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Paul Kagame : un tyran derrière un masque de héros

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Kigali se dresse aujourd’hui comme une vitrine éclatante de progrès en Afrique, une ville propre et moderne qui attire les regards admiratifs. Pourtant, derrière cette façade reluisante, Paul Kagame, président du Rwanda depuis 2000, traîne une ombre lourde. Accusé de crimes parmi les plus odieux de ce siècle après la Seconde Guerre mondiale, il dirige un régime autoritaire qui ne tolère aucune dissidence. Plongée dans l’histoire sombre et controversée de cet homme qui divise le monde.

Célébré pour avoir mis fin au génocide de 1994, Paul Kagame est aussi pointé du doigt pour avoir semé le chaos en République démocratique du Congo (RDC) et orchestré une répression qui s’étend bien au-delà de ses frontières. Certains vont jusqu’à se demander s’il n’a pas manipulé le génocide lui-même pour asseoir son pouvoir.

Une enfance marquée par l’exil et l’ambition

Paul Kagame voit le jour le 23 octobre 1957 à Tambwe, dans ce qui était alors le Ruanda-Urundi, aujourd’hui Nyarutovu, dans la province du Sud du Rwanda. Fils de Deogratias Rutagambwa, un Tutsi proche du roi Mutara III, et d’Asteria Bisinda, descendante de la dernière reine Rosalie Gicanda, il grandit dans un Rwanda colonial où les tensions ethniques entre Hutus et Tutsis couvent déjà. En 1959, la révolution hutue éclate, plongeant les Tutsis dans un climat de peur et de persécution. La famille de Kagame doit fuir, errant deux ans dans le nord-est du pays avant de trouver refuge en 1962 dans le camp de Nshungerezi, en Ouganda. Cet exil forge le jeune Kagame : deux de ses sœurs partent pour l’Italie, un frère meurt dans un accident de voiture, et lui reste seul avec ses parents dans une précarité qui durcit son caractère.

Dans ce camp de réfugiés, Kagame entame sa scolarité, apprenant l’anglais auprès de missionnaires, une langue qui deviendra un atout précieux. À neuf ans, il marche 16 kilomètres pour rejoindre l’école primaire Rwengoro, avant d’intégrer la prestigieuse Ntare School à Mbarara, où il croise Yoweri Museveni, futur président ougandais et allié de poids. La mort de son père au début des années 1970 et le départ de son ami Fred Rwigyema bouleversent son parcours. Suspendu de Ntare pour indiscipline, il termine ses études au Old Kampala Secondary School. En 1977 et 1978, il effectue des voyages clandestins au Rwanda via le Zaïre, officiellement pour des visites familiales, mais en réalité pour sonder le terrain politique. Ces incursions révèlent un jeune homme ambitieux, déjà hanté par l’idée de reconquérir son pays natal.

De l’Ouganda au FPR : les premiers pas dans la guerre

Les années 1970 marquent un tournant décisif dans la carrière militaire de Paul Kagame. En 1979, il rejoint la National Resistance Army (NRA) de Yoweri Museveni, alors en pleine lutte contre le dictateur ougandais Idi Amin Dada. Ce choix inaugure un parcours marqué par l’engagement militaire et les alliances stratégiques qui façonneront son avenir.

Au début des années 1980, Kagame poursuit sa formation militaire à l’étranger. Il suit d’abord un programme à la Moscow Military Academy en Union Soviétique, où il acquiert des compétences fondamentales en guerre et en tactiques militaires. Cette formation, dans le cadre du système soviétique, le prépare à une carrière de commandant, à la fois stratégique et disciplinée.

Quelques années plus tard, dans les années 1980, Kagame est formé à l’United States ArmyCommand and General Staff College à Fort Leavenworth, Kansas, aux États-Unis. Là, il reçoit une formation militaire de haut niveau, axée sur la stratégie, le leadership militaire, et la gestion des opérations. Bien qu’il ne se spécialise pas directement dans le renseignement, ces compétences vont être essentielles pour son rôle futur de leader et de stratège.

Spécialiste du renseignement, Kagame excelle dans l’art de tisser des réseaux discrets, cultivant une discipline de fer. Lorsqu’en 1986, Museveni prend le pouvoir en Ouganda, Kagame devient le chef du renseignement militaire ougandais. Il met en place une cellule secrète composée de Tutsis rwandais exilés, jetant les bases d’une rébellion qui marquera l’histoire du Rwanda. Toutefois, en 1989, sous la pression du président rwandais Juvénal Habyarimana et de certains dirigeants ougandais, Museveni rétrograde Kagame, un revers qui, loin de l’affaiblir, attise sa détermination à poursuivre son objectif : renverser le régime de Habyarimana.

En 1990, Kagame rejoint le Front patriotique rwandais (FPR), fondé par Fred Rwigyema. Lorsque ce dernier est tué dans des circonstances troubles dès le deuxième jour de l’invasion du Rwanda, Kagame, principal bénéficiaire de cette disparition mystérieuse, prend les rênes, commandant plus de 4000 rebelles. Repoussés dans un premier temps, réduits à moins de 2000 hommes, ils frappent fort en janvier 1991, s’emparant de Ruhengeri et provoquant l’exode de 300 000 Hutus. En 1993, le FPR contrôle le nord-est du pays et contraint Habyarimana à signer les accords d’Arusha pour un partage du pouvoir, une promesse qui restera lettre morte. Le 6 avril 1994, l’attentat contre l’avion d’Habyarimana déclenche le génocide. Kagame mène le FPR à la victoire, stoppant officiellement les massacres le 18 juillet après un carnage qui fait environ 800 000 morts. De 1994 à 2000, il occupe les postes de vice-président et ministre de la Défense sous Pasteur Bizimungu, mais c’est lui qui tient les rênes du pouvoir. En mars 2000, Bizimungu est poussé à la démission ; le 22 avril, Kagame est élu président avec 81 voix contre 3, supprimant le poste de vice-président pour régner sans partage.

Une présidence autoritaire

Depuis 2000, Paul Kagame exerce une domination absolue sur le Rwanda. Réélu en 2003, 2010, 2017 et 2024 avec des scores oscillant entre 93 % et 99,15 %, il transforme les élections en plébiscites, dénoncés pour leur opacité par des organisations internationales. En 2003, sous son impulsion, le parlement interdit le Mouvement Démocratique Républicain (MDR), principal parti d’opposition, sous prétexte de divisionnisme, une purge critiquée par Amnesty International. En 2015, un référendum adopté à 98 % modifie la Constitution, permettant à Kagame de rester au pouvoir jusqu’en 2034, une manœuvre qualifiée de « farce électorale » par les défenseurs des droits humains. La répression systématique de l’opposition, orchestrée par des arrestations, des procès politiques et des intimidations, étouffe toute velléité de contestation dans son pays.

