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Rwanda ou Singapour d’Afrique : La face cachée d’un développement à double vitesse

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Le Rwanda fascine. Depuis la tragédie du génocide de 1994, le pays des mille collines s’est imposé comme un acteur central de la région des Grands Lacs, avec une croissance économique saluée par les institutions internationales, un climat des affaires vanté par la Banque mondiale et une image de stabilité rare sur le continent. Kigali, souvent comparée à Singapour, est perçue comme une vitrine de la modernité africaine. Mais derrière cette façade soigneusement construite, un autre visage se dessine, plus sombre, plus inégal, et lourdement conflictuel. Le modèle rwandais repose sur une centralisation extrême du pouvoir, une dépendance structurelle à des ressources extérieures, un contrôle autoritaire de la société, et plus controversé encore, un enrichissement adossé au pillage systématique des richesses de la République démocratique du Congo (RDC) voisine.

Depuis plus de deux décennies, le Rwanda est accusé par de nombreux rapports onusiens et ONG de tirer profit de l’instabilité chronique dans l’Est de la RDC. Un rapport du Groupe d’experts de l’ONU de décembre 2022 accuse Kigali de soutenir activement le groupe rebelle Mouvement du 23 mars (M23), responsable de graves violations des droits humains, de déplacements massifs et de l’exploitation illégale de minerais congolais (coltan, or, étain).

Selon l’ONG Global Witness, cette économie de guerre profite directement à des entreprises liées au pouvoir rwandais. Le géant Crystal Ventures, bras économique du Front patriotique rwandais (FPR), le parti du président Kagame, détient des intérêts très importants dans plusieurs secteurs, de la logistique à l’agroalimentaire, en passant par les télécoms. Un rapport de Congo Profond évoque une véritable « économie d’État-rente », dans laquelle la fortune du pays s’est construite en bonne partie sur le dos des ressources congolaises.

Ces exportations frauduleuses alimentent le miracle économique rwandais : en 2022, le pays exportait 370 millions de dollars d’or, alors qu’il ne possède quasiment aucune mine industrielle d’or sur son territoire. Une incohérence soulignée par la Banque mondiale, mais rarement remise en cause dans les médias internationaux.

Croissance économique : miracle ou mirage ?

Avec un taux de croissance moyen oscillant entre 6 % et 8 % depuis 2010, le Rwanda est devenu un modèle célébré. Mais cette croissance, en apparence dynamique, masque d’importantes fragilités. En 2019, une enquête du Financial Times, confirmée par plusieurs experts indépendants, dénonçait une manipulation des statistiques officielles sur la pauvreté. Kigali affirmait alors avoir réduit la pauvreté de 39 à 38 % entre 2014 et 2017. En réalité, selon les données recueillies sur le terrain, elle aurait augmenté de manière significative, notamment dans les zones rurales.

Dans un article intitulé « Le Rwanda, un pays miracle ? Trompe-l’œil », Le Temps révèle que la pauvreté extrême touche toujours plus de 50 % de la population rurale. De nombreux économistes soulignent l’écart grandissant entre les centres urbains modernisés, tel que Kigali, et une campagne oubliée, vivant dans une précarité absolue.

La structure même de l’économie rwandaise reste problématique : dépendante de l’aide extérieure (à hauteur de 30 à 40 % du budget national selon RFI), faiblement industrialisée et dominée par une élite politico-militaire. Le modèle, bien que centralisé et efficace à court terme, montre des signes d’essoufflement. En mars 2025, l’agence de notation Moody’s a abaissé la perspective du Rwanda à « négative », alertant sur une dette publique croissante et des risques géopolitiques liés aux tensions avec la RDC.

