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Culture

Les jumeaux dans la tradition congolaise

Enfants plus bénis que tout autre en raison de la particularité de leur venue au monde, les jumeaux ont toujours occupé une place prestigieuse dans la famille congolaise.

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L a nature est ainsi faite qu’elle considère une maternité « normale », l’engendrement d’un seul enfant contrairement à certains animaux dont la portée est biologiquement nombreuse. Certes, en elle-même la naissance dans toute sa maturation relève des merveilleux mystères de la vie, alors quoi de plus incroyable lorsqu’au lieu d’un enfant, celui-ci partage avec un autre le ventre d’une mère tout au long de sa grossesse et surprendre le monde à la suite de l’accouchement ! En RDC, la société accorde à cet événement une double portion de joie au moment de la venue des jumeaux, appelés les mapasa dans plusieurs langues du pays, ou selon les spécificités locales comme bana ba mahasa pour les Balubas… Chacun d’eux est gratifié d’une appellation qui le distingue, telle que fixée dans la tradition, selon leur ordre d’arrivée dans leur nouvelle demeure terrestre avec un statut exceptionnel.

Les Bakongos désignent ainsi les jumeaux par les noms de Nsimba et Nzuzi, l’aîné et le suivant, peu importe le sexe. La distinction se présente comme suit chez les autres peuples : Mbuyi et Kanku (Balubas du Kasaï), Kyungu et Kabange (Balubakats souvenons-nous du post-nom du président honoraire Kabila !), Mboyo et Boketshu (Mongos ainsi que les Nkundo, Ekonda et Ntomba avec qui ils sont apparentés), Ngoy et Mukonkole (Basongyes), Omba et Shako (Tetelas), Maboso et Mangongo Mbuzas), Cikuru et Cito (Bashis), Kakuru et Katoto (Bahunde), Nguru et Kakuru (Nande), Embo et Empi (Ambuun), Mbo et Mpia (Basakatas et Sengele), Pi et Mbou (Bambalas)…

Il n’est pas exclu d’observer des particularismes selon les tribus. Les Bayaka opèrent une différenciation par rapport au sexe des enfants : lorsqu’il s’agit de jumelles, celles-ci sont nommées Nsimba et Nzuzi selon leur ordre d’arrivée tandis que lorsque ce sont des garçons, ils répondent successivement aux noms de Nkosi et Makanzu. Jadis, les Bayombe faisaient aussi la singularisation entre les sexes : lorsqu’il s’agissait des filles, elles répondaient aux noms de Nsimba et Nzuzi contre Kumbu et Nyimi pour les garçons. Depuis, ils se sont rangés à la logique des autres Bakongos. On remarque aussi tout de suite la proximité des dénominations selon les liens culturels et linguistiques entre peuples comme chez les Bahunde, les Bashi et les Nande. Il en va pareillement pour les Ambuun, les Basakatas et les Bambalas. Il serait intéressant dans le même ordre d’idées le rapprochement entre le nom de Mbuyi et Mboyo, aux voyelles près.

On peut en outre imaginer des cas de récurrence, où les naissances gémellaires se répètent. Rebelote pour les noms avec une précision renouvelée : chez les Bayakas après une deuxième naissance gémellaire, ce sont les noms de Mvunzi et Musenga qui sont donnés. Il est à noter que ces appellations valent également pour les triplés ou les quadruplés et autres, dont les suivants, ont également un nom propre. Ainsi, le troisième né d’un même accouchement est appelé Katumwa (littéralement celui qui bénéficie du privilège de ne pas être commissionné, tellement il est choyé !) chez les Bakongos, Katuma chez les Balubas et Kambungu chez les Bayakas. Dans l’entre-temps, l’enfant qui naît à la suite d’un prochain enfantement gémellaire, porte aussi un nom qui le situe de manière particulière dans la fratrie : (N)’Landu (Bakongos), Mfutila (Bayakas), Kabanga (Balubas), Tsita (Bahunde), Ciza (Bashi), Kitsa (Nandes)…

 C’est dire qu’à défaut d’un registre familial répertoriant toutes ces naissances, ces différentes dénominations représentent à elles seules un livre généalogique grandement ouvert offert par la culture africaine pour détecter les jumeaux, à défaut de les reconnaître par leur ressemblance faciale. Néanmoins, il convient de préciser que certaines personnes peuvent porter les noms décrits ci-haut sans le mériter par la naissance, mais tout simplement par héritage d’un géniteur ou d’une personne qu’on a voulu honorer.

