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Loi sur le référendum en RDC : tous les regards se tournent vers le Sénat

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Adoptée à une écrasante majorité par l’Assemblée nationale, la proposition de loi fixant les conditions d’organisation du référendum est désormais sur la table du Sénat. Alors que ses promoteurs y voient un simple encadrement juridique d’un mécanisme prévu par la Constitution, ses détracteurs dénoncent une étape préparatoire vers une révision constitutionnelle susceptible de rebattre les cartes du pouvoir. Dans ce contexte hautement politique, tous les regards se tournent vers le Sénat et son président, Jean-Michel Sama Lukonde. La chambre haute va-t-elle valider ce texte déjà adopté par l’Assemblée nationale ou choisira-t-elle la voie empruntée par Léon Kengo wa Dondo en 2015, en supprimant les dispositions les plus controversées ?

Initialement annoncée pour le 13 juin, la séance plénière du Sénat se tient finalement ce lundi 15 juin 2026, date marquant constitutionnellement la clôture de la session ordinaire de mars. Cette réunion de la chambre haute du Parlement devra examiner plusieurs dossiers inscrits à l’ordre du jour. Il s’agit notamment du projet de loi sur le contenu local en République démocratique du Congo ainsi que du projet de loi modifiant et complétant la loi n°17/001 du 8 février 2017 fixant les règles applicables à la sous-traitance dans le secteur privé.

Mais le dossier qui concentre toutes les attentions demeure l’examen, en seconde lecture, de la proposition de loi fixant les conditions d’organisation du référendum, déjà adoptée par l’Assemblée nationale. À ce sujet, la Commission politique, administrative, juridique et des droits humains (PAJ) du Sénat a poursuivi ses travaux ces derniers jours. Les membres de cette commission se sont réunis dans la salle Baobab de l’hôtel Golden Tulip à Kinshasa afin de finaliser l’examen du texte. Sauf imprévu de dernière minute, le rapport de la commission devrait être présenté à la plénière ce lundi 15 juin.

Une loi qui prépare un changement de Constitution ?

Le débat sur le référendum est revenu avec force au cœur de l’actualité politique congolaise. Le 9 juin dernier, l’Assemblée nationale a adopté cette proposition de loi par 348 voix sur 351 votants, en l’absence remarquée des députés de l’opposition. Le texte, initié par le député Paul-Gaspard Ngondankoy, fixe notamment les modalités de convocation du référendum, son organisation par la Commission électorale nationale indépendante (CENI), les règles de campagne ainsi que les mécanismes de règlement du contentieux. Il prévoit également la possibilité de mettre en place une Assemblée constituante élargie dans l’hypothèse de l’élaboration d’une nouvelle Constitution.

Dès son adoption à la chambre basse, le texte a suscité une vive controverse. Pour une partie de l’opposition et plusieurs organisations citoyennes, cette initiative constituerait le premier jalon d’un processus visant à modifier, voire remplacer, la Constitution du 18 février 2006. Plusieurs acteurs estiment que ce débat intervient dans un contexte politique et sécuritaire peu propice à une réforme institutionnelle de grande ampleur.

La coalition Article 64 mobilisée

Le 12 juin, la coalition Article 64 (C64) a organisé un sit-in pour dénoncer ce qu’elle considère comme un projet de révision constitutionnelle déguisé. La manifestation a dégénéré en affrontements entre les forces de l’ordre et des militants de l’opposition. Le bilan provisoire fait état de deux morts selon l’opposition, ainsi que de plusieurs blessés, parmi lesquels figurent des personnalités politiques telles que Martin Fayulu, Delly Sesanga et Ados Ndombasi.

Dans un message publié le 14 juin sur le réseau social X, Anouar El Anouni, porte-parole de l’Union européenne pour les Affaires étrangères, a déclaré que Bruxelles déplore « les événements violents du 12 juin à Kinshasa, ainsi que les morts et les blessés graves constatés ». Sans citer directement les autorités congolaises, le diplomate a rappelé que « l’espace démocratique inclusif implique l’attachement aux libertés fondamentales, dont la liberté de manifester pacifiquement dans le cadre de la loi ». L’Union européenne dit « encourager l’initiative des autorités en faveur de la transparence et la poursuite des auteurs des troubles » et exhorte les autorités congolaises à faire toute la lumière sur ces événements afin de favoriser l’apaisement.

