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Matata Ponyo porté disparu : entre mystère judiciaire et enjeux politiques
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La redaction
Le 20 mai 2025, la Cour constitutionnelle a frappé fort en condamnant l’ancien Premier ministre congolais Augustin Matata Ponyo à dix ans de travaux forcés pour détournement de fonds publics. La justice a ordonné la confiscation de ses biens personnels à hauteur des sommes détournées, estimées à environ 240 millions de dollars. Cette peine, prononcée dans le cadre de l’affaire dite « Bukanga-Lonzo » (un ambitieux projet agro-industriel), vise des détournements de plus de 156 millions de dollars versés à ce parc agricole et 89 millions pour le futur marché international de Kinshasa, des projets restés inachevés. Mais le principal acteur – Matata Ponyo – serait introuvable après la sentence. Ira-t-il purger sa peine derrière les barreaux ou restera-t-il l’otage d’un entre-deux politique ?
Ses coaccusés, l’ancien gouverneur de la Banque centrale du Congo Déogratias Mutombo et l’homme d’affaires sud-africain Christophe Grobler, ont quant à eux été condamnés à cinq ans de travaux forcés chacun mais se trouvent en dehors du territoire national, hors de portée de la justice congolaise. Après près de quatre ans de procédures et de multiples reports, le verdict est sans appel et la condamnation irrévocable, selon la Constitution congolaise. « Le procès n’a pas eu lieu, c’est un mécanisme de condamnation », dénonçait déjà un de ses avocats à la sortie de l’audience, comme le rapporte Actualité.cd dans son article du 20 mai 2025.
Réactions politiques et accusations d’acharnement
L’annonce du verdict et surtout l’absence de Matata Ponyo à partir du 21 mai ont immédiatement déclenché des interrogations. Le parti de Matata Ponyo, le Leadership et Gouvernance pour le Développement (LGD), a dénoncé ce qu’il qualifie de « disparition » inquiétante de son président. Dans un communiqué publié le 31 mai, et relayé par le site d’informations 7sur7.cd, le LGD affirme qu’Augustin Matata Ponyo est « introuvable depuis le 21 mai » (le lendemain du prononcé de la sentence) et tient « le pouvoir en place pour responsable de cette disparition ». Le texte dénonce la décision de la Cour constitutionnelle comme étant « inique, arbitraire et inconstitutionnelle ». Du côté des avocats de la défense, les critiques fusent aussi : « Cette condamnation est politiquement motivée », insiste Me Jean-Claude Kavuvwe, soulignant que son client avait publiquement refusé de rejoindre la majorité présidentielle et avait même préparé une candidature à la présidentielle de 2023 avant de s’en retirer.
Dans l’opposition, on crie à l’acharnement. Jean Kabati, membre du parti LGD, se dit « choqué » et craint un engrenage : « Si la loi n’est pas appliquée de manière transparente, cela va creuser le fossé de défiance envers nos institutions ». Plus modérée, la majorité présidentielle appelle officiellement au respect de la justice mais reste prudente sur le sort de Matata Ponyo. Un conseiller du ministère de la Justice, souhaitant rester anonyme, glisse : « Il faut laisser la procédure suivre son cours ». Une députée membre de l’union sacrée de la nation, souligne pour sa part que « quel que soit le verdict, aucun citoyen ne peut être au-dessus de la loi, même un ancien Premier ministre ». Ces réactions mitigées illustrent l’enjeu politique : la condamnation d’une figure de premier plan du régime Kabila fait resurgir les tensions entre l’ancien et le nouveau camp au pouvoir.
Le mutisme des autorités judiciaires
Officiellement, ni le gouvernement ni les autorités judiciaires n’ont détaillé la suite de l’affaire. Aucune confirmation n’a été donnée sur un éventuel mandat d’arrêt ou une procédure d’exécution de la peine. Certains spécialistes du droit évoquent le rôle déterminant de l’immunité parlementaire. Augustin Matata Ponyo est en effet député national, et « tant qu’il jouit de cette immunité, son arrestation reste théorique », rappelle un professeur de droit constitutionnel. La Constitution congolaise protège les parlementaires en exercice, ce qui oblige l’Assemblée nationale à voter sa levée pour qu’il soit effectivement arrêté. Un avocat pénaliste à Kinshasa, souligne: « En principe, un jugement pénal définitif doit s’exécuter d’office, mais le code pénal congolais subordonne l’incarcération d’un député à la levée de son immunité. En attendant ce vote, la peine de Matata Ponyo est suspendue dans les faits. » Ce verrou juridique alimente les doutes. Selon plusieurs sources judiciaires citées par Radio Okapi, des échanges discrets auraient lieu entre l’exécutif et le législatif pour débloquer la situation, mais l’Agence nationale des renseignements (ANR) comme la Cour constitutionnelle elles-mêmes restent silencieuses. Pour l’instant, aucune décision publique ne précise si la loi sera appliquée immédiatement ou si le dossier connaîtra une autre « issue ».
