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Justice ou chantage ? Les secrets derrière la pression sur les cadres du PPRD
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1 an agoon
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La redaction
En République démocratique du Congo (RDC), la politique ne dort jamais. Ces derniers mois, une série de convocations judiciaires visant les cadres du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD) a mis le feu aux poudres. Aubin Minaku, Emmanuel Shadary, Ferdinand Kambere : ces noms, piliers du parti de Joseph Kabila, résonnent dans les couloirs de la justice militaire. Mais derrière les dossiers et les auditions, un parfum de règlement de comptes flotterait. Ces pressions dépassent-elles le cadre légal ? Cherchent-elles à briser les liens présumés du PPRD avec le M23/AFC, à forcer une alliance avec le pouvoir, ou à effacer l’ombre de Kabila ? À Kinshasa, les spéculations vont bon train, et les enjeux sont énormes.
Tout commence début mars 2025. L’auditorat militaire de Kinshasa dégaine une liste impressionnante : Aubin Minaku, ancien président de l’Assemblée nationale et numéro deux du PPRD, Emmanuel Shadary, secrétaire permanent et ex-candidat présidentiel en 2018, et Ferdinand Kambere, son adjoint, sont convoqués. Une dizaine d’autres cadres suivent, pris dans une nasse judiciaire qui ne dit pas encore son nom. Interdictions de quitter le pays, auditions à répétition : la pression est maximale. « Il n’y a rien dans le dossier », tempête l’avocat de Minaku après une énième comparution le 24 mars. Mais les restrictions tiennent bon.
Pourquoi la justice militaire ? En RDC, elle s’occupe des crimes contre l’État, trahison, rébellion ou encore atteinte à la sécurité. Les soupçons, bien que nébuleux, pointent vers l’Est du pays, où le M23/AFC sème le chaos. « On nous accuse sans montrer les preuves », s’indigne un proche de Shadary, sous couvert d’anonymat. À Kinshasa, on murmure que ces dossiers ne sont qu’un prétexte. Mais pour quoi ?
Justice militaire au service d’un agenda politique ?
La justice militaire n’est pas un choix anodin. En ciblant le PPRD avec cet outil, le pouvoir envoie un message clair : il ne s’agit pas d’une simple affaire en justice, mais d’une question de contrôle. Les interdictions de sortie du territoire imposées à Minaku et Shadary ne sont pas là pour décorer. Elles clouent au sol des figures clés, limitant leurs marges de manœuvre. « On veut nous surveiller, nous brider », lâche un cadre de ce parti, furieux.
Deux objectifs semblent se dessiner. D’abord, pousser ces leaders à couper les ponts avec Joseph Kabila, accusé de soutenir le groupe rebelle AFC/M23. Ensuite, les inciter à rejoindre l’Union sacrée, la coalition au pouvoir, ou du moins à ne pas s’y opposer. « C’est une stratégie à double détente », analyse un politologue à Kinshasa. « On les isole pour mieux les rallier. » Mais cette pression révèle aussi une fracture : le PPRD, jadis monolithe, vacille sous le poids des soupçons et des ambitions divergentes.
M23/AFC : un fardeau encombrant pour le PPRD
L’ombre du M23/AFC plane sur cette affaire comme une épée de Damoclès. Relancé en 2021 avec un appui renforcé du Rwanda, ce groupe rebelle sème le chaos au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Depuis quelque temps, des rumeurs persistantes établissent un lien entre le PPRD et ces rebelles. Minaku et Shadary, en particulier, se retrouvent dans la tourmente. « Ils soutiennent les rebelles », affirme une source proche du gouvernement. Des preuves ? Aucune de réellement probante pour l’instant. Mais le soupçon, à lui seul, suffit à entacher leur image.
Ces pressions judiciaires pourraient aussi viser à empêcher toute rupture avec le M23. « Si un cadre dit ‘je suis clean’, il devient dangereux pour le pouvoir », explique un analyste basé à Kinshasa. Pourquoi ? Parce qu’un PPRD débarrassé de ce fardeau redeviendrait fréquentable, voire incontournable. En maintenant la suspicion, Kinshasa garde le parti dans une zone grise, entre culpabilité et impuissance. « C’est une manière de dire : vous restez dans le camp des accusés ou vous nous suivez », ajoute notre analyste. Mais l’équation est fragile : si les dossiers sont vides, comme le jure l’avocat de Minaku, cette stratégie risque de s’effondrer.