Les yeux rivés sur le Sénat

Face à la sensibilité de ce dossier, le Sénat se retrouve aujourd’hui au centre de toutes les attentions. Le président de la chambre haute, Jean-Michel Sama Lukonde, a officiellement transmis le texte à la commission PAJ, qui disposait d’un délai de 72 heures pour procéder à son examen avant un éventuel vote en plénière. La question qui anime désormais les observateurs est celle du rôle que choisira de jouer Sama Lukonde. En tant que président du Sénat, il est tenu au respect des procédures parlementaires. Toutefois, dans un dossier aussi sensible, sa posture pourrait influencer le rythme et l’orientation des débats.

L’histoire institutionnelle congolaise offre un précédent éclairant. En janvier 2015, après plusieurs jours de manifestations meurtrières contre la réforme de la loi électorale, le président du Sénat de l’époque, Léon Kengo wa Dondo, et les sénateurs avaient envoyé un signal d’apaisement en supprimant l’article controversé qui conditionnait l’organisation de l’élection présidentielle à un recensement général de la population. À l’époque, l’opposition craignait que cette disposition ne serve à reporter l’élection présidentielle au-delà de 2016 et permette ainsi au président Joseph Kabila de se maintenir au pouvoir après l’expiration de son mandat constitutionnel.

L’adoption initiale du texte par l’Assemblée nationale avait provoqué une vague de manifestations à Kinshasa, Goma et Bukavu. Selon la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), ces violences avaient fait au moins 42 morts. Le Sénat s’était alors affirmé comme un espace de modération, de débat et d’arbitrage institutionnel plutôt que comme une simple chambre d’enregistrement des décisions de l’Assemblée nationale.

Cette comparaison nourrit aujourd’hui les interrogations. Comme Kengo en son temps, Sama Lukonde peut considérer que la recevabilité politique d’un texte relève de la délibération parlementaire et non de l’appréciation personnelle du président de la Chambre. En choisissant cette ligne, il laisserait le Sénat exercer pleinement ses prérogatives constitutionnelles, quitte à ce que le texte soit adopté, amendé ou rejeté. Cependant, le contexte de 2026 diffère sensiblement de celui de 2015. Si Léon Kengo wa Dondo appartenait alors à une mouvance politique distincte de la majorité présidentielle, Jean-Michel Sama Lukonde évolue dans un environnement politique différent.

Par ailleurs, la question constitutionnelle demeure particulièrement sensible dans un pays où toute initiative touchant à l’architecture institutionnelle est rapidement interprétée à travers le prisme de la succession politique ou d’une éventuelle prolongation du mandat présidentiel. Cette dimension explique pourquoi le débat dépasse largement le cadre technique d’une simple loi référendaire.

Au sein de la majorité, plusieurs responsables assurent qu’aucune révision constitutionnelle n’est actuellement à l’ordre du jour et que le texte vise uniquement à combler un vide juridique relatif à l’organisation du référendum, pourtant prévu par la Constitution. D’autres observateurs estiment néanmoins que l’adoption d’une telle loi fournirait les instruments juridiques nécessaires à d’éventuelles réformes institutionnelles futures.

Dans ce climat de méfiance réciproque, le Sénat apparaît comme la dernière grande étape politique avant une éventuelle promulgation du texte. Le rapport de la commission PAJ, puis les débats en séance plénière, permettront de mesurer l’état réel des rapports de force au sein de la chambre haute.

Une décision aux conséquences politiques majeures

À ce stade, rien n’indique que Jean-Michel Sama Lukonde s’écartera de la voie institutionnelle qu’il a lui-même engagée en renvoyant le texte à la commission PAJ. Mais à l’image de Léon Kengo wa Dondo en 2015, il sait que certaines lois dépassent leur simple portée juridique pour devenir de véritables marqueurs politiques. Dans le dossier du référendum, le président du Sénat joue désormais une partition délicate : garantir le fonctionnement normal des institutions tout en évitant qu’un débat constitutionnel explosif ne contribue à fracturer davantage la classe politique, la société civile et les Congolais.

