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Simon Kimbangu, retour sur une figure anticoloniale majeure de l’histoire de la RDC

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Au cœur de l’histoire de la République démocratique du Congo, un nom continue de résonner comme celui d’un homme à la fois mystique et profondément politique : Simon Kimbangu. Prophète pour les uns, résistant pour les autres, il incarne aujourd’hui encore une forme de contestation spirituelle face à l’ordre colonial belge du début du XXe siècle. Septante-deux ans après sa mort, une journée fériée lui a été officiellement dédiée par le gouvernement congolais suite à son combat notamment pour la conscience africaine.      

Le 6 avril 2026, la République démocratique du Congo a commémoré le combat de Simon Kimbangu. A Nkamba, siège de l’Eglise kimbanguiste, le président de la République, Félix Tshisekedi et son épouse, Denise Nyakeru, ont célébré le 105ème anniversaire du Kimbanguisme débuté le 6 avril 1921. Depuis 2023, le président de la République, Félix Tshisekedi, avait décrété, par son ordonnance numéro 23/042 du 30 mars, le 6 avril de chaque année comme jour férié légal au pays, en souvenir du combat de Simon Kimbangu et de la conscience africaine.

Le 6 avril 2026, soit trois ans après, le chef de l’Etat congolais annonce une autre nouvelle aux Kimbanguistes : « Aujourd’hui, je suis venu vous saluer parce que, comme vous le savez, c’est un jour spécial. Car, le 6 avril de chaque année est déclaré un jour férié partout en RDC. Ainsi, après notre entretien de tout à l’heure avec le Chef spirituel, Tata Simon Kimbangu Kiangani, j’ai pris une autre nouvelle décision. C’est celle de doter la cité de Nkamba, d’un statut spécial. Ce statut spécial est que la Cité de Nkamba devra devenir une ville Sainte ».

Depuis les années 1969, le Kimbanguisme reçoit une attention politique particulière. Mais qui était Simon Kimbangu pour les Congolais ? Un militant anticolonial ou un prophète comme tant d’autres ?  

Kimbangu : de l’ouvrier à une figure de résistance

Né en environ 1887, à Nkamba, un village situé dans l’actuelle province du Kongo Central en République démocratique du Congo (anciennement Congo belge), Simon Kimbangu grandit dans une société bouleversée par la domination coloniale. Il essaie sans succès de devenir catéchiste dans une mission baptiste. Ouvrier dans les huileries de Kinshasa vers 1920, il entre en contact avec des militants américains anticolonialistes, rappelle Antoine Lion, historien et chargé de cours à l’Institut catholique de Paris. « De retour dans son village natal de Nkamba en avril 1921, il commence à prêcher le Royaume de Dieu et l’observance de la monogamie. Il se révèle comme thaumaturge et multiplie les guérisons. Nkamba devient le centre d’un pèlerinage permanent et se voit désigner par Kimbangu comme la Nouvelle Jérusalem. Celui-ci promet le retour du Christ sur terre et l’avènement d’un nouvel âge d’or », explique l’historien dans une biographie consacrée à cette figure anticolonialiste congolaise.

Sa condamnation à mort…

A Nkamba, le 6 avril 1921, il affirme avoir reçu une mission divine : prêcher la foi chrétienne et libérer son peuple des oppressions spirituelles et sociales. Rapidement, ses prédications attirent des foules immenses. Mais derrière le message religieux, les autorités coloniales belges perçoivent une menace politique grandissante. Le mouvement qu’il initie, qui donnera naissance au Kimbanguisme plus tard, prône une forme d’émancipation qui dépasse le cadre strict de la religion. En valorisant la dignité africaine et en rejetant certaines pratiques imposées par les missionnaires européens, Kimbangu devient une figure de résistance. Son influence inquiète au point que l’administration coloniale décide de l’arrêter la même année, en septembre.

Condamné à mort, sa peine est finalement commuée en détention à perpétuité. Il passera 30 ans en prison à Élisabethville (aujourd’hui Lubumbashi), loin de ses fidèles, jusqu’à sa mort en 1951. Pourtant, son message ne disparaît pas. Au contraire, il se propage clandestinement et contribue à nourrir les aspirations indépendantistes qui mèneront à l’indépendance du pays le 30 juin 1960. Aujourd’hui, Simon Kimbangu est reconnu comme un pionnier de la lutte anticoloniale en Afrique centrale. Son héritage dépasse le cadre religieux : il est devenu un symbole de résistance culturelle et d’affirmation identitaire pour des millions de Congolais. En 2023, la journée du 6 avril qui correspond à la date du début de son combat ou de son ministère est désormais fériée en RDC, en mémoire du « Combat de Simon Kimbangu et de la Conscience Africaine ».

