Organisée par rotation à travers les provinces, la conférence des gouverneurs s’impose depuis quelques années comme un levier pour dynamiser les infrastructures locales et rapprocher les décisions des réalités du terrain. Après le Lualaba qui a connu un boom dans les infrastructures avant l’accueil de la 11ème édition, c’est le tour du Kwilu de bénéficier de quelques infrastructures, notamment énergétiques. Le Kongo Central et le Kasaï Central sont désormais sur la même lancée.
La tenue tournante de la conférence des gouverneurs marque un tournant significatif dans la gouvernance territoriale en République démocratique du Congo. En rapprochant cet important cadre de concertation des différentes provinces, les autorités entendent mieux capter les besoins spécifiques de chaque entité et accélérer la mise en œuvre de projets structurants. Routes de desserte agricole, réseaux d’adduction d’eau, électrification rurale ou encore infrastructures sanitaires : autant de priorités qui émergent avec plus de clarté lorsque les discussions se tiennent au plus près des populations concernées. Cette approche favorise également une meilleure coordination entre le gouvernement central et les exécutifs provinciaux, souvent confrontés à des défis logistiques et financiers majeurs.
Au-delà de la symbolique, cette rotation permet aussi de mettre en lumière les potentialités économiques locales. Chaque province hôte devient une vitrine de ses atouts, attirant ainsi investisseurs et partenaires techniques. Les gouverneurs, quant à eux, disposent d’une plateforme renforcée pour plaider en faveur de projets concrets et urgents.
Kwilu et ses acquis en infrastructures…
Après des retards liés à la mise en place des lignes de distribution, le barrage hydroélectrique de Kakobola, dans la province du Kwilu, a été mis en service en marge de la 13ème session de la conférence des gouverneurs. Le président de la République, Félix Tshisekedi, a officiellement lancé, le 26 mars 2026, dans la ville de Kikwit, le réseau de distribution électrique relié à cette centrale. Ce réseau est destiné à alimenter, dans l’avenir, les provinces du Kwilu, Kwango et Maï-Ndombe.
Conçue pour une capacité totale de 10,5 MW (avec trois unités de 3,5 Mégawatts chacune), la centrale hydroélectrique de Kakobola va desservir 9 mille ménages dans un premier temps. Le projet, dont le coût est évalué à 55 millions de dollars, a été financé conjointement par EximBank et l’État congolais. Cette centrale est une infrastructure de génie civile, le premier et l’unique barrage à être construit dans cette province depuis la colonisation, note la presse présidentielle. Elle est située à 70 km au Sud-Est de la ville de Kikwit et à 790 km à l’Est de la ville de Kinshasa. Félix Tshisekedi, qui a pris pour habitude d’inaugurer des ouvrages en marge de la conférence des gouverneurs, tenait à voir cette centrale hydroélectrique terminée avant cet événement. D’après la presse présidentielle, la centrale hydroélectrique de Kakobola est non seulement un gage de « révolution énergétique » pour la province du Kwilu, elle vient surtout « changer la vie » d’environ 6 millions d’habitants en fournissant un accès stable à l’électricité à une contrée qui en a été longtemps privée. Avec la livraison des lignes de transport et de distribution, l’infrastructure permettra d’alimenter en électricité les villes de Kikwit, Idiofa et Gungu, ainsi que les missions catholiques de Totshi et Aten, et le village de Butshamba. Toutes ces localités sont situées dans la province du Kwilu. Mais l’électricité peut aller aussi dans le Maï-Ndombe et le Kwango.
En dehors du barrage de Kakobola, Kwilu a bénéficié d’autres infrastructures, notamment l’aéroport de Bandundu qui a vu sa piste être réfectionnée et élargie. Il y a eu également la construction du palais présidentiel, une salle aménagée pour recevoir la réunion du Conseil des ministres, le gouvernorat du Kwilu est aussi réhabilité.