Un État autoritaire sous contrôle absolu

La stabilité du Rwanda repose sur un verrouillage politique total. Le président Paul Kagame, au pouvoir depuis 2000 (et de facto depuis 1994), a modifié la Constitution en 2015 pour se permettre de briguer un troisième mandat en 2017, et potentiellement rester en poste jusqu’en 2034. Cette réforme, adoptée à plus de 98 % selon les chiffres officiels, a été dénoncée par plusieurs organisations internationales, notamment Human Rights Watch, comme le résultat d’un climat de peur et de répression.

Le régime contrôle étroitement la presse, la justice, l’armée et la société civile. Toute forme d’opposition est muselée. Les opposants politiques sont arrêtés, contraints à l’exil, ou victimes de disparitions inexpliquées. Le cas de Victoire Ingabire, opposante emblématique condamnée en 2012, illustre la répression systémique à l’égard de toute voix dissidente.

La presse indépendante est inexistante : Reporters sans frontières classe le Rwanda à la 144e place sur 180 dans son classement mondial de la liberté de la presse. Les journalistes critiques sont censurés, arrêtés, ou poussés à l’exil.

Singapour, vraiment ? Une comparaison discutable

La comparaison avec Singapour, souvent avancée par les promoteurs du modèle rwandais, ne résiste pas à l’analyse. Singapour, malgré un gouvernement autoritaire, repose sur une économie réellement industrielle, des institutions solides, une éducation de qualité et une gestion macroéconomique transparente. Le Rwanda, lui, reste une économie dépendante des donateurs, avec une administration hypercentralisée, opaque, et gangrenée par les conflits d’intérêts entre le parti au pouvoir et les entreprises d’État.

L’analyste René Mugenzi, dans une tribune publiée sur Mediapart, évoque un « effondrement économique latent » : forte inflation, déficit commercial croissant, dépendance aux importations, dette publique galopante, et surtout, une croissance inégalement répartie entre une élite urbaine et une population rurale largement abandonnée.

Un modèle imposé, pas partagé

La gouvernance rwandaise repose sur un modèle vertical et autoritaire, où le développement est piloté par le haut, sans participation citoyenne. Les résultats obtenus (accès aux soins, infrastructures, numérisation de l’administration) sont réels mais concentrés dans les zones urbaines et au bénéfice des classes favorisées. Selon le think thank WATHI, le modèle économique reste non inclusif, avec un chômage des jeunes élevé et des inégalités persistantes entre les sexes, les régions et les catégories sociales.

De plus, les programmes de développement (Vision 2020, Vision 2050) sont formulés sans véritable débat public. L’État mobilise les médias, l’armée et l’administration pour imposer une « culture de la performance » dans une société où la moindre critique est synonyme de trahison.

Le silence complice des bailleurs et institutions internationales

Malgré les violations systématiques des droits de l’homme et les preuves accablantes de l’implication du Rwanda dans le pillage de la RDC, la communauté internationale continue de fermer les yeux. Les grandes puissances occidentales, séduites par l’image d’un État africain « stable » et « bien gouverné », maintiennent leur soutien financier et diplomatique à Kigali. Selon un rapport de Franceinfo publié en avril 2024, le Rwanda reste l’un des principaux bénéficiaires de l’aide internationale au développement en Afrique, recevant plus d’un milliard de dollars par an, sans conditions sur la gouvernance ou les droits humains.

La Banque mondiale, le FMI et d’autres institutions financières vantent régulièrement la « performance économique » du pays, ignorant les doutes croissants sur la fiabilité des chiffres officiels, notamment ceux sur la pauvreté, dénoncés par The Financial Times en août 2019. Le Rwanda est devenu un partenaire modèle pour ces organismes en quête de vitrines africaines de réussite. Pourtant, comme le souligne Mediapart dans un blog d’avril 2025, cette « réussite » repose sur une logique extractiviste violente et une dépendance extrême à l’aide et aux flux informels issus de la RDC.

Ce soutien inconditionnel, au nom de la stabilité et de la croissance, conforte le régime dans son autoritarisme. En l’absence de sanctions ou même de critiques publiques, Kigali poursuit sa politique régionale agressive en toute impunité. Le mutisme des bailleurs apparaît dès lors comme une caution implicite à un modèle de développement profondément inégalitaire et dangereux pour la paix régionale.

