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Entre promesses et défis, Félix Tshisekedi un mandat sous haute tension
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La redaction
Le 24 janvier 2019, Félix Tshisekedi accède à la présidence de la République démocratique du Congo (RDC), un tournant historique dans le pays marqué par la première transition pacifique du pouvoir. Fils d’Étienne Tshisekedi, icône de l’opposition, il hérite d’un lourd fardeau, celui de succéder à un régime autoritaire après des décennies de dictature. Dès son arrivée, il se trouve confronté à une multitude de défis : corruption endémique, insécurité persistante et pauvreté généralisée. Entre les attentes populaires et les réalités du terrain, le président Tshisekedi navigue sur un chemin semé d’embûches.
Entre promesses et espoirs
Lors de sa campagne électorale de 2018, Félix Tshisekedi annonce une vision ambitieuse pour la RDC : un avenir basé sur l’État de droit, une lutte acharnée contre la corruption et la restauration de la paix, en particulier dans l’est du pays où les violences des groupes armés font des ravages. Ces engagements trouvent un écho particulier dans une nation où plus de 70 % de la population survit avec moins de 1,90 dollar par jour, malgré des ressources minières parmi les plus riches du monde, notamment le cobalt.
À peine investi, Tshisekedi lance son programme des «100 jours», censé démontrer que des réformes rapides sont possibles. À Kinshasa, des projets d’infrastructure pour améliorer la circulation voient le jour, des écoles sont reconstruites à Goma, des forages d’eau potable sont annoncés à Kisangani, etc. Cependant, en 2020, un scandale éclate : Vital Kamerhe, son chef de cabinet, est accusé de détournement de 57 millions de dollars destinés à ces projets. Kamerhe est condamné à 20 ans de prison, un verdict historique qui jette une ombre sur la présidence de Tshisekedi.
Réélu en 2023, Félix Tshisekedi rallume l’espoir avec un nouveau programme de réformes ambitieuses. L’industrialisation des ressources minières, la réforme de l’armée pour pacifier l’Est, et un vaste plan d’électrification figurent en tête de ses priorités. À Lubumbashi, des usines de transformation du cuivre sont mises en place, et des offensives militaires dans le Kivu, notamment contre le Mouvement du 23 mars (M23), visent à restaurer la sécurité.
Sur le plan économique, les résultats sont contrastés. En 2019, la RDC enregistre une inflation de 4,7 % et un chômage qui touche environ 30 % de la population active. Le pays, largement dépendant de ses exportations minières, peine à faire bénéficier sa population de ses richesses. Tshisekedi mise alors sur une relance économique par les investissements étrangers et une gestion plus rigoureuse des ressources naturelles. En 2019, le PIB connaît une croissance de 4,4 %, dopée par les exportations de minerais, mais la pandémie de COVID-19 en 2020 brise cet élan, avec une chute de 1,7 % du PIB.
Quant aux secteurs de la santé et de l’éducation, déjà fragiles, ils subissent des coupes sévères pendant la crise sanitaire. Cependant, l’une des mesures phares de son mandat reste l’instauration de la gratuité de l’enseignement primaire, un geste historique qui permet à des millions d’enfants d’accéder à l’éducation sans obstacles financiers. Cette réforme, bien que saluée, rencontre des défis logistiques et de financement. Parallèlement, la gratuité de la maternité a été mise en place, permettant aux femmes enceintes d’accoucher dans les hôpitaux publiques sans frais. Un progrès majeur pour lutter contre la mortalité maternelle. En 2023, toutefois, seulement 20 % des Congolais accèdent à des soins de santé décents, tandis que le taux d’alphabétisation stagne à 77 %, révélant des carences dans l’application de ces réformes. «Nous avons hérité d’un pays en ruines», déclare Tshisekedi en 2021, un constat qui marque le début de son second mandat.
Centralisation du pouvoir : rupture ou continuité ?
Lorsque Félix Tshisekedi accède à la présidence, il hérite d’un État marqué par 18 ans de gouvernance autoritaire sous Joseph Kabila. Le pouvoir est alors largement centralisé à Kinshasa, reléguant presque les provinces à un rôle secondaire. Mais face à un Parlement et des gouvernorats contrôlés par le Front commun pour le Congo (FCC) de Kabila, le nouveau chef de l’État se heurte rapidement aux limites de sa marge de manœuvre. Il lui faudra attendre 2021 pour rompre cette cohabitation contraignante et créer l’Union sacrée de la nation, qui lui permet de prendre le contrôle du gouvernement, avec la nomination de Jean-Michel Sama Lukonde au poste de Premier ministre.
Cette prise en main, présentée comme une rupture, suscite pourtant des interrogations. Pour contourner un Parlement récalcitrant, Tshisekedi a recours à une série d’ordonnances, nomme des juges qualifiés proches du pouvoir par ses opposants à la Cour constitutionnelle et s’appuie sur les forces de sécurité. Dans son second mandat, entamé en 2024, cette ambiguïté persiste. Si des figures comme le général John Numbi ont été écartées sous la pression internationale en raison de nombreuses violations des droits de l’homme, d’autres loyalistes de l’ancien régime accusés des mêmes faits, demeurent dans l’appareil sécuritaire.
