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RDC : Quand Kamitatu réveille les démons du fédéralisme
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La redaction
Un débat sur le fédéralisme, vieux de plus de 60 ans, a refait surface depuis le 11 avril 2025 en République démocratique du Congo (RDC). Dans une tribune publiée par un média belge et signée de la main d’Olivier Kamitatu, porte-parole de l’opposant Moïse Katumbi, l’auteur a plaidé pour un dialogue national inclusif en vue de l’adoption de réformes constitutionnelles pouvant aboutir à un État fédéral. Une réflexion qui a suscité une levée de boucliers même dans le camp des opposants au président Félix Tshisekedi. Heshima Magazine revient sur les raisons qui motivent le rejet d’une telle réforme et les risques de balkanisation qui en résultent.
Olivier Kamitatu Etsu a jeté le pavé dans la mare en soulevant un débat qui, au fil des années, a pris la forme d’un tabou en RDC. Et ce n’est pas pour rien ! Les Congolais gardent encore un souvenir amer du fédéralisme des années 60. Aujourd’hui, ceux qui sont âgés de 80 ans ou plus peuvent encore se souvenir des tumultes politiques qui ont suivi l’indépendance du pays. Soixante-cinq ans après la sécession katangaise, Olivier Kamitatu pense que le fédéralisme représente une voie réaliste et nécessaire pour construire un Congo uni, prospère et pacifique, où chaque région jouerait un rôle actif dans le destin commun. L’ancien président de l’Assemblée nationale constate également que la centralisation excessive de la gouvernance freine le développement du pays, malgré ses immenses richesses naturelles et culturelles.
Le porte-parole de Katumbi note que la décentralisation promise par la Constitution de 2006 est restée inefficace. Les provinces dépendent toujours de Kinshasa pour leurs ressources et décisions. Face à un tel échec du modèle unitaire, il propose une fédéralisation basée sur six grandes régions historiques : Orientale, Équateur, Kongo, Kasaï, Katanga et Kivu. Selon lui, ce système offrirait une autonomie constitutionnelle avec des institutions régionales robustes, permettant une meilleure gestion des ressources et une gouvernance adaptée aux réalités locales. Kamitatu soutient que ce modèle valoriserait la diversité culturelle du pays, avec ses 250 groupes ethniques et 400 dialectes, tout en garantissant une répartition équitable des revenus : 60 % pour les régions, 30 % pour l’État fédéral et 10 % pour un fonds d’égalisation.
Mais son argumentaire n’a pas tenu le temps d’un seul week-end, avant d’être battu en brèche par d’autres Congolais. La première à allumer la mèche, c’est une Kabiliste : Marie-Ange Mushobekwa. À travers une réflexion publiée sur les réseaux sociaux, le dimanche 13 avril, elle a fait savoir que la RDC devrait conserver son système actuel d’État unitaire fortement décentralisé, tel que défini par la Constitution. La présidente du Mouvement pour la cohésion nationale (MCN) et cadre du Front commun pour le Congo (FCC) de l’ancien président Joseph Kabila pense que la situation actuelle du pays n’est pas due à la forme de l’État, mais plutôt au non-respect de la Constitution et à la mauvaise gestion des institutions. « Nous ne sommes pas encore assez mûrs pour le fédéralisme. Celui-ci va consacrer la balkanisation de notre pays », a averti Marie-Ange Mushobekwa. En faisant cette intervention, l’ancienne ministre des Droits humains lâche un mot tout aussi vieux dans le vocabulaire politique en RDC : la balkanisation. Un mot qui réveille les démons des années sécessionnistes.
