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Entre promesses et défis, Félix Tshisekedi un mandat sous haute tension

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Le 24 janvier 2019, Félix Tshisekedi accède à la présidence de la République démocratique du Congo (RDC), un tournant historique dans le pays marqué  par la première transition pacifique du pouvoir. Fils d’Étienne Tshisekedi, icône de l’opposition, il hérite d’un lourd fardeau, celui de succéder à un régime autoritaire après des décennies de dictature. Dès son arrivée, il se trouve confronté à une multitude de défis : corruption endémique, insécurité persistante et pauvreté généralisée. Entre les attentes populaires et les réalités du terrain, le président Tshisekedi navigue sur un chemin semé d’embûches.

Entre promesses et espoirs 

Lors de sa campagne électorale de 2018, Félix Tshisekedi annonce une vision ambitieuse pour la RDC : un avenir basé sur l’État de droit, une lutte acharnée contre la corruption et la restauration de la paix, en particulier dans l’est du pays où les violences des groupes armés font des ravages. Ces engagements trouvent un écho particulier dans une nation où plus de 70 % de la population survit avec moins de 1,90 dollar par jour, malgré des ressources minières parmi les plus riches du monde, notamment le cobalt.

À peine investi, Tshisekedi lance son programme des «100 jours», censé démontrer que des réformes rapides sont possibles. À Kinshasa, des projets d’infrastructure pour améliorer la circulation voient le jour, des écoles sont reconstruites à Goma, des forages d’eau potable sont annoncés à Kisangani, etc. Cependant, en 2020, un scandale éclate : Vital Kamerhe, son chef de cabinet, est accusé de détournement de 57 millions de dollars destinés à ces projets. Kamerhe est condamné à 20 ans de prison, un verdict historique qui jette une ombre sur la présidence de Tshisekedi.

Réélu en 2023, Félix Tshisekedi rallume l’espoir avec un nouveau programme de réformes ambitieuses. L’industrialisation des ressources minières, la réforme de l’armée pour pacifier l’Est, et un vaste plan d’électrification figurent en tête de ses priorités. À Lubumbashi, des usines de transformation du cuivre sont mises en place, et des offensives militaires dans le Kivu, notamment contre le Mouvement du 23 mars (M23), visent à restaurer la sécurité. 

Sur le plan économique, les résultats sont contrastés. En 2019, la RDC enregistre une inflation de 4,7 % et un chômage qui touche environ 30 % de la population active. Le pays, largement dépendant de ses exportations minières, peine à faire bénéficier sa population de ses richesses. Tshisekedi mise alors sur une relance économique par les investissements étrangers et une gestion plus rigoureuse des ressources naturelles. En 2019, le PIB connaît une croissance de 4,4 %, dopée par les exportations de minerais, mais la pandémie de COVID-19 en 2020 brise cet élan, avec une chute de 1,7 % du PIB.

Quant aux secteurs de la santé et de l’éducation, déjà fragiles, ils subissent des coupes sévères pendant la crise sanitaire. Cependant, l’une des mesures phares de son mandat reste l’instauration de la gratuité de l’enseignement primaire, un geste historique qui permet à des millions d’enfants d’accéder à l’éducation sans obstacles financiers. Cette réforme, bien que saluée, rencontre des défis logistiques et de financement. Parallèlement, la gratuité de la maternité a été mise en place, permettant aux femmes enceintes d’accoucher dans les hôpitaux publiques sans frais. Un progrès majeur pour lutter contre la mortalité maternelle. En 2023, toutefois, seulement 20 % des Congolais accèdent à des soins de santé décents, tandis que le taux d’alphabétisation stagne à 77 %, révélant des carences dans l’application de ces réformes. «Nous avons hérité d’un pays en ruines», déclare Tshisekedi en 2021, un constat qui marque le début de son second mandat. 

Centralisation du pouvoir : rupture ou continuité ?

Lorsque Félix Tshisekedi accède à la présidence, il hérite d’un État marqué par 18 ans de gouvernance autoritaire sous Joseph Kabila. Le pouvoir est alors largement centralisé à Kinshasa, reléguant presque les provinces à un rôle secondaire. Mais face à un Parlement et des gouvernorats contrôlés par le Front commun pour le Congo (FCC) de Kabila, le nouveau chef de l’État se heurte rapidement aux limites de sa marge de manœuvre. Il lui faudra attendre 2021 pour rompre cette cohabitation contraignante et créer l’Union sacrée de la nation, qui lui permet de prendre le contrôle du gouvernement, avec la nomination de Jean-Michel Sama Lukonde au poste de Premier ministre.

Cette prise en main, présentée comme une rupture, suscite pourtant des interrogations. Pour contourner un Parlement récalcitrant, Tshisekedi a recours à une série d’ordonnances, nomme des juges qualifiés proches du pouvoir par ses opposants à la Cour constitutionnelle et s’appuie sur les forces de sécurité. Dans son second mandat, entamé en 2024, cette ambiguïté persiste. Si des figures comme le général John Numbi ont été écartées sous la pression internationale en raison de nombreuses violations des droits de l’homme, d’autres loyalistes de l’ancien régime accusés des mêmes faits, demeurent dans l’appareil sécuritaire.

En 2024, Tshisekedi promet une gouvernance plus inclusive et un renforcement de la décentralisation, notamment à travers des transferts budgétaires aux provinces. Mais dans les faits, et les budgets alloués aux provinces, bien qu’en hausse, souffrent de graves dysfonctionnements, comme l’ont révélé plusieurs audits de l’Inspection générale des finances (IGF).

