En République démocratique du Congo, les femmes jouent un rôle essentiel dans l’économie nationale à travers l’entrepreneuriat. Présentes en grand nombre dans les marchés, les petites entreprises et les services, elles contribuent activement à la survie de nombreux ménages et à la vitalité économique. Cependant, malgré ce dynamisme, l’entrepreneuriat féminin reste confronté à de nombreux obstacles, notamment l’accès au financement, la formation et la formalisation des activités.
Si la journée internationale des femmes en 2026 est placée sous le thème « Droits, justice, action pour toutes les femmes et les filles », Heshima magazine décide de faire un focus sur les activités économiques des femmes en RDC. Dans les grandes villes comme Kinshasa, Lubumbashi ou Goma, les femmes entrepreneures occupent une place visible dans l’économie locale. Qu’il s’agisse de commerce de produits alimentaires, de restauration, d’artisanat ou encore de petits services, elles représentent une part importante des acteurs du secteur informel, qui constitue l’essentiel de l’activité économique du pays.
Pour beaucoup d’entre elles, l’entrepreneuriat n’est pas seulement un choix, mais une nécessité. Face au manque d’emplois formels et aux difficultés économiques, de nombreuses Congolaises se tournent vers la création d’activités génératrices de revenus pour subvenir aux besoins de leur famille. Les marchés urbains et les petites boutiques témoignent de cette forte présence féminine dans l’économie quotidienne.
Des obstacles dans l’entrepreneuriat féminin
Malgré leur engagement et leur résilience, les femmes entrepreneures rencontrent plusieurs obstacles qui limitent la croissance de leurs activités. L’accès au financement demeure l’un des principaux défis. Les institutions financières exigent souvent des garanties que beaucoup de femmes ne possèdent pas. En conséquence, la majorité d’entre elles financent leurs activités à partir de l’épargne personnelle ou de systèmes informels de solidarité.
À cela s’ajoutent d’autres difficultés, notamment le manque de formation en gestion d’entreprise, l’accès limité à l’information et les contraintes socioculturelles qui continuent parfois de freiner l’autonomisation économique des femmes. Ces femmes doivent souvent concilier les responsabilités familiales et faire face aux normes sociales, surtout pour celles qui sont mariées.
Beaucoup doivent également concilier leurs responsabilités familiales avec la gestion de leur activité. Cependant, des initiatives commencent à émerger pour soutenir l’entrepreneuriat féminin. Des programmes de formation, des projets de financement et des réseaux d’accompagnement voient le jour, souvent avec l’appui d’organisations internationales et d’associations locales.
Ces initiatives visent à renforcer les capacités des femmes entrepreneures et à favoriser la formalisation de leurs entreprises. Par ailleurs, l’essor du numérique et des plateformes digitales ouvre de nouvelles opportunités. Certaines femmes utilisent désormais les réseaux sociaux pour promouvoir leurs produits, élargir leur clientèle et développer leurs activités au-delà des marchés traditionnels.
Manque de financement des activités
Un autre obstacle à l’entrepreneuriat féminin et non de moindre, c’est le manque de financement. Seulement environ 10 % des femmes ont accès à un financement formel, d’après un rapport de l’ONU Femmes publié en 2022. Les prêts bancaires sont rares et les taux d’intérêt peuvent dépasser 20 %.
Dans l’entreprenariat féminin, une grande partie des activités des femmes se concentre dans le secteur tertiaire, notamment le commerce qui compte environ 65 %. Il y a la restauration et hôtellerie ainsi que les services et communication. Les femmes entreprennent principalement dans le petit commerce (marchés, boutiques), l’agroalimentaire, la restauration, les services domestiques ou artisanaux.
La majorité des entreprises féminines sont des micros ou petites entreprises, souvent créées pour soutenir les besoins familiaux. L’âge moyen des femmes entrepreneures est d’environ 41 ans. Beaucoup ont un niveau d’éducation secondaire, et une part non négligeable possède un niveau supérieur. Les activités féminines se concentrent surtout dans les grandes villes : Kinshasa, Lubumbashi, Goma et Matadi. Plusieurs éléments expliquent la croissance de l’entrepreneuriat féminin en RDC. Il y a entre autre la recherche d’autonomie économique. L’entrepreneuriat est souvent une stratégie pour lutter contre la pauvreté, soutenir la famille et surtout compenser le manque d’emplois formels.
Des femmes évoluent en réseaux
Pour s’en sortir, des femmes tentent d’évoluer en réseaux ou dans des associations. L’appartenance à des associations ou coopératives augmente la probabilité pour les femmes de créer une activité économique. Ce qui augmente aussi les chances de soutien financier des partenaires. Sur ce point, plusieurs initiatives soutiennent les femmes entrepreneures telles que le Programme PADMPME avec la Banque mondiale pour former et financer des femmes entrepreneures. Le Programme « Pour Elles » initié par l’Agence française de développement (AFD) financé à hauteur de 12 millions d’euros pour accompagner plus de 1 200 femmes en RDC. Il y a aussi les initiatives gouvernementales ou ONG pour promouvoir l’entrepreneuriat féminin et l’accès à la formation.
Malgré les défis, l’entrepreneuriat féminin en République démocratique du Congo demeure un moteur discret mais puissant de l’économie nationale. Soutenir davantage les femmes entrepreneures, à travers l’accès au financement, la formation et l’encadrement, pourrait non seulement renforcer leur autonomie économique, mais aussi contribuer de manière significative au développement durable du pays. A ce jour, la RDC peut désormais mettre des noms et des visages dans l’entrepreneuriat féminin. C’est le cas de Tisya Mukuna, l’une des rares femmes dans le monde à travailler à la tête d’une production caféière. Depuis plus de 6 ans, la jeune femme évolue dans la production de café à Kinshasa mais, comme de nombreux autres chefs d’entreprise, elle se heurte aux difficultés habituelles comme une alimentation électrique instable et l’accès difficile au financement.
Heshima Magazine