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Justice ou chantage ? Les secrets derrière la pression sur les cadres du PPRD
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La redaction
En République démocratique du Congo (RDC), la politique ne dort jamais. Ces derniers mois, une série de convocations judiciaires visant les cadres du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD) a mis le feu aux poudres. Aubin Minaku, Emmanuel Shadary, Ferdinand Kambere : ces noms, piliers du parti de Joseph Kabila, résonnent dans les couloirs de la justice militaire. Mais derrière les dossiers et les auditions, un parfum de règlement de comptes flotterait. Ces pressions dépassent-elles le cadre légal ? Cherchent-elles à briser les liens présumés du PPRD avec le M23/AFC, à forcer une alliance avec le pouvoir, ou à effacer l’ombre de Kabila ? À Kinshasa, les spéculations vont bon train, et les enjeux sont énormes.
Tout commence début mars 2025. L’auditorat militaire de Kinshasa dégaine une liste impressionnante : Aubin Minaku, ancien président de l’Assemblée nationale et numéro deux du PPRD, Emmanuel Shadary, secrétaire permanent et ex-candidat présidentiel en 2018, et Ferdinand Kambere, son adjoint, sont convoqués. Une dizaine d’autres cadres suivent, pris dans une nasse judiciaire qui ne dit pas encore son nom. Interdictions de quitter le pays, auditions à répétition : la pression est maximale. « Il n’y a rien dans le dossier », tempête l’avocat de Minaku après une énième comparution le 24 mars. Mais les restrictions tiennent bon.
Pourquoi la justice militaire ? En RDC, elle s’occupe des crimes contre l’État, trahison, rébellion ou encore atteinte à la sécurité. Les soupçons, bien que nébuleux, pointent vers l’Est du pays, où le M23/AFC sème le chaos. « On nous accuse sans montrer les preuves », s’indigne un proche de Shadary, sous couvert d’anonymat. À Kinshasa, on murmure que ces dossiers ne sont qu’un prétexte. Mais pour quoi ?
Justice militaire au service d’un agenda politique ?
La justice militaire n’est pas un choix anodin. En ciblant le PPRD avec cet outil, le pouvoir envoie un message clair : il ne s’agit pas d’une simple affaire en justice, mais d’une question de contrôle. Les interdictions de sortie du territoire imposées à Minaku et Shadary ne sont pas là pour décorer. Elles clouent au sol des figures clés, limitant leurs marges de manœuvre. « On veut nous surveiller, nous brider », lâche un cadre de ce parti, furieux.
Deux objectifs semblent se dessiner. D’abord, pousser ces leaders à couper les ponts avec Joseph Kabila, accusé de soutenir le groupe rebelle AFC/M23. Ensuite, les inciter à rejoindre l’Union sacrée, la coalition au pouvoir, ou du moins à ne pas s’y opposer. « C’est une stratégie à double détente », analyse un politologue à Kinshasa. « On les isole pour mieux les rallier. » Mais cette pression révèle aussi une fracture : le PPRD, jadis monolithe, vacille sous le poids des soupçons et des ambitions divergentes.
M23/AFC : un fardeau encombrant pour le PPRD
L’ombre du M23/AFC plane sur cette affaire comme une épée de Damoclès. Relancé en 2021 avec un appui renforcé du Rwanda, ce groupe rebelle sème le chaos au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Depuis quelque temps, des rumeurs persistantes établissent un lien entre le PPRD et ces rebelles. Minaku et Shadary, en particulier, se retrouvent dans la tourmente. « Ils soutiennent les rebelles », affirme une source proche du gouvernement. Des preuves ? Aucune de réellement probante pour l’instant. Mais le soupçon, à lui seul, suffit à entacher leur image.