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Léopards de la RDC : Après l’exploit, l’heure de la confirmation

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Ils sont revenus. Par la grande porte. Après 52 ans d’absence, les Léopards de la République Démocratique du Congo ont foulé les pelouses américaines du Mondial 2026 avec la détermination de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Si l’aventure s’est achevée en seizièmes de finale face à l’Angleterre, elle a laissé un héritage bien plus précieux qu’un simple bilan comptable.

Le retour d’un géant endormi

Pour la RDC, 100 millions d’habitants et une culture footballistique parmi les plus riches du continent, cette qualification était bien plus qu’un exploit sportif. Elle mettait fin à cinq décennies d’attente, depuis l’épopée du Zaïre en 1974, et consacrait le travail de reconstruction engagé sous la houlette de Sébastien Desabre.

Le parcours qualificatif avait déjà valeur de test. Placés dans le groupe B aux côtés du Sénégal, les Léopards ont terminé deuxièmes avec 22 points avant d’écarter le Cameroun puis le Nigeria en barrages. Le dernier obstacle, la Jamaïque, fut franchi en prolongation grâce à Axel Tuanzebe, envoyant toute une nation en délire.

Un Mondial qui change tout

Le groupe K promettait un baptême du feu : Portugal, Colombie et Ouzbékistan. Face aux favoris portugais au NRG Stadium de Houston, les Léopards n’ont pas tremblé. Menés dès la 6e minute, ils ont égalisé juste avant la pause par Yoane Wissa sur corner, pour arracher un nul historique (1-1).

Le sélectionneur adjoint Rafael Hamidi résumait l’exploit : « Ce score de parité face au Portugal, c’était à prendre si on nous l’avait proposé avant le coup d’envoi ». La presse congolaise saluait un système en 3-5-2 particulièrement solide, la discipline collective et les transitions rapides.

Qualifiés pour les seizièmes de finale, les Léopards ont longtemps fait douter l’Angleterre, menant jusqu’à la 76e minute avant de s’incliner 2-1 dans les dernières secondes. Un scénario cruel qui a rappelé les limites d’un groupe prometteur mais encore en apprentissage des grands rendez-vous.

Les enseignements d’une expérience unique

Ce Mondial a livré plusieurs enseignements pour l’avenir. D’abord, une force mentale confirmée. Les barrages contre le Cameroun et le Nigeria avaient déjà forgé ce groupe, capable de rester lucide sous pression. Face au Portugal, les Léopards ont prouvé qu’ils pouvaient rivaliser avec les meilleures nations.

Ensuite, des fragilités structurelles. Comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Japon, la RDC a cédé dans les dernières minutes face à l’Angleterre. Loïc Aumont, spécialiste de la performance, analyse : « Ces sélections possèdent les qualités techniques et physiques. Ce qui fait basculer un match, c’est la gestion des émotions lorsque la pression atteint son maximum ». Un déficit d’expérience à ce niveau que seul le temps et les répétitions pourront combler.

Cap sur la CAN 2027 : un trophée à portée de griffes ?

L’objectif est désormais clair : les Léopards doivent viser le titre lors de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations, organisée en 2027 au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie.

Le contexte est favorable. Cette génération, portée par Chancel Mbemba, son capitaine de 31 ans, possède une identité de jeu forte et un vécu commun exceptionnel. Le vivier de talents, évoluant pour beaucoup dans les meilleurs championnats européens, n’a jamais été aussi riche.

Le chemin qualificatif pour la CAN 2027 s’annonce abordable, avec un groupe E composé de la Guinée équatoriale, de la Sierra Leone et du Zimbabwe. Mais les Léopards savent désormais qu’aucune montagne n’est insurmontable, comme l’écrivait la presse congolaise avant le choc contre le Portugal : « Aucune montagne n’est insurmontable quand on est déterminé ».

Le défi de la régularité

Si le rêve est permis, la réalité impose de rester humble. Le Mondial a montré que l’écart avec les meilleures nations s’est considérablement réduit, mais que la gestion des moments décisifs reste le nerf de la guerre. Les Léopards devront transformer l’essai en confirmant leur niveau sur la durée, avec un calendrier international exigeant et des joueurs à préserver.

Sébastien Desabre, l’artisan de ce renouveau, aura à cœur de capitaliser sur cette expérience unique pour faire franchir un nouveau palier à sa sélection. La CAN 2027 sera le test ultime : plus qu’une performance, c’est un trophée que la RDC attend. Le message des supporters est clair, comme le résumait un journaliste avant le Mondial : « On ne vous demande pas de dominer le Portugal, mais juste de sortir un match de malade du début à la fin ». Pour la CAN 2027, on leur demande désormais de ramener la coupe à la maison.

