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RDC : Les forces et les faiblesses de l’Accord-cadre signé entre Kinshasa et l’AFC/M23 à Doha

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Réunis sous l’égide du Qatar, le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) et les représentants de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC-M23) ont signé le 15 novembre 2025 un Accord-cadre inédit visant à ouvrir la voie à un cessez-le-feu durable dans l’est du pays. Ce texte, qualifié de « première étape décisive » par les médiateurs, doit maintenant être suivi de discussions techniques sur la démobilisation et le retrait des combattants. Heshima Magazine explore les différents points de ces protocoles.

Après plusieurs sessions de discussions sans issue, les autorités congolaises et les rebelles de l’AFC/M23 ont finalement franchi une nouvelle étape dans le processus de paix que pilote le Qatar depuis le mois de mars. Cet Accord-cadre comporte 8 protocoles qui déterminent les matières à traiter et les modalités de leur mise en œuvre afin d’aboutir à un accord de paix définitif. Heshima Magazine explore chaque engagement souscrit par les parties dans cet accord-cadre.

Échange de prisonniers sous supervision internationale

Bien que toutes les négociations impliquent des concessions de la part des parties, l’engagement sur l’échange des prisonniers est délicat pour le gouvernement. La plus grande préoccupation sur ce point réside dans la nature des prisonniers à échanger. Si le gouvernement peut s’attendre à la libération des militaires arrêtés par la rébellion lors des combats, l’AFC/M23, de son côté, pourrait élargir la liste à des individus auteurs de crimes graves. Certaines sources évoquaient même des personnalités comme le député Edouard Mwangachuchu, condamné notamment pour détention d’armes à feu. Pour le gouvernement, il est hors de question que tous les individus soient libérés dans ce cadre. « Nous allons nous assurer qu’on applique les critères d’exclusion sur des personnes soupçonnées d’avoir commis des crimes graves selon le droit international », avait déclaré le nouveau ministre de la Justice, Guillaume Ngefa.

En septembre, Kinshasa et l’AFC/M23 ont signé ce « mécanisme d’échange de prisonniers ». Dans le cadre de ce dispositif, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) jouera le rôle d’intermédiaire neutre pour l’identification, la vérification et la libération sécurisée des détenus des deux camps. Le mouvement rebelle évoque environ 700 personnes arrêtées par Kinshasa. La mise en œuvre du mécanisme implique l’établissement et la certification des listes de prisonniers, avec l’aval de toutes les parties.

Si l’AFC/M23 s’attend à des têtes couronnées telles que Éric Nkuba alias Malembe, arrêté en Tanzanie puis condamné à mort à Kinshasa notamment pour participation à un mouvement insurrectionnel, le gouvernement, quant à lui, s’attend à la libération d’environ 1500 militaires congolais capturés et envoyés par la rébellion en janvier et février derniers au camp militaire de Rumangabo pour un « reconditionnement ». Même si plus d’une centaine d’entre eux ont réussi à s’échapper des mains de la rébellion, certains restent encore captifs. D’autres combattants cantonnés au quartier général de la MONUSCO avaient déjà été transférés de Goma à Kinshasa en avril grâce à la médiation du CICR. Sur ce point de libération des prisonniers, il reste à savoir si le gouvernement s’en tiendra toujours à son caractère « rigoureux » dans le choix des prisonniers à libérer en faveur de l’AFC/M23.

Mise en place d’un mécanisme conjoint de surveillance du cessez-le-feu

Depuis le 14 octobre, le gouvernement congolais et les rebelles de l’AFC-M23 ont signé ce « mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu » dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu. Ce mécanisme institue un comité constitué d’un nombre égal de représentants du gouvernement congolais et de l’AFC/M23 afin d’enquêter sur les violations signalées. Les membres de ce comité devraient se réunir à la demande de l’une des deux parties en cas de violations signalées. Le Qatar, les États-Unis et l’Union africaine pourront y prendre part en tant qu’observateurs et la MONUSCO lui fournira un appui logistique. La première réunion du comité était censée se tenir dans les sept jours suivant son institution.

