Dossier
L’holocauste au Congo de Charles ONANA, la RDC trahie pour sa générosité !
L’holocauste au Congo, pourquoi la Communauté internationale n’en parle pas ? Des questions surprenantes, touchantes ou désarmantes fusent pour essayer de comprendre l’omerta qui entoure les massacres au Congo depuis le génocide rwandais. Ce questionnement amène Charles Onana, l’auteur du livre et invité spécial sur Top Congo Fm, à se livrer sans fard et en toute transparence au jeu de questions-réponses. Dans son ouvrage, l’écrivain franco-camerounais s’appuie sur des sources officielles, notamment des documents de la CIA, du Pentagone, de la Maison Blanche, de l’Elysée et de l’Union européenne. Dans cette édition, Heshima vous propose de découvrir les grandes lignes de cet entretien.
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3 ans agoon
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RedactionH
L’éditeur franco-camerounais et spécialiste de l’Afrique des Grands Lacs et des conflits armés, Charles Onana, a exhumé des archives contenant des preuves de nature à renseigner sur les circonstances des atrocités commises par le Rwanda sur le sol congolais et qui ont pris une ampleur démesurée depuis 1994. Auteur du livre « Holocauste au Congo, l’omerta de la Communauté internationale ? », Charles Onana qui s’est fait préfacer par Charles Millon, ancien ministre français de la Défense, fait savoir dans son ouvrage pour réhabiliter la vérité historique et pour mieux faire connaître les faits ou soulever les responsabilités, que le but de son ouvrage était d’abord de rompre le silence qui entoure les millions de morts au Congo et ce silence est assourdissant parce que depuis 30 ans, le Congo est resté submergé par un afflux de réfugiés venant du Rwanda sur son territoire.
Dans son analyse, il dit se rendre compte qu’il n’en était rien en termes de dégât collatéral. « Ce n’était pas du tout un dégât collatéral que subissait le Congo avec cet afflux des réfugiés. C’était tout simplement un plan de déstabilisation du Congo et une volonté de prendre contrôle, non seulement des richesses du Congo mais également du pouvoir à Kinshasa ».
C’était sans compter qu’un plan a été conçu par de grandes puissances, notamment les Etats-Unis, le Rwanda et l’Ouganda. Puisque la crise a commencé par le Rwanda et ceux qui ont pris le pouvoir au Rwanda venaient de l’Ouganda. Paul Kagame et ses troupes étaient des éléments de l’armée régulière ougandaise. Ils avaient aidé Museveni à prendre le pouvoir en 1986. Après cette période, ils ont décidé de prendre le pouvoir, de renverser le président Habyarimana en 1994. Deux ans après, ils ont décidé de rentrer sur le territoire congolais pour renverser le maréchal Mobutu. Tout cela était organisé, programmé.
Eléments de preuves
Plus de 10 millions de morts, 500 000 femmes congolaises violées… et toujours le silence. Entre avril et juillet 1994, la République Démocratique du Congo alors Zaïre, a été envahie par un afflux de réfugiés rwandais et depuis lors, elle est constamment attaquée et pillée par des troupes venues du Rwanda et de l’Ouganda.
Les morts se comptent désormais par millions et les viols par centaines de milliers. Charles Onana démontre que l’on assiste, depuis 1994, à l’invasion masquée du Congo par des milices et des troupes de Paul Kagame, le chef de l’Etat rwandais soutenu au départ par l’administration Clinton et ensuite par la France de Nicolas Sarkozy. A partir des témoignages exclusifs et de documents de la CIA, des archives de la Maison Blanche, de l’Elysée et de l’Union Européenne, l’auteur dévoile comment les Etats-Unis ont formé cet homme sans foi ni loi, pour servir leurs intérêts en RDC, en République Centrafricaine, au Congo-Brazzaville, et dans d’autres états d’Afrique Centrale où la guerre entre l’Occident, la Chine et la Russie est féroce pour le contrôle des ressources minières stratégiques. Insatiables, les prédateurs dépècent la RDC et pillent ses richesses. Après 20 années de recherches, l’auteur alerte l’opinion sur l’extermination programmée des populations locales alors que plusieurs chefs d’Etats de la région et un ambassadeur européen ont déjà été assassinés. Charles Onana explique surtout comment la mise à mort de la RDC est organisée en utilisant la terreur et le mensonge dans le dessein de faire main basse sur des minerais indispensables à l’industrie mondiale de l’armement, de la téléphonie mobile et de la transition énergétique.
Genèse africaine du conflit
Cité par Charles Onana, le Pr. Bernard Debré, ancien ministre de la Coopération a soulevé cette question à l’hôpital Goshen à Paris. Dans ses explications, Bernard Debré renseigne qu’un groupe ethnique tutsi au Rwanda ambitionnait de créer un empire Hima et avait vocation à placer dans un moulel’Ouganda, le Rwanda, le Burundi et la République démocratique du Congo où cette minorité aurait le pouvoir sur toute cette région. Leur ambition ne s’arrêterait pas là. Le groupe faisait ses projections sur la République centrafricaine, le Congo Brazzaville voire le Gabon. Dans les archives de l’Elysée, le chef d’Etat-major particulier du président Mitterrand, le général Guenon, évoquait également la question. Le plus stupéfiant, selon Charles Onana, a été de constater que dans les archives du président Clinton, l’ambassade des Etats Unis au Rwanda avait rédigé en novembre 1994 un rapport sur ce projet. La Maison Blanche comme l’Elysée étaient au courant que la minorité tutsi avaitvocation à dominer l’Afrique centrale mais personne n’a osé le dénoncer. On a laissé faire tout cela jusqu’à présent.
