Malgré des avancées légales et des engagements internationaux, les femmes en République démocratique du Congo (RDC) restent confrontées à des inégalités juridiques persistantes. Entre lois imparfaitement appliquées et pesanteurs socioculturelles, l’égalité devant la loi demeure encore largement théorique pour des millions de Congolaises. Certaines parmi elles se retrouvent exclues de l’héritage à cause des pesanteurs socio-culturelles. Heshima Magazine évoque certains cas d’exclusion des femmes encore présents dans la société congolaise.
Dans la Constitution et dans plusieurs textes législatifs récents, la République démocratique du Congo affirme pourtant son attachement au principe d’égalité entre hommes et femmes. Toutefois, dans la pratique, de nombreuses dispositions juridiques et coutumières continuent de placer les femmes dans une position de dépendance. Pendant longtemps, le Code de la famille de la RDC a symbolisé ces inégalités. Avant sa réforme de 2016, il consacrait notamment l’autorité du mari dans la gestion du foyer et limitait la capacité juridique de l’épouse dans certaines décisions économiques. Par exemple, l’épouse ne devait pas contracter un emploi sans l’aval de son conjoint. Bien que plusieurs dispositions discriminatoires aient été supprimées, des organisations de défense des droits des femmes estiment que l’application de la réforme reste incomplète, surtout dans les zones rurales.
Inégalités dans l’accès à la propriété
Les inégalités se manifestent aussi dans l’accès à la propriété et à l’héritage. Dans plusieurs provinces de la République démocratique du Congo, de nombreuses femmes continuent de se battre pour accéder à la propriété et à l’héritage. Entre pesanteurs coutumières, ignorance de la loi et pressions familiales, leurs témoignages révèlent une réalité souvent douloureuse.
Assise sur un petit banc devant la maison familiale, Aline Katanda regarde la parcelle qui appartenait autrefois à son père. « Quand il est mort, mes oncles ont dit que la terre appartient aux hommes de la famille. On m’a demandé de partir », raconte-t-elle d’une voix basse. Cette scène n’est pas isolée dans la RDC. Dans plusieurs communautés, les pratiques coutumières continuent de primer sur les textes légaux, malgré les principes d’égalité inscrits dans la Constitution et dans le Code de la famille de la RDC. Arlette Fatuma, mère de 7 enfants, raconte comment elle a perdu la maison construite avec son mari dans le quartier Badiadingi, à l’ouest de Kinshasa. « Après sa mort, sa famille est venue avec des chefs coutumiers. Ils ont dit que je ne pouvais pas garder la parcelle parce que je suis une femme. On m’a laissé seulement quelques affaires et les enfants. », a-t-elle relaté.
Pour ces femmes, l’accès à la justice reste un parcours du combattant. Les procédures sont longues, coûteuses, et souvent mal comprises. « Beaucoup de femmes ne savent même pas qu’elles ont des droits », explique Ndukulu Yana, un juriste qui s’est donné pour mission d’expliquer sur les réseaux sociaux des éléments basiques sur les droits des femmes mais aussi sur des litiges qui surviennent de manière générale au sein de la société.
La méconnaissance des lois s’accentue en milieu rural
Dans les zones rurales, la pression sociale peut être encore plus forte. Refuser la décision de la famille ou contester une coutume est parfois perçu comme un affront à la communauté. Certaines femmes préfèrent alors se taire pour éviter les conflits. Marthe Kanyinda, 24 ans, dit avoir renoncé à revendiquer sa part de l’héritage après la mort de sa mère dans la province du Kasaï Central. « Mes frères m’ont dit que si je continuais, je ne serais plus la bienvenue au village. J’ai choisi la paix, même si ça fait mal. », a-t-elle déclaré dans des propos rapportés par une ONG qui milite pour les droits des femmes.
Pour les défenseurs des droits des femmes, ces histoires illustrent l’écart entre la loi et la réalité. Selon eux, la réforme juridique ne suffit pas si elle n’est pas accompagnée d’une sensibilisation des communautés et d’un meilleur accès à l’information. Dans plusieurs villes, des associations organisent désormais des séances d’éducation juridique pour expliquer aux femmes leurs droits à la propriété et à l’héritage. Un travail lent, mais essentiel pour faire évoluer les mentalités. Dans plusieurs communautés, les pratiques coutumières continuent de priver les femmes de terres ou de biens familiaux, malgré les principes d’égalité inscrits dans la loi. Cette situation fragilise leur autonomie économique et renforce leur dépendance au sein du ménage.
En politique, il y a encore du chemin à faire…
Les femmes congolaises font également face à des obstacles dans la participation politique et la représentation dans les institutions. La loi prévoit le principe de parité, mais dans les faits, leur présence dans les instances décisionnelles reste limitée. Au sein du gouvernement, leur quota a évolué avec l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi qui a poussé jusqu’à plus de 30% la présence des femmes au sein de l’exécutif. Malgré ces efforts, le chemin reste encore long, notamment en ce qui concerne des postes électifs où parfois des femmes élisent des hommes à la place des femmes candidates, malgré leur compétence et leur profil.
Selon plusieurs organisations de la société civile, la sous-représentation des femmes ralentit l’adoption de réformes plus favorables aux droits des femmes. À cela s’ajoute la difficulté d’accès à la justice. Les procédures judiciaires restent souvent coûteuses et complexes, tandis que les pressions familiales ou communautaires dissuadent certaines femmes de faire valoir leurs droits devant les tribunaux. Face à ces défis, des organisations locales et internationales multiplient les initiatives de sensibilisation et d’assistance juridique. Elles plaident pour une meilleure vulgarisation des lois existantes et pour une réforme plus profonde des normes sociales qui perpétuent les discriminations.
Pour de nombreux observateurs, l’enjeu dépasse désormais la simple adoption de textes juridiques. En RDC, la véritable bataille pour l’égalité des femmes se joue désormais dans l’application effective des lois et dans l’évolution des mentalités. Tant que ces deux dimensions n’avanceront pas de concert, l’égalité devant la loi restera, pour beaucoup de Congolaises, une promesse encore inachevée.
Heshima Magazine