Lors de la signature de cet engagement, Doha avait qualifié la mise en œuvre de ce comité de suivi d’« étape cruciale vers le renforcement de la confiance et la conclusion d’un accord de paix global ». De son côté, le porte-parole du M23, Lawrence Kanyuka, avait salué sur le réseau social X « une avancée significative ». Mais sur le terrain, ce mécanisme a accusé des faiblesses. Les deux camps ont continué à s’affronter sans que le mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu ne puisse s’activer. Par communiqué interposé, les deux camps s’accusent mutuellement de violation de ce cessez-le-feu. Tant que l’accord global n’aura pas intervenu, ce mécanisme – sans la bonne foi des parties – aurait du mal à fonctionner.

Restauration progressive de l’autorité de l’État dans les zones occupées

Ce point, qui figure dans l’Accord-cadre qui vient d’être signé, reste le plus difficile à digérer pour les rebelles de l’AFC/M23. Au début des discussions à Doha, cette rébellion voulait obtenir la gestion des zones conquises en collaboration avec le gouvernement à Kinshasa. Une option qui était dénoncée par l’opinion publique, la percevant comme une balkanisation du pays. La restauration de l’autorité de l’État, l’un des points clés de divergence dans les discussions, passe pour un arrêt de mort pour l’AFC/M23 dont l’avenir post-occupation n’est toujours pas décidé à Doha. Sur la question de la restauration de l’autorité de l’État, la Déclaration de principes signée entre les deux parties en juillet dernier notait que cette restauration de l’autorité de l’État allait constituer une conséquence logique du règlement « des causes profondes » du conflit. L’accord de paix global attendu devra préciser les modalités et le calendrier de cette restauration sur l’ensemble du territoire national.

Retour sécurisé et volontaire des réfugiés et déplacés

C’est l’un des sept points de la Déclaration de principe publiée le 19 juillet. Il a été également repris dans l’Accord-cadre du 15 novembre 2025. Les deux parties s’engagent à faciliter le retour sûr, volontaire et digne des réfugiés et des personnes déplacées vers leurs zones ou pays d’origine. Mais combien sont-ils de part et d’autre de la frontière entre la RDC et le Rwanda ? Ce retour, qui doit se faire en conformité avec le droit humanitaire international et dans le cadre des mécanismes tripartites associant la RDC, les pays d’accueil et le HCR, pourrait aussi constituer l’un des problèmes dans la mise en œuvre de l’accord final. Ce sujet est aussi l’un des points les plus sensibles. Le retour des réfugiés congolais fait partie des revendications historiques du M23, déjà présentes dans l’accord de paix signé en 2009 entre Kinshasa et le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), l’ancêtre du mouvement actuel. Problème : qui est Congolais et qui ne l’est pas ? Ces réfugiés, défendus bec et ongle par le M23, sont-ils en nombre conséquent ? Sur ce point, il faut d’abord régler la question des chiffres. Selon les dernières estimations avancées par RFI, le Rwanda accueille près de 137 000 réfugiés, principalement en provenance de la RDC et du Burundi. D’après le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), environ 80 000 Congolais vivraient aujourd’hui au Rwanda. Mais pour Kinshasa, le problème reste l’identification : les autorités congolaises affirment ne pas connaître avec précision ni le nombre, ni l’identité de ces réfugiés. Pour le gouvernement congolais, on ne peut pas rapatrier des réfugiés dans une zone encore en conflit ou sous contrôle des rebelles du M23. Le gouvernement voudrait avoir le pouvoir nécessaire de contrôler l’identité de ceux qui veulent revenir au pays. Le vice-premier ministre, ministre de l’Intérieur et Sécurité, Jacquemain Shabani, alertait déjà sur une « transplantation » des populations venues d’ailleurs dans les zones contrôlées par les rebelles du M23.

