Nous rejoindre

Nation

Conflit RDC-Rwanda : Dialogue amorcé, mais les combats continuent

Published

on

Une semaine après avoir rencontré le président congolais Félix Tshisekedi, les évêques de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et de l’Église du Christ au Congo (ECC) ont rencontré, jeudi 13 février à Kigali, le président rwandais, Paul Kagame. Malgré le début de ces contacts, les bruits de bottes continuent dans les provinces du Nord et Sud-Kivu. Et ce, en dépit du cessez-le-feu décidé par les chefs d’État de l’EAC-SADC, le 8 février, à Dar es Salaam, en Tanzanie. Après l’occupation de l’aéroport de Kavumu par des rebelles, ce 14 février, le chef de l’État décide d’écourter son voyage en Allemagne pour rentrer au pays.

L’armée rwandaise, en appui aux rebelles du M23, poursuit son expansion territoriale dans l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC). Des combats sont engagés à la fois au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, se rapprochant notamment de la ville de Bukavu. Malgré les condamnations de l’agression rwandaise, Kigali n’a pas renoncé à son intention belliciste. Paul Kagame a récemment fait savoir qu’entre les sanctions occidentales et faire face à une menace existentielle, son pays choisirait le second. Ce qui démontre clairement que Kigali est loin de procéder à une désescalade dans le conflit qui l’oppose à la RDC à travers les rebelles du M23/AFC.

Les parlementaires européens, réunis le 13 février à Strasbourg, ont demandé, à la quasi-unanimité, la suspension « immédiate » d’un accord signé en février 2024 avec le Rwanda. Il s’agit d’un mémorandum d’entente conclu entre l’Union européenne et le pays des « mille collines » sur les chaînes de valeur des matières premières durables, signé le 19 février 2024. Cette résolution a été adoptée avec 443 voix pour, 4 contre et 48 abstentions. L’accord incriminé constituait un point de divergence majeur entre Kinshasa et l’institution européenne. Kinshasa accuse l’Union européenne d’encourager « le pillage des ressources naturelles congolaises par le Rwanda ». Un eurodéputé du groupe des Verts et président de la commission des droits humains du parlement européen, Mounir Satouri, a avoué que ce partenariat stratégique avec le Rwanda sur les filières durables de matières premières était « indéfendable dès le départ ».

CENCO-ECC chez Kagame

Après avoir rencontré certains opposants à Kinshasa, notamment Martin Fayulu et Delly Sesanga, puis le coordonnateur de l’Alliance Fleuve Congo et Mouvement du 23 mars (AFC-M23), Corneille Nangaa, à Goma, la CENCO et l’ECC tentent d’arrimer Paul Kagame au pacifisme. Selon l’ECC, cette démarche s’inscrit dans le cadre de l’initiative du « Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble en RDC et dans les Grands Lacs ». D’après Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, les prélats ont apporté au président du Rwanda le message allant dans le sens de la recherche de la paix durable en RDC et dans la sous-région. Ces évêques n’ont pas encore révélé ce qu’a été la réaction de Paul Kagame à cette proposition d’un pacte social pour la paix dans les Grands Lacs. La CENCO-ECC compte rencontrer tous les acteurs susceptibles de contribuer à la paix dans cette sous-région.

Kabila et Katumbi, prochaines étapes des évêques

Les prélats de la CENCO et les pasteurs de l’ECC vont également se rendre en Belgique pour rencontrer Moïse Katumbi. Il est aussi prévu de rencontrer, dans leur agenda, l’ancien président de la République, Joseph Kabila ou son représentant. Joseph Kabila retrouve la scène politique depuis sa rencontre avec Moïse Katumbi à Addis-Abeba. Soupçonné d’être derrière la rébellion menée par Corneille Nangaa, l’ancien chef de l’État pourrait jouer un rôle clé dans le dénouement de l’actuelle crise sécuritaire.