Lualaba s’est transformé en 2025
Le 10 juin 2025, Kolwezi, chef-lieu de la province du Lualaba, s’est transformé en un carrefour national en accueillant la 12ème Conférence des Gouverneurs. Sous la houlette de la gouverneure Fifi Masuka, l’organisation de l’événement s’était distinguée par son efficacité. Kolwezi, dotée d’infrastructures modernes dont plusieurs ont été fraîchement inaugurées, a offert un cadre adapté à cette conférence de haut niveau. A Kolwezi, le président de la République avait inauguré en 2025 le Village des Congrès implanté sur 60 305 m². Cette infrastructure comprend une salle de congrès de 1 500 places, 34 bureaux, plusieurs salles de réunion, un motel et terrasses. Elle positionne Kolwezi comme un hub de conférences internationales sur les thèmes miniers, culturels et économiques. Il y a également une Salle polyvalente du Gouvernorat : bâtie sur 2 896 m². Avec une capacité de 1 500 places, elle répond à la demande d’un espace public moderne pour les grands événements institutionnels. Le président Félix Tshisekedi avait aussi coupé le ruban symbolique du nouveau bâtiment administratif du gouvernorat. D’une superficie de 4 827 m², composé de deux blocs (R+1 et R+2), ce bâtiment abrite 61 bureaux, salles de réunion, ascenseur. Objectif : améliorer l’efficience et la gouvernance publique dans cette province. La modernisation de l’Hôpital général de référence de Mwangeji, un bâtiment de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), un centre moderne de niveau tertiaire de 200 lits, entièrement équipé pour les diagnostics spécialisés et interventions chirurgicales font partie des projets développés en marge de la conférence des gouverneurs.
La réalisation la plus emblématique, c’était la nouvelle aérogare de l’Aéroport international de Kolwezi. Construite selon les normes de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), dotée de passerelles satellitaires, salons VIP, services domestiques et internationaux, cette aérogare symbolise l’ouverture de Kolwezi vers le monde et un effort vers la modernisation du transport aérien dans la région. Le vice‑Premier ministre, ministre des Transports et Voies de communication, Jean‑Pierre Bemba, avait salué son rôle dans la connectivité et le désenclavement du Lualaba. Ce membre du gouvernement avait même promis une homologation de cette infrastructure au rang des aéroports internationaux.
Il y a eu également des travaux routiers. Aux portes de Kolwezi, un échangeur routier a été construit sur fonds propres de la province. Une route asphaltée sur 2,5 km avec un séparateur en béton, deux ponts (58 m et 27 m), éclairage public et aménagement paysager, ce projet améliore sensiblement la circulation urbaine et la sécurité routière dans cette ville minière. Ce système de bretelles routières va renforcer la fluidité du trafic dans une ville appelée à recevoir touristes et hommes d’affaires. Il y a aussi l’Institut supérieur pédagogique de Kolwezi (ISP) inauguré en marge de la conférence des gouverneurs.
Le 15 juin 2025, la Première ministre Judith Suminwa avait inauguré deux ouvrages d’une importance capitale pour la province. Il s’agissait des ponts Ludi et Lufupa. Le pont Ludi est chargé d’histoire, car il a été détruit par dynamite en 1978 lors de la guerre de 80 jours à l’époque de feu Maréchal Mobutu. Depuis 48 ans, cette infrastructure n’avait plus été reconstruite. Il fallait attendre l’arrivée de Félix Tshisekedi à la tête du pays et de Fifi Masuka à la tête de la province pour voir ces ouvrages sortir de terre. « Aujourd’hui, avec ce pont, sur une portée de 35 mètres, les véhicules vont pouvoir passer sur deux bandes et rejoindre Dilolo. Donc, c’est un raccourci qu’on pourra avoir entre Dilolo, passer vers Kolwezi et continuer ensuite vers les autres territoires. Et je pense que c’est vraiment une bonne chose », avait expliqué Judith Suminwa, en marge de l’inauguration du pont Ludi. Grâce à l’influence liée à l’organisation de cette 12ème conférence, la province du Lualaba s’est vu transformée. Même si le chemin vers le développement reste encore long.