Dans l’Est du pays, la gestion des ressources sécuritaires reste un casse-tête. « Tshisekedi a démantelé l’emprise de Kabila, mais il reconstruit un pouvoir tout aussi centré sur lui-même », analyse Jason Stearns du Congo Research Group. De son côté, un député de l’opposition résume : « L’Union sacrée n’est qu’un nouvel outil pour dominer. » Entre volonté de centralisation et promesses de décentralisation, Félix Tshisekedi entretient un équilibre fragile. 

Les défis de la gouvernance

La corruption reste l’un des principaux freins à la gouvernance de Félix Tshisekedi, sapant les efforts de réforme à tous les niveaux de l’État. Dans l’administration publique, les détournements de fonds et les pratiques clientélistes empêchent la mise en œuvre des projets de développement. En 2023, un audit de l’IGF a révélé des détournements massifs dans des entreprises publiques comme la Gécamines et la Société Nationale d’Électricité (SNEL), où des milliards de francs congolais disparaissent chaque année sans que les coupables ne soient véritablement inquiétés. La corruption touche aussi les gouvernements provinciaux, où certains gouverneurs, détournent les budgets destinés aux infrastructures et aux services sociaux.

L’armée, censée défendre le territoire national, est elle aussi gangrenée par la corruption, avec des conséquences désastreuses sur la guerre à l’Est du pays. Des détournements de fonds destinés à la solde des soldats sont signalés. Ces pratiques minent le moral des troupes et expliquent en partie les retraits inexpliqués de l’armée congolaise face à l’ennemi, permettant au M23 de s’emparer de villes stratégiques, d’aéroports et de bases militaires sans grande résistance. Certains hauts gradés sont soupçonnés de collusion avec les forces étrangères et de complicité au sein de la chaîne de commandement, ce qui occasionne les revers sur le terrain.

À ces failles s’ajoute une trahison politique manifeste. Face à l’agression de la RDC par le Rwanda, la classe politique tant de l’opposition que de la majorité brille par son silence, un mutisme que Félix Tshisekedi lui-même a dénoncé lors de sa rencontre avec les cadres de l’Union Sacrée de la Nation le 22 février 2025. 

Pendant que l’armée se bat, des figures comme Joseph Kabila et Corneille Nangaa, pactisent avec Kigali et appellent ouvertement à une guerre contre leur propre pays. Ces actes de haute trahison révèlent une crise morale et patriotique profonde au sein de la classe dirigeante congolaise. La justice, qui devrait être un rempart contre ces dérives, est elle-même gangrenée par la corruption, avec des magistrats qui se laissent acheter pour blanchir des criminels économiques et entraver la lutte contre l’impunité. Autant de dérives qui empêchent Félix Tshisekedi d’appliquer pleinement sa vision pour une RDC forte, souveraine et bien gouvernée.

Situation sécuritaire : un défi persistant

Dans l’Est de la RDC, la paix semble toujours hors de portée. La situation sécuritaire, loin de s’apaiser, a connu une aggravation dramatique en ce début d’année 2025. Les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont aujourd’hui le théâtre d’une offensive de grande ampleur menée par le M23, un groupe rebelle appuyé par le Rwanda. Avec une audace inédite, les combattants de ce mouvement ont redessiné la carte du conflit congolais en s’emparant de plusieurs localités stratégiques. Fin janvier, Goma, chef-lieu du Nord-Kivu et poumon économique de l’est du pays, est tombée aux mains des rebelles après de violents affrontements. La ville, transformée en champ de ruines, a vu des milliers d’habitants fuir dans un climat de terreur. Quelques semaines plus tard, le 16 février, c’est au tour de Bukavu, chef-lieu du Sud-Kivu, de subir le même sort. Une progression alarmante qui marque une expansion territoriale sans précédent du M23 et de son bras politique, l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par l’ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) Corneille Nangaa. 

Ce double revers militaire constitue un sévère camouflet pour le président Félix Tshisekedi, qui avait fait de la pacification de l’Est une priorité de son mandat. Selon les Nations Unies, plus de un million de personnes sont aujourd’hui déplacées dans cette région, et le bilan humain de la bataille de Goma s’élèverait à plus de 3 000 morts, un chiffre sous-estimé selon plusieurs sources humanitaires.

Le rôle du Rwanda dans cette escalade est au centre des tensions. Kigali soutient activement le M23, en fournissant près de 4 000 soldats et un arsenal militaire sophistiqué. Ces informations, confirmées par des rapports de l’ONU et des déclarations occidentales, viennent renforcer la défiance entre Kinshasa et Kigali. De son côté, Paul Kagame justifie cette ingérence par la nécessité de protéger les Tutsis congolais et de lutter contre les milices hutus, une rhétorique balayée par Tshisekedi qui dénonce une volonté manifeste de mainmise sur les richesses minières congolaises.

Lors d’une rencontre cruciale avec les membres de l’Union Sacrée, le 22 février à Kinshasa, Félix Tshisekedi a reconnu la gravité de la situation. «Nous avons perdu deux batailles, Goma et Bukavu, mais pas la guerre», a-t-il déclaré, tout en pointant du doigt des cas de «trahison» au sein de l’armée congolaise. Il a annoncé une refonte totale des Forces armées de la RDC (FARDC) et a exclu tout dialogue avec «les pantins du Rwanda». Reste à savoir si cette stratégie permettra d’inverser la tendance, alors que l’armée congolaise demeure affaiblie et que la crise humanitaire atteint des proportions alarmantes. Le spectre d’un embrasement régional plane plus que jamais sur l’Est congolais.