Un peuple bâillonné, une démocratie de façade

Au Rwanda, les élections sont organisées, mais sans réelle compétition. Paul Kagame a été réélu en 2017 avec plus de 98 % des voix, dans un contexte de verrouillage complet du débat public. Aucun média indépendant ne couvre la politique intérieure. Les partis d’opposition sont interdits, inféodés ou symboliques. Comme le rapportait Le Monde dans un article du 19 décembre 2015, la réforme constitutionnelle ayant permis à Kagame de briguer un troisième mandat fut adoptée sans contre-pouvoir, ni débat démocratique.

Les critiques du régime, même modérées, s’exposent à la prison, l’exil ou pire. L’affaire Patrick Karegeya, ancien chef des services de renseignement retrouvé étranglé dans un hôtel en Afrique du Sud en 2013, reste emblématique du sort réservé aux dissidents. De nombreux activistes dénoncent des exécutions extrajudiciaires et des disparitions forcées, des accusations également étayées par Amnesty International et Human Rights Watch.

Ce climat de peur pousse la population à l’auto-censure. Même au sein des institutions, la loyauté au président est la seule garantie de survie politique. La démocratie, en tant que pluralisme, débat d’idées et alternance pacifique, n’existe pas au Rwanda.

Une diplomatie proactive, mais cynique

Face aux critiques, le Rwanda développe une diplomatie sophistiquée. Il multiplie les partenariats internationaux, accueille des sommets, propose des solutions « africaines » aux crises régionales, et se pose en partenaire fiable de l’Occident. Le pays a ainsi signé avec le Royaume-Uni un accord très controversé d’externalisation de l’asile, visant à accueillir des migrants refoulés de Londres. Cette initiative, largement critiquée a finalement était annulée.

Mais derrière cette apparente modernité diplomatique, une logique instrumentale se dessine : entretenir des alliances lucratives tout en poursuivant une politique de prédation en RDC, et un contrôle autoritaire en interne.

RDC-Rwanda : le grand malentendu

La RDC reste l’angle mort du modèle rwandais. Kinshasa et la communauté internationale accusent ouvertement Kigali de soutenir le M23, responsable de massacres et de déplacements de population dans l’Est de la RDC. En mars 2023, la Mission de l’ONU (MONUSCO) a confirmé la présence de troupes rwandaises sur le sol congolais, malgré les démentis de Kigali.

Le président congolais, Félix Tshisekedi, affirme que le développement du Rwanda repose sur un pillage méthodique du sous-sol congolais : coltan, or, cassitérite. « Ce n’est pas un modèle, c’est une mafia d’État », a-t-il lâché lors d’une interview à la presse belge en février 2024. Ces accusations sont étayées par une multitude de rapports, mais peinent à déclencher des sanctions internationales contraignantes, tant la protection diplomatique du régime Kagame reste solide.

Un modèle à déconstruire pour mieux reconstruire l’Afrique

Le Rwanda ne peut pas être présenté comme un exemple sans nuances. Son modèle autoritaire, fondé sur le contrôle absolu du pouvoir, la répression de l’opposition, la manipulation des chiffres économiques et le pillage de son voisin, ne peut être considéré comme une voie de développement éthique ou durable pour l’Afrique.

Il est urgent de déconstruire le mythe, non pour nier les avancées réelles en matière de santé, d’éducation ou de numérique, mais pour rappeler que ces progrès n’effacent ni l’oppression intérieure, ni l’agression extérieure. Le développement ne peut être authentique que s’il est inclusif, démocratique, respectueux des droits humains et fondé sur une coopération juste avec ses voisins.

Le modèle rwandais est, au fond, l’histoire d’un immense malentendu entre image projetée et réalité vécue. Un mirage brillant, mais dangereux pour son peuple, pour la région, et pour l’avenir de l’Afrique.

