Nous rejoindre

Nation

Discours de Félix Tshisekedi  entre promesses et réalités

Published

on

Le 29 janvier 2025 restera gravé dans l’histoire de la République Démocratique du Congo (RDC). Ce jour-là, le président Félix Tshisekedi s’adressa à la nation et à l’opinion internationale avec une fermeté inédite, après la prise stratégique de Goma par le M23, un groupe armé soutenu par le Rwanda. Au-delà de la rhétorique martiale, ce discours se révèle être une fenêtre sur la politique sécuritaire du chef de l’État, une évaluation des promesses de paix faites au fil des années, une mise en perspective des mesures d’exception telles que l’état de siège et une analyse des difficultés rencontrées par l’armée congolaise, sans oublier la dimension diplomatique de la crise. Plongez, avec Heshima Magazine, au cœur des enjeux et des stratégies qui se dessinent dans ce contexte de tension accrue.

Depuis son accession au pouvoir, Félix Tshisekedi a tenté de repositionner la RDC sur le plan sécuritaire, mettant en avant la restauration de l’autorité de l’État dans les zones de conflit. L’exécutif a entrepris une refonte des dispositifs de défense, cherchant à moderniser les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) et à réorganiser l’appareil de sécurité. L’objectif affiché est double : d’une part, répondre aux agressions des groupes armés comme le M23 et, d’autre part, rassurer une population traumatisée par des années de violences et d’instabilité.

Un appel à l’unité nationale et à la mobilisation générale

Le discours du 29 janvier se distingue par son insistance sur l’unité nationale et l’appel à la mobilisation générale. Il incarne l’espoir d’un changement, tout en soulignant les limites d’une politique sécuritaire confrontée à des réalités multiples : un ennemi extérieur bien équipé, une armée fragilisée par des dysfonctionnements internes et les obstacles d’une diplomatie hésitante. Ce discours, fort de son apparente détermination, cache parfois des failles structurelles qui entravent une réponse plus efficace face à un ennemi aux appuis extérieurs bien armés et une armée qui peine à se réorganiser face à la complexité du terrain.

La mise en œuvre de mesures répressives comme l’extension de l’état de siège dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu est accompagnée d’une proposition de dialogue, quoique conditionnel, dans le cadre du processus de paix de Luanda. Cependant, malgré l’affichage d’une ferme volonté de restaurer l’autorité de l’État, la rhétorique martiale masque des défaillances qui ne permettent pas toujours d’atteindre les résultats escomptés.

Promesses de paix et réalité du terrain 

Dès ses premiers jours au pouvoir, Félix Tshisekedi s’était engagé à instaurer une ère de paix et de stabilité. Des annonces ambitieuses avaient alors été faites : réorganisation des forces de sécurité, engagement dans des processus de réconciliation et augmentation des effectifs de la police pour renforcer la lutte contre la criminalité. Ces engagements, largement relayés par les médias et salués par la communauté internationale, avaient suscité l’espoir d’un changement profond dans un pays trop souvent gangrené par l’insécurité.

Cependant, six ans plus tard, le constat demeure mitigé. La violence persiste et se renouvelle sous des formes imprévues. La reprise des hostilités dans l’est du pays, exacerbée par l’intervention de groupes armés étrangers et la multiplication des conflits intercommunautaires, montre que les réformes promises n’ont pas produit les effets escomptés. En particulier, la situation sécuritaire, notamment en Ituri et au Nord-Kivu, demeure préoccupante, avec des milliers de victimes civiles, des déplacements massifs et un tissu social en délitement.

Les experts estiment que ce décalage entre la promesse d’un avenir pacifique et la réalité des affrontements est en partie dû à une mauvaise anticipation des dynamiques régionales. En effet, l’implication du Rwanda, par le biais des Forces de Défense du Rwanda (RDF) et leur soutien au M23, a compliqué la donne. Cette ingérence extérieure, dénoncée avec véhémence par le président dans son allocution, témoigne d’une réalité géopolitique complexe où les rivalités et enjeux stratégiques dépassent largement le cadre national.

Les efforts pour instaurer le dialogue n’ont pas non plus porté leurs fruits à court terme. La diplomatie, bien que proactive, se heurte à l’inertie de certains acteurs internationaux qui, parfois, semblent paralysés face à la rapidité de l’escalade des violences. Ce décalage met en exergue la difficulté de transformer de belles intentions en actions concrètes sur le terrain.

