Alors que la trésorerie publique traverse une période de fortes tensions, les parlementaires congolais reprennent le chemin de l’hémicycle ce 16 mars 2026. Au centre des attentes : une possible révision de la loi de finances afin d’adapter les priorités de l’État à une conjoncture économique et budgétaire particulièrement fragile. Les dépenses de sécurité et notamment la guerre au Moyen-Orient poussent le gouvernement à revoir sa copie du budget nationale.
La session ordinaire de mars du Parlement s’ouvre dans un contexte économique délicat en République démocratique du Congo. Les finances publiques sont soumises à une pression croissante, alimentée par des dépenses sécuritaires élevées, des engagements sociaux importants et un rythme de mobilisation des recettes jugé insuffisant par certains analystes. Au Palais du peuple, députés et sénateurs retrouvent l’hémicycle avec, à l’agenda implicite, la question de l’équilibre budgétaire. Au-delà de la ratification par le parlement des Accords de Washington lors de cette session de mars, plusieurs sources parlementaires évoquent déjà la nécessité d’une révision de la loi de finances afin de réaligner les prévisions budgétaires avec les réalités de la trésorerie de l’État.
Du côté du gouvernement, cette question n’est pas un mystère. Les dépenses de sécurité et la guerre qui frappe le Moyen-Orient pourraient conduire l’autorité budgétaire à revoir les chiffres du budget national promulgué en décembre 2025. Un projet de loi de finances rectificative est en cours d’élaboration au niveau du gouvernement. Des dépenses publiques seront réajustées dans cette loi de finances rectificative pour les adapter aux réalités de la trésorerie actuelle. « Vous savez bien dans quel contexte la loi de finances 2026 avait été votée par le Parlement. Il y avait un accord entre le Parlement et le gouvernement pour qu’à la première session de cette année, donc à la session de mars, le gouvernement puisse déposer une loi rectificative de finances afin de mieux tenir compte de l’évolution de certains paramètres économiques. Mais aussi, dans la situation dans laquelle nous nous trouvons depuis le déclenchement de la guerre en Iran, de prendre en compte l’impact de cette guerre sur l’économie nationale », avait déclaré Daniel Mukoko Samba en marge d’une rencontre avec le vice-Premier ministre, ministre du Budget, Adolphe Muzito.
Possible révision à la baisse du budget de 22 milliards USD
Le budget 2026, promulgué fin 2025, s’élève à 54 335,8 milliards de FC (environ 22 milliards USD), marquant une hausse de 17 % par rapport à 2025. Face à un contexte sécuritaire toujours préoccupant, notamment dans l’Est de la République démocratique du Congo, le gouvernement a consacré 11.896 milliards de francs congolais, soit près de 30% du budget général, aux forces de défense et de sécurité. Selon des économistes, la situation actuelle pourrait contraindre le gouvernement à procéder à des ajustements. Ceux-ci pourraient concerner à la fois la priorisation des dépenses publiques et la recherche de nouvelles marges de recettes, notamment à travers un renforcement de la mobilisation fiscale et douanière.
Dans les couloirs du Parlement, certains élus plaident également pour un contrôle plus strict de l’exécution budgétaire. « Cette session doit permettre d’évaluer l’utilisation des ressources publiques et de corriger ce qui doit l’être », confie un député de la majorité, estimant qu’une révision budgétaire pourrait devenir inévitable si les tensions de trésorerie persistent.
Des difficultés dans la paie des fonctionnaires
Depuis janvier 2026, les fonctionnaires de l’État font face à des retards récurrents dans le paiement de leurs salaires mensuels. Les causes de ces retards sont commentées de diverses manières dans l’environnement sociopolitique et économique congolais. Godé Mpoy, député national et professeur à la faculté des sciences économiques, estime que la cause serait plus profonde que certains semblent le minimiser. Lors de ses récents passages dans certains médias locaux, il a affirmé que la question du taux de change se situe au cœur du problème, précisant que la masse salariale avait été calculée sur la base d’un dollar à environ 2 850 francs congolais. Avec l’appréciation du franc congolais, les recettes en dollars, une fois converties en monnaie locale, rapporteraient moins que prévu. Ce décalage créerait un manque à gagner qui compliquerait le paiement régulier des agents.