Ce sujet fait craindre au gouvernement et à l’opinion l’arrivée d’une population compacte qui pourrait, un jour, exiger l’autonomie d’une des régions congolaises. Ainsi donc, Kinshasa insiste : le retour des réfugiés dans les zones aujourd’hui sous administration du M23 ne pourra avoir lieu qu’après le cessez-le-feu, la restauration de l’autorité de l’État et la vérification de la nationalité des candidats au retour. Autrement dit, cette question est loin d’être close. Elle pose aussi d’autres défis : quand ces réfugiés rentreront-ils ? Et où seront-ils installés ? Car il y a parmi eux des individus qui n’ont jamais mis les pieds en RDC. Des questions qui montrent, selon plusieurs experts, qu’il ne suffit pas de régler le volet sécuritaire, il faut un accord global, incluant aussi les aspects sociaux, fonciers et économiques. Les populations congolaises qui avaient fui l’arrivée du M23 dans leur zone avaient trouvé à leur retour des occupants venus d’ailleurs installés dans leurs maisons, cultivant également leurs champs.

Mesures de confiance

Ce point implique entre autres la communication entre parties, la fin de la propagande « haineuse » selon l’AFC/M23 et les libérations des prisonniers. Sur ce point, paradoxalement, rien ne rassure au regard des premières communications faites après la signature de cet Accord-cadre à Doha. « Cet accord ne comporte aucune clause contraignante », déclare Benjamin Mbonimpa, chef de la délégation de l’AFC/M23. Une communication qui annonce déjà que tout peut basculer à n’importe quel moment. « Il n’y a rien qui va changer sur le terrain », estime Bob Kabamba. Selon lui, il y a eu deux signatures qui n’ont pas produit des résultats sur le terrain. « Il faut s’inquiéter pour la suite car les deux parties se sont réarmées, elles se sont réorganisées », a-t-il expliqué, soulignant la mise en place par le M23 d’une administration parallèle qui fonctionne comme un État.

La relance économique et les services sociaux

Ce point du protocole de l’Accord-cadre est étroitement lié à la restauration de l’autorité de l’État. Un point qui reste parmi les plus difficiles à obtenir à Doha. Les rebelles ne veulent pas encore céder les zones sous leur contrôle sans connaître au préalable leur avenir politique et sécuritaire.

La justice, la vérité et la réconciliation

Alors que les combats se poursuivent dans l’Est du pays, Kinshasa et les rebelles laissent entrevoir, malgré des positions opposées, quelques signaux de réconciliation. Mais la méfiance reste profonde, et les conditions d’une véritable réconciliation demeurent toujours fragiles. La part de la justice dans cette démarche est essentielle pour ne pas laisser les bourreaux côtoyer les victimes. Cette réconciliation entre le gouvernement congolais et les rebelles AFC/M23 n’est pas impossible ; elle est simplement suspendue à une constellation de facteurs politiques, militaires et diplomatiques encore instables. Dans un conflit où chaque camp cherche une position de force, la paix reste pour l’instant un horizon plus qu’une réalité, mais un horizon que beaucoup, épuisés par des années de guerre, espèrent voir enfin se rapprocher.

Élaboration d’une feuille de route vers un accord de paix global

L’Accord-cadre de Doha fixe les bases d’un processus destiné à mettre fin aux hostilités, à rétablir l’autorité de l’État et à consolider la stabilité nationale. Il réaffirme la détermination du Gouvernement à placer la paix, la sécurité et la dignité du peuple congolais au centre de son action. C’est dans ce cadre que la protection des populations civiles, en particulier les femmes, les enfants et les personnes déplacées internes, demeure une priorité. Les protocoles qui découleront de cet Accord-cadre permettront notamment de sécuriser les corridors humanitaires, de faciliter l’accès des organisations humanitaires, et d’engager des actions urgentes pour répondre aux besoins essentiels des communautés affectées.

De son côté, le gouvernement précise que les six protocoles, en dehors de ceux relatifs au Mécanisme de libération des prisonniers ainsi qu’au Mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu, feront l’objet de discussions deux semaines après la signature de l’Accord-cadre. Il s’agira de préciser les modalités techniques, les calendriers d’exécution et les engagements respectifs des parties. Dans le communiqué du gouvernement, Kinshasa note qu’aucun statu quo n’est compatible avec cet objectif de paix : le processus engagé vise à créer, dans les plus brefs délais, les conditions d’un changement réel et mesurable pour les populations affectées. Les deux prochaines semaines vont permettre de percevoir les nouveaux efforts entre les deux parties.