État de siège : un bilan contrasté après quatre ans

L’instauration de l’état de siège dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu avait pour objectif immédiat de rétablir l’ordre et de protéger les populations des incursions des groupes armés. Cette mesure exceptionnelle, censée renforcer le contrôle étatique sur des territoires devenus quasi autonomes, s’est révélée être une arme à double tranchant.

D’un côté, l’état de siège a permis une mobilisation rapide des forces de sécurité et a contribué à certaines victoires tactiques contre des milices isolées. Des dispositifs de surveillance renforcés et des opérations de grande envergure ont temporairement limité la progression de certains groupes hostiles. Pourtant, l’impact à long terme de cette mesure est loin d’être satisfaisant. Les chiffres évoqués par les organisations de défense des droits humains restent alarmants : plusieurs milliers de civils tués, des centaines de blessés et de nombreux cas de détentions arbitraires.

Les restrictions imposées à la population, en plus d’alimenter un climat de méfiance, ont souvent favorisé un sentiment d’exclusion qui a renforcé la radicalisation de certains groupes. La prise de Goma par le M23 constitue un signal fort de l’échec de cette stratégie sécuritaire dans certaines zones. Elle révèle que, malgré des années d’efforts et une volonté affichée de restaurer la souveraineté sur l’ensemble du territoire, les méthodes employées peinent à contenir une menace qui a su se réinventer et se renforcer. Le bilan de l’état de siège doit ainsi être envisagé non seulement en termes de résultats opérationnels, mais aussi à la lumière des conséquences humanitaires et sociales qui en découlent.

L’armée congolaise face au défi de la guerre

Les FARDC, pilier central de la défense nationale, se trouvent dans une situation critique. Malgré des investissements conséquents dans le secteur de la défense, l’armée demeure en proie à une série de dysfonctionnements structurels qui compromettent sa capacité à faire face aux agressions. Les rapports de terrain font état d’un manque criant de moyens logistiques et d’équipements modernes, contrastant fortement avec la sophistication des armes mises à disposition des forces adverses, notamment celles fournies par le Rwanda au M23.

La corruption, omniprésente au sein de certaines strates de l’appareil militaire, nuit à la crédibilité des opérations et détourne des ressources indispensables à la modernisation des forces. Des enquêtes menées par des organismes indépendants ont révélé que des fonds alloués à l’achat d’équipements ont souvent été détournés, laissant des unités entières dans l’impossibilité de mener des actions coordonnées. Ce malaise interne se traduit également par un moral en berne chez les soldats, qui se sentent abandonnés par un système incapable de garantir leur sécurité sur le terrain.Les cas d’abandon de positions et de désorganisation observés lors des affrontements récents témoignent d’un effritement de la cohésion militaire.

Pour beaucoup d’analystes, cette démoralisation représente une menace aussi grande que l’ennemi extérieur, car elle fragilise la capacité de réponse des FARDC face aux offensives du M23. La situation exige ainsi une réforme en profondeur, non seulement en termes de moyens matériels, mais aussi dans l’organisation et la formation des troupes. L’urgence de renforcer la discipline et de restaurer la confiance au sein des forces armées apparaît comme un impératif stratégique pour inverser la tendance.

Quelle diplomatie pour contrer la guerre du M23 ?

Plutôt que de se concentrer exclusivement sur la diplomatie menée jusqu’à présent par le pouvoir à Kinshasa, il est pertinent de s’interroger sur les stratégies diplomatiques qui pourraient être déployées à une échelle plus large – régionale, africaine et internationale – pour résoudre ce conflit complexe.

En premier lieu, il est crucial de négocier pour obtenir le soutien renforcé de la SADC (Communauté de Développement de l’Afrique Australe), même après le départ de la mission militaire SAMIDRC, présente actuellement au Nord-Kivu. La diplomatie étant avant tout un jeu de rapports de forces et de compromis sur les intérêts respectifs des États, la RDC doit déployer une diplomatie proactive et efficace pour obtenir un renforcement de la mission, tant en termes de personnel militaire que de matériels adéquats.

