Nation
Conflits en RDC : Plongée dans le M23 d’hier et d’aujourd’hui…
Published
1 an agoon
By
La redaction
Depuis le 28 janvier, les rebelles du Mouvement du 23 mars (M23), soutenus par le Rwanda, occupent la ville de Goma, au Nord-Kivu. Ils tentent d’élargir leur emprise sur d’autres parties de la République démocratique du Congo (RDC). Que veulent exactement ces rebelles ? Que reprochent-ils au gouvernement ? Retour sur leurs revendications de 2012 et celles d’aujourd’hui.
Héritier du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) de l’ancien rebelle Laurent Nkunda, le M23 poursuit des revendications variées. Mais au départ, en 2012, ils réclamaient principalement l’application de l’accord du 23 mars 2009 signé entre le gouvernement et la rébellion du CNDP. Cet accord contient une clause demandant la mise en place d’un nouveau modèle de découpage du territoire national fondé sur « la nécessité d’une meilleure prise en compte possible des réalités sociologiques du pays ». L’accord inclut aussi la reconnaissance des provinces du Nord et du Sud-Kivu comme des « zones sinistrées ».
Genèse du M23 en 2012
En 2009, après la transformation en parti politique du groupe armé CNDP de Laurent Nkunda à la suite de cet accord de paix, ses éléments armés intègrent alors les FARDC via un brassage. Ils ont même exigé de porter les mêmes grades qu’ils possédaient au sein de la rébellion du CNDP. Mais en avril 2012, ces officiers parmi lesquels Sultani Makenga et Bernard Byamungu désertent l’armée. Un mois plus tard, soit le 6 mai 2012, ils créent le Mouvement du 23 mars (M23), considérant que le gouvernement congolais ne respectait pas les accords de paix signé le 23 mars 2009 avec le CNDP.
Occupation de Goma et négociations en 2013
Très vite, la nouvelle rébellion occupe une partie de la province du Nord-Kivu. Le 20 novembre 2012, ils s’emparent de Goma, chef-lieu de la province. Ils quitteront la ville après des pressions internationales, notamment avec l’influence de Yoweri Museveni, le président ougandais. « Nous nous sommes rendus en Ouganda pour discuter avec le président Yoweri Museveni du retrait du M23 de Goma. (…) Le président Museveni a juste pris son téléphone et appelé quelqu’un pendant 30 minutes. Le lendemain, le M23 s’est retiré de Goma sans coup de feu. », a expliqué l’ancien ambassadeur de la RDC en Ouganda, Jean-Charles Okoto. Ces négociations ont eu lieu essentiellement en Ouganda. Les rebelles acceptent de se retirer loin de Goma et s’installe dans les collines de Runyonyi et Chanzu. Mais une dissension interne va naitre entre le général auto-proclamé Sultani Makenga et Bosco Ntaganda. Ce dernier est alors sous mandat d’arrêt international lancé par la Cour Pénale Internationale (CPI). Sultani Makenga, chef de la branche militaire, va révoquer son chef politique, Jean-Marie Runiga, jugé trop proche de Bosco Ntaganda. Un bicéphalisme s’installe dans le groupe. D’une part, la faction Makenga et de l’autre, celle de Runiga. C’est dans ces entrefaites que l’armée congolaise, appuyée par la Brigade d’intervention (FIB) de la MONUSCO, va lancer des offensives contre ces rebelles affaiblis par les dissensions internes. En novembre 2013, ils seront défaits militairement par l’armée. La branche Runiga fuit au Rwanda et celle de Makenga, en Ouganda.
Soutien extérieur et sanctions
En 2012-2013, le M23 a reçu le soutien militaire et logistique de la part du Rwanda mais aussi de l’Ouganda. Les Etats-Unis, la RDC et des experts de l’ONU avaient accusé les autorités de Kigali de soutenir militairement la rébellion du M23. Des sanctions avaient été prises contre Kigali. A l’époque, le sous-secrétaire d’Etat américain pour l’Afrique, Linda Thomas-Greenfield, avait révélé des mesures de sanctions contre le Rwanda sur la base d’une loi américaine de 2008 sur la protection des enfants soldats. Ce qui avait conduit à la fin de toute assistance américaine en termes de formation et d’entraînement militaire en faveur du Rwanda pour l’année budgétaire 2014. Cette assistance était évaluée, en 2013, à près de 500.000 dollars. D’autres aides avaient été également suspendues par Washington.
