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Guerre dans l’Est de la RDC : face à l’inaction internationale, quelles options pour Kinshasa ?
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La redaction
Depuis novembre 2021, la République démocratique du Congo (RDC) est en proie à une crise sécuritaire d’une ampleur inédite, exacerbée par la résurgence du Mouvement du 23 mars (M23), un groupe rebelle soutenu par le Rwanda. Cette offensive militaire dans l’Est du pays ravive des tensions historiques et aggrave une crise humanitaire et économique déjà préoccupante. Profitant des faiblesses structurelles de l’État congolais et de l’inaction de la communauté internationale, le M23 étend son emprise sur des territoires stratégiques. Heshima Magazine se penche sur les tentatives diplomatiques du gouvernement congolais, explore la perception d’un complot international et examine les options qui s’offrent à Kinshasa.
Dès la reprise des hostilités en 2021, le M23 a exploité les vulnérabilités sécuritaires de l’Est de la RDC pour s’emparer de vastes zones stratégiques. Dans une région déjà fragilisée par des décennies de conflits et de gouvernance défaillante, les rebelles ont rapidement pris le contrôle de plusieurs villes et territoires clés. Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, a une nouvelle fois été la cible du M23, comme en 2012, provoquant des déplacements massifs de populations et une vague de panique. Bukavu, ville frontalière et centre névralgique du Sud-Kivu, est également tombée sous l’emprise des rebelles, privant la région de son rôle crucial en tant que hub commercial. Des localités comme Rutshuru, Kiwanja, Rubaya, une partie de Masisi et Bunagana ont également été conquises, illustrant l’ampleur de l’expansion du M23 dans une région riche en ressources minières, notamment le coltan et d’autres minerais stratégiques.
Cette occupation ne se limite pas à une simple prise de contrôle militaire. Le M23 a mis en place une administration parallèle, instaurant des règles fiscales, un système de taxation sur l’exploitation minière et un dispositif de sécurité propre, préfigurant de manière inquiétante la structuration d’un État. Cette organisation permet aux rebelles de financer leur offensive grâce à l’exploitation des ressources naturelles et de tenter de renforcer leur légitimité auprès des populations locales.
Les tentatives diplomatiques
Face à l’expansion rapide du conflit dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDC), le gouvernement congolais, sous la conduite de sa ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a déployé une série d’initiatives diplomatiques visant à contenir l’offensive des rebelles du M23 et à isoler le Rwanda sur la scène internationale. En dépit des efforts soutenus à l’échelle régionale et mondiale, impliquant des acteurs tels que l’Union africaine, les Nations unies et diverses négociations bilatérales et multilatérales, les tentatives de Kinshasa ont, jusqu’ici, échoué à endiguer l’avancée des groupes armés et à obtenir des sanctions contraignantes contre Kigali.
Dans ce cadre, le gouvernement congolais a multiplié les sommets régionaux. La RDC a ainsi sollicité des discussions au sein de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) et de la Communauté de Développement de l’Afrique Australe (SADC), mais les résultats se sont révélés insuffisants. L’un des moments clés a été la rencontre de Luanda, en Angola, où des pourparlers ont été lancés pour instaurer un cessez-le-feu et négocier le retrait des forces rwandaises, principaux soutiens du M23. Cependant, ces démarches ont été vite paralysées par des divergences de fond. La position de Kigali, qui insiste pour un dialogue direct avec les rebelles du M23, se heurte à l’opposition ferme de Kinshasa, qui refuse catégoriquement de négocier avec des groupes armés.
Thérèse Kayikwamba Wagner a exprimé fermement la position de son pays lors de son intervention devant le Conseil de sécurité des Nations unies, dénonçant l’ingérence étrangère et appelant à un retrait immédiat des troupes rwandaises du territoire congolais. Malgré une prise de parole vigoureuse, au cours de laquelle la ministre a dénoncé le soutien tacite de certaines puissances occidentales envers Kigali, les résolutions du Conseil de sécurité sont restées sans effet concret. Les mesures adoptées ont manqué de fermeté nécessaire pour infléchir la situation sur le terrain.