Petit pays pauvre très enclavé en réalité qui ne se suffit pas en lui-même. Manifestement, ceux qui ont aidé le pouvoir de Kagame au Rwanda en 1994 l’avait préalablement soutenu à occuper les postes de responsabilité en Ouganda. Ceux qui ont pris le pouvoir au Rwanda en 1994, c’est-à-dire, Paul Kagame et ses troupes, étaient des responsables de services de sécurité militaire en Ouganda. Ils ne pouvaient pas venir au Rwanda pour occuper des postes subalternes. Ce qui s’est réellement passé, c’est que le Congo était l’objectif final de cette opération et le Rwanda était la principale porte d’entrée. Pour occuper le Congo et s’emparer de ses ressources, il fallait avoir une vraie porte d’entrée et la vraie porte d’entrée était le Rwanda.
Peu de gens l’ont compris à cette époque-là. Même le maréchal Mobutu ne l’avait pas compris très rapidement. Il pensait simplement que la communauté internationale, bien qu’ayant exercé des pressions sur lui depuis 1993, où il avait été interdit de séjours aux Etats-Unis, Mobutu avait l’impression que c’était un désaccord entre lui et les grandes puissances parce qu’après avoir été soutenu pendant 32 ans, il n’imaginait pas qu’il allait être lâché de cette manière-là sans élégance.
Dans les archives de l’Elysée auxquelles Charles Onana a pu avoir accès, où il a consulté également les archives du président Bill Clinton, les archives confidentielles de l’Union européenne, c’est déjà en la mesure d’un cocktail suffisamment explosif. Le président Bill Clinton avait signé un arrêté en 1994 dans lequel il considérait que la tragédie du Rwanda était extrêmement grave et méritait une mission humanitaire. Sauf que les Nations unies avaient créé l’opération turquoise qui était une mission humanitaire dans laquelle tous les pays du monde pourraient participer et les Etats-Unis à l’époque ont refusé d’y participer. On n’a pas bien compris pourquoi. Sauf qu’au mois de juillet, c’est là que le président Bill Clinton publie son décret, qui parle d’une mission humanitaire, il n’y a plus personne au Rwanda. C’est-à-dire que Paul Kagame a pris le pouvoir le 12 juillet 1994. Donc, l’ensemble des réfugiés ou des populations indésirables au Rwanda avait traversé la frontière et s’est retrouvé à l’est de la frontière zaïroise, et qu’il s’avérait malencontreux d’aller faire une opération humanitaire dans ces conditions au Rwanda.
Le but de cette mission était d’aller faire une mission humanitaire. En consultant les documents d’archives, notamment le Pentagone sur cette mission qui avait pour nom de code, l’opération « soutenir l’espoir », Charles Onana dit se rendre compte que l’opération Super Howk dirigée par l’armée américaine par le Pentagone se déployait en Ouganda. Pendant plusieurs mois, cette opération avait envoyé effectivement des forces spéciales, des gens qui participaient à la lutte anti-insurrectionnelle et, il y avait tout un dispositif qui avait des éléments de service de renseignements qui étaient très important.
Au bout de quelques mois, ces hommes sont renvoyés au Rwanda, c’est dire il y avait un arsenal militaire très impressionnant composé des forces spéciales, forces de services de renseignements sont repartis au Rwanda. L’attaché militaire qui était basé à Kinshasa a quitté son poste pour aller au Rwanda. Le rapport du Pentagone donnait les dates que pendant plusieurs mois, les membres de service de renseignement américain ont formé les officiers rwandais. Lorsque les membres du Congrès américain demandaient au président Clinton quelles étaient les raisons de cette présence au Rwanda, est-ce que les troupes américaines avaient quelque chose à voir avec ce qui se passait au Congo, le président Clinton n’a jamais répondu à cette question. Parce que dans le rapport du Pentagone et surtout, ce sont les lettres duSecrétaire d’Etat à la défense adressées à Paul Kagame, M. William Perry, affirme avoir mis les paquets. Il ajoute avoir mis à contribution d’autres experts militaires neutres, ceux qui ne se sont pas mêlés de ces affaires et réussir à précipiter la chute du Marchal Mobutu, ce qui correspond exactement au temps suffisant de préparation de 1994 à 1997.
Monsieur Honoré Ngbanda qui était le conseiller spécial de Maréchal Mobutu, a expliqué la teneur du message. Le président Clinton avait adressé au maréchal Mobutu à travers son envoyé spécial M. Bill Richardson que s’il ne quittait pas le pouvoir, son cadavre risquait de traîner dans les rues de Kinshasa.
Dans sa lettre adressée au président Bill Clinton en 1996, le maréchal Mobutu ne comprenait pas que le président Bill Clinton préparerait sa chute. Il pensait peut être qu’il pourrait discuter ou négocier, puisqu’il demandait au président Bill Clinton de l’aide pour ce qui se passait à l’est du pays. Par ailleurs, la position de la France est très curieuse dans cette histoire après s’être fortement mise en cause par Paul Kagame, pour un prétendu soutien aux génocidaires.
Charles Onana fait référence à un autre livre épinglantclairement les accusations portées contre la France sur la question d’opération turquoise. Des faussetés avérées parce que même le gouvernement américain à l’époque, avait diligenté des enquêtes sur la livraison des armes aux génocidaires par la France. Le terme génocidaire est un terme globalisant et ne veut rien dire, en fin, ce discours générique qui a consisté à culpabiliser l’ensemble des populations hutu du Rwanda est reconnu aujourd’hui comme une fake news, c’est-à-dire une fosse information.
Ce serai naïf pour la RDC de compter sur la France, sur la communauté internationale ou sur l’Union européenne. L’Union européenne est l’institution la mieux informée de ce qui se passe au Congo puisque elle envoi depuis plusieurs années des émissaires, des experts, des spécialistes du renseignement, mais aussi l’envoyé spécial de l’Union européenne Aldo Ajello. « Je rends public un certain nombre de rapports confidentiel de M. Ado Ajello après ses missions à Kinshasa et on constate que ce qui est dit dans le rapport confidentiel n’a rien avoir avec ce qui est rendu public. Lorsque par exemple le représentant spécial M. Aldo Ajellodit que Laurent Nkunda est quelqu’un qui doit être arrêté et poursuivi pour avoir commis les crimes contre l’humanité au Rwanda, mais, vous n’avez pas vu une mobilisation de l’union européenne de manière générale ou des médias européens contre Laurent Nkunda. On a plutôt vu M. Louis Michel aller quasiment s’accroupir à côté de Laurent Nkunda pour lui parler, comme si Laurent Nkunda était le chef de l’Etat congolais.