Quand Lumumba alertait contre le fédéralisme…
Au lendemain de l’indépendance de la RDC, le pays fonctionnait pourtant avec un système fédéral. Le pays était régi ainsi avant l’adoption d’une constitution propre au Congo indépendant, celle de Luluabourg (adoptée en août 1964). Mais le communautarisme qui caractérisait déjà les leaders politiques de l’époque et le repli identitaire ont été perçus comme un ferment pour la balkanisation du pays au cas où le fédéralisme était gardé comme forme de l’État. Celui qui deviendra le tout premier Premier ministre du pays, Patrice Emery Lumumba, voyait déjà ce danger venir. Avant même l’indépendance du pays, le Sud-Kasaï a fait sécession le 14 juin 1960. Le Katanga emboîtera le pas quelques jours plus tard après l’indépendance, soit le 11 juillet 1960. « Lumumba avait observé le pays et trouvait qu’il n’y avait que des organisations tribales comme la CONAKAT ou l’ABAKO [Alliance des Bakongo]. Il n’y avait pas vraiment des partis nationalistes. C’est ainsi qu’il avait créé le Mouvement national Congolais (MNC) pour réunir tous les Congolais et éviter le risque de partition de la RDC », avait expliqué Barthélemy Okito, président de la Ligue nationale des Anamongo. Ce que craignait Lumumba avait fini par arriver avec ces deux sécessions, surtout celle du Katanga menée par Moïse Tshombe, leader de la Confédération des associations tribales du Katanga (CONAKAT). « Sous le camouflage du mot fédéralisme, on veut opposer les populations du Congo […]. Ce que nous voyons aujourd’hui, c’est que ceux qui préconisent le fédéralisme, préconisent en réalité le séparatisme », avait déclaré Patrice Emery Lumumba.
Moïse Tshombe vaincu mais pas son fédéralisme
Après la mort de Lumumba, la liquidation du Katanga sécessionniste était devenue la priorité du gouvernement du nouveau Premier ministre Cyril Adoula. Moïse Tshombe, qui trônait à la tête d’un État sécessionniste riche en minerais et protégé par des mercenaires européens, bénéficiait encore du soutien tacite de la Belgique et des grandes compagnies minières. En novembre 1961, le Conseil de sécurité de l’ONU adopte la résolution 169, autorisant l’usage de la force pour rétablir l’unité du Congo. Les Casques bleus de l’ONUC mènent plusieurs opérations. Après des combats intenses, les forces katangaises sont vaincues, et Tshombe capitule le 15 janvier 1963, mettant fin à 28 mois de sécession. Malgré sa capitulation, Tshombe n’abandonnera pas ses idéaux sécessionnistes. Devenu Premier ministre du gouvernement central, il fera tout pour patronner les assises de Luluabourg ayant conduit à la rédaction de la Constitution d’août 1964. Cette Constitution, dite de « Luluabourg », a repris la forme d’un État fédéral au régime parlementaire, le multipartisme et un Parlement à deux chambres. Ce qui était pour Tshombe une forme légale et pudique de rechercher encore l’autonomie de son Katanga. Mais avec le coup d’État opéré par le maréchal Mobutu, le 24 novembre 1965, ce projet d’État fédéral mourra avec la suspension de la Constitution de Luluabourg par le nouveau maître du lieu.
Olivier Kamitatu dépoussière un vieux débat
Ce vieux débat autour du fédéralisme avait continué à exister avec notamment la génération de 13 parlementaires dont Gabriel Kyungu Wa Kumwanza et Etienne Tshisekedi. Ce dernier, après avoir observé plusieurs replis identitaires dans le pays surtout chez certains partisans du fédéralisme, estimera que le pays n’était pas encore prêt pour une telle option, disant même avoir « peur de ce mot ». Après la génération de Kyungu, Olivier Kamitatu vient dépoussiérer ce débat, réveillant des vieux démons. Pourtant, le pacte républicain actuel issu du dialogue de Sun City a traité cette question du fédéralisme. La Constitution actuelle a pris en compte les aspirations du fédéralisme et celles de l’unitarisme pour créer une forme de l’État « hybride », conciliant les deux tendances. C’est « le juste milieu pour tout le monde », estime Marie-Ange Mushobekwa, mettant en valeur le côté fortement décentralisé de l’État comme un élément du fédéralisme intégré dans la constitution qu’il faut simplement respecter et « appliquer pleinement ».
La crainte d’un membre du PPRD
De son côté, Patrick Nkanga s’oppose aussi à l’idée du fédéralisme. Ce rapporteur du bureau politique du PPRD, le parti de Joseph Kabila, craint que le fédéralisme engendre la balkanisation du pays, estimant que le peuple congolais n’est pas encore mature pour cette forme de l’État. « Si la décentralisation a été perçue à tort, dans notre société, comme la politique du ‘chacun chez soi’ qu’en sera-t-il du fédéralisme ? », s’est-il interrogé. Pour lui, le niveau de maturité de la société congolaise « ne permet aucunement une telle option à ce stade ». Il pense que la forme actuelle de l’État est la résultante du Pacte républicain de Sun City qui, selon lui, est « profondément altéré » par des dirigeants. Patrick Nkanga pense qu’il faut juste respecter cette Constitution.
