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La justice internationale et les crimes de guerre en RDC : à quand la fin d’impunité ?
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La redaction
Depuis plus de trois décennies, la République démocratique du Congo (RDC) porte les stigmates de conflits armés qui ont déchiré son territoire et décimé sa population. Entre massacres de masse, violences sexuelles systématiques et crimes contre l’humanité, l’Est du pays est devenu le territoire le plus durement touché par les atrocités depuis la seconde guerre mondiale. Pourtant, malgré l’ampleur de ces tragédies, l’impunité demeure la règle, alimentant un cycle de violence qui perdure aujourd’hui.
Cette impunité quasi-totale questionne l’efficacité des mécanismes de justice internationale déployés dans le pays. La Cour pénale internationale (CPI), les tribunaux nationaux et les missions onusiennes se heurtent à des obstacles structurels qui limitent considérablement leur impact. Face à ce constat accablant, la RDC appelle désormais à la création d’un tribunal pénal international spécialisé pour juger les 617 incidents documentés dans le rapport Mapping des Nations Unies.
Les racines du chaos : de Mobutu aux guerres du Congo
L’histoire contemporaine de la RDC est marquée par une succession de conflits armés qui trouvent leurs racines dans l’effondrement du régime de Mobutu Sese Seko. Après 32 ans de dictature caractérisée par une gouvernance faible et un niveau de corruption élevé, le pays a basculé dans l’instabilité. Les conséquences du génocide rwandais de 1994 ont particulièrement déstabilisé l’Est congolais, contribuant à deux conflits majeurs aux conséquences dramatiques pour la RDC.
La première et la deuxième guerre du Congo, qui se sont déroulées respectivement de 1996 à 1997 puis de 1998 à 2003, ont impliqué de nombreux pays et groupes armés africains qui se sont affrontés sur le territoire congolais. Ces conflits, alimentés par la lutte pour le contrôle des zones riches en minerais, ont causé près de 3,9 millions de morts entre 1998 et 2004, selon l’International Rescue Committee. Les femmes, les enfants et les personnes âgées ont été les principales victimes de cette violence.
L’instrumentalisation des ressources naturelles
Les vastes ressources minières de la RDC, estimées à 24 000 milliards de dollars, ont attisé les convoitises et alimenté les conflits. Les minéraux comme l’étain, le tantale, le tungstène et l’or, communément appelés « minéraux de conflit », sont devenus au cœur de la violence qui continue de dévaster la région. La demande mondiale pour ces matières premières utilisées dans l’électronique quotidienne garantit la pérennité du commerce illégal qui finance les groupes armés.
Le projet Mapping : un inventaire accablant
Face à l’ampleur des crimes commis, les Nations Unies ont lancé en 2007 le projet Mapping, suite à la découverte de trois fosses communes dans l’Est du pays fin 2005. Cette initiative, dirigée par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme avec un budget de près de 3 millions de dollars, avait pour objectif de dresser l’inventaire des violations les plus graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises sur le territoire de la RDC entre mars 1993 et juin 2003.
Le rapport final, publié en octobre 2010, documente 617 incidents violents impliquant 21 groupes rebelles et huit armées étrangères. Chaque incident suggère la possibilité que de graves violations des droits de l’homme ou du droit international humanitaire aient été commises. Ce travail minutieux, basé sur 1 280 témoignages et plus de 1 500 documents, révèle que la majorité des crimes documentés qualifient de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre.
L’action de la Cour pénale internationale
La CPI s’est saisie de plusieurs affaires congolaises, établissant ainsi des jalons décisifs dans la lutte contre l’impunité.
Thomas Lubanga Dyilo, leader de l’Union des Patriotes Congolais (UPC), fut le premier condamné de la Cour en 2012 pour avoir enrôlé et utilisé des enfants-soldats en Ituri en 2002–2003. Sa condamnation à 14 ans de prison, tenant compte des périodes déjà purgées, a constitué un précédent majeur. Il a été libéré en mars 2020, marquant ainsi une étape importante dans l’application de la justice internationale.
Germain Katanga, surnommé « Simba » en raison de sa férocité à la tête des Forces de Résistance Patriotiques en Ituri (FRPI), a été condamné en 2014 à 12 ans de prison pour sa complicité dans le massacre de Bogoro, un village du nord-est de la RDC où environ 200 personnes furent tuées en 2003. Des mesures de réparation ont été mises en œuvre en faveur des victimes, culminant par une cérémonie tenue en avril 2024 pour clore ces initiatives.
Jean‑Pierre Bemba, ancien vice-président congolais, a été reconnu coupable en mars 2016 de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre pour les exactions (meurtres et viols) perpétrées par sa milice en Centrafrique entre 2002 et 2003, ce qui lui valut une peine de 18 ans de prison. Cependant, sa condamnation fut annulée en appel en juin 2018, le juge ayant estimé que l’appréciation de son devoir de commandement n’avait pas été suffisamment approfondie. Il fut rapidement libéré et resta impliqué dans la vie politique congolaise, ayant, depuis 2023 à ce jour, intégré des fonctions ministérielles importantes.
Le cas emblématique de Bosco Ntaganda
Bosco Ntaganda, surnommé « Terminator », représente l’affaire la plus aboutie de la CPI concernant la RDC. Condamné en 2019 à 30 ans de prison ferme, la peine la plus lourde jamais prononcée par la CPI, il a été reconnu coupable de 18 chefs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Les juges ont fixé à 30 millions de dollars le montant des réparations aux victimes, soulignant l’ampleur des dommages causés.
Les victimes éligibles comprennent les victimes directes et indirectes des attaques, les victimes de crimes contre les enfants soldats, de viol et d’esclavage sexuel, a précisé la Cour. Cette décision marque une avancée significative dans la reconnaissance des droits des victimes, même si Ntaganda ne dispose pas des ressources suffisantes pour s’acquitter de ces réparations.
Un système national défaillant
Le rapport Mapping dresse un constat sévère sur la capacité du système judiciaire congolais à traiter les crimes internationaux : « Une des grandes faiblesses du système judiciaire en RDC réside depuis toujours dans le manque d’indépendance des cours et tribunaux par rapport aux structures du pouvoir exécutif, législatif et de l’administration étatique ». Les interférences politiques et militaires dans les affaires judiciaires sont « courantes et reconnues ».
