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Discours de Félix Tshisekedi  entre promesses et réalités

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Le 29 janvier 2025 restera gravé dans l’histoire de la République Démocratique du Congo (RDC). Ce jour-là, le président Félix Tshisekedi s’adressa à la nation et à l’opinion internationale avec une fermeté inédite, après la prise stratégique de Goma par le M23, un groupe armé soutenu par le Rwanda. Au-delà de la rhétorique martiale, ce discours se révèle être une fenêtre sur la politique sécuritaire du chef de l’État, une évaluation des promesses de paix faites au fil des années, une mise en perspective des mesures d’exception telles que l’état de siège et une analyse des difficultés rencontrées par l’armée congolaise, sans oublier la dimension diplomatique de la crise. Plongez, avec Heshima Magazine, au cœur des enjeux et des stratégies qui se dessinent dans ce contexte de tension accrue.

Depuis son accession au pouvoir, Félix Tshisekedi a tenté de repositionner la RDC sur le plan sécuritaire, mettant en avant la restauration de l’autorité de l’État dans les zones de conflit. L’exécutif a entrepris une refonte des dispositifs de défense, cherchant à moderniser les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) et à réorganiser l’appareil de sécurité. L’objectif affiché est double : d’une part, répondre aux agressions des groupes armés comme le M23 et, d’autre part, rassurer une population traumatisée par des années de violences et d’instabilité.

Un appel à l’unité nationale et à la mobilisation générale

Le discours du 29 janvier se distingue par son insistance sur l’unité nationale et l’appel à la mobilisation générale. Il incarne l’espoir d’un changement, tout en soulignant les limites d’une politique sécuritaire confrontée à des réalités multiples : un ennemi extérieur bien équipé, une armée fragilisée par des dysfonctionnements internes et les obstacles d’une diplomatie hésitante. Ce discours, fort de son apparente détermination, cache parfois des failles structurelles qui entravent une réponse plus efficace face à un ennemi aux appuis extérieurs bien armés et une armée qui peine à se réorganiser face à la complexité du terrain.

La mise en œuvre de mesures répressives comme l’extension de l’état de siège dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu est accompagnée d’une proposition de dialogue, quoique conditionnel, dans le cadre du processus de paix de Luanda. Cependant, malgré l’affichage d’une ferme volonté de restaurer l’autorité de l’État, la rhétorique martiale masque des défaillances qui ne permettent pas toujours d’atteindre les résultats escomptés.

Promesses de paix et réalité du terrain 

Dès ses premiers jours au pouvoir, Félix Tshisekedi s’était engagé à instaurer une ère de paix et de stabilité. Des annonces ambitieuses avaient alors été faites : réorganisation des forces de sécurité, engagement dans des processus de réconciliation et augmentation des effectifs de la police pour renforcer la lutte contre la criminalité. Ces engagements, largement relayés par les médias et salués par la communauté internationale, avaient suscité l’espoir d’un changement profond dans un pays trop souvent gangrené par l’insécurité.

Cependant, six ans plus tard, le constat demeure mitigé. La violence persiste et se renouvelle sous des formes imprévues. La reprise des hostilités dans l’est du pays, exacerbée par l’intervention de groupes armés étrangers et la multiplication des conflits intercommunautaires, montre que les réformes promises n’ont pas produit les effets escomptés. En particulier, la situation sécuritaire, notamment en Ituri et au Nord-Kivu, demeure préoccupante, avec des milliers de victimes civiles, des déplacements massifs et un tissu social en délitement.

Les experts estiment que ce décalage entre la promesse d’un avenir pacifique et la réalité des affrontements est en partie dû à une mauvaise anticipation des dynamiques régionales. En effet, l’implication du Rwanda, par le biais des Forces de Défense du Rwanda (RDF) et leur soutien au M23, a compliqué la donne. Cette ingérence extérieure, dénoncée avec véhémence par le président dans son allocution, témoigne d’une réalité géopolitique complexe où les rivalités et enjeux stratégiques dépassent largement le cadre national.