Et puis, il y a l’autre versant : la diplomatie. Le Rwanda, voisin encombrant, est dans le collimateur de Tshisekedi. En liant le PPRD au M23/AFC, le pouvoir peut aussi faire d’une pierre deux coups : discréditer Kabila tout en renforçant sa posture anti-Kigali. « C’est un jeu régional autant que local », note un diplomate occidental en poste à Kinshasa.
Gouvernement d’union nationale : un piège tendu ?
Depuis février 2025, Félix Tshisekedi agite une idée ambitieuse : un gouvernement d’union nationale. Annoncé comme une réponse aux crises sécuritaires et économiques, ce projet prend forme en mars avec des consultations menées par le Conseiller spécial en matière de sécurité Eberande Kolongele. Mais le PPRD, ennemi juré depuis la fin de l’alliance FCC-CACH en 2021, n’est pas franchement enthousiaste. Et si ces auditions étaient un levier pour les y forcer ?
Le timing ne ment pas. Les convocations pleuvent au moment où les tractations s’ouvrent. « Ceux qui veulent une RDC unie viendront », lance un proche du pouvoir. Sous-entendu : ceux qui refusent s’exposent à la justice. Pour Minaku, Shadary et leurs pairs, le choix est brutal : plier ou risquer l’isolement. « On nous met le couteau sous la gorge », confie un membre du PPRD. L’idée d’un deal flotte dans l’air : ralliez-nous, et les dossiers s’évaporent.
Mais intégrer le PPRD dans le gouvernement d’union nationale n’est pas sans risque. Si les accusations de liens avec le M23 tiennent, leur présence dans la coalition pourrait ternir l’image de Tshisekedi. Et si le parti cède sous la pression, rien ne garantit sa loyauté. « Ce serait une union de façade », prévient un observateur politique. Pourtant, pour le président, l’enjeu est clair : une coalition large, même bancale, pourrait stabiliser un pays au bord du gouffre.
L’héritage Kabila dans la ligne de mire
Et puis, il y a Joseph Kabila. Six ans après avoir quitté le pouvoir, l’ancien président reste une énigme. Discret, souvent à l’étranger, il garde la main sur le PPRD via ses lieutenants. Minaku, promu vice-président en février, et Shadary, fidèle parmi les fidèles, sont ses bras armés. Les frapper, c’est l’atteindre lui. « C’est son retour qui dérange », souffle un cadre du PPRD. Un retour physique ? Peu probable. Mais un retour d’influence, ça, oui.
Ces pressions pourraient chercher à redessiner l’héritage de Kabila. En affaiblissant ses proches, le pouvoir espère fracturer le PPRD, pousser une nouvelle génération à prendre les rênes de ce parti, ou du moins à s’éloigner de la ligne dure. Certains au PPRD y voient une attaque autoritaire ; d’autres, une opportunité. « Peut-être qu’il est temps de tourner la page Kabila », glisse un jeune militant, désabusé. Mais Kabila n’est pas fini. « Je suis prêt à servir mon pays », a-t-il dit récemment en Namibie. Une phrase qui parait ambiguë. Est-ce une capitulation ou une menace ? Ses réseaux, encore solides, pourraient contre-attaquer. Et si le PPRD tient bon, Tshisekedi risque de s’enliser.
Une stratégie à triple détente
Ces pressions ne sont pas unidimensionnelles. Elles jouent sur trois tableaux : maintenir le PPRD sous la menace du M23/AFC, le pousser vers l’union nationale, et briser l’aura de Kabila. Une stratégie complexe, mais risquée. « C’est un puzzle politique », commente un analyste. Chaque pièce doit tomber au bon endroit, sinon tout s’effondre. Si les dossiers judiciaires tiennent, le pouvoir marque des points et ce serait un coup de maître. Mais s’ils s’avèrent creux comme le clame l’avocat de Minaku, l’effet boomerang guette. « On ne peut pas jouer indéfiniment avec la justice », prévient un juriste kinois.
Une transition à quitte ou double
Ce qui se joue aujourd’hui pourrait redéfinir la RDC. Une union nationale réussie apaiserait les tensions, au moins temporairement. Mais à quel prix ? Si ces pressions virent à l’autoritarisme, l’État de droit en sortira laminé. La polarisation, déjà forte, pourrait s’aggraver, surtout si le PPRD choisit la résistance. L’Est reste la clé. Sans paix là-bas, aucune coalition ne tiendra longtemps. Et si le PPRD est vraiment lié au M23, le pouvoir joue un jeu dangereux en le courtisant. « On ne pactise pas avec des pyromanes », ironise un opposant.