Heshima

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Assainissement de Kinshasa : les défis qui attendent le général Kasongo Kabwik à la tête de la Task Force

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Face à la persistance de l’insalubrité dans la capitale congolaise, le président de la République, Félix Tshisekedi, a mis en place une Task Force spéciale pour accélérer les opérations de salubrité publique. Celle-ci sera coordonnée par le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, commandant du Service national, avec l’appui d’experts du gouvernement central et de l’Hôtel de Ville de Kinshasa. Après les résultats palpables obtenus à la tête du Service national, l’un des officiers les plus sollicités par le chef de l’État devra faire face à une montagne de défis. Heshima Magazine revient sur quelques-uns d’entre eux.

Sept ans après son arrivée au pouvoir, Félix Tshisekedi s’est montré particulièrement remonté face au statu quo qui prévaut à Kinshasa en matière d’insalubrité et d’embouteillages. Le samedi 23 mai, lors d’une tournée d’inspection de plusieurs chantiers dans la capitale, il n’a pas caché sa colère devant le même constat d’insalubrité. À l’étape du Marché central de Kinshasa, communément appelé « Zando », où il a pu mesurer l’ampleur des défis liés à l’assainissement et à l’état des espaces publics, le président de la République n’a pas mâché ses mots : « Toutes ces routes que l’on a réhabilitées devraient-elles rester dans cet état ? Gare à vous si je retrouve encore la même saleté que j’ai vue hier ! », s’est-il emporté en s’adressant au ministre provincial des Infrastructures, Alain Tshilungu.

Une semaine plus tard, la décision est tombée : la salubrité de la ville a été confiée à une Task Force placée sous l’autorité de la Présidence de la République et coordonnée par le général Jean-Pierre Kasongo Kabwik. L’annonce officielle de cette décision est intervenue le vendredi 29 mai, à l’issue du Conseil des ministres. À travers cette nomination stratégique, les autorités entendent impulser une nouvelle dynamique dans la gestion de la salubrité urbaine.

Une Task Force pluridisciplinaire sera prochainement déployée dans les quatre districts de Kinshasa. Placée sous l’autorité directe du président Tshisekedi et pilotée par le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, cette structure réunira des experts issus de plusieurs ministères, notamment ceux de l’Intérieur, de la Défense, de l’Urbanisme, de la Santé publique, de l’Environnement ainsi que des Infrastructures et Travaux publics, en collaboration avec l’Hôtel de Ville.

Le nouveau comité d’assainissement aura pour mission de coordonner toutes les opérations de nettoyage. Il veillera à la réhabilitation des espaces publics dégradés ainsi qu’à l’évacuation efficace des déchets. Par ailleurs, un accent particulier sera mis sur la sensibilisation de la population au respect des règles d’hygiène et de salubrité. À travers cette approche intégrée, les autorités entendent restaurer durablement la propreté et l’ordre urbain dans la capitale.

Des défis urbains massifs

Le général Kasongo hérite d’une situation fortement dégradée : accumulation de déchets, caniveaux obstrués, occupation anarchique de l’espace public dans plusieurs communes et embouteillages monstres. Face à ces défis, le lieutenant-général devra privilégier des solutions structurelles. Pourtant, dans sa qualité de coordonnateur de la Task Force, il aura toujours besoin de l’appui des autorités disposant du pouvoir de décision, notamment le gouvernement provincial. Connaissant sa détermination à mener à bien les missions qui lui sont confiées, comme il l’a démontré à la tête du Service national, le coordonnateur de la Task Force pourrait être amené à empiéter sur certaines compétences traditionnellement dévolues à la ville. Mais un analyste de la question voit les choses autrement : « Le général Kasongo Kabwik agira au nom d’une institution supérieure à la ville. Il interviendra au nom et pour le compte de la Présidence de la République, institution dont relève le Service national », explique-t-il.