Pour l’ensemble des crimes internationaux commis entre mars 1993 et juin 2003, les tribunaux militaires ne se sont saisis que de deux affaires avec qualification de crimes de guerre, dont l’une s’est soldée par un acquittement. Cette pratique judiciaire insignifiante révèle l’incapacité du système national à rendre justice pour de tels crimes.
L’impunité des acteurs étrangers
La participation importante des acteurs étrangers dans les violations graves du droit international humanitaire commises en RDC pose également une difficulté aux juridictions congolaises. Bien que compétentes sur toute personne, congolaise ou non, elles ont peu de moyens pour poursuivre les responsables étrangers. Cette limitation structurelle permet à de nombreux présumés criminels de bénéficier d’une impunité de fait.
Les témoignages qui interpellent
Mme Furaha, survivante du massacre de Kisangani en 2000, témoigne : « Ils sont venus dans notre quartier avec des uniformes différents. Ils parlaient kinyarwanda et anglais. Après m’avoir violée par plus de huit hommes, ils ont tué mon mari et mes deux fils devant moi. Vingt-cinq ans après, personne n’a été jugé. Nous attendons toujours la justice. »
Aimé Kang, expert en droit international, analyse : « L’impunité en RDC n’est pas un accident. C’est le résultat d’un système qui protège les criminels de guerre. Tant que les responsables politiques et militaires ne seront pas jugés, la violence continuera. »
Mme Esperance, présidente d’une association de victimes au Nord-Kivu, se désole : « Nos filles sont violées, nos fils sont tués, nos villages sont brûlés, mais les coupables se promènent librement. Certains occupent même des postes importants dans l’administration. C’est inacceptable. »
La persistance des violences
Malgré les accords de paix et la présence de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO), les violences continuent de frapper les populations civiles. Le rapport d’experts de l’ONU de 2024 décrit « l’ampleur inédite de la violence contre les civils » dans l’Est du pays. Les groupes armés, notamment le M23 soutenu par le Rwanda, commettent des « meurtres, violences sexuelles et attaques contre des civils ».
Human Rights Watch documente que depuis 2022, les rebelles M23 soutenus par le Rwanda ont commis des meurtres, des viols et d’autres crimes de guerre apparents. Plus de 60 000 personnes ont perdu la vie depuis 1999 dans la seule région de l’Ituri. Un nombre probablement sous-évalué. Les chiffres actuels sont tout aussi alarmants : plus de 40 000 victimes de violences sexuelles ont été prises en charge par Médecins Sans Frontières au Nord-Kivu en 2024, un nombre sans précédent.
Une crise humanitaire sans précédent
La situation humanitaire se dégrade continuellement. Plus de 3 millions de personnes se sont nouvellement déplacées depuis la résurgence du M23, portant le total des déplacés internes à près de 7,77 millions, un record mondial selon l’OIM. Cette crise massive, dont 90% des déplacements sont causés par les violences et affrontements armés, révèle l’échec des mécanismes de protection.
Les besoins humanitaires ont été estimés à 2,54 milliards de dollars pour 2025, témoignant de l’ampleur des défis auxquels le pays est confronté. Cette situation critique pousse Bruno Lemarquis, Coordonnateur humanitaire en RDC, à alerter que « les signaux sont au rouge ».
Les initiatives du président Tshisekedi
Face à cette impunité persistante, le président Félix Tshisekedi a réitéré ses appels à la communauté internationale. Lors de la 52ème session du Conseil des droits de l’homme en février 2023, il a plaidé pour la création d’un tribunal pénal international pour la RDC afin d’élucider les 617 incidents documentés dans le Rapport Mapping. Cette demande s’accompagne de la réflexion sur la création d’une Cour pénale spéciale comme en République Centrafricaine.
Le gouvernement congolais a également adopté en décembre 2022 la loi n° 22/065 fixant les principes fondamentaux relatifs à la protection et à l’indemnisation des victimes de violences sexuelles liées aux conflits. Cette initiative marque une première dans l’histoire du pays et s’accompagne de la création d’un Fonds de réparation des victimes.
Le plaidoyer de Denis Mukwege
Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018, incarne la lutte contre l’impunité en RDC. Depuis la création de l’hôpital Panzi en 1999, il a traité plus de 50 000 femmes victimes de violences sexuelles. Son engagement lui vaut d’être appelé « L’homme qui répare les femmes ». Face aux menaces de mort qu’il reçoit de la part des groupes armés, il bénéficie de la protection des forces de sécurité de l’ONU.
Pour Mukwege, « face à l’échec des solutions politiques et sécuritaires, nous sommes convaincus que le chemin de paix durable passera par le recours à tous les mécanismes de la justice transitionnelle ». Il appelle à une enquête pour exhumer les nombreuses fosses communes dans l’Est du pays et collecter et préserver les éléments de preuves d’actes susceptibles de constituer des crimes de guerre, des crimes contre l’humanités et des crimes de génocide.
Les sanctions limitées
La communauté internationale a progressivement renforcé son arsenal de sanctions contre les groupes armés actifs en RDC. L’Union européenne a ajouté en juillet 2024 neuf personnes et une coalition rebelle à sa liste de sanctions, portant à 31 le nombre total d’entrées. Ces mesures visent plusieurs commandants accusés de violations graves des droits de l’homme et d’entretenir le conflit armé, l’instabilité et l’insécurité dans l’Est de la RDC.
Cependant, l’efficacité de ces sanctions reste limitée. Selon un rapport de l’ONU, 3 000 à 4 000 soldats rwandais ont combattu aux côtés du M23 et Kigali exerce un contrôle de facto sur les opérations du groupe. Cette implication directe des forces étrangères complique considérablement les efforts de pacification.
Les obstacles à la coopération judiciaire
La coopération judiciaire internationale se heurte à de nombreux obstacles structurels. L’absence des mécanismes de mise en œuvre des obligations conventionnelles sur la coopération judiciaire entrave l’efficacité des poursuites transfrontalières. Le maintien de la peine de mort dans l’arsenal juridique congolais et les mauvaises conditions carcérales constituent des obstacles supplémentaires.
