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C64 contre C4 en RDC : l’UDPS riposte face au front anti-révision constitutionnelle

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À peine l’opposition congolaise avait-elle lancé la Coalition Article 64 (C64) pour barrer la route à toute réforme de la Constitution que l’UDPS a contre-attaqué avec la création de la C4. Derrière cette bataille de sigles se profile un affrontement politique majeur autour de l’avenir institutionnel de la République démocratique du Congo (RDC) et du débat explosif sur un éventuel changement constitutionnel.

Le duel politique est désormais lancé. En République démocratique du Congo, la question de la révision ou du changement de la Constitution cristallise de plus en plus les tensions entre le pouvoir et l’opposition. Après la naissance de la coalition « C64 », initiée par plusieurs figures de l’opposition, dont Martin Fayulu, Delly Sesanga et Jean-Marc Kabund, pour défendre l’ordre constitutionnel actuel, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) a répliqué en annonçant la création de la « Coalition des Congolais pour le Changement de la Constitution », en sigle C4.

L’annonce a été faite par Augustin Kabuya Tshilumba, secrétaire général et président intérimaire de l’UDPS. Selon le parti présidentiel, cette nouvelle plateforme vise à fédérer les Congolais favorables à une réforme des institutions jugée nécessaire pour adapter le pays aux réalités actuelles. Le chiffre « 4 » symboliserait les quatre grandes aires linguistiques de la RDC, dans une volonté affichée de donner une dimension nationale à cette initiative.

Déjà, plusieurs figures de la majorité présidentielle commencent à rallier la nouvelle plateforme pro-révision. C’est notamment le cas de Modeste Bahati Lukwebo, qui a officiellement rejoint la dynamique C4, renforçant ainsi le camp favorable à une réforme institutionnelle. En difficulté au sein de l’Union sacrée de la Nation, Modeste Bahati semble avoir saisi cette opportunité pour tenter de se repositionner politiquement, après ses déclarations controversées autour du débat constitutionnel. Une autre adhésion remarquée est celle de Mussa Mondo, ancien vice-ministre et ancien cadre du Front commun pour le Congo (FCC), qui a récemment rejoint le camp présidentiel.

L’opposition craint un troisième mandat

Face à cette offensive politique, l’opposition campe sur ses positions. Réunis autour de la coalition C64, des leaders comme Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund ou encore Delly Sesanga accusent le camp présidentiel de vouloir ouvrir la voie à un éventuel troisième mandat du président Félix Tshisekedi. Leur stratégie repose sur l’article 64 de la Constitution, qui impose aux citoyens de faire échec à toute prise ou exercice du pouvoir contraire à la loi fondamentale.

Au cours d’un point de presse tenu le samedi 23 mai 2026 à son siège de Kinshasa, le parti de l’opposant Jean-Marc Kabund, l’Alliance pour le Changement (A.Ch), a réitéré son opposition catégorique à tout projet de modification de la Constitution, tel que prôné par le parti présidentiel.

 « Aujourd’hui, leur serment repose sur le changement de la Constitution et la révision constitutionnelle. Nous leur disons que, qu’il s’agisse d’un changement ou d’une révision, rien de tout cela n’aura lieu. Eux-mêmes le savent », a déclaré le secrétaire général du parti, Tonay Atwana Jean-Paleki.

L’UDPS amorce des consultations

Dans les rangs de l’UDPS, les responsables rejettent ces accusations et défendent plutôt une réforme destinée à corriger certaines faiblesses institutionnelles. Le parti invoque même l’héritage politique d’Étienne Tshisekedi, présenté comme l’inspirateur historique d’une nouvelle architecture constitutionnelle. L’UDPS n’hésite d’ailleurs pas à rappeler son boycott du référendum constitutionnel de 2005 ayant consacré l’actuelle Constitution. Le 22 mai, le parti a démarré des consultations dans le cadre de sa coalition pour le changement de la Constitution. Steve Mbikayi, député national et président du Parti Travailliste (P.T), était parmi les premiers à être reçus par Augustin Kabuya. À la fin de la rencontre, Steve Mbikayi a réaffirmé son engagement à accompagner l’UDPS dans le processus de changement de la Constitution. « Nous allons l’accompagner jusqu’à l’aboutissement heureux de l’adoption d’une nouvelle constitution », a déclaré le président national du P.T. Selon lui, la Coalition Article 64 lancée par l’opposition ne représentera pas un obstacle pour leur démarche.

Cette montée des tensions révèle une polarisation grandissante du paysage politique congolais. En l’espace de quelques jours, deux blocs antagonistes se sont constitués autour d’un même sujet : conserver ou changer la Constitution. D’un côté, la C64 entend verrouiller toute tentative de réforme ; de l’autre, la C4 veut mobiliser partis politiques, société civile et confessions religieuses en faveur d’un changement constitutionnel.

À Kinshasa, le bras de fer constitutionnel ne fait que commencer. Entre la C64, qui brandit la défense de l’ordre constitutionnel, et la C4, qui plaide pour une nouvelle architecture institutionnelle, la bataille politique promet d’occuper le devant de la scène dans les prochains mois. Une confrontation à haut risque qui pourrait redessiner l’avenir politique de la RDC à l’approche des échéances électorales de 2028.

Heshima Magazine

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