Mystère autour de sa localisation
Le plus surprenant demeure l’absence totale d’informations vérifiables sur la localisation de Matata Ponyo depuis la condamnation. Durant le week-end qui a suivi l’annonce du verdict, son téléphone est resté éteint et aucun proche n’a pu le joindre. La chaîne B-One TV, dans son journal du 25 mai, rapporte que « la dernière fois qu’il a communiqué avec son équipe, son portable était déjà injoignable », selon un cadre du LGD. Des membres de son parti sont même allés jusqu’à la prison centrale de Makala, à Kinshasa, pour vérifier s’il s’y trouvait, en vain. Face à ce « silence radio », de nombreuses hypothèses circulent : certains soutiennent qu’il aurait décidé de se cacher ou de quitter le pays pour échapper à une arrestation. Hervé Kaki, opposant et analyste politique, n’exclut pas la possibilité qu’il ait été exfiltré à l’étranger : « On peut imaginer que des alliés lui aient ouvert un passage dans un pays voisin, comme le Rwanda ou la Tanzanie, pour le protéger temporairement ». D’autres, y compris au sein du régime, chuchotent l’éventualité d’une garde rapprochée discrète pour éviter que l’affaire ne dégénère publiquement. Quelle que soit la vérité, ce mystère nourrit les rumeurs. « Dans un État de droit, un condamné doit répondre de sa peine devant la justice. Cette absence prolongée ne peut qu’envenimer la suspicion », prévient un magistrat sous couvert d’anonymat.
Enjeux politiques et suite de la procédure
Le flou actuel a vite dépassé le cas personnel de Matata Ponyo pour se transformer en enjeu national. L’opposition accuse désormais le président Tshisekedi de se servir de la justice comme d’une arme politique contre ses adversaires politiques. Jules Mandiba, membre du Front Commun pour le Congo (ex-majorité de Kabila), prévient : « Si Matata Ponyo disparaît dans l’ombre, c’est toute l’opposition qui en paiera le prix. Le signal envoyé est grave. » Du côté du pouvoir, certains soulignent la nécessité de faire respecter la loi : « L’important est que les coupables soient punis, quel que soit leur rang », affirme un responsable de l’UDPS. Toutefois, beaucoup appellent à la prudence pour ne pas transformer cette affaire en crise politique.
Aujourd’hui, tout est bloqué sur le plan juridique : seul le Parlement peut décider de lever l’immunité de M. Matata Ponyo. L’analyste François Ndaya du Centre Africain d’Études Stratégiques résume la situation dans un entretien accordé au journal Le Phare : « Le gouvernement ne peut pas directement incarcérer un député. Pour contourner l’impasse, il doit faire voter une loi ou saisir l’Assemblée. Tant que cela n’est pas fait, la Cour constitutionnelle reste silencieuse et chacun attend l’autre au tournant. C’est un bras de fer institutionnel qui se joue là. » Pendant ce temps, la communauté internationale suit la situation de près : plusieurs organisations ont rappelé que le respect de l’état de droit et de la présomption d’innocence doit être garanti. Un porte-parole de Human Rights Watch, interrogé par la Deutsche Welle, note : « Cet imbroglio démontre les failles du système judiciaire, mais aussi la nécessité d’une décision claire des institutions démocratiques ».
Au final, l’avenir de Matata Ponyo est incertain. Ira-t-il purger sa peine derrière les barreaux ou restera-t-il l’otage d’un entre-deux politique ? Rien n’est joué. Pour l’instant, c’est tout le paysage politique congolais qui reste suspendu aux prochains développements : le jugement de la Cour constitutionnelle s’est achevé, mais la « sentence » politique, elle, ne fait que commencer.