Néanmoins, le 18 février 2025, un nouveau tournant diplomatique s’est produit avec l’annonce par le Rwanda de la suspension de son programme d’aide au développement avec la Belgique. Cette décision, justifiée par des désaccords sur la gestion du conflit en RDC, intervient alors que la Belgique envisageait déjà de revoir sa coopération avec Kigali, en réponse aux violations répétées de l’intégrité territoriale congolaise par le Rwanda. En réalité, cette mesure préemptive est une tentative du Rwanda de prendre les devants face à une révision imminente de sa relation avec Bruxelles, notamment dans le cadre de sanctions plus sévères à son encontre. De son côté, la Belgique a confirmé être en train d’ajuster sa politique bilatérale, ce qui renforce la perception de Kigali de se retrouver sous une pression croissante de la communauté internationale.
Malgré l’intensité des efforts diplomatiques déployés, la situation reste figée. Les obstacles sont nombreux : la méfiance profonde entre les parties, la complexité des alliances régionales et l’ingérence constante de puissances extérieures, notamment le Rwanda, ont transformé chaque nouvelle tentative de dialogue en une impasse. Les processus de paix semblent se limiter à des exercices diplomatiques sans impact tangible sur le terrain, laissant présager une prolongation indéfinie de la crise dans l’est de la RDC.
Un complot international contre la RDC ?
Face à l’échec des démarches diplomatiques, nombreux sont ceux qui assimilent la situation en RDC à un complot international. Cette perception se renforce lorsqu’on compare l’attitude des puissances occidentales vis-à-vis de l’agression de la Russie en Ukraine à leur relative inaction concernant le conflit en RDC.
L’agression russe en Ukraine a suscité une réponse immédiate et coordonnée des États occidentaux, incluant des sanctions économiques sévères, une assistance militaire directe et un soutien financier massif à l’Ukraine. Cette réaction rapide et déterminée a mis en lumière la volonté de l’Occident de contrer une menace perçue comme une atteinte directe à l’ordre international.
En revanche, en RDC, malgré des preuves accablantes de l’implication du Rwanda et du soutien actif du pays aux rebelles du M23, la réponse internationale se limite à des condamnations verbales et des appels à la négociation. Cette inaction est perçue comme une forme de complaisance qui maintient la RDC dans une situation de subordination, permettant ainsi à des entreprises étrangères de continuer à exploiter ses ressources naturelles sans entraves au prix des millions de morts congolais.
Les implications géopolitiques et économiques
L’Est de la RDC est l’un des territoires les plus riches du monde en ressources stratégiques, telles que le coltan, le cobalt et le cuivre. Le contrôle de ces ressources est un enjeu géopolitique majeur. Tandis que l’Ukraine bénéficie d’un soutien militaire et économique, la RDC semble souvent reléguée au second plan.
Étonnamment, un protocole d’accord a été signé entre l’Union européenne et le Rwanda en février 2024 sur la fourniture de matières premières critiques, dont le tantale, l’étain, le tungstène, l’or et le niobium. Ce protocole, qualifié de « condamnable » par le président congolais Félix Tshisekedi, permettrait au Rwanda d’exporter vers l’Union européenne des produits miniers qu’il ne possède pas, mais qu’il pille illégalement en RDC, notamment à travers le M23. Le Parlement européen a voté une résolution appelant à suspendre immédiatement cet accord en raison de l’implication directe du Rwanda dans la guerre.
Options non militaires
Face à l’échec des solutions diplomatiques et militaires traditionnelles, quelles options restent à Kinshasa pour restaurer la paix sur son territoire ? La réponse ne peut se limiter à une escalade de la violence. Elle doit inclure une réflexion stratégique sur l’usage d’outils de pression économiques et diplomatiques.
La RDC pourrait envisager de mettre en difficulté certaines entreprises occidentales opérant sur son sol, tant dans le secteur minier que dans d’autres secteurs stratégiques, par le biais de sanctions ciblées ou de révisions de contrats. L’objectif serait d’utiliser la menace de retrait d’investissements, la révision des partenariats économiques ou la suspension temporaire de l’octroi de licences d’exploitation minière pour forcer ces entreprises à pousser leurs États à sanctionner durement le Rwanda afin de rapidement mettre fin à la guerre.
Premier pays francophone au monde en termes de démographie, la RDC pourrait menacer de quitter la Francophonie, ce qui aurait un impact diplomatique sans précédent pour la France. Sans une réponse ferme et structurée, la guerre de l’Est risque de s’enliser, et la RDC pourrait continuer à subir une agression qui menace son intégrité et sa stabilité.