Les efforts pour instaurer le dialogue n’ont pas non plus porté leurs fruits à court terme. La diplomatie, bien que proactive, se heurte à l’inertie de certains acteurs internationaux qui, parfois, semblent paralysés face à la rapidité de l’escalade des violences. Ce décalage met en exergue la difficulté de transformer de belles intentions en actions concrètes sur le terrain.

État de siège : un bilan contrasté après quatre ans

L’instauration de l’état de siège dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu avait pour objectif immédiat de rétablir l’ordre et de protéger les populations des incursions des groupes armés. Cette mesure exceptionnelle, censée renforcer le contrôle étatique sur des territoires devenus quasi autonomes, s’est révélée être une arme à double tranchant.

D’un côté, l’état de siège a permis une mobilisation rapide des forces de sécurité et a contribué à certaines victoires tactiques contre des milices isolées. Des dispositifs de surveillance renforcés et des opérations de grande envergure ont temporairement limité la progression de certains groupes hostiles. Pourtant, l’impact à long terme de cette mesure est loin d’être satisfaisant. Les chiffres évoqués par les organisations de défense des droits humains restent alarmants : plusieurs milliers de civils tués, des centaines de blessés et de nombreux cas de détentions arbitraires.

Les restrictions imposées à la population, en plus d’alimenter un climat de méfiance, ont souvent favorisé un sentiment d’exclusion qui a renforcé la radicalisation de certains groupes. La prise de Goma par le M23 constitue un signal fort de l’échec de cette stratégie sécuritaire dans certaines zones. Elle révèle que, malgré des années d’efforts et une volonté affichée de restaurer la souveraineté sur l’ensemble du territoire, les méthodes employées peinent à contenir une menace qui a su se réinventer et se renforcer. Le bilan de l’état de siège doit ainsi être envisagé non seulement en termes de résultats opérationnels, mais aussi à la lumière des conséquences humanitaires et sociales qui en découlent.

L’armée congolaise face au défi de la guerre

Les FARDC, pilier central de la défense nationale, se trouvent dans une situation critique. Malgré des investissements conséquents dans le secteur de la défense, l’armée demeure en proie à une série de dysfonctionnements structurels qui compromettent sa capacité à faire face aux agressions. Les rapports de terrain font état d’un manque criant de moyens logistiques et d’équipements modernes, contrastant fortement avec la sophistication des armes mises à disposition des forces adverses, notamment celles fournies par le Rwanda au M23.

La corruption, omniprésente au sein de certaines strates de l’appareil militaire, nuit à la crédibilité des opérations et détourne des ressources indispensables à la modernisation des forces. Des enquêtes menées par des organismes indépendants ont révélé que des fonds alloués à l’achat d’équipements ont souvent été détournés, laissant des unités entières dans l’impossibilité de mener des actions coordonnées. Ce malaise interne se traduit également par un moral en berne chez les soldats, qui se sentent abandonnés par un système incapable de garantir leur sécurité sur le terrain.Les cas d’abandon de positions et de désorganisation observés lors des affrontements récents témoignent d’un effritement de la cohésion militaire.

Pour beaucoup d’analystes, cette démoralisation représente une menace aussi grande que l’ennemi extérieur, car elle fragilise la capacité de réponse des FARDC face aux offensives du M23. La situation exige ainsi une réforme en profondeur, non seulement en termes de moyens matériels, mais aussi dans l’organisation et la formation des troupes. L’urgence de renforcer la discipline et de restaurer la confiance au sein des forces armées apparaît comme un impératif stratégique pour inverser la tendance.

Quelle diplomatie pour contrer la guerre du M23 ?

Plutôt que de se concentrer exclusivement sur la diplomatie menée jusqu’à présent par le pouvoir à Kinshasa, il est pertinent de s’interroger sur les stratégies diplomatiques qui pourraient être déployées à une échelle plus large – régionale, africaine et internationale – pour résoudre ce conflit complexe.