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Léopards de la RDC : Après l’exploit, l’heure de la confirmation
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2 semaines agoon
juillet 7, 2026By
La redaction
Ils sont revenus. Par la grande porte. Après 52 ans d’absence, les Léopards de la République Démocratique du Congo ont foulé les pelouses américaines du Mondial 2026 avec la détermination de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Si l’aventure s’est achevée en seizièmes de finale face à l’Angleterre, elle a laissé un héritage bien plus précieux qu’un simple bilan comptable.
Le retour d’un géant endormi
Pour la RDC, 100 millions d’habitants et une culture footballistique parmi les plus riches du continent, cette qualification était bien plus qu’un exploit sportif. Elle mettait fin à cinq décennies d’attente, depuis l’épopée du Zaïre en 1974, et consacrait le travail de reconstruction engagé sous la houlette de Sébastien Desabre.
Le parcours qualificatif avait déjà valeur de test. Placés dans le groupe B aux côtés du Sénégal, les Léopards ont terminé deuxièmes avec 22 points avant d’écarter le Cameroun puis le Nigeria en barrages. Le dernier obstacle, la Jamaïque, fut franchi en prolongation grâce à Axel Tuanzebe, envoyant toute une nation en délire.
Un Mondial qui change tout
Le groupe K promettait un baptême du feu : Portugal, Colombie et Ouzbékistan. Face aux favoris portugais au NRG Stadium de Houston, les Léopards n’ont pas tremblé. Menés dès la 6e minute, ils ont égalisé juste avant la pause par Yoane Wissa sur corner, pour arracher un nul historique (1-1).
Le sélectionneur adjoint Rafael Hamidi résumait l’exploit : « Ce score de parité face au Portugal, c’était à prendre si on nous l’avait proposé avant le coup d’envoi ». La presse congolaise saluait un système en 3-5-2 particulièrement solide, la discipline collective et les transitions rapides.
Qualifiés pour les seizièmes de finale, les Léopards ont longtemps fait douter l’Angleterre, menant jusqu’à la 76e minute avant de s’incliner 2-1 dans les dernières secondes. Un scénario cruel qui a rappelé les limites d’un groupe prometteur mais encore en apprentissage des grands rendez-vous.
Les enseignements d’une expérience unique
Ce Mondial a livré plusieurs enseignements pour l’avenir. D’abord, une force mentale confirmée. Les barrages contre le Cameroun et le Nigeria avaient déjà forgé ce groupe, capable de rester lucide sous pression. Face au Portugal, les Léopards ont prouvé qu’ils pouvaient rivaliser avec les meilleures nations.
Ensuite, des fragilités structurelles. Comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Japon, la RDC a cédé dans les dernières minutes face à l’Angleterre. Loïc Aumont, spécialiste de la performance, analyse : « Ces sélections possèdent les qualités techniques et physiques. Ce qui fait basculer un match, c’est la gestion des émotions lorsque la pression atteint son maximum ». Un déficit d’expérience à ce niveau que seul le temps et les répétitions pourront combler.
Cap sur la CAN 2027 : un trophée à portée de griffes ?
L’objectif est désormais clair : les Léopards doivent viser le titre lors de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations, organisée en 2027 au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie.
Le contexte est favorable. Cette génération, portée par Chancel Mbemba, son capitaine de 31 ans, possède une identité de jeu forte et un vécu commun exceptionnel. Le vivier de talents, évoluant pour beaucoup dans les meilleurs championnats européens, n’a jamais été aussi riche.
Le chemin qualificatif pour la CAN 2027 s’annonce abordable, avec un groupe E composé de la Guinée équatoriale, de la Sierra Leone et du Zimbabwe. Mais les Léopards savent désormais qu’aucune montagne n’est insurmontable, comme l’écrivait la presse congolaise avant le choc contre le Portugal : « Aucune montagne n’est insurmontable quand on est déterminé ».
Le défi de la régularité
Si le rêve est permis, la réalité impose de rester humble. Le Mondial a montré que l’écart avec les meilleures nations s’est considérablement réduit, mais que la gestion des moments décisifs reste le nerf de la guerre. Les Léopards devront transformer l’essai en confirmant leur niveau sur la durée, avec un calendrier international exigeant et des joueurs à préserver.