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Opposition, CENCO et ECC en consultations au Burundi : Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?

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Une délégation réunissant des responsables de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), de l’Église du Christ au Congo (ECC) et plusieurs figures de l’opposition congolaise séjourne à Bujumbura, au Burundi, pour des consultations consacrées à la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Organisée à l’invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, cette rencontre alimente les spéculations sur l’émergence d’un nouveau cadre de dialogue politique autour de la paix et de la stabilité dans la région.

Une nouvelle séquence diplomatique s’ouvre dans la recherche d’une issue à la crise qui secoue l’Est de la République démocratique du Congo. Une délégation composée de responsables de la CENCO, de l’ECC ainsi que de plusieurs leaders de l’opposition est arrivée à Bujumbura pour prendre part à des consultations consacrées à la situation sécuritaire et politique en RDC.

Cette mission répond à une invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, qui assure actuellement la présidence en exercice de l’Union africaine (UA). Déjà engagé dans plusieurs initiatives diplomatiques régionales, le chef de l’État burundais entend poursuivre ses efforts afin de rapprocher les différentes parties prenantes et de favoriser une solution politique durable. La délégation est composée du pasteur André Bokundoa, président de l’ECC, du pasteur Éric Senga, de Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, ainsi que des opposants Martin Fayulu, Delly Sesanga et Dieudonné Bolengetenge. Les membres de cette mission ont quitté Kinshasa dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 juillet 2026 à bord d’un vol régulier d’Ethiopian Airlines à destination de la capitale burundaise.

Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?

Cette initiative, qui intervient alors que plusieurs processus de médiation restent inachevés, soulève une interrogation majeure : Évariste Ndayishimiye cherche-t-il à reprendre le flambeau laissé par João Lourenço ou à insuffler une nouvelle dynamique sous l’égide de l’Union africaine ?

Alors que l’Angola avait été mandaté pour faciliter un dialogue intercongolais, la multiplication des divergences avec les autorités congolaises sur le format et le cadre de ces discussions a progressivement conduit le projet dans l’impasse. D’où cette question que se posent plusieurs observateurs de la crise congolaise : João Lourenço a-t-il jeté l’éponge ?

Officiellement mandaté en février dernier pour mener des consultations en vue d’un dialogue politique en RDC, le président angolais peine à concrétiser son initiative et se fait de plus en plus discret. S’il n’a pas officiellement renoncé à sa mission, plusieurs sources diplomatiques citées par Jeune Afrique indiquent que le processus est, pour l’heure, au point mort.

Les consultations de Bujumbura interviennent alors que les combats se poursuivent dans l’Est de la RDC. Plusieurs localités des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu restent sous le contrôle de l’armée rwandaise et de ses alliés de l’AFC/M23, selon les autorités congolaises, tandis que les initiatives diplomatiques se multiplient pour tenter d’enrayer une crise qui perdure depuis plusieurs années.

Les prémices d’un dialogue inclusif ?

Au-delà de la dimension sécuritaire, la présence conjointe des représentants des Églises et de l’opposition politique confère à ces consultations une portée particulière. Depuis plusieurs mois, la CENCO et l’ECC plaident en faveur d’un dialogue inclusif susceptible de restaurer la cohésion nationale et de créer les conditions d’une paix durable. Leur implication, aux côtés de figures de l’opposition, pourrait traduire une volonté d’élargir les concertations au-delà des seuls canaux gouvernementaux. Selon plusieurs observateurs, cette démarche pourrait également préparer le terrain à un dialogue politique plus large, associant les différentes sensibilités politiques et sociales du pays. Lors de sa récente visite à Kinshasa, le président Évariste Ndayishimiye avait d’ailleurs exprimé son souhait de rencontrer les responsables de l’opposition congolaise avant la marche dite « pacifique » de l’opposition, initialement prévue le 8 juillet puis reportée au 22 juillet. Cette manifestation vise à réclamer la démission du président Félix Tshisekedi, que ses opposants accusent de vouloir modifier la Constitution afin de se maintenir au pouvoir au-delà de 2028, année marquant la fin de son second et dernier mandat.