Ces pressions judiciaires pourraient aussi viser à empêcher toute rupture avec le M23. « Si un cadre dit ‘je suis clean’, il devient dangereux pour le pouvoir », explique un analyste basé à Kinshasa. Pourquoi ? Parce qu’un PPRD débarrassé de ce fardeau redeviendrait fréquentable, voire incontournable. En maintenant la suspicion, Kinshasa garde le parti dans une zone grise, entre culpabilité et impuissance. « C’est une manière de dire : vous restez dans le camp des accusés ou vous nous suivez », ajoute notre analyste. Mais l’équation est fragile : si les dossiers sont vides, comme le jure l’avocat de Minaku, cette stratégie risque de s’effondrer.
Et puis, il y a l’autre versant : la diplomatie. Le Rwanda, voisin encombrant, est dans le collimateur de Tshisekedi. En liant le PPRD au M23/AFC, le pouvoir peut aussi faire d’une pierre deux coups : discréditer Kabila tout en renforçant sa posture anti-Kigali. « C’est un jeu régional autant que local », note un diplomate occidental en poste à Kinshasa.
Gouvernement d’union nationale : un piège tendu ?
Depuis février 2025, Félix Tshisekedi agite une idée ambitieuse : un gouvernement d’union nationale. Annoncé comme une réponse aux crises sécuritaires et économiques, ce projet prend forme en mars avec des consultations menées par le Conseiller spécial en matière de sécurité Eberande Kolongele. Mais le PPRD, ennemi juré depuis la fin de l’alliance FCC-CACH en 2021, n’est pas franchement enthousiaste. Et si ces auditions étaient un levier pour les y forcer ?
Le timing ne ment pas. Les convocations pleuvent au moment où les tractations s’ouvrent. « Ceux qui veulent une RDC unie viendront », lance un proche du pouvoir. Sous-entendu : ceux qui refusent s’exposent à la justice. Pour Minaku, Shadary et leurs pairs, le choix est brutal : plier ou risquer l’isolement. « On nous met le couteau sous la gorge », confie un membre du PPRD. L’idée d’un deal flotte dans l’air : ralliez-nous, et les dossiers s’évaporent.
Mais intégrer le PPRD dans le gouvernement d’union nationale n’est pas sans risque. Si les accusations de liens avec le M23 tiennent, leur présence dans la coalition pourrait ternir l’image de Tshisekedi. Et si le parti cède sous la pression, rien ne garantit sa loyauté. « Ce serait une union de façade », prévient un observateur politique. Pourtant, pour le président, l’enjeu est clair : une coalition large, même bancale, pourrait stabiliser un pays au bord du gouffre.
L’héritage Kabila dans la ligne de mire
Et puis, il y a Joseph Kabila. Six ans après avoir quitté le pouvoir, l’ancien président reste une énigme. Discret, souvent à l’étranger, il garde la main sur le PPRD via ses lieutenants. Minaku, promu vice-président en février, et Shadary, fidèle parmi les fidèles, sont ses bras armés. Les frapper, c’est l’atteindre lui. « C’est son retour qui dérange », souffle un cadre du PPRD. Un retour physique ? Peu probable. Mais un retour d’influence, ça, oui.
Ces pressions pourraient chercher à redessiner l’héritage de Kabila. En affaiblissant ses proches, le pouvoir espère fracturer le PPRD, pousser une nouvelle génération à prendre les rênes de ce parti, ou du moins à s’éloigner de la ligne dure. Certains au PPRD y voient une attaque autoritaire ; d’autres, une opportunité. « Peut-être qu’il est temps de tourner la page Kabila », glisse un jeune militant, désabusé. Mais Kabila n’est pas fini. « Je suis prêt à servir mon pays », a-t-il dit récemment en Namibie. Une phrase qui parait ambiguë. Est-ce une capitulation ou une menace ? Ses réseaux, encore solides, pourraient contre-attaquer. Et si le PPRD tient bon, Tshisekedi risque de s’enliser.