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Deux drames secouent la diaspora congolaise en Europe : Kinshasa exige des enquêtes transparentes

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La ministre d’État en charge des Affaires étrangères de la République démocratique du Congo, Thérèse Kayikwamba Wagner, a été reçue le 28 mai 2026 à Dublin par la présidente irlandaise Catherine Connolly. Au centre des échanges : la mort controversée d’Yves Sakila, un Congolais décédé après une interpellation musclée en Irlande. Cette rencontre intervient alors qu’un autre drame frappe la diaspora congolaise, avec la mort tragique de Christian Ndjondo à Chypre lors d’un contrôle migratoire.

La République démocratique du Congo suit de près les circonstances entourant le décès d’Yves Sakila, un ressortissant congolais de 35 ans mort le 16 mai à Dublin. Dans le cadre d’une visite de travail en Irlande, la ministre d’État et ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a été reçue par la présidente irlandaise Catherine Connolly. Selon le ministère congolais des Affaires étrangères, les discussions entre les deux personnalités ont principalement porté sur les circonstances de la mort d’Yves Sakila, un informaticien de 35 ans originaire de la RDC, décédé à l’hôpital Mater de Dublin après une interpellation particulièrement violente.

Une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux montre le trentenaire immobilisé au sol par plusieurs agents de sécurité privée, exerçant une forte pression sur son cou. Accusé de vol d’un parfum, le Congolais avait été transféré à l’hôpital après son arrestation avant d’y succomber. Au cours de cette rencontre diplomatique, la cheffe de la diplomatie congolaise a pris acte de l’ouverture d’une enquête judiciaire indépendante annoncée par les autorités irlandaises afin de déterminer les causes exactes du décès. Thérèse Kayikwamba Wagner a insisté sur la nécessité de mener des investigations « transparentes, impartiales et diligentes ». Elle a également réaffirmé l’attachement de la RDC à la protection des droits et de la dignité de ses ressortissants vivant à l’étranger, tout en condamnant toute forme de discrimination et de stigmatisation.

Un autre Congolais meurt en Chypre 

Alors que l’émotion reste vive en Irlande et pendant que la cheffe de la diplomatie congolaise s’entretenait avec la présidente irlandaise, un autre drame impliquant un Congolais est venu endeuiller la diaspora africaine en Europe. À Nicosie, capitale de Chypre, Christian Ndjondo, un jeune Congolais vivant en situation administrative irrégulière, a perdu la vie le 28 mai dans des circonstances tragiques.

Selon les premiers éléments rapportés par des témoins, le jeune homme se trouvait chez un ami lorsque les forces de l’ordre chypriotes ont mené une opération de contrôle migratoire dans l’immeuble. Pris de panique à l’idée d’être interpellé, Christian Ndjondo aurait tenté de s’échapper par la fenêtre de l’appartement situé au septième étage. Sa chute lui a été fatale. Le jeune homme est mort sur le coup après avoir violemment heurté le sol au rez-de-chaussée. Des vidéos amateurs filmées par des témoins circulent déjà sur les réseaux sociaux, suscitant une vague d’émotion et d’indignation au sein de la communauté congolaise.

Les sapeurs-pompiers de Nicosie ont récupéré le corps avant son transfert à la morgue locale. Les autorités chypriotes ont annoncé l’ouverture d’une enquête afin d’établir les circonstances exactes de cette tragédie. Ces deux décès survenus à quelques jours d’intervalle relancent le débat sur les conditions de traitement des migrants et des ressortissants africains en Europe. Au sein de la diaspora congolaise, les appels à la vérité, à la justice et au respect des droits humains se multiplient, tandis que Kinshasa promet de suivre de près l’évolution des enquêtes ouvertes en Irlande comme à Chypre.