Victime de sa générosité
Charles Onana a constaté une double posture en Paul Kagame.La première porte sur le soutien que tout le monde apporte àPaul Kagame en 94. Le président rwandais se retrouve victime de génocide contre les tutsi au Rwanda, sauf que là, du coup, ce sont les Tutsi de l’armée de Paul Kagame qui vont envahir le Congo. Ils massacrent les populations civiles au Congo, ils commettent des actes de viols massifs contre les femmes congolaises, alors que les Congolais n’ont jamais rien fait aux Rwandais. Au contraire, les Congolais ont accueilli les Rwandais à la suite de leur guerre en 1959. Ils ont accueilli les Tutsi sans aucun problème. En 94 ils encore l’accueilli, malgré les difficultés de capacité d’accueil qui étaient insuffisantes au Congo. Les Congolais ont accueilli des millions des Rwandais chez eux. Donc, l’explication se révèle aujourd’hui qu’on vient faire payer très chère aux Congolais leur générosité. Quelque chose que la communauté internationale ou les Européens doivent expliquer.
Deuxièmement, Paul Kagame allait être celui qui devraitadministrer le Congo après la chute du Maréchal Mobutu.« Personne n’a envie de dire à Paul Kagame que ce que vous faites au Congo est d’abord une violation des conventions internationales, il n’y a aucune loi qui dit que vous devez envahir le pays voisin, cela est contraire à ce qu’on appelle aujourd’hui la notion d’intangibilité des frontières a été un principe cher à l’Union africaine. Mais il est allègrement violé ». Tous les jours, personne ne veut parler de ça. On a entendu Paul Kagame dire récemment au Bénin qu’il revendique des terres au Congo. Personne, ni la communautéinternationale, ni au niveau européen, n’a considéré qu’il y a une attaque claire contre la souveraineté du Congo. Cette attitude vis-à-vis du Rwanda vient de la double posture de l’Union européenne qui, d’un côté, a soutenu Paul Kagame pour la création d’un Tribunal pénal international pour des crimes commis au Rwanda en 1994. Aujourd’hui, c’est le même Paul Kagame qu’ils ont soutenu en 1994 qui commet des troubles avec des atrocités macabres en République démocratique du Congo. Ils sont embarrassés de voir déposer des plaintes contre lui ou de le stigmatiser et le pointer du doigt alors que plusieurs rapports des Nations Unies attestent que Paul Kagame et ses troupes sèment la mort et la terreur en République démocratique du Congo.
R. O.
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Accords de Washington : la mise en œuvre traîne, un an après…
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1 mois agoon
septembre 10, 2026By
La redaction
Signés le 27 juin 2025 et entérinés, six mois plus tard, par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, dans un climat de fortes tensions, les accords de Washington n’ont toujours pas produit les effets escomptés. Un an après leur signature, la paix reste hors de portée dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Leur mise en œuvre patine et paraît de plus en plus hypothétique, malgré les sanctions infligées au Rwanda par les États-Unis.
Après plusieurs cycles de discussions sans résultats décisifs, le processus de désescalade engagé entre Kinshasa et Kigali semble s’être enlisé. Pourtant, les deux parties poursuivent leurs rencontres dans le cadre des mécanismes prévus par l’accord. Le 24 juin 2026, lors de la sixième réunion du Comité mixte de surveillance (CMS), les deux délégations ont réaffirmé leur volonté d’accélérer la mise en œuvre de l’accord afin de réduire les tensions dans l’est de la RDC.
Mais sur le terrain, les avancées restent limitées. Selon le Baromètre des accords de paix en Afrique, un an après leur signature, les accords de Washington n’ont été mis en œuvre qu’à hauteur de 35 %. Sur les 30 engagements prévus, seuls trois ont été pleinement réalisés, notamment la mise en place d’un mécanisme conjoint de coordination sécuritaire et du Comité mixte de surveillance. Tous les autres volets accusent un retard important.
Le Baromètre relève toutefois quelques progrès. Du côté congolais, les opérations de neutralisation des FDLR, lancées à la fin du mois de mars 2026, obtiennent une note de 5 sur 10. En revanche, du côté rwandais, le retrait des troupes et la levée des mesures défensives n’atteignent qu’un score de 2,5 sur 10. Il apparaît également un profond déséquilibre dans les priorités d’exécution. Les engagements sécuritaires les plus sensibles restent pratiquement au point mort. Le déficit de confiance entre les deux parties continue de freiner la coopération et favorise la poursuite des hostilités sur le terrain.
Le Rwanda renforce sa présence
Alors que Kigali s’était engagé à retirer ses forces du territoire congolais et à lever certaines mesures défensives, plusieurs rapports indiquent au contraire un renforcement de sa présence militaire dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Les autorités rwandaises justifient ce maintien par la menace persistante que représenteraient les FDLR et par la nécessité de préserver leur sécurité. Dans un rapport adressé au Conseil de sécurité des Nations unies, le Groupe d’experts indique que, depuis le lancement du processus de Doha en mars 2025, les territoires contrôlés par l’AFC/M23 se sont étendus de plus de 35 %. Le même rapport estime qu’entre 14 000 et 18 000 militaires rwandais restent déployés dans l’est de la RDC.
Les sanctions américaines montrent leurs limites
Parallèlement, les négociations menées à Doha, sous la médiation du Qatar entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23, peinent-elles aussi à produire des résultats concrets. De même, la pression diplomatique et économique exercée par les États-Unis sur Kigali ne semble pas modifier le rapport de force sur le terrain. Washington a pourtant multiplié les sanctions contre des responsables rwandais accusés de soutenir l’AFC/M23 ou de tirer profit de l’exploitation illégale des ressources minières congolaises.