Discussions de paix à Nairobi
Après la défaite militaire, les discussions sont lancées à Nairobi, au Kenya. Déjà, le 5 novembre 2013, le M23 déclare mettre un terme à la rébellion. Les troupes du M23 sont désarmés et transférés dans des camps en Ouganda. Le 12 décembre, un accord de paix est signé à Nairobi, mettant fin officiellement à la rébellion. L’annonce de la signature de l’accord a été faite par le président ougandais, Yoweri Museveni. Les trois documents signés entre Kinshasa et le M23 réaffirment la dissolution de ce mouvement en tant que groupe armé et précisent les modalités de la démobilisation ainsi que la renonciation de ses membres à la violence pour faire valoir leurs droits. « Il n’y a pas d’amnistie générale. Ceux qui sont présumés s’être comportés de façon criminelle sur le plan du droit international, avoir commis des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité ne seront pas réinsérés dans la société », avait précisé Lambert Mende, à l’époque porte-parole du gouvernement.
Revendications du M23 en 2025
Entre 2012 et 2025, les revendications de la rébellion ont évolué. Même s’il y a certaines constances, ce mouvement s’adapte souvent à l’actualité. Rejoint par l’Alliance Fleuve Congo de l’ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Corneille Nangaa, ce mouvement (AFC-M23) revendique désormais la prise de pouvoir à Kinshasa. Ce groupe armé a annoncé, le 30 janvier, vouloir « rester » à Goma, et « continuer la marche de libération » jusqu’à la capitale Kinshasa. Ils accusent également le président Félix Tshisekedi de n’avoir pas remporté l’élection présidentielle de 2023. Corneille Nangaa, qui devient le porte-voix politique du M23, a aussi mentionné des discriminations de faciès dont les communautés « kinyarwandaphones » seraient victimes en RDC. Lors de la prise de Minova, au Sud-Kivu, cet ancien président de la CENI avait même déclaré vouloir marcher sur Kinshasa pour instaurer le « fédéralisme » au sommet de l’Etat. Une forme d’Etat qui permettrait aux provinces du pays d’être presque autonomes.
Les mêmes parrains en 2025
Comme en 2012, le M23 garde les mêmes parrains en 2025. Les Nations unies ont accusé, dans un rapport du groupe d’experts sur la RDC, l’armée rwandaise d’avoir déployé « entre 3000 et 4000 » soldats dans l’Est de la RDC pour appuyer les rebelles du M23 dans sa conquête d’espace au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, provinces frontalières notamment avec le Rwanda et l’Ouganda. Les experts de l’ONU affirment dans leur rapport, présenté le 8 juillet 2024, que des officiers rwandais ont « de facto pris le contrôle et la direction des opérations du M23 » qui s’est emparé de plusieurs localités depuis fin 2021.
Des sanctions s’annoncent contre le Rwanda
Après l’occupation de Goma, l’Allemagne a suspendu, le 28 janvier, des discussions prévues avec le Rwanda sur son aide au développement, exigeant le retrait – de l’Est de la RDC – des forces rwandaises et de leurs alliés du M23. Des « consultations gouvernementales » entre Berlin et Kigali, programmées en février, ont été annulées, a déclaré un porte-parole du ministère allemand du Développement et de la Coopération économique. Le Parlement européen envisage aussi des lourdes sanctions contre Kigali. La Grande-Bretagne – une alliée indéfectible du Rwanda – a condamné ce pays après l’occupation de Goma et des autres entités congolaises. Chaque jour qui passe, la pression internationale pour adopter des mesures contre le Rwanda s’intensifie. Le Parlement européen envisage de suspendre le protocole d’accord ayant pour objectif « de renforcer le rôle du Rwanda » dans le développement de « chaînes de valeur durables et résilientes pour les matières premières critiques. » Un accord que Kinshasa avait dénoncé, qualifiant l’Union européenne de mener une « guerre par procuration » contre la RDC avec l’idée de piller ses minerais stratégiques. Selon Kinshasa, le Rwanda ne possède pas ces richesses, Kigali pille ces minerais au Congo.