Relations tendues avec l’opposition

Depuis son accession à la magistrature suprême, Félix Tshisekedi a entretenu des relations complexes avec l’opposition congolaise, oscillant entre gestes d’ouverture et tensions croissantes. Dès le début de son mandat, le président a cherché à apaiser les frictions en libérant plusieurs prisonniers politiques, dont Franck Diongo, Diomi Ndongala et Firmin Yangambi, tout en facilitant le retour d’exilés, à l’image de Moïse Katumbi. Mais cette dynamique d’inclusion a rapidement cédé place à des tensions exacerbées par les échéances électorales.

Les élections générales de 2023 ont en effet cristallisé les divisions. Martin Fayulu et Moïse Katumbi, figures majeures de l’opposition, ont rejeté les résultats, dénonçant des irrégularités massives et un processus biaisé. Malgré ces contestations, la Cour constitutionnelle a validé la réélection de Tshisekedi, faute de preuves, mais aussi parce que les irrégularités dénoncées n’ont aucune influence déterminante sur les résultats de l’élection présidentielle, susceptibles de modifier l’ordre d’arrivée des candidats. Cette décision a accentué la défiance entre le pouvoir et ses opposants, alimentant un climat politique délétère. Parallèlement, plusieurs poursuites judiciaires contre des opposants ont renforcé le sentiment d’un durcissement du régime. L’arrestation et la condamnation de Jean-Marc Kabund, ancien président intérimaire de l’UDPS, en 2022, illustrent ce sentiment. Sa libération en février 2025, après une grâce présidentielle, a été perçue par certains comme un signe d’ouverture, mais par d’autres comme un geste purement stratégique.

Les tensions se sont encore aggravées avec l’arrestation de Seth Kikuni en septembre 2024. L’opposant a été interpellé par l’Agence nationale de renseignements (ANR) pour « incitation à la désobéissance civile » et « propagation de faux bruits » après ses déclarations incendiaires à Lubumbashi. Il avait notamment évoqué la possibilité pour les Katangais d’expulser les Kasaïens de leur province, ravivant ainsi des blessures historiques encore vives. Le souvenir du drame de 1992-1993, lorsqu’une violence sectaire avait défiguré la région du Katanga, est encore vivace : des milices katangaises avaient mené des « nettoyages ethniques » contre les Kasaïens, faisant plus de 5 000 victimes et forçant 100 000 personnes à fuir. Dans un pays de plus de 100 millions d’habitants, composé de plus de 250 ethnies, jouer avec ces questions tribales et ethniques peut avoir des conséquences dramatiques.  Son procès s’est conclu en novembre 2024 par une condamnation à un an de prison, une décision que ses partisans qualifient de règlement de comptes politique.

Un autre cas emblématique est celui de Mike Mukebayi, membre du parti Ensemble pour la République de Moïse Katumbi. Arrêté en mai 2023 après des propos haineux à l’encontre de la communauté kasaïenne, il a été condamné à 30 mois de prison. Cette affaire a divisé l’opinion publique : si certains dénoncent une répression ciblée, d’autres estiment que les discours de haine ne peuvent être tolérés, même lorsqu’ils émanent d’opposants politiques.

Ces arrestations, bien que justifiées, sont perçues par une partie de l’opinion  comme un moyen de museler la dissidence. Dans un pays où l’histoire politique est marquée par des luttes de pouvoir brutales, chaque interpellation devient un symbole, alimentant un climat de suspicion et de polarisation. Cette situation fragilise davantage un paysage politique déjà profondément fragmenté, rendant encore plus incertaine la perspective d’un dialogue national apaisé.

Changement de Constitution : réforme nécessaire ou ambition cachée ?

La question d’une réforme constitutionnelle en RDC alimente les débats depuis plusieurs années, et le second mandat de Félix Tshisekedi ne fait qu’accentuer les interrogations. Officiellement, la Constitution de 2006 limite le président à deux mandats de cinq ans, fixant l’échéance de son pouvoir à 2028. Dès son premier quinquennat, Tshisekedi s’est posé en garant des principes démocratiques, rappelant à plusieurs reprises son attachement à la loi fondamentale. «Je suis un démocrate, je respecterai la loi», affirmait-il en 2022, dans un contexte où la méfiance envers les dirigeants cherchant à s’éterniser au pouvoir reste vive. 

Pourtant, dès 2023, des signaux contradictoires ont émergé. Le chef de l’État a évoqué la nécessité d’une révision constitutionnelle, officiellement pour «adapter les institutions aux réalités congolaises». L’objectif affiché ? Renforcer la décentralisation et améliorer la gouvernance locale adaptée aux réalités du pays. Mais ces déclarations, bien que formulées sous un prisme réformateur, rappellent les stratégies employées par d’autres dirigeants africains pour prolonger leur règne. En Guinée et en Côte d’Ivoire, Alpha Condé et Alassane Ouattara ont utilisé des modifications constitutionnelles pour briguer un troisième mandat, déclenchant des tensions et des violences.