Les risques de l’éclatement du Congo
Si le fédéralisme peut présenter certains avantages en termes de gestion des entités, il est cependant perçu comme la porte d’à côté de l’éclatement d’un pays surtout si les fondements de la nation sont encore fragiles. Et la RDC est encore sur la liste des pays qui présentent de tels risques. Pour Teddy Mfitu, chercheur et consultant sénior au cabinet Congo Investissement Consulting Partners (CICPAR), le fédéralisme peut être une route tracée vers la partition dans le cas du Congo. Ce chercheur énumère des pays qui ont opté pour le fédéralisme et ont fini par disparaître les années qui ont suivi un tel choix de gouvernance.
Le fédéralisme soviétique (URSS), loin d’être un trophée, s’est révélé comme un fardeau qui a accéléré la désintégration de l’empire des Tsars, a-t-il rappelé. La Yougoslavie, ajoute-t-il, avait établi un système fédéral complexe. Cette nation dirigée par Josip Broz Tito a opté pour un État fédéré avec six républiques et deux provinces autonomes. Ce système, conçu pour gérer la diversité ethnique et nationale, s’est transformé en une machine à fragmenter lorsque les contrôles centraux se sont relâchés après la mort de Tito. Aujourd’hui, la Yougoslavie appartient au passé.
Selon ce chercheur, la Tchécoslovaquie a adopté un système fédéral en 1969, divisant le pays en deux républiques fédérées (Tchèque et Slovaque). Ce système, conçu pour apaiser les tensions entre les deux entités, a, en réalité, institutionnalisé leurs différences et créé des structures politiques parallèles qui ont rendu la partition de 1993 (« le divorce de velours ») presque inévitable. Là encore, le fédéralisme a été un prélude à la dislocation.
S’agissant des risques de l’éclatement du Congo, Teddy Mfitu prend l’exemple des mouvements comme le Bundu dia Kongo (BDK) qui s’inscrit déjà « dans une tradition ethno-messianiste », cela pourrait être exacerbée par un système fédéral. Il en est de même pour les Bakata Katanga. Ces quelques exemples historiques montrent que le fédéralisme, loin d’être une panacée, peut se transformer en fardeau insupportable pour des États fragiles. « L’état actuel de la nation congolaise ne permet pas de prendre un risque inconsidéré », a-t-il prévenu.
Un débat qui divise profondément
Le débat relancé par Kamitatu a suscité des réactions virulentes, révélant des fractures profondes au sein de la classe politique et de la société congolaise. Patrick Muyaya, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, a qualifié la proposition de Kamitatu de « distraction » dans le contexte actuel, marqué par des crises sécuritaires et humanitaires, notamment dans l’est du pays. Il a suggéré que le débat sur le fédéralisme pourrait dissimuler des intentions de balkanisation, accusant ses promoteurs de vouloir « diviser le pays au moment où il a besoin d’unité ». Muyaya a insisté sur le fait que la Constitution actuelle, avec sa décentralisation, offre un cadre suffisant si elle est correctement appliquée.
Eugène Diomi Ndongala, président du parti Démocratie Chrétienne, a rejeté catégoriquement l’idée du fédéralisme, estimant qu’elle violerait l’article 220 de la Constitution, qui protège les principes fondamentaux de l’État unitaire. « Le fédéralisme, dans le contexte actuel, est une chimère qui risque de consacrer la partition du pays », a-t-il déclaré, appelant à une réforme de la gouvernance dans le cadre unitaire existant.
À Kinshasa, les habitants interrogés par Actualité.cd expriment des avis partagés. Certains, comme Mireille N., une commerçante, soutiennent l’idée d’une meilleure gestion locale des ressources, mais craignent que le fédéralisme n’accentue les divisions ethniques. D’autres, comme Joseph K., un enseignant, rejettent l’idée, affirmant que « le Congo a besoin d’unité, pas de fragmentation ». Ces réactions montrent que le débat dépasse les cercles politiques et touche le vécu quotidien des Congolais.