Mais, de son côté, le gouvernement avait justifié ces retards par des ajustements techniques dans le système de paie. Le ministre des Finances, Doudou Fwamba, avait affirmé que le gouvernement dispose des moyens nécessaires et que tous les salaires seront payés, rejetant ainsi les allégations liées à des difficultés de trésorerie dans un contexte de dépenses croissantes, notamment celles liées à la sécurité et à l’agression rwandaise via la rébellion de l’AFC/M23 dans l’Est de la RDC.
Par contre, le Fonds monétaire international (FMI) qui est en programme avec le gouvernement, pointe l’augmentation de la masse salariale publique comme un risque budgétaire majeur. La hausse rapide des rémunérations, notamment dans les secteurs de l’éducation, de la santé et de la justice, pèse sur l’exécution du budget et réduit l’espace fiscal disponible, dans un contexte déjà contraint par l’augmentation des dépenses de sécurité, note le FMI.
Tshisekedi appelle à des mesures de résilience
Avec les pressions économiques extérieures liées notamment à la guerre au Moyen-Orient, les tensions économiques risquent de continuer. Lors du conseil des ministres du 13 mars 2026, le président de la République, Félix Tshisekedi a appelé le gouvernement à prendre des mesures face aux pressions économiques liées au conflit en Iran qui affecte aussi d’autres pays du Golfe. Bien que les fondamentaux économiques du pays demeurent globalement résilients, fait remarquer Félix Tshisekedi, cette conjoncture de guerre au Moyen-Orient exige vigilance, cohésion et réactivité. Le gouvernement est ainsi appelé à adopter une approche anticipative et coordonnée pour atténuer les effets de ces chocs externes, préserver la stabilité macroéconomique et protéger le pouvoir d’achat des citoyens.
A ce sujet, il a chargé la Première ministre de veiller à la mise en œuvre diligente, par les membres du gouvernement concernés, de plusieurs orientations, notamment d’examiner, par le vice-premier ministre, ministre de l’Économie nationale, la possibilité de prendre, si les circonstances l’exigent, des mesures temporaires relatives aux prix des denrées de première nécessité ; engager, sous la coordination du vice-premier ministre, ministre de l’Économie nationale, et du vice-premier ministre, ministre des Transports, en collaboration avec le ministre de l’Entrepreneuriat et du Développement des PME, des consultations avec les organisations professionnelles afin d’assurer une surveillance accrue des pratiques tarifaires dans le secteur des transports et d’identifier des mécanismes d’atténuation pour les petites et moyennes entreprises ;
garantir, sous la conduite de la ministre d’État en charge des Hydrocarbures, en coordination avec les ministres de l’Économie, du Budget et des Finances, la Réserve Stratégique générale la continuité de l’approvisionnement en carburant et examiner le renforcement des stocks stratégiques nationaux ; Organiser, par le ministère des Mines, en synergie avec les ministères des hydrocarbures, des finances une concertation avec les opérateurs miniers afin d’évaluer l’impact de la hausse des coûts énergétiques et préserver la stabilité des activités du secteur ; préparer, par le vice-premier ministre en charge du Budget et le ministre des Finances, des scénarios budgétaires actualisés pour l’exercice 2026 intégrant différentes hypothèses d’évolution de la conjoncture internationale ; assurer une coordination étroite entre le gouvernement et la Banque centrale du Congo afin de préserver la stabilité du taux de change et, le cas échéant, prendre des mesures appropriées pour une gestion optimale des réserves de change.
Par ailleurs, au-delà de la question budgétaire, cette session parlementaire de mars s’annonce dense. Elle devrait aussi être marquée par l’examen de plusieurs projets de loi économiques ainsi que par les traditionnelles missions de contrôle parlementaire, dans un climat politique où les attentes sociales restent fortes. Dans un pays où l’équilibre entre ambitions politiques et contraintes financières demeure fragile, la session parlementaire de mars pourrait ainsi devenir un moment clé pour redéfinir les priorités budgétaires de l’État et tenter de renforcer la stabilité dans la gestion des finances publiques.
Heshima