Prestige pour les parents

Dans cette configuration familiale inhabituelle, les enfants ne sont pas les seuls à se démarquer par leur désignation. Il en va à l’identique à l’endroit des parents. Au départ, il convient de considérer, à quelques très rares exceptions, que toute naissance est la bienvenue et honore ses géniteurs. Pour en témoigner, généralement au Congo, un parent n’est pas nommé par son nom  du moins dans le voisinage de son lieu d’habitation , mais par celui de son enfant, principalement l’aîné : plutôt que de dire Monsieur un tel ou Madame une telle, c’est Papa ou Mama na X peu-ton entendre pour pointer ou appeler une personne. Automatiquement, le prestige dévolu aux jumeaux rejaillit sur ses géniteurs au point de détrôner l’aîné qui jusque-là servait de référence identitaire des parents. Ce qui n’est que justice à leur égard pour avoir pu donner la vie à ce genre d’enfants. Par une grâce singulière ou un talent propre dont le secret est tenté d’être percé. Surtout, lorsque le résultat est récurrent. Les différents noms des parents des jumeaux sont successivement et de manière non limitative : Kabodi pour la maman chez les Bayaka, Shambuyi pour le père et Muambuyi pour la mère chez les Balubas, titre de reconnaissance arboré avec fierté et tout autant abordé avec considération: cela devient même son nom, Tata ou Mama na mapasa chez les Bakongos, Iseotonga (père) et Yaekotonga (mère) chez les Mongos, Buka ou Is’eyafe (père) et Amba (mère) chez les Nkundo, Ekonda et Ntomba.

Pouvoirs des naissances gémellaires

 Sans vraiment pouvoir se départir sur la part du mythe ou de la réalité, les jumeaux sont considérés comme des êtres provenant du monde des esprits. Leur naissance revêt de ce fait un caractère spécial à la limite du sacré. On leur prête des pouvoirs surnaturels avec une capacité de susciter des bienfaits comme du tort. De ce fait, ils sont choyés et on se montre prévenant face à leurs caprices pour ne pas les contrarier de peur d’attirer leur colère avec les conséquences fâcheuses qui en découleraient mais plutôt bénéficier des bénédictions qu’ils peuvent déverser.

Cérémonies traditionnelles

 La venue au monde des jumeaux s’accompagne de cérémonies festives et de rites traditionnels, témoignage de l’accueil grandiose réservé à ces êtres chers. S’il y a encore quelques décennies, cet événement se déroulait de manière remarquable, même en pleine capitale, au fil du temps les bienséances se sont imposées sur les mœurs. Innocemment en effet, en guise de signe distinctif les parents avaient le visage couvert de points d’argile blanche  le mpemba, deux par deux pour signifier leur nouvelle condition. Mais note plus indécente, la fête était l’occasion de danses et de chansons obscènes, allant jusqu’à mimer des scènes sexuelles attestant de l’exploit de ce fait marquant. La circonstance fait l’objet de nombreuses visites de la famille et des amis, censés déposer sur un plateau approprié les présents à l’adresse des jumeaux. D’autres pratiques sont en outre observables jusqu’à ce jour comme par exemple le port d’habits semblables à tous points pour toujours les maintenir unis. Jusqu’à ce que l’usure du temps coupe le cordon fraternel qui rend les jumeaux inséparables pour les conduire à voguer, chacun sur sa voie.

Noël NTETE

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Culture

Le Mwana Nkazi, un statut familial particulier

Contrairement à la configuration familiale issue de la culture occidentale, celle de l’Afrique détermine avec davantage de spécificité la traçabilité de ses membres. Comme celle du mwana nkazi, qui dans l’entendement commun serait le neveu ou nièce, en est une illustration. La compréhension de son statut est parfois déroutante.