L’Angola quitte la médiation

Au milieu des vagues de violences qui se poursuivent dans l’Est de la RDC, le président angolais, João Lourenço, médiateur désigné par l’Union africaine, quitte le navire de la médiation dans ce conflit. « Il est temps pour moi de passer le témoin à un autre chef d’État concernant la médiation entre Kinshasa et Kigali », a affirmé Lourenço dans une récente interview accordée à Jeune Afrique. Luanda, qui va prendre la présidence tournante de l’Union africaine, ne saurait plus exercer le rôle de médiateur. Addis-Abeba devrait choisir un nouveau médiateur pour ce conflit. Dans la foulée, João Lourenço a plaidé en faveur d’un dialogue, y compris avec le M23. « Les autorités congolaises ont conscience de la nécessité de parler à toutes les parties, y compris au M23. Et nous avons plaidé en ce sens auprès du président Félix Tshisekedi en rappelant notre propre exemple », a-t-il déclaré, soulignant que l’Angola a dû dialoguer même avec la rébellion de l’Unita, le moment venu.

L’UDPS s’oppose à un dialogue avec le M23

La démarche des prélats catholiques et protestants ne fait pas l’unanimité au sein de la classe politique et d’une partie de la société civile. L’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), parti présidentiel, a fait part, le 11 février, de son opposition à une initiative de dialogue qui intégrerait les rebelles de l’AFC-M23. Dans une déclaration politique signée par son secrétaire général, Augustin Kabuya, ce parti a exprimé sa désapprobation à l’initiative d’un dialogue social que prônent les évêques de la CENCO et de l’ECC. Tout en privilégiant la cohésion nationale interne, l’UDPS rejette en bloc « toute démarche visant à organiser des négociations politiques en dehors des processus de Luanda et de Nairobi ». Ce parti dénonce une initiative « narquoise » de certains acteurs religieux dont les diverses prises de position « n’ont jamais caché leur antipathie envers les institutions de la République ».

De son côté, le secrétaire permanent de l’Union sacrée de la Nation, plateforme du pouvoir, a abondé dans le même sens. André Mbata soupçonne les prélats catholiques et protestants d’avoir déjà pris des contacts sans attendre un quelconque mandat du président de la République. « Le fameux ‘‘Pacte social’’ proposé par certains est une initiative individuelle de ceux qui avaient déjà pris d’autres contacts ailleurs et qui n’ont pas voulu attendre la position finale du garant de la Nation. Par conséquent, ce projet n’engage ni l’Union sacrée ni sa haute autorité politique », a fait savoir André Mbata.

L’ODEP refuse un dialogue avec le Rwanda

L’Observatoire de la Dépense Publique (ODEP) a rejeté tout dialogue avec les agresseurs, notamment le président rwandais, Paul Kagame. Cette structure de la société civile n’a pas mâché ses mots face aux prélats catholiques et protestants. Dans un communiqué de presse signé par son président du Conseil d’administration, Florimond Muteba, cette plateforme a accusé la CENCO-ECC de jouer le jeu de l’ennemi, qualifiant le cardinal Fridolin Ambongo de « Maréchal Pétain congolais ».

Pour sa part, Germain Kambinga, président du parti politique Le Centre, pense qu’au lieu d’un dialogue, il faut plutôt organiser le système de défense du pays. S’adressant à l’Église catholique et protestante, cet ancien ministre de l’Industrie affirme que le dialogue est pour l’instant inacceptable, craignant un retour de 30 ans en arrière. Ce politicien indique que cela constituerait même une violation de la Constitution. Ces premiers couacs risqueraient d’entamer la crédibilité de la démarche de ces prélats.

Mais la CENCO-ECC essaie de calmer les esprits, indiquant que son initiative a été saluée par le chef de l’État, Félix Tshisekedi. « Quand j’entends un autre son de cloche, je crois que ça n’engage que ceux qui ont parlé, les réactions des forces vives que nous rencontrons nous rassurent », a réagi Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO. Pour lui, le président de la République a qualifié de « louable » cette démarche des évêques.