Les dissidents qui osent défier Kagame paient un lourd tribut

Depuis la prise de pouvoir de Paul Kagame en 1994, de nombreux dissidents, qu’ils soient politiciens, journalistes, ou défenseurs des droits humains, ont payé un lourd tribut pour avoir osé s’opposer à son régime. Parmi eux, des figures emblématiques ont été victimes de meurtres ciblés, souvent dans des conditions qui soulèvent des interrogations sur l’implication directe du gouvernement rwandais. Retour sur les assassinats les plus marquants.

En 1997, Seth Sendashonga, ancien ministre de l’Intérieur sous le régime de Habyarimana et membre du Front patriotique rwandais (FPR), qui avait choisi l’exil après avoir sévèrement critiqué les abus de pouvoir de Kagame, échappa à une première tentative d’assassinat. Toutefois, le 16 mai 1998, il fut abattu à Nairobi, au Kenya. Cette mort, survenue après de vives dénonciations, est considérée comme un signal fort envoyé à tous ceux qui oseraient s’opposer au régime de Kigali.

Le 23 mars 1998, c’est au tour de Monseigneur André Sibomana, prêtre catholique et défenseur des droits humains, d’être tué au Rwanda. Un homme d’église influent, connu pour sa prise de position contre les abus du pouvoir post-génocide, Sibomana avait également été un porte-parole des victimes du génocide. Son assassinat fut un acte de répression politique visant à museler toute voix critique au sein de l’Église et de la société civile.

Le 24 juin 2010, Jean-Léonard Rugambage, journaliste au sein du journal Umuvugizi, est abattu devant son domicile à Kigali. Rugambage enquêtait sur une tentative d’assassinat contre Faustin Kayumba Nyamwasa, ancien chef d’état-major rwandais en exil, qui avait survécu à une attaque à Johannesburg cinq jours plus tôt. L’enquête de Rugambage, qui mettait en cause des agents du régime rwandais, aurait sans doute précipité sa fin tragique.

Le 14 juillet 2010, André Kagwa Rwisereka, vice-président du Parti vert démocratique, est retrouvé décapité près de Butare, au sud du Rwanda. Son parti avait été empêché de participer aux élections, et cet assassinat brutale témoigne d’une volonté de supprimer toute forme d’opposition politique. L’assassinat de Rwisereka est souvent cité comme un exemple criant des méthodes employées pour étouffer toute contestation.

Le 1er décembre 2011, Charles Ingabire, journaliste rwandais exilé en Ouganda et fondateur du site d’information Inyenyeri News, est tué. Cet assassinat survient après qu’Ingabire ait publié des articles critiquant de manière acerbe le régime de Kagame. Sa mort rappelle le prix élevé payé par ceux qui choisissent de lever la voix contre un pouvoir jugé autoritaire.

Le 12 octobre 2012, Theogene Turatsinze, ancien dirigeant de la Banque de développement du Rwanda, est tué au Mozambique. Accusé d’avoir exposé des malversations financières et de corruption au sein du régime rwandais, Turatsinze représente un autre exemple des conséquences fatales qui attendent ceux qui osent dénoncer les dérives du gouvernement.

Le 31 décembre 2013, Patrick Karegeya, ancien chef des services de renseignement extérieur du Rwanda et opposant en exil, est retrouvé étranglé dans une chambre d’hôtel à Johannesburg. L’assassinat de Karegeya est rapidement perçu comme un message envoyé à tous les opposants politiques, un avertissement même à ceux qui se trouvent à des milliers de kilomètres de Kigali. Bien que les autorités rwandaises aient démenti toute implication, des enquêtes menées par la BBC ont pointé des agents du régime comme responsables de cet assassinat.

Le 8 mars 2019, Anselme Mutuyimana, assistant de l’opposante rwandaise Victoire Ingabire, est tué au Rwanda. Son assassinat est directement lié à son engagement politique contre le régime en place, et en particulier à son rôle dans le soutien à Ingabire, une figure de l’opposition qui a elle-même été victime de persécutions.

Le 31 mai 2019, c’est au tour de Camir Nkurunziza, ancien garde du corps de Kagame, de perdre la vie en Afrique du Sud. Nkurunziza, après avoir été témoin des abus du pouvoir et avoir exprimé son opposition au régime, est assassiné, soulignant la portée internationale de la répression orchestrée par Kigali contre ses propres détracteurs.

Le 17 février 2020, Kizito Mihigo, chanteur et critique du gouvernement, est retrouvé mort dans sa cellule à Kigali. Officiellement, sa mort est qualifiée de suicide, une version largement contestée par les défenseurs des droits humains et les partisans de l’artiste, qui dénoncent une mise à mort orchestrée pour faire taire sa voix contestataire.

Le 21 février 2021, Abdallah Seif Bamporiki, président du RNC en Afrique du Sud, est assassiné pour son opposition politique au régime de Kigali et pour ses activités liées à l’organisation de commémorations d’activistes exilés. Ce meurtre illustre la traque incessante des opposants politiques rwandais, qu’ils soient sur le sol africain ou ailleurs.

Le 13 septembre 2021, Revocant Karemangingo, homme d’affaires et critique en exil, est abattu au Mozambique. Son assassinat survient après qu’il ait publiquement dénoncé les exactions du régime rwandais, et représente un autre exemple de l’intolérance du gouvernement rwandais envers les voix dissidentes.

John Williams Ntwali, journaliste d’investigation, perd la vie le 18 janvier 2023, dans un prétendu accident de moto à Kigali. Cette mort suspecte est rapidement associée à ses enquêtes sur le régime de Kagame et à son rôle dans la mise à jour de faits qui embarrassaient le pouvoir en place. Les circonstances de son décès font écho à une longue liste de journalistes et de militants politiques tués sous des conditions similaires.

Ces assassinats ne sont pas que des tragédies humaines individuelles ; ils symbolisent la violence systématique déployée contre toute forme d’opposition au Rwanda. Ils témoignent de la répression impitoyable exercée par le régime de Paul Kagame contre ceux qui osent défier son autorité, même au prix de leur vie.