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Dans le sens littéral de l’intitulé mwana nkazi en langue kongo, le premier terme signifie enfant (mwana) et le second oncle (nkazi ou nkasi) qui se traduirait donc dans l’acceptation générale par neveu ou nièce.

Et tout de suite, pour bien comprendre tout le sens de cette dénomination, il convient de faire référence aux autres personnages qui gravitent autour du mwana nkazi à savoir bien entendu l’oncle, mais également la sœur de ce dernier soit, la mère de son neveu ou de sa nièce. Ce personnage est nommé ngudi ou ngua. De ce fait, l’oncle dont il s’agit ici est l’oncle maternel ou le frère de la mère, c’est à dire certes le nkazi (noko en lingala) et pour plus de précision le ngua nkazi ou le ngudi nkazi. Dans cet ordre d’idées, le mwana nkazi (ou bana nkazi au pluriel) est (sont) l’(les) enfant(s) de l’oncle.

On saisit par-là que toute cette configuration familiale dans laquelle évolue le mwana nkazi se rapporte au matriarcat pratiqué dans l’espace kongo qui s’étend dans la province du Kongo Central de la RDC et une partie des populations de l’ancienne province du Bandundu, essentiellement dans le Kwango et le Kwilu.

Dans ce type d’organisation familiale, le côté maternel occupe une place primordiale. Il est particulièrement mis en valeur par rapport au côté paternel. Car son origine puisée dans la sagesse kongo s’explique par le fait que la certitude de la maternité est l’apanage de la femme et par voie de conséquence l’enfant est censé plus lui appartenir plutôt qu’au père. Cependant, malgré l’importance de la femme dans ce contexte, le rôle de l’homme n’est pas pour autant annulé et c’est à ce titre qu’il est confié à l’oncle maternel. C’est ainsi que dans la prise de parole dans les affaires de la famille, la préséance est réservée à l’oncle maternel qui par ailleurs est considéré comme le chef de clan, le mfumu (chef) kanda (clan).

C’est ainsi que l’existence du clan indique que la famille n’a pas une étendue restreinte, mais au contraire elle est large dans la mesure où elle intègre les membres de plusieurs degrés, car la famille se conçoit comme un tout, loin de sa composition nucléaire. Là où, de par la culture occidentale on parlerait de cousins et cousines, la famille africaine parle de frères et sœurs. (Ndlr : bien que la notion de cousin et cousine n’existe pas dans la tradition africaine, elle est mentionnée dans ce texte pour faciliter sa compréhension). Cela veut dire qu’un nkazi pour un mwana nkazi donné, n’est pas uniquement le frère de sa mère, mais également tous les « cousins » de celle-ci sont les nkazi du mwana nkazi. Ici, la préséance porte sur l’âge, de l’oncle maternel le plus âgé au plus jeune.

Un autre aspect du caractère dynamique de l’organisation familiale Kongo à signaler est celui où un fils aîné, qui jusque-là considéré comme mwana nkazi, à la mort de son dernier oncle maternel direct (c’est-à-dire le frère biologique de sa mère) est élevé au rang de frère de sa mère et des sœurs de cette dernière, soit ses tantes directes : il devient donc nkazi et ses « cousins » deviennent ses bana nkazi. Jusqu’à confirmer sa position au fur et à mesure du décès de ses autres nkazi.

De même, les bana nkazi, nés des mères, tantes et cousines de leurs mères, sont entre eux des frères et sœurs et à leur tour, les garçons de cette génération deviennent des nkazi de leurs enfants mâles ou femelles (filles et garçons).

Des liens privilégiés étroits

De ce fait, selon la tradition, les liens entre le mwana nkazi et le ngua nkazi sont très étroits : ce dernier prend soin de ses neveux et nièces plus que ses propres enfants, même s’il est moins nanti que leur père. Il en va également du père biologique qui même s’il est mieux pourvu que le frère de son épouse, prendra plus soin de ses neveux et nièces au détriment de ses propres enfants. Chaque enfant raffermit ses relations avec son oncle maternel. C’est ainsi que le mwana nkazi héritera du ngua nkazi en défaveur des propres enfants de celui-ci.