Jean-Thierry Monsenepwo, dans une tribune publiée sur Dépêche.cd, va plus loin en accusant les partisans du fédéralisme de « faire le jeu des puissances étrangères » qui chercheraient à affaiblir la RDC. Il soutient que l’État unitaire, malgré ses imperfections, reste le meilleur rempart contre les velléités séparatistes, surtout dans un contexte où l’est du pays est sous la menace du M23 et du Rwanda voisin. Monsenepwo appelle à une réforme profonde de l’État unitaire, avec une décentralisation effective, plutôt qu’un saut risqué vers le fédéralisme.
Christian Malamba, dans une tribune pour Le Potentiel, qualifie le fédéralisme de « fausse solution » à un vrai problème congolais. Il argue que les défis de la RDC – pauvreté, insécurité, mauvaise gouvernance – ne découlent pas de la forme de l’État, mais d’un manque de volonté politique et de respect des lois. « Le fédéralisme, dans un pays où l’unité nationale est encore fragile, risque de transformer chaque région en un fief autonome, minant la cohésion nationale », écrit-il.
Rodrigue Ramazani, président de la Nouvelle société civile congolaise, met en garde contre les « chimères fédéralistes », affirmant que la RDC n’a pas les infrastructures ni la maturité politique pour un tel système. Il plaide pour une décentralisation mieux appliquée, avec un transfert réel de compétences et de ressources aux provinces, comme prévu par la Constitution.
René Mayilukila, analyste politique, souligne les dangers d’une décentralisation mal maîtrisée, qui pourrait servir de tremplin au fédéralisme. Il cite l’exemple du découpage territorial de 2015, qui a multiplié les provinces sans leur donner les moyens de fonctionner, créant des entités administratives faibles et dépendantes de Kinshasa. « Passer au fédéralisme sans une préparation rigoureuse, c’est ouvrir la voie à l’instabilité », prévient-il.
Un timing controversé
Le choix de Kamitatu de relancer ce débat en pleine crise sécuritaire dans l’est du pays, où le M23 contrôle des pans entiers du Nord-Kivu, est perçu comme maladroit, voire suspect. Prince Epenge, de la coalition LAMUKA, a qualifié l’initiative de « provocatrice », accusant ses promoteurs de vouloir « consacrer la balkanisation » au moment où la RDC lutte pour restaurer sa souveraineté. « Parler de fédéralisme alors que nous perdons le contrôle du Kivu, c’est danser sur les tombes des martyrs de l’unité nationale », a-t-il déclaré.
En réalité, la plupart des chantres du fédéralisme cachent mal un sentiment séparatiste. Olivier Kamitatu, voulant peut-être faire plaisir à son leader, Moïse Katumbi, a ressuscité un débat qui porte les germes de la décrépitude du Congo. Cela, au moment où le pays a perdu une partie de sa souveraineté dans les Kivu. Le timing choisi par ce fils d’un des pionniers de l’indépendance n’est donc pas innocent. Les Congolais, marqués par leur histoire tumultueuse, restent méfiants face à une proposition qui, sous des airs de modernité, pourrait raviver les blessures du passé et menacer l’unité d’un pays déjà fragilisé.
Heshima
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30 avril en RDC : célébrer l’enseignant ou révéler une crise persistante ?
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1 jour agoon
avril 30, 2026By
La redaction
Chaque 30 avril, la République démocratique du Congo honore ses enseignants. Mais derrière les discours officiels, la réalité du terrain en 2026 reste marquée par des retards de salaires, des réformes inachevées et une profession en quête de dignité.
La Journée nationale de l’enseignement, célébrée le 30 avril en République démocratique du Congo, se veut un moment de reconnaissance envers ceux que l’on appelle les « bâtisseurs de la nation ». Pourtant, en 2026, cette commémoration s’inscrit dans un contexte paradoxal : jamais le rôle de l’enseignant n’a été aussi central, mais rarement ses conditions de vie n’ont suscité autant d’inquiétudes.
Sur le plan structurel, le secteur éducatif congolais repose sur une armée impressionnante de professionnels : plus de 624 000 enseignants étaient recensés et payés en mars 2026 . Ce chiffre illustre à la fois l’ampleur du système éducatif et le poids de la masse salariale pour l’État. Dans cette optique, certaines réformes ont été engagées, notamment l’intégration de la prime de gratuité directement dans le salaire dès janvier 2026, afin de réduire les irrégularités et améliorer la transparence .