En second lieu, la RDC, en tant que plus grand pays francophone du monde, pourrait jouer sur cet atout pour influer sur la diplomatie internationale. Un levier important pourrait être d’inciter la France à adopter des sanctions contre le Rwanda, puis de militer au sein des instances internationales, notamment au Conseil de sécurité de l’ONU, pour obtenir des sanctions plus larges. En effet, une pression pourrait être exercée par la RDC à la France en menaçant de quitter la Francophonie si la France persiste dans son inaction face à l’agression rwandaise. Un tel ultimatum serait bien plus percutant qu’une simple demande d’aide : il s’agirait d’un message fort sur le rôle central de la RDC au sein de l’espace francophone et sur l’impact de l’inaction de ses partenaires.

En troisième lieu, la RDC pourrait envisager une pression supplémentaire en menaçant de suspendre, pour une durée indéfinie, sa participation à l’Union Africaine (UA) si aucune mesure contraignante n’est prise contre le Rwanda. L’UA, en tant qu’institution continentale, a la responsabilité de promouvoir la paix et la stabilité en Afrique. 

Si l’inaction perdure, la RDC pourrait revendiquer son droit de revoir sa participation et d’exiger des actions plus fermes contre les agresseurs.

Enfin, pour les pays qui soutiennent le Rwanda, il est bien connu qu’ils ont tous des intérêts stratégiques et économiques et donc intérêt à maintenir des relations avec ce pays. Dans cette optique, la RDC doit être en mesure d’offrir à ces nations des alternatives économiques et diplomatiques plus avantageuses que celles dont ils bénéficient de la part du Rwanda. La question clé est : que peut proposer la RDC pour convaincre ces pays de se dissocier du Rwanda et soutenir des sanctions contre lui ? Cette question nécessite des réponses diplomatiques sur mesure, adaptées aux intérêts de chaque acteur régional et international.

Entre la parole et l’action

Le discours du président Félix Tshisekedi, prononcé dans un contexte de crise aiguë, est à la fois une déclaration de défiance et un appel à l’unité nationale. Il incarne l’espoir d’un changement, tout en soulignant les limites d’une politique sécuritaire confrontée à des réalités multiples : la persistance d’un ennemi extérieur bien équipé, la défaillance d’un système militaire en quête de modernisation et les obstacles d’une diplomatie hésitante.

Les promesses de paix et de stabilité formulées il y a six ans se heurtent aujourd’hui à une réalité complexe, où chaque avancée tactique semble rapidement compromise par une série de revers stratégiques. Au final, le chemin vers une RDC plus sûre et unifiée passe par une réforme globale, mêlant modernisation des forces armées, lutte acharnée contre la corruption et une diplomatie affirmée.

La gestion de cette crise, d’une ampleur sans précédent, exigera non seulement une mobilisation de toutes les ressources nationales, mais également un engagement résolu de la communauté internationale. Ce défi, qui dépasse le cadre d’un simple conflit territorial, interroge sur la capacité d’un État à transformer des promesses en réalités, dans l’intérêt de la paix et du bien-être de ses concitoyens.

La détermination affichée par le président Tshisekedi et les appels lancés à la population témoignent d’un désir ardent de rétablir l’ordre et la justice. Cependant, pour que ces ambitions se matérialisent, une synergie entre action militaire, réformes internes et diplomatie de terrain sera indispensable. Seul un engagement collectif, associant les pouvoirs publics, les forces armées et la société civile, pourra permettre à la RDC de franchir ce cap décisif et de tourner la page d’une période marquée par la violence et l’impunité.

Heshima

Continue Reading

Nation

RDC-Ouganda : les dessous d’une collaboration sur fond de méfiance

Published

on

L’armée ougandaise (UPDF) a annoncé, fin mars 2026, son intention de se retirer de plusieurs positions dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu et jusqu’à Mahagi, en Ituri. Ce désengagement, confirmé par le chef d’état-major Muhoozi Kainerugaba, se fera, selon lui, en coordination avec Kinshasa, juste après le retrait des rebelles du M23 de la zone. Bien avant cette annonce qui, du reste, n’est pas officialisée, l’Ouganda voulait obtenir la démission du gouverneur militaire de l’Ituri. Une stratégie de pression sur Kinshasa qui interroge sur les véritables motivations de Kampala. Son intervention militaire aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans la traque des rebelles ADF pourrait bien cacher d’autres motivations, essentiellement économiques.   