Répression transnationale

L’enlèvement de Paul Rusesabagina en août 2020, digne d’un scénario hollywoodien, illustre l’audace du régime rwandais. Célèbre pour avoir sauvé des centaines de vies pendant le génocide, Rusesabagina, devenu opposant en exil, est piégé par un faux voyage humanitaire. En Belgique, il rencontre Constantin Niyomwungere, présenté comme un pasteur burundais. Ce dernier, devenu son ami, l’invite à parler de justice et de réconciliation dans ses églises au Burundi. Méfiant, Rusesabagina redoute un enlèvement lors d’une escale s’il prend un vol commercial. Constantin lui propose alors un jet privé, censé décoller de Dubaï pour Bujumbura. Le 26 août 2020, Rusesabagina embarque depuis Dubaï, mais l’avion atterrit à Kigali. « J’ai réalisé qu’on atterrissait à Kigali lorsque j’ai vu la tour de contrôle de l’aéroport. Je me suis quasiment évanoui. Des agents du renseignement se sont emparés de moi », a-t-il raconté. Condamné à 25 ans de prison, il est libéré en 2023 sous pression internationale, notamment des États-Unis, du Qatar, de l’Union européenne et de la Belgique. Les autorités rwandaises ont reconnu avoir organisé le vol, tout en affirmant que « la légalité a été respectée ».

La répression s’étend bien au-delà des frontières. La Canadienne Judi Rever, auteure de « L’Éloge du sang », a été surveillée et menacée par l’ambassade rwandaise en Belgique en 2014, au point qu’on lui a assigné une garde 24h/24 ainsi qu’un véhicule blindé pour la protéger, compte tenu de la gravité de la menace. Des campagnes d’intimidation ont eu lieu tant en France qu’au Canada, où elle a été ciblée par des tentatives de discréditer son travail. En France, des millions de dollars ont été investis pour empêcher la publication de son livre, tandis qu’au Canada, des pressions ont été exercées pour la faire taire. Ces menaces ont pris des formes multiples, allant des attaques personnelles aux tentatives de manipulation des institutions. La britannique Michela Wrong, une autre auteure, très menacée avant la sortie de son livre « Assassins sans frontières » en 2023, a dû renforcer sa sécurité. Serge Ndayizeye, journaliste rwandais en exil, a été averti par la police belge en 2018 de menaces sérieuses lors d’une visite de Kagame dans ce pays. Charles Onana, journaliste franco-camerounais, a dénoncé des intimidations répétées et a déposé plainte en octobre 2024 contre Kagame pour « menaces publiquement prononcées ». Human Rights Watch, dans son rapport « Rejoins-nous ou tu mourras », documente un réseau mondial d’assassinats, d’enlèvements et de harcèlement visant à museler la diaspora rwandaise et à étouffer toute critique.

Progrès économiques : une vitrine au prix fort

Sous Kagame, le Rwanda se présente comme un modèle économique. Le PIB par habitant est passé de 631 dollars en 2000 à 2214 dollars en 2020, avec une croissance moyenne de 7 % selon la Banque mondiale pour cette période. En 2024, le PIB réel bondit de 9,7 % au premier semestre, après 8,2 % en 2022-2023. Le plan Vision 2050 ambitionne un Rwanda à revenu moyen supérieur d’ici 2035, puis élevé d’ici 2050, inspiré de Singapour. Des réformes libéralisent l’économie, réduisent les obstacles et misent sur l’éducation, hissant le pays au 29e rang mondial pour la facilité des affaires en 2019, selon le Time. Kigali, avec ses rues propres et son urbanisme soigné, incarne cette réussite.

Mais ce tableau cache une réalité plus sombre. « La croissance enrichit une élite militaro-politique », accuse un analyste d’Al Jazeera. Le chômage stagne à 16,7 % en 2017, atteignant 21 % chez les jeunes. Dans les campagnes, les paysans murmurent leur misère, terrifiés par un régime qui brandit ses chiffres comme un bouclier. Les profits tirés du pillage des ressources congolaises, comme le coltan et l’or, estimés à des milliards de dollars par des dissidents comme Théogène Rudasingwa, enrichissent cette élite, loin des estimations officielles de l’ONU (250 millions sur 18 mois en 2001). Cette prospérité, bâtie sur l’exploitation et les massacres, profite à une minorité tandis que la majorité reste dans l’ombre.

Le génocide de 1994 : un chaos orchestré pour le pouvoir

Le génocide rwandais de 1994, qui a coûté la vie à environ 800 000 Tutsis et Hutus modérés, est souvent présenté comme un chaos que Kagame a héroïquement stoppé. Pourtant, des enquêtes et témoignages, notamment dans « L’éloge du sang » de Judi Rever, révèlent une réalité bien plus odieuse : le FPR, sous la direction de Kagame, a contribué à déclencher cette tragédie pour s’emparer totalement du pouvoir. Les préparatifs auraient débuté bien avant le 6 avril 1994, date de l’attentat contre l’avion du président Habyarimana. Rever soutient que le FPR a infiltré les partis politiques hutus, les milices comme les Interahamwe, et les mouvements sociaux pour semer la division et inciter à la violence, créant un climat propice à un massacre qu’il pourrait exploiter.

Théogène Rudasingwa, ancien secrétaire général du FPR et ancien directeur de cabinet de Kagame, affirme que ce dernier lui a confessé en juillet 1994 avoir ordonné l’attaque contre l’avion d’Habyarimana, un acte planifié avec des officiers comme Kayumba Nyamwasa et James Kabarebe, actuel Ministre d’État chargé de l’intégration régionale. Jean-Marie Micombero, ex-membre du FPR, raconte avoir vu les préparatifs de l’attentat contre l’avion du président rwandais au Parlement : « un informateur de l’aéroport a transmis des données à Charles Karamba, chef du renseignement, avant que deux tireurs ne partent abattre l’avion avec des missiles sol-air depuis Masaka. Le second missile, lancé par le sergent Frank Nziza, a touché sa cible, tuant Habyarimana, le président burundais Cyprien Ntaryamira et plusieurs membres d’équipage, déclenchant ainsi le génocide ». Luc Marchal, officier belge de la Minuar (Mission des Nations Unies pour l’assistance au Rwanda), note la rapidité suspecte de l’offensive FPR post-attentat, avec 25 000 à 30 000 hommes prêts à l’action, suggérant une préparation minutieuse.

Le FPR ne s’est pas contenté de provoquer le chaos. Rever révèle que des « techniciens » tutsis, formés dans des camps secrets, ont infiltré les milices hutues pour encourager les massacres, utilisant des méthodes brutales comme l’empoisonnement de l’eau ou la torture par « akandoyi », une technique médiévale qui comprime la cage thoracique jusqu’à la suffocation. En février 1994, les commandos du FPR intensifient leurs opérations : attaques dans la zone démilitarisée, pose de mines terrestres dans des lieux publics, et exécutions ciblées. Félicien Gatabazi, ancien ministre de l’intérieur hutu, est abattu par deux commandos sous les ordres de l’officier du FPR Emmanuel Karenzi Karake. Peu après, l’extrémiste hutu Martin Bucyana est assassiné par des membres du PSD, un parti infiltré par le FPR. Ces meurtres planifiés provoquent des affrontements entre milices Hutues et Tutsis à Kigali, faisant 37 morts, et marquent le début des hostilités à Butare. Les infiltrations du FPR fragmentent les Hutus, alimentent la terreur et précipitent le pays dans le chaos.