Une stratégie à triple détente
Ces pressions ne sont pas unidimensionnelles. Elles jouent sur trois tableaux : maintenir le PPRD sous la menace du M23/AFC, le pousser vers l’union nationale, et briser l’aura de Kabila. Une stratégie complexe, mais risquée. « C’est un puzzle politique », commente un analyste. Chaque pièce doit tomber au bon endroit, sinon tout s’effondre. Si les dossiers judiciaires tiennent, le pouvoir marque des points et ce serait un coup de maître. Mais s’ils s’avèrent creux comme le clame l’avocat de Minaku, l’effet boomerang guette. « On ne peut pas jouer indéfiniment avec la justice », prévient un juriste kinois.
Une transition à quitte ou double
Ce qui se joue aujourd’hui pourrait redéfinir la RDC. Une union nationale réussie apaiserait les tensions, au moins temporairement. Mais à quel prix ? Si ces pressions virent à l’autoritarisme, l’État de droit en sortira laminé. La polarisation, déjà forte, pourrait s’aggraver, surtout si le PPRD choisit la résistance. L’Est reste la clé. Sans paix là-bas, aucune coalition ne tiendra longtemps. Et si le PPRD est vraiment lié au M23, le pouvoir joue un jeu dangereux en le courtisant. « On ne pactise pas avec des pyromanes », ironise un opposant.
Les défis d’une gouvernance fragile
Créer une gouvernance inclusive dans ce climat est un défi titanesque. Les divisions au sein du PPRD entre pro-Kabila et réformateurs pourraient s’accentuer. « On risque de se déchirer », admet un cadre. Et dans la société, la méfiance grandit. « Toujours les mêmes jeux de pouvoir », soupire une enseignante de Kinshasa. Si Tshisekedi réussit son pari, il pourrait poser les bases d’une nouvelle ère. Mais si les pressions judiciaires deviennent une arme trop visible, elles mineront sa crédibilité. La RDC, habituée aux crises, n’a pas de marge d’erreur.
Un pari risqué pour l’avenir
Ces pressions sur le PPRD ne sont pas juste une banale affaire juridique. Elles seraient un chantage politique à ciel ouvert, visant à juguler ce parti, à le contraindre à adhérer dans la logique de cohésion nationale, et à enterrer l’héritage de Kabila. Stabilisation ou dérive autoritaire ? La réponse viendra vite. Pour l’instant, à Kinshasa, on retient son souffle, entre espoir et crainte d’un chaos annoncé.
Heshima
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Léopards de la RDC : Après l’exploit, l’heure de la confirmation
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3 semaines agoon
juillet 7, 2026By
La redaction
Ils sont revenus. Par la grande porte. Après 52 ans d’absence, les Léopards de la République Démocratique du Congo ont foulé les pelouses américaines du Mondial 2026 avec la détermination de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Si l’aventure s’est achevée en seizièmes de finale face à l’Angleterre, elle a laissé un héritage bien plus précieux qu’un simple bilan comptable.
Le retour d’un géant endormi
Pour la RDC, 100 millions d’habitants et une culture footballistique parmi les plus riches du continent, cette qualification était bien plus qu’un exploit sportif. Elle mettait fin à cinq décennies d’attente, depuis l’épopée du Zaïre en 1974, et consacrait le travail de reconstruction engagé sous la houlette de Sébastien Desabre.
Le parcours qualificatif avait déjà valeur de test. Placés dans le groupe B aux côtés du Sénégal, les Léopards ont terminé deuxièmes avec 22 points avant d’écarter le Cameroun puis le Nigeria en barrages. Le dernier obstacle, la Jamaïque, fut franchi en prolongation grâce à Axel Tuanzebe, envoyant toute une nation en délire.
Un Mondial qui change tout
Le groupe K promettait un baptême du feu : Portugal, Colombie et Ouzbékistan. Face aux favoris portugais au NRG Stadium de Houston, les Léopards n’ont pas tremblé. Menés dès la 6e minute, ils ont égalisé juste avant la pause par Yoane Wissa sur corner, pour arracher un nul historique (1-1).