Faut-il négocier ou poursuivre les affrontements ?
Le 29 janvier, dans un message télévisé, le chef de l’Etat congolais, Félix Tshisekedi, a refusé de s’avouer vaincu. Il a assuré qu’une « riposte vigoureuse et coordonnée » de l’armée congolais (FRADC) était en cours, mettant en garde contre le risque d’une escalade régionale incontrôlée. Mais Félix Tshisekedi n’a pas fermé complètement la porte à des négociations. Il a évoqué un dialogue « lucide » mais pas directement avec le M23. Certaines voix congolaises s’élèvent et commencent déjà à penser à une hypothèse de discussions directes, après les revers subis par l’armée. Mais cette option est perçue par Kinshasa comme un retour à la case départ. Le gouvernement congolais perçoit cette rébellion comme un « patin » du Rwanda et que s’il y a à négocier, il faudrait directement le faire avec Kigali.
Heshima
You may like
Nation
Culture : De Wendo Kolosoy à Fally Ipupa, l’histoire de l’Ordre national du Léopard
Published
7 heures agoon
juin 11, 2026By
La redaction
Depuis l’époque du Zaïre, les distinctions honorifiques constituent l’un des plus hauts symboles de reconnaissance de l’État congolais envers ses citoyens les plus méritants. Parmi elles, l’Ordre national du Léopard occupe une place particulière dans l’histoire institutionnelle du pays. Longtemps réservé aux personnalités ayant rendu des services exceptionnels à la Nation, cet ordre connaît aujourd’hui un regain d’intérêt avec la récente décoration du chanteur Fally Ipupa. Retour sur l’histoire de cette distinction, ses implications civiques et les figures de la musique congolaise qui ont été honorées par l’État.
L’histoire récente de l’Ordre national du Léopard s’est enrichie d’un nouveau chapitre avec la décoration de Fally Ipupa. Par ordonnance présidentielle annoncée le 3 juin 2026, l’artiste a été élevé au grade de Chevalier de l’Ordre national du Léopard et a également reçu la Médaille d’or du Mérite des Arts, Sciences et Lettres. Cette distinction intervient après les deux concerts historiques donnés par l’artiste au Stade de France, les 2 et 3 mai 2026, un exploit salué par les autorités congolaises comme une contribution majeure au rayonnement international de la culture congolaise.
Lors de la cérémonie officielle organisée à la Cité de l’Union africaine à Kinshasa, le 6 juin 2026, le président Félix Tshisekedi a souligné que cette reconnaissance ne récompensait pas seulement un artiste, mais également « un parcours, une discipline, une constance et une capacité à faire voyager l’âme congolaise au-delà des frontières ». En devenant Chevalier de l’Ordre national du Léopard, Fally Ipupa rejoint ainsi le cercle des personnalités distinguées pour leur contribution exceptionnelle au prestige de la République.
Les origines de la politique des distinctions honorifiques
La politique des distinctions honorifiques en République démocratique du Congo trouve ses fondements dans les premières années de l’indépendance. Sous le régime du président Mobutu Sese Seko, plusieurs ordres nationaux sont institués afin de récompenser les citoyens ayant contribué à la grandeur du pays.
Créé par l’ordonnance-loi n° 66-330 du 24 mai 1966, l’Ordre national du Léopard devient rapidement la plus prestigieuse distinction honorifique du Zaïre. L’ordre comprend alors cinq grades : Chevalier, Officier, Commandeur, Grand Officier et Grand Cordon. Le président de la République en est le Grand Chancelier.
Le léopard, symbole de puissance et d’autorité, mais aussi animal emblématique du pays, est choisi pour incarner l’excellence, le patriotisme et le service rendu à la Nation. Au fil des décennies, cette distinction est attribuée à des personnalités politiques, diplomatiques, militaires, scientifiques, sportives et culturelles ayant marqué l’histoire nationale.