Voyant que ces stratégies n’avaient pas eu l’ampleur escomptée, Kagame a décidé d’éliminer Habyarimana afin de précipiter le génocide, un calcul froid et glaçant destiné à justifier sa prise de pouvoir absolue. Le 12 avril 1994, six jours après l’attentat de l’avion, Luc Marchal recense quatre bataillons FPR à Kigali. Avec une telle force, le FPR aurait pu protéger les Tutsis ou stopper les massacres. Au lieu de cela, il a ralenti son avancée dans le pays, laissant les massacres s’amplifier. « Le FPR n’a jamais manifesté la moindre volonté de protéger les Tutsis, mais alimentait le chaos. Son objectif était la conquête du pouvoir, utilisant les massacres comme fonds de commerce pour justifier ses opérations », déclare Marchal à Judi Rever. Cette inaction délibérée, combinée à des attaques ciblées contre des civils tutsis et hutus par ses propres agents, dresse le portrait d’un Kagame prêt à sacrifier son peuple pour régner. « Cet homme a un cœur aussi sombre que le diable en personne. Comment peut-on orchestrer le massacre de milliers d’innocents, y compris ceux qu’il prétendait défendre, simplement pour s’emparer du pouvoir ? » s’interroge un chercheur congolais.

La traque des Hutus : une vengeance méthodique

Pendant et après le génocide, le FPR, dirigé par Kagame, a systématiquement massacré des centaines de milliers de civils hutus, au Rwanda et en RDC. En avril 1994, au plus fort du génocide, des milliers de paysans hutus, chassés de leur camp de réfugiés de Nyacyonga par les bombardements du FPR, sont attirés dans un piège dans la ville de Byumba. Via Radio Muhabura, le FPR leur annonce que la guerre est terminée et les invite à se rassembler devant l’hôtel de ville, promettant nourriture et sécurité. Dirigés vers le stade de football, les réfugiés femmes, enfants et vieillards épuisés ignorent qu’ils marchent vers un massacre organisé. Théo Murwanashyaka, soldat du FPR à l’époque, témoigne de l’horreur : « vers 20 heures, la police militaire sépare les hommes les plus robustes et les exécute à coups de grenades, d’armes à feu et d’agafuni (houes tranchantes). Puis c’est au tour des femmes, enfants et vieillards. Les cris d’agonie résonnent toute la nuit ».

Au petit matin, les cadavres sont évacués vers des fosses communes à Rukomo. Mais Kagame, craignant que la France ne repère les charniers par satellite, ordonne leur exhumation et leur crémation. Patrick, un jeune soldat contraint de participer, décrit l’horreur des corps en décomposition et le traumatisme durable des bourreaux eux-mêmes. Un ancien garde du corps de Kagame, réfugié aux États-Unis, raconte à Judi Rever que Kagame s’est personnellement rendu au stade le jour suivant les tueries et à son arrivée, il était furieux de voir une dizaine de Hutus encore vivants mais incapables de bouger, aurait ordonné : « Achevez-les, et nettoyez tout ça ! » Ce récit met en lumière la mécanique implacable des massacres perpétrés par le FPR sous les ordres de Kagame, où la terreur est méthodique et les preuves systématiquement effacées.

Au Zaïre, les réfugiés hutus fuyant les massacres s’enfoncent dans les forêts zaïroises (actuelle RDC), montant des campements de fortune et contractant des maladies comme le choléra ou la malaria. Les soldats de Kagame les traquent sans relâche, les exécutant à l’aide de fusils d’assaut ou de grenades. Jean-Baptiste, un ex-soldat FPR, confesse : « Nous nous sommes arrêtés à Kasindi et nous avons mené des opérations de nettoyage dans toute la zone. Nous devions nous débarrasser de tous ceux qui étaient considérés comme des ennemis, c’est-à-dire tous les Hutus. Nous avons débusqué les réfugiés dans la forêt. Ils mouraient de faim et étaient malades. Ils n’avaient ni eau ni nourriture. Mais la consigne était de les éliminer. Et c’est ce que nous avons fait. Nous avons même tué ceux qui étaient sur le point de mourir, ceux à qui il ne restait que quelques minutes de vie. Les plus faibles d’entre eux, nous les achevions à l’aide d’armes traditionnelles, comme l’agafuni (houe), plutôt qu’avec des armes à feu. La plupart du temps, les massacres se déroulaient en pleine jungle, mais si les réfugiés tentaient de s’abriter dans les villes, nous les repérions et les poursuivions. À ce stade, aucun ex-FAR (soldat hutu) ne se trouvait dans ces zones-là. Il n’y avait que des civils. »

Il poursuit : « Je faisais partie d’une équipe chargée de déterrer les corps des fosses communes. Nous avons travaillé jour et nuit pendant une longue période afin de transférer les cadavres vers d’autres endroits, où ils étaient ensuite incinérés. Les gens commençaient à réclamer une enquête pour déterminer si un massacre de réfugiés hutus avait réellement eu lieu dans cette zone. Évidemment, le Rwanda niait toute implication et nous avions ordre de faire disparaître les indices. Il fallait dissimuler les preuves. Les corps étaient en pleine décomposition. Nous faisions tout cela à mains nues, sans gants ni protections. Nos supérieurs étaient postés derrière nous. Ils nous frappaient régulièrement. C’est difficile à imaginer, mais nous devions transporter les corps à même nos épaules pour ensuite les jeter dans des camions. Quand nous perdions tout courage, ils nous donnaient des coups pour nous forcer à continuer. Je suis tombé malade après ça. La dernière chose qu’ils voulaient, c’était laisser les populations déplacées du Rwanda (les réfugiés hutus au Congo) faire la même chose qu’eux : s’organiser et revenir prendre le pouvoir. Ils voulaient se débarrasser de ces gens. », conclut Jean-Baptiste en se confessant à Judi Rever.

Judi Rever documente les atrocités commises par les forces rwandaises. Selon ces témoignages, des femmes et des filles ont été victimes de viols systématiques, souvent perpétrés avec des armes, des couteaux ou des pierres. Certaines ont été tuées après leur agression, recevant même une balle dans le vagin. Les survivantes souffrent de fistules, des déchirures internes graves provoquant l’incontinence.