En 2024, Tshisekedi promet une gouvernance plus inclusive et un renforcement de la décentralisation, notamment à travers des transferts budgétaires aux provinces. Mais dans les faits, et les budgets alloués aux provinces, bien qu’en hausse, souffrent de graves dysfonctionnements, comme l’ont révélé plusieurs audits de l’Inspection générale des finances (IGF).
Dans l’Est du pays, la gestion des ressources sécuritaires reste un casse-tête. « Tshisekedi a démantelé l’emprise de Kabila, mais il reconstruit un pouvoir tout aussi centré sur lui-même », analyse Jason Stearns du Congo Research Group. De son côté, un député de l’opposition résume : « L’Union sacrée n’est qu’un nouvel outil pour dominer. » Entre volonté de centralisation et promesses de décentralisation, Félix Tshisekedi entretient un équilibre fragile.
Les défis de la gouvernance
La corruption reste l’un des principaux freins à la gouvernance de Félix Tshisekedi, sapant les efforts de réforme à tous les niveaux de l’État. Dans l’administration publique, les détournements de fonds et les pratiques clientélistes empêchent la mise en œuvre des projets de développement. En 2023, un audit de l’IGF a révélé des détournements massifs dans des entreprises publiques comme la Gécamines et la Société Nationale d’Électricité (SNEL), où des milliards de francs congolais disparaissent chaque année sans que les coupables ne soient véritablement inquiétés. La corruption touche aussi les gouvernements provinciaux, où certains gouverneurs, détournent les budgets destinés aux infrastructures et aux services sociaux.
L’armée, censée défendre le territoire national, est elle aussi gangrenée par la corruption, avec des conséquences désastreuses sur la guerre à l’Est du pays. Des détournements de fonds destinés à la solde des soldats sont signalés. Ces pratiques minent le moral des troupes et expliquent en partie les retraits inexpliqués de l’armée congolaise face à l’ennemi, permettant au M23 de s’emparer de villes stratégiques, d’aéroports et de bases militaires sans grande résistance. Certains hauts gradés sont soupçonnés de collusion avec les forces étrangères et de complicité au sein de la chaîne de commandement, ce qui occasionne les revers sur le terrain.
À ces failles s’ajoute une trahison politique manifeste. Face à l’agression de la RDC par le Rwanda, la classe politique tant de l’opposition que de la majorité brille par son silence, un mutisme que Félix Tshisekedi lui-même a dénoncé lors de sa rencontre avec les cadres de l’Union Sacrée de la Nation le 22 février 2025.
Pendant que l’armée se bat, des figures comme Joseph Kabila et Corneille Nangaa, pactisent avec Kigali et appellent ouvertement à une guerre contre leur propre pays. Ces actes de haute trahison révèlent une crise morale et patriotique profonde au sein de la classe dirigeante congolaise. La justice, qui devrait être un rempart contre ces dérives, est elle-même gangrenée par la corruption, avec des magistrats qui se laissent acheter pour blanchir des criminels économiques et entraver la lutte contre l’impunité. Autant de dérives qui empêchent Félix Tshisekedi d’appliquer pleinement sa vision pour une RDC forte, souveraine et bien gouvernée.
Situation sécuritaire : un défi persistant
Dans l’Est de la RDC, la paix semble toujours hors de portée. La situation sécuritaire, loin de s’apaiser, a connu une aggravation dramatique en ce début d’année 2025. Les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont aujourd’hui le théâtre d’une offensive de grande ampleur menée par le M23, un groupe rebelle appuyé par le Rwanda. Avec une audace inédite, les combattants de ce mouvement ont redessiné la carte du conflit congolais en s’emparant de plusieurs localités stratégiques. Fin janvier, Goma, chef-lieu du Nord-Kivu et poumon économique de l’est du pays, est tombée aux mains des rebelles après de violents affrontements. La ville, transformée en champ de ruines, a vu des milliers d’habitants fuir dans un climat de terreur. Quelques semaines plus tard, le 16 février, c’est au tour de Bukavu, chef-lieu du Sud-Kivu, de subir le même sort. Une progression alarmante qui marque une expansion territoriale sans précédent du M23 et de son bras politique, l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par l’ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) Corneille Nangaa.
Ce double revers militaire constitue un sévère camouflet pour le président Félix Tshisekedi, qui avait fait de la pacification de l’Est une priorité de son mandat. Selon les Nations Unies, plus de un million de personnes sont aujourd’hui déplacées dans cette région, et le bilan humain de la bataille de Goma s’élèverait à plus de 3 000 morts, un chiffre sous-estimé selon plusieurs sources humanitaires.
Le rôle du Rwanda dans cette escalade est au centre des tensions. Kigali soutient activement le M23, en fournissant près de 4 000 soldats et un arsenal militaire sophistiqué. Ces informations, confirmées par des rapports de l’ONU et des déclarations occidentales, viennent renforcer la défiance entre Kinshasa et Kigali. De son côté, Paul Kagame justifie cette ingérence par la nécessité de protéger les Tutsis congolais et de lutter contre les milices hutus, une rhétorique balayée par Tshisekedi qui dénonce une volonté manifeste de mainmise sur les richesses minières congolaises.