En 2024, alors que Tshisekedi entame son second mandat, les spéculations prennent de l’ampleur. Lors d’un discours à Kinshasa en janvier, il évoque un «pacte national» pour moderniser les institutions face aux crises sécuritaires et économiques. Ses alliés de l’Union sacrée défendent l’idée d’une réforme pour «achever la reconstruction du pays», tandis que l’opposition dénonce une tentative déguisée de prolonger son pouvoir. 

«Il veut imiter Kabila, qui contrôlait tout depuis Kinshasa», accuse Martin Fayulu en février 2025. Moïse Katumbi, de son côté, parle d’une «manœuvre pour s’éterniser». La chute de Goma et Bukavu face aux rebelles du M23 en ce début d’année n’a fait qu’ajouter de l’incertitude à une situation déjà explosive.

Pour l’instant, aucune proposition officielle n’a été déposée, et Tshisekedi maintient son engagement à respecter les règles démocratiques. Mais dans un pays marqué par des décennies de promesses non tenues, chaque déclaration sur la Constitution est analysée comme un indice de ses intentions réelles. «S’il touche à la Constitution, ce sera la guerre», avertit un militant de Lamuka. De l’autre côté, un député de la majorité nuance : «Nous avons besoin d’un cadre institutionnel adapté aux réalités congolaises.» 

Des défis multiples et complexes

Le régime de Félix Tshisekedi se trouve actuellement dans une situation délicate, confronté à une série de défis qui pourraient, si rien n’est fait, menacer sa stabilité. L’offensive militaire des rebelles du M23, soutenus par des forces rwandaises, a plongé l’Est de la RDC dans une crise humanitaire préoccupante. La prise de Goma fin janvier, suivie de celle de Bukavu, a entraîné des pertes humaines importantes avec plus de milliers des morts et déplacé plus d’un million de personnes, ébranlant ainsi l’autorité de l’État dans cette région stratégique. 

Malgré un remaniement militaire annoncé le 6 janvier, l’efficacité des Forces armées de la RDC (FARDC) reste incertaine. Les investissements colossaux dans l’équipement des troupes ne semblent pas avoir suffi à endiguer les exactions et la désaffection croissante au sein de l’armée pour l’instant.

Sur le plan politique, l’opposition, portée par des figures influentes comme Martin Fayulu, Joseph Kabila et Moïse Katumbi, semble gagner en dynamisme, profitant des tensions actuelles pour critiquer le gouvernement. Cette montée en puissance de l’opposition intervient dans un contexte socio-économique tendu, où l’inflation avoisine les 12 %, le chômage reste élevé et la vie chère pèse lourdement sur les ménages. Ces difficultés économiques, couplées à une corruption persistante, risquent d’éroder davantage la confiance des citoyens envers les institutions.

Dans ce climat incertain, l’incapacité du régime à reprendre l’initiative face à l’avancée du M23, ainsi que les risques d’un affaiblissement supplémentaire de l’armée, pourraient, à terme, déstabiliser davantage le pays. Bien que la situation ne semble pas encore irréversible, la perspective de protestations massives et d’une crise politique plus profonde ne peut être écartée. Dans un pays marqué par des décennies d’instabilité, ces tensions rappellent la nécessité d’une gestion prudente et inclusive des défis actuels.

Un avenir en suspend

Félix Tshisekedi incarne aujourd’hui les espoirs d’une nation en quête de renouveau. Porté au pouvoir par une population désireuse de changement, le président congolais fait face à des défis colossaux qui pourraient bien déterminer l’avenir de son pays. Entre ses ambitions réformatrices et les réalités brutales d’un État fragilisé par des décennies de crises, son destin politique semble suspendu à des choix cruciaux. En 2023, le cardinal Fridolin Ambongo, figure influente de l’Église catholique, lançait un appel poignant : «Le Congo peut renaître, mais il faut du courage.» Un message qui résonne comme un avertissement et un encouragement à l’égard du chef de l’État.

Mais la question demeure : Félix Tshisekedi possède-t-il la détermination nécessaire pour surmonter les obstacles qui se dressent sur sa route ? Corruption endémique, instabilité sécuritaire dans l’est du pays, tensions politiques et attentes immenses de la population congolaise… Les défis sont multiples et complexes.

L’histoire retiendra si le président a su incarner ce courage évoqué par le cardinal Ambongo. Pour l’heure, l’avenir du Congo reste suspendu à des décisions délicates, dans un contexte où chaque choix politique pourrait peser lourd sur le destin de toute une nation.

Heshima

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RDC : Ces dix événements qui ont marqué l’année 2025

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L’année 2025 aura été une année difficile sur le plan sécuritaire pour la République démocratique du Congo (RDC). Cette année, qui arrive à son terme, a été ponctuée par plusieurs événements marquants. Heshima Magazine revient sur dix d’entre eux.

En 2025, le pays a perdu le contrôle de deux de ses importantes capitales régionales occupées par les rebelles de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23). Dès le 13 janvier, le célèbre catcheur congolais Edingwe « Moto na Ngenge », de son vrai nom Louis Mapima Mbaka, est décédé à Casablanca, au Maroc, à l’âge de 73 ans, provoquant une grande émotion en RDC où il était une légende, avec des hommages nationaux qui ont suivi son rapatriement à Kinshasa fin février 2025. En dehors de ce cas de décès, voici une rétrospective d’une année riche en événements notamment sur les situations sociales, les inondations et le sport.   

