Miné par des querelles internes récurrentes, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) peine à afficher une unité durable, que ce soit dans l’opposition hier ou au pouvoir aujourd’hui. Entre rivalités de leadership, blocages organisationnels et tensions publiques, les divisions actuelles interrogent sur la capacité du parti à survivre politiquement après l’exercice du pouvoir en 2028.
Au sein de l’UDPS, les signes de crispation interne se multiplient, donnant l’image d’un parti en proie à des luttes intestines constantes. Dernier épisode en date : les tensions ravivées entre cadres influents de la majorité au pouvoir, illustrées par des attaques publiques entre responsables politiques lors de meetings récents. Le 18 avril, devant les militants de l’UDPS, le secrétaire général Augustin Kabuya a relancé ces tensions en diffusant des images d’une ancienne intervention du secrétaire permanent de l’Union sacrée de la Nation, André Mbata, au siège de l’UNC. A travers ces images, le secrétaire général de l’UDPS a voulu rappeler publiquement le parcours politique d’André Mbata, suggérant qu’il n’est pas un membre historique de l’actuel parti présidentiel. Ces deux personnalités ont étalé leurs dissensions au grand jour après l’élection du gouverneur de Sankuru. La victoire du candidat Lodi Emongo, porté par André Mbata, au détriment du ticket Lumu Akutu Joseph et Dambo Onayimbi José, soutenu par Augustin Kabuya, a poussé André Mbata à qualifier ses camarades comme étant du mauvais côté de l’histoire.
Dans son intervention lors d’un meeting au siège du parti, Kabuya a insisté sur sa propre ancienneté au sein de l’UDPS, mettant en avant son rôle dans l’ascension de Félix Tshisekedi à la magistrature suprême. Il a ainsi cherché à affirmer sa légitimité face à Mbata, présenté comme un “nouveau venu” dans les rangs du parti. Ces frictions ne sont pas isolées. Elles traduisent une rivalité croissante entre figures du parti et, plus largement, au sein de la plateforme au pouvoir, l’Union sacrée de la Nation. Derrière ces passes d’armes, se jouent des enjeux de positionnement politique, d’influence et de contrôle de l’appareil partisan.
Une crise interne assumée et dénoncée de l’intérieur
Au-delà des affrontements entre leaders, certaines voix internes dénoncent ouvertement une dérive préoccupante. Des cadres de la jeunesse du parti évoquent des comportements « immatures » et des « camps qui se forment », révélateurs d’un profond malaise organisationnel. Ces critiques mettent en lumière une réalité : l’UDPS, longtemps structurée autour d’un combat commun dans l’opposition, semble aujourd’hui fragilisée par l’exercice du pouvoir et les ambitions individuelles. La discipline interne apparaît de plus en plus difficile à maintenir.
Le blocage du congrès, symbole d’un malaise plus profond
L’incapacité du parti à organiser son congrès, pourtant annoncé comme une étape clé de restructuration, illustre ces divisions. Initialement prévu en décembre 2025 et conçu pour redéfinir les orientations et renouveler les instances dirigeantes, ce rendez-vous est constamment reporté sur fond de désaccords internes. Ce blocage nourrit les frustrations des militants et alimente les interrogations sur la gouvernance du parti. Il reflète surtout des divergences profondes sur les questions de leadership et de gestion, qui peinent à trouver une issue consensuelle.
Un parti historiquement traversé par les divisions
Ces tensions ne sont pas nouvelles. Déjà dans l’opposition, l’UDPS était régulièrement secouée par des dissensions internes, liées notamment à des querelles de légitimité et de leadership. Aujourd’hui, l’accession au pouvoir n’a pas atténué ces fractures – elle semble au contraire les avoir exacerbées. Des observateurs évoquent même une « crise existentielle », marquée par une perte de repères idéologiques et une gestion jugée contestée en interne. Dans ce contexte, certains militants redoutent une dilution de l’identité historique du parti, héritée d’Étienne Tshisekedi, au profit d’alliances politiques jugées opportunistes.
Le risque de l’après-pouvoir
Au-delà des tensions actuelles, une question se pose avec insistance : que restera-t-il de l’UDPS après le pouvoir ? Pour plusieurs analystes, l’incapacité à consolider l’unité interne pourrait fragiliser durablement le parti. Le risque est celui d’un éclatement ou d’un affaiblissement, notamment si les alliances qui soutiennent aujourd’hui la majorité venaient à se déliter. Dans un système politique congolais marqué par des recompositions rapides, l’absence de cohésion interne pourrait coûter cher à une formation qui a longtemps incarné l’opposition historique avant d’accéder au sommet de l’État. Ces dissensions pourraient affecter l’après-pouvoir de l’UDPS avec un risque d’implosion du parti. Pourtant, certains militants – moins clivants – attendent une concorde au sein de ce grand parti de la scène politique congolaise.
Heshima Magazine