Lors d’une rencontre cruciale avec les membres de l’Union Sacrée, le 22 février à Kinshasa, Félix Tshisekedi a reconnu la gravité de la situation. «Nous avons perdu deux batailles, Goma et Bukavu, mais pas la guerre», a-t-il déclaré, tout en pointant du doigt des cas de «trahison» au sein de l’armée congolaise. Il a annoncé une refonte totale des Forces armées de la RDC (FARDC) et a exclu tout dialogue avec «les pantins du Rwanda». Reste à savoir si cette stratégie permettra d’inverser la tendance, alors que l’armée congolaise demeure affaiblie et que la crise humanitaire atteint des proportions alarmantes. Le spectre d’un embrasement régional plane plus que jamais sur l’Est congolais.
Relations tendues avec l’opposition
Depuis son accession à la magistrature suprême, Félix Tshisekedi a entretenu des relations complexes avec l’opposition congolaise, oscillant entre gestes d’ouverture et tensions croissantes. Dès le début de son mandat, le président a cherché à apaiser les frictions en libérant plusieurs prisonniers politiques, dont Franck Diongo, Diomi Ndongala et Firmin Yangambi, tout en facilitant le retour d’exilés, à l’image de Moïse Katumbi. Mais cette dynamique d’inclusion a rapidement cédé place à des tensions exacerbées par les échéances électorales.
Les élections générales de 2023 ont en effet cristallisé les divisions. Martin Fayulu et Moïse Katumbi, figures majeures de l’opposition, ont rejeté les résultats, dénonçant des irrégularités massives et un processus biaisé. Malgré ces contestations, la Cour constitutionnelle a validé la réélection de Tshisekedi, faute de preuves, mais aussi parce que les irrégularités dénoncées n’ont aucune influence déterminante sur les résultats de l’élection présidentielle, susceptibles de modifier l’ordre d’arrivée des candidats. Cette décision a accentué la défiance entre le pouvoir et ses opposants, alimentant un climat politique délétère. Parallèlement, plusieurs poursuites judiciaires contre des opposants ont renforcé le sentiment d’un durcissement du régime. L’arrestation et la condamnation de Jean-Marc Kabund, ancien président intérimaire de l’UDPS, en 2022, illustrent ce sentiment. Sa libération en février 2025, après une grâce présidentielle, a été perçue par certains comme un signe d’ouverture, mais par d’autres comme un geste purement stratégique.
Les tensions se sont encore aggravées avec l’arrestation de Seth Kikuni en septembre 2024. L’opposant a été interpellé par l’Agence nationale de renseignements (ANR) pour « incitation à la désobéissance civile » et « propagation de faux bruits » après ses déclarations incendiaires à Lubumbashi. Il avait notamment évoqué la possibilité pour les Katangais d’expulser les Kasaïens de leur province, ravivant ainsi des blessures historiques encore vives. Le souvenir du drame de 1992-1993, lorsqu’une violence sectaire avait défiguré la région du Katanga, est encore vivace : des milices katangaises avaient mené des « nettoyages ethniques » contre les Kasaïens, faisant plus de 5 000 victimes et forçant 100 000 personnes à fuir. Dans un pays de plus de 100 millions d’habitants, composé de plus de 250 ethnies, jouer avec ces questions tribales et ethniques peut avoir des conséquences dramatiques. Son procès s’est conclu en novembre 2024 par une condamnation à un an de prison, une décision que ses partisans qualifient de règlement de comptes politique.
Un autre cas emblématique est celui de Mike Mukebayi, membre du parti Ensemble pour la République de Moïse Katumbi. Arrêté en mai 2023 après des propos haineux à l’encontre de la communauté kasaïenne, il a été condamné à 30 mois de prison. Cette affaire a divisé l’opinion publique : si certains dénoncent une répression ciblée, d’autres estiment que les discours de haine ne peuvent être tolérés, même lorsqu’ils émanent d’opposants politiques.
Ces arrestations, bien que justifiées, sont perçues par une partie de l’opinion comme un moyen de museler la dissidence. Dans un pays où l’histoire politique est marquée par des luttes de pouvoir brutales, chaque interpellation devient un symbole, alimentant un climat de suspicion et de polarisation. Cette situation fragilise davantage un paysage politique déjà profondément fragmenté, rendant encore plus incertaine la perspective d’un dialogue national apaisé.
Changement de Constitution : réforme nécessaire ou ambition cachée ?
La question d’une réforme constitutionnelle en RDC alimente les débats depuis plusieurs années, et le second mandat de Félix Tshisekedi ne fait qu’accentuer les interrogations. Officiellement, la Constitution de 2006 limite le président à deux mandats de cinq ans, fixant l’échéance de son pouvoir à 2028. Dès son premier quinquennat, Tshisekedi s’est posé en garant des principes démocratiques, rappelant à plusieurs reprises son attachement à la loi fondamentale. «Je suis un démocrate, je respecterai la loi», affirmait-il en 2022, dans un contexte où la méfiance envers les dirigeants cherchant à s’éterniser au pouvoir reste vive.