Kamerhe renvoie la balle au gouvernement

L’Assemblée nationale, qui a consacré une session extraordinaire sur la crise sécuritaire en RDC, a laissé la question des négociations menées par la CENCO-ECC au gouvernement et au chef de l’État. Face aux députés, le président de l’Assemblée nationale a appelé les élus à se départir de l’émotion face à cette crise. « Vous risquez de parler et de dire des choses que vous ne maîtrisez pas. Si vous voulez la paix, il faut chasser l’émotion », a affirmé Vital Kamerhe lors de la clôture de cette session, le 13 février. La chambre basse du Parlement a promis de mieux s’enquérir de la situation auprès du Gouvernement dans le cadre de la coopération interinstitutionnelle.

Tshisekedi dos au mur ?

Face à cette crise sécuritaire majeure, le chef de l’État congolais est-il dos au mur ? En séjour en Allemagne, Félix Tshisekedi a décidé d’écourter son séjour. Il ne participera plus au sommet de l’Union africaine prévu à Addis-Abeba, en Éthiopie, suite aux derniers développements de la crise sécuritaire au pays. Les rebelles de l’AFC-M23, appuyés par l’armée rwandaise, se sont emparés de l’aéroport stratégique de Kavumu, au Sud-Kivu. Un coup dur pour le gouvernement, car cette infrastructure aéroportuaire était la base militaire des Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) et un centre de commandement, notamment pour des drones chinois, CH-4A. Ce qui diminue drastiquement la marge de manœuvre de l’armée congolaise dans l’espace Kivu, anéantissant ainsi, pour l’instant, la possibilité de riposte à partir de cet aéroport. Plus les rebelles avancent, moins le chef de l’État a de choix que d’ouvrir des discussions avec les belligérants, en attendant une réorganisation de l’appareil sécuritaire. C’est la voie qui semble la plus plausible dans l’état actuel de la crise.

Heshima

Continue Reading

Nation

Léopards de la RDC : Après l’exploit, l’heure de la confirmation

Published

on

Ils sont revenus. Par la grande porte. Après 52 ans d’absence, les Léopards de la République Démocratique du Congo ont foulé les pelouses américaines du Mondial 2026 avec la détermination de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Si l’aventure s’est achevée en seizièmes de finale face à l’Angleterre, elle a laissé un héritage bien plus précieux qu’un simple bilan comptable.

Le retour d’un géant endormi

Pour la RDC, 100 millions d’habitants et une culture footballistique parmi les plus riches du continent, cette qualification était bien plus qu’un exploit sportif. Elle mettait fin à cinq décennies d’attente, depuis l’épopée du Zaïre en 1974, et consacrait le travail de reconstruction engagé sous la houlette de Sébastien Desabre.

Le parcours qualificatif avait déjà valeur de test. Placés dans le groupe B aux côtés du Sénégal, les Léopards ont terminé deuxièmes avec 22 points avant d’écarter le Cameroun puis le Nigeria en barrages. Le dernier obstacle, la Jamaïque, fut franchi en prolongation grâce à Axel Tuanzebe, envoyant toute une nation en délire.

Un Mondial qui change tout

Le groupe K promettait un baptême du feu : Portugal, Colombie et Ouzbékistan. Face aux favoris portugais au NRG Stadium de Houston, les Léopards n’ont pas tremblé. Menés dès la 6e minute, ils ont égalisé juste avant la pause par Yoane Wissa sur corner, pour arracher un nul historique (1-1).

Le sélectionneur adjoint Rafael Hamidi résumait l’exploit : « Ce score de parité face au Portugal, c’était à prendre si on nous l’avait proposé avant le coup d’envoi ». La presse congolaise saluait un système en 3-5-2 particulièrement solide, la discipline collective et les transitions rapides.

Qualifiés pour les seizièmes de finale, les Léopards ont longtemps fait douter l’Angleterre, menant jusqu’à la 76e minute avant de s’incliner 2-1 dans les dernières secondes. Un scénario cruel qui a rappelé les limites d’un groupe prometteur mais encore en apprentissage des grands rendez-vous.