Le sélectionneur adjoint Rafael Hamidi résumait l’exploit : « Ce score de parité face au Portugal, c’était à prendre si on nous l’avait proposé avant le coup d’envoi ». La presse congolaise saluait un système en 3-5-2 particulièrement solide, la discipline collective et les transitions rapides.
Qualifiés pour les seizièmes de finale, les Léopards ont longtemps fait douter l’Angleterre, menant jusqu’à la 76e minute avant de s’incliner 2-1 dans les dernières secondes. Un scénario cruel qui a rappelé les limites d’un groupe prometteur mais encore en apprentissage des grands rendez-vous.
Les enseignements d’une expérience unique
Ce Mondial a livré plusieurs enseignements pour l’avenir. D’abord, une force mentale confirmée. Les barrages contre le Cameroun et le Nigeria avaient déjà forgé ce groupe, capable de rester lucide sous pression. Face au Portugal, les Léopards ont prouvé qu’ils pouvaient rivaliser avec les meilleures nations.
Ensuite, des fragilités structurelles. Comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Japon, la RDC a cédé dans les dernières minutes face à l’Angleterre. Loïc Aumont, spécialiste de la performance, analyse : « Ces sélections possèdent les qualités techniques et physiques. Ce qui fait basculer un match, c’est la gestion des émotions lorsque la pression atteint son maximum ». Un déficit d’expérience à ce niveau que seul le temps et les répétitions pourront combler.
Cap sur la CAN 2027 : un trophée à portée de griffes ?
L’objectif est désormais clair : les Léopards doivent viser le titre lors de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations, organisée en 2027 au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie.
Le contexte est favorable. Cette génération, portée par Chancel Mbemba, son capitaine de 31 ans, possède une identité de jeu forte et un vécu commun exceptionnel. Le vivier de talents, évoluant pour beaucoup dans les meilleurs championnats européens, n’a jamais été aussi riche.
Le chemin qualificatif pour la CAN 2027 s’annonce abordable, avec un groupe E composé de la Guinée équatoriale, de la Sierra Leone et du Zimbabwe. Mais les Léopards savent désormais qu’aucune montagne n’est insurmontable, comme l’écrivait la presse congolaise avant le choc contre le Portugal : « Aucune montagne n’est insurmontable quand on est déterminé ».
Le défi de la régularité
Si le rêve est permis, la réalité impose de rester humble. Le Mondial a montré que l’écart avec les meilleures nations s’est considérablement réduit, mais que la gestion des moments décisifs reste le nerf de la guerre. Les Léopards devront transformer l’essai en confirmant leur niveau sur la durée, avec un calendrier international exigeant et des joueurs à préserver.
Sébastien Desabre, l’artisan de ce renouveau, aura à cœur de capitaliser sur cette expérience unique pour faire franchir un nouveau palier à sa sélection. La CAN 2027 sera le test ultime : plus qu’une performance, c’est un trophée que la RDC attend. Le message des supporters est clair, comme le résumait un journaliste avant le Mondial : « On ne vous demande pas de dominer le Portugal, mais juste de sortir un match de malade du début à la fin ». Pour la CAN 2027, on leur demande désormais de ramener la coupe à la maison.
Heshima Magazine
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Opposition, CENCO et ECC en consultations au Burundi : Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?
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3 semaines agoon
juillet 6, 2026By
La redactionUne délégation réunissant des responsables de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), de l’Église du Christ au Congo (ECC) et plusieurs figures de l’opposition congolaise séjourne à Bujumbura, au Burundi, pour des consultations consacrées à la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Organisée à l’invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, cette rencontre alimente les spéculations sur l’émergence d’un nouveau cadre de dialogue politique autour de la paix et de la stabilité dans la région.
Une nouvelle séquence diplomatique s’ouvre dans la recherche d’une issue à la crise qui secoue l’Est de la République démocratique du Congo. Une délégation composée de responsables de la CENCO, de l’ECC ainsi que de plusieurs leaders de l’opposition est arrivée à Bujumbura pour prendre part à des consultations consacrées à la situation sécuritaire et politique en RDC.