24 janvier : Mort du général Peter Cirimwami

Dès l’entame de l’année, la RDC a été confrontée à une aggravation de la situation sécuritaire dans sa partie Est. Le général major Peter Cirimwami Nkuba, officier des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et gouverneur militaire intérimaire de la province de Nord-Kivu, a été tué le 24 janvier après avoir été touché par balles la veille près de Sake, une cité située près de la ville de Goma. L’incident a eu lieu alors que le gouverneur militaire s’était déplacé vers la ligne de front à l’ouest de Goma. Sérieusement blessé, il a été pris en charge d’abord à Goma puis évacué dans la nuit vers Kinshasa. Inhumé huit mois plus tard avec un colonel tombé également sur la ligne de front au Sud-Kivu, Peter Cirimwami Nkuba a été élevé au rang de grand officier et commandeur dans l’ordre national des héros nationaux Kabila-Lumumba par le président de la République, Félix Tshisekedi. La cérémonie, qui a eu lieu au Palais du peuple, en plein cœur de la capitale congolaise, a été ponctuée de nombreux hommages.

27 janvier 2025 : Chute de la ville de Goma

Le 27 janvier, Goma, la capitale du Nord-Kivu, est tombée aux mains des rebelles de l’AFC/M23, soutenus par l’armée rwandaise. L’offensive avait démarré depuis le 23 janvier. La chute de cette ville a marqué une escalade significative du conflit dans l’Est du pays. Symbole stratégique, politique et économique, la capitale du Nord-Kivu est devenue l’épicentre d’une onde de choc aux répercussions nationales et régionales. Cette prise de la ville la plus importante de l’Est du pays a entraîné une crise humanitaire et politique, avec des appels à l’aide internationale et des protestations en RDC. A Kinshasa, cette offensive éclair et brutale a provoqué des émeutes populaires contre certaines ambassades occidentales, notamment celles de la France et de la Belgique. L’ambassade du Rwanda dont le pays participe aux hostilités aux côtés des rebelles du M23 a été aussi attaquée.

A Goma, la ville traverse toujours une épreuve difficile près d’une année après son occupation. Ces combats avaient provoqué de nouveaux déplacements massifs de populations, s’ajoutant à des camps déjà saturés autour de la ville. Des familles entières avaient fui sans ressources, cherchant refuge dans des écoles, des églises ou à même les routes menant vers le Sud-Kivu. Malgré le démantèlement par la force des camps des déplacés autour de la ville de Goma, certaines familles, en rentrant chez elles, ont trouvé des occupants inconnus dans leurs champs et parfois dans leurs maisons. Kinshasa a dénoncé une « implantation » des populations inconnues dans les zones contrôlées par le Rwanda via le M23 au détriment des autochtones. Des voix discordantes sont systématiquement réduites au silence. C’est le cas de l’artiste musicien Katembo Idengo, alias « Delcato », tué le 13 février 2025 par des rebelles du M23 à Goma, alors qu’il était en train de tourner un clip d’une chanson dénonçant l’occupation des villes de l’Est du pays par ces rebelles appuyés par le Rwanda.

De leur côté, les organisations humanitaires ont alerté sur des pénuries critiques de nourriture, d’eau potable et de médicaments, aggravées par l’insécurité et la fermeture de plusieurs axes d’approvisionnement. Les hôpitaux de Goma, déjà fragilisés, ont peiné à faire face à l’afflux de blessés. L’accès aux soins est devenu un luxe, alors que le risque d’épidémies augmente dans les zones de regroupement improvisées. Les enfants, particulièrement vulnérables, sont exposés à la malnutrition, aux violences et à l’interruption brutale de leur scolarité. Cette chute de la ville a provoqué des milliers de morts civils. Au-delà de l’urgence humanitaire, cette situation d’occupation ravive les tensions régionales et les craintes d’une escalade majeure du conflit. Les accusations de soutiens extérieurs au M23 refont surface, compliquant davantage les efforts diplomatiques pour stabiliser la région.  

14 février : Chute de Bukavu

Après la ville de Goma et des combats dans certains territoires du Sud-Kivu, la ville de Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu, est finalement tombée le 14 février. Des combattants de l’AFC/M23 ont marché et roulé dans le centre-ville sans résistance. Contrairement à Goma, Bukavu était tombée sans combat. Il s’agit de la deuxième grande ville du pays à être passée sous contrôle des rebelles dans cette région riche en minerais. Plus d’une dizaine de jours après l’occupation de cette ville, une attaque à la grenade a été perpétrée en marge d’un meeting de l’AFC/M23 organisé à la Place de l’indépendance à Bukavu. Cet attentat a entraîné la mort d’une dizaine de personnes et fait une soixantaine de blessés. A Goma, comme à Bukavu, les rebelles ont installé des administrations parallèles.     

Avril 2025 : Des inondations meurtrières à Kinshasa

Des pluies diluviennes se sont abattues sur Kinshasa, le 5 avril, causant la mort d’une trentaine de personnes et paralysant la capitale du pays. Des habitants circulaient en pirogue ou à la nage dans des avenues transformées en rivières. Après les pluies, les eaux ont progressivement monté, dévastant plusieurs quartiers périphériques et défavorisés de Kinshasa, mégapole de plus de 17 millions d’habitants et marquée par une urbanisation anarchique. Des quartiers les plus touchés étaient Debonhomme, Salongo et une partie de Kingabwa mais aussi Ndanu dans la commune de Limete, ainsi que d’autres zones fragiles dans les communes de Mont-Ngafula, Matete et N’djili.