Cependant, ces avancées peinent à masquer les difficultés persistantes. Les enseignants dénoncent régulièrement des retards de paiement et des arriérés accumulés sur plusieurs mois. En début d’année 2026, des instructions gouvernementales ont été données pour apurer ces dettes, preuve que le problème reste structurel . Dans certaines provinces, des enseignants réclamaient encore des salaires datant de 2025 .
La situation s’est même tendue en avril 2026, avec le dépôt d’un préavis de grève générale illimitée. Les syndicats évoquent une « situation intenable », marquée par des salaires impayés et la marginalisation de certaines catégories d’enseignants, notamment les nouvelles unités . Ces tensions sociales traduisent un malaise profond, où la vocation ne suffit plus à compenser la précarité.
À cela s’ajoutent des anomalies administratives persistantes. Des irrégularités dans le fichier de paie, des ponctions injustifiées sur les primes ou encore des retards liés à la gestion des effectifs continuent de fragiliser le système . Dans certains cas, des enseignants ont vu leurs revenus amputés sans explication, avant des régularisations tardives.
Au-delà des chiffres, c’est la condition humaine de l’enseignant qui interpelle. Contraints de travailler de longues heures sans activités complémentaires, beaucoup peinent à subvenir aux besoins de leurs familles . Dans les zones en conflit, certains continuent même d’enseigner sans salaire pendant plusieurs mois, dans des conditions extrêmes .
Ainsi, la gratuité de l’enseignement de base — réforme phare du gouvernement — se heurte à une contradiction majeure : elle repose sur des enseignants dont les salaires restent faibles et irréguliers . Une équation difficile à soutenir sur le long terme, tant elle affecte la motivation et la qualité de l’enseignement.
En 2026, célébrer la Journée de l’enseignant en RDC revient autant à rendre hommage qu’à poser une question essentielle : peut-on bâtir une école forte sur des enseignants fragilisés ? Entre réformes prometteuses et réalités persistantes, l’avenir du système éducatif congolais dépendra moins des discours du 30 avril que des réponses concrètes apportées aux défis du quotidien.
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Croissance record en RDC : le paradoxe d’une richesse qui peine à réduire la pauvreté
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2 semaines agoon
avril 20, 2026By
La redaction
Avec l’une des plus fortes croissances économiques d’Afrique subsaharienne en 2025, la République démocratique du Congo (RDC) affiche des performances macroéconomiques impressionnantes. D’après le Fonds monétaire international (FMI), la RDC est en passe de devenir la cinquième économie de la région, devançant l’Ethiopie en termes de PIB. Pourtant, cette dynamique contraste avec une pauvreté toujours largement répandue, révélant les limites d’un modèle de croissance peu inclusif.
À première vue, les chiffres donnent le tournis : le pays a réalisé 5,5% de croissance, en baisse par rapport à 2024, mais qui reste supérieure à la moyenne d’Afrique subsaharienne chiffrée à 3,5%, d’après le dernier rapport de la Banque mondiale publié en mars 2026. Tirée par les exportations de cobalt et de cuivre, la République démocratique du Congo enregistre une croissance soutenue, saluée par les institutions financières internationales. Sur les tableaux des analystes, le pays apparaît comme une locomotive régionale, notamment au regard de son fort potentiel des ressources naturelles.
D’après les dernières projections du FMI publiées lors des Assemblées de printemps à Washington, la République démocratique du Congo devrait franchir un cap symbolique en 2026 en dépassant l’Éthiopie pour devenir la cinquième économie d’Afrique subsaharienne en termes de produit intérieur brut (PIB). Cette institution financière prévoit que le produit intérieur brut (PIB) de la RDC atteindra 123 milliards de dollars en 2026, contre 122 milliards pour l’Éthiopie. L’Afrique du Sud reste la première économie de la région, suivie du Nigeria, de l’Angola et du Kenya. Bien que l’écart d’un milliard de dollars reste marginal entre les deux pays, cela a été suffisant pour repositionner la RDC dans le cercle restreint de 5 économies d’Afrique sub-saharienne. La RDC profite notamment de la forte demande mondiale en métaux destinés aux batteries pour renflouer son économie et booster sa croissance.