Si aucun détail officiel n’a encore filtré sur le contenu des échanges à Bujumbura, ces consultations témoignent de la volonté des acteurs régionaux de maintenir la dynamique diplomatique afin de favoriser une désescalade et de rechercher une solution négociée à la crise qui continue de déstabiliser l’Est de la RDC. Reste à savoir si cette initiative débouchera sur un véritable processus de dialogue ou ne constituera qu’une étape supplémentaire dans les multiples médiations en cours. Une chose est certaine : en réunissant autour d’une même table les Églises, l’opposition politique et un acteur régional désormais au premier plan, Bujumbura pourrait devenir le point de départ d’une nouvelle séquence diplomatique dont les développements seront suivis de près, tant en RDC que dans l’ensemble de la région des Grands Lacs.

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ADF : douze années de terreur dans l’Est de la RDC

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Massacres de civils, enlèvements, déplacements de populations et attaques répétées contre les forces de sécurité. Depuis 2014, les Forces démocratiques alliées (ADF) se sont imposées comme l’un des groupes armés les plus meurtriers de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). D’abord rébellion ougandaise réfugiée dans les forêts du Nord-Kivu, le mouvement a progressivement muté pour devenir une organisation terroriste redoutée, responsable de milliers de morts et d’une insécurité persistante dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.

L’histoire des ADF ne commence pas en République démocratique du Congo. Le groupe est créé au milieu des années 1990 en Ouganda par Jamil Mukulu, un opposant au régime du président Yoweri Museveni. Sous la pression de l’armée ougandaise, les rebelles traversent rapidement la frontière et trouvent refuge dans les régions montagneuses et forestières de l’Est congolais, où ils établissent leurs bases arrière. Pendant plusieurs années, les ADF demeurent relativement discrètes, vivant du trafic de ressources naturelles, du commerce illicite et de diverses activités économiques locales. Mais à partir de 2014, la situation bascule. Après une vaste offensive militaire des Forces armées de la RDC (FARDC) contre leurs bastions, le groupe adopte une stratégie de représailles particulièrement violente contre les populations civiles.

Entre octobre 2014 et aujourd’hui, les territoires de Beni, Lubero, Mambasa et Irumu deviennent le théâtre de massacres à répétition. Hommes, femmes et enfants sont tués lors d’attaques nocturnes souvent menées à l’arme blanche. Des villages entiers sont incendiés, tandis que des centaines de personnes sont enlevées. Selon plusieurs organisations nationales et internationales de défense des droits humains, les ADF sont responsables de milliers de morts au cours de la dernière décennie. Le territoire de Beni, dans la province du Nord-Kivu, est particulièrement touché, au point de devenir l’un des symboles de l’insécurité chronique qui frappe l’Est du pays.

De la rébellion au terrorisme…

Au fil des années, le mouvement évolue également sur le plan idéologique. À partir de 2017, plusieurs rapports des Nations unies et d’organismes spécialisés font état d’un rapprochement entre certaines factions des ADF et l’organisation djihadiste État islamique. En 2019, l’État islamique revendique officiellement plusieurs attaques menées dans l’Est de la RDC à travers sa branche dite « Province d’Afrique centrale » (ISCAP). Cette affiliation, contestée à ses débuts par certains experts, se confirme progressivement par la propagande diffusée par les réseaux de l’État islamique et par l’évolution des modes opératoires du groupe. Malgré cela, les ADF conservent des caractéristiques locales fortes, enracinées dans les réalités sécuritaires et économiques de la région des Grands Lacs.

Opérations conjointes « Shujaa » 

Face à cette menace, les autorités congolaises ont multiplié les opérations militaires. En mai 2021, le gouvernement instaure l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri afin de renforcer la lutte contre les groupes armés. Quelques mois plus tard, la RDC et l’Ouganda lancent conjointement l’opération militaire « Shujaa » pour traquer les combattants ADF dans leurs sanctuaires forestiers.

Malgré près de cinq ans d’efforts conjoints de la RDC et de l’Ouganda dans le cadre de l’opération Shujaa, les zones débarrassées des combattants des ADF sont régulièrement réinfiltrées en l’espace de quelques semaines. Cette situation s’explique notamment par la solidité du système de succession interne du groupe prévue à l’avance, qui lui permet d’avoir une relève rapide du commandement lorsque des dirigeants sont neutralisés. Des allégations de collusion avec des acteurs étatiques, la faiblesse de la gouvernance et l’insuffisance de la protection des civils aggravent également le problème.