En juin dernier, les États-Unis ont sanctionné plusieurs ressortissants rwandais soupçonnés de participer au trafic d’or extrait illégalement dans l’est de la RDC. La raffinerie Gasabo Gold Refinery Ltd, basée à Kigali, ainsi que plusieurs membres de son réseau, sont accusés de blanchir cet or. « Les États-Unis ne permettront pas à des acteurs malveillants de tirer profit du commerce illicite des minerais et de déstabiliser la région », a déclaré le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent. Quelques mois auparavant, l’administration Trump avait déjà pris des sanctions contre plusieurs officiers supérieurs des Forces de défense rwandaises.
Malgré ces mesures, Kigali ne donne aucun signe de recul. Le porte-parole de l’armée rwandaise, le brigadier-général Patrick Karuretwa, lui-même visé par des sanctions américaines, a déclaré sur un plateau de télévision que « le Rwanda est à Goma et à Bukavu pour y rester ; se retirer serait suicidaire ».
Autre paradoxe : James Kabarebe, sanctionné par le Trésor américain en 2025 pour son rôle présumé dans le soutien au M23 et dans l’exploitation des ressources minières congolaises, a été promu ministre d’État chargé de l’Intégration régionale. Il est aujourd’hui l’interlocuteur officiel du Rwanda pour le volet économique des accords de Washington, pourtant parrainés par les États-Unis.
Le dialogue comme alternative
Face aux difficultés rencontrées par les initiatives diplomatiques, plusieurs acteurs politiques et organisations de la société civile congolaises plaident désormais en faveur d’un dialogue national inclusif. Pour eux, un dialogue interne pourrait permettre de consolider les accords de Washington en abordant d’autres causes profondes de la crise, notamment les questions de gouvernance, de cohésion nationale et de légitimité des institutions. « Sans dialogue national inclusif, Washington et Doha ne mèneront pas à une paix durable », ont notamment affirmé plusieurs organisations de la société civile.
Dans cette perspective, le président burundais Évariste Ndayishimiye, également président en exercice de l’Union africaine, a reçu, le 7 juillet 2026, une délégation de responsables politiques congolais ainsi que des représentants de la CENCO, de l’ECC et des Églises de réveil. À l’issue des échanges, le chef de l’État burundais a insisté sur la nécessité d’un dialogue inclusif. La coalition C64 lui a, pour sa part, réaffirmé son opposition à toute modification de la Constitution du 18 février 2006.
Mais le consensus est encore loin d’être trouvé. Majorité et opposition divergent aussi bien sur les participants que sur le contenu du futur dialogue. Le pouvoir refuse que ce cadre serve de « blanchisserie » à ceux qui ont pris les armes contre la République, tandis que les responsables religieux plaident pour une participation sans exclusion.
Sur le fond également, les positions restent éloignées. Certains souhaitent un dialogue centré sur la cohésion nationale, d’autres veulent remettre sur la table l’ensemble de l’ordre politique issu des élections de 2023. Pour Jean-Claude Katende, président de l’Association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO), le dialogue est devenu incontournable. Mais, prévient-il, il ne devra pas occulter les impératifs de justice et de lutte contre l’impunité.
Hubert Mwipatayi
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OIF : La bataille d’ambitions se déclenche en RDC
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8 mois agoon
février 4, 2026By
La redaction
À l’approche de la fin du second mandat de la Rwandaise Louise Mushikiwabo à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), les lignes commencent à bouger en République démocratique du Congo. Kinshasa a annoncé son intention de présenter un candidat à la prochaine élection alors que Kigali compte maintenir Mushikiwabo pour un troisième mandat. Depuis, une bataille des ambitions se déclenche en République démocratique du Congo (RDC) et des noms circulent déjà.
La succession de Louise Mushikiwabo, dont le mandat arrive à échéance en 2026, ouvre une nouvelle phase de tractations au sein de l’OIF. En RDC, pays au poids démographique et linguistique majeur dans l’espace francophone, la perspective de voir émerger un candidat national suscite un intérêt croissant, tant dans les sphères politiques que diplomatiques.
Plus grand pays francophone du monde par le nombre de locuteurs, la RDC estime disposer d’une légitimité naturelle pour briguer le poste de secrétaire général. Plusieurs profils circulent déjà dans les cercles de pouvoir : anciens ministres, diplomates chevronnés ou figures issues des organisations internationales. Pour l’heure, aucun nom n’est officiellement avancé, mais les consultations internes se multiplient. Cette effervescence intervient dans un contexte africain particulier. Après deux mandats consécutifs confiés à une ressortissante rwandaise, soutenue à l’époque par la France, de nombreux États africains plaident pour une alternance équilibrée, tenant compte à la fois des régions et des sensibilités politiques. La RDC pourrait ainsi apparaître comme un compromis crédible, à condition de rallier un large consensus. Mais au-delà de tout, le mot de Paris sur l’élection du secrétaire général est non négligeable.
Chez Macron, Tshisekedi a-t-il eu le feu vert de Paris ?
De retour de Davos le 21 janvier et après une escale privée à Bruxelles, le chef de l’Etat congolais s’était rendu le 23 janvier à Paris. Lors de ce court séjour, le président Tshisekedi a eu un déjeuner avec son homologue français Emmanuel Macron. Au cours des échanges, d’aucuns pensent que la question de l’OIF a été aussi abordée au-delà des questions bilatérales et celles relatives à la situation sécuritaire dans la région des Grands Lacs. Juste après cette visite, Crispin Mbadu, ministre délégué près le ministre des Affaires étrangères chargé de la Francophonie et de la Diaspora congolaise, a annoncé, le 30 janvier 2026, au conseil des ministres, l’intention de la RDC de présenter un candidat à la tête de cette organisation internationale.
À travers madame Louise Mushikiwabo, le Rwanda veut obtenir un troisième mandat à la tête de cette organisation francophone. Mais en réponse à cette candidature, la RDC a décidé de positionner son propre candidat. Et l’entente entre Kinshasa et Paris sur ce point semble avoir eu lieu. Ce qui risque d’ouvre également une bataille diplomatique entre Kinshasa et Kigali.