Le livre dévoile également les techniques de meurtre enseignées aux militaires du régime rwandais, telles que l’empoisonnement de l’eau potable avec des produits chimiques, l’utilisation de produits pharmaceutiques pour tuer, ainsi que l’usage de cordes, de houes et de sacs en plastique pour commettre des meurtres. Parmi les méthodes de torture décrites, on trouve l’injection de carburant dans les oreilles des victimes et l’utilisation de la technique d’akandoyi’ (technique qui consiste à attacher ensemble et dans le dos les coudes de la victime, afin de lui compresser la cage thoracique pour entrainer une mort lente et douloureuse), l’utilisation d’armes blanches, d’armes à feu et de grenades ; l’installation de mines et l’utilisation de bombes contrôlées à distance et la collecte de renseignements.

Le rôle néfaste de Kagame en RDC

Depuis 1994, Paul Kagame a transformé l’est de la RDC en un théâtre de cauchemar, mêlant atrocités barbares et pillage systématique des richesses minières. Sous prétexte de sécuriser son pays après le génocide, il a orchestré une double tragédie : des massacres, viols et tortures infligés à des millions de civils congolais, et une exploitation brutale du coltan, de l’or et du cobalt mettant en grande difficulté l’économie de la RDC. De l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL) au Mouvement du 23 Mars (M23), qui sévit encore au moment de la rédaction de cet article, Kagame a utilisé des groupes armés comme le RCD, le CNDP, Jules Mutebusi et le M23 pour semer la terreur et siphonner des milliards de dollars, laissant derrière lui un peuple brisé, meurtri et un pays exsangue.

En 1996, Kagame soutient l’AFDL pour renverser Mobutu Sese Seko, lançant une série de conflits mêlant violence extrême et pillage économique. Le Rapport Mapping de l’ONU décrit une vague de massacres dès les premiers mois de la guerre. À Lemera, en octobre 1996, des unités banyamulenge et tutsies, sous le commandement de James Kabarebe, bras droit de Kagame, ont attaqué l’hôpital de Lemera, tuant 37 personnes, dont des patients et du personnel médical, abattus à bout portant dans leurs lits. À Kiliba, le même mois, les forces AFDL/APR massacrent 88 civils incapables de fuir, avant de piller le village. Shabunda, entre 1996 et 1997, devient un piège mortel pour des réfugiés fuyant sur la route Bukavu-Kindu : des embuscades systématiques tuent des centaines à l’arme blanche. Tingi-Tingi, en février-mars 1997, voit les forces AFDL/APR investir le camp de réfugiés, massacrant des centaines de civiles, y compris des enfants et des malades, à coups de machette, avant de bloquer toute aide humanitaire. Parallèlement, l’AFDL s’empare des zones minières, pillant coltan et or pour les acheminer vers Kigali.

En 2001, Laurent-Désiré Kabila est assassiné dans son bureau à Kinshasa. Lors d’une réunion à Bruxelles en 2012, Théogène Rudasingwa, ancien secrétaire général du FPR et ex-directeur de cabinet de Kagame, a affirmé que ce dernier avait orchestré le meurtre afin d’éliminer un allié devenu gênant. Une thèse renforcée par le documentaire Meurtre à Kinshasa, réalisé par Arnaud Zajtman et Marlène Rabaud, et diffusé par Al Jazeera en 2011. Cet acte aurait permis à Kagame de maintenir son emprise sur la RDC via Joseph Kabila. Les rapports de l’ONU de 2010 et 2025 qualifient les actions de Kagame en RDC de crimes de guerre, crimes contre l’humanité voire de génocide, tandis que le pillage des ressources congolaises, estimé à des milliards par des dissidents, enrichit l’élite rwandaise, bien loin des chiffres officiels.

De 1998 à 2003, le RCD, soutenu par Kagame, transforme l’est de la RDC en un enfer. Le massacre de Kasika, en août 1998, éclate après une embuscade Maï-Maï : les forces RCD tuent plus de 1 000 civils, certains brûlés vifs dans une église, d’autres mutilés à la machette, avec des viols systématiques pour terroriser. À Kisangani, des centaines de civils sont massacrés, des femmes violées devant leurs familles, des villages incendiés avec leurs habitants piégés à l’intérieur. En même temps, le RCD fait de Goma un hub du commerce illégal de minerais, exportant des quantités massives de coltan et d’or qu’il pille dans les mines de Walikale et de Masisi. Les Congolais sont réduits à l’esclavage, travaillant dans les mines sous la contrainte, tandis que les profits affluent vers Kigali.

Sous le CNDP, de 2006 à 2009, dirigé par Laurent Nkunda et soutenu par le Rwanda, la barbarie s’intensifie. Le massacre de Kiwanja, en 2008, voit plus de 150 civils tués, des pères contraints de violer leurs filles ou de tuer leurs fils sous peine de mort. Les enfants sont enrôlés pour combattre ou creuser, leurs vies sacrifiées pour la cause rwandaise. Parallèlement, le CNDP s’empare de zones riches en coltan, comme Rubaya, acheminant les minerais vers Kigali. En 2004, Jules Mutebusi, s’empare de Bukavu avec Laurent Nkunda. Human Rights Watch rapporte des viols généralisés, touchant même des fillettes de trois ans, souvent devant leurs familles, avec des objets insérés dans leurs corps pour mutiler. Bukavu devient une porte vers les mines du Sud-Kivu, riches en or et en cassitérite, transformant la ville en un hub de commerce illégal.

En 2012, le M23, soutenu par Kagame, capture Goma, semant la mort et pillant les richesses. Des populations sont massacrées dans des églises et d’autres brûlées vives, des viols avec insertion d’objets deviennent monnaie courante. Les rapports de l’ONU confirment que le Rwanda arme et dirige le M23, qui exporte 120 tonnes de coltan toutes les quatre semaines vers Kigali. Depuis 2022, le M23, renforcé par 3 000 à 4 000 soldats rwandais selon l’ONU, poursuit son carnage. À Kishishe, en novembre 2022, Amnesty International rapporte des dizaines de civils tués et violés, des femmes enceintes éventrées, des bébés écrasés dans des mortiers. Plus de 700 000 personnes sont déplacées en 2025, leurs villages rasés. En parallèle, le M23 contrôle Rubaya, le plus grand gisement de coltan, pillant à une échelle industrielle.