Les réformes récentes
Le secteur judiciaire congolais a entamé une nouvelle phase de réformes en mars 2025 avec l’adoption de « deux réformes majeures » mises en œuvre par décret. Ces mesures, fruit des recommandations des États généraux de la justice, visent à renforcer la justice dans le pays. Bien que les détails spécifiques ne soient pas encore dévoilés, ces réformes marquent un engagement fort du gouvernement en faveur de la réforme judiciaire.
L’approche holistique proposée
Un rapport de 2023 du Comité scientifique chargé de l’élaboration d’un projet de politique nationale de justice transitionnelle propose une approche holistique incluant ses quatre piliers : droit à la vérité, droit à la justice, droit à la réparation et garanties de non-répétition. Cette approche, fondée sur les consultations populaires, vise à rompre avec les mécanismes passés insuffisants.
Les experts recommandent la création d’une Commission nationale de vérité et réconciliation avec des branches provinciales. Cette initiative s’accompagnerait de réformes dans le secteur judiciaire et dans le secteur de la sécurité. L’objectif est de créer un système capable de traiter efficacement les crimes du passé tout en prévenant leur répétition.
Le renforcement des capacités nationales
Malgré les défis considérables, des progrès notables ont été accomplis. Depuis 2004, les tribunaux militaires et civils congolais ont rendu plus de 130 jugements sur des crimes internationaux, un record rarement égalé par des juridictions nationales dans des conditions aussi difficiles. Cette performance témoigne de la capacité du système judiciaire congolais à lutter efficacement contre l’impunité des crimes internationaux.
Le rapport publié par UpRights, une organisation spécialisée dans l’assistance juridique aux victimes de violations graves des droits humains à travers le monde, et TRIAL International, une ONG engagée dans la lutte contre l’impunité des crimes internationaux, souligne que diverses solutions institutionnelles peuvent être déployées pour renforcer le système judiciaire et préserver ses acquis. Ces solutions incluent notamment l’amélioration de la formation des magistrats, le renforcement de la protection des témoins, ainsi qu’une augmentation significative des budgets alloués à la justice.
L’engagement international nécessaire
Alice Baenens, conseillère juridique d’Amnesty International, affirme qu’« il n’est pas trop tard pour juger ces crimes : la justice peut encore être obtenue même 25 ans après ». Cette perspective encourage les efforts de documentation et de préservation des preuves, essentiels pour les futures poursuites.
La création d’une conférence internationale organisée en RDC pourrait servir de cadre d’échange pour déterminer les priorités en matière de réforme de la justice et pour coordonner les actions visant à lutter contre l’impunité. Cette initiative permettrait de mobiliser la communauté internationale autour d’objectifs communs.
Près de trente ans après le début des conflits qui ont ensanglanté la RDC, l’impunité demeure un défi majeur. Les crimes de guerre, crimes contre l’humanité et violences sexuelles continuent de ravager l’Est du pays, alimentés par l’absence de justice et les intérêts économiques autour des ressources naturelles. Si les efforts de la Cour pénale internationale ont marqué des avancées significatives, ils restent insuffisants face à l’ampleur des crimes commis.
L’appel du président Tshisekedi à la création d’un tribunal pénal international pour la RDC mérite d’être entendu par la communauté internationale. Parallèlement, le renforcement des capacités judiciaires nationales et l’adoption d’une approche holistique de justice transitionnelle offrent des perspectives encourageantes. La route vers la justice sera longue et semée d’embûches, mais comme le rappelle Denis Mukwege, il ne peut y avoir de véritable paix sans justice. L’avenir de la RDC et la dignité de ses victimes en dépendent.
Heshima Magazine
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Accords de Washington : la mise en œuvre traîne, un an après…
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1 mois agoon
septembre 10, 2026By
La redaction
Signés le 27 juin 2025 et entérinés, six mois plus tard, par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, dans un climat de fortes tensions, les accords de Washington n’ont toujours pas produit les effets escomptés. Un an après leur signature, la paix reste hors de portée dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Leur mise en œuvre patine et paraît de plus en plus hypothétique, malgré les sanctions infligées au Rwanda par les États-Unis.
Après plusieurs cycles de discussions sans résultats décisifs, le processus de désescalade engagé entre Kinshasa et Kigali semble s’être enlisé. Pourtant, les deux parties poursuivent leurs rencontres dans le cadre des mécanismes prévus par l’accord. Le 24 juin 2026, lors de la sixième réunion du Comité mixte de surveillance (CMS), les deux délégations ont réaffirmé leur volonté d’accélérer la mise en œuvre de l’accord afin de réduire les tensions dans l’est de la RDC.
Mais sur le terrain, les avancées restent limitées. Selon le Baromètre des accords de paix en Afrique, un an après leur signature, les accords de Washington n’ont été mis en œuvre qu’à hauteur de 35 %. Sur les 30 engagements prévus, seuls trois ont été pleinement réalisés, notamment la mise en place d’un mécanisme conjoint de coordination sécuritaire et du Comité mixte de surveillance. Tous les autres volets accusent un retard important.
Le Baromètre relève toutefois quelques progrès. Du côté congolais, les opérations de neutralisation des FDLR, lancées à la fin du mois de mars 2026, obtiennent une note de 5 sur 10. En revanche, du côté rwandais, le retrait des troupes et la levée des mesures défensives n’atteignent qu’un score de 2,5 sur 10. Il apparaît également un profond déséquilibre dans les priorités d’exécution. Les engagements sécuritaires les plus sensibles restent pratiquement au point mort. Le déficit de confiance entre les deux parties continue de freiner la coopération et favorise la poursuite des hostilités sur le terrain.
Le Rwanda renforce sa présence
Alors que Kigali s’était engagé à retirer ses forces du territoire congolais et à lever certaines mesures défensives, plusieurs rapports indiquent au contraire un renforcement de sa présence militaire dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Les autorités rwandaises justifient ce maintien par la menace persistante que représenteraient les FDLR et par la nécessité de préserver leur sécurité. Dans un rapport adressé au Conseil de sécurité des Nations unies, le Groupe d’experts indique que, depuis le lancement du processus de Doha en mars 2025, les territoires contrôlés par l’AFC/M23 se sont étendus de plus de 35 %. Le même rapport estime qu’entre 14 000 et 18 000 militaires rwandais restent déployés dans l’est de la RDC.