Mais la RDC semble désormais avoir une certitude sur sa candidature. « La francophonie est un processus, une élection. Ce ne sont pas des pays qui se présentent, mais des candidats. La France, à ce stade, est ouverte évidemment à toutes les candidatures, les candidatures qui peuvent se faire, si je ne me trompe pas, jusqu’au 15 mai. Nous serons évidemment très attentifs à ce processus », a déclaré Éléonore Caroit,ministre déléguée auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, lors de son séjour à Kinshasa. D’après elle, « l’important pour nous, c’est que la RDC joue pleinement son rôle au sein de la francophonie ».
Avant le choix de Fatshi, la bataille s’annonce rude
Bien que le chef de l’Etat congolais devrait trancher sur le profil idoine, la bataille s’annonce cependant rude. Dans un contexte d’extrême tension entre Kinshasa et Kigali, qui soutient les rebelles de l’AFC/M23 dans l’est du Congo, Félix Tshisekedi a décidé de riposter en présentant une candidature concurrente pour le poste de secrétaire. Des noms sont immédiatement cités dans la foulée. C’est le cas de Christophe Lutundula, ancien ministre des Affaires étrangères de Félix Tshisekedi, madame Thérèse Kayikwamba Wagner, l’actuelle cheffe de la diplomatie congolaise est également citée aux côtés d’un troisième nom : Isidore Kwandja Ngembo. Ce dernier a été à la coordination nationale des 9èmes Jeux de la Francophonie en juillet et août 2023.
Mais deux noms semblent avoir percer en haut lieu. C’est d’abord celui du prix Nobel de la paix 2018, Denis Mukwege et l’ancien ministre des Finances, Freddy Matungulu. À Kinshasa, le défi est donc double : désigner un candidat fédérateur et construire une diplomatie offensive capable de convaincre au-delà des alliances traditionnelles. L’OIF, souvent perçue comme une institution symbolique, est devenue un véritable enjeu de soft power, où chaque élection révèle les rapports de force du monde francophone. D’ailleurs, l’élection d’une Rwandaise à la tête de cette organisation a frustré plus d’un au sein de cet espace. Le Rwanda étant devenu un pays anglophone et membre à part entière du Commonwealth, cette élection de Louise Mushikiwabo avait égratigné l’image de l’OIF au sein de l’espace francophone.
Denis Mukwege, profil sérieux et une voix morale
Son nom revient en boucle depuis 72 heures. Médecin gynécologue, militant infatigable des droits humains et prix Nobel de la paix, Denis Mukwege incarne depuis plus de deux décennies une voix morale majeure en République démocratique du Congo et bien au-delà. L’engagement de cet homme dépasse le cadre de la médecine. Né le 1er mars 1955 à Bukavu, dans l’est de la République démocratique du Congo, Denis Mukwege a été formé à la médecine au Burundi puis spécialisé en gynécologie obstétrique en France. Il rentre en RDC au début des années 1990, alors que le pays bascule dans une spirale de conflits armés. En 1999, il fonde l’hôpital de Panzi, à Bukavu. L’établissement devient rapidement un refuge pour des milliers de femmes victimes de violences sexuelles, utilisées comme armes de guerre dans l’est du pays.
Au-delà des soins chirurgicaux, le docteur Mukwege développe une approche holistique de la prise en charge : soutien psychologique, accompagnement juridique et réinsertion socio-économique. Cette vision globale, innovante à l’époque, fait de Panzi un modèle reconnu internationalement. En 2023, Mukwege s’essaie en politique et se porte candidat président de la République. Malgré sa défaite lors de la présidentielle remportée par Félix Tshisekedi, l’homme n’a pas cessé de défendre les causes du pays notamment la crise dans l’Est de la République.
Freddy Matungulu, un profil de discipline
Ancien ministre des Finances, professeur d’université et figure de l’opposition congolaise, Freddy Matungulu incarne depuis plus de deux décennies une parole rare dans le paysage politique du pays : celle de la rigueur économique et de l’éthique publique. Né à Kinshasa, Freddy Matungulu s’est d’abord fait connaître loin des tribunes politiques. Docteur en économie, il mène une carrière universitaire et internationale, travaillant notamment avec des institutions financières et des organisations de développement. Cette trajectoire technocratique le propulse en 2001 au ministère des Finances, dans un contexte de transition politique et de reconstruction économique post-conflit.
À la tête de ce portefeuille stratégique, Matungulu tente d’imposer des principes de discipline budgétaire et de transparence, dans un environnement institutionnel encore fragile. Son passage, bref mais marquant, lui vaut une réputation d’homme austère, peu enclin aux compromis, mais respecté pour sa compétence. Après son départ du gouvernement, il revient à l’enseignement et à la réflexion économique, tout en prenant progressivement position dans le débat public.
C’est dans l’opposition politique qu’il se forge une nouvelle identité. Fondateur et leader du parti Congo Na Biso (CNB), Freddy Matungulu défend une vision centrée sur la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption et la responsabilisation des élites. Ce parti a prôné l’alternance démocratique et a soutenu la candidature de Matungulu lors de la présidentielle de 2018, avant d’intégrer la coalition LAMUKA. Après ce scrutin remporté par Félix Tshisekedi, ce dernier va proposer sa candidature à la Banque africaine de développement (BAD).
Thérèse Kayikwamba, la pièce maitresse de la diplomatie
Figure montante de la diplomatie congolaise, l’actuelle ministre d’État, ministre des Affaires étrangères de la RDC incarne une nouvelle génération de leadership congolais, à la croisée du multilatéralisme, de la rigueur technocratique et de l’engagement politique. Née au pays et formée dans de prestigieuses institutions académiques internationales, Thérèse Kayikwamba Wagner s’est imposée au fil des années comme l’un des visages les plus crédibles de la diplomatie congolaise. Son parcours, marqué par une solide expertise en relations internationales et en gouvernance, la distingue dans un paysage politique longtemps dominé par des profils traditionnels.