Un tyran sous le masque du héros

Paul Kagame a mis fin au génocide et relevé économiquement le Rwanda, mais à quel prix ? Un régime qui broie la liberté, massacre des civils en RDC de la manière la plus horrible qui soit pour asseoir son pouvoir, des millions de vies sacrifiées en République démocratique du Congo, et une répression qui s’étend bien au-delà des frontières. Les faits peignent un autocrate prêt à tout pour dominer. L’avenir du Rwanda oscille entre une modernité imposée et une démocratie étouffée, un défi que Kagame refuse de relever, préférant régner par la peur et le sang. Comme le souligne Michela Wrong, derrière le héros se cache un homme paranoïaque et violent, dont les trahisons se paient au prix fort, un portrait que les victimes, rwandaises et congolaises, ne peuvent oublier. Les chiffres sont accablants : plus de 10 millions de morts depuis 1996, 7,3 millions de déplacés en 2025, une nation privée de ses richesses et de son avenir. Tant que Kagame régnera, la RDC restera une proie, saignée par un tyran protégé par l’Occident.

Heshima

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International

Kinshasa face au défi des migrants expulsés des États-Unis

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Une quinzaine de migrants latino-américains expulsés des États-Unis ont été accueillis à Kinshasa, une première pour la République démocratique du Congo (RDC). Le gouvernement congolais, pris dans une équation diplomatique sensible, s’appuie sur l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) pour gérer cette situation inédite et controversée.  

L’arrivée, dans la nuit du 17 avril, de quinze migrants expulsés des États-Unis marque un tournant dans la politique migratoire impliquant la République démocratique du Congo (RDC). Ce groupe – composé notamment de ressortissants péruviens et équatoriens – a atterri à l’aéroport international de N’djili, à Kinshasa, après un vol en provenance du territoire américain. Il s’agit du premier contingent accueilli dans le cadre d’un dispositif américain controversé consistant à expulser des migrants vers des « pays tiers », souvent africains, avec lesquels Washington a conclu des accords discrets. Pour le moment, les premiers arrivants semblent en bonne santé. Ils ont été répartis dans différents appartements du complexe hôtelier Venus Village situé sur le Boulevard Lumumba, dans la commune de la N’Sele, dans l’Est de Kinshasa. Cette arrivée des premiers migrants crée déjà la controverse au pays. Le gouvernement, à travers le ministère de Communication et Médias, a affirmé que la prise en charge financière de ces personnes est assurée par les Etats-Unis. La Première ministre, Judith Suminwa a confirmé cette position, évoquant un service que la RDC rend aux Etats-Unis. « C’est un service que nous rendons aux États‑Unis, qui prennent en charge ces personnes sur notre territoire à travers l’OIM. Pour l’instant, nous collaborons avec les États‑Unis d’Amérique et l’Organisation internationale pour les migrations afin de recevoir ces migrants de manière temporaire, en attendant de leur trouver d’autres alternatives, notamment des pays d’accueil », a déclaré Judith Suminwa au journal Afrique de TV5 Monde le 18 avril. Mais face à ce défi inédit dans son format actuel, le gouvernement fait appel à cet organisme spécialisé pour la gestion de ces migrants.          

Une gestion confiée en partie à l’OIM

Face à cette situation sensible, les autorités congolaises ont sollicité l’appui de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). L’agence onusienne est chargée d’apporter une assistance humanitaire aux migrants et pourrait organiser, sur base volontaire, leur retour vers leurs pays d’origine. Mais l’OIM a tenu à préciser qu’elle ne joue aucun dans ce deal migratoire entre Kinshasa et Washington. L’organisation a signifié, le 20 avril, via son porte-parole, qu’elle « ne joue aucun rôle dans les accords bilatéraux tels que celui conclu entre la RDC et les États-Unis ». D’où, elle se réserve le droit de limiter, de refuser ou de suspendre son implication si les normes minimales de protection ne peuvent être garanties. « Les questions relatives aux termes ou au champ d’application de tout accord bilatéral doivent être adressées aux autorités gouvernementales compétentes », déclare l’OIM. Cette organisation internationale signale également que les questions liées au retour de ces migrants vers leurs pays d’origine relèvent de leur propre volonté.   

Cependant, au-delà d’une assistance fondée sur les besoins et sur des évaluations individuelles, l’organisation dit qu’elle peut « proposer une aide au retour volontaire aux migrants qui en font la demande, conformément à son mandat et aux cadres juridiques applicables ». Cette agence de l’ONU chargée des migrations a néanmoins précisé qu’elle n’assiste que des retours « strictement volontaires », lesquels reposant « sur le libre consentement préalable et éclairé des personnes concernées ».  

Selon des sources au sein du gouvernement, ces migrants ne sont pas destinés à rester durablement en RDC. Ils bénéficient d’un statut de séjour temporaire, le temps que leur situation soit examinée individuellement ou qu’une solution de rapatriement soit trouvée.  

Un accord opaque et politiquement sensible

À Kinshasa, la gestion de ce dossier suscite malaise et interrogations. Ce deal migratoire entre le gouvernement congolais et les États-Unis n’a pas été rendu public dans ses détails, alimentant les critiques sur son opacité et sur les contreparties éventuelles pour la RDC. Des analystes y voient un geste diplomatique de la part du gouvernement congolais, dans un contexte de rapprochement avec Washington, notamment autour de partenariats stratégiques et sécuritaires.

Des inquiétudes sur les droits humains

Mais cette coopération n’est pas sans risque. La RDC, déjà confrontée à de graves défis socio-économiques et sécuritaires, doit désormais gérer l’accueil de migrants sans lien avec son territoire, dans des conditions logistiques et juridiques encore floues. Au-delà de la dimension politique, cette opération soulève des préoccupations sur le respect des droits des migrants. Certains d’entre eux auraient encore des procédures en cours aux États-Unis ou craindraient de retourner dans leur pays d’origine. 

Au-delà de la dimension politique, cette opération soulève des préoccupations sur le respect des droits des migrants. Certains d’entre eux auraient encore des procédures en cours aux États-Unis ou craindraient de retourner dans leur pays d’origine. En RDC, certains experts des droits humains comme Venance Kalenga regrette que le pays prenne part à la politique de transfert forcé de ces demandeurs d’asile. D’après lui, il s’agit d’une violation des droits humains qui pourrait avoir des conséquences néfastes sur le droit international humanitaire. « La crainte est que les Etats-Unis qui sont un modèle en matière de protection des demandeurs d’asile puissent influencer les autres Etats à se comporter de la même manière. Notre pays, en acceptant de faire cela, viole le droit international humanitaire parce qu’il essaie de sous-traiter une question qui était soumise aux Etats-Unis. Il accepte ces demandeurs d’asile qui viennent dans un pays où ils ne sont pas sûrs de la protection », a-t-il déclaré au micro de Deutsche Welle.

