En multipliant les rencontres stratégiques et en affinant son plaidoyer sur la sécurité régionale, le président congolais Félix Tshisekedi a su imposer sa lecture de la crise dans l’Est de la République démocratique du Congo lors de son passage à Washington, reléguant son homologue rwandais Paul Kagame à l’arrière-plan des discussions américaines.
Après la signature le 4 décembre 2025 de l’Accord de partenariat stratégique minier RDC-USA, des lignes ont sensiblement bougé entre Kigali et Kinshasa. Autrefois privilégié à Washington, Paul Kagame se retrouve isolé ces derniers temps par l’administration Trump. La prise de la ville d’Uvira par les rebelles de l’AFC/M23 appuyés par l’armée rwandaise n’a pas été appréciée par Washington. Ce qui a donné un avantage diplomatique à Félix Tshisekedi, devenu plus audible que le dirigeant rwandais.
Un plaidoyer calibré pour Washington
Dans les couloirs feutrés de la capitale américaine, la bataille ne s’est pas jouée sur le terrain militaire, mais sur celui de l’influence. Lors de son déplacement stratégique aux États-Unis à l’occasion de la 74e édition du National Prayer Breakfast à Washington, le 5 février 2026, Félix Tshisekedi est parvenu à recentrer les échanges sur la souveraineté congolaise et la nécessité d’une pression accrue sur les groupes armés actifs dans l’Est du pays. Paul Kagame n’a pas été invité à cette cérémonie. Ce qui a été interprété comme une mise à l’écart du dirigeant rwandais par Washington.
Face aux responsables américains, le président congolais a martelé que la stabilisation du Nord et du Sud-Kivu passait par une implication internationale plus ferme contre les soutiens extérieurs dont bénéficient les rebelles de l’AFC/M23 de la part du Rwanda. Un discours aligné avec les préoccupations sécuritaires de Washington, notamment en matière de stabilité régionale et de sécurisation des chaînes d’approvisionnement en minerais stratégiques. D’ailleurs, Kinshasa a inscrit la mine occupée de Rubaya parmi les offres congolaises sur la table de Washington.
Une offensive diplomatique en coulisses
Selon plusieurs sources diplomatiques, la délégation congolaise a préparé minutieusement cette séquence. Notes techniques, argumentaires sécuritaires, mise en avant des rapports d’experts des Nations unies : tout a été mobilisé pour convaincre que Kinshasa était un partenaire crédible et déterminé. Dans cette stratégie, Tshisekedi a su jouer sur deux registres : d’une part, la dénonciation des ingérences étrangères dans l’Est congolais ; d’autre part, l’ouverture à une coopération régionale encadrée par des mécanismes internationaux. Cette posture a contribué à donner de la RDC l’image d’un acteur prêt au dialogue, tout en exigeant des garanties claires.
Kigali sur la défensive
De son côté, Paul Kagame, régulièrement accusé par Kinshasa de soutenir l’AFC/M23 s’est retrouvé confronté à un environnement diplomatique moins favorable. À Washington, le discours rwandais mettant en avant les menaces sécuritaires à ses frontières n’a pas totalement éclipsé les préoccupations liées aux rapports d’experts internationaux. D’ailleurs, Kigali, via son ambassadrice aux Etats-Unis, a finalement avoué sa collaboration avec les rebelles de l’AFC/M23. Cet aveu aura des conséquences diplomatiques et politiques. Des sources diverses évoquent des sanctions américaines contre Kigali en préparation. Si aucune rupture spectaculaire n’a été actée entre Washington et Kigali, la tonalité des échanges marque une inflexion : les États-Unis apparaissent davantage enclins à exiger des gestes concrets de désescalade et de transparence dans l’Est de la RDC.
Un repositionnement stratégique
Pour Félix Tshisekedi, l’enjeu dépassait la seule confrontation verbale avec Kigali. Il s’agissait aussi de consolider sa stature internationale et de démontrer sa capacité à défendre les intérêts congolais sur la scène mondiale. En s’imposant comme interlocuteur central sur la crise de l’Est, il a cherché à marginaliser les initiatives parallèles et à reprendre l’initiative diplomatique. À court terme, cette manœuvre renforce la position de Kinshasa dans les discussions multilatérales, marginalisant les positions de Kigali.
Reste à savoir si cette victoire d’image à Washington se traduira sur le terrain, là où les armes parlent encore plus fort que les discours. Mais dans la guerre d’influence autour de l’Est congolais, Félix Tshisekedi a, le temps d’une séquence américaine, réussi à déplacer les lignes face à Paul Kagame. Même au niveau de la Francophonie, Kigali est menacé par l’offensive de Tshisekedi. Le 25 février à Paris, Tshisekedi et Macron ont échangé notamment sur la candidature congolaise au poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Un poste qu’occupe actuellement le Rwanda via Mme Louise Mushikiwabo. Là encore, Kinshasa veut mettre Kigali hors-jeu !
Heshima