Avant son entrée au gouvernement, elle s’illustre au sein d’organisations multilatérales et de centres de réflexion stratégiques, notamment aux Nations unies, où elle travaille sur les questions de paix, de sécurité et de prévention des conflits. Cette expérience internationale affine sa lecture des rapports de force mondiaux et renforce sa capacité à défendre les intérêts congolais dans des enceintes souvent complexes. Elle est actuellement la pièce maitresse de la diplomatie du pays. Ce qui fait dire à certains que Félix Tshisekedi aura du mal à la laisser filer à l’OIF.
Isidore Kwandja, l’homme des Jeux de la Francophonie
Ce natif de Banga, localité située dans le territoire d’Ilebo au Kasaï, a effectué ses études secondaires à Tshikapa, l’actuel chef-lieu de sa province d’origine. Il a poursuivi ses études universitaires à l’Université pédagogique nationale (UPN), à Kinshasa où il a obtenu une licence en histoire. Isidore Kwandja est allé ensuite à l’Université catholique de Kinshasa où il a décroché un diplôme d’études supérieures en économie du développement. Avide d’approfondir ses études, il ne va pas s’arrêter là. Il s’est envolé pour la Belgique où il a emporté deux masters, dont l’un en développement international à l’Université catholique de Louvain et un autre en droit international, à l’Université Saint Louis de Bruxelles, avait retracé Heshima Magazine dans un portrait qui lui a été réservé. Après son passage en Belgique, toujours dans sa quête de perfection, il s’est retrouvé au Canada où il va gagner haut la main deux autres masters dont, l’un en administration publique, à l’École nationale d’administration publique et l’autre en sciences politiques, à l’Université d’Ottawa.
Son ambition ne se limitant pas là, il a également obtenu un nouveau diplôme en éthique publique à l’université Saint-Paul à Ottawa. Il parfait actuellement ses connaissances au cycle doctoral, toujours dans cette même université. Et c’est bardé de tous ces titres universitaires, qu’il entame sa carrière au Canada.
Une expérience professionnelle solide
Dans ce pays, où il a évolué pendant plus d’une décennie, Isidore Kwandja a accumulé une grande expérience professionnelle. Il a travaillé pendant 15 années au sein de l’administration publique canadienne. Il a notamment exercé comme analyste des politiques publiques à la Direction des Affaires internationales du ministère de l’Environnement et du Changement climatique du Canada.
Il a été également chargé d’analyse des politiques environnementales de dix pays membres de la Commission des Forêts d’Afrique Centrale (COMIFAC), à savoir l’Angola, le Burundi, le Cameroun, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République démocratique du Congo, la République Centrafricaine, le Rwanda, Sao Tomé-et-Principe et le Tchad. Spécialisé en management des organisations publiques, en gestion axée sur les résultats et réforme des administrations publiques, Isidore Kwandja a aussi travaillé comme analyste des politiques publiques dans plusieurs autres ministères du gouvernement fédéral du Canada. Avec la Francophonie, il a une expérience particulière : celle d’avoir coordonné au niveau national les 9èmes Jeux de la Francophonie. Une expérience dont il n’hésite pas de brandir comme un atout pour être présenté comme candidat de la RDC au poste de secrétaire général de l’OIF.
Christophe Lutundula, l’expérience politique
Juriste de formation, parlementaire chevronné et ancien chef de la diplomatie congolaise, Christophe Lutundula Apala incarne une figure discrète mais centrale de la vie politique de la RDC, marquée par la constance, le dialogue et le sens de l’État. Né en 1960, Christophe Lutundula se forge très tôt une réputation d’intellectuel rigoureux. Docteur en droit international, il s’impose dans les années 1990 comme l’un des acteurs clés de la transition politique congolaise. Sa notoriété grandit lorsqu’il préside la Commission spéciale chargée d’examiner la validité des conventions économiques et financières signées pendant les guerres, un travail resté dans l’histoire politique du pays sous le nom de « rapport Lutundula ».
Ce rapport, salué pour sa minutie mais politiquement sensible, révèle des pratiques opaques dans la gestion des ressources naturelles et place Lutundula au cœur du débat sur la souveraineté économique et la responsabilité de l’État. Dès lors, il devient une référence morale et technique sur les questions de gouvernance. Il a été ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères au sein du gouvernement Sama Lukonde. Son profil pour l’OIF pourrait apporter de l’expérience.
Cette bataille s’annoncera rude au niveau des profils, avant le dernier mot de Félix Tshisekedi. Mais la RDC risque de ne pas être seule à la course. D’autres capitales africaines, notamment en Afrique de l’Ouest et du Nord, affûtent également leurs stratégies. À cela s’ajoutent les attentes des pays non africains de l’OIF, soucieux de voir l’organisation renforcer son rôle en matière de gouvernance démocratique, de jeunesse et de transformation numérique. Si rien n’est encore joué, une chose est certaine : la course à la succession de Louise Mushikiwabo est bel et bien lancée. Et dans cette bataille feutrée des ambitions, la RDC entend désormais faire entendre sa voix, convaincue que l’heure du leadership congolais au sommet de la Francophonie a peut-être enfin sonné.
Heshima
Dossier
Bilan du PDL-145-T en RDC : Entre espoirs concrets et défis persistants…
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9 mois agoon
janvier 7, 2026By
La redaction
Lancé en grande pompe par le président Félix Tshisekedi, le Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T) se voulait un levier majeur de réduction des inégalités territoriales en République démocratique du Congo (RDC). Plusieurs années après son démarrage, l’heure est au bilan, entre avancées visibles sur le terrain et critiques sur la mise en œuvre.
Pensé comme un outil de transformation structurelle à la base, le PDL-145T avait pour ambition de désenclaver les territoires, améliorer l’accès aux services sociaux de base et stimuler les économies locales. Écoles, centres de santé, bâtiments administratifs, routes de desserte agricole : les projets identifiés répondaient aux besoins les plus pressants des populations rurales, longtemps marginalisées par les politiques publiques. Sur le terrain, des réalisations sont palpables. Dans plusieurs provinces, de nouvelles infrastructures scolaires et sanitaires ont vu le jour, permettant à des milliers de citoyens d’accéder plus facilement à l’éducation et aux soins. Le programme a également généré des emplois temporaires et relancé une certaine dynamique économique locale, notamment à travers les travaux publics.