L’UPDF (Uganda People’s Defence Force) est déployée en Ituri, dans le nord-est de la RDC dans le cadre de l’opération Shujaa depuis fin 2021, collaborant avec les FARDC contre les rebelles ougandais de l’Alliance des forces démocratiques (ADF). Cette mutualisation FARDC-UPDF vise à neutraliser ce groupe armé qui a fait allégeance à l’Etat islamique. Ce groupe est présent en Ituri et au Nord-Kivu. Officiellement, il s’agit de combattre l’insécurité. Cependant, cette présence vise également à sécuriser les intérêts économiques ougandais (routes, or, bois et pétrole du lac Albert).

A ce jour, cette mutualisation des forces n’a pas permis d’arrêter les attaques des ADF contre des civils aussi bien en Ituri qu’au Nord-Kivu. Loin de renforcer la sécurité des Congolais et des Ougandais dans les zones frontalières, cette alliance semble avant tout servir les intérêts économiques ougandais, notamment en matière d’exportation d’or. 

Les chiffres d’exportation d’or explosent en Ouganda

L’Ouganda n’est pas un producteur massif d’or. Cependant, il enregistre des chiffres record sur l’exportation de ce minerai. Une croissance due à l’augmentation des prix mais surtout au trafic favorisé par l’instabilité de la région, principalement dans l’Est de la RDC. L’Ouganda a vu ses revenus d’exportation d’or atteindre des chiffres records. Selon la Banque d’Ouganda, en 2019, ces revenus s’élevaient à 1,26 milliard de dollars, les exportations d’or ont ensuite culminé à 2,3 milliards de dollars en 2023, puis à 3,3 milliards de dollars en 2024. D’après des prévisions pour 2025, ces revenus devraient atteindre 6,4 milliards de dollars. 

Cette croissance est principalement due à l’augmentation du prix de l’or, qui avoisinait l’année dernière 5.000 dollars l’once. L’or représente désormais 47% des revenus d’exportation de l’Ouganda, surpassant largement d’autres produits phares comme le café et le cacao. Malgré ces chiffres impressionnants, l’Ouganda n’est pas devenu un producteur massif d’or, note TV5 Monde. Lors d’un récent forum économique, le gouverneur adjoint de la Banque centrale ougandaise, Augustus Nuwagaba, a admis que l’or exporté par le pays pourrait ne pas provenir de ses propres mines. « Il se peut qu’il ne soit pas à nous », avait-il déclaré. Mais d’où vient l’or exporté par l’Ouganda ?

L’insécurité en RDC profite à l’économie ougandaise 

L’Ouganda profite du trafic d’or en provenance de pays voisins, notamment de la RDC. Riche en ressources aurifères, ce pays partage une frontière avec l’Ouganda dans des zones comme l’Ituri et le Nord-Kivu. Ces régions sont non seulement riches en or, mais aussi en proie à des conflits armés. Ce qui favorise le trafic de ce métal jaune notamment vers l’Ouganda. En Ituri, par exemple, l’or est très présent, particulièrement dans les territoires de Djugu, Mahagi et Mambasa, s’appuyant sur des gisements historiques (Kilo-Moto). Cette ressource, exploitée à la fois de manière artisanale et industrielle, alimente une économie de guerre contrôlée en partie par des groupes armés et réseaux criminels, générant d’importants flux financiers illicites. Selon l’étude d’une ONG anti-corruption, environ 95 % de l’or exporté depuis l’Ouganda est illicite.  

En état de siège depuis plus de 4 ans, la province de l’Ituri n’a pas toujours recouvré la paix totalement. Le gouverneur militaire, le lieutenant-général Johnny Luboya entretient des rapports tendus avec des trafiquants d’or. L’Ouganda également n’apprécie pas cet officier congolais. Le chef d’état-major de l’armée ougandaise, le général Muhoozi Kainerugaba ne cache pas son hostilité envers ce gouverneur militaire, appelant parfois à son arrestation sur les réseaux sociaux. L’Ouganda a même formulé une demande formelle pour solliciter son remplacement. D’après les informations révélées par Africa Intelligence, le pouvoir de Félix Tshisekedi a rejeté ces demandes de l’armée ougandaise, qui réclamait l’éviction de ce gouverneur militaire.