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Élection à l’OIF : Entre Juliana Lumumba et Louise Mushikiwabo, une Mauritanienne veut rebattre les cartes

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À quelques mois du Sommet de la Francophonie prévu en novembre 2026 à Phnom Penh, capitale du Cambodge, la course au secrétariat général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) prend une nouvelle tournure. Alors que la Congolaise Juliana Amato Lumumba et la Rwandaise Louise Mushikiwabo occupaient déjà le devant de la scène diplomatique, la Mauritanie entre officiellement dans l’arène avec la candidature de Mme Coumba Ba.

La bataille pour la direction de l’OIF s’annonce plus ouverte que prévu. Après l’annonce de la candidature de Juliana Amato Lumumba, portée par la République démocratique du Congo, et celle de la secrétaire générale sortante Louise Mushikiwabo, soutenue par Kigali pour un troisième mandat, une troisième voix africaine vient désormais rebattre les cartes.

La Mauritanie a officiellement présenté Dr Coumba Ba comme candidate au poste de secrétaire générale de l’OIF. Conseillère présidentielle et figure reconnue des milieux diplomatiques et académiques mauritaniens, elle apparaît comme une candidature de compromis dans un contexte marqué par de fortes tensions géopolitiques entre Kinshasa et Kigali.

Depuis plusieurs mois, la campagne pour la succession à la tête de l’institution francophone prend des allures de duel politique entre la RDC et le Rwanda. Kinshasa mise sur Juliana Lumumba, fille du héros de l’indépendance congolaise Patrice Lumumba et ancienne ministre de la Culture, afin de renforcer l’influence du plus grand pays francophone du monde au sein de l’organisation.

Face à elle, Louise Mushikiwabo défend son bilan à la tête de l’OIF depuis 2018. L’ancienne ministre rwandaise des Affaires étrangères bénéficie du soutien de Kigali ainsi que de plusieurs partenaires francophones qui saluent ses efforts de modernisation de l’institution.

Mais l’entrée en lice de la Mauritanienne Coumba Ba pourrait redistribuer les équilibres diplomatiques. Selon plusieurs observateurs, Nouakchott cherche à proposer une alternative consensuelle susceptible de rassembler les États francophones désireux d’éviter une confrontation frontale entre les blocs congolais et rwandais.

Coumba Ba, bien connue de Félix Tshisekedi

Alors que le chef de l’État congolais met tout en œuvre pour soutenir la candidature de Juliana Lumumba, la Mauritanie propulse dans cette compétition une figure bien connue de la Cité de l’Union africaine, située sur les hauteurs du mont Ngaliema, à Kinshasa.

Originaire du Gorgol, dans le sud de la Mauritanie, le long de la frontière avec le Sénégal, Coumba Ba est issue d’une grande famille aristocratique peule. Il y a exactement deux ans, elle avait été reçue par Félix Tshisekedi à la Cité de l’Union africaine. À l’époque, elle était ministre et envoyée spéciale du président mauritanien Mohamed Ould El-Ghazouani. Elle était venue présenter au président congolais une candidature mauritanienne au poste de directeur général du Centre africain de formation et de recherche administratives pour le développement (CAFRAD).

« Je suis porteuse d’un message de son frère, le président Ghazouani, qui m’a chargée de venir lui parler de la candidature de la Mauritanie au poste de directeur général du CAFRAD », avait indiqué Mme Coumba Ba à la presse présidentielle congolaise. Dr Coumba Ba s’était alors montrée confiante : « Le président Tshisekedi a de l’estime pour le président Ghazouani et il se bat beaucoup pour le renforcement de l’intégrité africaine. Je pense que nous pouvons compter sur son soutien. »

Cet épisode témoigne du fait que Coumba Ba, devenue aujourd’hui elle-même candidate à la tête de l’OIF, est déjà connue du chef de l’État congolais. Sa candidature se présente désormais comme une alternative en cas d’impasse entre les différents États électeurs. Dr Coumba Ba apparaît ainsi comme une troisième voie susceptible de départager Louise Mushikiwabo et Juliana Lumumba.