L’opération Shujaa repose sur des offensives conjointes, qui vont des opérations de combat mobiles au renseignement humain, visant à démanteler les structures de commandement des ADF et à rétablir l’autorité de l’État dans les zones occupées. Au-delà des approches cinétiques, elle entend soutenir la stabilisation, notamment par la construction de routes et la réinsertion des personnes enlevées. Toutefois, sa stratégie intègre peu d’approches préventives capables de neutraliser les ADF et reste réactive.

Ces offensives permettent de démanteler plusieurs camps rebelles et d’éliminer certains commandants. Toutefois, les ADF démontrent une forte capacité d’adaptation. Fragmentés en petites unités mobiles, leurs combattants continuent de mener des attaques meurtrières contre les civils et les positions militaires. Aujourd’hui encore, malgré les efforts militaires et les initiatives régionales de stabilisation, les ADF figurent parmi les principaux acteurs de l’insécurité dans l’Est de la RDC. Le groupe demeure particulièrement actif dans les zones frontalières entre le Nord-Kivu et l’Ituri, où les populations vivent sous la menace permanente d’incursions armées. Douze ans après le début des massacres de grande ampleur à Beni, la question des ADF reste l’un des défis sécuritaires majeurs de la République démocratique du Congo. Derrière les statistiques et les rapports se trouvent des milliers de familles endeuillées, des villages détruits et des communautés déplacées. Tant que cette menace persistera, la paix durable dans l’Est du pays demeurera un objectif difficile à atteindre, malgré les efforts déployés par les autorités congolaises et leurs partenaires régionaux.

Groupe armé le plus meurtrier en mai 2026

Les ADF ont été responsables du plus grand nombre de victimes civiles dans l’est de la République démocratique du Congo au cours du mois de mai 2026. C’est ce que révèle un rapport publié par l’Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, Ebuteli, qui fait état d’une recrudescence alarmante des attaques contre les populations civiles, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. L’insécurité continue de faire des ravages dans l’Est de la République démocratique du Congo.

Dans son dernier rapport sur la situation sécuritaire, Ebuteli indique que les ADF demeurent le groupe armé le plus meurtrier de la région, avec au moins 190 civils tués au cours du seul mois de mai 2026. Ce bilan représente une augmentation spectaculaire par rapport au mois d’avril, où 53 victimes civiles avaient été enregistrées. Selon le rapport, cette recrudescence des violences s’est traduite par au moins 36 attaques attribuées aux rebelles ougandais, actifs principalement dans les territoires de Beni, Mambasa, Irumu et Lubero. Les assaillants ont multiplié les incursions meurtrières dans plusieurs villages, ciblant des populations civiles souvent sans défense.

L’un des faits marquants du mois a été le retour des attaques dans la ville de Beni. Dans la nuit du 30 au 31 mai, des combattants ADF ont mené plusieurs incursions simultanées dans la ville et ses environs, causant la mort d’au moins 26 civils. Il s’agit de la première attaque documentée dans la zone urbaine de Beni depuis 2023. Le rapport souligne également que les ADF ont intensifié leurs opérations malgré les offensives conjointes menées par les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’armée ougandaise dans le cadre de l’opération Shujaa. Les chercheurs estiment que plusieurs de ces massacres pourraient constituer des représailles aux pressions militaires exercées contre le groupe armé.

Pendant ce temps, d’autres groupes armés restent actifs dans la région. En Ituri, la CODECO et l’URDPC poursuivent leurs activités criminelles, tandis que dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, les affrontements entre le M23 et divers groupes armés locaux continuent d’alimenter l’instabilité. Toutefois, aucun de ces acteurs n’a atteint le niveau de violence meurtrière enregistré par les ADF au cours du mois de mai.

Alors que les populations de l’est de la RDC espèrent un retour durable de la paix, les conclusions du rapport d’Ebuteli rappellent l’ampleur du défi sécuritaire auquel le pays reste confronté. La montée en puissance des attaques des ADF, combinée à la persistance de multiples foyers de violence, continue de faire peser une lourde menace sur les civils, premiers victimes d’un conflit qui semble loin de s’essouffler.

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