Nation

Simon Kimbangu, retour sur une figure anticoloniale majeure de l’histoire de la RDC

Published

on

Au cœur de l’histoire de la République démocratique du Congo, un nom continue de résonner comme celui d’un homme à la fois mystique et profondément politique : Simon Kimbangu. Prophète pour les uns, résistant pour les autres, il incarne aujourd’hui encore une forme de contestation spirituelle face à l’ordre colonial belge du début du XXe siècle. Septante-deux ans après sa mort, une journée fériée lui a été officiellement dédiée par le gouvernement congolais suite à son combat notamment pour la conscience africaine.      

Le 6 avril 2026, la République démocratique du Congo a commémoré le combat de Simon Kimbangu. A Nkamba, siège de l’Eglise kimbanguiste, le président de la République, Félix Tshisekedi et son épouse, Denise Nyakeru, ont célébré le 105ème anniversaire du Kimbanguisme débuté le 6 avril 1921. Depuis 2023, le président de la République, Félix Tshisekedi, avait décrété, par son ordonnance numéro 23/042 du 30 mars, le 6 avril de chaque année comme jour férié légal au pays, en souvenir du combat de Simon Kimbangu et de la conscience africaine.

Le 6 avril 2026, soit trois ans après, le chef de l’Etat congolais annonce une autre nouvelle aux Kimbanguistes : « Aujourd’hui, je suis venu vous saluer parce que, comme vous le savez, c’est un jour spécial. Car, le 6 avril de chaque année est déclaré un jour férié partout en RDC. Ainsi, après notre entretien de tout à l’heure avec le Chef spirituel, Tata Simon Kimbangu Kiangani, j’ai pris une autre nouvelle décision. C’est celle de doter la cité de Nkamba, d’un statut spécial. Ce statut spécial est que la Cité de Nkamba devra devenir une ville Sainte ».

Depuis les années 1969, le Kimbanguisme reçoit une attention politique particulière. Mais qui était Simon Kimbangu pour les Congolais ? Un militant anticolonial ou un prophète comme tant d’autres ?  

Kimbangu : de l’ouvrier à une figure de résistance

Né en environ 1887, à Nkamba, un village situé dans l’actuelle province du Kongo Central en République démocratique du Congo (anciennement Congo belge), Simon Kimbangu grandit dans une société bouleversée par la domination coloniale. Il essaie sans succès de devenir catéchiste dans une mission baptiste. Ouvrier dans les huileries de Kinshasa vers 1920, il entre en contact avec des militants américains anticolonialistes, rappelle Antoine Lion, historien et chargé de cours à l’Institut catholique de Paris. « De retour dans son village natal de Nkamba en avril 1921, il commence à prêcher le Royaume de Dieu et l’observance de la monogamie. Il se révèle comme thaumaturge et multiplie les guérisons. Nkamba devient le centre d’un pèlerinage permanent et se voit désigner par Kimbangu comme la Nouvelle Jérusalem. Celui-ci promet le retour du Christ sur terre et l’avènement d’un nouvel âge d’or », explique l’historien dans une biographie consacrée à cette figure anticolonialiste congolaise.

Sa condamnation à mort…

A Nkamba, le 6 avril 1921, il affirme avoir reçu une mission divine : prêcher la foi chrétienne et libérer son peuple des oppressions spirituelles et sociales. Rapidement, ses prédications attirent des foules immenses. Mais derrière le message religieux, les autorités coloniales belges perçoivent une menace politique grandissante. Le mouvement qu’il initie, qui donnera naissance au Kimbanguisme plus tard, prône une forme d’émancipation qui dépasse le cadre strict de la religion. En valorisant la dignité africaine et en rejetant certaines pratiques imposées par les missionnaires européens, Kimbangu devient une figure de résistance. Son influence inquiète au point que l’administration coloniale décide de l’arrêter la même année, en septembre.