Un paradoxe avec le vécu des Congolais
Mais en RDC, cette embellie semble lointaine dans le vécu quotidien des Congolais. Dans les marchés populaires à Kinshasa, des Kinois jonglent avec des prix qui grimpent parfois plus vite que leurs revenus. « La vie est devenue plus dure », confie une mère de famille, entre deux clients. « On parle de croissance, mais nous, on ne la voit pas. » Ce sentiment est largement partagé dans la plupart des villes du pays, à Kinshasa en particulier où la majorité de la population vit de l’informel.
Malgré les milliards générés par le secteur minier, les retombées peinent à irriguer l’ensemble de l’économie. Les emplois créés restent insuffisants, souvent précaires, et concentrés dans des zones spécifiques. Dans les provinces, l’absence d’infrastructures de base – routes, hôpitaux, électricité, eau potable – freine toute dynamique de développement local.
Une croissance peu inclusive
Le taux de croissance constaté s’explique par une demande mondiale élevée en minerais stratégiques, essentiels à la transition énergétique et aux technologies modernes. Sur le papier, les indicateurs sont au vert : augmentation du produit intérieur brut, afflux d’investissements étrangers et amélioration relative des réserves de change. Le pays confirme ainsi son statut de géant économique potentiel sur le continent. Mais derrière ces chiffres encourageants, la réalité sociale reste préoccupante. Une large partie de la population continue de vivre sous le seuil de pauvreté, avec un accès limité aux services de base tels que l’éducation, la santé, l’eau et l’électricité.
En 2022, environ 73% de la population de la RDC (soit 71,8 millions de personnes) vivait dans une pauvreté extrême, avec moins de 2,15 dollars par jour. En conséquence, environ un quart des personnes vivant dans l’extrême pauvreté dans les pays à faible revenu en Afrique en 2022 vivaient en RDC. En 2025, ces chiffres n’ont pas évolué dans le sens positif. D’après le rapport 2025 de la Banque mondiale, seuls 66% des Congolais en âge de travailler ont un emploi et plus de 81% de la population vit encore sous le seuil de pauvreté. Malgré ses richesses naturelles, une écrasante partie de la population de la RDC vit encore dans des conditions précaires, illustrant les limites d’un modèle de croissance peu inclusif.
Pour certains experts, le problème n’est pas tant la croissance que sa nature. « C’est une croissance extractive, peu redistributive », explique un économiste. C’est-à-dire, une richesse produite en grande partie par et pour un nombre limité d’acteurs, sans véritable effet d’entraînement sur le reste de la société. À cela s’ajoutent des défis bien connus : gouvernance fragile, corruption persistante, et insuffisance des investissements publics dans les secteurs sociaux. Résultat, les inégalités se creusent et la promesse d’un mieux-être collectif tarde à se concrétiser. La forte dépendance à l’industrie extractive, peu intensive en main-d’œuvre, limite l’impact de la croissance sur l’emploi. Parallèlement, la pression démographique accentue les tensions : des millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail, sans perspectives suffisantes.
Pourtant, des pistes existent. Diversifier l’économie, soutenir l’agriculture, investir dans l’éducation et la santé, ou encore renforcer la transparence dans la gestion des ressources naturelles : autant de leviers susceptibles de transformer la croissance en progrès tangible pour la population.D’après le rapport de l’Enquête sur les conditions de vie des ménages publié le 12 février 2026 à Kinshasa par l’Institut national de la statistique (INS), près de 68 % de la population vit toujours sous le seuil de pauvreté. Cela indique que plus de 64 millions de Congolais vivent avec moins de 5 000 francs congolais (2 dollars) par jour. Des provinces telles que le Kasaï, le Kwilu et le Tanganyika sont les plus durement touchées par cette extrême pauvreté.
Les causes éventuelles d’une pauvreté persistante
La RDC, souvent décrite comme un « scandale géologique » en raison de l’abondance de ses ressources naturelles, reste confrontée à un taux de pauvreté parmi les plus élevés au monde. Cette situation paradoxale s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, l’instabilité politique et les conflits armés récurrents dans l’est du pays fragilisent les structures économiques et sociales. Ensuite, les infrastructures insuffisantes telles que les routes, l’accès à l’électricité, les services de santé et d’éducation, limitent fortement les opportunités de développement, notamment en zones rurales où vit la majorité de la population.