Sécuriser ses investissements pétroliers

En dehors du trafic d’or à son avantage, l’Ouganda vise aussi la sécurisation de ses intérêts économiques dans la région. Des intérêts qui empiètent sur la zone d’influence du voisin rwandais, estime le rapport d’un groupe d’experts de l’ONU publié en août 2024. En dehors des intérêts sécuritaires, le gouvernement ougandais se concentre sur la sécurisation de ses investissements pétroliers et le renforcement des réseaux commerciaux vers la RDC, où ses exportations formelles ont représenté en 2019 « 156 millions de dollars » et les exportations informelles, constituées en majorité de biens industriels, « 330 millions de dollars ».

Des accointances avec le M23 et la CRP

La collaboration militaire entre la RDC et l’Ouganda s’opère dans un climat de méfiance, avec des allégations de soutien de Kampala à d’autres groupes rebelles, comme le M23 mais aussi la Convention pour la révolution populaire (CRP) de Thomas Lubanga. Ce dernier s’est même exilé en Ouganda mais son groupe mène des combats contre l’armée congolaise en Ituri. L’Ouganda a joué un rôle discret mais documenté dans la résurgence du M23, en facilitant le retour de son chef militaire en RDC en 2017 et en servant de vivier de recrutement pour la rébellion, selon un rapport publié en avril 2026 par le Congo Research Group (CRG) et le Center on International Cooperation (CIC) de l’Université de New York. Ce document note également que des officiers de l’armée ougandaise (UPDF) ont également été signalés comme participant aux sessions de formation militaire dispensées aux recrues du M23 dans le camp de Tchanzu, en RDC, aux côtés d’officiers des Forces de défense rwandaises en 2021. Mais ce rapport ne précise pas la nature exacte des arrangements entre Kampala et le M23. Difficile de savoir si ces facilitations reflètent une politique délibérée de Kampala ou il s’agit simplement des initiatives individuelles de la part de certains officiers militaires ougandais.

Depuis le lancement de ces opérations dénommées « Shuuja » visant à neutraliser les ADF, les autorités congolaises et ougandaises affichent officiellement une volonté commune de restaurer la paix. Malgré des engagements répétés en faveur d’une coopération sécuritaire renforcée, les relations entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda restent marquées par une profonde méfiance, notamment en ce qui concerne leurs opérations militaires conjointes dans l’est du pays. Malgré ce climat de méfiance, Kinshasa et Kampala poursuivent cette collaboration. Le 21 juin dernier, le président congolais Félix Tshisekedi avait reçu à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa, le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Kaguta Museveni et chef d’état-major de l’armée. La veille de cette rencontre, le 20 juin, les responsables des armées de deux pays avaient signé un accord pour poursuivre leur opération militaire conjointe contre les rebelles ADF.

Heshima Magazine

Continue Reading

Nation

RDC : comment le gouvernement compte utiliser les fonds de 1,25 milliard USD d’eurobonds ?

Published

on

La République démocratique du Congo a mobilisé 1,25 milliard de dollars sur les marchés financiers internationaux à travers une émission d’eurobonds le 9 avril 2026. Lors d’une conférence de presse tenue le 13 avril à Kinshasa, le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a présenté les projets prioritaires à financer, dans un contexte de besoins urgents pour soutenir le développement économique et social du pays.

L’émission d’eurobonds réalisée par la République démocratique du Congo s’inscrit dans une stratégie de diversification des sources de financement. Selon le ministère des Finances, cette levée de fonds vise principalement à financer des projets d’infrastructures, notamment dans les transports et l’énergie, considérés comme des leviers essentiels de croissance. Près de la moitié des projets prévus dans ce financement concernent la ville de Kinshasa, capitale du pays, confrontée à une démographie galopante sans moyens de transport et autres infrastructures de base. Une partie de fonds levés vise à construire un nouveau terminal de 49 000 m² à l’aéroport de N’djili, capable d’accueillir 5 millions de passagers par an.

Quelque 300 kilomètres de routes sont également prévus, ainsi qu’une rocade de 31 kilomètres avec échangeurs et ponts. Les autres investissements visent le développement d’un réseau de lignes de transmission électrique de 330 KV permettant une connexion entre la Zambie et la « ceinture de cuivre » de la RDC, une centrale hydroélectrique de 64 mégawatts et des réseaux de distribution dans la province du Kasaï-Central.