Au total, 5 300 ménages des sinistrés de ces inondations ont été indemnisés par l’Etat congolais et ramenés à leurs domiciles, d’après le compte-rendu du 55ème Conseil des ministres.

Juin 2025 : Accord de paix signé le 27 juin

Après l’occupation de Goma et Bukavu, Kinshasa et Kigali ont signé un accord de paix. Représentés par leurs ministres des Affaires étrangères respectifs, la République démocratique du Congo et le Rwanda ont signé, le 27 juin 2025 à Washington, un accord en présence du secrétaire d’Etat des Etats-Unis, Marco Rubio. Signé par Mme Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre congolaise des Affaires étrangères, et Olivier Nduhungirehe, son homologue rwandais, cet accord comprend deux volets majeurs : sécuritaire et économique. Il prévoit notamment le respect de l’intégrité territoriale des deux pays, la cessation des hostilités entre leurs armées, ainsi que l’engagement mutuel de ne plus soutenir des groupes armés comme les FDLR ou l’AFC/M23. Il inclut également la mise en place d’un mécanisme conjoint de coordination sécuritaire fondé sur le concept d’opérations adopté à Luanda en octobre 2024. Cet accord bilatéral de paix entre la RDC et le Rwanda est signé sous médiation des États-Unis et vise à apaiser les tensions régionales dans les Grands Lacs.

Septembre 2025 : Condamnation de Constant Mutamba

L’ancien ministre de la Justice et Garde des sceaux, Constant Mutamba, a été condamné le 2 septembre 2025 à 3 ans de travaux forcés. Il a écopé également de 5 ans d’interdiction de vote et d’éligibilité. Cette sentence a été également confirmée en appel. Le verdict de la Cour de cassation de la République démocratique du Congo l’a reconnu coupable de détournement de fonds alloués à la construction d’une prison à Kisangani, dans la province de la Tshopo, dans le nord-est de la RDC. L’ancien ministre de la Justice a également été exclu de toute fonction publique, et sommé de restituer 19 millions de dollars détournés.

Septembre 2025 : Condamnation par contumace de Joseph Kabila

L’ancien président de la RDC, Joseph Kabila – 54 ans – a été condamné à mort par contumace par la Haute Cour militaire de Kinshasa en septembre 2025. Il était poursuivi pour trahison et crimes de guerre, notamment pour son lien présumé avec le groupe rebelle AFC/M23. Il a été jugé coupable d’intelligence avec le Rwanda, complot et participation à un mouvement insurrectionnel. Joseph Kabila, qui n’était pas présent à son procès dans la capitale Kinshasa et n’y était pas non plus représenté, a finalement réapparu à Nairobi, au Kenya, créant une coalition d’opposition dénommée « Sauvons la RDC » en octobre dernier. Une plateforme qui réunit certains opposants en exil notamment Franck Diongo, Jean-Claude Mvuemba et Augustin Matata Ponyo.

Novembre 2025 : La RDC remporte la finale des barrages africains pour le mondial  

L’année 2025 a vu aussi les Léopards de la République démocratique du Congo réaliser un exploit historique en battant en finale des barrages africains les Super Eagles du Nigeria pour la dernière place de la qualification à la Coupe du monde 2026. Après un match nul (1-1) dans le temps réglementaire, les Léopards ont réussi à se défaire du Nigeria sur tirs au but. Une victoire majeure pour la qualification à la Coupe du monde 2026. Les hommes de Sébastien Desabre ne sont qu’à un match de la phase finale de la Coupe du monde qui aura lieu en juin prochain aux Etats-Unis, Mexique et Canada. En mars prochain, ils affronteront en finale des barrages intercontinentaux le gagnant du match Jamaïque-Nouvelle-Calédonie qui se jouera au Mexique. Après plus de 51 ans, jamais la RDC n’était aussi proche d’une qualification au mondial.

Décembre 2025 : Accord de paix ratifié par Tshisekedi et Kagame

Après avoir été signé le 27 juin par les ministres des Affaires étrangères de deux pays en conflit, l’Accord de paix de Washington a été ratifié le 4 décembre par les présidents congolais, Félix Tshisekedi, et rwandais, Paul Kagame, en présence du président américain Donald Trump. Félix Tshisekedi s’est engagé solennellement à mettre en œuvre, « en toute sincérité », l’ensemble des obligations qui en découlent. Le chef de l’État congolais a exprimé l’espoir que, avec le même sérieux, le Rwanda respectera pleinement la lettre et l’esprit des engagements pris à Washington. Mais seulement quelques jours après, les rebelles de l’AFC/M23 appuyés par l’armée rwandaise ont pris le contrôle de la ville d’Uvira, au Sud-Kivu. Malgré les appels au retrait de ces troupes par les Etats-Unis, l’armée congolaise affirme que ces rebelles n’ont pas quitté totalement la ville d’Uvira. Cette ville stratégique peut donner accès à la province du Tanganyika.        

15 décembre : Roger Lumbala condamné à 30 ans de prison 

L’ancien chef rebelle et ministre congolais, Roger Lumbala, a été condamné, le15 décembre, à 30 ans de réclusion criminelle par la Cour d’assises de Paris, en France. Il a été reconnu coupable de complicité de crimes contre l’humanité, pour avoir ordonné, aidé ou encouragé ses troupes lors de l’opération « Effacer le tableau » dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Son rôle dans les crimes commis dans ces deux régions de la République démocratique du Congo entre 2002 et 2003 a été épinglé tout au long du procès. Le parquet avait requis la réclusion à perpétuité, mais les juges ont prononcé une peine de 30 ans. C’est la première fois qu’un ancien rebelle congolais soit jugé par la France. Des ONG des droits de l’homme parlent d’une avancée majeure pour les droits des victimes des conflits armés en RDC.     