Sébastien Desabre, l’artisan de ce renouveau, aura à cœur de capitaliser sur cette expérience unique pour faire franchir un nouveau palier à sa sélection. La CAN 2027 sera le test ultime : plus qu’une performance, c’est un trophée que la RDC attend. Le message des supporters est clair, comme le résumait un journaliste avant le Mondial : « On ne vous demande pas de dominer le Portugal, mais juste de sortir un match de malade du début à la fin ». Pour la CAN 2027, on leur demande désormais de ramener la coupe à la maison.
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Opposition, CENCO et ECC en consultations au Burundi : Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?
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2 semaines agoon
juillet 6, 2026By
La redactionUne délégation réunissant des responsables de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), de l’Église du Christ au Congo (ECC) et plusieurs figures de l’opposition congolaise séjourne à Bujumbura, au Burundi, pour des consultations consacrées à la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Organisée à l’invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, cette rencontre alimente les spéculations sur l’émergence d’un nouveau cadre de dialogue politique autour de la paix et de la stabilité dans la région.
Une nouvelle séquence diplomatique s’ouvre dans la recherche d’une issue à la crise qui secoue l’Est de la République démocratique du Congo. Une délégation composée de responsables de la CENCO, de l’ECC ainsi que de plusieurs leaders de l’opposition est arrivée à Bujumbura pour prendre part à des consultations consacrées à la situation sécuritaire et politique en RDC.
Cette mission répond à une invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, qui assure actuellement la présidence en exercice de l’Union africaine (UA). Déjà engagé dans plusieurs initiatives diplomatiques régionales, le chef de l’État burundais entend poursuivre ses efforts afin de rapprocher les différentes parties prenantes et de favoriser une solution politique durable. La délégation est composée du pasteur André Bokundoa, président de l’ECC, du pasteur Éric Senga, de Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, ainsi que des opposants Martin Fayulu, Delly Sesanga et Dieudonné Bolengetenge. Les membres de cette mission ont quitté Kinshasa dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 juillet 2026 à bord d’un vol régulier d’Ethiopian Airlines à destination de la capitale burundaise.
Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?
Cette initiative, qui intervient alors que plusieurs processus de médiation restent inachevés, soulève une interrogation majeure : Évariste Ndayishimiye cherche-t-il à reprendre le flambeau laissé par João Lourenço ou à insuffler une nouvelle dynamique sous l’égide de l’Union africaine ?
Alors que l’Angola avait été mandaté pour faciliter un dialogue intercongolais, la multiplication des divergences avec les autorités congolaises sur le format et le cadre de ces discussions a progressivement conduit le projet dans l’impasse. D’où cette question que se posent plusieurs observateurs de la crise congolaise : João Lourenço a-t-il jeté l’éponge ?
Officiellement mandaté en février dernier pour mener des consultations en vue d’un dialogue politique en RDC, le président angolais peine à concrétiser son initiative et se fait de plus en plus discret. S’il n’a pas officiellement renoncé à sa mission, plusieurs sources diplomatiques citées par Jeune Afrique indiquent que le processus est, pour l’heure, au point mort.
Les consultations de Bujumbura interviennent alors que les combats se poursuivent dans l’Est de la RDC. Plusieurs localités des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu restent sous le contrôle de l’armée rwandaise et de ses alliés de l’AFC/M23, selon les autorités congolaises, tandis que les initiatives diplomatiques se multiplient pour tenter d’enrayer une crise qui perdure depuis plusieurs années.
Les prémices d’un dialogue inclusif ?
Au-delà de la dimension sécuritaire, la présence conjointe des représentants des Églises et de l’opposition politique confère à ces consultations une portée particulière. Depuis plusieurs mois, la CENCO et l’ECC plaident en faveur d’un dialogue inclusif susceptible de restaurer la cohésion nationale et de créer les conditions d’une paix durable. Leur implication, aux côtés de figures de l’opposition, pourrait traduire une volonté d’élargir les concertations au-delà des seuls canaux gouvernementaux. Selon plusieurs observateurs, cette démarche pourrait également préparer le terrain à un dialogue politique plus large, associant les différentes sensibilités politiques et sociales du pays. Lors de sa récente visite à Kinshasa, le président Évariste Ndayishimiye avait d’ailleurs exprimé son souhait de rencontrer les responsables de l’opposition congolaise avant la marche dite « pacifique » de l’opposition, initialement prévue le 8 juillet puis reportée au 22 juillet. Cette manifestation vise à réclamer la démission du président Félix Tshisekedi, que ses opposants accusent de vouloir modifier la Constitution afin de se maintenir au pouvoir au-delà de 2028, année marquant la fin de son second et dernier mandat.