Les défis d’une gouvernance fragile
Créer une gouvernance inclusive dans ce climat est un défi titanesque. Les divisions au sein du PPRD entre pro-Kabila et réformateurs pourraient s’accentuer. « On risque de se déchirer », admet un cadre. Et dans la société, la méfiance grandit. « Toujours les mêmes jeux de pouvoir », soupire une enseignante de Kinshasa. Si Tshisekedi réussit son pari, il pourrait poser les bases d’une nouvelle ère. Mais si les pressions judiciaires deviennent une arme trop visible, elles mineront sa crédibilité. La RDC, habituée aux crises, n’a pas de marge d’erreur.
Un pari risqué pour l’avenir
Ces pressions sur le PPRD ne sont pas juste une banale affaire juridique. Elles seraient un chantage politique à ciel ouvert, visant à juguler ce parti, à le contraindre à adhérer dans la logique de cohésion nationale, et à enterrer l’héritage de Kabila. Stabilisation ou dérive autoritaire ? La réponse viendra vite. Pour l’instant, à Kinshasa, on retient son souffle, entre espoir et crainte d’un chaos annoncé.
Heshima
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Croissance record en RDC : le paradoxe d’une richesse qui peine à réduire la pauvreté
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24 heures agoon
avril 20, 2026By
La redaction
Avec l’une des plus fortes croissances économiques d’Afrique subsaharienne en 2025, la République démocratique du Congo (RDC) affiche des performances macroéconomiques impressionnantes. D’après le Fonds monétaire international (FMI), la RDC est en passe de devenir la cinquième économie de la région, devançant l’Ethiopie en termes de PIB. Pourtant, cette dynamique contraste avec une pauvreté toujours largement répandue, révélant les limites d’un modèle de croissance peu inclusif.
À première vue, les chiffres donnent le tournis : le pays a réalisé 5,5% de croissance, en baisse par rapport à 2024, mais qui reste supérieure à la moyenne d’Afrique subsaharienne chiffrée à 3,5%, d’après le dernier rapport de la Banque mondiale publié en mars 2026. Tirée par les exportations de cobalt et de cuivre, la République démocratique du Congo enregistre une croissance soutenue, saluée par les institutions financières internationales. Sur les tableaux des analystes, le pays apparaît comme une locomotive régionale, notamment au regard de son fort potentiel des ressources naturelles.
D’après les dernières projections du FMI publiées lors des Assemblées de printemps à Washington, la République démocratique du Congo devrait franchir un cap symbolique en 2026 en dépassant l’Éthiopie pour devenir la cinquième économie d’Afrique subsaharienne en termes de produit intérieur brut (PIB). Cette institution financière prévoit que le produit intérieur brut (PIB) de la RDC atteindra 123 milliards de dollars en 2026, contre 122 milliards pour l’Éthiopie. L’Afrique du Sud reste la première économie de la région, suivie du Nigeria, de l’Angola et du Kenya. Bien que l’écart d’un milliard de dollars reste marginal entre les deux pays, cela a été suffisant pour repositionner la RDC dans le cercle restreint de 5 économies d’Afrique sub-saharienne. La RDC profite notamment de la forte demande mondiale en métaux destinés aux batteries pour renflouer son économie et booster sa croissance.
Un paradoxe avec le vécu des Congolais
Mais en RDC, cette embellie semble lointaine dans le vécu quotidien des Congolais. Dans les marchés populaires à Kinshasa, des Kinois jonglent avec des prix qui grimpent parfois plus vite que leurs revenus. « La vie est devenue plus dure », confie une mère de famille, entre deux clients. « On parle de croissance, mais nous, on ne la voit pas. » Ce sentiment est largement partagé dans la plupart des villes du pays, à Kinshasa en particulier où la majorité de la population vit de l’informel.
Malgré les milliards générés par le secteur minier, les retombées peinent à irriguer l’ensemble de l’économie. Les emplois créés restent insuffisants, souvent précaires, et concentrés dans des zones spécifiques. Dans les provinces, l’absence d’infrastructures de base – routes, hôpitaux, électricité, eau potable – freine toute dynamique de développement local.