De l’Ordre du Léopard à l’Ordre des Héros nationaux
Après la chute du régime de Mobutu en 1997, l’Ordre national du Léopard cesse progressivement d’être attribué. Le président Laurent-Désiré Kabila n’y accorde que peu d’attention. En 2002, sous la présidence de Joseph Kabila, est institué l’Ordre national des Héros nationaux Kabila-Lumumba par la loi n° 009/2002 du 5 août 2002. Cette nouvelle distinction devient la principale référence honorifique de la République, mettant à l’honneur les figures fondatrices de la nation congolaise. Durant cette période, plusieurs artistes, écrivains et opérateurs culturels seront décorés pour leur contribution à la promotion du patrimoine culturel national.
Les grandes décorations du monde culturel
L’une des plus importantes campagnes de distinction du secteur culturel intervient en décembre 2015. À cette occasion, 90 artistes, écrivains et opérateurs culturels sont honorés par l’État congolais. La cérémonie, présidée par Aubin Minaku, alors président de l’Assemblée nationale, récompense des personnalités issues de différents domaines : musique, littérature, théâtre, photographie, critique culturelle et arts plastiques. Parmi les bénéficiaires figurent notamment Simaro Lutumba, Papa Wemba, Werrason, Reddy Amisi, Tshala Muana, Bozi Boziana, JB Mpiana, Jean Goubald Kalala, Jossart Nyoka Longo, Didier Mumengi, Yoka Lye Mudaba, Nseka N’Sele dit Nseman-o-Lutu ou encore Tantu Meyi.
Des chroniqueurs de renom tels que Zacharie Bababaswe, Manda Tchebwa et Bolemba wa Bolemba figurent également parmi les récipiendaires. Cette cérémonie demeure l’une des plus importantes opérations de reconnaissance des acteurs culturels jamais organisées en RDC.
Le retour de l’Ordre national du Léopard
Avec l’adoption de la Constitution de 2006, plusieurs symboles historiques de l’État congolais font progressivement leur retour. Ainsi, les équipes nationales retrouvent en 2007 l’appellation de « Léopards », abandonnant celle de « Simba » adoptée à la fin des années 1990. Toutefois, l’Ordre national des Héros nationaux Kabila-Lumumba demeure la principale distinction officielle pendant les présidences de Joseph Kabila.
En décembre 2025, le Parlement adopte une réforme réhabilitant l’Ordre national du Léopard. Cette décision marque un retour à l’une des plus anciennes traditions honorifiques de la République. Quelques mois plus tard, Fally Ipupa figure parmi les premiers bénéficiaires de cette renaissance dans le secteur culturel.
Les avantages des mérites civiques
Au-delà de leur caractère protocolaire, les distinctions nationales poursuivent plusieurs objectifs. Elles permettent de reconnaître officiellement les citoyens dont les réalisations contribuent au développement ou au rayonnement du pays. Pour les récipiendaires, ces décorations représentent une consécration morale et symbolique. Elles témoignent de la confiance de la République et renforcent la légitimité de leur action auprès de l’opinion publique. Les mérites civiques participent également à la promotion des valeurs de citoyenneté, de patriotisme, d’excellence et d’engagement. En distinguant des parcours exemplaires, l’État encourage la jeunesse à s’investir davantage dans la construction nationale.
Une reconnaissance qui implique des responsabilités
Toutefois, l’honneur accordé par la République s’accompagne d’obligations morales. Les personnalités décorées deviennent des références publiques dont les actes et les prises de position sont observés avec attention. Elles sont appelées à préserver une conduite conforme aux valeurs républicaines, à promouvoir l’image du pays et à poursuivre leur contribution au développement national.
Dans son allocution, Fally Ipupa a lui-même reconnu cette responsabilité : « Aujourd’hui, je reçois cette distinction avec humilité. Je la reçois avec reconnaissance. Je la reçois surtout comme une responsabilité supplémentaire : celle de continuer à servir la culture congolaise, à promouvoir l’excellence et à contribuer au rayonnement de notre beau pays. » Cette dimension de responsabilité explique pourquoi les textes officiels évoquent systématiquement les « services éminemment rendus à la Nation » comme fondement de l’attribution des distinctions honorifiques.