Plus largement, les ONG dénoncent une externalisation des politiques migratoires américaines vers des pays aux capacités d’accueil limitées, dans des conditions souvent peu transparentes. Alors que d’autres arrivées sont envisagées dans les prochaines semaines, la RDC se retrouve en première ligne d’un dispositif migratoire international controversé. Kinshasa devra trouver un équilibre délicat pour éviter que cette coopération ne se transforme en fardeau durable.

Magazine Heshima

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Sanctions américaines contre l’armée rwandaise : quel impact sur la guerre dans l’Est de la RDC ?

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Washington a décidé, le 2 mars 2026, de sanctionner l’armée rwandaise et plusieurs de ses hauts responsables pour leur soutien présumé aux rebelles de l’AFC/M23. Une décision qui pourrait rebattre les cartes diplomatiques et militaires dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), où le conflit continue de déstabiliser la région. Ces sanctions peuvent-elles changer le cours de la guerre dans cette partie du pays ?

Les Forces de défense rwandaises (RDF) ainsi que quatre de leurs hauts responsables viennent d’être sanctionnées par l’Office de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) du département du Trésor américain. D’après le communiqué publié le lundi 2 mars 2026, l’OFAC justifie ces sanctions par leur soutien à la rébellion de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), qui contrôle de vastes pans des provinces du Nord et du Sud-Kivu, dans l’est de la RDC.

Ces mesures incluent des restrictions financières et des pressions politiques visant à contraindre Kigali à cesser toute aide militaire et à retirer ses forces du territoire congolais. Les autorités américaines affirment vouloir faire respecter les accords de paix signés en juin puis en décembre 2025 entre Kinshasa et Kigali, qui prévoyaient notamment le retrait des troupes étrangères et la désescalade dans la région. Ces quatre hauts responsables rwandais ainsi que l’ensemble des Forces de défense rwandaises (RDF) sont placés sur sa liste des ressortissants spécialement désignés (SDN). Cette inscription signifie que les avoirs des personnes et de l’armée rwandaise qui relèvent de la juridiction américaine sont bloqués et que les ressortissants et entreprises américaines ne peuvent pas effectuer de transactions avec elles.

Parmi les individus sanctionnés, il y a Stanislas Gashugi, Ruki Karusisi, Mubarakh Muganga (alias « MK Mubarkh ») et Vincent Nyakarundi, tous basés à Kigali et accusés de contribuer à l’instabilité dans l’Est de la RDC. Le département du Trésor américain, à travers l’OFAC, a émis la General License 1 autorisant une période de démantèlement des transactions impliquant les RDF, afin de permettre une cessation ordonnée des engagements concernés. En d’autres termes, ce texte autorise, jusqu’à 00 heure 01′ le 1er avril 2026, les opérations « normalement accessoires et nécessaires » à la cessation progressive des transactions impliquant l’armée rwandaise ou toute entité dans laquelle elle détient, directement ou indirectement, au moins 50 %.

Toujours selon l’OFAC, les forces rwandaises soutiennent activement, entraînent et combattent aux côtés du M23, un groupe armé déjà sanctionné par les États-Unis et les Nations unies, responsable de violations des droits humains et d’une crise de déplacements massifs de population en RDC. Sur le terrain, la décision américaine pourrait modifier certains équilibres. Depuis plusieurs mois, le M23 s’est imposé comme l’un des groupes armés les plus puissants dans l’Est de la RDC, dans une région où opèrent une centaine de milices et où la crise humanitaire a déjà déplacé des millions de personnes.

En marge de la publication de ces sanctions, le secrétaire au Trésor des Etats-Unis, Scott Bessent, a exigé le « retrait immédiat des troupes, des armes et des équipements » des Forces de défense rwandaises (RDF) du territoire congolais. Selon le Trésor américain, ces mesures visent à accroître la pression sur Kigali afin de mettre fin à toute implication militaire présumée dans l’Est de la RDC, où l’insécurité persiste malgré les initiatives diplomatiques régionales et internationales.

Kinshasa salue les sanctions contre Kigali

Pour Kinshasa, ces sanctions représentent un signal politique important. Le ministère des Affaires étrangères de la RDC a salué la décision américaine, exprimant sa « profonde reconnaissance aux Etats-Unis ». De son côté, celui de la Communication et Médias y voit « un signal clair en faveur du respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale » de la RDC. Ces mesures confirment « la nécessité d’une cohérence entre les engagements diplomatiques et les réalités opérationnelles sur le terrain », note ce ministère dirigé par Patrick Muyaya. Kinshasa a aussi exprimé « sa profonde reconnaissance » aux États-Unis pour « leur implication constante » dans les efforts de paix dans la région des Grands lacs.

Pour sa part, le gouvernement rwandais rejette les accusations et estime que les sanctions présentent une lecture biaisée du conflit, tout en reprochant également à la RDC de ne pas respecter certains engagements du processus de paix. Le Rwanda dit également regretter des sanctions qu’il juge « unilatérales », estimant qu’elles « déforment les faits » du conflit et ciblent injustement « une seule partie » au processus de paix. Dans un communiqué publié le 2 mars, Kigali dit vouloir retirer ses troupes en RDC mais à condition que la RDC mette également en œuvre ses obligations. « Le Rwanda reste pleinement engagé à désengager ses forces en parallèle avec la mise en œuvre par la RDC de ses obligations », a déclaré Kigali dans ce communiqué. Il accuse en même temps Kinshasa de violer le cessez-le-feu. 

Ces sanctions peuvent avoir quel impact ?

Si les autorités congolaises y voient une reconnaissance internationale de leurs accusations contre Kigali, l’impact de ces sanctions pourraient se montrer dans le temps. L’armée rwandaise dépend en majorité des subventions américaines et européennes. Ces sanctions pourraient faire perdre un budget militaire conséquent à l’armée rwandaise. Ce qui pourrait être un coup dur pour Kigali et obligé Paul Kagame à retirer ses troupes dans l’Est de la RDC. « Si le président Paul Kagame refuse d’obtempérer, la posture américaine actuelle dans le monde devrait le faire réfléchir. Le cas du Venezuela ou de l’Iran devrait traverser son esprit. », note un analyste de la région des Grands lacs.              

Pour l’instant, les combats continuent sur plusieurs lignes de front dans l’Est du pays. Au Sud comme au Nord-Kivu, des lignes de front bougent dans un sens comme dans l’autre. Si Kigali persiste en maintenant ses troupes dans l’Est du pays, Washington a déjà prévenu. Le département d’État affirme que les États-Unis sont prêts à utiliser « tous les outils disponibles » pour s’assurer que la RDC et le Rwanda respectent les engagements pris dans le cadre des Accords de Washington.    