Les écueils à surmonter

Kinshasa compte environ 17 millions d’habitants et souffre depuis des années d’un système de gestion des déchets défaillant. L’expérience du Service national, centrée sur des centres pilotes et la polyvalence de la main-d’œuvre, devra être adaptée à l’échelle de toute la ville. Un autre défi majeur réside dans la coordination interinstitutionnelle. La Task Force associe le gouvernement central et l’Hôtel de Ville. Sa réussite dépendra de la capacité du général à harmoniser l’action des différents services urbains, souvent confrontés à un manque de moyens et de coordination.

Moyens financiers et adhésion de la population

Dans le domaine de l’assainissement comme dans celui de l’encadrement des Kuluna, la communication est cruciale. Bien qu’il soit rompu à cet exercice, le général aura besoin d’être accompagné par une stratégie de communication adaptée à ses nouvelles responsabilités. Une mauvaise perception des opérations de nettoyage ou des éventuelles mesures de déguerpissement pourrait susciter des résistances au sein de la population. Les moyens logistiques et financiers devront également suivre afin de faciliter cette tâche titanesque dans une ville qui n’a plus bénéficié d’une véritable politique structurée de salubrité depuis la fin, en 2015, du Programme d’assainissement et de réhabilitation de la ville de Kinshasa (PARAU), mis en œuvre avec l’appui de l’Union européenne sous le gouvernorat d’André Kimbuta.

Un profil qui rassure

Nommé général-major en juillet 2020, Jean-Pierre Kasongo Kabwik dirige le Service national depuis juillet 2018. Il est reconnu pour avoir transformé de nombreux délinquants juvéniles, communément appelés « Kuluna », en véritables « bâtisseurs de la République » au centre pilote de Kaniama Kasese. Le président Tshisekedi avait d’ailleurs salué publiquement ce travail en février 2022, soulignant que ces jeunes produisent aujourd’hui du maïs, des bancs scolaires et d’autres biens utiles à la nation.

A lire aussi : https://heshimardc.net/v1/2022/05/09/comprendre-le-service-national-entretien-exclusif-de-jp-kasongo-kabwik/  

À son arrivée à la tête du Service national, il avait relancé les activités avec des moyens limités, allant jusqu’à récupérer les pièces de trois tracteurs en panne afin d’en remettre un en état de fonctionnement. Il a également piloté le transfert de Kuluna vers Kaniama Kasese, une opération qui avait suscité des critiques de la part du ministre des Droits humains en 2021. Jean-Pierre Kasongo avait alors défendu cette initiative en mettant en avant les conditions d’encadrement des jeunes, leur alimentation, leur formation ainsi que leurs activités sportives.

Cette expérience démontre que le Service national est parti de presque rien en 2018 pour devenir un outil opérationnel reconnu. Toutefois, l’assainissement de Kinshasa représente un défi d’une tout autre ampleur. La Task Force devra mobiliser des engins adaptés, du personnel qualifié et un financement durable, au-delà de l’effet d’annonce.

La nomination de Jean-Pierre Kasongo traduit la volonté des autorités de donner une nouvelle impulsion à la lutte contre l’insalubrité, l’un des principaux défis urbains de Kinshasa. La réussite de cette opération reposera sur l’implication conjointe des institutions et de la population. À ce niveau, l’engagement citoyen demeure un levier essentiel pour garantir des résultats durables. Pour l’heure, les habitants attendent un calendrier d’actions précis ainsi que des moyens concrets capables de produire des changements visibles sur le terrain. Reste à savoir si le modèle de Kaniama Kasese pourra être transposé avec succès à l’échelle d’une mégapole aussi complexe que Kinshasa.

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Kinshasa Kia Mona : le pari fou d’une nouvelle ville pour désengorger la capitale congolaise

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Face à l’explosion démographique et aux embouteillages chroniques qui étouffent Kinshasa, les autorités congolaises ont lancé, depuis décembre 2025, « Kinshasa Kia Mona », un gigantesque projet d’extension urbaine à l’est de la capitale. Que sait-on réellement de ce mégaprojet inédit depuis l’indépendance ? Combien pourrait-il coûter à la République ? Tentative d’explication.