En premier lieu, il est crucial de négocier pour obtenir le soutien renforcé de la SADC (Communauté de Développement de l’Afrique Australe), même après le départ de la mission militaire SAMIDRC, présente actuellement au Nord-Kivu. La diplomatie étant avant tout un jeu de rapports de forces et de compromis sur les intérêts respectifs des États, la RDC doit déployer une diplomatie proactive et efficace pour obtenir un renforcement de la mission, tant en termes de personnel militaire que de matériels adéquats.

En second lieu, la RDC, en tant que plus grand pays francophone du monde, pourrait jouer sur cet atout pour influer sur la diplomatie internationale. Un levier important pourrait être d’inciter la France à adopter des sanctions contre le Rwanda, puis de militer au sein des instances internationales, notamment au Conseil de sécurité de l’ONU, pour obtenir des sanctions plus larges. En effet, une pression pourrait être exercée par la RDC à la France en menaçant de quitter la Francophonie si la France persiste dans son inaction face à l’agression rwandaise. Un tel ultimatum serait bien plus percutant qu’une simple demande d’aide : il s’agirait d’un message fort sur le rôle central de la RDC au sein de l’espace francophone et sur l’impact de l’inaction de ses partenaires.

En troisième lieu, la RDC pourrait envisager une pression supplémentaire en menaçant de suspendre, pour une durée indéfinie, sa participation à l’Union Africaine (UA) si aucune mesure contraignante n’est prise contre le Rwanda. L’UA, en tant qu’institution continentale, a la responsabilité de promouvoir la paix et la stabilité en Afrique. 

Si l’inaction perdure, la RDC pourrait revendiquer son droit de revoir sa participation et d’exiger des actions plus fermes contre les agresseurs.

Enfin, pour les pays qui soutiennent le Rwanda, il est bien connu qu’ils ont tous des intérêts stratégiques et économiques et donc intérêt à maintenir des relations avec ce pays. Dans cette optique, la RDC doit être en mesure d’offrir à ces nations des alternatives économiques et diplomatiques plus avantageuses que celles dont ils bénéficient de la part du Rwanda. La question clé est : que peut proposer la RDC pour convaincre ces pays de se dissocier du Rwanda et soutenir des sanctions contre lui ? Cette question nécessite des réponses diplomatiques sur mesure, adaptées aux intérêts de chaque acteur régional et international.

Entre la parole et l’action

Le discours du président Félix Tshisekedi, prononcé dans un contexte de crise aiguë, est à la fois une déclaration de défiance et un appel à l’unité nationale. Il incarne l’espoir d’un changement, tout en soulignant les limites d’une politique sécuritaire confrontée à des réalités multiples : la persistance d’un ennemi extérieur bien équipé, la défaillance d’un système militaire en quête de modernisation et les obstacles d’une diplomatie hésitante.

Les promesses de paix et de stabilité formulées il y a six ans se heurtent aujourd’hui à une réalité complexe, où chaque avancée tactique semble rapidement compromise par une série de revers stratégiques. Au final, le chemin vers une RDC plus sûre et unifiée passe par une réforme globale, mêlant modernisation des forces armées, lutte acharnée contre la corruption et une diplomatie affirmée.

La gestion de cette crise, d’une ampleur sans précédent, exigera non seulement une mobilisation de toutes les ressources nationales, mais également un engagement résolu de la communauté internationale. Ce défi, qui dépasse le cadre d’un simple conflit territorial, interroge sur la capacité d’un État à transformer des promesses en réalités, dans l’intérêt de la paix et du bien-être de ses concitoyens.

La détermination affichée par le président Tshisekedi et les appels lancés à la population témoignent d’un désir ardent de rétablir l’ordre et la justice. Cependant, pour que ces ambitions se matérialisent, une synergie entre action militaire, réformes internes et diplomatie de terrain sera indispensable. Seul un engagement collectif, associant les pouvoirs publics, les forces armées et la société civile, pourra permettre à la RDC de franchir ce cap décisif et de tourner la page d’une période marquée par la violence et l’impunité.