Une croissance peu inclusive
Le taux de croissance constaté s’explique par une demande mondiale élevée en minerais stratégiques, essentiels à la transition énergétique et aux technologies modernes. Sur le papier, les indicateurs sont au vert : augmentation du produit intérieur brut, afflux d’investissements étrangers et amélioration relative des réserves de change. Le pays confirme ainsi son statut de géant économique potentiel sur le continent. Mais derrière ces chiffres encourageants, la réalité sociale reste préoccupante. Une large partie de la population continue de vivre sous le seuil de pauvreté, avec un accès limité aux services de base tels que l’éducation, la santé, l’eau et l’électricité.
En 2022, environ 73% de la population de la RDC (soit 71,8 millions de personnes) vivait dans une pauvreté extrême, avec moins de 2,15 dollars par jour. En conséquence, environ un quart des personnes vivant dans l’extrême pauvreté dans les pays à faible revenu en Afrique en 2022 vivaient en RDC. En 2025, ces chiffres n’ont pas évolué dans le sens positif. D’après le rapport 2025 de la Banque mondiale, seuls 66% des Congolais en âge de travailler ont un emploi et plus de 81% de la population vit encore sous le seuil de pauvreté. Malgré ses richesses naturelles, une écrasante partie de la population de la RDC vit encore dans des conditions précaires, illustrant les limites d’un modèle de croissance peu inclusif.
Pour certains experts, le problème n’est pas tant la croissance que sa nature. « C’est une croissance extractive, peu redistributive », explique un économiste. C’est-à-dire, une richesse produite en grande partie par et pour un nombre limité d’acteurs, sans véritable effet d’entraînement sur le reste de la société. À cela s’ajoutent des défis bien connus : gouvernance fragile, corruption persistante, et insuffisance des investissements publics dans les secteurs sociaux. Résultat, les inégalités se creusent et la promesse d’un mieux-être collectif tarde à se concrétiser. La forte dépendance à l’industrie extractive, peu intensive en main-d’œuvre, limite l’impact de la croissance sur l’emploi. Parallèlement, la pression démographique accentue les tensions : des millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail, sans perspectives suffisantes.
Pourtant, des pistes existent. Diversifier l’économie, soutenir l’agriculture, investir dans l’éducation et la santé, ou encore renforcer la transparence dans la gestion des ressources naturelles : autant de leviers susceptibles de transformer la croissance en progrès tangible pour la population.D’après le rapport de l’Enquête sur les conditions de vie des ménages publié le 12 février 2026 à Kinshasa par l’Institut national de la statistique (INS), près de 68 % de la population vit toujours sous le seuil de pauvreté. Cela indique que plus de 64 millions de Congolais vivent avec moins de 5 000 francs congolais (2 dollars) par jour. Des provinces telles que le Kasaï, le Kwilu et le Tanganyika sont les plus durement touchées par cette extrême pauvreté.
Les causes éventuelles d’une pauvreté persistante
La RDC, souvent décrite comme un « scandale géologique » en raison de l’abondance de ses ressources naturelles, reste confrontée à un taux de pauvreté parmi les plus élevés au monde. Cette situation paradoxale s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, l’instabilité politique et les conflits armés récurrents dans l’est du pays fragilisent les structures économiques et sociales. Ensuite, les infrastructures insuffisantes telles que les routes, l’accès à l’électricité, les services de santé et d’éducation, limitent fortement les opportunités de développement, notamment en zones rurales où vit la majorité de la population.
Par ailleurs, la dépendance de l’économie congolaise à l’exploitation minière, souvent peu redistributive, accentue les inégalités. Si le secteur génère d’importants revenus, ceux-ci bénéficient encore trop peu aux populations locales. La corruption et la gouvernance défaillante sont également pointées du doigt comme des obstacles majeurs à une meilleure répartition des richesses. Face à ces défis, des initiatives émergent. Le gouvernement actuel, avec l’appui de partenaires internationaux, multiplie les programmes sociaux et les projets d’infrastructures. Des efforts sont également entrepris pour diversifier l’économie, notamment dans l’agriculture et l’entrepreneuriat local. Toutefois, les résultats restent encore limités au regard de l’ampleur des besoins.
