La République démocratique du Congo (RDC) intensifie ses manœuvres diplomatiques pour soutenir la candidature de Juliana Lumumba à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Ce lobbying international commence par des palais présidentiels africains. Une stratégie feutrée, mais résolue, qui mise sur les réseaux d’influence et les cercles décisionnels francophones en Afrique et dans le reste du monde.
Brazzaville, Dakar, Conakry, Lomé, Praia, Nouakchott, l’offensive de Kinshasa auprès des Etats francophones africains est fulgurante. Depuis l’annonce officielle de la candidature de Juliana Lumumba en février 2026, Kinshasa a enclenché une véritable machine diplomatique. Présentée comme candidate de la République démocratique du Congo au poste de secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie, Mme Juliana Amato Lumumba bénéficie d’un soutien institutionnel total, impulsé au plus haut niveau de l’État. Le 19 mars 2026, le président Félix Tshisekedi a officiellement lancé sa campagne lors d’une cérémonie à Kinshasa, engageant l’ensemble de l’appareil diplomatique congolais derrière cette candidature. Cette mobilisation traduit une ambition claire : repositionner la RDC comme acteur central de la Francophonie mondiale.
Dans les coulisses, la stratégie adoptée s’apparente à une « diplomatie des palais ». Selon les orientations définies au sommet de l’État, la campagne repose sur une série de consultations bilatérales, de rencontres ciblées avec les dirigeants des pays membres et d’un travail d’influence auprès des cercles décisionnels. Une feuille de route a été élaborée pour convaincre les 90 États et gouvernements de l’organisation, avec une vision articulée autour d’une « Francophonie des peuples » et de projets de transformation numérique, éducative et culturelle.
Juliana Lumumba fait le tour des palais
Le gouvernement de la République démocratique du Congo semble orienter sa stratégie vers une tournée dans plusieurs capitales des pays francophones. L’objectif est de présenter Juliana Lumumba comme candidate de la République démocratique du Congo au poste de secrétaire générale de l’OIF. Dans ce cadre, et en vue de l’élection prévue lors du Sommet de la Francophonie, qui se tiendra au Cambodge les 15 et 16 novembre 2026, Kinshasa intensifie sa diplomatie. Le Chef de l’État, Félix Tshisekedi, a dépêché le 31 mars dernier, à Brazzaville, une délégation auprès de son homologue Denis Sassou-Nguesso. Cette délégation était conduite par Crispin Mbadu, vice-ministre chargé de la Francophonie et de la diaspora congolaise. « Avant de commencer cette tournée, il était nécessaire de passer par Brazzaville pour avoir non seulement la bénédiction du [patriarche, Denis Sassou Nguesso] mais les conseils, les orientations et solliciter le soutien sans faille de cette candidature », avait déclaré Crispin Mbadu après avoir rencontré le président congolais.
Dans la délégation,Crispin Mbadu s’était fait accompagner de la candidate JulianaLumumba. Elle en a profité pour étaler sa vision de la Francophonie : « je prône une Francophonie vivante, une Francophonie unie, une Francophonie plus inclusive, une Francophonie des peuples ». Elle privilégie une Francophonie de grandeur, d’unité, d’ouverture vers l’autre, plus solidaire et plus inclusive.Ce message est transmis à plusieurs capitales francophones africaines déjà parcourues par la délégation congolaise pour promouvoir cette candidature. C’est le cas de Brazzaville, Dakar, Conakry, Lomé, Praia et Nouakchott.
Le nom de Lumumba va-t-il peser sur la balance ?
Pour Kinshasa, cette candidature dépasse le cadre individuel. Fille de Patrice Lumumba, figure emblématique de l’indépendance du pays, Juliana Lumumba incarne une continuité historique et une légitimité politique forte. Diplômée en sciences politiques à Paris et figure de la vie publique en RDC, son parcours ministériel et international est également mis en avant pour crédibiliser son profil auprès des partenaires francophones.
Sa candidature au poste de secrétaire général de l’OIF s’inscrit dans une logique visant à contrer un éventuel troisième mandat de l’ancienne ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, actuelle secrétaire générale de l’organisation, dont la candidature pour un nouveau mandat a été annoncée par le gouvernement rwandais. Elle devra également faire face à la candidature de la Mauritanienne Dr Coumba Bâ, ministre-conseillère du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani et envoyée spéciale auprès de l’institution.
Sur le plan interne, cette initiative suscite un rare consensus. Même au sein de l’opposition, certaines voix saluent un choix « symbolique et judicieux », appelant à un soutien sans faille pour maximiser les chances de succès de la candidate congolaise. Mais la bataille s’annonce complexe. Dans un contexte de recomposition de la Francophonie et de rivalités entre États, Kinshasa devra transformer son activisme diplomatique en alliances concrètes. Le poids démographique de la RDC – souvent présenté comme le plus grand pays francophone – constitue un argument clé, mais ne garantit pas à lui seul l’issue du scrutin. « La RDC ne peut pas lancer une candidature sans mobiliser les moyens nécessaires à sa réussite », a assuré le Secrétaire général aux Affaires étrangères, Apollinaire Langba. Ce dernier a affirmé que la RDC a pris toutes les dispositions nécessaires pour soutenir efficacement sa candidate.
Pour le Délégué général à la Francophonie, Mabiala Ma-Umba, la candidature de la RDC est le fruit d’une réflexion approfondie, tenant compte de tous les paramètres nécessaires à sa réussite. Il juge le contexte actuel favorable au positionnement du pays sur la scène internationale.
Heshima