Kinshasa espère que cette pression internationale affaiblira les capacités du M23 qui est armé par Kigali. Mais l’impact réel reste encore à observer sur le terrain. Entre pressions diplomatiques et rivalités régionales, les sanctions américaines pourraient peser sur l’évolution du conflit. Mais dans l’Est de la RDC, où les populations vivent depuis des décennies au rythme des affrontements, la paix dépendra surtout de la volonté réelle des acteurs à transformer ces décisions politiques en désescalade sur le terrain.

Heshima  

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Guerre contre l’Iran : l’Afrique redoute les répercussions économiques et énergétiques

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L’escalade militaire au Moyen-Orient après les frappes contre l’Iran suscite de vives inquiétudes sur le continent africain. Hausse des prix du pétrole, inflation et perturbations commerciales pourraient fragiliser davantage plusieurs économies déjà sous pression. Avec la fermeture du détroit d’Ormuz, l’envolée de prix du pétrole ne va pas épargner l’Afrique.    

L’escalade militaire autour de l’Iran dépasse largement les frontières du Moyen-Orient. Hausse du prix du pétrole, perturbations commerciales et tensions économiques : plusieurs pays africains commencent déjà à ressentir les effets d’une crise susceptible de fragiliser davantage des économies encore convalescentes. La guerre en cours autour de l’Iran fait trembler les marchés mondiaux de l’énergie et ses effets commencent à se faire sentir bien au-delà du Moyen-Orient.

Depuis samedi 28 février, jour de l’annonce de la fermeture du détroit d’Ormuz où transite le tiers du pétrole mondial, le prix du baril flambe de 13%. Vendu en dessous de 70 dollars avant la crise iranienne, il est actuellement à plus de 80 dollars le baril. C’est la conséquence directe de la fermeture du détroit d’Ormuz où transite plus de 20% du pétrole mondial. Samedi, les Gardiens de la révolution iraniens avaient indiqué que cette voie était « de facto » fermée à la navigation, car dangereuse en raison des attaques américaines et israéliennes. Dimanche 1er mars 2026, la télévision d’État iranienne a annoncé qu’un pétrolier était en train de « couler » après avoir été frappé alors qu’il franchissait « illégalement » le détroit d’Ormuz, sans plus de précisions.

« Soixante navires » sous pavillon français ou qui appartiennent à des entreprises françaises sont bloqués « à l’intérieur du Golfe arabo-persique », a déclaré le délégué général d’Armateurs de France, Laurent Martens cité par France 24.

Face à cette crise, les analystes redoutent notamment une flambée durable du prix du pétrole, ressource stratégique pour de nombreux pays africains. Des projections démontrent que le prix du baril pourrait dépasser les 100 dollars si le conflit se prolonge ou si les routes maritimes sont perturbées.

Détroit d’Ormuz, un passage vital pour les navires pétroliers 

Le détroit d’Ormuz est un passage stratégique par lequel transite près d’un cinquième du pétrole mondial. Toute interruption du trafic dans cette zone provoque un choc énergétique mondial et renchérit le coût des importations pour les pays africains fortement dépendants du carburant.  Pour les économies africaines importatrices de pétrole, les conséquences pourraient être immédiates : hausse des prix du carburant, inflation et pression sur les finances publiques. Plusieurs experts estiment que la montée des prix de l’énergie se répercutera sur le coût du transport, de l’alimentation et des produits de base en Afrique. « Nos navires resteront à quai pendant plusieurs jours », a déclaré à Reuters un cadre supérieur d’une importante société de négoce. Environ 20 millions de barils de pétrole brut et d’autres carburants transitent quotidiennement par l’étroit détroit qui sépare l’Iran de la péninsule arabique.

Ce détroit est vital pour les exportations d’Arabie saoudite, d’Irak, du Koweït, du Qatar et d’Iran. Toute perturbation, ou même la simple menace d’une telle perturbation, provoque généralement une forte hausse des prix du pétrole et des coûts d’assurance maritime. Bien que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis exploitent des oléoducs alternatifs contournant le détroit, les analystes soulignent que ces itinéraires ne peuvent absorber la totalité du volume de pétrole brut qui y transite habituellement.

L’histoire a déjà montré la sensibilité des marchés pétroliers aux conflits au Moyen-Orient. A titre d’exemple, pendant la guerre du Golfe (1990-1991), le prix du Brent a doublé, passant d’environ 15 dollars le baril en juillet 1990 à plus de 40 dollars en octobre, après l’invasion du Koweït par l’Irak. En revanche, lors de la guerre d’Irak de 2003, les prix ont connu une hausse moins marquée avant de se stabiliser une fois les craintes liées à l’approvisionnement apaisées. Depuis janvier, avec l’intensification des signes d’une possible confrontation entre les États-Unis et l’Iran, les marchés pétroliers ont connu une volatilité notable.

Le Nigéria, potentielle victime

La guerre pourrait affecter le Nigéria d’au moins quatre manières, notamment dans le secteur pétrolier. Alors que les États-Unis et Israël intensifient leurs actions militaires contre l’Iran, des analyses préviennent que les conséquences pourraient s’étendre bien au-delà du Moyen-Orient, avec des répercussions sur les marchés pétroliers mondiaux, l’inflation et le coût de la vie dans des pays comme le Nigeria.

Premier producteur de pétrole d’Afrique, le Nigéria traverse déjà une crise structurelle profonde caractérisée par une production historiquement basse (remontant à 1,5 million de barils/jour début 2026 contre 1,2 en 2022). Le pays connait des pénuries de carburant, une forte inflation et la dévaluation du Naira, la monnaie locale. Avec la crise en Iran, cette situation risque ne pas s’améliorer car le pays compense souvent ses pénuries par l’importation de l’or noir. 

Dans ce contexte incertain, de nombreux gouvernements africains suivent de près l’évolution du conflit. Car si la guerre se prolonge, ses ondes de choc économiques pourraient atteindre rapidement les ménages africains, rappelant combien la stabilité du Moyen-Orient demeure étroitement liée à celle des économies du continent. D’ailleurs, en République Démocratique du Congo, le gouvernement remue ciel et terre pour compenser la hausse des prix du carburant en offrant un manque à gagner aux pétroliers. Une nouvelle hausse des prix à l’échelle internationale pourrait bien impacter les finances du pays déjà essoufflées par les dépenses sécuritaires liées à la guerre dans l’Est de la RDC.

Heshima  

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