Heshima Magazine
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RDC-Ouganda : les dessous d’une collaboration sur fond de méfiance
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4 jours agoon
avril 17, 2026By
La redaction
L’armée ougandaise (UPDF) a annoncé, fin mars 2026, son intention de se retirer de plusieurs positions dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu et jusqu’à Mahagi, en Ituri. Ce désengagement, confirmé par le chef d’état-major Muhoozi Kainerugaba, se fera, selon lui, en coordination avec Kinshasa, juste après le retrait des rebelles du M23 de la zone. Bien avant cette annonce qui, du reste, n’est pas officialisée, l’Ouganda voulait obtenir la démission du gouverneur militaire de l’Ituri. Une stratégie de pression sur Kinshasa qui interroge sur les véritables motivations de Kampala. Son intervention militaire aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans la traque des rebelles ADF pourrait bien cacher d’autres motivations, essentiellement économiques.
L’UPDF (Uganda People’s Defence Force) est déployée en Ituri, dans le nord-est de la RDC dans le cadre de l’opération Shujaa depuis fin 2021, collaborant avec les FARDC contre les rebelles ougandais de l’Alliance des forces démocratiques (ADF). Cette mutualisation FARDC-UPDF vise à neutraliser ce groupe armé qui a fait allégeance à l’Etat islamique. Ce groupe est présent en Ituri et au Nord-Kivu. Officiellement, il s’agit de combattre l’insécurité. Cependant, cette présence vise également à sécuriser les intérêts économiques ougandais (routes, or, bois et pétrole du lac Albert).
A ce jour, cette mutualisation des forces n’a pas permis d’arrêter les attaques des ADF contre des civils aussi bien en Ituri qu’au Nord-Kivu. Loin de renforcer la sécurité des Congolais et des Ougandais dans les zones frontalières, cette alliance semble avant tout servir les intérêts économiques ougandais, notamment en matière d’exportation d’or.
Les chiffres d’exportation d’or explosent en Ouganda
L’Ouganda n’est pas un producteur massif d’or. Cependant, il enregistre des chiffres record sur l’exportation de ce minerai. Une croissance due à l’augmentation des prix mais surtout au trafic favorisé par l’instabilité de la région, principalement dans l’Est de la RDC. L’Ouganda a vu ses revenus d’exportation d’or atteindre des chiffres records. Selon la Banque d’Ouganda, en 2019, ces revenus s’élevaient à 1,26 milliard de dollars, les exportations d’or ont ensuite culminé à 2,3 milliards de dollars en 2023, puis à 3,3 milliards de dollars en 2024. D’après des prévisions pour 2025, ces revenus devraient atteindre 6,4 milliards de dollars.
Cette croissance est principalement due à l’augmentation du prix de l’or, qui avoisinait l’année dernière 5.000 dollars l’once. L’or représente désormais 47% des revenus d’exportation de l’Ouganda, surpassant largement d’autres produits phares comme le café et le cacao. Malgré ces chiffres impressionnants, l’Ouganda n’est pas devenu un producteur massif d’or, note TV5 Monde. Lors d’un récent forum économique, le gouverneur adjoint de la Banque centrale ougandaise, Augustus Nuwagaba, a admis que l’or exporté par le pays pourrait ne pas provenir de ses propres mines. « Il se peut qu’il ne soit pas à nous », avait-il déclaré. Mais d’où vient l’or exporté par l’Ouganda ?
L’insécurité en RDC profite à l’économie ougandaise
L’Ouganda profite du trafic d’or en provenance de pays voisins, notamment de la RDC. Riche en ressources aurifères, ce pays partage une frontière avec l’Ouganda dans des zones comme l’Ituri et le Nord-Kivu. Ces régions sont non seulement riches en or, mais aussi en proie à des conflits armés. Ce qui favorise le trafic de ce métal jaune notamment vers l’Ouganda. En Ituri, par exemple, l’or est très présent, particulièrement dans les territoires de Djugu, Mahagi et Mambasa, s’appuyant sur des gisements historiques (Kilo-Moto). Cette ressource, exploitée à la fois de manière artisanale et industrielle, alimente une économie de guerre contrôlée en partie par des groupes armés et réseaux criminels, générant d’importants flux financiers illicites. Selon l’étude d’une ONG anti-corruption, environ 95 % de l’or exporté depuis l’Ouganda est illicite.