Cette mission répond à une invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, qui assure actuellement la présidence en exercice de l’Union africaine (UA). Déjà engagé dans plusieurs initiatives diplomatiques régionales, le chef de l’État burundais entend poursuivre ses efforts afin de rapprocher les différentes parties prenantes et de favoriser une solution politique durable. La délégation est composée du pasteur André Bokundoa, président de l’ECC, du pasteur Éric Senga, de Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, ainsi que des opposants Martin Fayulu, Delly Sesanga et Dieudonné Bolengetenge. Les membres de cette mission ont quitté Kinshasa dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 juillet 2026 à bord d’un vol régulier d’Ethiopian Airlines à destination de la capitale burundaise.
Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?
Cette initiative, qui intervient alors que plusieurs processus de médiation restent inachevés, soulève une interrogation majeure : Évariste Ndayishimiye cherche-t-il à reprendre le flambeau laissé par João Lourenço ou à insuffler une nouvelle dynamique sous l’égide de l’Union africaine ?
Alors que l’Angola avait été mandaté pour faciliter un dialogue intercongolais, la multiplication des divergences avec les autorités congolaises sur le format et le cadre de ces discussions a progressivement conduit le projet dans l’impasse. D’où cette question que se posent plusieurs observateurs de la crise congolaise : João Lourenço a-t-il jeté l’éponge ?
Officiellement mandaté en février dernier pour mener des consultations en vue d’un dialogue politique en RDC, le président angolais peine à concrétiser son initiative et se fait de plus en plus discret. S’il n’a pas officiellement renoncé à sa mission, plusieurs sources diplomatiques citées par Jeune Afrique indiquent que le processus est, pour l’heure, au point mort.
Les consultations de Bujumbura interviennent alors que les combats se poursuivent dans l’Est de la RDC. Plusieurs localités des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu restent sous le contrôle de l’armée rwandaise et de ses alliés de l’AFC/M23, selon les autorités congolaises, tandis que les initiatives diplomatiques se multiplient pour tenter d’enrayer une crise qui perdure depuis plusieurs années.
Les prémices d’un dialogue inclusif ?
Au-delà de la dimension sécuritaire, la présence conjointe des représentants des Églises et de l’opposition politique confère à ces consultations une portée particulière. Depuis plusieurs mois, la CENCO et l’ECC plaident en faveur d’un dialogue inclusif susceptible de restaurer la cohésion nationale et de créer les conditions d’une paix durable. Leur implication, aux côtés de figures de l’opposition, pourrait traduire une volonté d’élargir les concertations au-delà des seuls canaux gouvernementaux. Selon plusieurs observateurs, cette démarche pourrait également préparer le terrain à un dialogue politique plus large, associant les différentes sensibilités politiques et sociales du pays. Lors de sa récente visite à Kinshasa, le président Évariste Ndayishimiye avait d’ailleurs exprimé son souhait de rencontrer les responsables de l’opposition congolaise avant la marche dite « pacifique » de l’opposition, initialement prévue le 8 juillet puis reportée au 22 juillet. Cette manifestation vise à réclamer la démission du président Félix Tshisekedi, que ses opposants accusent de vouloir modifier la Constitution afin de se maintenir au pouvoir au-delà de 2028, année marquant la fin de son second et dernier mandat.
Si aucun détail officiel n’a encore filtré sur le contenu des échanges à Bujumbura, ces consultations témoignent de la volonté des acteurs régionaux de maintenir la dynamique diplomatique afin de favoriser une désescalade et de rechercher une solution négociée à la crise qui continue de déstabiliser l’Est de la RDC. Reste à savoir si cette initiative débouchera sur un véritable processus de dialogue ou ne constituera qu’une étape supplémentaire dans les multiples médiations en cours. Une chose est certaine : en réunissant autour d’une même table les Églises, l’opposition politique et un acteur régional désormais au premier plan, Bujumbura pourrait devenir le point de départ d’une nouvelle séquence diplomatique dont les développements seront suivis de près, tant en RDC que dans l’ensemble de la région des Grands Lacs.