Les enseignements d’une expérience unique

Ce Mondial a livré plusieurs enseignements pour l’avenir. D’abord, une force mentale confirmée. Les barrages contre le Cameroun et le Nigeria avaient déjà forgé ce groupe, capable de rester lucide sous pression. Face au Portugal, les Léopards ont prouvé qu’ils pouvaient rivaliser avec les meilleures nations.

Ensuite, des fragilités structurelles. Comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Japon, la RDC a cédé dans les dernières minutes face à l’Angleterre. Loïc Aumont, spécialiste de la performance, analyse : « Ces sélections possèdent les qualités techniques et physiques. Ce qui fait basculer un match, c’est la gestion des émotions lorsque la pression atteint son maximum ». Un déficit d’expérience à ce niveau que seul le temps et les répétitions pourront combler.

Cap sur la CAN 2027 : un trophée à portée de griffes ?

L’objectif est désormais clair : les Léopards doivent viser le titre lors de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations, organisée en 2027 au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie.

Le contexte est favorable. Cette génération, portée par Chancel Mbemba, son capitaine de 31 ans, possède une identité de jeu forte et un vécu commun exceptionnel. Le vivier de talents, évoluant pour beaucoup dans les meilleurs championnats européens, n’a jamais été aussi riche.

Le chemin qualificatif pour la CAN 2027 s’annonce abordable, avec un groupe E composé de la Guinée équatoriale, de la Sierra Leone et du Zimbabwe. Mais les Léopards savent désormais qu’aucune montagne n’est insurmontable, comme l’écrivait la presse congolaise avant le choc contre le Portugal : « Aucune montagne n’est insurmontable quand on est déterminé ».

Le défi de la régularité

Si le rêve est permis, la réalité impose de rester humble. Le Mondial a montré que l’écart avec les meilleures nations s’est considérablement réduit, mais que la gestion des moments décisifs reste le nerf de la guerre. Les Léopards devront transformer l’essai en confirmant leur niveau sur la durée, avec un calendrier international exigeant et des joueurs à préserver.

Sébastien Desabre, l’artisan de ce renouveau, aura à cœur de capitaliser sur cette expérience unique pour faire franchir un nouveau palier à sa sélection. La CAN 2027 sera le test ultime : plus qu’une performance, c’est un trophée que la RDC attend. Le message des supporters est clair, comme le résumait un journaliste avant le Mondial : « On ne vous demande pas de dominer le Portugal, mais juste de sortir un match de malade du début à la fin ». Pour la CAN 2027, on leur demande désormais de ramener la coupe à la maison.

Heshima Magazine

Continue Reading

Nation

Opposition, CENCO et ECC en consultations au Burundi : Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?

Published

on

Une délégation réunissant des responsables de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), de l’Église du Christ au Congo (ECC) et plusieurs figures de l’opposition congolaise séjourne à Bujumbura, au Burundi, pour des consultations consacrées à la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Organisée à l’invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, cette rencontre alimente les spéculations sur l’émergence d’un nouveau cadre de dialogue politique autour de la paix et de la stabilité dans la région.

Une nouvelle séquence diplomatique s’ouvre dans la recherche d’une issue à la crise qui secoue l’Est de la République démocratique du Congo. Une délégation composée de responsables de la CENCO, de l’ECC ainsi que de plusieurs leaders de l’opposition est arrivée à Bujumbura pour prendre part à des consultations consacrées à la situation sécuritaire et politique en RDC.

Cette mission répond à une invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, qui assure actuellement la présidence en exercice de l’Union africaine (UA). Déjà engagé dans plusieurs initiatives diplomatiques régionales, le chef de l’État burundais entend poursuivre ses efforts afin de rapprocher les différentes parties prenantes et de favoriser une solution politique durable. La délégation est composée du pasteur André Bokundoa, président de l’ECC, du pasteur Éric Senga, de Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, ainsi que des opposants Martin Fayulu, Delly Sesanga et Dieudonné Bolengetenge. Les membres de cette mission ont quitté Kinshasa dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 juillet 2026 à bord d’un vol régulier d’Ethiopian Airlines à destination de la capitale burundaise.

Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?

Cette initiative, qui intervient alors que plusieurs processus de médiation restent inachevés, soulève une interrogation majeure : Évariste Ndayishimiye cherche-t-il à reprendre le flambeau laissé par João Lourenço ou à insuffler une nouvelle dynamique sous l’égide de l’Union africaine ?

Alors que l’Angola avait été mandaté pour faciliter un dialogue intercongolais, la multiplication des divergences avec les autorités congolaises sur le format et le cadre de ces discussions a progressivement conduit le projet dans l’impasse. D’où cette question que se posent plusieurs observateurs de la crise congolaise : João Lourenço a-t-il jeté l’éponge ?

Officiellement mandaté en février dernier pour mener des consultations en vue d’un dialogue politique en RDC, le président angolais peine à concrétiser son initiative et se fait de plus en plus discret. S’il n’a pas officiellement renoncé à sa mission, plusieurs sources diplomatiques citées par Jeune Afrique indiquent que le processus est, pour l’heure, au point mort.

Les consultations de Bujumbura interviennent alors que les combats se poursuivent dans l’Est de la RDC. Plusieurs localités des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu restent sous le contrôle de l’armée rwandaise et de ses alliés de l’AFC/M23, selon les autorités congolaises, tandis que les initiatives diplomatiques se multiplient pour tenter d’enrayer une crise qui perdure depuis plusieurs années.

Les prémices d’un dialogue inclusif ?

Au-delà de la dimension sécuritaire, la présence conjointe des représentants des Églises et de l’opposition politique confère à ces consultations une portée particulière. Depuis plusieurs mois, la CENCO et l’ECC plaident en faveur d’un dialogue inclusif susceptible de restaurer la cohésion nationale et de créer les conditions d’une paix durable. Leur implication, aux côtés de figures de l’opposition, pourrait traduire une volonté d’élargir les concertations au-delà des seuls canaux gouvernementaux. Selon plusieurs observateurs, cette démarche pourrait également préparer le terrain à un dialogue politique plus large, associant les différentes sensibilités politiques et sociales du pays. Lors de sa récente visite à Kinshasa, le président Évariste Ndayishimiye avait d’ailleurs exprimé son souhait de rencontrer les responsables de l’opposition congolaise avant la marche dite « pacifique » de l’opposition, initialement prévue le 8 juillet puis reportée au 22 juillet. Cette manifestation vise à réclamer la démission du président Félix Tshisekedi, que ses opposants accusent de vouloir modifier la Constitution afin de se maintenir au pouvoir au-delà de 2028, année marquant la fin de son second et dernier mandat.

Si aucun détail officiel n’a encore filtré sur le contenu des échanges à Bujumbura, ces consultations témoignent de la volonté des acteurs régionaux de maintenir la dynamique diplomatique afin de favoriser une désescalade et de rechercher une solution négociée à la crise qui continue de déstabiliser l’Est de la RDC. Reste à savoir si cette initiative débouchera sur un véritable processus de dialogue ou ne constituera qu’une étape supplémentaire dans les multiples médiations en cours. Une chose est certaine : en réunissant autour d’une même table les Églises, l’opposition politique et un acteur régional désormais au premier plan, Bujumbura pourrait devenir le point de départ d’une nouvelle séquence diplomatique dont les développements seront suivis de près, tant en RDC que dans l’ensemble de la région des Grands Lacs.

Heshima Magazine

Continue Reading

Nation

ADF : douze années de terreur dans l’Est de la RDC

Published

on

Massacres de civils, enlèvements, déplacements de populations et attaques répétées contre les forces de sécurité. Depuis 2014, les Forces démocratiques alliées (ADF) se sont imposées comme l’un des groupes armés les plus meurtriers de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). D’abord rébellion ougandaise réfugiée dans les forêts du Nord-Kivu, le mouvement a progressivement muté pour devenir une organisation terroriste redoutée, responsable de milliers de morts et d’une insécurité persistante dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.