Wendo Kolosoy, une reconnaissance tardive mais historique
Considéré comme l’un des pères de la rumba congolaise moderne, Wendo Kolosoy reçoit en 2004 les insignes de Grand officier de l’Ordre national des Héros nationaux Kabila-Lumumba. Cette distinction lui est décernée sous la présidence de Joseph Kabila en reconnaissance de son immense contribution à la musique et à la culture congolaises. Déjà octogénaire au moment de cette décoration, l’artiste voit enfin l’État reconnaître officiellement son rôle fondateur dans l’histoire de la musique congolaise moderne. Auteur du mythique « Marie-Louise » en 1948, Wendo Kolosoy a influencé plusieurs générations de musiciens, de Franco Luambo à Papa Wemba, jusqu’aux artistes contemporains. Décédé le 28 juillet 2008 à Kinshasa, il demeure l’une des figures les plus emblématiques du patrimoine culturel national.
Contrairement à Wendo Kolosoy, décoré en 2004 par l’État congolais, aucune source officielle consultée ne permet d’affirmer avec certitude que Joseph Kabasele alias Grand Kallé, pourtant considéré comme le père de la musique congolaise moderne, ait bénéficié d’une décoration nationale de son vivant. Cette absence de reconnaissance officielle est souvent citée parmi les paradoxes de l’histoire culturelle congolaise, au regard de l’immense contribution de l’auteur d’“Indépendance Cha-Cha” au rayonnement du Congo.
Une distinction réservée à des personnalités d’exception
Le prestige de cette distinction se mesure également à travers les personnalités qui l’ont reçue au cours de l’histoire. Parmi elles figurent notamment Jean Bolikango, l’ancien président égyptien Hosni Moubarak ou encore le légendaire footballeur Ndaye Mulamba. En octobre 1969, le président Mobutu décerne également l’Ordre national du Léopard aux astronautes de la mission Apollo 11 : Neil Armstrong, Michael Collins et Buzz Aldrin, premiers hommes à avoir accompli la conquête lunaire. C’est dans cette prestigieuse tradition que s’inscrit désormais Fally Ipupa N’simba, nouvelle figure culturelle honorée par la République démocratique du Congo.
À travers l’Ordre national du Léopard et les autres distinctions honorifiques, la République démocratique du Congo perpétue une tradition de reconnaissance des citoyens qui participent à son prestige et à son développement. Plus qu’un simple insigne, le mérite civique demeure un pacte moral entre la Nation et ceux qu’elle choisit d’honorer. Dans un pays où la culture constitue l’un des principaux instruments de rayonnement international, la décoration d’artistes tels que Fally Ipupa rappelle que la musique, au même titre que la science, le sport ou le service public, peut devenir un véritable acte de citoyenneté et de promotion nationale.
Heshima Magazine
Nation
Changement de constitution : l’Église protestante se démarque des catholiques en prônant un cadre national et apaisé
Published
2 jours agoon
juin 9, 2026By
La redaction
Alors que le débat sur une éventuelle réforme de la Constitution continue de diviser la classe politique et l’opinion publique en République démocratique du Congo (RDC), l’Église du Christ au Congo (ECC) a adopté une position qui se distingue sensiblement de celle de l’Église catholique. Réunie à Kinshasa dans le cadre de sa 66ᵉ session extraordinaire, l’Église protestante appelle à l’ouverture d’un cadre national inclusif et apaisé pour examiner toute initiative de réforme constitutionnelle. Une position qui ne fait pas l’unanimité, notamment au sein de l’opposition politique.
Dans une déclaration rendue publique le dimanche 7 juin, l’ECC estime qu’une éventuelle réforme de la loi fondamentale doit impérativement respecter les dispositions constitutionnelles en vigueur et s’inscrire dans une démarche consensuelle. L’institution protestante souligne notamment la nécessité d’un « cadre national inclusif et apaisé », conformément aux articles 5, 218, 219 et 220 de la Constitution congolaise.