Des exemples historiques, comme l’utilisation du pétrole par l’Arabie Saoudite dans les années 1970, montrent qu’une telle stratégie peut, dans certains cas, modifier les rapports de force internationaux.
Kinshasa pourrait aussi menacer de suspendre temporairement l’octroi de licences d’exploitation minière aux entreprises occidentales tant que celles-ci ne pousseront pas leurs pays à mettre fin à la guerre du M23 soutenu par le Rwanda. Cette approche obligerait les Occidentaux à adopter une posture plus ferme contre le Rwanda pour obtenir l’arrêt total de la guerre et le retrait des troupes rwandaises et de leurs supplétifs du M23 de la RDC. Le pays pourrait également revoir ses politiques contractuelles en menaçant de rediriger ses partenariats commerciaux vers des alliés plus aptes à le soutenir dans cette guerre.
Pour ce faire, la RDC pourrait d’abord cibler des entreprises clés opérant dans des secteurs stratégiques comme les mines et la télécommunication, en ajustant ses politiques fiscales ou en imposant des taxes supplémentaires sur les ressources naturelles utilisées dans le cadre de la guerre. Une telle approche graduelle, avec des sanctions modulées en fonction des réactions des entreprises, pourrait limiter les éventuelles pertes économiques de la RDC tout en exerçant un levier sur les puissances internationales, qui dépendent de ces ressources.
Enfin, diversifier ses partenariats économiques avec des pays émergents ou des entreprises non occidentales permettrait à la RDC de réduire sa dépendance vis-à-vis des grandes puissances et de renforcer sa position de négociation pour faire pression sur le Rwanda et ses alliés dans la région.
Vers une diplomatie coercitive pour une paix durable ?
La crise de l’Est de la RDC est bien plus qu’un simple conflit régional. Elle reflète un déséquilibre géopolitique profond, marqué par l’ingérence étrangère et l’exploitation illégale des ressources naturelles d’un pays riche, mais fragilisé par des décennies de conflits. Face à l’impasse actuelle, la RDC se trouve dans l’obligation de repenser sa stratégie. Plutôt que de continuer à se contenter de démarches diplomatiques qui tardent à porter des fruits, Kinshasa pourrait envisager une diplomatie coercitive, en usant de leviers économiques et diplomatiques pour forcer la communauté internationale à respecter la souveraineté congolaise.
Bien que cette approche comporte certains risques, elle pourrait constituer une alternative viable dans un contexte où les options militaires ne suffisent plus à garantir la souveraineté et la stabilité du pays. La RDC doit, dans ce cadre, adopter une stratégie pluridimensionnelle, combinant réponse militaire, diplomatie exigeante et pressions économiques ciblées contre les entreprises des puissances occidentales présentes sur son sol pour restaurer la paix et redonner au pays son droit au développement.
Dans le passé, certains pays ont démontré l’efficacité de cette approche de pression économique. Par exemple, l’Algérie, après son indépendance, a utilisé sa position de producteur de pétrole pour faire pression sur la France et d’autres puissances occidentales afin d’obtenir des concessions diplomatiques. De même, l’Angola a utilisé sa production de pétrole et de diamants pour influencer les puissances internationales et mettre un terme à la guerre civile dans les années 1990.
Le Venezuela sous Hugo Chávez a également menacé de perturber le marché mondial du pétrole pour faire pression sur les États-Unis et d’autres pays, contribuant ainsi à la signature de l’accord nucléaire de 2015. Même la Russie, en réponse à des sanctions économiques, a utilisé son contrôle sur l’approvisionnement en gaz en Europe pour influencer les décisions diplomatiques.
Le cas de l’Afrique du Sud durant l’apartheid illustre également l’utilisation de pressions économiques. Le pays a joué sur ses ressources stratégiques (comme l’or et les diamants) pour manipuler les puissances occidentales et leur faire adopter des politiques moins sévères face au régime de l’apartheid. Enfin, le Nigéria, en menaçant de réduire ses exportations de pétrole, a obtenu un soutien diplomatique sur son développement malgré les critiques sur sa gouvernance interne.
Ces exemples montrent qu’un pays, même dans une position de faiblesse apparente, peut recourir à des leviers économiques pour forcer un changement dans les relations internationales, à condition que cette stratégie soit utilisée de manière ciblée et mesurée.