Un bilan satisfaisant selon la Présidence de la République
Depuis fin 2025 et début 2026, la Présidence de la République, à travers un conseiller, fait l’évaluation des travaux de ce vaste projet. Dieudonné Tshiakambila, conseiller spécial du Chef de l’État chargé du PDL-145T a été en tournée dans plusieurs provinces. « Lors de notre ronde dans l’espace Grand-Kasaï pour superviser la matérialisation du Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T), tout le monde est unanime que ce genre de bâtisses, dans les milieux très reculés, n’existaient pas avant. Ces ouvrages construits par le Chef de l’État sont très bien accueillis et très bien appréciés par la population, qui se sent enfin considérée au même titre que ceux des villes », a rapporté Dieudonné Tshiakambila après sa tournée.
Selon lui, des populations estiment que depuis le départ des Belges, rien de pareil n’a été construit et personne n’a jamais fait le déplacement jusqu’au fin fond de ces territoires comme il venait de l’effectuer afin de leur apporter soutien et espoir au nom du Chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, à travers les grands ouvrages qu’il est en train de réaliser pour la population de ces territoires. Cette évaluation concernait notamment les provinces du Kasaï Oriental, Kasaï Central et Kasaï.
Des objectifs pas atteints en 2025 !
Cependant, le bilan reste contrasté. Des retards importants dans l’exécution des travaux ont été constatés, des problèmes de coordination entre les acteurs impliqués et des surcoûts ont été régulièrement dénoncés. Certaines infrastructures ont été livrées inachevées ou ne répondent pas toujours aux standards de qualité attendus. À cela s’ajoutent des critiques sur le manque d’appropriation locale et la faible implication des autorités territoriales dans certaines phases du projet.
Pour le gouvernement, ces difficultés s’expliquent en partie par l’ampleur inédite du programme et par des contraintes logistiques dans un pays-continent. Les autorités assurent que des mécanismes correctifs ont été mis en place afin d’améliorer la gouvernance du PDL-145T et d’accélérer la livraison des ouvrages restants.
Des agences d’exécution livrent leurs bilans
Le PDL 145 territoires a pour vocation de vaincre la pauvreté et les inégalités territoriales constatées dans le Congo profond. Exécuté par trois agences, à savoir le Bureau central de coordination (BCECO), le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et la Cellule d’exécution des financements en faveur des États fragiles (CFEF), ce projet a connu une réalisation notable dans la section dirigée par la CFEF.
La CFEF s’est concentrée sur 7 provinces de la RDC. Elle a réalisé plus de trois quarts du projet dans sa première composante. Au total 343 infrastructures ont été construites dont 202 écoles primaires, 109 centres de santé et 32 bâtiments administratifs. Globalement, les travaux exécutés sont évalués à 77% par cette agence d’exécution. Dans les zones où les travaux de construction des bâtiments sont déjà achevés et des infrastructures livrées, c’est un discours de soulagement que l’on peut écouter de la part des bénéficiaires. Ce projet est un programme d’investissements publics multisectoriels orienté vers le monde rural.
Pour les 43 territoires sur les sept provinces sous la responsabilité de la CFEF, le bilan est satisfaisant malgré les difficultés rencontrées dans l’exécution de ce programme. Dans le cadre de la mise en œuvre de la première composante qui consiste à améliorer l’accès des populations des territoires ruraux aux infrastructures et services socioéconomiques de base, la CFEF a reçu du gouvernement, depuis février 2022, la responsabilité de construire et équiper 360 écoles primaires, 232 centres de santé et 43 bâtiments administratifs dans les provinces du Kongo Central, du Kwango, du Kwilu, du Mai-Ndombe, de l’Equateur, du Nord et du Sud-Ubangi.
Fin 2024, la CFEF a construit et équipé un total de 339 infrastructures dont 198 écoles primaires, 108 centres de santé et 33 bâtiments administratifs. Ce qui correspond à 76% des travaux exécutés en ce temps-là. « Les résultats sont palpables, nous retrouvons les mêmes standards des bureaux de Kinshasa en provinces, de par la qualité des ouvrages construits et aussi celle des équipements », s’était réjouie la CFEF. Cette agence fiduciaire de coordination et de gestion des projets dit recevoir également un retour positif de la part des bénéficiaires. « Nous recevons également les impressions des bénéficiaires qui ne manquent pas d’exprimer leur satisfaction et leur joie en voyant leurs conditions de travail, la qualité des soins et d’éducations s’améliorer significativement grâce à la main-d’œuvre employée par la CFEF », ajoute l’agence.
Au Kongo Central, dans le territoire de Lukula, l’administrateur du territoire a remercié le coordonnateur national de la CFEF pour la qualité des bâtiments et les équipements placés dans ces infrastructures. « Lorsque nous étions en prospection, avant de commencer ces travaux, j’avais un sentiment de tristesse en se disant comment l’Etat peut fonctionner dans des telles conditions ? Aujourd’hui, quand vous allez en province, vous avez un administrateur du territoire qui est fier et n’a rien à envier aux bureaux de Kinshasa. Ils ont des bureaux qui ont le même standard que Kinshasa », a expliqué Alain Lungungu, coordonnateur national de la CFEF, dans des propos relayés en 2024 par Heshima Magazine.
Des bénéficiaires témoignent…
Les conditions professionnelles des enseignants, des fonctionnaires de l’administration territoriale ou des patients ont sensiblement changé dans certains territoires du pays. Habitué à travailler dans un vieux bâtiment colonial, certaines administrations des territoires possèdent désormais des bureaux modernisés. « Nous sommes maintenant considérés. Quand vous travaillez dans des meilleures conditions, vous êtes considérés. Nous sentons que nous sommes obligés de rendre un bon travail au chef de l’Etat pour qu’il voie que l’administration fonctionne », a déclaré Emery Kanguma, administrateur du territoire de Masi-Manimba. Ces efforts de modernisation ont été aussi constatés dans les infrastructures sanitaires dans les provinces du Kwango et Kwilu. Le personnel de santé qui prestait dans des centres de santé construits en chaume exerce maintenant dans des bâtiments modernes et équipés.