Heshima

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Débat sur la Constitution : Modeste Bahati rouvre une boite de pandore

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Après ses déclarations, le 4 mars, jugées moins favorables à une modification ou au changement de la Constitution par certains de ses pairs de l’Union sacrée de la Nation, le deuxième vice-président du Sénat, Modeste Bahati Lukwebo, se retrouve au cœur d’une vive controverse en République démocratique du Congo. Malgré des excuses et une tentative de clarification faites le 10 mars 2026, la tempête politique ne semble pas totalement retombée. Son intervention a rouvert une boite de pandore sur un sujet qui déchaine déjà les passions. 

Le débat autour d’une éventuelle modification ou changement de la Constitution continue d’alimenter les discussions au sein de la classe politique congolaise. Dernier épisode en date : les propos de Modeste Bahati Lukwebo, qui ont suscité de nombreuses réactions au sein de l’opinion publique et de la scène politique. Lors d’une intervention publique, le président de l’Alliance des forces démocratiques du Congo et alliés (AFDC-A) a laissé entendre que le pays n’avait pas un problème de texte mais plutôt un problème d’homme. Des déclarations rapidement interprétées comme opposées à la ligne de la majorité au pouvoir qui, selon l’UDPS – parti présidentiel – compte « toucher à la Constitution ». Dans une communication faite le samedi 7 mars, le bureau du Sénat, à travers sa Rapporteure, Néfertiti Ngudianza, a tenu à préciser que les propos tenus par le deuxième vice-président du Sénat lors de son point de presse n’engage pas cette institution. 

Son regroupement politique (AFDC-A) s’est immédiatement désolidarisé de ses propos, montrant son soutien au président de la République, Félix Tshisekedi. Une pétition visant à le faire tomber du bureau de la chambre haute du parlement a été initiée. L’initiative portée par le sénateur Dany Kabongo a déjà récolté plus de 37 signatures. L’auteur de la pétition reproche à Modeste Bahati d’avoir tenu des propos jugés « incorrects » et « d’un manque de respect » au président de la République, Félix Tshisekedi en affichant son opposition au changement ou à la révision de la Constitution.         

L’homme politique Steve Mbikayi, ancien ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire, s’en prend frontalement au sénateur Modeste Bahati, qu’il accuse de semer la confusion au sein de la majorité présidentielle à propos du débat sur la révision de la Constitution. Selon lui, la sortie médiatique de Bahati a agi comme « un pavé dans la mare », au moment où l’attention des Congolais est tournée vers la situation sécuritaire dans l’Est du pays et l’attente du retrait annoncé des forces d’occupation.

Bahati fait marche arrière et s’excuse… 

Face à la polémique grandissante, Modeste Bahati a rapidement tenté d’éteindre l’incendie. Dans une mise au point diffusée peu après, Modeste Bahati Lukwebo a présenté ses excuses tout en clarifiant ses propos. « Ma réponse a été mal comprise lorsque je disais qu’il faut d’abord changer de mentalités avant de changer la Constitution et donc le problème des textes ne se pose pas mais c’est plutôt un problème d’application par les hommes. Nulle part, il est sorti de ma bouche que je m’opposais à la modification de la Constitution. J’avais plutôt suggéré qu’on en débatte dans le cadre de l’Union sacrée de la Nation », a-t-il expliqué, avant de renouveler sa loyauté au chef de l’Etat Félix Tshisekedi. Pour Bahati, « certains se sont accrochés à quelques passages, les sortant de leur contexte ». Il était interrogé, ce jour-là, sur un slogan largement vulgarisé ces derniers temps par les sympathisants du pouvoir qui affirment que « Tshisekedi n’a pas de mandats, mais plutôt de mission », sollicitant la prolongation de son bail à la tête du pays. En réaction, Bahati Lukwebo affirmait qu’il considère le Chef de l’État comme un républicain disposant d’un mandat qui s’achève en 2028, avant d’envisager toute autre possibilité.