Le Kimbanguisme traverse les frontières  

Après la mort de Simon Kimbangu, son souvenir est resté vivace : dès 1921, divers mouvements religieux se réclament de Kimbangu et de son enseignement. Ces sectes et mouvements messianiques partagent un même fond de croyances, où le culte des ancêtres voisine avec l’héritage biblique et baptiste. Après des années de persécutions et de clandestinité de ses fidèles, le kimbanguisme sort de l’ombre sous l’influence des fils de Simon, notamment Joseph Diangienda Kuntima puis de Salomon Dialungana Kiangani comme chef spirituel. À la veille de l’indépendance du Congo belge (1960), sa branche « officielle » devient l’Église de Jésus-Christ sur la terre selon Simon Kimbangu (E.J.C.S.K.). Cette communauté spirituelle se structure et grandit, regroupant plusieurs centaines de milliers de fidèles au Congo-Kinshasa et dans la région de Brazzaville, en République du Congo. Le mouvement va s’implanter jusqu’en Angola voisin. L’Église de Jésus-Christ sur la terre selon Simon Kimbangu est la première Église noire à être admise au Conseil œcuménique des Églises en 1969.

En 2026, l’Eglise résiste malgré des dissensions familiales

A la mort des fils de Simon Kimbangu, l’Eglise a été reprises par ses petits-fils. Mais une dissension va naitre au début des années 2000. L’Eglise « mère » va être dirigée par le petit-fils homonyme de Simon Kimbangu, Simon Kimbangu Kiangani et garde le siège principal de Nkamba. La branche dissidente appelée communément « aile Monkoto » va installer son siège à Kinshasa. En juillet 2025, les petits enfants du prophète restés à Kinshasa avaient décidé de se rendre à Nkamba, au Kongo Central, pour faire la paix avec leur frère, Simon Kimbangu Kiangani. Au cours d’une conférence de presse tenue, le 25 juillet 2025 à Kinshasa, le trio des lignées de Charles Kisolokele et Joseph Diangienda avaient annoncé leur voyage vers Nkamba pour sceller cette réconciliation, 23 ans après la brouille. Ils disaient répondre à l’appel à l’unité lancé par leur frère Simon Kimbangu Kiangani depuis le 8 juillet 2024.

Depuis 2001, les brouilles avaient commencé au sein de l’Eglise Kimbanguiste. Cette division se manifeste par l’existence de deux factions principales, qui ont des visions différentes sur la gouvernance et la direction de l’Eglise. Cette séparation a commencé après la mort de Joseph Diangienda, le fils de Simon Kimbangu, en 1992, et s’est intensifiée après le décès de Salomon Dialungana, le dernier fils survivant du prophète, en 2001. Ce qui a consacré officiellement le schisme en 2002.

Dans une époque où les figures historiques sont souvent réinterrogées, Simon Kimbangu demeure une référence incontournable. À la croisée de la foi et de la lutte politique, il rappelle que la quête de liberté en Afrique s’est aussi écrite dans les consciences et les croyances, bien avant de se concrétiser sur le terrain politique. Pour ses fidèles, Simon Kimbangu s’est sacrifié pour libérer les Congolais des autorités coloniales belges. Véritable figure de résistance, son combat est vu comme un éveil de la conscience africaine.

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Assainissement de Kinshasa : les défis qui attendent le général Kasongo Kabwik à la tête de la Task Force

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Face à la persistance de l’insalubrité dans la capitale congolaise, le président de la République, Félix Tshisekedi, a mis en place une Task Force spéciale pour accélérer les opérations de salubrité publique. Celle-ci sera coordonnée par le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, commandant du Service national, avec l’appui d’experts du gouvernement central et de l’Hôtel de Ville de Kinshasa. Après les résultats palpables obtenus à la tête du Service national, l’un des officiers les plus sollicités par le chef de l’État devra faire face à une montagne de défis. Heshima Magazine revient sur quelques-uns d’entre eux.

Sept ans après son arrivée au pouvoir, Félix Tshisekedi s’est montré particulièrement remonté face au statu quo qui prévaut à Kinshasa en matière d’insalubrité et d’embouteillages. Le samedi 23 mai, lors d’une tournée d’inspection de plusieurs chantiers dans la capitale, il n’a pas caché sa colère devant le même constat d’insalubrité. À l’étape du Marché central de Kinshasa, communément appelé « Zando », où il a pu mesurer l’ampleur des défis liés à l’assainissement et à l’état des espaces publics, le président de la République n’a pas mâché ses mots : « Toutes ces routes que l’on a réhabilitées devraient-elles rester dans cet état ? Gare à vous si je retrouve encore la même saleté que j’ai vue hier ! », s’est-il emporté en s’adressant au ministre provincial des Infrastructures, Alain Tshilungu.

Une semaine plus tard, la décision est tombée : la salubrité de la ville a été confiée à une Task Force placée sous l’autorité de la Présidence de la République et coordonnée par le général Jean-Pierre Kasongo Kabwik. L’annonce officielle de cette décision est intervenue le vendredi 29 mai, à l’issue du Conseil des ministres. À travers cette nomination stratégique, les autorités entendent impulser une nouvelle dynamique dans la gestion de la salubrité urbaine.

Une Task Force pluridisciplinaire sera prochainement déployée dans les quatre districts de Kinshasa. Placée sous l’autorité directe du président Tshisekedi et pilotée par le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, cette structure réunira des experts issus de plusieurs ministères, notamment ceux de l’Intérieur, de la Défense, de l’Urbanisme, de la Santé publique, de l’Environnement ainsi que des Infrastructures et Travaux publics, en collaboration avec l’Hôtel de Ville.