Il n’empêche, le père biologique d’une progéniture conserve un certain niveau d’ascendant à l’égard d’elle, en termes d’obligations et devoirs malgré l’emprise du nkazi. Ici, il faudrait préciser qu’en considérant la famille sous l’angle paternel, la notion de neveu et nièce permet de saisir la particularité dévolue au mwana nkazi. Car vis-à-vis d’un père biologique, les enfants de ses frères qui l’appellent papa en précisant s’il est l’aîné par rapport à leur père (papa kulutu) ou plus jeune (papa leki) sont aussi ses enfants. Par contre, les enfants de sa (ses) sœur(s) et de ses cousines maternelles sont ses bana nkazi. Donc à ce stade, pour ce père biologique même si tous ces descendants sont des neveux, il existe entre eux une différence, d’une part des bana nkazi et d’autre part des enfants. En somme, une façon de dire que l’on peut être neveu sans vraiment l’être !

 A titre exemplatif, une institution comme le mariage permet d’évaluer l’importance des liens au sein d’une famille par l’apport de la dot, le nkolo milongo abusivement traduit par facture, qui est une des caractéristiques du matriarcat. Elle consiste à la remise de biens à la famille de la future épouse. Cette circonstance confirme qu’en dépit de sa place supposée être secondaire, le père biologique ou ses frères bénéficient de l’argent de la dot ou d’autres objets qui leur reviennent, telle la paire de chaussures, le costume….

Quant au ngua nkazi, il a également droit à une part des biens exigés pour conclure le mariage coutumier de sa mwana nkazi. Il a droit au manteau ou l’imperméable, le nzaka ki mfumu kanda, dont la symbolique est de doter le chef de famille de ce vêtement qui lui permettra d’affronter les intempéries au cas où il doit recourir à l’extérieur pour venir en aide à sa nièce pour n’importe quelle raison (maladie de la maman, de l’enfant…). Par contre dans la constitution de la dot du mwana nkazi, l’oncle maternel interviendra à la hauteur de ses moyens, si nécessaire avec le concours de la famille paternelle du futur marié.

 D’hier à aujourd’hui

Certes, ici et là subsistent dans une certaine mesure des vestiges du matriarcat et du positionnement du mwana nkazi. Il faudrait cependant reconnaître que la tradition est de plus en plus battue en brèche. La vie moderne occidentalisée a en effet régulièrement dépouillé le contenu de cette coutume.

 Certes la dénomination de mwana nkazi subsiste, rattachée qu’elle est au neveu et à la nièce, mais beaucoup de changements sociaux ont modifié les rapports au sein des familles, que ce soit la distance géographique même dans une même ville dans le cadre de la fréquentation, les préoccupations matérielles des uns et des autres….

En outre, le fait de dénier au père biologique certaines obligations est considéré comme une forme d’irresponsabilité de sa part face à la démission de ses devoirs vis-à-vis de ses enfants. Sous un autre angle, ces us apparaissent comme une aberration car après avoir négligé le sort de ses enfants, le père biologique finit cependant par tirer profit de leur évolution, surtout en cas de réussite et se montrer exigeant pour en cueillir les fruits.

C’est donc pour s’avouer : autres temps, autres mœurs ! 

 Vitho wa Vitho 

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Culture

Le tabou de l’inceste

A l’exception de quelques sociétés qui justifient l’inceste pour des raisons économiques ou de préservation de pouvoir, cette pratique généralement désavouée est cependant parfois réelle. Dans ces conditions, il a pour conséquence de créer un malaise certain une fois son secret dévoilé.

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D’une manière générale, de tout temps, la culture de pratiquement toutes les communautés humaines a reprouvé et interdit l’inceste, cette relation sexuelle entre proches parents. Néanmoins, le fait est bien réel. Deux histoires caractéristiques, parmi tant d’autres, peuvent le témoigner.