Une alternative pour rétablir la paix en RDC
Face à l’impasse des solutions diplomatiques traditionnelles et à l’inaction internationale, la RDC pourrait se tourner vers deux approches principales pour restaurer la paix : d’une part, des pressions économiques ciblées, en utilisant des leviers tels que des sanctions contre les entreprises des grandes puissances occidentales, qui, bien qu’en position de contraindre le Rwanda à mettre fin au conflit, choisissent de ne pas agir ; d’autre part, le recours aux instruments du droit international, notamment par l’activation des mécanismes de l’ONU pour dénoncer les violations des droits humains et du droit humanitaire, afin d’obtenir des sanctions internationales contre les responsables du conflit.
Cette double stratégie viserait à renforcer la position de la RDC sur la scène internationale, en mettant à profit les leviers économiques et diplomatiques pour faire pression sur ceux qui, malgré leur pouvoir, restent passifs face à la crise. L’objectif final serait de restaurer la souveraineté du pays tout en respectant les principes du droit international, sans recourir à la force militaire.
Heshima
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Croissance record en RDC : le paradoxe d’une richesse qui peine à réduire la pauvreté
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1 jour agoon
avril 20, 2026By
La redaction
Avec l’une des plus fortes croissances économiques d’Afrique subsaharienne en 2025, la République démocratique du Congo (RDC) affiche des performances macroéconomiques impressionnantes. D’après le Fonds monétaire international (FMI), la RDC est en passe de devenir la cinquième économie de la région, devançant l’Ethiopie en termes de PIB. Pourtant, cette dynamique contraste avec une pauvreté toujours largement répandue, révélant les limites d’un modèle de croissance peu inclusif.
À première vue, les chiffres donnent le tournis : le pays a réalisé 5,5% de croissance, en baisse par rapport à 2024, mais qui reste supérieure à la moyenne d’Afrique subsaharienne chiffrée à 3,5%, d’après le dernier rapport de la Banque mondiale publié en mars 2026. Tirée par les exportations de cobalt et de cuivre, la République démocratique du Congo enregistre une croissance soutenue, saluée par les institutions financières internationales. Sur les tableaux des analystes, le pays apparaît comme une locomotive régionale, notamment au regard de son fort potentiel des ressources naturelles.
D’après les dernières projections du FMI publiées lors des Assemblées de printemps à Washington, la République démocratique du Congo devrait franchir un cap symbolique en 2026 en dépassant l’Éthiopie pour devenir la cinquième économie d’Afrique subsaharienne en termes de produit intérieur brut (PIB). Cette institution financière prévoit que le produit intérieur brut (PIB) de la RDC atteindra 123 milliards de dollars en 2026, contre 122 milliards pour l’Éthiopie. L’Afrique du Sud reste la première économie de la région, suivie du Nigeria, de l’Angola et du Kenya. Bien que l’écart d’un milliard de dollars reste marginal entre les deux pays, cela a été suffisant pour repositionner la RDC dans le cercle restreint de 5 économies d’Afrique sub-saharienne. La RDC profite notamment de la forte demande mondiale en métaux destinés aux batteries pour renflouer son économie et booster sa croissance.
Un paradoxe avec le vécu des Congolais
Mais en RDC, cette embellie semble lointaine dans le vécu quotidien des Congolais. Dans les marchés populaires à Kinshasa, des Kinois jonglent avec des prix qui grimpent parfois plus vite que leurs revenus. « La vie est devenue plus dure », confie une mère de famille, entre deux clients. « On parle de croissance, mais nous, on ne la voit pas. » Ce sentiment est largement partagé dans la plupart des villes du pays, à Kinshasa en particulier où la majorité de la population vit de l’informel.
Malgré les milliards générés par le secteur minier, les retombées peinent à irriguer l’ensemble de l’économie. Les emplois créés restent insuffisants, souvent précaires, et concentrés dans des zones spécifiques. Dans les provinces, l’absence d’infrastructures de base – routes, hôpitaux, électricité, eau potable – freine toute dynamique de développement local.
Une croissance peu inclusive
Le taux de croissance constaté s’explique par une demande mondiale élevée en minerais stratégiques, essentiels à la transition énergétique et aux technologies modernes. Sur le papier, les indicateurs sont au vert : augmentation du produit intérieur brut, afflux d’investissements étrangers et amélioration relative des réserves de change. Le pays confirme ainsi son statut de géant économique potentiel sur le continent. Mais derrière ces chiffres encourageants, la réalité sociale reste préoccupante. Une large partie de la population continue de vivre sous le seuil de pauvreté, avec un accès limité aux services de base tels que l’éducation, la santé, l’eau et l’électricité.