Heshima Magazine

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RDC : entre progrès tangibles et défis persistants dans la lutte contre le Sida

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Ce 1er décembre 2025, le monde célèbre la journée internationale de lutte contre le Sida. Alors que la République démocratique du Congo enregistre des avancées notables dans la prévention et la prise en charge de ce fléau, de nombreux défis continuent d’entraver l’accès équitable aux soins et la réduction durable des nouvelles infections. Entre efforts gouvernementaux, partenariats internationaux et réalités du terrain, la lutte reste à la croisée des chemins.

Depuis plusieurs années, la RDC s’efforce de renforcer sa riposte contre le VIH/Sida à travers une combinaison de politiques publiques, de programmes communautaires et de soutiens internationaux. Les progrès sont réels : davantage de centres de dépistage ont été ouverts dans les zones urbaines et rurales, la sensibilisation s’intensifie auprès des jeunes grâce aux campagnes éducatives, et l’accès aux antirétroviraux (ARV) s’est globalement amélioré, permettant à de nombreuses personnes vivant avec le VIH de mener une vie plus stable.

Le pays connaît, depuis 2010, une baisse constante du taux de prévalence de la maladie. Sur 103 millions d’habitants, environ 600 000 seulement vivent avec le VIH, selon l’ONUSIDA. La RDC continue de fournir des efforts pour l’élimination totale de cette maladie à l’horizon 2030. Cette année, la commémoration s’est déroulée sous le thème : « Sur le chemin des droits ». Cette thématique souligne l’importance des droits humains dans la lutte contre le VIH/sida. D’après le dernier rapport de l’ONUSIDA, publié en prélude à cette commémoration, le monde peut atteindre l’objectif convenu de mettre fin au Sida en tant que menace pour la santé publique d’ici à 2030. Mais à condition que les dirigeants protègent les droits humains de toutes les personnes vivant avec le VIH ou exposées au risque d’infection par le virus.

Fragilité des infrastructures sanitaires… 

Les organisations communautaires jouent un rôle essentiel dans cette dynamique. Souvent en première ligne, elles facilitent le dépistage volontaire, accompagnent les patients dans l’observance thérapeutique et luttent contre la stigmatisation qui reste l’un des obstacles les plus tenaces. Dans certains territoires enclavés, ces structures sont même la seule passerelle entre les populations et les services de santé. Cependant, la progression reste inégale. Les infrastructures sanitaires demeurent fragiles, particulièrement dans les provinces affectées par les conflits ou les difficultés logistiques. Le manque de personnel formé, les ruptures sporadiques de stocks d’ARV, ainsi que les barrières culturelles et socioéconomiques compromettent encore l’efficacité de la prise en charge. Les adolescentes et jeunes femmes, plus exposées au risque d’infection, nécessitent des programmes ciblés encore insuffisamment déployés.

La stigmatisation sociale, quant à elle, sape silencieusement les avancées. Beaucoup hésitent encore à se faire dépister ou à suivre leur traitement par crainte du rejet familial ou communautaire. Les efforts de sensibilisation doivent donc s’intensifier pour ancrer la compréhension que le VIH est une maladie chronique gérable, et non une fatalité.

Un relâchement constaté

Le dernier rapport de l’ONUSIDA sur le taux de prévalence de la maladie en RDC date de 2022. Ce rapport souligne que le nombre de nouvelles contaminations dans le pays a chuté de 58 % depuis 2010, et les décès de 72 %. Le taux de prévalence reste faible (0,6 %), soit environ 600 000 personnes atteintes du VIH pour 103 millions d’habitants. Depuis 2018, 83 % des personnes connaissent leur statut sérologique et 82 % des malades sont sous traitement antirétroviral (ARV).

Ces chiffres encourageants ont cependant créé un relâchement de la part du gouvernement. L’État congolais a, depuis, cessé le dépistage généralisé pour se concentrer sur les populations les plus à risque. Il s’agit des travailleuses du sexe, des usagers de drogues injectables, des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (homosexuels), des personnes tuberculeuses, ainsi que des femmes enceintes et allaitantes. Malgré la baisse du taux de personnes infectées, rappelait Heshima Magazine en 2024, les chiffres de la RDC restent tout de même élevés par rapport à d’autres pays où la lutte contre cette pandémie est menée sans relâche. C’est le cas de la Namibie, où le pays a réussi à réaliser 99 % des naissances sans transmission du VIH. Le taux de prévalence de la maladie chez les adultes diminue également. En France, le taux de personnes infectées est de 200 000 pour 68 millions d’habitants, soit 0,4 %.

Entre optimisme mesuré et vigilance constante, la RDC poursuit sa lutte contre le Sida. Les acquis sont précieux, mais fragiles. Pour espérer un avenir où le VIH ne sera plus une menace majeure, il faudra non seulement renforcer les moyens, mais surtout consolider la confiance, l’information et la solidarité au cœur des communautés.

Heshima

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Procès Lumbala à Paris : Bemba devrait-il s’en inquiéter ?