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ADF : douze années de terreur dans l’Est de la RDC
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4 semaines agoon
juin 29, 2026By
La redaction
Massacres de civils, enlèvements, déplacements de populations et attaques répétées contre les forces de sécurité. Depuis 2014, les Forces démocratiques alliées (ADF) se sont imposées comme l’un des groupes armés les plus meurtriers de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). D’abord rébellion ougandaise réfugiée dans les forêts du Nord-Kivu, le mouvement a progressivement muté pour devenir une organisation terroriste redoutée, responsable de milliers de morts et d’une insécurité persistante dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.
L’histoire des ADF ne commence pas en République démocratique du Congo. Le groupe est créé au milieu des années 1990 en Ouganda par Jamil Mukulu, un opposant au régime du président Yoweri Museveni. Sous la pression de l’armée ougandaise, les rebelles traversent rapidement la frontière et trouvent refuge dans les régions montagneuses et forestières de l’Est congolais, où ils établissent leurs bases arrière. Pendant plusieurs années, les ADF demeurent relativement discrètes, vivant du trafic de ressources naturelles, du commerce illicite et de diverses activités économiques locales. Mais à partir de 2014, la situation bascule. Après une vaste offensive militaire des Forces armées de la RDC (FARDC) contre leurs bastions, le groupe adopte une stratégie de représailles particulièrement violente contre les populations civiles.
Entre octobre 2014 et aujourd’hui, les territoires de Beni, Lubero, Mambasa et Irumu deviennent le théâtre de massacres à répétition. Hommes, femmes et enfants sont tués lors d’attaques nocturnes souvent menées à l’arme blanche. Des villages entiers sont incendiés, tandis que des centaines de personnes sont enlevées. Selon plusieurs organisations nationales et internationales de défense des droits humains, les ADF sont responsables de milliers de morts au cours de la dernière décennie. Le territoire de Beni, dans la province du Nord-Kivu, est particulièrement touché, au point de devenir l’un des symboles de l’insécurité chronique qui frappe l’Est du pays.
De la rébellion au terrorisme…
Au fil des années, le mouvement évolue également sur le plan idéologique. À partir de 2017, plusieurs rapports des Nations unies et d’organismes spécialisés font état d’un rapprochement entre certaines factions des ADF et l’organisation djihadiste État islamique. En 2019, l’État islamique revendique officiellement plusieurs attaques menées dans l’Est de la RDC à travers sa branche dite « Province d’Afrique centrale » (ISCAP). Cette affiliation, contestée à ses débuts par certains experts, se confirme progressivement par la propagande diffusée par les réseaux de l’État islamique et par l’évolution des modes opératoires du groupe. Malgré cela, les ADF conservent des caractéristiques locales fortes, enracinées dans les réalités sécuritaires et économiques de la région des Grands Lacs.
Opérations conjointes « Shujaa »
Face à cette menace, les autorités congolaises ont multiplié les opérations militaires. En mai 2021, le gouvernement instaure l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri afin de renforcer la lutte contre les groupes armés. Quelques mois plus tard, la RDC et l’Ouganda lancent conjointement l’opération militaire « Shujaa » pour traquer les combattants ADF dans leurs sanctuaires forestiers.
Malgré près de cinq ans d’efforts conjoints de la RDC et de l’Ouganda dans le cadre de l’opération Shujaa, les zones débarrassées des combattants des ADF sont régulièrement réinfiltrées en l’espace de quelques semaines. Cette situation s’explique notamment par la solidité du système de succession interne du groupe prévue à l’avance, qui lui permet d’avoir une relève rapide du commandement lorsque des dirigeants sont neutralisés. Des allégations de collusion avec des acteurs étatiques, la faiblesse de la gouvernance et l’insuffisance de la protection des civils aggravent également le problème.