Ainsi la mythologie grecque décrit l’épopée d’Œdipe dont les parents se sont décidés d’abandonner car un oracle avait prédit son avenir au cours duquel il serait amené à tuer son père pour épouser sa mère. Malgré cette douloureuse séparation, les circonstances ont fait que bien des années, la prophétie finit par s’accomplir : ne connaissant pas son père, Œdipe donne la mort à son père lors d’une bagarre, épouse sa mère sans non plus savoir qu’elle était sa génitrice, ni elle son fils. Cependant, une fois informé de la réalité des faits, il se crève les yeux pour se punir de l’infamie commise.

Une autre narration nous vient de la Bible où est relatée, dans la Genèse, l’épisode de la destruction de Sodome et de Gomorrhe durant lequel la femme de Lot perdit la vie, muée en statue de sel pour s’être retournée sur le spectacle par curiosité. Cette perte conduisit les deux filles de Lot à enivrer de vin leur père afin de coucher avec lui pour perpétuer leur race, effectivement présente ultérieurement dans le Livre Saint, dans la lignée des Moabites et des Ammonites.

 Ces deux situations indiquent à elles seules que les rapports incestueux ne sont pas normaux, perpétrés à l’insu des protagonistes sinon s’ils doivent malgré tout se dérouler, ils sont tolérés de manière exceptionnelle pour des raisons tout autant exceptionnelles.

Degré de parenté

S’il est vrai que les deux évocations ci-dessus peuvent choquer en raison de la proximité du lien de parenté entre les personnes incestueuses, un certain nombre de cultures ont pratiqué l’inceste entre membres de famille dont le degré de consanguinité est plus distendu.

 C’est ainsi qu’entre frère et sœur, la relation est relativement mieux admise et des exemples dans le vécu de l’Humanité le confirment. Des analyses génétiques déterminent notamment que le Toutankhamon serait le fils du pharaon Akhenaton et de l’une de ses sœurs. Aujourd’hui, un pays comme l’Allemagne, sans que cela ne soit encore légal, le Conseil d’éthique allemand, un organe consultatif a proposé, il y a de cela au moins de six ans, de dépénaliser le mariage entre frères et sœurs adultes librement consentants.

Toutefois, lorsque les liens familiaux sont plus lâches, les liaisons incestueuses sont parfois reconnues, comme par exemple entre cousins germains, spécialement dans une société matriarcale dans laquelle les uns sont rangés dans la lignée matrilinéaire et les autres dans la ligne patrilinéaire, et donc considérés comme des composantes de deux entités distinctes.

Dans cette optique, il ressort en effet que des prétextes socio-économiques peuvent justifier ce genre de comportement en société comme celle de la conservation du patrimoine au sein de la famille. Pareille pratique est toutefois réduite par des explications sanitaires car l’espèce humaine contrairement à certains animaux, comme l’espèce canine, est vite victime de dégénérescence à partir des croisements consanguins : les examens génétiques pensent d’ailleurs que le décès prématuré de Toutankhamon aurait pour cause le paludisme car n’ayant pu résister aux tares de son atavisme.

 En même temps, une position familiale encore plus éloignée, ne justifie pas non plus l’inceste. On peut ainsi citer le cas de celui qui pourrait survenir entre l’enfant d’un conjoint actuel (homme ou femme) né d’un conjoint précédent, c’est-à-dire le (beau)- père ou la (belle)-mère adoptive, dont l’un n’est pas son géniteur, ou autre cas, les membres de deux belles-familles avec qui les liens de part et d’autre se sont raffermis.

Une pratique honteuse

Bien que rejeté par la grande majorité des cultures parce que jugé amoral, l’inceste n’en reste pas moins une réalité qui se vit dans certaines familles. En France, où les statistiques sont disponibles, son estimation porte sur 5% d’enfants victimes de cet état de choses.

Dès lors, cela s’expliquerait-il par instinct qui lierait un enfant et un parent, le premier ressentant un besoin de contact charnel avec son procréateur de sexe opposé, en voulant par exemple l’embrasser innocemment sur la bouche ou à pratiquer des attouchements des parties intimes ? Dans ce contexte, serait-il le dérapage d’une pulsion mal gérée par les parents ?