En état de siège depuis plus de 4 ans, la province de l’Ituri n’a pas toujours recouvré la paix totalement. Le gouverneur militaire, le lieutenant-général Johnny Luboya entretient des rapports tendus avec des trafiquants d’or. L’Ouganda également n’apprécie pas cet officier congolais. Le chef d’état-major de l’armée ougandaise, le général Muhoozi Kainerugaba ne cache pas son hostilité envers ce gouverneur militaire, appelant parfois à son arrestation sur les réseaux sociaux. L’Ouganda a même formulé une demande formelle pour solliciter son remplacement. D’après les informations révélées par Africa Intelligence, le pouvoir de Félix Tshisekedi a rejeté ces demandes de l’armée ougandaise, qui réclamait l’éviction de ce gouverneur militaire.
Sécuriser ses investissements pétroliers
En dehors du trafic d’or à son avantage, l’Ouganda vise aussi la sécurisation de ses intérêts économiques dans la région. Des intérêts qui empiètent sur la zone d’influence du voisin rwandais, estime le rapport d’un groupe d’experts de l’ONU publié en août 2024. En dehors des intérêts sécuritaires, le gouvernement ougandais se concentre sur la sécurisation de ses investissements pétroliers et le renforcement des réseaux commerciaux vers la RDC, où ses exportations formelles ont représenté en 2019 « 156 millions de dollars » et les exportations informelles, constituées en majorité de biens industriels, « 330 millions de dollars ».
Des accointances avec le M23 et la CRP
La collaboration militaire entre la RDC et l’Ouganda s’opère dans un climat de méfiance, avec des allégations de soutien de Kampala à d’autres groupes rebelles, comme le M23 mais aussi la Convention pour la révolution populaire (CRP) de Thomas Lubanga. Ce dernier s’est même exilé en Ouganda mais son groupe mène des combats contre l’armée congolaise en Ituri. L’Ouganda a joué un rôle discret mais documenté dans la résurgence du M23, en facilitant le retour de son chef militaire en RDC en 2017 et en servant de vivier de recrutement pour la rébellion, selon un rapport publié en avril 2026 par le Congo Research Group (CRG) et le Center on International Cooperation (CIC) de l’Université de New York. Ce document note également que des officiers de l’armée ougandaise (UPDF) ont également été signalés comme participant aux sessions de formation militaire dispensées aux recrues du M23 dans le camp de Tchanzu, en RDC, aux côtés d’officiers des Forces de défense rwandaises en 2021. Mais ce rapport ne précise pas la nature exacte des arrangements entre Kampala et le M23. Difficile de savoir si ces facilitations reflètent une politique délibérée de Kampala ou il s’agit simplement des initiatives individuelles de la part de certains officiers militaires ougandais.
Depuis le lancement de ces opérations dénommées « Shuuja » visant à neutraliser les ADF, les autorités congolaises et ougandaises affichent officiellement une volonté commune de restaurer la paix. Malgré des engagements répétés en faveur d’une coopération sécuritaire renforcée, les relations entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda restent marquées par une profonde méfiance, notamment en ce qui concerne leurs opérations militaires conjointes dans l’est du pays. Malgré ce climat de méfiance, Kinshasa et Kampala poursuivent cette collaboration. Le 21 juin dernier, le président congolais Félix Tshisekedi avait reçu à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa, le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Kaguta Museveni et chef d’état-major de l’armée. La veille de cette rencontre, le 20 juin, les responsables des armées de deux pays avaient signé un accord pour poursuivre leur opération militaire conjointe contre les rebelles ADF.
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RDC : comment le gouvernement compte utiliser les fonds de 1,25 milliard USD d’eurobonds ?
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7 jours agoon
avril 14, 2026By
La redaction
La République démocratique du Congo a mobilisé 1,25 milliard de dollars sur les marchés financiers internationaux à travers une émission d’eurobonds le 9 avril 2026. Lors d’une conférence de presse tenue le 13 avril à Kinshasa, le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a présenté les projets prioritaires à financer, dans un contexte de besoins urgents pour soutenir le développement économique et social du pays.
L’émission d’eurobonds réalisée par la République démocratique du Congo s’inscrit dans une stratégie de diversification des sources de financement. Selon le ministère des Finances, cette levée de fonds vise principalement à financer des projets d’infrastructures, notamment dans les transports et l’énergie, considérés comme des leviers essentiels de croissance. Près de la moitié des projets prévus dans ce financement concernent la ville de Kinshasa, capitale du pays, confrontée à une démographie galopante sans moyens de transport et autres infrastructures de base. Une partie de fonds levés vise à construire un nouveau terminal de 49 000 m² à l’aéroport de N’djili, capable d’accueillir 5 millions de passagers par an.