Pourtant, dès 2023, des signaux contradictoires ont émergé. Le chef de l’État a évoqué la nécessité d’une révision constitutionnelle, officiellement pour «adapter les institutions aux réalités congolaises». L’objectif affiché ? Renforcer la décentralisation et améliorer la gouvernance locale adaptée aux réalités du pays. Mais ces déclarations, bien que formulées sous un prisme réformateur, rappellent les stratégies employées par d’autres dirigeants africains pour prolonger leur règne. En Guinée et en Côte d’Ivoire, Alpha Condé et Alassane Ouattara ont utilisé des modifications constitutionnelles pour briguer un troisième mandat, déclenchant des tensions et des violences.
En 2024, alors que Tshisekedi entame son second mandat, les spéculations prennent de l’ampleur. Lors d’un discours à Kinshasa en janvier, il évoque un «pacte national» pour moderniser les institutions face aux crises sécuritaires et économiques. Ses alliés de l’Union sacrée défendent l’idée d’une réforme pour «achever la reconstruction du pays», tandis que l’opposition dénonce une tentative déguisée de prolonger son pouvoir.
«Il veut imiter Kabila, qui contrôlait tout depuis Kinshasa», accuse Martin Fayulu en février 2025. Moïse Katumbi, de son côté, parle d’une «manœuvre pour s’éterniser». La chute de Goma et Bukavu face aux rebelles du M23 en ce début d’année n’a fait qu’ajouter de l’incertitude à une situation déjà explosive.
Pour l’instant, aucune proposition officielle n’a été déposée, et Tshisekedi maintient son engagement à respecter les règles démocratiques. Mais dans un pays marqué par des décennies de promesses non tenues, chaque déclaration sur la Constitution est analysée comme un indice de ses intentions réelles. «S’il touche à la Constitution, ce sera la guerre», avertit un militant de Lamuka. De l’autre côté, un député de la majorité nuance : «Nous avons besoin d’un cadre institutionnel adapté aux réalités congolaises.»
Des défis multiples et complexes
Le régime de Félix Tshisekedi se trouve actuellement dans une situation délicate, confronté à une série de défis qui pourraient, si rien n’est fait, menacer sa stabilité. L’offensive militaire des rebelles du M23, soutenus par des forces rwandaises, a plongé l’Est de la RDC dans une crise humanitaire préoccupante. La prise de Goma fin janvier, suivie de celle de Bukavu, a entraîné des pertes humaines importantes avec plus de milliers des morts et déplacé plus d’un million de personnes, ébranlant ainsi l’autorité de l’État dans cette région stratégique.
Malgré un remaniement militaire annoncé le 6 janvier, l’efficacité des Forces armées de la RDC (FARDC) reste incertaine. Les investissements colossaux dans l’équipement des troupes ne semblent pas avoir suffi à endiguer les exactions et la désaffection croissante au sein de l’armée pour l’instant.
Sur le plan politique, l’opposition, portée par des figures influentes comme Martin Fayulu, Joseph Kabila et Moïse Katumbi, semble gagner en dynamisme, profitant des tensions actuelles pour critiquer le gouvernement. Cette montée en puissance de l’opposition intervient dans un contexte socio-économique tendu, où l’inflation avoisine les 12 %, le chômage reste élevé et la vie chère pèse lourdement sur les ménages. Ces difficultés économiques, couplées à une corruption persistante, risquent d’éroder davantage la confiance des citoyens envers les institutions.
Dans ce climat incertain, l’incapacité du régime à reprendre l’initiative face à l’avancée du M23, ainsi que les risques d’un affaiblissement supplémentaire de l’armée, pourraient, à terme, déstabiliser davantage le pays. Bien que la situation ne semble pas encore irréversible, la perspective de protestations massives et d’une crise politique plus profonde ne peut être écartée. Dans un pays marqué par des décennies d’instabilité, ces tensions rappellent la nécessité d’une gestion prudente et inclusive des défis actuels.
Un avenir en suspend
Félix Tshisekedi incarne aujourd’hui les espoirs d’une nation en quête de renouveau. Porté au pouvoir par une population désireuse de changement, le président congolais fait face à des défis colossaux qui pourraient bien déterminer l’avenir de son pays. Entre ses ambitions réformatrices et les réalités brutales d’un État fragilisé par des décennies de crises, son destin politique semble suspendu à des choix cruciaux. En 2023, le cardinal Fridolin Ambongo, figure influente de l’Église catholique, lançait un appel poignant : «Le Congo peut renaître, mais il faut du courage.» Un message qui résonne comme un avertissement et un encouragement à l’égard du chef de l’État.
Mais la question demeure : Félix Tshisekedi possède-t-il la détermination nécessaire pour surmonter les obstacles qui se dressent sur sa route ? Corruption endémique, instabilité sécuritaire dans l’est du pays, tensions politiques et attentes immenses de la population congolaise… Les défis sont multiples et complexes.
L’histoire retiendra si le président a su incarner ce courage évoqué par le cardinal Ambongo. Pour l’heure, l’avenir du Congo reste suspendu à des décisions délicates, dans un contexte où chaque choix politique pourrait peser lourd sur le destin de toute une nation.