Si aucun détail officiel n’a encore filtré sur le contenu des échanges à Bujumbura, ces consultations témoignent de la volonté des acteurs régionaux de maintenir la dynamique diplomatique afin de favoriser une désescalade et de rechercher une solution négociée à la crise qui continue de déstabiliser l’Est de la RDC. Reste à savoir si cette initiative débouchera sur un véritable processus de dialogue ou ne constituera qu’une étape supplémentaire dans les multiples médiations en cours. Une chose est certaine : en réunissant autour d’une même table les Églises, l’opposition politique et un acteur régional désormais au premier plan, Bujumbura pourrait devenir le point de départ d’une nouvelle séquence diplomatique dont les développements seront suivis de près, tant en RDC que dans l’ensemble de la région des Grands Lacs.
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ADF : douze années de terreur dans l’Est de la RDC
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3 semaines agoon
juin 29, 2026By
La redaction
Massacres de civils, enlèvements, déplacements de populations et attaques répétées contre les forces de sécurité. Depuis 2014, les Forces démocratiques alliées (ADF) se sont imposées comme l’un des groupes armés les plus meurtriers de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). D’abord rébellion ougandaise réfugiée dans les forêts du Nord-Kivu, le mouvement a progressivement muté pour devenir une organisation terroriste redoutée, responsable de milliers de morts et d’une insécurité persistante dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.
L’histoire des ADF ne commence pas en République démocratique du Congo. Le groupe est créé au milieu des années 1990 en Ouganda par Jamil Mukulu, un opposant au régime du président Yoweri Museveni. Sous la pression de l’armée ougandaise, les rebelles traversent rapidement la frontière et trouvent refuge dans les régions montagneuses et forestières de l’Est congolais, où ils établissent leurs bases arrière. Pendant plusieurs années, les ADF demeurent relativement discrètes, vivant du trafic de ressources naturelles, du commerce illicite et de diverses activités économiques locales. Mais à partir de 2014, la situation bascule. Après une vaste offensive militaire des Forces armées de la RDC (FARDC) contre leurs bastions, le groupe adopte une stratégie de représailles particulièrement violente contre les populations civiles.
Entre octobre 2014 et aujourd’hui, les territoires de Beni, Lubero, Mambasa et Irumu deviennent le théâtre de massacres à répétition. Hommes, femmes et enfants sont tués lors d’attaques nocturnes souvent menées à l’arme blanche. Des villages entiers sont incendiés, tandis que des centaines de personnes sont enlevées. Selon plusieurs organisations nationales et internationales de défense des droits humains, les ADF sont responsables de milliers de morts au cours de la dernière décennie. Le territoire de Beni, dans la province du Nord-Kivu, est particulièrement touché, au point de devenir l’un des symboles de l’insécurité chronique qui frappe l’Est du pays.
De la rébellion au terrorisme…
Au fil des années, le mouvement évolue également sur le plan idéologique. À partir de 2017, plusieurs rapports des Nations unies et d’organismes spécialisés font état d’un rapprochement entre certaines factions des ADF et l’organisation djihadiste État islamique. En 2019, l’État islamique revendique officiellement plusieurs attaques menées dans l’Est de la RDC à travers sa branche dite « Province d’Afrique centrale » (ISCAP). Cette affiliation, contestée à ses débuts par certains experts, se confirme progressivement par la propagande diffusée par les réseaux de l’État islamique et par l’évolution des modes opératoires du groupe. Malgré cela, les ADF conservent des caractéristiques locales fortes, enracinées dans les réalités sécuritaires et économiques de la région des Grands Lacs.
Opérations conjointes « Shujaa »
Face à cette menace, les autorités congolaises ont multiplié les opérations militaires. En mai 2021, le gouvernement instaure l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri afin de renforcer la lutte contre les groupes armés. Quelques mois plus tard, la RDC et l’Ouganda lancent conjointement l’opération militaire « Shujaa » pour traquer les combattants ADF dans leurs sanctuaires forestiers.