En 2022, environ 73% de la population de la RDC (soit 71,8 millions de personnes) vivait dans une pauvreté extrême, avec moins de 2,15 dollars par jour. En conséquence, environ un quart des personnes vivant dans l’extrême pauvreté dans les pays à faible revenu en Afrique en 2022 vivaient en RDC. En 2025, ces chiffres n’ont pas évolué dans le sens positif. D’après le rapport 2025 de la Banque mondiale, seuls 66% des Congolais en âge de travailler ont un emploi et plus de 81% de la population vit encore sous le seuil de pauvreté. Malgré ses richesses naturelles, une écrasante partie de la population de la RDC vit encore dans des conditions précaires, illustrant les limites d’un modèle de croissance peu inclusif.
Pour certains experts, le problème n’est pas tant la croissance que sa nature. « C’est une croissance extractive, peu redistributive », explique un économiste. C’est-à-dire, une richesse produite en grande partie par et pour un nombre limité d’acteurs, sans véritable effet d’entraînement sur le reste de la société. À cela s’ajoutent des défis bien connus : gouvernance fragile, corruption persistante, et insuffisance des investissements publics dans les secteurs sociaux. Résultat, les inégalités se creusent et la promesse d’un mieux-être collectif tarde à se concrétiser. La forte dépendance à l’industrie extractive, peu intensive en main-d’œuvre, limite l’impact de la croissance sur l’emploi. Parallèlement, la pression démographique accentue les tensions : des millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail, sans perspectives suffisantes.
Pourtant, des pistes existent. Diversifier l’économie, soutenir l’agriculture, investir dans l’éducation et la santé, ou encore renforcer la transparence dans la gestion des ressources naturelles : autant de leviers susceptibles de transformer la croissance en progrès tangible pour la population.D’après le rapport de l’Enquête sur les conditions de vie des ménages publié le 12 février 2026 à Kinshasa par l’Institut national de la statistique (INS), près de 68 % de la population vit toujours sous le seuil de pauvreté. Cela indique que plus de 64 millions de Congolais vivent avec moins de 5 000 francs congolais (2 dollars) par jour. Des provinces telles que le Kasaï, le Kwilu et le Tanganyika sont les plus durement touchées par cette extrême pauvreté.
Les causes éventuelles d’une pauvreté persistante
La RDC, souvent décrite comme un « scandale géologique » en raison de l’abondance de ses ressources naturelles, reste confrontée à un taux de pauvreté parmi les plus élevés au monde. Cette situation paradoxale s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, l’instabilité politique et les conflits armés récurrents dans l’est du pays fragilisent les structures économiques et sociales. Ensuite, les infrastructures insuffisantes telles que les routes, l’accès à l’électricité, les services de santé et d’éducation, limitent fortement les opportunités de développement, notamment en zones rurales où vit la majorité de la population.
Par ailleurs, la dépendance de l’économie congolaise à l’exploitation minière, souvent peu redistributive, accentue les inégalités. Si le secteur génère d’importants revenus, ceux-ci bénéficient encore trop peu aux populations locales. La corruption et la gouvernance défaillante sont également pointées du doigt comme des obstacles majeurs à une meilleure répartition des richesses. Face à ces défis, des initiatives émergent. Le gouvernement actuel, avec l’appui de partenaires internationaux, multiplie les programmes sociaux et les projets d’infrastructures. Des efforts sont également entrepris pour diversifier l’économie, notamment dans l’agriculture et l’entrepreneuriat local. Toutefois, les résultats restent encore limités au regard de l’ampleur des besoins.
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RDC-Ouganda : les dessous d’une collaboration sur fond de méfiance
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4 jours agoon
avril 17, 2026By
La redaction
L’armée ougandaise (UPDF) a annoncé, fin mars 2026, son intention de se retirer de plusieurs positions dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu et jusqu’à Mahagi, en Ituri. Ce désengagement, confirmé par le chef d’état-major Muhoozi Kainerugaba, se fera, selon lui, en coordination avec Kinshasa, juste après le retrait des rebelles du M23 de la zone. Bien avant cette annonce qui, du reste, n’est pas officialisée, l’Ouganda voulait obtenir la démission du gouverneur militaire de l’Ituri. Une stratégie de pression sur Kinshasa qui interroge sur les véritables motivations de Kampala. Son intervention militaire aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans la traque des rebelles ADF pourrait bien cacher d’autres motivations, essentiellement économiques.