L’histoire des ADF ne commence pas en République démocratique du Congo. Le groupe est créé au milieu des années 1990 en Ouganda par Jamil Mukulu, un opposant au régime du président Yoweri Museveni. Sous la pression de l’armée ougandaise, les rebelles traversent rapidement la frontière et trouvent refuge dans les régions montagneuses et forestières de l’Est congolais, où ils établissent leurs bases arrière. Pendant plusieurs années, les ADF demeurent relativement discrètes, vivant du trafic de ressources naturelles, du commerce illicite et de diverses activités économiques locales. Mais à partir de 2014, la situation bascule. Après une vaste offensive militaire des Forces armées de la RDC (FARDC) contre leurs bastions, le groupe adopte une stratégie de représailles particulièrement violente contre les populations civiles.

Entre octobre 2014 et aujourd’hui, les territoires de Beni, Lubero, Mambasa et Irumu deviennent le théâtre de massacres à répétition. Hommes, femmes et enfants sont tués lors d’attaques nocturnes souvent menées à l’arme blanche. Des villages entiers sont incendiés, tandis que des centaines de personnes sont enlevées. Selon plusieurs organisations nationales et internationales de défense des droits humains, les ADF sont responsables de milliers de morts au cours de la dernière décennie. Le territoire de Beni, dans la province du Nord-Kivu, est particulièrement touché, au point de devenir l’un des symboles de l’insécurité chronique qui frappe l’Est du pays.

De la rébellion au terrorisme…

Au fil des années, le mouvement évolue également sur le plan idéologique. À partir de 2017, plusieurs rapports des Nations unies et d’organismes spécialisés font état d’un rapprochement entre certaines factions des ADF et l’organisation djihadiste État islamique. En 2019, l’État islamique revendique officiellement plusieurs attaques menées dans l’Est de la RDC à travers sa branche dite « Province d’Afrique centrale » (ISCAP). Cette affiliation, contestée à ses débuts par certains experts, se confirme progressivement par la propagande diffusée par les réseaux de l’État islamique et par l’évolution des modes opératoires du groupe. Malgré cela, les ADF conservent des caractéristiques locales fortes, enracinées dans les réalités sécuritaires et économiques de la région des Grands Lacs.

Opérations conjointes « Shujaa » 

Face à cette menace, les autorités congolaises ont multiplié les opérations militaires. En mai 2021, le gouvernement instaure l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri afin de renforcer la lutte contre les groupes armés. Quelques mois plus tard, la RDC et l’Ouganda lancent conjointement l’opération militaire « Shujaa » pour traquer les combattants ADF dans leurs sanctuaires forestiers.

Malgré près de cinq ans d’efforts conjoints de la RDC et de l’Ouganda dans le cadre de l’opération Shujaa, les zones débarrassées des combattants des ADF sont régulièrement réinfiltrées en l’espace de quelques semaines. Cette situation s’explique notamment par la solidité du système de succession interne du groupe prévue à l’avance, qui lui permet d’avoir une relève rapide du commandement lorsque des dirigeants sont neutralisés. Des allégations de collusion avec des acteurs étatiques, la faiblesse de la gouvernance et l’insuffisance de la protection des civils aggravent également le problème.

L’opération Shujaa repose sur des offensives conjointes, qui vont des opérations de combat mobiles au renseignement humain, visant à démanteler les structures de commandement des ADF et à rétablir l’autorité de l’État dans les zones occupées. Au-delà des approches cinétiques, elle entend soutenir la stabilisation, notamment par la construction de routes et la réinsertion des personnes enlevées. Toutefois, sa stratégie intègre peu d’approches préventives capables de neutraliser les ADF et reste réactive.