 D’un autre côté, la justification culturelle viendrait-elle du fait de la propension à posséder ressentie par l’être humain, si pas exclusivement, mais même partiellement à travers l’appropriation corporelle d’une personne chère ?

Ou alors pour ce qui concerne les autres membres de la famille, le mobile viendrait-il d’une passion amoureuse impossible à réfréner entre par exemple le beau-frère et la belle-sœur, entre le père adoptif et la fille de son épouse et vice-versa ? Ou alors cette motivation serait le fruit du hasard d’une circonstance ? 

Au-delà de ces aspects sentimentaux, ne devrait-on pas réfléchir sur d’autres considérations, notamment la promiscuité où les familles se voient obligés de partager un espace exigu. Des avantages pécuniaires pourraient aussi fonder ces agissements, celui disposant des moyens désirés par l’autre profiterait de l’occasion pour abuser de sa position dominante. Cependant, quel que soit le cas, dans ce rôle, la responsabilité met principalement en cause l’homme dans au moins 96% des cas, du fait de son impulsion naturelle en matière sexuelle tandis que les victimes se dénombrent parmi les enfants.

Sanctions diverses

 Peu importe les motifs de l’inceste, cet acte est sanctionné de diverses manières selon la culture. Certaines tribus frappent dans ce cas le fautif de sanctions tirées de la puissance ancestrale en paralysant par exemple les attributs mâles. Ailleurs, c’est la réprobation de l’ensemble de la communauté qui fait l’affaire, notamment par le bannissement. Du point légal, l’inceste est inscrit dans la catégorie de délit pénal en tant qu’agression familiale aux conséquences néfastes. Toutefois, du fait des pesanteurs culturelles, il n’est malheureusement pas suffisamment dénoncé : il est couvert du sceau du secret familial.

 Sa dénonciation est en effet perçue comme une intrusion dans la sphère familiale, laquelle cherche à se protéger de tout regard étranger, afin de ne pas la couvrir d’opprobre et de préserver malgré tout son existence. Dans ces conditions, on peut supputer que ce drame, de prime abord personnel, rejaillit en réalité sur la société, dès lors que le foyer est apprécié culturellement comme le fondement de cette dernière. Seul le courage peut alors être en mesure de briser cette ormeta, ce silence caractéristique de la culture de la mafia sicilienne dont on connait la rigueur et qui a poussé Camille Kouchner à intituler son livre La Familia Grande dans la même connotation. Dans ce bestseller qui défraie la chronique en France depuis le début de l’année, la fille du très médiatique Bernard Kouchner rapporte l’inceste dont a été victime son frère jumeau durant son adolescence de la part de son beau-père, un politologue de grand renom de l’élite française. 

Ce geste intrépide a permis d’acculer le coupable ainsi que tous ceux qui se masquaient dans la complicité, et a eu par ailleurs pour effet de délier les langues d’autres personnalités, proies de ce type d’abus : dans cette foulée, la fille de Richard Berry, célèbre acteur français accuse à son tour son père d’avoir commis ce forfait à son encontre, bien que ce dernier nie jusque-là les faits. Pour le surplus, des mouvements des droits de l’homme, surtout d’obédience féminine s’attèle de plus en plus à prendre en charge cette question au vu des effets dévastateurs considérables endurés par les enfants martyrs générant en eux des troubles comportementaux graves tels que la dépression, la tentative de suicide, l’anorexie, des addictions…

 Pour eux, il s’agit de renforcer en amont les missions de la brigade de protection des mineurs pour agir à titre préventif. Il convient également, de durcir les dispositifs légaux sur cette matière et obtenir des condamnations dissuasives. 

Dans cet environnement culturel tel celui en cours en RDC, où règne la passivité, voire la soumission à l’égard de l’autorité et de la hiérarchie familiale, on a difficile à imaginer des actes de dénonciation de pareille malveillance et quand bien même cela pourrait être débattue, la palabre traditionnelle risque d’étouffer toute revendication.