Les sanctions américaines montrent leurs limites
Parallèlement, les négociations menées à Doha, sous la médiation du Qatar entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23, peinent-elles aussi à produire des résultats concrets. De même, la pression diplomatique et économique exercée par les États-Unis sur Kigali ne semble pas modifier le rapport de force sur le terrain. Washington a pourtant multiplié les sanctions contre des responsables rwandais accusés de soutenir l’AFC/M23 ou de tirer profit de l’exploitation illégale des ressources minières congolaises.
En juin dernier, les États-Unis ont sanctionné plusieurs ressortissants rwandais soupçonnés de participer au trafic d’or extrait illégalement dans l’est de la RDC. La raffinerie Gasabo Gold Refinery Ltd, basée à Kigali, ainsi que plusieurs membres de son réseau, sont accusés de blanchir cet or. « Les États-Unis ne permettront pas à des acteurs malveillants de tirer profit du commerce illicite des minerais et de déstabiliser la région », a déclaré le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent. Quelques mois auparavant, l’administration Trump avait déjà pris des sanctions contre plusieurs officiers supérieurs des Forces de défense rwandaises.
Malgré ces mesures, Kigali ne donne aucun signe de recul. Le porte-parole de l’armée rwandaise, le brigadier-général Patrick Karuretwa, lui-même visé par des sanctions américaines, a déclaré sur un plateau de télévision que « le Rwanda est à Goma et à Bukavu pour y rester ; se retirer serait suicidaire ».
Autre paradoxe : James Kabarebe, sanctionné par le Trésor américain en 2025 pour son rôle présumé dans le soutien au M23 et dans l’exploitation des ressources minières congolaises, a été promu ministre d’État chargé de l’Intégration régionale. Il est aujourd’hui l’interlocuteur officiel du Rwanda pour le volet économique des accords de Washington, pourtant parrainés par les États-Unis.
Le dialogue comme alternative
Face aux difficultés rencontrées par les initiatives diplomatiques, plusieurs acteurs politiques et organisations de la société civile congolaises plaident désormais en faveur d’un dialogue national inclusif. Pour eux, un dialogue interne pourrait permettre de consolider les accords de Washington en abordant d’autres causes profondes de la crise, notamment les questions de gouvernance, de cohésion nationale et de légitimité des institutions. « Sans dialogue national inclusif, Washington et Doha ne mèneront pas à une paix durable », ont notamment affirmé plusieurs organisations de la société civile.
Dans cette perspective, le président burundais Évariste Ndayishimiye, également président en exercice de l’Union africaine, a reçu, le 7 juillet 2026, une délégation de responsables politiques congolais ainsi que des représentants de la CENCO, de l’ECC et des Églises de réveil. À l’issue des échanges, le chef de l’État burundais a insisté sur la nécessité d’un dialogue inclusif. La coalition C64 lui a, pour sa part, réaffirmé son opposition à toute modification de la Constitution du 18 février 2006.
Mais le consensus est encore loin d’être trouvé. Majorité et opposition divergent aussi bien sur les participants que sur le contenu du futur dialogue. Le pouvoir refuse que ce cadre serve de « blanchisserie » à ceux qui ont pris les armes contre la République, tandis que les responsables religieux plaident pour une participation sans exclusion.
Sur le fond également, les positions restent éloignées. Certains souhaitent un dialogue centré sur la cohésion nationale, d’autres veulent remettre sur la table l’ensemble de l’ordre politique issu des élections de 2023. Pour Jean-Claude Katende, président de l’Association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO), le dialogue est devenu incontournable. Mais, prévient-il, il ne devra pas occulter les impératifs de justice et de lutte contre l’impunité.
Hubert Mwipatayi
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OIF : La bataille d’ambitions se déclenche en RDC
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9 mois agoon
février 4, 2026By
La redaction
À l’approche de la fin du second mandat de la Rwandaise Louise Mushikiwabo à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), les lignes commencent à bouger en République démocratique du Congo. Kinshasa a annoncé son intention de présenter un candidat à la prochaine élection alors que Kigali compte maintenir Mushikiwabo pour un troisième mandat. Depuis, une bataille des ambitions se déclenche en République démocratique du Congo (RDC) et des noms circulent déjà.
La succession de Louise Mushikiwabo, dont le mandat arrive à échéance en 2026, ouvre une nouvelle phase de tractations au sein de l’OIF. En RDC, pays au poids démographique et linguistique majeur dans l’espace francophone, la perspective de voir émerger un candidat national suscite un intérêt croissant, tant dans les sphères politiques que diplomatiques.
Plus grand pays francophone du monde par le nombre de locuteurs, la RDC estime disposer d’une légitimité naturelle pour briguer le poste de secrétaire général. Plusieurs profils circulent déjà dans les cercles de pouvoir : anciens ministres, diplomates chevronnés ou figures issues des organisations internationales. Pour l’heure, aucun nom n’est officiellement avancé, mais les consultations internes se multiplient. Cette effervescence intervient dans un contexte africain particulier. Après deux mandats consécutifs confiés à une ressortissante rwandaise, soutenue à l’époque par la France, de nombreux États africains plaident pour une alternance équilibrée, tenant compte à la fois des régions et des sensibilités politiques. La RDC pourrait ainsi apparaître comme un compromis crédible, à condition de rallier un large consensus. Mais au-delà de tout, le mot de Paris sur l’élection du secrétaire général est non négligeable.
Chez Macron, Tshisekedi a-t-il eu le feu vert de Paris ?
De retour de Davos le 21 janvier et après une escale privée à Bruxelles, le chef de l’Etat congolais s’était rendu le 23 janvier à Paris. Lors de ce court séjour, le président Tshisekedi a eu un déjeuner avec son homologue français Emmanuel Macron. Au cours des échanges, d’aucuns pensent que la question de l’OIF a été aussi abordée au-delà des questions bilatérales et celles relatives à la situation sécuritaire dans la région des Grands Lacs. Juste après cette visite, Crispin Mbadu, ministre délégué près le ministre des Affaires étrangères chargé de la Francophonie et de la Diaspora congolaise, a annoncé, le 30 janvier 2026, au conseil des ministres, l’intention de la RDC de présenter un candidat à la tête de cette organisation internationale.