Dans d’autres villes du pays, ces fonds vont également financer la création de centres de formation professionnelle précisément dans quatre villes. Il y a aussi la modernisation de la route entre la ville de Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, et Beni, dans la province du Nord-Kivu, longue de 750 kilomètres.

Des craintes sur la transparence de fonds persistent…

Si le gouvernement met en avant des investissements structurants, experts et institutions appellent à la transparence dans la gestion de ces fonds mais aussi à la prudence face aux risques de surendettement. D’après des analyses de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, la RDC fait face à un déficit important en infrastructures, ce qui freine son développement économique. Les investissements dans les routes, les barrages et les réseaux électriques pourraient ainsi améliorer la connectivité et soutenir l’industrialisation, en particulier dans les zones minières. Mais la gestion de ces réalisations pose de doute quant à la transparence. « Nous voulons un témoin, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), pour assurer le suivi de la gestion de ces ressources. Nous allons, pour la transparence, informer la population sur l’affectation du 1,25 milliard mobilisé. D’ici un an, nous inviterons les investisseurs à constater concrètement les réalisations. », a répondu Doudou Fwamba face aux craintes sur la transparence dans la gestion de ces fonds. Ces craintes sont exprimées suite à des précédents en Afrique subsaharienne qui montrent que l’absence de suivi rigoureux peut limiter l’impact réel de tels financements sur les conditions de vie des populations. La Banque africaine de développement (BAD) souligne, dans certains de ses rapports, que l’efficacité de la dépense publique reste un enjeu clé pour maximiser les retombées économiques.

Eurobonds, la RDC très crédible sur le marché ?

Le pays a accompli un pas de plus en accédant aux marchés internationaux des capitaux. C’est un moyen pour la RDC de diversifier ses sources de financements. Plusieurs facteurs ont joué pour la réussite de cette opération. Coordonnée notamment par la Rawbank au niveau de la région, cette opération d’eurobonds est la conséquence d’une discipline budgétaire observée ces derniers temps au pays.

Le faible niveau d’endettement public de la RDC a aussi pesé en faveur de Kinshasa dans les calculs des investisseurs. Kinshasa n’avait soumis que des demandes pour 1,25 milliard de dollars, mais a reçu des soumissions frôlant les 5 milliards de dollars. Le ministre des Finances justifie le refus du fonds supplémentaire par le fait que le gouvernement n’avait en main que des projets avec étude de faisabilité coutant le 1,25 milliard de dollars sollicité. « Nous ne pouvions pas accepter toutes ces soumissions. Nous n’avions que des projets avec des études de faisabilité pour le montant sollicité », a fait savoir le ministre des Finances qui s’est réjoui non pas du milliard reçu mais de la « crédibilité certifiée » que le pays a gagné dans ce processus. Doudou Fwamba célèbre donc la « reconnaissance des efforts » du président Félix Tshisekedi et l’entrée « très réussie » de la RDC dans la finance internationale.

Pour réussir cette opération, la Rawbank, première banque de la RDC, a agi aux côtés des leaders mondiaux tels que Citigroup et Standard Chartered Bank comme arrangeurs et coordinateurs des souscriptions au niveau global. « Nous sommes fiers d’avoir accompagné cette opération, qui ouvre la voie à de nouveaux financements internationaux, y compris pour les émetteurs non souverains », a déclaré Mustafa Rawji, directeur général de la Rawbank. Avec cet emprunt, le taux d’endettement du pays passe de 18,1 % à 19,5 % du PIB, un niveau toujours inférieur à celui de pays comme la Namibie, l’Angola ou le Kenya. Kinshasa prévoit de constituer des provisions annuelles pour son remboursement.

Si les 1,25 milliard de dollars d’eurobonds offrent à la République démocratique du Congo une opportunité d’accélérer son développement, leur réussite dépendra de la capacité du gouvernement à conjuguer discipline budgétaire, transparence et efficacité dans l’exécution des projets, sous le regard attentif des partenaires comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.

Heshima Magazine

Continue Reading

Nation

Kinshasa : que sait-on du projet de viaduc pour désengorger les axes Nguma-Mondjiba-Socimat ?

