À un match d’une qualification pour la Coupe du monde 2026, la République démocratique du Congo et la Jamaïque s’affrontent dans une finale de barrage inédite. Une rencontre décisive qui dépasse le cadre sportif pour s’inscrire dans l’histoire commune de deux peuples liés par leurs racines. Ce mardi, les Congolais vivent leur plus longue journée de l’histoire, après 52 ans d’attente.
Ce 31 mars 2026, à 22 heures, heure de Kinshasa, les Congolais resteront scotchés sur leurs postes téléviseurs pour suivre ce match historique. Ce mardi semble être le jour le plus long pour plusieurs Congolais qui attendaient ce moment depuis 52 ans. À Guadalajara, au Mexique, la RDC va jouer son destin face à la Jamaïque. L’enjeu est de taille : décrocher un billet pour la Coupe du monde, plus d’un demi-siècle après la seule participation congolaise en 1974. Pour les « Reggae Boyz » de la Jamaïque, l’histoire est la même. Les hommes du coach Rudolph Speid n’ont plus joué la phase finale de Coupe du monde depuis 1998.
Les Léopards sans « Lumumba Vea »…
Pour cette finale, la RD Congo devra se passer de son supporter emblématique, Michel Kuka Mboladinga, dit « Lumumba ». Ce dernier n’a pas pu obtenir son visa de Mexique malgré plusieurs essais. Résigné, il raconte sur ses comptes réseaux sociaux ses tentatives pour pouvoir être du voyage. « J’ai été contacté en urgence par une connaissance qui m’a proposé de me rendre en Éthiopie afin de tenter une demande de visa express. J’ai ainsi quitté Kinshasa vers 17 heures et passé la nuit à Addis-Abeba, où des démarches ont été engagées. Malheureusement, même dans un cadre d’urgence, l’obtention d’un visa express nécessite au minimum un jour de traitement, et ce, dans des conditions particulières. Compte tenu du fait qu’il s’agissait d’une mission importante – accompagner les Léopards – et au regard de la durée du voyage vers le Mexique (entre 18 et 22 heures avec une escale, et jusqu’à 30 heures avec deux escales), il m’a semblé impossible d’arriver à temps et d’assurer convenablement cette mission. », a-t-il relaté.
Les chances de la RDC face à la Jamaïque
Sur le plan statistique, les Léopards abordent cette rencontre avec un léger avantage. Classée 48e au classement FIFA contre 70e pour la Jamaïque, la RDC affiche une dynamique positive après avoir éliminé des nations majeures comme le Nigeria et le Cameroun lors des barrages africains.
Les estimations donnent environ 60 % de chances de qualification à la RDC, un chiffre qui reflète la solidité collective de l’équipe dirigée par Sébastien Desabre et la cohésion développée depuis la CAN 2025. Cependant, la Jamaïque reste un adversaire imprévisible. Les Reggae Boyz s’appuient sur des joueurs rapides et expérimentés évoluant majoritairement dans les championnats européens, notamment en Angleterre. Leur jeu de transition rapide pourrait mettre à l’épreuve la défense congolaise, emmenée par Chancel Mbemba. Mais, côté congolais aussi, des efforts ont été fournis sur le plan défensif. L’équipe encaisse moins de buts depuis septembre 2025 après sa défaite (3-2) contre le Sénégal au stade des Martyrs, à Kinshasa.
Autre élément à considérer : le format du match. Disputée en une seule rencontre sur terrain neutre, cette finale ne laisse aucune place à l’erreur. Dans ce contexte, l’aspect mental et la gestion de la pression seront déterminants. « Tout reste possible », souligne un analyste sportif, rappelant que ce type de confrontation est souvent imprévisible. Enfin, les Léopards arrivent avec un capital confiance renforcé après leur victoire récente face aux Bermudes (2-0) en match de préparation, tandis que la Jamaïque s’est qualifiée en battant la Nouvelle-Calédonie (1-0). Un but rapide de Bailey Cadamarteri (18e), qui a bien suivi un coup-franc direct mal repoussé par le gardien adverse, permettant aux Reggae Boyz d’entretenir l’espoir d’une deuxième participation à la Coupe du monde masculine de football après l’édition 1998, en France.
Les forces de la Jamaïque…
Climatisés comme les Léopards au stade des Martyrs par le Sénégal, les Reggae Boyz ont vécu une expérience similaire à domicile. Le match nul concédé face à Curaçao en novembre dernier (0-0), dans un Independence Park de Kingston plein à craquer, a ruiné les espoirs d’un retour direct à la Coupe du Monde, 27 ans après leur unique participation. Cet échec, qui condamne l’équipe à passer par les barrages, a provoqué la démission du sélectionneur anglais Steve McClaren à la tête de la sélection. Son successeur, le coach local Rudolph Speid, 67 ans, s’était donné la peine de se déplacer au Maroc pendant la CAN pour observer le jeu de la RDC.
Après avoir pensé sans succès obtenir dans ses rangs le joueur de l’Olympique de Marseille, Mason Greenwood, Rudolph Speid a enregistré un retour de taille : Leon Bailey. En froid avec la sélection depuis la Gold Cup en juin 2025, Leon Bailey sera bien de la partie. Bien qu’embêté par les blessures cette saison, l’ailier d’Aston Villa restera l’arme offensive principale des Jamaïcains. Il l’a démontré face à la Nouvelle-Calédonie le 26 mars lors de la demi-finale de ces barrages intercontinentaux. En milieu de terrain comme en attaque, trois nouveaux renforts pour densifier l’équipe : Tyrese Hall, Andre Brooks et Ephron Mason-Clark. Le jeune espoir de Tottenham Tyrese Hall, prêté cette saison à Notts County (D4 anglaise), viendra densifier l’entrejeu, analyste un média sportif. À ses côtés, les Congolais peuvent retrouver le remuant ailier Andre Brooks (Sheffield United), ainsi que Ephron Mason-Clark, actuellement en tête de Championship avec Coventry.
Des Congolais espèrent une victoire
Au cours d’une interview accordée aux médias, l’ancien président de la Fédération congolaise de football association (FECOFA), Constant Omari, a prédit la victoire des joueurs de Sébastien Desabre face aux Reggae Boyz. « J’ai suivi le match. Au regard du football pratiqué par la Jamaïque, nous avons toutes les armes pour battre les Reggae Boyz et jouer cette Coupe du Monde. Mardi prochain, nous serons dans la joie », a-t-il déclaré.
Légèrement favorite mais loin d’être à l’abri, la RDC devra livrer un match parfait pour espérer retrouver la scène mondiale. Face à une Jamaïque imprévisible, les Léopards jouent bien plus qu’un match : une page d’histoire du football congolais. Le vainqueur du mini-tournoi de Guadalajara complètera le groupe K du Mondial avec la Colombie, le Portugal et l’Ouzbékistan. Une seule victoire sépare donc les Léopards d’un retour au Mondial, 52 après la dernière participation du pays alors sous le nom de Zaïre.
Heshima