Une boite de pandore rouverte  

Mis dans le tiroir suite à l’aggravation du conflit sécuritaire dans l’Est du pays, le débat sur la révision ou le changement de la Cconstitution est remis à jour. L’intervention de Modeste Bahati sur le sujet a rouvert la boite de pandore. Malgré ses clarifications, la controverse persiste. Le 7 mars 2026, lors d’une « matinée politique » au siège de l’UDPS à Kinshasa, Augustin Kabuya, secrétaire général de ce parti, a déclaré : « Soyez calmes, nous allons toucher à cette Constitution ».A Luozi, au Kongo Central, où il était en meeting, le ministre des Sports et Loisirs, Didier Budimbu, a carrément appelé à un « troisième mandat » pour Félix Tshisekedi et au changement de la Constitution. Dans le stade Budimio de la cité de Luozi, acquis à sa cause, il a lancé l’opération intitulée « Tout droit ti na 3 » (tout droit au 3e mandat, Ndlr) pour marquer la position de son parti, Autre Vision du Congo (AVC), sur la question.

La société civile désapprouve ce débat en pleine guerre 

Dans les rangs de l’opposition comme au sein d’une partie de la société civile, certains estiment que les propos entendus ces derniers jours traduisent une volonté latente de rouvrir un débat « clivant » qui divise profondément le pays. Le mouvement citoyen Lutte pour le Changement (LUCHA) s’est montré opposé aux velléités du régime en place de vouloir à tout prix modifier la constitution au moment où l’intégrité du territoire reste menacée dans les provinces des Nord-Kivu, Sud-Kivu et Ituri, où des Congolais sont massacrés, d’autres obligés de se déplacer pour fuir la mort. Dans un communiqué, ce mouvement dénonce une tentative de vouloir accorder « un bail permanent » au président Tshisekedi. Selon la LUCHA, l’ambition de l’Union Sacrée de la Nation est non seulement une « erreur politique » mais surtout une « indécence criminelle », insistant que la priorité n’est pas celle-là mais la récupération des terres conquises par l’AFC/M23. « Nous n’accepterons aucune confiscation de notre démocratie », rappelle ce mouvement, citant l’article 64 de la Constitution qui impose le devoir de faire échec à quiconque détient le pouvoir en violation des dispositions constitutionnelles.

Lors d’un discours prononcé à Kisangani le 23 octobre 2024, le président de la République, Félix Tshisekedi, avait proposé des mesures visant à modifier la Constitution du pays, laissant planer la possibilité d’une modification de la limitation du nombre de mandats présidentiels. Il avait qualifié la Constitution actuelle de « dépassée » et « pas adaptée aux réalités du pays ». Il avait annoncé son intention de mettre en place une commission chargée de rédiger une nouvelle constitution en 2025, tout en précisant qu’il appartiendrait au peuple de décider de l’éventuelle suppression de la limitation du nombre de mandats présidentiels. Mais avec la guerre dans l’Est du pays, ce projet avait été mis en veilleuse.    

Avec le retour de ce débat, reste à savoir si cela pourrait raviver les tensions politiques au pays. Dans un contexte où la question constitutionnelle demeure hautement sensible en République démocratique du Congo, chaque mot prononcé par un acteur politique – surtout détenant des fonctions officielles – semble désormais pesé et parfois lourd de conséquences.

Heshima

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Guerre dans l’Est de la RDC : les femmes, premières victimes d’un conflit chronique

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Depuis plus de trente ans, l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) est le théâtre de conflits armés récurrents. Au cœur de cette tragédie humanitaire, les femmes paient le prix le plus lourd : violences sexuelles, déplacements forcés, perte des moyens de subsistance et traumatismes durables. En 2025, au moins 1 534 victimes, dont une majorité écrasante de femmes et de filles ont été violées, selon l’ONU. En tête de la liste des violeurs, la rébellion de l’AFC/M23.     

Dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, les affrontements entre groupes armés, milices locales et forces régulières plongent les populations civiles dans une insécurité chronique. Si toute la société congolaise subit les conséquences de cette guerre prolongée, les femmes en sont incontestablement les principales victimes. Les violences sexuelles sont devenues une arme de guerre utilisée pour terroriser les communautés et contrôler les territoires. Des milliers de femmes et de jeunes filles sont chaque année victimes de viols, d’enlèvements et d’esclavage sexuel. Ces crimes laissent des séquelles physiques et psychologiques profondes, aggravées par la stigmatisation sociale qui frappe souvent les survivantes.

Plus de 1500 victimes de violences sexuelles en 2025

Le 9 mars 2026, le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) a tiré la sonnette d’alarme sur la persistance des violences sexuelles liées au conflit dans l’Est de la RDC. Selon son dernier rapport, au moins 1 534 personnes ont été victimes de ces crimes en 2025, dont une majorité de femmes et de filles, dans un contexte marqué par l’occupation de plusieurs zones par l’AFC/M23 et d’autres groupes armés. Dans ce rapport, le BCNUDH dénonce l’usage persistant du viol comme arme de guerre et met en garde contre l’émergence d’une génération d’enfants nés de ces violences et confrontés à la stigmatisation. Selon les données collectées en 2025, cet organisme onusien a documenté 887 cas de violences sexuelles ayant affecté 1 534 victimes, dont une majorité écrasante de femmes (854) et de filles (672). D’après ce document, les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu concentrent près de 80 % des victimes, confirmant que l’Est du pays demeure l’épicentre de cette tragédie humanitaire dans un contexte de conflit armé persistant.

Le BCNUDH accuse les groupes armés opérant dans ces zones d’être impliqués dans environ 75 % des violences documentées, avec le Mouvement du 23 mars (M23) – aujourd’hui intégré à la coalition AFC/M23 – cité comme l’un des principaux responsables, avec 439 victimes recensées. D’autres groupes armés sont également cités dans ce rapport, notamment les milices Wazalendo, la CODECO, les groupes Maï-Maï, les FDLR et les ADF. Au-delà des chiffres, le rapport décrit des crimes d’une extrême gravité. Des femmes et des jeunes filles seraient maintenues en captivité dans certaines zones contrôlées par des groupes armés et soumises à des viols répétés, à l’esclavage sexuel et à des grossesses forcées. Ces violences donnent également naissance à des enfants souvent rejetés par leurs familles et confrontés à la stigmatisation sociale. Le BCNUDH souligne par ailleurs que si environ 70 % des survivantes reçoivent des soins médicaux d’urgence, moins de 2 % bénéficient d’une prise en charge complète, incluant l’assistance psychologique, sociale et juridique. 

Des femmes assument seules la survie des familles…

À ces violences s’ajoutent les déplacements massifs de populations. Dans les camps de fortune, les femmes doivent assumer seules la survie de leurs familles, souvent après la disparition ou la mort de leurs conjoints. Elles parcourent de longues distances pour chercher de l’eau, du bois ou de la nourriture, s’exposant encore aux agressions et aux abus. Le conflit a également détruit une grande partie du tissu économique local. Dans une région où l’agriculture constitue la principale source de revenus, l’insécurité empêche les femmes d’accéder aux champs et aux marchés. Beaucoup perdent ainsi leur autonomie financière, ce qui accentue la pauvreté et la dépendance.