Heshima
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Ville morte du 3 juin en RDC : un véritable test de popularité pour l’opposition
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1 mois agoon
juin 2, 2026By
La redaction
La journée « ville morte » décrétée pour ce 3 juin 2026 par la Coalition Article 64 (C64) dépasse le simple cadre d’une contestation politique. Elle apparaît comme un test grandeur nature de la capacité de mobilisation de l’opposition congolaise face au pouvoir en place, dans un contexte marqué par les tensions autour du projet de loi sur le référendum et le débat constitutionnel.
À moins de 24 heures de l’échéance, tous les regards sont tournés vers les principales villes du pays, particulièrement Kinshasa. En appelant les citoyens à suspendre leurs activités et à rester chez eux, les leaders de l’opposition espèrent démontrer qu’ils conservent une influence significative sur l’opinion publique et qu’ils sont capables de transformer leur discours politique en mouvement populaire. Un tel test de mobilisation n’a plus été observé à l’échelle nationale depuis plus de sept ans.
Première grande action de la C64
Pour la coalition C64, cette journée constitue la première grande action de terrain depuis son lancement. Regroupant des figures de l’opposition telles que Martin Fayulu, Delly Sessanga, Jean-Marc Kabund et Moïse Katumbi, la plateforme dénonce une remise en cause de l’ordre constitutionnel à travers le débat sur le référendum et entend faire de cette mobilisation un signal fort adressé tant au pouvoir qu’à la communauté internationale.
Mais l’enjeu est tout aussi important pour l’opposition elle-même. Après plusieurs années marquées par des divisions internes et des difficultés à mobiliser durablement les foules, la réussite ou l’échec de cette opération pourrait servir d’indicateur de son poids réel sur l’échiquier politique national. Une forte adhésion populaire renforcerait sa crédibilité et sa capacité de pression, tandis qu’une faible mobilisation alimenterait les critiques sur son éloignement des préoccupations quotidiennes de la population.
Premier test pour Fayulu sans l’UDPS
Certains observateurs doutent de la capacité de Martin Fayulu à mobiliser la rue sans l’appui de l’UDPS, longtemps réputée pour sa force de mobilisation populaire. L’opposant a toutefois rappelé avoir joué un rôle dans la relance du parti d’Étienne Tshisekedi entre 2007 et 2010. Martin Fayulu soutient notamment avoir contribué à redynamiser l’UDPS durant cette période. Une affirmation qui a suscité une vive réaction du secrétaire général du parti présidentiel, Augustin Kabuya. S’exprimant devant la presse le 11 mai 2026, ce dernier a fermement contesté cette version des faits, dénonçant des propos qu’il juge sans fondement.
Pour Augustin Kabuya, attribuer à Martin Fayulu la renaissance de l’UDPS relève d’une contre-vérité et témoigne d’une méconnaissance de l’histoire du parti. Selon lui, cette sortie médiatique visait davantage à attirer l’attention qu’à rétablir les faits. Il affirme également qu’à l’époque évoquée, Martin Fayulu ne disposait pas d’une influence politique notable sur la scène nationale et fréquentait les milieux de l’UDPS dans le but de gagner en visibilité auprès de l’opinion publique. Poursuivant son argumentation, Augustin Kabuya estime que la véritable notoriété politique de Martin Fayulu est apparue avec l’émergence de la coalition Lamuka en 2018. Il considère néanmoins que l’opposant ne bénéficie plus aujourd’hui de la même capacité de mobilisation qu’auparavant.
Dans ce contexte, le responsable de l’UDPS a lancé un défi à Martin Fayulu, l’invitant à démontrer son poids politique à travers des actions de terrain, notamment dans le cadre du débat sur une éventuelle révision de la Constitution. Il a assuré que son parti était prêt à lui répondre sur le terrain politique. Cette nouvelle passe d’armes entre les deux camps illustre les interrogations qui persistent quant à la capacité réelle de mobilisation de l’opposition.
Une opposition dont la dernière démonstration de force remonte à 2018
Depuis plusieurs années, sous la présidence de Félix Tshisekedi, l’opposition peine à mobiliser la rue. L’actuel chef de l’État n’avait d’ailleurs pas hésité à qualifier cette opposition de « pete » (faible). La dernière grande manifestation de l’opposition remonte au 26 octobre 2018. Même à Kinshasa, la mobilisation était restée relativement limitée. Quelques milliers de militants du MLC, de l’UNC, de la Dynamique de l’opposition et d’autres formations politiques avaient alors parcouru une dizaine de kilomètres entre Limete et la place Triomphale, point de chute de la marche.
Le 3 juin, la majorité annonce des activités parallèles
Face à cette initiative de ville morte, la majorité présidentielle affiche sa sérénité et mise sur la poursuite normale des activités à travers le pays. Certains de ses soutiens ont même annoncé des activités parallèles afin de démontrer leur attachement aux réformes institutionnelles envisagées.
Ce bras de fer politique transforme ainsi le 3 juin en une véritable démonstration de force entre les deux camps. Dans les milieux de la société civile, plusieurs voix appellent à la retenue et au respect des libertés publiques. Les observateurs redoutent que les tensions politiques actuelles ne débouchent sur des incidents susceptibles d’aggraver davantage le climat déjà tendu dans le pays.