Après Kolwezi, Bandundu, Matadi et Kananga attendent…
Après la ville de Kolwezi, l’espace Grand Bandundu, plus précisément la ville de Bandundu, chef-lieu de la province du Kwilu, c’est désormais au tour de la ville de Matadi, chef-lieu de la province du Kongo Central, d’accueillir la 14ᵉ session de la Conférence des gouverneurs au mois de décembre 2026. Les autorités provinciales du Kongo Central intensifient déjà les travaux d’infrastructures pour améliorer l’image de la province et répondre aux enjeux de développement local. Le stade Lumumba, dans la ville de Matadi, est en cours de finition pour permettre son inauguration en décembre 2026. Parmi les projets prioritaires figurent également la modernisation des axes routiers stratégiques reliant les principaux quartiers de Matadi, ainsi que la réhabilitation des infrastructures d’accueil destinées aux délégations provinciales. Des travaux d’assainissement urbain ont également été lancés pour lutter contre l’insalubrité et fluidifier la circulation dans cette ville au relief escarpé.
Le Kongo Central connaît aussi d’importants travaux d’infrastructures routières, notamment la construction de la route Moanda–Yema (23 km), la modernisation de l’axe Manterne-Tshela-Singini (avec enrobés et drainage), et le projet de rocades à Kasangulu avec la pose de poutres du pont Mfuti, visant à désenclaver la région. Cet ouvrage de 120 mètres de portée recevra au total 28 travées de 45 tonnes chacune. L’organisation de la 14ème session de la conférence des gouverneurs à Matadi donne un coup d’accélérateur à ces projets de développement.
Matadi n’est pas la seule ville à s’apprêter. Lors de la clôture de la 13ème Conférence à Bandundu, le chef de l’État, Félix Tshisekedi, a annoncé également le lieu retenu pour la 15ᵉsession de cette conférence. Après l’édition de Matadi, au Kongo Central, il a jeté son dévolu sur la ville de Kananga, chef-lieu de la province du Kasaï Central, comme site devant accueillir ce rendez-vous annuel entre le gouvernement central et les responsables des institutions provinciales. Déjà à Kananga, les travaux d’un aéroport moderne évoluent à grand pas.
Assurer un suivi sur les recommandations liées aux infrastructures
A l’issue de la 13ème session de la conférence, plusieurs commissions ont formulé des recommandations. La Commission chargée de la reconstruction et des infrastructures a formulé 21 recommandations, notamment le réaménagement d’au moins 100 km de routes rurales dans chaque province, la construction ou la réhabilitation et l’équipement des camps en voie de spoliation dans toutes les provinces, l’accélération de la réhabilitation et de la construction des aéroports de Beni, Gemena, Lisala, Tshikapa et Lodja. Elle recommande également de construire ou d’aménager au moins deux aérodromes à vocation rurale dans les 26 provinces et de bitumer au moins 100 km de routes nationales par province afin d’améliorer la connectivité entre les routes nationales et les routes rurales. Pour améliorer le niveau d’exécution des recommandations, plusieurs perspectives ont été identifiées : renforcer les mécanismes de suivi et d’évaluation, améliorer la mobilisation et la prévisibilité des financements, et impliquer davantage les gouverneurs dans la mise en œuvre des projets structurants, notamment le Programme de développement local des 145 territoires.
Bien plus qu’un simple rendez-vous institutionnel, la Conférence des gouverneurs s’impose progressivement comme un catalyseur de développement pour les provinces congolaises. À l’approche de cet événement majeur, les exécutifs provinciaux redoublent d’efforts pour moderniser leurs infrastructures et améliorer les conditions d’accueil. En définitive, cette conférence des gouverneurs apparaît comme une opportunité rare pour impulser le développement local en RDC. Encore faut-il que cet élan dépasse le cadre événementiel pour s’ancrer dans une vision à long terme, au bénéfice de toutes les provinces.
Heshima