L’UPDF (Uganda People’s Defence Force) est déployée en Ituri, dans le nord-est de la RDC dans le cadre de l’opération Shujaa depuis fin 2021, collaborant avec les FARDC contre les rebelles ougandais de l’Alliance des forces démocratiques (ADF). Cette mutualisation FARDC-UPDF vise à neutraliser ce groupe armé qui a fait allégeance à l’Etat islamique. Ce groupe est présent en Ituri et au Nord-Kivu. Officiellement, il s’agit de combattre l’insécurité. Cependant, cette présence vise également à sécuriser les intérêts économiques ougandais (routes, or, bois et pétrole du lac Albert).
A ce jour, cette mutualisation des forces n’a pas permis d’arrêter les attaques des ADF contre des civils aussi bien en Ituri qu’au Nord-Kivu. Loin de renforcer la sécurité des Congolais et des Ougandais dans les zones frontalières, cette alliance semble avant tout servir les intérêts économiques ougandais, notamment en matière d’exportation d’or.
Les chiffres d’exportation d’or explosent en Ouganda
L’Ouganda n’est pas un producteur massif d’or. Cependant, il enregistre des chiffres record sur l’exportation de ce minerai. Une croissance due à l’augmentation des prix mais surtout au trafic favorisé par l’instabilité de la région, principalement dans l’Est de la RDC. L’Ouganda a vu ses revenus d’exportation d’or atteindre des chiffres records. Selon la Banque d’Ouganda, en 2019, ces revenus s’élevaient à 1,26 milliard de dollars, les exportations d’or ont ensuite culminé à 2,3 milliards de dollars en 2023, puis à 3,3 milliards de dollars en 2024. D’après des prévisions pour 2025, ces revenus devraient atteindre 6,4 milliards de dollars.
Cette croissance est principalement due à l’augmentation du prix de l’or, qui avoisinait l’année dernière 5.000 dollars l’once. L’or représente désormais 47% des revenus d’exportation de l’Ouganda, surpassant largement d’autres produits phares comme le café et le cacao. Malgré ces chiffres impressionnants, l’Ouganda n’est pas devenu un producteur massif d’or, note TV5 Monde. Lors d’un récent forum économique, le gouverneur adjoint de la Banque centrale ougandaise, Augustus Nuwagaba, a admis que l’or exporté par le pays pourrait ne pas provenir de ses propres mines. « Il se peut qu’il ne soit pas à nous », avait-il déclaré. Mais d’où vient l’or exporté par l’Ouganda ?
L’insécurité en RDC profite à l’économie ougandaise
L’Ouganda profite du trafic d’or en provenance de pays voisins, notamment de la RDC. Riche en ressources aurifères, ce pays partage une frontière avec l’Ouganda dans des zones comme l’Ituri et le Nord-Kivu. Ces régions sont non seulement riches en or, mais aussi en proie à des conflits armés. Ce qui favorise le trafic de ce métal jaune notamment vers l’Ouganda. En Ituri, par exemple, l’or est très présent, particulièrement dans les territoires de Djugu, Mahagi et Mambasa, s’appuyant sur des gisements historiques (Kilo-Moto). Cette ressource, exploitée à la fois de manière artisanale et industrielle, alimente une économie de guerre contrôlée en partie par des groupes armés et réseaux criminels, générant d’importants flux financiers illicites. Selon l’étude d’une ONG anti-corruption, environ 95 % de l’or exporté depuis l’Ouganda est illicite.
En état de siège depuis plus de 4 ans, la province de l’Ituri n’a pas toujours recouvré la paix totalement. Le gouverneur militaire, le lieutenant-général Johnny Luboya entretient des rapports tendus avec des trafiquants d’or. L’Ouganda également n’apprécie pas cet officier congolais. Le chef d’état-major de l’armée ougandaise, le général Muhoozi Kainerugaba ne cache pas son hostilité envers ce gouverneur militaire, appelant parfois à son arrestation sur les réseaux sociaux. L’Ouganda a même formulé une demande formelle pour solliciter son remplacement. D’après les informations révélées par Africa Intelligence, le pouvoir de Félix Tshisekedi a rejeté ces demandes de l’armée ougandaise, qui réclamait l’éviction de ce gouverneur militaire.