Published

on

Face à la congestion chronique qui paralyse l’accès au centre-ville de Kinshasa, le gouvernement congolais a annoncé via le conseil des ministres tenu le 10 avril 2026 un projet de viaduc de 3,5 km dans la baie de Ngaliema. Objectif : fluidifier la circulation sur les axes importants reliant notamment les avenues Nguma, Mondjiba à la Gombe en passant par la rive gauche du fleuve Congo. Plusieurs zones d’ombre entourent encore ce projet, notamment son financement et son tracé à la hauteur de la très convoitée Baie de Ngaliema.   

Présenté lors du Conseil des ministres du 10 avril 2026, le projet de viaduc dans la baie de Ngaliema s’inscrit dans une stratégie plus large de lutte contre les embouteillages à Kinshasa. Selon les autorités, cette infrastructure vise en priorité les axes les plus saturés de l’ouest de la capitale, notamment la route de Matadi, la rocade nord-ouest et le corridor Kintambo–boulevard Mondjiba–Socimat, régulièrement paralysés aux heures de pointe.

Long d’environ 3,5 kilomètres, le futur viaduc sera constitué de deux fois deux voies. Il doit relier directement les rocades nord-ouest et nord-est, en contournant les points noirs de circulation comme Kintambo-Magasin. Le tracé annoncé partirait de l’avenue du Tourisme, à hauteur de l’Hôpital de la Rive, longerait la baie de Ngaliema via le site de Chanic, pour déboucher sur le boulevard Tshatshi, à proximité de l’Hôtel Pullman, dans la commune de la Gombe.

Conçu comme une voie rapide urbaine, l’ouvrage permettrait une vitesse de circulation estimée entre 60 et 80 km/h, avec des échangeurs et rampes d’accès contrôlées. Il offrirait ainsi une alternative directe aux axes Nguma et Mondjiba, aujourd’hui saturés par l’augmentation du parc automobile et l’urbanisation rapide de la capitale. Pour le gouvernement, ce projet constitue une réponse structurelle à un problème devenu chronique : chaque jour, des milliers d’usagers passent plusieurs heures dans les embouteillages pour rejoindre la Gombe, principal centre administratif et économique. Le viaduc s’inscrit également dans un programme plus large de réaménagement de la baie de Ngaliema et de modernisation des infrastructures routières de Kinshasa.

Baie de Ngaliema, un site aux projets controversés

La rive gauche du fleuve, dans la zone communément appelée « Baie de Ngaliema », est toujours convoitée par plusieurs projets immobiliers controversés. Réputée site non aedificandi depuis l’époque coloniale, la Baie de Ngaliema est occupée actuellement par des constructions dites anarchiques. Si le gouvernement a réussi à démolir d’autres constructions anarchiques ailleurs notamment à Magasin-Kintambo, la Baie de Ngaliema continue cependant d’être spoliée par des « puissants » au point de faire capituler le gouvernement. En juin 2025, en marge de la Journée mondiale de l’environnement, célébrée chaque 5 juin, la ministre de l’Environnement et développement durable, Eve Bazaiba, avait officiellement annoncé la « sanctuarisation » de la Baie de Ngaliema. Les travaux visant à transformer cet espace en parc récréatif écotouristique ont été lancés par la même occasion, faisant de cette zone « une aire protégée ». En tant que telle, ce site bénéficie des protections prévues par la loi sur la conservation de la nature, au même titre que toutes les autres aires protégées du pays. Eve Bazaiba avait également mis en garde les fonctionnaires qui délivrent des titres fonciers sur des espaces « non aedificandi », conseillant aux acquéreurs de parcelles d’agir avec prudence. « Vos propres besoins ne vous permettent pas de construire n’importe où. Lorsqu’il y a des catastrophes, ces mêmes personnes appellent l’Etat à l’aide alors que c’est elles-mêmes qui prennent des risques démesurés. Que les conservateurs des titres fonciers sachent qu’aujourd’hui il y a pénalisation des actes. Celui qui donne des titres fonciers aux paisibles citoyens là où il ne faut pas se retrouvera en prison. », avait-elle menacé. Si hier, ils étaient couverts, ce n’est pas le cas aujourd’hui. La loi a déjà été promulguée, avait-elle ajouté. Dans la foulée de cette mesure, l’aménagement et la gestion de cet espace ont été confiés à la société Utexafrica, suivant un partenariat public-privé signé en 2017. Jean-Philippe Waterschoot, directeur général de cette société, avait expliqué que ce projet vise à protéger la rivière Makelele et le fleuve Congo tout en offrant aux Kinois un espace récréatif accessible gratuitement.