Dans le territoire de Kenge, au Kwango, des élèves d’une école, qui apprenaient sous un hangar de fortune, ont désormais un bâtiment en matériau durable et mieux équipé. « Nous étions dans des conditions très misérables. Nous sommes très heureux de travailler dans un bâtiment moderne », a déclaré un enseignant de l’école EP Ngondi Makosi. « Nous remercions le président de la République qui a pensé à ce que nous ayons un bijou pareil », a renchéri Jean-Noël Kubangila, directeur de cet établissement scolaire situé dans le secteur de Biteko. Pour un autre enseignant à Masi-Manimba, c’est une première qu’un chef de l’Etat investisse autant dans les infrastructures dans le Congo profond souvent délaissé au profit des villes.
Des difficultés rencontrées
La CFEF et ses équipes ont rencontré des difficultés majeures lors de l’exécution de ce projet. Parmi ces contraintes, figurent notamment l’accès difficile à certains sites des territoires couverts, conduisant à un accroissement des coûts logistiques ; l’inadéquation entre l’offre des matériaux et la demande induite par les besoins du programme ; les coûts de transactions (en temps et en argent) élevés pour accéder au financement, allongeant ainsi les délais de démarrage effectif des travaux ; les problèmes sécuritaires dans certains territoires ont retardé le démarrage effectif des travaux et enfin les cas d’inondation signalés dans certains sites choisis. Malgré ces contraintes, la CFEF a réalisé 77 % des travaux. Les entreprises sélectionnées étaient suivies sur le terrain par les missions de contrôle dont la tâche est de veiller aux aspects techniques et au respect des règles de l’art dans la construction de ces édifices.
PNUD et BCeCo dressent également leur bilan
Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a indiqué avoir livré 334 écoles sur 424 ; 54 bâtiments administratifs et 245 centres de santé, soit un total de 631 infrastructures sur les 764 prévues. De son côté, le Bureau central de coordination (BCeCo) annonce avoir atteint 82 % de réalisation, avec notamment 190 écoles livrées sur 414 ; 112 centres de santé sur 269, et 16 bâtiments administratifs sur 48 selon les moyens mis à sa disposition par le gouvernement.
Ce projet dans son volet partenariat avec PNUD-RDC a enregistré des résultats significatifs notamment 14 244 500 bénéficiaires qui ont vu leurs conditions de vie améliorées grâce aux infrastructures construites dans le cadre de ce programme. Au total, 286 centres de santé, 54 bureaux administratifs, 424 écoles primaires, 60 000 emplois temporaires créés dans plusieurs provinces du pays, d’après un rapport PNUD visuel consulté notamment par Heshima Magazine.
Dans la province de la Tshopo, Mirandie Baza, élève à l’école primaire Madula avait fait savoir qu’avant, il s’asseyait par terre et quand il pleuvait, ils étaient mouillés. Mais aujourd’hui, « nous avons des bancs. Avant quand il pleuvait, on était mouillés mais maintenant on étudie dans des bonnes conditions », a-t-il témoigné.
Dans le Kasaï, Mme Sidonie Tshibola, résidente de Luebo, a salué les efforts du gouvernement pour ces infrastructures qui viennent améliorer leurs conditions de vie. « Nous disons infiniment merci à notre gouvernement. Depuis que nous sommes nés, nous n’avions jamais vu une telle infrastructure ici. Nous sommes très heureuses car autrefois, les femmes accouchaient à même le sol. Aujourd’hui, nous voyons un beau bâtiment avec la lumière, les bancs et les chaises. Nos enfants naîtront dans de bonnes conditions. Nous, les femmes enceintes étions autrefois dans des mauvaises conditions, aujourd’hui, nous avons un endroit digne d’un bon bâtiment, un bon endroit pour accoucher en sécurité. », a-t-elle fait savoir.
Le Représentant résident PNUD-RDC, Damien Mama, estime que le PDL 145-T est un exemple qui illustre l’engagement du gouvernement congolais à apporter des services dans les localités les plus reculées, les localités qui, pendant longtemps, n’ont reçu aucun service. Il a indiqué que tous les Congolais et Congolaises ont besoin et méritent d’avoir une bonne école, un bon centre de santé et que les administrateurs de territoires aussi aient des conditions de travail comme dans tous les ministères au niveau de Kinshasa.
Une initiative à pérenniser malgré les couacs…
L’évaluation du programme PDL 145 territoires en RDC montre des progrès encourageants malgré des résultats mitigés dans certains territoires, avec un taux d’exécution physique global estimé à environ 33% (au 15 novembre 2024), bien que les taux financiers soient plus élevés pour certaines agences d’exécution. Les principaux défis incluent les retards d’exécution, des infrastructures inachevées et des préoccupations concernant la qualité des ouvrages construits. Les raisons invoquées pour ces retards sont notamment le démarrage tardif des travaux, l’insécurité, l’enclavement de certaines zones et le vol de matériaux.
Ce programme se concentre sur quatre composantes principales : l’amélioration de l’accès aux infrastructures et aux services de base dans les zones rurales, la promotion du développement des économies locales, le renforcement des capacités de gestion du développement local et la mise en place d’un système de suivi géo référencé pour évaluer en temps réel les progrès réalisés.
Au final, ce vaste et ambitieux projet apparaît comme une initiative ambitieuse qui a ouvert la voie à une nouvelle approche du développement en RDC. S’il n’a pas encore tenu toutes ses promesses, il a replacé les territoires au cœur de l’action publique, posant les bases d’un développement plus inclusif, à condition que les leçons tirées de sa mise en œuvre servent réellement à corriger le cap.
Heshima




























