À travers madame Louise Mushikiwabo, le Rwanda veut obtenir un troisième mandat à la tête de cette organisation francophone. Mais en réponse à cette candidature, la RDC a décidé de positionner son propre candidat. Et l’entente entre Kinshasa et Paris sur ce point semble avoir eu lieu. Ce qui risque d’ouvre également une bataille diplomatique entre Kinshasa et Kigali.
Mais la RDC semble désormais avoir une certitude sur sa candidature. « La francophonie est un processus, une élection. Ce ne sont pas des pays qui se présentent, mais des candidats. La France, à ce stade, est ouverte évidemment à toutes les candidatures, les candidatures qui peuvent se faire, si je ne me trompe pas, jusqu’au 15 mai. Nous serons évidemment très attentifs à ce processus », a déclaré Éléonore Caroit,ministre déléguée auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, lors de son séjour à Kinshasa. D’après elle, « l’important pour nous, c’est que la RDC joue pleinement son rôle au sein de la francophonie ».
Avant le choix de Fatshi, la bataille s’annonce rude
Bien que le chef de l’Etat congolais devrait trancher sur le profil idoine, la bataille s’annonce cependant rude. Dans un contexte d’extrême tension entre Kinshasa et Kigali, qui soutient les rebelles de l’AFC/M23 dans l’est du Congo, Félix Tshisekedi a décidé de riposter en présentant une candidature concurrente pour le poste de secrétaire. Des noms sont immédiatement cités dans la foulée. C’est le cas de Christophe Lutundula, ancien ministre des Affaires étrangères de Félix Tshisekedi, madame Thérèse Kayikwamba Wagner, l’actuelle cheffe de la diplomatie congolaise est également citée aux côtés d’un troisième nom : Isidore Kwandja Ngembo. Ce dernier a été à la coordination nationale des 9èmes Jeux de la Francophonie en juillet et août 2023.
Mais deux noms semblent avoir percer en haut lieu. C’est d’abord celui du prix Nobel de la paix 2018, Denis Mukwege et l’ancien ministre des Finances, Freddy Matungulu. À Kinshasa, le défi est donc double : désigner un candidat fédérateur et construire une diplomatie offensive capable de convaincre au-delà des alliances traditionnelles. L’OIF, souvent perçue comme une institution symbolique, est devenue un véritable enjeu de soft power, où chaque élection révèle les rapports de force du monde francophone. D’ailleurs, l’élection d’une Rwandaise à la tête de cette organisation a frustré plus d’un au sein de cet espace. Le Rwanda étant devenu un pays anglophone et membre à part entière du Commonwealth, cette élection de Louise Mushikiwabo avait égratigné l’image de l’OIF au sein de l’espace francophone.
Denis Mukwege, profil sérieux et une voix morale
Son nom revient en boucle depuis 72 heures. Médecin gynécologue, militant infatigable des droits humains et prix Nobel de la paix, Denis Mukwege incarne depuis plus de deux décennies une voix morale majeure en République démocratique du Congo et bien au-delà. L’engagement de cet homme dépasse le cadre de la médecine. Né le 1er mars 1955 à Bukavu, dans l’est de la République démocratique du Congo, Denis Mukwege a été formé à la médecine au Burundi puis spécialisé en gynécologie obstétrique en France. Il rentre en RDC au début des années 1990, alors que le pays bascule dans une spirale de conflits armés. En 1999, il fonde l’hôpital de Panzi, à Bukavu. L’établissement devient rapidement un refuge pour des milliers de femmes victimes de violences sexuelles, utilisées comme armes de guerre dans l’est du pays.
Au-delà des soins chirurgicaux, le docteur Mukwege développe une approche holistique de la prise en charge : soutien psychologique, accompagnement juridique et réinsertion socio-économique. Cette vision globale, innovante à l’époque, fait de Panzi un modèle reconnu internationalement. En 2023, Mukwege s’essaie en politique et se porte candidat président de la République. Malgré sa défaite lors de la présidentielle remportée par Félix Tshisekedi, l’homme n’a pas cessé de défendre les causes du pays notamment la crise dans l’Est de la République.
Freddy Matungulu, un profil de discipline
Ancien ministre des Finances, professeur d’université et figure de l’opposition congolaise, Freddy Matungulu incarne depuis plus de deux décennies une parole rare dans le paysage politique du pays : celle de la rigueur économique et de l’éthique publique. Né à Kinshasa, Freddy Matungulu s’est d’abord fait connaître loin des tribunes politiques. Docteur en économie, il mène une carrière universitaire et internationale, travaillant notamment avec des institutions financières et des organisations de développement. Cette trajectoire technocratique le propulse en 2001 au ministère des Finances, dans un contexte de transition politique et de reconstruction économique post-conflit.
À la tête de ce portefeuille stratégique, Matungulu tente d’imposer des principes de discipline budgétaire et de transparence, dans un environnement institutionnel encore fragile. Son passage, bref mais marquant, lui vaut une réputation d’homme austère, peu enclin aux compromis, mais respecté pour sa compétence. Après son départ du gouvernement, il revient à l’enseignement et à la réflexion économique, tout en prenant progressivement position dans le débat public.
C’est dans l’opposition politique qu’il se forge une nouvelle identité. Fondateur et leader du parti Congo Na Biso (CNB), Freddy Matungulu défend une vision centrée sur la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption et la responsabilisation des élites. Ce parti a prôné l’alternance démocratique et a soutenu la candidature de Matungulu lors de la présidentielle de 2018, avant d’intégrer la coalition LAMUKA. Après ce scrutin remporté par Félix Tshisekedi, ce dernier va proposer sa candidature à la Banque africaine de développement (BAD).