Kinshasa rêve plus grand. Beaucoup plus grand qu’on ne pouvait l’imaginer. Avec près de vingt millions d’habitants et une urbanisation galopante, la capitale congolaise suffoque sous le poids de sa propre croissance démographique. Embouteillages monstres, insuffisance des infrastructures, pénurie de logements et extension anarchique des quartiers périphériques illustrent les défis quotidiens auxquels sont confrontés les Kinois. Pour répondre à cette pression devenue difficilement maîtrisable, le gouvernement congolais a officiellement lancé le projet « Kinshasa Kia Mona », une nouvelle ville appelée à transformer durablement le paysage urbain de la mégapole.

Pourtant, au départ, le projet peinait à convaincre. Beaucoup d’initiatives similaires annoncées par le passé n’ont jamais véritablement vu le jour. C’est notamment le cas de Fatshi City, dévoilé en 2021. Porté par la société privée Bitec Consulting, ce projet ambitionnait de construire des cités modernes et connectées sur des sites militaires à Kinshasa et dans certaines provinces. Bien qu’approuvé par le président de la République, ce programme reste, à ce jour, largement inachevé.

Kinshasa Kia Mona, un projet à plus de 50 milliards USD

Cette fois, les autorités assurent vouloir passer à la vitesse supérieure. Kinshasa Kia Mona a été officiellement lancé en décembre 2025 par le président Félix Tshisekedi dans la commune de Maluku, à environ 45 kilomètres du centre-ville de Kinshasa. Estimé à plus de 50 milliards de dollars américains, le projet s’étendra sur près de 43 000 hectares. Il prévoit la construction de quartiers résidentiels modernes, de zones industrielles, d’infrastructures hospitalières, d’universités, de centres commerciaux ainsi que de vastes espaces verts.

Le site principal est situé à Menkao, dans la commune de Maluku. Le gouvernement congolais a également décidé d’intégrer une partie du groupement de Kingakati, près du parc de la Vallée de la N’sele, dans cette future ville.

À terme, Kinshasa Kia Mona pourrait accueillir jusqu’à cinq millions d’habitants. Son modèle de financement repose sur plusieurs mécanismes : partenariats public-privé (PPP), prêts bancaires, financements des banques de développement, modèles BOT (Build-Operate-Transfer), garanties foncières, levées de fonds et subventions publiques.

Au cœur du projet figure un vaste pôle industriel multisectoriel structuré autour de huit parcs spécialisés, allant des hautes technologies aux industries pharmaceutiques, en passant par la transformation agroalimentaire et l’économie circulaire.

Plus de 225 000 emplois annoncés

Selon les autorités congolaises, Kinshasa Kia Mona ambitionne également de devenir un puissant moteur économique. La première phase du projet prévoit notamment la construction d’une cité industrielle capable d’abriter jusqu’à 160 usines dès les premières années. À terme, plus de 225 000 emplois directs et indirects pourraient être créés, dont environ 30 000 dès la première phase du chantier. Les autorités présentent ce projet comme une réponse durable aux défis de l’urbanisation, mais aussi comme un symbole de modernisation et d’industrialisation de la RDC.

Cependant, plusieurs observateurs restent prudents. Certains experts s’interrogent sur la capacité réelle de l’État à financer durablement un projet aussi colossal dans un contexte marqué par les difficultés d’accès aux services de base dans plusieurs communes de Kinshasa. D’autres estiment que le succès de cette nouvelle ville dépendra surtout de la qualité des infrastructures routières, de l’accès à l’eau et à l’électricité, mais également de la transparence dans la gouvernance du projet.

Des entreprises chinoises privilégiées ?

La première pierre de la cité industrielle, portée par un consortium d’entreprises chinoises, a été posée en décembre 2025. Cette zone constitue la première phase de la gigantesque nouvelle ville.