Jean-Pierre Lihau rappelle l’apolitisme des agents publics
À la veille de la journée « ville morte » annoncée par l’opposition, le vice-Premier ministre chargé de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, a tenu à rappeler aux agents de l’État leurs obligations de neutralité politique et de présence au travail. Dans une note de service signée le 1er juin 2026, il fait état de la diffusion, au sein de plusieurs administrations publiques, de tracts attribués à des formations de l’opposition appelant les fonctionnaires à participer à l’action prévue le 3 juin.
Le ministre estime que cette initiative est incompatible avec les principes qui régissent l’administration publique. Il souligne notamment que la Constitution consacre le caractère apolitique, neutre et impartial de l’administration, tandis que le Code de conduite des agents publics interdit toute implication dans les activités partisanes ainsi que l’utilisation des ressources de l’État à des fins politiques.
Dans le souci de garantir la continuité du service public, Jean-Pierre Lihau a annoncé le déploiement, dès le 2 juin, de missions d’inspection à travers les différents services de l’administration. Les responsables hiérarchiques sont invités à veiller au strict respect de ces dispositions, à assurer une large diffusion de la note et à prendre les mesures disciplinaires appropriées en cas de violation des règles en vigueur.
Le 3 juin, un tournant dans le rapport de forces ?
Au-delà des chiffres de participation et des commerces fermés, la journée du 3 juin pourrait marquer un tournant dans le rapport de forces politique en République démocratique du Congo. Si elle réussit, l’opposition démontrera qu’elle demeure une force capable de mobiliser la rue. Dans le cas contraire, le pouvoir y verra la confirmation de son ascendant sur la scène politique nationale. Quoi qu’il en soit, le verdict appartiendra à la population, véritable arbitre de ce test de popularité à ciel ouvert.
Heshima Magazine
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RDC : Pourquoi l’opposition redoute la loi sur le référendum en examen au Parlement ?
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1 mois agoon
juin 1, 2026By
La redaction
L’examen de la proposition de loi fixant les conditions d’organisation du référendum en République démocratique du Congo (RDC) a donné lieu à de vives tensions entre la majorité et l’opposition. Une journée « ville morte » est prévue le 3 juin à l’appel de plusieurs formations de l’opposition pour dénoncer un éventuel changement de la Constitution, tandis que les partisans de la majorité annoncent également des manifestations en soutien à une réforme constitutionnelle.
Les tensions autour de la proposition de loi sur le référendum se sont clairement illustrées lors de la séance plénière du 27 mai. En signe de protestation, les députés d’Ensemble pour la République, principale force de l’opposition représentée à l’Assemblée nationale, ont quitté l’hémicycle avant la poursuite des débats. Initiée par le député Paul-Gaspard Ngondankoy, la proposition vise officiellement à doter le pays d’un cadre juridique actualisé en matière de référendum. Ses promoteurs estiment qu’elle permettra de combler un vide législatif en remplaçant les dispositions héritées de la période de transition de 2005 et en précisant les modalités d’organisation des consultations populaires prévues par la Constitution.
Du côté de la majorité présidentielle et de ses alliés, la démarche est présentée comme conforme aux prérogatives du Parlement et aux exigences de la démocratie participative. Pour les députés favorables à la réforme, cette loi ne fait qu’opérationnaliser une disposition déjà prévue par la Constitution. Ils soutiennent qu’elle permettra aux citoyens de se prononcer directement sur des questions d’intérêt national, conformément aux principes démocratiques consacrés par la loi fondamentale.
Député national élu de Mont-Amba, à Kinshasa, et président du Parti travailliste, Steve Mbikayi défend cette initiative portée par la majorité regroupée au sein de l’Union sacrée de la Nation. Pourtant, cette proposition de loi suscite une vive controverse sur la scène politique. Alors que la majorité la présente comme un instrument de consolidation démocratique, l’opposition y voit une initiative susceptible d’ouvrir la voie à des modifications constitutionnelles sensibles, dans un contexte marqué par la guerre dans l’Est du pays et de fortes tensions politiques.
Référendum pour un changement de Constitution ?
Du côté de l’opposition, les inquiétudes sont nombreuses. Plusieurs leaders politiques craignent que ce texte ne constitue une étape préparatoire à une éventuelle révision de la Constitution. Ils redoutent notamment que le référendum soit utilisé pour modifier certaines dispositions jugées sensibles, notamment celles relatives à l’organisation des institutions ou à l’exercice du pouvoir, notamment les articles verrouillés tels que 219 et 220 sur la durée des mandats présidentiels.
Ces appréhensions s’inscrivent dans un contexte politique où les débats sur l’avenir des institutions reviennent régulièrement dans l’espace public. Certains opposants estiment que l’examen de cette loi intervient à un moment où les priorités du pays devraient plutôt être centrées sur la sécurité dans l’Est, la relance économique et l’amélioration des conditions sociales de la population. La majorité présidentielle rejette toutefois ces accusations. Elle affirme que le texte ne vise aucune révision constitutionnelle spécifique et qu’il se limite à définir les procédures, les modalités d’organisation et les conditions de validité d’un référendum. Selon ses défenseurs, toute interprétation contraire relèverait davantage de calculs politiques que d’une lecture objective du contenu de la proposition.