Malgré près de cinq ans d’efforts conjoints de la RDC et de l’Ouganda dans le cadre de l’opération Shujaa, les zones débarrassées des combattants des ADF sont régulièrement réinfiltrées en l’espace de quelques semaines. Cette situation s’explique notamment par la solidité du système de succession interne du groupe prévue à l’avance, qui lui permet d’avoir une relève rapide du commandement lorsque des dirigeants sont neutralisés. Des allégations de collusion avec des acteurs étatiques, la faiblesse de la gouvernance et l’insuffisance de la protection des civils aggravent également le problème.
L’opération Shujaa repose sur des offensives conjointes, qui vont des opérations de combat mobiles au renseignement humain, visant à démanteler les structures de commandement des ADF et à rétablir l’autorité de l’État dans les zones occupées. Au-delà des approches cinétiques, elle entend soutenir la stabilisation, notamment par la construction de routes et la réinsertion des personnes enlevées. Toutefois, sa stratégie intègre peu d’approches préventives capables de neutraliser les ADF et reste réactive.
Ces offensives permettent de démanteler plusieurs camps rebelles et d’éliminer certains commandants. Toutefois, les ADF démontrent une forte capacité d’adaptation. Fragmentés en petites unités mobiles, leurs combattants continuent de mener des attaques meurtrières contre les civils et les positions militaires. Aujourd’hui encore, malgré les efforts militaires et les initiatives régionales de stabilisation, les ADF figurent parmi les principaux acteurs de l’insécurité dans l’Est de la RDC. Le groupe demeure particulièrement actif dans les zones frontalières entre le Nord-Kivu et l’Ituri, où les populations vivent sous la menace permanente d’incursions armées. Douze ans après le début des massacres de grande ampleur à Beni, la question des ADF reste l’un des défis sécuritaires majeurs de la République démocratique du Congo. Derrière les statistiques et les rapports se trouvent des milliers de familles endeuillées, des villages détruits et des communautés déplacées. Tant que cette menace persistera, la paix durable dans l’Est du pays demeurera un objectif difficile à atteindre, malgré les efforts déployés par les autorités congolaises et leurs partenaires régionaux.
Groupe armé le plus meurtrier en mai 2026
Les ADF ont été responsables du plus grand nombre de victimes civiles dans l’est de la République démocratique du Congo au cours du mois de mai 2026. C’est ce que révèle un rapport publié par l’Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, Ebuteli, qui fait état d’une recrudescence alarmante des attaques contre les populations civiles, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. L’insécurité continue de faire des ravages dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Dans son dernier rapport sur la situation sécuritaire, Ebuteli indique que les ADF demeurent le groupe armé le plus meurtrier de la région, avec au moins 190 civils tués au cours du seul mois de mai 2026. Ce bilan représente une augmentation spectaculaire par rapport au mois d’avril, où 53 victimes civiles avaient été enregistrées. Selon le rapport, cette recrudescence des violences s’est traduite par au moins 36 attaques attribuées aux rebelles ougandais, actifs principalement dans les territoires de Beni, Mambasa, Irumu et Lubero. Les assaillants ont multiplié les incursions meurtrières dans plusieurs villages, ciblant des populations civiles souvent sans défense.
L’un des faits marquants du mois a été le retour des attaques dans la ville de Beni. Dans la nuit du 30 au 31 mai, des combattants ADF ont mené plusieurs incursions simultanées dans la ville et ses environs, causant la mort d’au moins 26 civils. Il s’agit de la première attaque documentée dans la zone urbaine de Beni depuis 2023. Le rapport souligne également que les ADF ont intensifié leurs opérations malgré les offensives conjointes menées par les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’armée ougandaise dans le cadre de l’opération Shujaa. Les chercheurs estiment que plusieurs de ces massacres pourraient constituer des représailles aux pressions militaires exercées contre le groupe armé.
Pendant ce temps, d’autres groupes armés restent actifs dans la région. En Ituri, la CODECO et l’URDPC poursuivent leurs activités criminelles, tandis que dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, les affrontements entre le M23 et divers groupes armés locaux continuent d’alimenter l’instabilité. Toutefois, aucun de ces acteurs n’a atteint le niveau de violence meurtrière enregistré par les ADF au cours du mois de mai.
Alors que les populations de l’est de la RDC espèrent un retour durable de la paix, les conclusions du rapport d’Ebuteli rappellent l’ampleur du défi sécuritaire auquel le pays reste confronté. La montée en puissance des attaques des ADF, combinée à la persistance de multiples foyers de violence, continue de faire peser une lourde menace sur les civils, premiers victimes d’un conflit qui semble loin de s’essouffler.
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