Quelque 300 kilomètres de routes sont également prévus, ainsi qu’une rocade de 31 kilomètres avec échangeurs et ponts. Les autres investissements visent le développement d’un réseau de lignes de transmission électrique de 330 KV permettant une connexion entre la Zambie et la « ceinture de cuivre » de la RDC, une centrale hydroélectrique de 64 mégawatts et des réseaux de distribution dans la province du Kasaï-Central.
Dans d’autres villes du pays, ces fonds vont également financer la création de centres de formation professionnelle précisément dans quatre villes. Il y a aussi la modernisation de la route entre la ville de Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, et Beni, dans la province du Nord-Kivu, longue de 750 kilomètres.
Des craintes sur la transparence de fonds persistent…
Si le gouvernement met en avant des investissements structurants, experts et institutions appellent à la transparence dans la gestion de ces fonds mais aussi à la prudence face aux risques de surendettement. D’après des analyses de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, la RDC fait face à un déficit important en infrastructures, ce qui freine son développement économique. Les investissements dans les routes, les barrages et les réseaux électriques pourraient ainsi améliorer la connectivité et soutenir l’industrialisation, en particulier dans les zones minières. Mais la gestion de ces réalisations pose de doute quant à la transparence. « Nous voulons un témoin, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), pour assurer le suivi de la gestion de ces ressources. Nous allons, pour la transparence, informer la population sur l’affectation du 1,25 milliard mobilisé. D’ici un an, nous inviterons les investisseurs à constater concrètement les réalisations. », a répondu Doudou Fwamba face aux craintes sur la transparence dans la gestion de ces fonds. Ces craintes sont exprimées suite à des précédents en Afrique subsaharienne qui montrent que l’absence de suivi rigoureux peut limiter l’impact réel de tels financements sur les conditions de vie des populations. La Banque africaine de développement (BAD) souligne, dans certains de ses rapports, que l’efficacité de la dépense publique reste un enjeu clé pour maximiser les retombées économiques.
Eurobonds, la RDC très crédible sur le marché ?
Le pays a accompli un pas de plus en accédant aux marchés internationaux des capitaux. C’est un moyen pour la RDC de diversifier ses sources de financements. Plusieurs facteurs ont joué pour la réussite de cette opération. Coordonnée notamment par la Rawbank au niveau de la région, cette opération d’eurobonds est la conséquence d’une discipline budgétaire observée ces derniers temps au pays.
Le faible niveau d’endettement public de la RDC a aussi pesé en faveur de Kinshasa dans les calculs des investisseurs. Kinshasa n’avait soumis que des demandes pour 1,25 milliard de dollars, mais a reçu des soumissions frôlant les 5 milliards de dollars. Le ministre des Finances justifie le refus du fonds supplémentaire par le fait que le gouvernement n’avait en main que des projets avec étude de faisabilité coutant le 1,25 milliard de dollars sollicité. « Nous ne pouvions pas accepter toutes ces soumissions. Nous n’avions que des projets avec des études de faisabilité pour le montant sollicité », a fait savoir le ministre des Finances qui s’est réjoui non pas du milliard reçu mais de la « crédibilité certifiée » que le pays a gagné dans ce processus. Doudou Fwamba célèbre donc la « reconnaissance des efforts » du président Félix Tshisekedi et l’entrée « très réussie » de la RDC dans la finance internationale.
Pour réussir cette opération, la Rawbank, première banque de la RDC, a agi aux côtés des leaders mondiaux tels que Citigroup et Standard Chartered Bank comme arrangeurs et coordinateurs des souscriptions au niveau global. « Nous sommes fiers d’avoir accompagné cette opération, qui ouvre la voie à de nouveaux financements internationaux, y compris pour les émetteurs non souverains », a déclaré Mustafa Rawji, directeur général de la Rawbank. Avec cet emprunt, le taux d’endettement du pays passe de 18,1 % à 19,5 % du PIB, un niveau toujours inférieur à celui de pays comme la Namibie, l’Angola ou le Kenya. Kinshasa prévoit de constituer des provisions annuelles pour son remboursement.
Si les 1,25 milliard de dollars d’eurobonds offrent à la République démocratique du Congo une opportunité d’accélérer son développement, leur réussite dépendra de la capacité du gouvernement à conjuguer discipline budgétaire, transparence et efficacité dans l’exécution des projets, sous le regard attentif des partenaires comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.
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