Malgré ce contexte dramatique, de nombreuses Congolaises se mobilisent pour la paix. Associations locales, réseaux de survivantes et organisations communautaires s’engagent pour soutenir les victimes, promouvoir la justice et reconstruire le tissu social. Leur courage et leur résilience sont devenus des piliers essentiels dans la quête de stabilité dans la région. Alors que la guerre continue de ravager l’Est de la RDC, la situation des femmes rappelle l’urgence d’une réponse durable, à la fois sécuritaire, humanitaire et judiciaire. Car au-delà des statistiques et des rapports internationaux, ce sont des millions de vies brisées qui attendent encore que la paix devienne enfin une réalité.

Heshima

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30 ans d’insécurité dans l’Est de la RDC : des solutions envisagées sont-elles durables ?

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Depuis plusieurs décennies, l’Est de la République démocratique du Congo demeure le théâtre de violences armées récurrentes. Entre rivalités pour le contrôle des ressources naturelles, présence de groupes armés et tensions régionales, cette instabilité continue d’avoir de lourdes conséquences sur les populations civiles et le développement du pays. Les solutions envisagées actuellement par le président de la République, Félix Tshisekedi, peuvent-elles mettre définitivement un terme à ces trois décennies de violences ? Tentative de réponse.

La situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo reste l’une des crises les plus complexes et prolongées du continent africain. Les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri sont régulièrement secouées par des affrontements entre groupes armés, forces gouvernementales et parfois des acteurs étrangers. Plusieurs facteurs expliquent cette insécurité chronique. D’abord, la présence de nombreux groupes armés locaux et étrangers qui se disputent le contrôle des territoires et des ressources naturelles, notamment l’or, le coltan et d’autres minerais stratégiques. Ces ressources, essentielles pour l’économie mondiale, alimentent souvent une économie de guerre et renforcent les capacités de ces groupes.

Ensuite, les tensions communautaires et les conflits fonciers contribuent également à l’instabilité. Dans certaines zones, les rivalités entre communautés pour l’accès à la terre et au pouvoir local exacerbent les violences. C’est le cas de Hema et Lendu dans la province de l’Ituri. À cela s’ajoute la faiblesse de l’autorité de l’État dans certaines régions, où les institutions publiques peinent à assurer la sécurité et les services de base.

Les conséquences de cette situation sont dramatiques pour les populations. Des milliers de civils sont victimes de violences, tandis que des millions d’autres sont contraints de fuir leurs villages pour se réfugier dans des camps de déplacés. L’insécurité perturbe aussi l’agriculture, le commerce et l’éducation, aggravant la pauvreté et freinant le développement local.

Des solutions envisagées sous Tshisekedi

La crise sécuritaire qui secoue l’Est de la RDC demeure l’un des défis majeurs pour les autorités congolaises et leurs partenaires internationaux. Pour de nombreux analystes de cette situation chronique, la première solution passe par le renforcement des capacités des forces de défense et de sécurité de la RDC. Une armée mieux formée, mieux équipée et mieux encadrée pourrait jouer un rôle déterminant dans la protection des populations et la restauration de l’autorité de l’État dans les zones sous influence des groupes armés. Sur ce point, Félix Tshisekedi a mis en place à travers le gouvernement et le parlement une loi de programmation militaire qui assure une montée en puissance des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).

Cette loi de programmation militaire prévoit que 30 % du budget général de l’Etat soit alloué aux forces de défense et de sécurité. Ces crédits visent à renforcer l’équipement militaire, améliorer la logistique et assurer une meilleure prise en charge du personnel militaire et policier. Ces chiffres représentent une progression par rapport au budget précédent qui consacrait 13,12 % pour l’ensemble de défense, sécurité publique et justice.

Une présence efficace de la police 

La RDC a entamé depuis quelques années un processus de réforme profonde du secteur de la sécurité. Après la loi de Programmation militaire, le gouvernement avait présenté en mai 2025 un projet de loi ambitieux au Parlement pour refonder la Police nationale congolaise (PNC) une institution souvent critiquée pour des dérapages et divers abus. Pour réformer cette grosse machine de sécurité, le gouvernement met des grands moyens : 2,3 milliards de dollars sont prévus sur cinq ans, soit de 2025 à 2029. Le 16 mai 2025, le vice-premier ministre, ministre de l’Intérieur et Sécurité Jacquemain Shabani avait défendu ce projet de loi à l’Assemblée nationale. Le texte prévoit un programme de réformes qui va nécessiter la mobilisation de moyens considérables. Il prévoit de former 90 000 policiers pour renforcer l’effectif.