L’organisation dirigée par le révérend André-Gédéon Bokundoa Bo-Likabe invite les acteurs politiques à privilégier le dialogue démocratique et la recherche du consensus. Selon l’ECC, les tensions qui entourent actuellement la question constitutionnelle exigent davantage de concertation que de confrontation. Elle appelle ainsi les différentes parties prenantes à « construire des ponts » à travers un dialogue national susceptible de déboucher sur des solutions durables pour le pays.
L’ECC s’écarte-t-elle de la CENCO ?
Habituée à agir de concert avec l’Église catholique sur les grandes questions politiques nationales, l’Église protestante a, sur ce dossier, adopté une position distincte de celle de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO).
Cette posture contraste avec celle exprimée depuis plusieurs mois par les évêques catholiques, qui ont multiplié les mises en garde contre l’opportunité d’ouvrir un chantier constitutionnel dans le contexte actuel, marqué par les défis sécuritaires et politiques. En mars dernier, la CENCO jugeait « hasardeux » le débat sur la révision de la Constitution, estimant que les priorités nationales se situent ailleurs, notamment dans la recherche de la paix et la stabilisation de l’Est du pays.
Seth Kikuni accuse l’ECC de « neutralité complaisante »
Dans une lettre ouverte adressée aux responsables de l’ECC, notamment aux révérends André-Gédéon Bokundoa et Éric Senga, l’opposant Seth Kikuni critique vivement la déclaration issue de la 66ᵉ session extraordinaire de cette institution religieuse concernant le débat sur la réforme constitutionnelle en République démocratique du Congo.
L’ancien candidat à l’élection présidentielle reproche à l’ECC d’avoir considéré comme « pertinentes et constructives » les différentes réflexions sur une éventuelle révision de la Constitution. Selon lui, une telle position revient à placer sur un même pied d’égalité la défense de l’ordre constitutionnel et les initiatives visant à le modifier.
Pour Seth Kikuni, le contexte actuel, marqué par l’insécurité, les déplacements de populations et les difficultés socio-économiques, ne justifie pas l’ouverture d’un débat sur la Constitution. Il soutient que les préoccupations prioritaires des Congolais demeurent la paix, la sécurité, l’éducation, les infrastructures et l’amélioration des conditions de vie.
L’opposant appelle ainsi l’ECC à adopter une position plus ferme en faveur du respect strict des articles 218, 219 et 220 de la Constitution. Il exhorte également l’Église à abandonner ce qu’il qualifie de « neutralité complaisante » et à assumer pleinement son rôle prophétique en s’opposant clairement à toute initiative susceptible de remettre en cause les acquis démocratiques.
Des partisans de l’Union sacrée saluent l’ECC
À l’inverse, certains partisans du pouvoir saluent la position de l’ECC qui tranche, selon eux, avec celle de l’Église catholique. Steve Mbikayi, président du Parti travailliste (PT), pense que cette position de l’ECC est à encourager. Cet homme politique défend depuis quelques mois un remplacement de la Constitution de 2006 taxée de « transitoire ». Dans une tribune publiée sous le numéro 228 de sa série de cartes blanches, Steve Mbikayi défend une thèse qui s’écarte de l’interprétation dominante des juristes : la Constitution de 2006 serait, dans son essence, un texte transitoire et non l’expression définitive de la souveraineté populaire congolaise. Une manière, selon ses détracteurs, de plaider en faveur de son remplacement par une nouvelle loi fondamentale.
L’argument central de Steve Mbikayi repose sur les conditions d’élaboration du texte fondamental. Rédigée par d’anciens belligérants à l’issue d’un processus de paix, la Constitution de 2006 a été promulguée par le président Joseph Kabila, qui ne disposait pas, à l’époque, d’un mandat issu d’élections démocratiques ordinaires. Ses rédacteurs n’avaient pas non plus reçu de mandat direct du peuple. Pour l’auteur, ces conditions rapprochent davantage ce texte des constitutions issues de périodes de transition ou de rupture institutionnelle que d’une constitution élaborée selon les standards classiques de la démocratie représentative.