Au-delà des divergences juridiques, le débat révèle surtout la persistance d’un climat de méfiance entre les acteurs politiques congolais. Pour l’opposition, les garanties apportées par le texte demeurent insuffisantes pour écarter tout risque d’instrumentalisation politique. Pour la majorité, au contraire, le référendum constitue un outil démocratique légitime permettant de consulter directement le peuple souverain.
Des manifestations prévues cette semaine
Alors que la proposition de loi poursuit son parcours législatif, la controverse est loin d’être terminée. Plusieurs manifestations sont prévues cette semaine à travers le pays. La Coalition Article 64 (C64) a appelé la population congolaise à observer une journée « ville morte » le 3 juin prochain. Cette action vise à protester contre tout projet de révision ou de changement de la Constitution. Le parti politique Alternative 2028, dirigé par l’opposant Ados Ndombasi, a également lancé le même appel. Dans un message diffusé le 31 mai, ses militants affirment qu’une modification de la loi fondamentale pourrait ouvrir la voie à un troisième mandat présidentiel pour le chef de l’État, Félix Tshisekedi. Ils invitent ainsi les citoyens à rester chez eux afin de marquer leur opposition à cette éventualité.
L’Alliance pour le Changement (A.Ch), parti de l’opposant Jean-Marc Kabund-a-Kabund, a également appelé ses militants, ses sympathisants ainsi que l’ensemble de la population à observer strictement cette journée « ville morte » décrétée par la coalition C64. « Vous avez vu ce que le Parlement vient de faire récemment ? Cet acte, au niveau de l’Alliance pour le Changement et bien évidemment de la coalition C64, nous l’avons considéré comme une déclaration de guerre. Nous avions dit qu’une fois la loi référendaire votée, nous demanderions au peuple de se prendre en charge et de mettre en application l’article 64 de la Constitution. C’est ce processus que nous avons déclenché », a déclaré Boniface Makobo, secrétaire général adjoint du parti de Jean-Marc Kabund-a-Kabund.
Parallèlement, une marche organisée par les partisans de la majorité au pouvoir est prévue le même jour à Kinshasa ainsi que dans certaines provinces. L’Église de Réveil du Congo (ERC) entend également soutenir l’initiative de changement de la Constitution. Une autre manifestation en faveur d’une réforme constitutionnelle est annoncée pour le 5 juin, selon Ejiba Yamapia, représentant légal de l’Église de Réveil du Congo.
Actuellement examinée par la commission Politique, administrative et juridique (PAJ) de l’Assemblée nationale, cette proposition de loi sera scrutée de près lors des prochaines étapes de son parcours institutionnel. Plus qu’un simple débat juridique, cette réforme apparaît comme un nouveau test de confiance entre le pouvoir et l’opposition dans un pays où toute discussion touchant aux équilibres institutionnels demeure particulièrement sensible.
Heshima Magazine
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La santé mentale, un sujet encore tabou en RDC
Published
2 mois agoon
mai 27, 2026By
La redaction
Dépression, anxiété, traumatismes liés aux conflits ou encore détresse psychologique : en République démocratique du Congo, les troubles de santé mentale touchent des millions de personnes, mais restent largement sous-estimés, entourés de silence et de stigmatisation. À Kinshasa, près de 90 % des Kinois seraient touchés par des troubles mentaux. Le manque de structures adaptées, les croyances traditionnelles et l’absence de sensibilisation font que les malades souffrent souvent dans l’ombre.
À Kinshasa comme dans plusieurs provinces du pays, parler de santé mentale demeure un sujet délicat. Beaucoup associent encore les troubles psychiques à la sorcellerie, à une malédiction ou à une faiblesse spirituelle. Résultat : les personnes souffrant de dépression, de bipolarité ou de stress post-traumatique hésitent à consulter un spécialiste par peur du rejet social. Dans le pays, près de 20 millions de personnes, soit un Congolais sur cinq, souffriraient d’un problème de santé mentale.
Les causes des troubles mentaux sont nombreuses en RDC. Les conflits armés dans l’Est du pays, la pauvreté, le chômage, les violences sexuelles, la pression économique et les difficultés familiales exposent une grande partie de la population à d’importantes souffrances psychologiques. Les jeunes figurent parmi les plus touchés, notamment face au manque de perspectives et à la précarité grandissante de la vie, particulièrement à Kinshasa.
Malgré cette réalité, le pays dispose encore de très peu de structures spécialisées. Les centres psychiatriques restent rares et souvent concentrés dans les grandes villes. Dans plusieurs territoires, les patients doivent parcourir de longues distances pour obtenir une prise en charge. Le manque de psychologues, de psychiatres et de moyens financiers limite également l’accès aux soins.
Dans les familles, le sujet reste souvent minimisé. Certaines personnes en détresse sont abandonnées, isolées ou conduites dans des centres de prière plutôt que vers des professionnels de santé. Cette situation aggrave parfois des cas déjà fragiles. « Beaucoup souffrent en silence parce qu’ils ont peur d’être jugés », explique un psychologue à Kinshasa.
Kinshasa, la ville la plus touchée ?