Selon plusieurs sources, seuls 15 à 20 % des espaces industriels seraient ouverts à des investisseurs non chinois. Les projections sino-congolaises évoquent l’implantation de près d’un millier d’usines dans les cinq prochaines années.

Toutefois, les autorités congolaises assurent vouloir diversifier les partenaires. L’ancien ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, Alexis Gisaro Muvunyi, avait notamment précisé : « La Chine est peut-être entrée en premier dans la cité industrielle, mais cela ne représente qu’une petite partie des espaces à développer. Il y a de la place pour tout le monde. »

Dans cette logique, le coordinateur du projet, Thierry Katembwe, a multiplié les missions à l’étranger, notamment à Paris, à l’invitation du Medef. Selon plusieurs médias internationaux, ces démarches ont déjà permis la signature d’accords avec Dassault Systèmes, tandis que Bpifrance participe également au financement du projet. « Le projet n’est absolument pas uniquement chinois », a insisté Thierry Katembwe, évoquant également l’intérêt d’investisseurs américains, sud-africains, canadiens et congolais.

Un défi colossal

Derrière les ambitions affichées, le défi reste immense. Pour plusieurs urbanistes, la réussite de Kinshasa Kia Mona dépendra avant tout de la capacité des autorités à garantir la viabilité des infrastructures, la transparence des financements et l’accessibilité des logements pour les populations kinoises. Car Kinshasa traîne déjà une longue histoire de projets urbains ambitieux restés inachevés ou freinés par des difficultés de gouvernance.

Si cette nouvelle ville pourrait offrir un second souffle à une capitale saturée, un autre défi majeur demeure : celui du coût des logements. Leur accessibilité déterminera en grande partie la capacité réelle du projet à désengorger l’ancien centre-ville.

Avec Kinshasa Kia Mona, la RDC veut tourner une page et offrir à sa capitale un nouveau visage. Entre rêve futuriste et immense défi de réalisation, cette ville nouvelle pourrait devenir soit le symbole de la modernisation congolaise, soit rejoindre la longue liste des grands projets africains confrontés aux réalités du terrain. Une chose est sûre : à Kinshasa, l’avenir semble désormais se construire vers l’est.

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Préparation chamboulée, supporters bloqués en RDC : quand Ebola perturbe le rêve mondialiste des Léopards

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À quelques semaines de la Coupe du monde 2026, la résurgence du virus Ebola en République démocratique du Congo (RDC) bouleverse la préparation des Léopards. Entre restrictions sanitaires, stages annulés, refus de visas aux supporters congolais vivant au pays et inquiétudes internationales, la sélection congolaise voit son parcours vers le Mondial fragilisé par une nouvelle crise sanitaire.

La République démocratique du Congo vit une situation paradoxale. Alors que le pays célèbre sa qualification historique à la Coupe du monde 2026, une résurgence du virus Ebola menace aujourd’hui de perturber l’aventure des Léopards sur la scène internationale. Depuis plusieurs semaines, les autorités sanitaires congolaises et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) alertent sur une flambée inquiétante de la souche Bundibugyo du virus Ebola dans l’est du pays. Selon l’OMS, la propagation de l’épidémie est désormais jugée « très élevée » au niveau national.

Jusqu’au 25 mai, 101 cas avaient été confirmés, dont 10 décès, en RDC, avec comme épicentre la zone de santé de Mongbwalu, dans le territoire de Djugu, en Ituri, au nord-est du pays. « Mais nous savons que l’épidémie en RDC est bien plus vaste. Il y a désormais plus de 900 cas suspects et 220 décès suspects », a précisé Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS.

Une épidémie qui perturbe le rêve mondialiste des Léopards

Face à cette situation, les conséquences dépassent désormais le seul cadre sanitaire. Le football congolais, en pleine euphorie après sa qualification au Mondial, se retrouve directement affecté.

Les États-Unis ont imposé une période d’isolement aux joueurs avant leur entrée sur le sol américain. Une mesure qui suscite la polémique, d’autant plus que la totalité des joueurs convoqués par le sélectionneur Sébastien Desabre ne vivent pas en RDC. Leur dernier séjour au pays remonte au début du mois d’avril à Kinshasa, loin de l’épicentre actuel de l’épidémie, et avant même la déclaration officielle de la maladie, intervenue le 15 mai.