En sous-effectif quasi permanent, la police a toujours du mal à accomplir efficacement sa mission régalienne. Il se constate une répartition inégale des effectifs sur le territoire national. Au Sud-Kivu, par exemple, après le départ des casques bleus pakistanais, la Police nationale congolaise n’avait pas pu réoccuper pleinement la province. Fin avril 2024, plus de la moitié des 115 policiers censés occuper la base de Kamanyola l’avaient désertée, selon le constat d’un journaliste de l’Agence France-Presse (AFP). Le peu de policiers qui restaient se plaignaient de leurs conditions de vie et de l’absence de rémunération. « Un policier qui passe deux jours sans manger alors qu’il a une arme, ça devient facile pour lui d’attaquer de paisibles citoyens » pour se ravitailler, dénonçait Joe Wendo, un acteur de la société civile locale.

Pour une paix durable, les provinces de l’Ituri, du Nord et du Sud-Kivu devraient bénéficier d’un nombre considérable de policiers pour assurer l’autorité de l’Etat dans les parties ayant subi l’insécurité des groupes armés.   

Des programmes fonctionnels de démobilisation 

La réintégration de certains combattants à travers des programmes de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) pourrait contribuer à réduire la violence sur le terrain. Ce processus doit cependant s’accompagner d’efforts de réconciliation entre communautés, souvent divisées par des rivalités anciennes liées à la terre, à l’identité ou au pouvoir local. Ces programmes de démobilisation doivent être fonctionnels pour assurer que les combattants démobilisés ne retourneront plus dans la brousse pour reprendre des activités subversives.       

En parallèle, plusieurs experts insistent aussi sur la nécessité d’un dialogue politique inclusif au niveau du pays mais aussi de la région. La coopération régionale apparaît également comme un levier essentiel. Les tensions et les accusations mutuelles entre pays voisins compliquent souvent la résolution du conflit. Un dialogue sincère et une collaboration sécuritaire renforcée entre les États de la région pourraient permettre de limiter le soutien ou la circulation des groupes armés à travers les frontières. C’est aussi le sens de l’Accord de Washington signé entre le Rwanda et la RDC le 27 juin et paraphé le 4 décembre 2025 par les présidents Paul Kagame du Rwanda et Félix Tshisekedi.

Par ailleurs, la gouvernance des ressources naturelles constitue un enjeu majeur. Une exploitation transparente et réglementée des minerais stratégiques, combinée à une lutte efficace contre les circuits illégaux, pourrait réduire le financement des groupes armés et favoriser une meilleure redistribution des richesses au profit des populations locales. Il faut couper le pont du pillage des ressources naturelles effectué par le Rwanda et l’Ouganda.   

Si la pacification de l’Est de la RDC représente un défi majeur, elle reste une condition essentielle pour garantir la sécurité des populations et ouvrir la voie à un développement durable. Seule une approche combinant action militaire, dialogue politique et réformes économiques permettra d’espérer une paix durable dans cette région meurtrie. Et Julien Paluku, ancien gouverneur du Nord-Kivu et ministre du Commerce extérieur, a pris le risque d’annoncer que la rébellion de l’AFC/M23 est la dernière en RDC. « Le gouvernement et le président de la République ont coupé toutes les branches qui servaient de prétexte au Rwanda » pour attaquer la RDC, a-t-il déclaré. Les accords de Washington, qui ont un volet économique important, pourraient aussi changer l’histoire de cette région congolaise meurtrie depuis 30 ans.

Heshima Magazine     

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