Sécuriser ses investissements pétroliers
En dehors du trafic d’or à son avantage, l’Ouganda vise aussi la sécurisation de ses intérêts économiques dans la région. Des intérêts qui empiètent sur la zone d’influence du voisin rwandais, estime le rapport d’un groupe d’experts de l’ONU publié en août 2024. En dehors des intérêts sécuritaires, le gouvernement ougandais se concentre sur la sécurisation de ses investissements pétroliers et le renforcement des réseaux commerciaux vers la RDC, où ses exportations formelles ont représenté en 2019 « 156 millions de dollars » et les exportations informelles, constituées en majorité de biens industriels, « 330 millions de dollars ».
Des accointances avec le M23 et la CRP
La collaboration militaire entre la RDC et l’Ouganda s’opère dans un climat de méfiance, avec des allégations de soutien de Kampala à d’autres groupes rebelles, comme le M23 mais aussi la Convention pour la révolution populaire (CRP) de Thomas Lubanga. Ce dernier s’est même exilé en Ouganda mais son groupe mène des combats contre l’armée congolaise en Ituri. L’Ouganda a joué un rôle discret mais documenté dans la résurgence du M23, en facilitant le retour de son chef militaire en RDC en 2017 et en servant de vivier de recrutement pour la rébellion, selon un rapport publié en avril 2026 par le Congo Research Group (CRG) et le Center on International Cooperation (CIC) de l’Université de New York. Ce document note également que des officiers de l’armée ougandaise (UPDF) ont également été signalés comme participant aux sessions de formation militaire dispensées aux recrues du M23 dans le camp de Tchanzu, en RDC, aux côtés d’officiers des Forces de défense rwandaises en 2021. Mais ce rapport ne précise pas la nature exacte des arrangements entre Kampala et le M23. Difficile de savoir si ces facilitations reflètent une politique délibérée de Kampala ou il s’agit simplement des initiatives individuelles de la part de certains officiers militaires ougandais.
Depuis le lancement de ces opérations dénommées « Shuuja » visant à neutraliser les ADF, les autorités congolaises et ougandaises affichent officiellement une volonté commune de restaurer la paix. Malgré des engagements répétés en faveur d’une coopération sécuritaire renforcée, les relations entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda restent marquées par une profonde méfiance, notamment en ce qui concerne leurs opérations militaires conjointes dans l’est du pays. Malgré ce climat de méfiance, Kinshasa et Kampala poursuivent cette collaboration. Le 21 juin dernier, le président congolais Félix Tshisekedi avait reçu à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa, le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Kaguta Museveni et chef d’état-major de l’armée. La veille de cette rencontre, le 20 juin, les responsables des armées de deux pays avaient signé un accord pour poursuivre leur opération militaire conjointe contre les rebelles ADF.
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RDC : comment le gouvernement compte utiliser les fonds de 1,25 milliard USD d’eurobonds ?
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1 semaine agoon
avril 14, 2026By
La redaction
La République démocratique du Congo a mobilisé 1,25 milliard de dollars sur les marchés financiers internationaux à travers une émission d’eurobonds le 9 avril 2026. Lors d’une conférence de presse tenue le 13 avril à Kinshasa, le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a présenté les projets prioritaires à financer, dans un contexte de besoins urgents pour soutenir le développement économique et social du pays.
L’émission d’eurobonds réalisée par la République démocratique du Congo s’inscrit dans une stratégie de diversification des sources de financement. Selon le ministère des Finances, cette levée de fonds vise principalement à financer des projets d’infrastructures, notamment dans les transports et l’énergie, considérés comme des leviers essentiels de croissance. Près de la moitié des projets prévus dans ce financement concernent la ville de Kinshasa, capitale du pays, confrontée à une démographie galopante sans moyens de transport et autres infrastructures de base. Une partie de fonds levés vise à construire un nouveau terminal de 49 000 m² à l’aéroport de N’djili, capable d’accueillir 5 millions de passagers par an.