Condamné à mort, sa peine est finalement commuée en détention à perpétuité. Il passera 30 ans en prison à Élisabethville (aujourd’hui Lubumbashi), loin de ses fidèles, jusqu’à sa mort en 1951. Pourtant, son message ne disparaît pas. Au contraire, il se propage clandestinement et contribue à nourrir les aspirations indépendantistes qui mèneront à l’indépendance du pays le 30 juin 1960. Aujourd’hui, Simon Kimbangu est reconnu comme un pionnier de la lutte anticoloniale en Afrique centrale. Son héritage dépasse le cadre religieux : il est devenu un symbole de résistance culturelle et d’affirmation identitaire pour des millions de Congolais. En 2023, la journée du 6 avril qui correspond à la date du début de son combat ou de son ministère est désormais fériée en RDC, en mémoire du « Combat de Simon Kimbangu et de la Conscience Africaine ».

Le Kimbanguisme traverse les frontières  

Après la mort de Simon Kimbangu, son souvenir est resté vivace : dès 1921, divers mouvements religieux se réclament de Kimbangu et de son enseignement. Ces sectes et mouvements messianiques partagent un même fond de croyances, où le culte des ancêtres voisine avec l’héritage biblique et baptiste. Après des années de persécutions et de clandestinité de ses fidèles, le kimbanguisme sort de l’ombre sous l’influence des fils de Simon, notamment Joseph Diangienda Kuntima puis de Salomon Dialungana Kiangani comme chef spirituel. À la veille de l’indépendance du Congo belge (1960), sa branche « officielle » devient l’Église de Jésus-Christ sur la terre selon Simon Kimbangu (E.J.C.S.K.). Cette communauté spirituelle se structure et grandit, regroupant plusieurs centaines de milliers de fidèles au Congo-Kinshasa et dans la région de Brazzaville, en République du Congo. Le mouvement va s’implanter jusqu’en Angola voisin. L’Église de Jésus-Christ sur la terre selon Simon Kimbangu est la première Église noire à être admise au Conseil œcuménique des Églises en 1969.

En 2026, l’Eglise résiste malgré des dissensions familiales

A la mort des fils de Simon Kimbangu, l’Eglise a été reprises par ses petits-fils. Mais une dissension va naitre au début des années 2000. L’Eglise « mère » va être dirigée par le petit-fils homonyme de Simon Kimbangu, Simon Kimbangu Kiangani et garde le siège principal de Nkamba. La branche dissidente appelée communément « aile Monkoto » va installer son siège à Kinshasa. En juillet 2025, les petits enfants du prophète restés à Kinshasa avaient décidé de se rendre à Nkamba, au Kongo Central, pour faire la paix avec leur frère, Simon Kimbangu Kiangani. Au cours d’une conférence de presse tenue, le 25 juillet 2025 à Kinshasa, le trio des lignées de Charles Kisolokele et Joseph Diangienda avaient annoncé leur voyage vers Nkamba pour sceller cette réconciliation, 23 ans après la brouille. Ils disaient répondre à l’appel à l’unité lancé par leur frère Simon Kimbangu Kiangani depuis le 8 juillet 2024.

Depuis 2001, les brouilles avaient commencé au sein de l’Eglise Kimbanguiste. Cette division se manifeste par l’existence de deux factions principales, qui ont des visions différentes sur la gouvernance et la direction de l’Eglise. Cette séparation a commencé après la mort de Joseph Diangienda, le fils de Simon Kimbangu, en 1992, et s’est intensifiée après le décès de Salomon Dialungana, le dernier fils survivant du prophète, en 2001. Ce qui a consacré officiellement le schisme en 2002.

Dans une époque où les figures historiques sont souvent réinterrogées, Simon Kimbangu demeure une référence incontournable. À la croisée de la foi et de la lutte politique, il rappelle que la quête de liberté en Afrique s’est aussi écrite dans les consciences et les croyances, bien avant de se concrétiser sur le terrain politique. Pour ses fidèles, Simon Kimbangu s’est sacrifié pour libérer les Congolais des autorités coloniales belges. Véritable figure de résistance, son combat est vu comme un éveil de la conscience africaine.

Heshima Magazine

Trending

Quitter la version mobile