Malgré cela, les joueurs se conforment déjà au protocole sanitaire mis en place. Deux bulles sanitaires ont été organisées en Belgique. La première regroupe les joueurs et une partie du staff technique déjà présents en Europe. La seconde concerne les membres du staff arrivés de Kinshasa, notamment les entraîneurs adjoints ainsi que Dodo Landu, team manager de l’équipe nationale.

Stage de préparation annulé à Kinshasa

La Fédération congolaise de football (FECOFA) a dû annuler le stage de préparation prévu à Kinshasa, ainsi qu’une cérémonie officielle d’adieux aux supporters et de décoration des Léopards programmée le 26 mai dernier.

Les activités prévues dans la capitale, notamment une conférence de presse du sélectionneur Sébastien Desabre et une rencontre avec les supporters, ont été suspendues pour des raisons sanitaires. Les Léopards ont ainsi été contraints de délocaliser leur préparation en Belgique afin d’éviter d’éventuelles restrictions de voyage imposées par les autorités américaines.

Des supporters vivant au pays privés du Mondial

Les États-Unis, pays hôte du Mondial avec le Canada et le Mexique, ont renforcé les mesures de contrôle pour les voyageurs en provenance de la RDC, de l’Ouganda et du Soudan du Sud. Washington a notamment imposé une période d’isolement de 21 jours pour certaines personnes ayant séjourné dans les zones concernées. Or, les Léopards sont également portés par des supporters infatigables venus du pays. Plusieurs groupes de soutien aux fauves congolais ne pourront finalement pas se rendre à la Coupe du monde.

Le gouvernement congolais tente actuellement un difficile rattrapage diplomatique en vue du deuxième match des Léopards prévu à Guadalajara, au Mexique. Mais il sera compliqué pour les autorités mexicaines d’accorder des visas aux supporters congolais dans le contexte sanitaire actuel. Le supporter congolais Michel Kuka Mboladinga dit « Lumumba Vea », devenu célèbre lors de la CAN 2025 pour son hommage à Patrice Emery Lumumba, avait déjà manqué la finale des barrages intercontinentaux contre la Jamaïque, au Mexique, en raison d’un problème de visa.

Reste à savoir si ce dernier pourra bénéficier d’une exception cette fois-ci, malgré les restrictions prises par les États-Unis, le Canada et probablement le Mexique.

En RDC, des supporters entre fierté et inquiétude

Même si aucun scénario d’exclusion de la RDC du tournoi n’a été officiellement évoqué par la FIFA, l’inquiétude grandit autour de l’impact de cette crise sanitaire sur la participation congolaise. À Kinshasa, de nombreux supporters oscillent entre fierté de voir la RDC participer à sa première Coupe du monde moderne et inquiétude face à un virus qui menace de perturber ce rêve mondialiste. « Nous sommes déjà très fiers de notre qualification. Nous aurions dû vivre cette phase finale comme une fête. Mais malheureusement, les joueurs seront privés de la majorité de leurs supporters restés au pays. Le gouvernement devrait trouver un moyen de mobiliser les Congolais de la diaspora pour remplir les tribunes de Houston, aux États-Unis, lors du match RDC-Portugal », a déclaré Marcus Kitoto, un supporter rencontré à Kinshasa.

La FIFA affirme suivre la situation de près en collaboration avec les autorités sanitaires internationales et la FECOFA. Une possibilité de remboursement des billets est déjà évoquée pour certains Congolais qui s’étaient déjà procuré le précieux sésame.

Au-delà du football, cette crise sanitaire rappelle une réalité plus profonde : en RDC, les grandes ambitions nationales restent souvent confrontées à des défis sanitaires, sécuritaires et sociaux majeurs. Et à l’approche du Mondial 2026, les Léopards devront désormais livrer un double combat : celui du terrain et celui contre une épidémie qui menace de ternir le rêve de toute une nation.

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