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Jugé depuis le 12 novembre 2025 devant la Cour d’assises de Paris, l’ex-chef rebelle congolais Roger Lumbala est poursuivi pour complicité présumée de crimes contre l’humanité commis en 2002-2003 dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Dans ce procès inédit, Lumbala réclame la comparution – même par visioconférence – de Jean-Pierre Bemba, à l’époque chef d’un mouvement armé allié (Mouvement de libération du Congo, MLC), pour tenter de le disculper. Mais la justice française n’a jusqu’à présent cité aucun autre Congolais, Jean-Pierre Bemba compris.

Depuis le 24 novembre, la Cour d’assises de Paris a entamé l’écoute des victimes notamment des membres des communautés pygmées d’Épulu et de Mambasa qui ont livré des récits accablants : viols, exécutions sommaires, tortures et pillages durant l’opération « Effacer le tableau » exécutée entre 2002 et 2003. La plupart de ces victimes sont venues d’Epulu, Mambasa et de la région d’Isiro dans les provinces de l’Ituri et Haut-Uélé (deux entités de l’ancienne Province Orientale) et défilent devant les juges français pour témoigner et réclamer justice. Plusieurs ONG de défense des droits humains, nationales et internationales, se sont constituées parties civiles. Elles saluent l’ouverture de ce procès, après des décennies d’impunité, comme un tournant vers la justice pour les victimes.

Procès historique et polémique

Le procès Lumbala a débuté le 12 novembre 2025 à Paris, ce qui est une première : jamais un Congolais n’avait été jugé en France pour des crimes commis en RDC sur la base du principe de compétence universelle. L’ancien chef du groupe armé Rassemblement Congolais pour la Démocratie-National (RCD‑N) est accusé d’avoir participé à l’opération dite « Effacer le tableau », marquée entre 2002 et 2003 par des exactions – meurtres, viols, pillages, travaux forcés – contre des populations civiles, notamment des communautés Nande et Pygmées.

À l’ouverture, la défense a contesté la compétence de la justice française pour juger des faits commis en RDC et dénoncé ce qu’elle considère comme un « néo-colonialisme judiciaire ». Pour sa part, Lumbala a refusé de comparaître et demandé le retrait de ses avocats, dénonçant une « justice illégitime ». Malgré ces résistances, la Cour d’assises de Paris s’est déclarée compétente le 21 novembre 2025, rejetant l’exception soulevée par la défense.

L’appel à témoignage de Bemba…

Dans une lettre datée du 16 novembre et adressée à Jean-Pierre Bemba, actuel vice-premier ministre congolais en charge des Transports, Lumbala l’a sollicité pour venir témoigner, même par visioconférence, en sa faveur. Il affirme qu’il n’a exercé aucune autorité militaire directe lors des faits reprochés, mais qu’il avait seulement apposé sa signature sur des accords conclus par Bemba et d’autres responsables. L’objectif : que Bemba éclaire la justice française sur la chaîne de commandement et la nature des ordres donnés en 2002-2003. Roger Lumbala demande aussi que plusieurs anciens cadres de son ancien mouvement soient appelés comme témoins.

Mais selon le greffe de la Cour d’assises de Paris, ni Jean-Pierre Bemba, ni un autre haut responsable congolais – en l’occurrence Constant Ndima – n’ont été formellement cités dans la procédure comme prévenus, témoins ou parties à convocation. Les avocats de Lumbala eux-mêmes ont dit leur surprise face aux rumeurs circulant sur les réseaux sociaux évoquant l’implication de Bemba dans l’affaire, le qualifiant de « poison rwandais ».

Justice, vérité… ou impasse ?

Le procès de Roger Lumbala s’inscrit dans un cadre inédit, celui de la compétence universelle, et représente pour beaucoup une opportunité longtemps attendue pour rendre justice aux victimes de l’Est de la RDC. Toutefois, l’issue reste incertaine. Au procès, des noms ne cessent d’être cités, notamment ceux de Jean-Pierre Bemba et du général Constant Ndima, occupant actuellement des responsabilités au sein des institutions du pays.

L’appel à un témoignage de Jean-Pierre Bemba – symbole pour certains d’un lien crucial entre les commanditaires et les exécutants – risque de ne jamais déboucher : la justice française n’a pas retenu son nom dans la procédure, et sa comparution n’est pour l’instant pas envisagée. Jean-Pierre Bemba ne devrait donc pas s’en inquiéter au stade actuel de la procédure. Lui qui avait été jugé à la Cour pénale internationale (CPI) pour des faits de crimes de guerre et crime contre l’humanité prétendument commis en République centrafricaine pendant sa rébellion. Mais l’homme avait été finalement acquitté de ces charges.        

Dans ces conditions, le procès Lumbala pourrait se heurter à un manque de « chaines de responsabilité » claires. Même si des victimes ont témoigné, l’absence de responsables congolais devant la barre pourrait fragiliser la vérité judiciaire. Mais pour les ONG et les parties civiles, le simple fait que des survivants puissent s’exprimer devant un tribunal international constitue déjà une avancée – modeste, mais réelle. Ce procès peut aussi ouvrir la voie à d’autres, surtout pour les crimes documentés dans le rapport Mapping des Nations Unies. Le docteur Denis Mukwege – prix Nobel de la paix – n’a jamais cessé d’évoquer ce document et demandé la fin de l’impunité pour des auteurs cités dans ce rapport. 

Heshima

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