Noël NTETE

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Culture

Les Mbochis

Localisés principalement dans la République du Congo-Brazzaville, les Mbochis constituent une des plus grandes ethnies de ce pays et dont la présence est manifeste dans une certaine mesure en RDC.

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A l’instar de la grande majorité des peuples de l’Afrique centrale, les Mbochis sont des Bantous qui sont venus occuper cet espace à la suite des Pygmées à l’occasion d’un mouvement migratoire qui remonte au début de notre ère, en provenance du nord de l’Afrique et de l’Afrique de l’Ouest, spécialement du Nigeria et du Cameroun. 

Le groupe Mbochi, troisième grand groupe ethnique du Congo est principalement installé dans la partie nord dans les régions de la Sangha, de la Likouala, des Plateaux et de la Cuvette-Ouest autour de villes comme Oyo, Owando, Ollombo, Makoua et Mossaka et traversées par de nombreux et importants cours d’eau. On les retrouve également un peu plus au sud du pays dans les régions du Pool et de Lékoumou. Leur présence dans la capitale Brazzaville se signale surtout dans les quartiers de Talangaï et Poto-Poto. 

Selon des sources anthropologiques, on observe plusieurs variantes du nom de cette ethnie, à savoir Amboshi, Baboshi, Bochi, Boubangui, Embosi, M’Bochi, Mbochis, M’Boschi, Mboshe, Mboshi, Mbosi, Ombosi. Pour se faire une autre idée sur cette ethnie, il peut être précisé que l’actuel président de la République du Congo, Denis Sassou-Nguesso en fait partie ainsi que le très célèbre égyptologue Théophile Obenga. 

D’autres communautés assimilées aux Mbochis vivent à l’ouest de la République démocratique du Congo comme les Bobanguis ou encore les Mongos, considérés comme leurs cousins.

Plus largement, les Mbochis sont classés dans l’aire culturelle ngala qu’ils partagent avec d’autres peuples comme les Ngarés, les Kouyous, les Likoubas, les Likoualas, les Makouas, les Moïs, les Bongas, les Bobanguis, les Mbokos. Déclarée comme l’ethnie la plus dynamique dans ce regroupement, l’influence des Mbochis s’y est imposée au point de les assimiler dans l’entendement des peuples qui leur sont étrangers. Il n’empêche une autre version historique de la présence de ce peuple au Congo-Brazzaville retrace leur origine de la déportation au tout début du 20e siècle du peuple Abbey de la Côte d’Ivoire, à la suite d’une révolte contre les Français, pour cette nouvelle destination sous la dénomination de Mbochis qui leur est depuis attribuée.

Il n’empêche une autre version historique de la présence de ce peuple au Congo-Brazzaville retrace leur origine de la déportation au tout début du 20e siècle du peuple Abbey de la Côte d’Ivoire, à la suite d’une révolte contre les Français, pour cette nouvelle destination sous la dénomination de Mbochis qui leur est depuis attribuée.

 Le voisinage des Mbochis

Outre les Pygmées, les Mbochis côtoient d’autres peuples comme les Bakongos (Laris, Vilis…) vivants au sud du pays dans la partie de Brazzaville à Pointe-Noire au littoral. Ils représentent le groupe le plus important avec au moins 48 % de la population du pays. Une autre population est composée des Tékés totalisant environ 22 % de l’effectif national, présent sur les plateaux des Batékés commençant immédiatement au nord de Brazzaville. Ces trois communautés sont aussi présentes en RDC.

Dans une proximité locale plus grande, trois autres grands groupes ethniques sont implantés dans la partie septentrionale du Congo au côté des Mbochis : les Makaas dans le nord-ouest de la région de la Sangha ; les Sanghas dans la région de la Likouala ; et les Oubangiens tout au nord de la région de la Likouala à la frontière avec la République Centrafricaine. Les Sanghas comprennent également une dizaine d’ethnies, parmi lesquelles les Bomitabas, les Bonguilis, les Pomos, les Bangala etc. 