Thérèse Kayikwamba, la pièce maitresse de la diplomatie
Figure montante de la diplomatie congolaise, l’actuelle ministre d’État, ministre des Affaires étrangères de la RDC incarne une nouvelle génération de leadership congolais, à la croisée du multilatéralisme, de la rigueur technocratique et de l’engagement politique. Née au pays et formée dans de prestigieuses institutions académiques internationales, Thérèse Kayikwamba Wagner s’est imposée au fil des années comme l’un des visages les plus crédibles de la diplomatie congolaise. Son parcours, marqué par une solide expertise en relations internationales et en gouvernance, la distingue dans un paysage politique longtemps dominé par des profils traditionnels.
Avant son entrée au gouvernement, elle s’illustre au sein d’organisations multilatérales et de centres de réflexion stratégiques, notamment aux Nations unies, où elle travaille sur les questions de paix, de sécurité et de prévention des conflits. Cette expérience internationale affine sa lecture des rapports de force mondiaux et renforce sa capacité à défendre les intérêts congolais dans des enceintes souvent complexes. Elle est actuellement la pièce maitresse de la diplomatie du pays. Ce qui fait dire à certains que Félix Tshisekedi aura du mal à la laisser filer à l’OIF.
Isidore Kwandja, l’homme des Jeux de la Francophonie
Ce natif de Banga, localité située dans le territoire d’Ilebo au Kasaï, a effectué ses études secondaires à Tshikapa, l’actuel chef-lieu de sa province d’origine. Il a poursuivi ses études universitaires à l’Université pédagogique nationale (UPN), à Kinshasa où il a obtenu une licence en histoire. Isidore Kwandja est allé ensuite à l’Université catholique de Kinshasa où il a décroché un diplôme d’études supérieures en économie du développement. Avide d’approfondir ses études, il ne va pas s’arrêter là. Il s’est envolé pour la Belgique où il a emporté deux masters, dont l’un en développement international à l’Université catholique de Louvain et un autre en droit international, à l’Université Saint Louis de Bruxelles, avait retracé Heshima Magazine dans un portrait qui lui a été réservé. Après son passage en Belgique, toujours dans sa quête de perfection, il s’est retrouvé au Canada où il va gagner haut la main deux autres masters dont, l’un en administration publique, à l’École nationale d’administration publique et l’autre en sciences politiques, à l’Université d’Ottawa.
Son ambition ne se limitant pas là, il a également obtenu un nouveau diplôme en éthique publique à l’université Saint-Paul à Ottawa. Il parfait actuellement ses connaissances au cycle doctoral, toujours dans cette même université. Et c’est bardé de tous ces titres universitaires, qu’il entame sa carrière au Canada.
Une expérience professionnelle solide
Dans ce pays, où il a évolué pendant plus d’une décennie, Isidore Kwandja a accumulé une grande expérience professionnelle. Il a travaillé pendant 15 années au sein de l’administration publique canadienne. Il a notamment exercé comme analyste des politiques publiques à la Direction des Affaires internationales du ministère de l’Environnement et du Changement climatique du Canada.
Il a été également chargé d’analyse des politiques environnementales de dix pays membres de la Commission des Forêts d’Afrique Centrale (COMIFAC), à savoir l’Angola, le Burundi, le Cameroun, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République démocratique du Congo, la République Centrafricaine, le Rwanda, Sao Tomé-et-Principe et le Tchad. Spécialisé en management des organisations publiques, en gestion axée sur les résultats et réforme des administrations publiques, Isidore Kwandja a aussi travaillé comme analyste des politiques publiques dans plusieurs autres ministères du gouvernement fédéral du Canada. Avec la Francophonie, il a une expérience particulière : celle d’avoir coordonné au niveau national les 9èmes Jeux de la Francophonie. Une expérience dont il n’hésite pas de brandir comme un atout pour être présenté comme candidat de la RDC au poste de secrétaire général de l’OIF.
Christophe Lutundula, l’expérience politique
Juriste de formation, parlementaire chevronné et ancien chef de la diplomatie congolaise, Christophe Lutundula Apala incarne une figure discrète mais centrale de la vie politique de la RDC, marquée par la constance, le dialogue et le sens de l’État. Né en 1960, Christophe Lutundula se forge très tôt une réputation d’intellectuel rigoureux. Docteur en droit international, il s’impose dans les années 1990 comme l’un des acteurs clés de la transition politique congolaise. Sa notoriété grandit lorsqu’il préside la Commission spéciale chargée d’examiner la validité des conventions économiques et financières signées pendant les guerres, un travail resté dans l’histoire politique du pays sous le nom de « rapport Lutundula ».
Ce rapport, salué pour sa minutie mais politiquement sensible, révèle des pratiques opaques dans la gestion des ressources naturelles et place Lutundula au cœur du débat sur la souveraineté économique et la responsabilité de l’État. Dès lors, il devient une référence morale et technique sur les questions de gouvernance. Il a été ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères au sein du gouvernement Sama Lukonde. Son profil pour l’OIF pourrait apporter de l’expérience.
Cette bataille s’annoncera rude au niveau des profils, avant le dernier mot de Félix Tshisekedi. Mais la RDC risque de ne pas être seule à la course. D’autres capitales africaines, notamment en Afrique de l’Ouest et du Nord, affûtent également leurs stratégies. À cela s’ajoutent les attentes des pays non africains de l’OIF, soucieux de voir l’organisation renforcer son rôle en matière de gouvernance démocratique, de jeunesse et de transformation numérique. Si rien n’est encore joué, une chose est certaine : la course à la succession de Louise Mushikiwabo est bel et bien lancée. Et dans cette bataille feutrée des ambitions, la RDC entend désormais faire entendre sa voix, convaincue que l’heure du leadership congolais au sommet de la Francophonie a peut-être enfin sonné.
Heshima
Dossier
Bilan du PDL-145-T en RDC : Entre espoirs concrets et défis persistants…
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10 mois agoon
janvier 7, 2026By
La redaction
Lancé en grande pompe par le président Félix Tshisekedi, le Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T) se voulait un levier majeur de réduction des inégalités territoriales en République démocratique du Congo (RDC). Plusieurs années après son démarrage, l’heure est au bilan, entre avancées visibles sur le terrain et critiques sur la mise en œuvre.