Entre-temps, la Première ministre congolaise Judith Suminwa a officiellement lancé, le 21 mai à Paris, la candidature de Juliana Lumumba. Devant plusieurs personnalités du monde francophone, Judith Suminwa a plaidé pour « une Francophonie qui avance ». « La candidature de Madame Juliana Amato Lumumba incarne une Francophonie qui avance. Une Francophonie qui ose. Une Francophonie qui se renouvelle sans renier ses valeurs », a-t-elle déclaré. De son côté, Juliana Lumumba appelle à une « refondation » de la Francophonie.

Mais au milieu de cette bataille entre les trois dames, un homme s’est également porté candidat : Dacian Cioloș. L’ancien Premier ministre roumain ambitionne lui aussi d’occuper le fauteuil qui n’a plus été occupé par un homme depuis l’ancien Premier ministre sénégalais Abdou Diouf.

L’élection du prochain secrétaire général de l’OIF doit se tenir lors du Sommet de la Francophonie prévu les 15 et 16 novembre 2026 à Phnom Penh, au Cambodge. Au-delà du choix d’une personnalité, ce scrutin révèle surtout les nouvelles rivalités d’influence qui traversent l’espace francophone africain.

À six mois de l’échéance, la bataille diplomatique ne fait que commencer. Entre la continuité défendue par Louise Mushikiwabo, l’ambition portée par Juliana Lumumba et le positionnement d’équilibre incarné par Coumba Ba, l’OIF s’apprête à vivre l’une des élections les plus disputées de son histoire récente.

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Kinshasa face au défi des migrants expulsés des États-Unis

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Une quinzaine de migrants latino-américains expulsés des États-Unis ont été accueillis à Kinshasa, une première pour la République démocratique du Congo (RDC). Le gouvernement congolais, pris dans une équation diplomatique sensible, s’appuie sur l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) pour gérer cette situation inédite et controversée.  

L’arrivée, dans la nuit du 17 avril, de quinze migrants expulsés des États-Unis marque un tournant dans la politique migratoire impliquant la République démocratique du Congo (RDC). Ce groupe – composé notamment de ressortissants péruviens et équatoriens – a atterri à l’aéroport international de N’djili, à Kinshasa, après un vol en provenance du territoire américain. Il s’agit du premier contingent accueilli dans le cadre d’un dispositif américain controversé consistant à expulser des migrants vers des « pays tiers », souvent africains, avec lesquels Washington a conclu des accords discrets. Pour le moment, les premiers arrivants semblent en bonne santé. Ils ont été répartis dans différents appartements du complexe hôtelier Venus Village situé sur le Boulevard Lumumba, dans la commune de la N’Sele, dans l’Est de Kinshasa. Cette arrivée des premiers migrants crée déjà la controverse au pays. Le gouvernement, à travers le ministère de Communication et Médias, a affirmé que la prise en charge financière de ces personnes est assurée par les Etats-Unis. La Première ministre, Judith Suminwa a confirmé cette position, évoquant un service que la RDC rend aux Etats-Unis. « C’est un service que nous rendons aux États‑Unis, qui prennent en charge ces personnes sur notre territoire à travers l’OIM. Pour l’instant, nous collaborons avec les États‑Unis d’Amérique et l’Organisation internationale pour les migrations afin de recevoir ces migrants de manière temporaire, en attendant de leur trouver d’autres alternatives, notamment des pays d’accueil », a déclaré Judith Suminwa au journal Afrique de TV5 Monde le 18 avril. Mais face à ce défi inédit dans son format actuel, le gouvernement fait appel à cet organisme spécialisé pour la gestion de ces migrants.          