ECC, une approche plus prudente sur un sujet sensible
Dès 2024, alors que les discussions sur un éventuel changement ou une révision de la Constitution commençaient à prendre de l’ampleur, l’ECC avait déjà adopté une approche plus prudente que celle de l’Église catholique. L’institution protestante plaidait alors pour un « cadre consensuel et apaisé » afin de traiter les questions touchant à l’intérêt supérieur de la Nation, tout en annonçant une réflexion interne destinée à formuler des propositions consensuelles.
Cette différence d’approche ne signifie toutefois pas une rupture entre les deux principales confessions chrétiennes du pays. L’ECC et la CENCO continuent de collaborer sur plusieurs dossiers nationaux, notamment à travers leur initiative commune du « Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble », lancée au début de l’année 2025 afin de promouvoir le dialogue et la cohésion nationale.
Alors que le débat constitutionnel demeure l’un des sujets les plus sensibles de la scène politique congolaise, la prise de position de l’ECC pourrait contribuer à relancer les appels à une concertation nationale. Reste à savoir si cette voie du dialogue inclusif trouvera un écho auprès des acteurs politiques dans un contexte où les positions demeurent fortement polarisées.
Heshima Magazine
Nation
RDC-Danemark (0-0) : un premier test rassurant, mais des réglages offensifs à trouver avant le Mondial
Published
6 jours agoon
juin 5, 2026By
La redactionPour son premier match de préparation à la Coupe du monde 2026, la République démocratique du Congo a tenu en échec le Danemark (0-0), mercredi 3 juin à Liège, en Belgique. Face à une sélection européenne réputée pour sa discipline tactique, les Léopards ont affiché de la solidité et de l’organisation, tout en révélant quelques limites dans l’animation offensive. Un deuxième rendez-vous est prévu le 9 juin en Espagne contre le Chili avant leur entrée en lice au Mondial.
Le résultat brut ne raconte pas tout de ce premier match de préparation. Certes, les Léopards n’ont pas trouvé le chemin des filets face au Danemark, mais ce match nul vierge constitue un premier enseignement encourageant dans la préparation de la RDC à sa première Coupe du monde depuis 1974. Face à une équipe danoise classée parmi les nations les plus compétitives d’Europe, les hommes de Sébastien Desabre ont démontré leur capacité à rivaliser dans l’intensité et l’organisation collective. Sur le plan défensif, les Congolais ont livré une prestation sérieuse. Le bloc est resté compact, limitant les espaces et contenant efficacement les offensives danoises. Si les Scandinaves se sont procuré quelques occasions dangereuses, notamment sur des frappes ayant trouvé les montants, la RDC a su faire preuve de solidité pour préserver sa cage inviolée.
L’autre motif de satisfaction réside dans la discipline tactique affichée durant les 90 minutes. Les Léopards n’ont jamais semblé dépassés malgré la qualité technique de leur adversaire. Cette capacité à rester organisés sera précieuse lors du Mondial, où ils devront affronter des sélections du calibre du Portugal et de la Colombie.
Le secteur offensif, seul véritable chantier
En revanche, l’animation offensive demeure un chantier ouvert. Cédric Bakambu s’est procuré l’une des meilleures occasions congolaises, mais l’efficacité dans le dernier geste a fait défaut. Tout au long de la rencontre, les transitions ont parfois manqué de vitesse et de précision, tandis que les derniers choix offensifs n’ont pas toujours été les plus judicieux. Plusieurs observateurs ont relevé un manque de percussion dans les trente derniers mètres, un aspect que le staff technique devra corriger rapidement afin de gagner en efficacité avant le début de la compétition.
Ce premier test avait justement pour objectif d’évaluer le niveau réel des Léopards face à une opposition européenne exigeante. De ce point de vue, la mission est accomplie. La RDC a démontré qu’elle possédait les ressources collectives nécessaires pour tenir tête à un adversaire mieux classé sur l’échiquier mondial, tout en identifiant les secteurs nécessitant encore des ajustements avant le grand rendez-vous américain.