Ces offensives permettent de démanteler plusieurs camps rebelles et d’éliminer certains commandants. Toutefois, les ADF démontrent une forte capacité d’adaptation. Fragmentés en petites unités mobiles, leurs combattants continuent de mener des attaques meurtrières contre les civils et les positions militaires. Aujourd’hui encore, malgré les efforts militaires et les initiatives régionales de stabilisation, les ADF figurent parmi les principaux acteurs de l’insécurité dans l’Est de la RDC. Le groupe demeure particulièrement actif dans les zones frontalières entre le Nord-Kivu et l’Ituri, où les populations vivent sous la menace permanente d’incursions armées. Douze ans après le début des massacres de grande ampleur à Beni, la question des ADF reste l’un des défis sécuritaires majeurs de la République démocratique du Congo. Derrière les statistiques et les rapports se trouvent des milliers de familles endeuillées, des villages détruits et des communautés déplacées. Tant que cette menace persistera, la paix durable dans l’Est du pays demeurera un objectif difficile à atteindre, malgré les efforts déployés par les autorités congolaises et leurs partenaires régionaux.

Groupe armé le plus meurtrier en mai 2026

Les ADF ont été responsables du plus grand nombre de victimes civiles dans l’est de la République démocratique du Congo au cours du mois de mai 2026. C’est ce que révèle un rapport publié par l’Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, Ebuteli, qui fait état d’une recrudescence alarmante des attaques contre les populations civiles, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. L’insécurité continue de faire des ravages dans l’Est de la République démocratique du Congo.

Dans son dernier rapport sur la situation sécuritaire, Ebuteli indique que les ADF demeurent le groupe armé le plus meurtrier de la région, avec au moins 190 civils tués au cours du seul mois de mai 2026. Ce bilan représente une augmentation spectaculaire par rapport au mois d’avril, où 53 victimes civiles avaient été enregistrées. Selon le rapport, cette recrudescence des violences s’est traduite par au moins 36 attaques attribuées aux rebelles ougandais, actifs principalement dans les territoires de Beni, Mambasa, Irumu et Lubero. Les assaillants ont multiplié les incursions meurtrières dans plusieurs villages, ciblant des populations civiles souvent sans défense.

L’un des faits marquants du mois a été le retour des attaques dans la ville de Beni. Dans la nuit du 30 au 31 mai, des combattants ADF ont mené plusieurs incursions simultanées dans la ville et ses environs, causant la mort d’au moins 26 civils. Il s’agit de la première attaque documentée dans la zone urbaine de Beni depuis 2023. Le rapport souligne également que les ADF ont intensifié leurs opérations malgré les offensives conjointes menées par les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’armée ougandaise dans le cadre de l’opération Shujaa. Les chercheurs estiment que plusieurs de ces massacres pourraient constituer des représailles aux pressions militaires exercées contre le groupe armé.

Pendant ce temps, d’autres groupes armés restent actifs dans la région. En Ituri, la CODECO et l’URDPC poursuivent leurs activités criminelles, tandis que dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, les affrontements entre le M23 et divers groupes armés locaux continuent d’alimenter l’instabilité. Toutefois, aucun de ces acteurs n’a atteint le niveau de violence meurtrière enregistré par les ADF au cours du mois de mai.

Alors que les populations de l’est de la RDC espèrent un retour durable de la paix, les conclusions du rapport d’Ebuteli rappellent l’ampleur du défi sécuritaire auquel le pays reste confronté. La montée en puissance des attaques des ADF, combinée à la persistance de multiples foyers de violence, continue de faire peser une lourde menace sur les civils, premiers victimes d’un conflit qui semble loin de s’essouffler.

Heshima Magazine

Continue Reading

NOUS SOMMES AUSSI SUR FACEBOOK

Trending

You cannot copy content of this page

WeCreativez WhatsApp Support
Notre rédaction est là pour répondre à toutes vos préoccupations. N'hésitez pas !
👋Bonjour, comment puis-je vous aider ?