Par ailleurs, la dépendance de l’économie congolaise à l’exploitation minière, souvent peu redistributive, accentue les inégalités. Si le secteur génère d’importants revenus, ceux-ci bénéficient encore trop peu aux populations locales. La corruption et la gouvernance défaillante sont également pointées du doigt comme des obstacles majeurs à une meilleure répartition des richesses. Face à ces défis, des initiatives émergent. Le gouvernement actuel, avec l’appui de partenaires internationaux, multiplie les programmes sociaux et les projets d’infrastructures. Des efforts sont également entrepris pour diversifier l’économie, notamment dans l’agriculture et l’entrepreneuriat local. Toutefois, les résultats restent encore limités au regard de l’ampleur des besoins.
Heshima Magazine
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RDC-Ouganda : les dessous d’une collaboration sur fond de méfiance
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2 semaines agoon
avril 17, 2026By
La redaction
L’armée ougandaise (UPDF) a annoncé, fin mars 2026, son intention de se retirer de plusieurs positions dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu et jusqu’à Mahagi, en Ituri. Ce désengagement, confirmé par le chef d’état-major Muhoozi Kainerugaba, se fera, selon lui, en coordination avec Kinshasa, juste après le retrait des rebelles du M23 de la zone. Bien avant cette annonce qui, du reste, n’est pas officialisée, l’Ouganda voulait obtenir la démission du gouverneur militaire de l’Ituri. Une stratégie de pression sur Kinshasa qui interroge sur les véritables motivations de Kampala. Son intervention militaire aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans la traque des rebelles ADF pourrait bien cacher d’autres motivations, essentiellement économiques.
L’UPDF (Uganda People’s Defence Force) est déployée en Ituri, dans le nord-est de la RDC dans le cadre de l’opération Shujaa depuis fin 2021, collaborant avec les FARDC contre les rebelles ougandais de l’Alliance des forces démocratiques (ADF). Cette mutualisation FARDC-UPDF vise à neutraliser ce groupe armé qui a fait allégeance à l’Etat islamique. Ce groupe est présent en Ituri et au Nord-Kivu. Officiellement, il s’agit de combattre l’insécurité. Cependant, cette présence vise également à sécuriser les intérêts économiques ougandais (routes, or, bois et pétrole du lac Albert).
A ce jour, cette mutualisation des forces n’a pas permis d’arrêter les attaques des ADF contre des civils aussi bien en Ituri qu’au Nord-Kivu. Loin de renforcer la sécurité des Congolais et des Ougandais dans les zones frontalières, cette alliance semble avant tout servir les intérêts économiques ougandais, notamment en matière d’exportation d’or.
Les chiffres d’exportation d’or explosent en Ouganda
L’Ouganda n’est pas un producteur massif d’or. Cependant, il enregistre des chiffres record sur l’exportation de ce minerai. Une croissance due à l’augmentation des prix mais surtout au trafic favorisé par l’instabilité de la région, principalement dans l’Est de la RDC. L’Ouganda a vu ses revenus d’exportation d’or atteindre des chiffres records. Selon la Banque d’Ouganda, en 2019, ces revenus s’élevaient à 1,26 milliard de dollars, les exportations d’or ont ensuite culminé à 2,3 milliards de dollars en 2023, puis à 3,3 milliards de dollars en 2024. D’après des prévisions pour 2025, ces revenus devraient atteindre 6,4 milliards de dollars.
Cette croissance est principalement due à l’augmentation du prix de l’or, qui avoisinait l’année dernière 5.000 dollars l’once. L’or représente désormais 47% des revenus d’exportation de l’Ouganda, surpassant largement d’autres produits phares comme le café et le cacao. Malgré ces chiffres impressionnants, l’Ouganda n’est pas devenu un producteur massif d’or, note TV5 Monde. Lors d’un récent forum économique, le gouverneur adjoint de la Banque centrale ougandaise, Augustus Nuwagaba, a admis que l’or exporté par le pays pourrait ne pas provenir de ses propres mines. « Il se peut qu’il ne soit pas à nous », avait-il déclaré. Mais d’où vient l’or exporté par l’Ouganda ?