Pensé comme un outil de transformation structurelle à la base, le PDL-145T avait pour ambition de désenclaver les territoires, améliorer l’accès aux services sociaux de base et stimuler les économies locales. Écoles, centres de santé, bâtiments administratifs, routes de desserte agricole : les projets identifiés répondaient aux besoins les plus pressants des populations rurales, longtemps marginalisées par les politiques publiques. Sur le terrain, des réalisations sont palpables. Dans plusieurs provinces, de nouvelles infrastructures scolaires et sanitaires ont vu le jour, permettant à des milliers de citoyens d’accéder plus facilement à l’éducation et aux soins. Le programme a également généré des emplois temporaires et relancé une certaine dynamique économique locale, notamment à travers les travaux publics.
Un bilan satisfaisant selon la Présidence de la République
Depuis fin 2025 et début 2026, la Présidence de la République, à travers un conseiller, fait l’évaluation des travaux de ce vaste projet. Dieudonné Tshiakambila, conseiller spécial du Chef de l’État chargé du PDL-145T a été en tournée dans plusieurs provinces. « Lors de notre ronde dans l’espace Grand-Kasaï pour superviser la matérialisation du Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T), tout le monde est unanime que ce genre de bâtisses, dans les milieux très reculés, n’existaient pas avant. Ces ouvrages construits par le Chef de l’État sont très bien accueillis et très bien appréciés par la population, qui se sent enfin considérée au même titre que ceux des villes », a rapporté Dieudonné Tshiakambila après sa tournée.
Selon lui, des populations estiment que depuis le départ des Belges, rien de pareil n’a été construit et personne n’a jamais fait le déplacement jusqu’au fin fond de ces territoires comme il venait de l’effectuer afin de leur apporter soutien et espoir au nom du Chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, à travers les grands ouvrages qu’il est en train de réaliser pour la population de ces territoires. Cette évaluation concernait notamment les provinces du Kasaï Oriental, Kasaï Central et Kasaï.
Des objectifs pas atteints en 2025 !
Cependant, le bilan reste contrasté. Des retards importants dans l’exécution des travaux ont été constatés, des problèmes de coordination entre les acteurs impliqués et des surcoûts ont été régulièrement dénoncés. Certaines infrastructures ont été livrées inachevées ou ne répondent pas toujours aux standards de qualité attendus. À cela s’ajoutent des critiques sur le manque d’appropriation locale et la faible implication des autorités territoriales dans certaines phases du projet.
Pour le gouvernement, ces difficultés s’expliquent en partie par l’ampleur inédite du programme et par des contraintes logistiques dans un pays-continent. Les autorités assurent que des mécanismes correctifs ont été mis en place afin d’améliorer la gouvernance du PDL-145T et d’accélérer la livraison des ouvrages restants.
Des agences d’exécution livrent leurs bilans
Le PDL 145 territoires a pour vocation de vaincre la pauvreté et les inégalités territoriales constatées dans le Congo profond. Exécuté par trois agences, à savoir le Bureau central de coordination (BCECO), le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et la Cellule d’exécution des financements en faveur des États fragiles (CFEF), ce projet a connu une réalisation notable dans la section dirigée par la CFEF.
La CFEF s’est concentrée sur 7 provinces de la RDC. Elle a réalisé plus de trois quarts du projet dans sa première composante. Au total 343 infrastructures ont été construites dont 202 écoles primaires, 109 centres de santé et 32 bâtiments administratifs. Globalement, les travaux exécutés sont évalués à 77% par cette agence d’exécution. Dans les zones où les travaux de construction des bâtiments sont déjà achevés et des infrastructures livrées, c’est un discours de soulagement que l’on peut écouter de la part des bénéficiaires. Ce projet est un programme d’investissements publics multisectoriels orienté vers le monde rural.
Pour les 43 territoires sur les sept provinces sous la responsabilité de la CFEF, le bilan est satisfaisant malgré les difficultés rencontrées dans l’exécution de ce programme. Dans le cadre de la mise en œuvre de la première composante qui consiste à améliorer l’accès des populations des territoires ruraux aux infrastructures et services socioéconomiques de base, la CFEF a reçu du gouvernement, depuis février 2022, la responsabilité de construire et équiper 360 écoles primaires, 232 centres de santé et 43 bâtiments administratifs dans les provinces du Kongo Central, du Kwango, du Kwilu, du Mai-Ndombe, de l’Equateur, du Nord et du Sud-Ubangi.
Fin 2024, la CFEF a construit et équipé un total de 339 infrastructures dont 198 écoles primaires, 108 centres de santé et 33 bâtiments administratifs. Ce qui correspond à 76% des travaux exécutés en ce temps-là. « Les résultats sont palpables, nous retrouvons les mêmes standards des bureaux de Kinshasa en provinces, de par la qualité des ouvrages construits et aussi celle des équipements », s’était réjouie la CFEF. Cette agence fiduciaire de coordination et de gestion des projets dit recevoir également un retour positif de la part des bénéficiaires. « Nous recevons également les impressions des bénéficiaires qui ne manquent pas d’exprimer leur satisfaction et leur joie en voyant leurs conditions de travail, la qualité des soins et d’éducations s’améliorer significativement grâce à la main-d’œuvre employée par la CFEF », ajoute l’agence.
Au Kongo Central, dans le territoire de Lukula, l’administrateur du territoire a remercié le coordonnateur national de la CFEF pour la qualité des bâtiments et les équipements placés dans ces infrastructures. « Lorsque nous étions en prospection, avant de commencer ces travaux, j’avais un sentiment de tristesse en se disant comment l’Etat peut fonctionner dans des telles conditions ? Aujourd’hui, quand vous allez en province, vous avez un administrateur du territoire qui est fier et n’a rien à envier aux bureaux de Kinshasa. Ils ont des bureaux qui ont le même standard que Kinshasa », a expliqué Alain Lungungu, coordonnateur national de la CFEF, dans des propos relayés en 2024 par Heshima Magazine.
Des bénéficiaires témoignent…
Les conditions professionnelles des enseignants, des fonctionnaires de l’administration territoriale ou des patients ont sensiblement changé dans certains territoires du pays. Habitué à travailler dans un vieux bâtiment colonial, certaines administrations des territoires possèdent désormais des bureaux modernisés. « Nous sommes maintenant considérés. Quand vous travaillez dans des meilleures conditions, vous êtes considérés. Nous sentons que nous sommes obligés de rendre un bon travail au chef de l’Etat pour qu’il voie que l’administration fonctionne », a déclaré Emery Kanguma, administrateur du territoire de Masi-Manimba. Ces efforts de modernisation ont été aussi constatés dans les infrastructures sanitaires dans les provinces du Kwango et Kwilu. Le personnel de santé qui prestait dans des centres de santé construits en chaume exerce maintenant dans des bâtiments modernes et équipés.