Quelque 300 kilomètres de routes sont également prévus, ainsi qu’une rocade de 31 kilomètres avec échangeurs et ponts. Les autres investissements visent le développement d’un réseau de lignes de transmission électrique de 330 KV permettant une connexion entre la Zambie et la « ceinture de cuivre » de la RDC, une centrale hydroélectrique de 64 mégawatts et des réseaux de distribution dans la province du Kasaï-Central.
Dans d’autres villes du pays, ces fonds vont également financer la création de centres de formation professionnelle précisément dans quatre villes. Il y a aussi la modernisation de la route entre la ville de Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, et Beni, dans la province du Nord-Kivu, longue de 750 kilomètres.
Des craintes sur la transparence de fonds persistent…
Si le gouvernement met en avant des investissements structurants, experts et institutions appellent à la transparence dans la gestion de ces fonds mais aussi à la prudence face aux risques de surendettement. D’après des analyses de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, la RDC fait face à un déficit important en infrastructures, ce qui freine son développement économique. Les investissements dans les routes, les barrages et les réseaux électriques pourraient ainsi améliorer la connectivité et soutenir l’industrialisation, en particulier dans les zones minières. Mais la gestion de ces réalisations pose de doute quant à la transparence. « Nous voulons un témoin, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), pour assurer le suivi de la gestion de ces ressources. Nous allons, pour la transparence, informer la population sur l’affectation du 1,25 milliard mobilisé. D’ici un an, nous inviterons les investisseurs à constater concrètement les réalisations. », a répondu Doudou Fwamba face aux craintes sur la transparence dans la gestion de ces fonds. Ces craintes sont exprimées suite à des précédents en Afrique subsaharienne qui montrent que l’absence de suivi rigoureux peut limiter l’impact réel de tels financements sur les conditions de vie des populations. La Banque africaine de développement (BAD) souligne, dans certains de ses rapports, que l’efficacité de la dépense publique reste un enjeu clé pour maximiser les retombées économiques.
Eurobonds, la RDC très crédible sur le marché ?
Le pays a accompli un pas de plus en accédant aux marchés internationaux des capitaux. C’est un moyen pour la RDC de diversifier ses sources de financements. Plusieurs facteurs ont joué pour la réussite de cette opération. Coordonnée notamment par la Rawbank au niveau de la région, cette opération d’eurobonds est la conséquence d’une discipline budgétaire observée ces derniers temps au pays.
Le faible niveau d’endettement public de la RDC a aussi pesé en faveur de Kinshasa dans les calculs des investisseurs. Kinshasa n’avait soumis que des demandes pour 1,25 milliard de dollars, mais a reçu des soumissions frôlant les 5 milliards de dollars. Le ministre des Finances justifie le refus du fonds supplémentaire par le fait que le gouvernement n’avait en main que des projets avec étude de faisabilité coutant le 1,25 milliard de dollars sollicité. « Nous ne pouvions pas accepter toutes ces soumissions. Nous n’avions que des projets avec des études de faisabilité pour le montant sollicité », a fait savoir le ministre des Finances qui s’est réjoui non pas du milliard reçu mais de la « crédibilité certifiée » que le pays a gagné dans ce processus. Doudou Fwamba célèbre donc la « reconnaissance des efforts » du président Félix Tshisekedi et l’entrée « très réussie » de la RDC dans la finance internationale.
Pour réussir cette opération, la Rawbank, première banque de la RDC, a agi aux côtés des leaders mondiaux tels que Citigroup et Standard Chartered Bank comme arrangeurs et coordinateurs des souscriptions au niveau global. « Nous sommes fiers d’avoir accompagné cette opération, qui ouvre la voie à de nouveaux financements internationaux, y compris pour les émetteurs non souverains », a déclaré Mustafa Rawji, directeur général de la Rawbank. Avec cet emprunt, le taux d’endettement du pays passe de 18,1 % à 19,5 % du PIB, un niveau toujours inférieur à celui de pays comme la Namibie, l’Angola ou le Kenya. Kinshasa prévoit de constituer des provisions annuelles pour son remboursement.
Si les 1,25 milliard de dollars d’eurobonds offrent à la République démocratique du Congo une opportunité d’accélérer son développement, leur réussite dépendra de la capacité du gouvernement à conjuguer discipline budgétaire, transparence et efficacité dans l’exécution des projets, sous le regard attentif des partenaires comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.
Heshima Magazine
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