L’insécurité en RDC profite à l’économie ougandaise
L’Ouganda profite du trafic d’or en provenance de pays voisins, notamment de la RDC. Riche en ressources aurifères, ce pays partage une frontière avec l’Ouganda dans des zones comme l’Ituri et le Nord-Kivu. Ces régions sont non seulement riches en or, mais aussi en proie à des conflits armés. Ce qui favorise le trafic de ce métal jaune notamment vers l’Ouganda. En Ituri, par exemple, l’or est très présent, particulièrement dans les territoires de Djugu, Mahagi et Mambasa, s’appuyant sur des gisements historiques (Kilo-Moto). Cette ressource, exploitée à la fois de manière artisanale et industrielle, alimente une économie de guerre contrôlée en partie par des groupes armés et réseaux criminels, générant d’importants flux financiers illicites. Selon l’étude d’une ONG anti-corruption, environ 95 % de l’or exporté depuis l’Ouganda est illicite.
En état de siège depuis plus de 4 ans, la province de l’Ituri n’a pas toujours recouvré la paix totalement. Le gouverneur militaire, le lieutenant-général Johnny Luboya entretient des rapports tendus avec des trafiquants d’or. L’Ouganda également n’apprécie pas cet officier congolais. Le chef d’état-major de l’armée ougandaise, le général Muhoozi Kainerugaba ne cache pas son hostilité envers ce gouverneur militaire, appelant parfois à son arrestation sur les réseaux sociaux. L’Ouganda a même formulé une demande formelle pour solliciter son remplacement. D’après les informations révélées par Africa Intelligence, le pouvoir de Félix Tshisekedi a rejeté ces demandes de l’armée ougandaise, qui réclamait l’éviction de ce gouverneur militaire.
Sécuriser ses investissements pétroliers
En dehors du trafic d’or à son avantage, l’Ouganda vise aussi la sécurisation de ses intérêts économiques dans la région. Des intérêts qui empiètent sur la zone d’influence du voisin rwandais, estime le rapport d’un groupe d’experts de l’ONU publié en août 2024. En dehors des intérêts sécuritaires, le gouvernement ougandais se concentre sur la sécurisation de ses investissements pétroliers et le renforcement des réseaux commerciaux vers la RDC, où ses exportations formelles ont représenté en 2019 « 156 millions de dollars » et les exportations informelles, constituées en majorité de biens industriels, « 330 millions de dollars ».
Des accointances avec le M23 et la CRP
La collaboration militaire entre la RDC et l’Ouganda s’opère dans un climat de méfiance, avec des allégations de soutien de Kampala à d’autres groupes rebelles, comme le M23 mais aussi la Convention pour la révolution populaire (CRP) de Thomas Lubanga. Ce dernier s’est même exilé en Ouganda mais son groupe mène des combats contre l’armée congolaise en Ituri. L’Ouganda a joué un rôle discret mais documenté dans la résurgence du M23, en facilitant le retour de son chef militaire en RDC en 2017 et en servant de vivier de recrutement pour la rébellion, selon un rapport publié en avril 2026 par le Congo Research Group (CRG) et le Center on International Cooperation (CIC) de l’Université de New York. Ce document note également que des officiers de l’armée ougandaise (UPDF) ont également été signalés comme participant aux sessions de formation militaire dispensées aux recrues du M23 dans le camp de Tchanzu, en RDC, aux côtés d’officiers des Forces de défense rwandaises en 2021. Mais ce rapport ne précise pas la nature exacte des arrangements entre Kampala et le M23. Difficile de savoir si ces facilitations reflètent une politique délibérée de Kampala ou il s’agit simplement des initiatives individuelles de la part de certains officiers militaires ougandais.
Depuis le lancement de ces opérations dénommées « Shuuja » visant à neutraliser les ADF, les autorités congolaises et ougandaises affichent officiellement une volonté commune de restaurer la paix. Malgré des engagements répétés en faveur d’une coopération sécuritaire renforcée, les relations entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda restent marquées par une profonde méfiance, notamment en ce qui concerne leurs opérations militaires conjointes dans l’est du pays. Malgré ce climat de méfiance, Kinshasa et Kampala poursuivent cette collaboration. Le 21 juin dernier, le président congolais Félix Tshisekedi avait reçu à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa, le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Kaguta Museveni et chef d’état-major de l’armée. La veille de cette rencontre, le 20 juin, les responsables des armées de deux pays avaient signé un accord pour poursuivre leur opération militaire conjointe contre les rebelles ADF.
Heshima Magazine
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