Dans le territoire de Kenge, au Kwango, des élèves d’une école, qui apprenaient sous un hangar de fortune, ont désormais un bâtiment en matériau durable et mieux équipé. « Nous étions dans des conditions très misérables. Nous sommes très heureux de travailler dans un bâtiment moderne », a déclaré un enseignant de l’école EP Ngondi Makosi. « Nous remercions le président de la République qui a pensé à ce que nous ayons un bijou pareil », a renchéri Jean-Noël Kubangila, directeur de cet établissement scolaire situé dans le secteur de Biteko. Pour un autre enseignant à Masi-Manimba, c’est une première qu’un chef de l’Etat investisse autant dans les infrastructures dans le Congo profond souvent délaissé au profit des villes.
Des difficultés rencontrées
La CFEF et ses équipes ont rencontré des difficultés majeures lors de l’exécution de ce projet. Parmi ces contraintes, figurent notamment l’accès difficile à certains sites des territoires couverts, conduisant à un accroissement des coûts logistiques ; l’inadéquation entre l’offre des matériaux et la demande induite par les besoins du programme ; les coûts de transactions (en temps et en argent) élevés pour accéder au financement, allongeant ainsi les délais de démarrage effectif des travaux ; les problèmes sécuritaires dans certains territoires ont retardé le démarrage effectif des travaux et enfin les cas d’inondation signalés dans certains sites choisis. Malgré ces contraintes, la CFEF a réalisé 77 % des travaux. Les entreprises sélectionnées étaient suivies sur le terrain par les missions de contrôle dont la tâche est de veiller aux aspects techniques et au respect des règles de l’art dans la construction de ces édifices.
PNUD et BCeCo dressent également leur bilan
Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a indiqué avoir livré 334 écoles sur 424 ; 54 bâtiments administratifs et 245 centres de santé, soit un total de 631 infrastructures sur les 764 prévues. De son côté, le Bureau central de coordination (BCeCo) annonce avoir atteint 82 % de réalisation, avec notamment 190 écoles livrées sur 414 ; 112 centres de santé sur 269, et 16 bâtiments administratifs sur 48 selon les moyens mis à sa disposition par le gouvernement.
Ce projet dans son volet partenariat avec PNUD-RDC a enregistré des résultats significatifs notamment 14 244 500 bénéficiaires qui ont vu leurs conditions de vie améliorées grâce aux infrastructures construites dans le cadre de ce programme. Au total, 286 centres de santé, 54 bureaux administratifs, 424 écoles primaires, 60 000 emplois temporaires créés dans plusieurs provinces du pays, d’après un rapport PNUD visuel consulté notamment par Heshima Magazine.
Dans la province de la Tshopo, Mirandie Baza, élève à l’école primaire Madula avait fait savoir qu’avant, il s’asseyait par terre et quand il pleuvait, ils étaient mouillés. Mais aujourd’hui, « nous avons des bancs. Avant quand il pleuvait, on était mouillés mais maintenant on étudie dans des bonnes conditions », a-t-il témoigné.
Dans le Kasaï, Mme Sidonie Tshibola, résidente de Luebo, a salué les efforts du gouvernement pour ces infrastructures qui viennent améliorer leurs conditions de vie. « Nous disons infiniment merci à notre gouvernement. Depuis que nous sommes nés, nous n’avions jamais vu une telle infrastructure ici. Nous sommes très heureuses car autrefois, les femmes accouchaient à même le sol. Aujourd’hui, nous voyons un beau bâtiment avec la lumière, les bancs et les chaises. Nos enfants naîtront dans de bonnes conditions. Nous, les femmes enceintes étions autrefois dans des mauvaises conditions, aujourd’hui, nous avons un endroit digne d’un bon bâtiment, un bon endroit pour accoucher en sécurité. », a-t-elle fait savoir.
Le Représentant résident PNUD-RDC, Damien Mama, estime que le PDL 145-T est un exemple qui illustre l’engagement du gouvernement congolais à apporter des services dans les localités les plus reculées, les localités qui, pendant longtemps, n’ont reçu aucun service. Il a indiqué que tous les Congolais et Congolaises ont besoin et méritent d’avoir une bonne école, un bon centre de santé et que les administrateurs de territoires aussi aient des conditions de travail comme dans tous les ministères au niveau de Kinshasa.
Une initiative à pérenniser malgré les couacs…
L’évaluation du programme PDL 145 territoires en RDC montre des progrès encourageants malgré des résultats mitigés dans certains territoires, avec un taux d’exécution physique global estimé à environ 33% (au 15 novembre 2024), bien que les taux financiers soient plus élevés pour certaines agences d’exécution. Les principaux défis incluent les retards d’exécution, des infrastructures inachevées et des préoccupations concernant la qualité des ouvrages construits. Les raisons invoquées pour ces retards sont notamment le démarrage tardif des travaux, l’insécurité, l’enclavement de certaines zones et le vol de matériaux.
Ce programme se concentre sur quatre composantes principales : l’amélioration de l’accès aux infrastructures et aux services de base dans les zones rurales, la promotion du développement des économies locales, le renforcement des capacités de gestion du développement local et la mise en place d’un système de suivi géo référencé pour évaluer en temps réel les progrès réalisés.
Au final, ce vaste et ambitieux projet apparaît comme une initiative ambitieuse qui a ouvert la voie à une nouvelle approche du développement en RDC. S’il n’a pas encore tenu toutes ses promesses, il a replacé les territoires au cœur de l’action publique, posant les bases d’un développement plus inclusif, à condition que les leçons tirées de sa mise en œuvre servent réellement à corriger le cap.
Heshima




























































