a été perpétrée en marge d’un meeting de l’AFC/M23 organisé à la Place de l’indépendance à Bukavu. Cet attentat a entraîné la mort d’une dizaine de personnes et fait une soixantaine de blessés. A Goma, comme à Bukavu, les rebelles ont installé des administrations parallèles.
Avril 2025 : Des inondations meurtrières à Kinshasa
Des pluies diluviennes se sont abattues sur Kinshasa, le 5 avril, causant la mort d’une trentaine de personnes et paralysant la capitale du pays. Des habitants circulaient en pirogue ou à la nage dans des avenues transformées en rivières. Après les pluies, les eaux ont progressivement monté, dévastant plusieurs quartiers périphériques et défavorisés de Kinshasa, mégapole de plus de 17 millions d’habitants et marquée par une urbanisation anarchique. Des quartiers les plus touchés étaient Debonhomme, Salongo et une partie de Kingabwa mais aussi Ndanu dans la commune de Limete, ainsi que d’autres zones fragiles dans les communes de Mont-Ngafula, Matete et N’djili.
Au total, 5 300 ménages des sinistrés de ces inondations ont été indemnisés par l’Etat congolais et ramenés à leurs domiciles, d’après le compte-rendu du 55ème Conseil des ministres.
Juin 2025 : Accord de paix signé le 27 juin
Après l’occupation de Goma et Bukavu, Kinshasa et Kigali ont signé un accord de paix. Représentés par leurs ministres des Affaires étrangères respectifs, la République démocratique du Congo et le Rwanda ont signé, le 27 juin 2025 à Washington, un accord en présence du secrétaire d’Etat des Etats-Unis, Marco Rubio. Signé par Mme Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre congolaise des Affaires étrangères, et Olivier Nduhungirehe, son homologue rwandais, cet accord comprend deux volets majeurs : sécuritaire et économique. Il prévoit notamment le respect de l’intégrité territoriale des deux pays, la cessation des hostilités entre leurs armées, ainsi que l’engagement mutuel de ne plus soutenir des groupes armés comme les FDLR ou l’AFC/M23. Il inclut également la mise en place d’un mécanisme conjoint de coordination sécuritaire fondé sur le concept d’opérations adopté à Luanda en octobre 2024. Cet accord bilatéral de paix entre la RDC et le Rwanda est signé sous médiation des États-Unis et vise à apaiser les tensions régionales dans les Grands Lacs.
Septembre 2025 : Condamnation de Constant Mutamba
L’ancien ministre de la Justice et Garde des sceaux, Constant Mutamba, a été condamné le 2 septembre 2025 à 3 ans de travaux forcés. Il a écopé également de 5 ans d’interdiction de vote et d’éligibilité. Cette sentence a été également confirmée en appel. Le verdict de la Cour de cassation de la République démocratique du Congo l’a reconnu coupable de détournement de fonds alloués à la construction d’une prison à Kisangani, dans la province de la Tshopo, dans le nord-est de la RDC. L’ancien ministre de la Justice a également été exclu de toute fonction publique, et sommé de restituer 19 millions de dollars détournés.
Septembre 2025 : Condamnation par contumace de Joseph Kabila
L’ancien président de la RDC, Joseph Kabila – 54 ans – a été condamné à mort par contumace par la Haute Cour militaire de Kinshasa en septembre 2025. Il était poursuivi pour trahison et crimes de guerre, notamment pour son lien présumé avec le groupe rebelle AFC/M23. Il a été jugé coupable d’intelligence avec le Rwanda, complot et participation à un mouvement insurrectionnel. Joseph Kabila, qui n’était pas présent à son procès dans la capitale Kinshasa et n’y était pas non plus représenté, a finalement réapparu à Nairobi, au Kenya, créant une coalition d’opposition dénommée « Sauvons la RDC » en octobre dernier. Une plateforme qui réunit certains opposants en exil notamment Franck Diongo, Jean-Claude Mvuemba et Augustin Matata Ponyo.
Novembre 2025 : La RDC remporte la finale des barrages africains pour le mondial
L’année 2025 a vu aussi les Léopards de la République démocratique du Congo réaliser un exploit historique en battant en finale des barrages africains les Super Eagles du Nigeria pour la dernière place de la qualification à la Coupe du monde 2026. Après un match nul (1-1) dans le temps réglementaire, les Léopards ont réussi à se défaire du Nigeria sur tirs au but. Une victoire majeure pour la qualification à la Coupe du monde 2026. Les hommes de Sébastien Desabre ne sont qu’à un match de la phase finale de la Coupe du monde qui aura lieu en juin prochain aux Etats-Unis, Mexique et Canada. En mars prochain, ils affronteront en finale des barrages intercontinentaux le gagnant du match Jamaïque-Nouvelle-Calédonie qui se jouera au Mexique. Après plus de 51 ans, jamais la RDC n’était aussi proche d’une qualification au mondial.
Décembre 2025 : Accord de paix ratifié par Tshisekedi et Kagame
Après avoir été signé le 27 juin par les ministres des Affaires étrangères de deux pays en conflit, l’Accord de paix de Washington a été ratifié le 4 décembre par les présidents congolais, Félix Tshisekedi, et rwandais, Paul Kagame, en présence du président américain Donald Trump. Félix Tshisekedi s’est engagé solennellement à mettre en œuvre, « en toute sincérité », l’ensemble des obligations qui en découlent. Le chef de l’État congolais a exprimé l’espoir que, avec le même sérieux, le Rwanda respectera pleinement la lettre et l’esprit des engagements pris à Washington. Mais seulement quelques jours après, les rebelles de l’AFC/M23 appuyés par l’armée rwandaise ont pris le contrôle de la ville d’Uvira, au Sud-Kivu. Malgré les appels au retrait de ces troupes par les Etats-Unis, l’armée congolaise affirme que ces rebelles n’ont pas quitté totalement la ville d’Uvira. Cette ville stratégique peut donner accès à la province du Tanganyika.
15 décembre : Roger Lumbala condamné à 30 ans de prison
L’ancien chef rebelle et ministre congolais, Roger Lumbala, a été condamné, le15 décembre, à 30 ans de réclusion criminelle par la Cour d’assises de Paris, en France. Il a été reconnu coupable de complicité de crimes contre l’humanité, pour avoir ordonné, aidé ou encouragé ses troupes lors de l’opération « Effacer le tableau » dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Son rôle dans les crimes commis dans ces deux régions de la République démocratique du Congo entre 2002 et 2003 a été épinglé tout au long du procès. Le parquet avait requis la réclusion à perpétuité, mais les juges ont prononcé une peine de 30 ans. C’est la première fois qu’un ancien rebelle congolais soit jugé par la France. Des ONG des droits de l’homme parlent d’une avancée majeure pour les droits des victimes des conflits armés en RDC.
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