Desabre satisfait et promet une montée en puissance
Après un début de rencontre marqué par une certaine prudence, les Léopards ont progressivement pris confiance et sont parvenus à mieux se projeter vers l’avant. Cette montée en puissance leur a permis de se créer plusieurs opportunités, dont la plus nette est venue de Cédric Bakambu. Bien servi dans la surface, l’attaquant du Betis Séville s’est retrouvé en excellente position, mais a buté sur le gardien danois, auteur d’une intervention décisive.
Pour le sélectionneur Sébastien Desabre, cette prestation reste néanmoins encourageante. Le technicien français estime que son équipe dispose encore d’une marge de progression avant l’échéance du 17 juin à Houston face au Portugal. « C’est un match qui s’est joué sur des détails. Nous aurions pu remporter la rencontre et nous avons également concédé quelques frappes lointaines qui auraient pu nous mettre en difficulté. Dans l’ensemble, il y a des choses à améliorer, bien évidemment. Nous avions choisi cette équipe du Danemark parce qu’elle est très athlétique, très dynamique et composée de joueurs évoluant dans des championnats de haut niveau. Au regard de l’intensité mise par les deux équipes, c’était un match de très bon niveau pour une rencontre amicale », a déclaré Sébastien Desabre en conférence de presse d’après-match.
Face au Chili, un test grandeur nature avant le Portugal
Après plusieurs incertitudes liées à des préoccupations sanitaires autour du virus Ebola, le match amical entre la RDC et le Chili, initialement prévu à Marbella, a finalement été délocalisé à Malaga, toujours en Espagne. Selon plusieurs sources, la rencontre devrait se disputer à huis clos afin de limiter les risques liés à l’affluence du public. Quelques jours auparavant, l’organisation du match avait été compromise par l’intervention des autorités locales espagnoles.
Dans un décret officiel, Juan Franco, maire de La Línea de la Concepción, commune andalouse située à proximité de Gibraltar, avait interdit la tenue de la rencontre dans sa municipalité. « Je viens de signer le décret par lequel n’est pas autorisée la tenue du match prévu le 9 juin prochain au stade municipal entre les sélections de la République démocratique du Congo et du Chili », avait-il déclaré dans un message audio diffusé par sa mairie.
Finalement maintenu dans une autre ville, ce duel face au Chili représentera un test particulièrement intéressant pour les Léopards. Il constituera notamment un point de comparaison indirect avec le Portugal, premier adversaire de la RDC au Mondial. En effet, la sélection chilienne doit affronter le Portugal le 6 juin dans le cadre de sa préparation. Cette confrontation permettra au staff congolais de disposer d’éléments de référence supplémentaires avant l’entrée en lice des Léopards, tout en évaluant leur niveau face à un adversaire qui aura lui-même croisé le fer avec les Portugais quelques jours auparavant.
Heshima Magazine
Trending
-
Non classé1 semaine agoVille morte du 3 juin en RDC : un véritable test de popularité pour l’opposition
-
Santé2 semaines agoEbola en RDC : l’OMS alerte sur une épidémie « extrêmement grave » qui avance plus vite que la riposte
-
Nation3 semaines agoEbola en RDC : ce que l’on sait de la souche « Bundibugyo », sans vaccin ni traitement
-
Nation1 semaine agoAssainissement de Kinshasa : les défis qui attendent le général Kasongo Kabwik à la tête de la Task Force
-
Nation3 semaines agoNégociations Kinshasa–AFC/M23 : retour sur les points de désaccord « insurmontables »
-
Nation3 semaines ago17 mai 1997-17 mai 2026 : l’instabilité née de la « révolution » de l’AFDL se poursuit en RDC
-
Nation3 semaines agoDe Kabarebe à Kabila : jusqu’où iront les sanctions américaines ?
-
International2 semaines agoÉlection à l’OIF : Entre Juliana Lumumba et Louise Mushikiwabo, une Mauritanienne veut rebattre les cartes




























