Une gestion confiée en partie à l’OIM

Face à cette situation sensible, les autorités congolaises ont sollicité l’appui de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). L’agence onusienne est chargée d’apporter une assistance humanitaire aux migrants et pourrait organiser, sur base volontaire, leur retour vers leurs pays d’origine. Mais l’OIM a tenu à préciser qu’elle ne joue aucun dans ce deal migratoire entre Kinshasa et Washington. L’organisation a signifié, le 20 avril, via son porte-parole, qu’elle « ne joue aucun rôle dans les accords bilatéraux tels que celui conclu entre la RDC et les États-Unis ». D’où, elle se réserve le droit de limiter, de refuser ou de suspendre son implication si les normes minimales de protection ne peuvent être garanties. « Les questions relatives aux termes ou au champ d’application de tout accord bilatéral doivent être adressées aux autorités gouvernementales compétentes », déclare l’OIM. Cette organisation internationale signale également que les questions liées au retour de ces migrants vers leurs pays d’origine relèvent de leur propre volonté.   

Cependant, au-delà d’une assistance fondée sur les besoins et sur des évaluations individuelles, l’organisation dit qu’elle peut « proposer une aide au retour volontaire aux migrants qui en font la demande, conformément à son mandat et aux cadres juridiques applicables ». Cette agence de l’ONU chargée des migrations a néanmoins précisé qu’elle n’assiste que des retours « strictement volontaires », lesquels reposant « sur le libre consentement préalable et éclairé des personnes concernées ».  

Selon des sources au sein du gouvernement, ces migrants ne sont pas destinés à rester durablement en RDC. Ils bénéficient d’un statut de séjour temporaire, le temps que leur situation soit examinée individuellement ou qu’une solution de rapatriement soit trouvée.  

Un accord opaque et politiquement sensible

À Kinshasa, la gestion de ce dossier suscite malaise et interrogations. Ce deal migratoire entre le gouvernement congolais et les États-Unis n’a pas été rendu public dans ses détails, alimentant les critiques sur son opacité et sur les contreparties éventuelles pour la RDC. Des analystes y voient un geste diplomatique de la part du gouvernement congolais, dans un contexte de rapprochement avec Washington, notamment autour de partenariats stratégiques et sécuritaires.

Des inquiétudes sur les droits humains

Mais cette coopération n’est pas sans risque. La RDC, déjà confrontée à de graves défis socio-économiques et sécuritaires, doit désormais gérer l’accueil de migrants sans lien avec son territoire, dans des conditions logistiques et juridiques encore floues. Au-delà de la dimension politique, cette opération soulève des préoccupations sur le respect des droits des migrants. Certains d’entre eux auraient encore des procédures en cours aux États-Unis ou craindraient de retourner dans leur pays d’origine. 

Au-delà de la dimension politique, cette opération soulève des préoccupations sur le respect des droits des migrants. Certains d’entre eux auraient encore des procédures en cours aux États-Unis ou craindraient de retourner dans leur pays d’origine. En RDC, certains experts des droits humains comme Venance Kalenga regrette que le pays prenne part à la politique de transfert forcé de ces demandeurs d’asile. D’après lui, il s’agit d’une violation des droits humains qui pourrait avoir des conséquences néfastes sur le droit international humanitaire. « La crainte est que les Etats-Unis qui sont un modèle en matière de protection des demandeurs d’asile puissent influencer les autres Etats à se comporter de la même manière. Notre pays, en acceptant de faire cela, viole le droit international humanitaire parce qu’il essaie de sous-traiter une question qui était soumise aux Etats-Unis. Il accepte ces demandeurs d’asile qui viennent dans un pays où ils ne sont pas sûrs de la protection », a-t-il déclaré au micro de Deutsche Welle.

Plus largement, les ONG dénoncent une externalisation des politiques migratoires américaines vers des pays aux capacités d’accueil limitées, dans des conditions souvent peu transparentes. Alors que d’autres arrivées sont envisagées dans les prochaines semaines, la RDC se retrouve en première ligne d’un dispositif migratoire international controversé. Kinshasa devra trouver un équilibre délicat pour éviter que cette coopération ne se transforme en fardeau durable.

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