L’opération Shujaa repose sur des offensives conjointes, qui vont des opérations de combat mobiles au renseignement humain, visant à démanteler les structures de commandement des ADF et à rétablir l’autorité de l’État dans les zones occupées. Au-delà des approches cinétiques, elle entend soutenir la stabilisation, notamment par la construction de routes et la réinsertion des personnes enlevées. Toutefois, sa stratégie intègre peu d’approches préventives capables de neutraliser les ADF et reste réactive.
Ces offensives permettent de démanteler plusieurs camps rebelles et d’éliminer certains commandants. Toutefois, les ADF démontrent une forte capacité d’adaptation. Fragmentés en petites unités mobiles, leurs combattants continuent de mener des attaques meurtrières contre les civils et les positions militaires. Aujourd’hui encore, malgré les efforts militaires et les initiatives régionales de stabilisation, les ADF figurent parmi les principaux acteurs de l’insécurité dans l’Est de la RDC. Le groupe demeure particulièrement actif dans les zones frontalières entre le Nord-Kivu et l’Ituri, où les populations vivent sous la menace permanente d’incursions armées. Douze ans après le début des massacres de grande ampleur à Beni, la question des ADF reste l’un des défis sécuritaires majeurs de la République démocratique du Congo. Derrière les statistiques et les rapports se trouvent des milliers de familles endeuillées, des villages détruits et des communautés déplacées. Tant que cette menace persistera, la paix durable dans l’Est du pays demeurera un objectif difficile à atteindre, malgré les efforts déployés par les autorités congolaises et leurs partenaires régionaux.
Groupe armé le plus meurtrier en mai 2026
Les ADF ont été responsables du plus grand nombre de victimes civiles dans l’est de la République démocratique du Congo au cours du mois de mai 2026. C’est ce que révèle un rapport publié par l’Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, Ebuteli, qui fait état d’une recrudescence alarmante des attaques contre les populations civiles, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. L’insécurité continue de faire des ravages dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Dans son dernier rapport sur la situation sécuritaire, Ebuteli indique que les ADF demeurent le groupe armé le plus meurtrier de la région, avec au moins 190 civils tués au cours du seul mois de mai 2026. Ce bilan représente une augmentation spectaculaire par rapport au mois d’avril, où 53 victimes civiles avaient été enregistrées. Selon le rapport, cette recrudescence des violences s’est traduite par au moins 36 attaques attribuées aux rebelles ougandais, actifs principalement dans les territoires de Beni, Mambasa, Irumu et Lubero. Les assaillants ont multiplié les incursions meurtrières dans plusieurs villages, ciblant des populations civiles souvent sans défense.
L’un des faits marquants du mois a été le retour des attaques dans la ville de Beni. Dans la nuit du 30 au 31 mai, des combattants ADF ont mené plusieurs incursions simultanées dans la ville et ses environs, causant la mort d’au moins 26 civils. Il s’agit de la première attaque documentée dans la zone urbaine de Beni depuis 2023. Le rapport souligne également que les ADF ont intensifié leurs opérations malgré les offensives conjointes menées par les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’armée ougandaise dans le cadre de l’opération Shujaa. Les chercheurs estiment que plusieurs de ces massacres pourraient constituer des représailles aux pressions militaires exercées contre le groupe armé.
Pendant ce temps, d’autres groupes armés restent actifs dans la région. En Ituri, la CODECO et l’URDPC poursuivent leurs activités criminelles, tandis que dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, les affrontements entre le M23 et divers groupes armés locaux continuent d’alimenter l’instabilité. Toutefois, aucun de ces acteurs n’a atteint le niveau de violence meurtrière enregistré par les ADF au cours du mois de mai.
Alors que les populations de l’est de la RDC espèrent un retour durable de la paix, les conclusions du rapport d’Ebuteli rappellent l’ampleur du défi sécuritaire auquel le pays reste confronté. La montée en puissance des attaques des ADF, combinée à la persistance de multiples foyers de violence, continue de faire peser une lourde menace sur les civils, premiers victimes d’un conflit qui semble loin de s’essouffler.
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