Plusieurs autres groupes groupes ethniques, établis aux confins occidentaux, sont à cheval entre le Congo et le Gabon : les Mbérés ou Mbetis (autour de Kellé et Mbama), les Fangs et les Kotas au nord-ouest, les Echiras au sud-est, les Nzabis, les Pounous et les Obambas dans le Massif du Chaillu. La plupart de ces peuples (ethnies) débordent les frontières tracées arbitrairement par les colonisateurs européens en général et français en particulier, à l’instar de ceux dénombrés en RDC.

Mbochis et Kongos

En raison de la proximité qui a existé entre les Mbochis et les Kongos, l’histoire du Congo-Brazzaville est marquée par de nombreuses tensions survenues entre ces deux peuples. Ces tensions remontent à l’époque de la traite des esclaves débutée au XVIe siècle. En effet après la première phase durant laquelle les esclavagistes Portugais et Espagnols se limitaient aux côtes africaines pour capturer les populations, la pénétration au plus profond des terres finit par atteindre le pays des Mbochis. Pour réussir leur objectif, les Européens firent appel aux autochtones, recrutés spécialement parmi les Kongos. Ceux-ci appelés pombeiros, nom dérivé du mot Mpombo ou Mpumbu, habitent la région située dans la partie actuelle de Brazzaville et de Kinshasa, représentant à l’époque un marché pour l’échange des esclaves et produits locaux (ivoire, bois…) contre les produits manufacturés importés d’Europe.

C’est donc de cette époque de collaboration entre les Européens et les Kongos que remonte l’animosité des Mbochis contre leurs voisins, réminiscence des humiliations dont ceux-ci portent d’après ceux-là, la responsabilité. La présence coloniale qui succède à la période esclavagiste permet tant bien que mal d’éviter tout affrontement ethnique. Il n’en reste pas moins que la position géographique du peuple Kongo favorise son développement en infrastructures notamment scolaires au détriment de la région plus reculée où sont localisés les Mbochis, entrainant auprès des premiers un sentiment de supériorité à l’égard des autres.

  A la veille de l’indépendance, en février 1959 des conflits secouent le pays. Brazzaville est le théâtre d’affrontements à Bacongo où vivent les Kongos et à Poto-Poto comme à Talangaï occupés par les Mbochis. Ces agitations identitaires récurrentes, se reproduisent d’ailleurs en 1963, en 1992 et 1997 au point de parler même de guerre civile avec en filigrane la course au pouvoir entre les deux ethnies, chacune refusant de se faire dominer par l’autre alors qu’à deux reprises, ce sont des Kongos qui sont portés à la tête du pays, d’abord avec Alphonse Massambat-Débat, puis avec Fulbert Youlou. Au cours de cette histoire tumultueuse, le pouvoir passera aussi entre les mains des hommes du nord par exemple Marien Ngouabi et depuis par Sassou Ngesso. Mais, il n’empêche malgré ces luttes ethniques au sein de la population, de nombreux mariages mixtes entre jeunes gens du nord et du sud ont lieu et témoigne de la distinction qui peut s’établir entre la politique et la vie sociale.

Mode de vie

Peuple de forêt et des champs, les Mbochis ont mis en place une organisation sociale et économique essentiellement agraire rythmée par la Nature et ses saisons dont elle tire les moyens de sa subsistance par les travaux de champs, la chasse et l’exploitation de l’abondante sylve ainsi que la pêche dans un environnement de cours d’eau particulièrement poissonneux. Dans ce contexte, les rites magiques et les croyances religieuses et par conséquent les schémas de pensées sont puisés dans cette cosmogonie héritée des ancêtres. Ce mode de vie se reflète d’ailleurs dans les poèmes, chants, contes et proverbes qui exaltent les phénomènes naturels et astronomiques à travers l’oralité exprimée par la langue mbochi (ou le kimbochi). Au quotidien, les Mbochis qui relèvent de l’aire culturelle ngala, disposent de pratiques sociales qui lui sont propres comme la danse kiebe-kiebe ou d’autres à l’identique des peuples qui lui sont proches comme la célébration du mariage ou des jumeaux et autres traditions, ponctuées de cérémonies festives ou de tristesses selon les cas, sans se départir de la culture négro-africaine de solidarité tribale.

 Noël NTETE

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