Mais malgré ce projet, d’autres constructions anarchiques ont continué. Le 14 février 2026, le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, avait effectué une visite d’évaluation sur ce site stratégique, annonçant de facto le début d’un processus qui devrait conduire à la démolition des bâtisses érigées en violation des normes urbanistiques.            

Un projet de « petit » Dubaï en attente… 

Depuis 2017, les projets foisonnent à la Baie de Ngaliema. Un projet immobilier et d’urbanisation à usage mixte avait été conçu sur une superficie totale de 187 ha. Le projet Corniche est divisé en quatre zones. Il visait à créer une sorte de « petit Dubaï » sur ce site. La zone I qui part de la résidence actuelle de l’ambassadeur de France jusqu’à la clôture du Palais de la Nation. Elle s’étend sur une superficie de 24,56 ha, dont 9,02 ha sur la terre ferme et 15,54 ha à gagner sur le fleuve. Il était prévu d’ériger un restaurant, des commerces, des logements collectifs et des maisons individuelles. La Zone II s’étend du Palais de la Nation à l’embouchure de la rivière Gombe sur une superficie de 33,07 ha, dont 11,80 ha sur la terre ferme et 21,07 à gagner sur le fleuve. Dans cette zone, il était prévu la construction d’un restaurant, des commerces, un hôtel et des logements collectifs. La zone III, la plus importante de toutes, va de la rivière Gombe au chantier naval de Chanimétal au niveau de la baie de Ngaliema sur une superficie de 77,79 ha, dont 67,86 ha sur la terre ferme et 9,93 ha à gagner sur le fleuve. Elle devrait comprendre des bureaux, un restaurant, des commerces, un hôtel, un River Club, des logements collectifs, des maisons individuelles, un parc thématique (45 000 m2) et un théâtre. Et, enfin, la zone IV qui s’étend du chantier naval de Chanimétal jusqu’au collecteur situé au Mont Ngaliema, soit une superficie de 52,23 ha, dont 24,71 ha sur la terre ferme et 27,52 ha à gagner sur le fleuve. Elle devrait abriter des bureaux, un restaurant, des commerces, un hôtel, des logements collectifs, culturel et éducationnel et un centre culturel. Ce projet avait été repris en 2022 par l’administration Tshisekedi. Le ministre des Affaires foncières de l’époque, Aimé Molendo Sakombi, avait tenté de le faire avancer en prenant langue à Dubaï avec la firme Emaar Properties. Mais jusqu’à ce jour, le site fait toujours l’objet des controverses. D’autres constructions anarchiques sortent encore de terre.    

Le viaduc va-t-il voir le jour ? 

Présenté comme une solution ambitieuse, le viaduc va-t-il voir le jour dans cet imbroglio autour de la Baie de Ngaliema ? Ce projet, au-delà des controverses liées au site, devra encore franchir l’épreuve du financement et de la mise en œuvre pour convaincre. Dans une ville où les projets d’infrastructures peinent souvent à se concrétiser, les Kinois attendent désormais des actes pour espérer voir, enfin, leurs trajets quotidiens se raccourcir. La ville-province de Kinshasa reste surtout confrontée à des embouteillages monstres, paralysant la circulation routière et compliquant considérablement les déplacements ainsi que le vécu quotidien des Kinois et Kinoises. Lors des précédentes réunions du Conseil des ministres, le chef de l’État, Félix Tshisekedi, avait, à plusieurs reprises, demandé au gouvernement de trouver une solution durable aux embouteillages sur les principaux axes routiers de la ville. Si ce viaduc est réalisé, il sera considéré comme l’une des solutions structurelles attendues par la population kinoise pour faire face aux embouteillages chroniques dans cette partie de la capitale.

Heshima Magazine 

Continue Reading

NOUS SOMMES AUSSI SUR FACEBOOK

Trending

You cannot copy content of this page

WeCreativez WhatsApp Support
Notre rédaction est là pour répondre à toutes vos préoccupations. N'hésitez pas !
👋Bonjour, comment puis-je vous aider ?