Pourtant épargnée par la guerre, la ville de Kinshasa semble particulièrement affectée par les troubles de santé mentale. En avril, le docteur Emmanuel Epenge, neuropsychiatre au CNPP, a révélé que près de 90 % des Kinois seraient touchés par des troubles mentaux. En cause : la pression du quotidien, entre embouteillages, manque d’eau et coupures d’électricité.
Selon lui, le gouvernement devrait être alerté sur l’ampleur préoccupante de cette situation dans la capitale congolaise. De nombreux habitants seraient victimes, à différents niveaux, des effets directs liés aux conditions de vie particulièrement éprouvantes à Kinshasa.
Au centre Telema, des cas affluent
Au Centre Telema, à Kinshasa, les spécialistes constatent un afflux de patients souffrant de troubles liés à la santé mentale. « Ces derniers temps, nous recevons plus de personnes qu’avant, pour des problèmes allant de légers troubles anxieux à des pathologies sévères. Aujourd’hui seulement, j’ai consulté dix-sept patients. Certains ont dû être invités à revenir un autre jour », expliquait le professeur Josué Ozowa Latem à Deutsche Welle.
Psychothérapeute et consultant au Centre Telema, il affirmait déjà en août dernier que les couloirs du centre ne désemplissaient plus. De plus en plus de patients viennent consulter. « Les causes sont multiples : parfois physiques, comme une malaria mal soignée ou les séquelles d’un accident. Mais la plupart sont d’ordre psychologique et social. Les gens ont des ambitions, des rêves… mais les années passent et ils n’arrivent pas à les réaliser. Les tensions familiales, les ruptures amoureuses, la perte d’un proche, l’insécurité, le chômage… tout cela mine l’esprit », détaillait-il.
Le spécialiste recommande également un accompagnement familial pour chaque patient afin d’augmenter les chances de guérison. « Nous posons un diagnostic précis et nous mettons en place un plan thérapeutique adapté. Mais la clé, c’est aussi l’accompagnement : un patient isolé a moins de chances de guérir. Les familles doivent rester présentes, encourager, écouter et bannir les préjugés qui détruisent plus qu’ils ne soignent », insistait-il.
Des projets pour soutenir la santé mentale
En 2025, un projet intitulé « Amélioration des conditions de vie des populations dans des contextes sécuritaires critiques en République démocratique du Congo, à travers le soutien en santé mentale et services psychosociaux pour la paix » a été lancé. Ce projet, soutenu par la coopération allemande à travers la KfW, en partenariat avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et les institutions nationales, s’étendra sur cinq ans. Il vise à promouvoir une approche intégrée de la santé mentale et de la cohésion sociale, ciblant plus de 137 000 bénéficiaires directs grâce à des centres communautaires, des formations spécialisées et des campagnes de sensibilisation. La nécessité urgente d’une telle initiative a été saluée au regard des conflits prolongés dont la RDC est victime, notamment dans l’Est du pays.
Toujours en 2025, plus de 600 personnes ont été ciblées par une campagne de consultations gratuites en santé mentale, organisée du 9 au 10 octobre par le Centre neuropsychopathologique (CNPP) de Kinshasa, en marge de la Journée mondiale de la santé mentale. « Les troubles du sommeil, du bébé jusqu’à la personne du troisième âge, les séquelles des accidents vasculaires cérébraux (AVC), les convulsions, les crises épileptiques, le stress, les maux de tête, les excès de colère mal contrôlés, ainsi que la consommation de drogues, d’alcool, de tabac et de chanvre » figuraient parmi les cas examinés lors de cette campagne, selon le docteur Daniel Okitundu, médecin-directeur du CNPP.
En février 2026, à Kinshasa, un centre médical baptisé « Afyakili », spécialisé en santé mentale, a été inauguré dans la commune de Kasa-Vubu. « Ce centre est spécialisé en santé mentale et psychosociale. C’est une nouveauté dans cette ville d’intégrer les soins généraux dans la santé mentale », avait déclaré le docteur Gédéon Samba, directeur du Programme national de santé mentale en RDC.
Selon lui, le CNPP travaille avec des hôtesses d’accueil, des médecins, des psychologues, des médecins stagiaires ainsi que des étudiants en médecine chargés d’orienter les patients vers les services appropriés.
Faire évoluer les mentalités…
Ces initiatives étatiques, citoyennes et associatives tentent de faire évoluer les mentalités. Des campagnes de sensibilisation sont organisées dans les universités et sur les réseaux sociaux afin d’encourager la parole autour de la santé mentale.
Des créateurs de contenu, médecins et activistes utilisent également Internet pour briser les préjugés et rappeler qu’un trouble psychique est une maladie comme les autres.
Les spécialistes insistent sur la nécessité d’intégrer davantage la santé mentale dans les politiques publiques. Ils plaident pour la création de nouveaux centres spécialisés, la formation du personnel médical et l’éducation des communautés afin de réduire la stigmatisation.
Longtemps ignorée, la santé mentale commence progressivement à trouver une place dans le débat public congolais, notamment depuis la campagne de consultations gratuites lancée l’année dernière par le CNPP. Mais pour vaincre définitivement le tabou, il faudra encore sensibiliser, écouter et surtout reconnaître que le bien-être psychologique est un droit fondamental pour tous.
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