Le nouveau comité d’assainissement aura pour mission de coordonner toutes les opérations de nettoyage. Il veillera à la réhabilitation des espaces publics dégradés ainsi qu’à l’évacuation efficace des déchets. Par ailleurs, un accent particulier sera mis sur la sensibilisation de la population au respect des règles d’hygiène et de salubrité. À travers cette approche intégrée, les autorités entendent restaurer durablement la propreté et l’ordre urbain dans la capitale.

Des défis urbains massifs

Le général Kasongo hérite d’une situation fortement dégradée : accumulation de déchets, caniveaux obstrués, occupation anarchique de l’espace public dans plusieurs communes et embouteillages monstres. Face à ces défis, le lieutenant-général devra privilégier des solutions structurelles. Pourtant, dans sa qualité de coordonnateur de la Task Force, il aura toujours besoin de l’appui des autorités disposant du pouvoir de décision, notamment le gouvernement provincial. Connaissant sa détermination à mener à bien les missions qui lui sont confiées, comme il l’a démontré à la tête du Service national, le coordonnateur de la Task Force pourrait être amené à empiéter sur certaines compétences traditionnellement dévolues à la ville. Mais un analyste de la question voit les choses autrement : « Le général Kasongo Kabwik agira au nom d’une institution supérieure à la ville. Il interviendra au nom et pour le compte de la Présidence de la République, institution dont relève le Service national », explique-t-il.

Les écueils à surmonter

Kinshasa compte environ 17 millions d’habitants et souffre depuis des années d’un système de gestion des déchets défaillant. L’expérience du Service national, centrée sur des centres pilotes et la polyvalence de la main-d’œuvre, devra être adaptée à l’échelle de toute la ville. Un autre défi majeur réside dans la coordination interinstitutionnelle. La Task Force associe le gouvernement central et l’Hôtel de Ville. Sa réussite dépendra de la capacité du général à harmoniser l’action des différents services urbains, souvent confrontés à un manque de moyens et de coordination.

Moyens financiers et adhésion de la population

Dans le domaine de l’assainissement comme dans celui de l’encadrement des Kuluna, la communication est cruciale. Bien qu’il soit rompu à cet exercice, le général aura besoin d’être accompagné par une stratégie de communication adaptée à ses nouvelles responsabilités. Une mauvaise perception des opérations de nettoyage ou des éventuelles mesures de déguerpissement pourrait susciter des résistances au sein de la population. Les moyens logistiques et financiers devront également suivre afin de faciliter cette tâche titanesque dans une ville qui n’a plus bénéficié d’une véritable politique structurée de salubrité depuis la fin, en 2015, du Programme d’assainissement et de réhabilitation de la ville de Kinshasa (PARAU), mis en œuvre avec l’appui de l’Union européenne sous le gouvernorat d’André Kimbuta.

Un profil qui rassure

Nommé général-major en juillet 2020, Jean-Pierre Kasongo Kabwik dirige le Service national depuis juillet 2018. Il est reconnu pour avoir transformé de nombreux délinquants juvéniles, communément appelés « Kuluna », en véritables « bâtisseurs de la République » au centre pilote de Kaniama Kasese. Le président Tshisekedi avait d’ailleurs salué publiquement ce travail en février 2022, soulignant que ces jeunes produisent aujourd’hui du maïs, des bancs scolaires et d’autres biens utiles à la nation.

A lire aussi : https://heshimardc.net/v1/2022/05/09/comprendre-le-service-national-entretien-exclusif-de-jp-kasongo-kabwik/  

À son arrivée à la tête du Service national, il avait relancé les activités avec des moyens limités, allant jusqu’à récupérer les pièces de trois tracteurs en panne afin d’en remettre un en état de fonctionnement. Il a également piloté le transfert de Kuluna vers Kaniama Kasese, une opération qui avait suscité des critiques de la part du ministre des Droits humains en 2021. Jean-Pierre Kasongo avait alors défendu cette initiative en mettant en avant les conditions d’encadrement des jeunes, leur alimentation, leur formation ainsi que leurs activités sportives.

Cette expérience démontre que le Service national est parti de presque rien en 2018 pour devenir un outil opérationnel reconnu. Toutefois, l’assainissement de Kinshasa représente un défi d’une tout autre ampleur. La Task Force devra mobiliser des engins adaptés, du personnel qualifié et un financement durable, au-delà de l’effet d’annonce.

La nomination de Jean-Pierre Kasongo traduit la volonté des autorités de donner une nouvelle impulsion à la lutte contre l’insalubrité, l’un des principaux défis urbains de Kinshasa. La réussite de cette opération reposera sur l’implication conjointe des institutions et de la population. À ce niveau, l’engagement citoyen demeure un levier essentiel pour garantir des résultats durables. Pour l’heure, les habitants attendent un calendrier d’actions précis ainsi que des moyens concrets capables de produire des changements visibles sur le terrain. Reste à savoir si le modèle de Kaniama Kasese pourra être transposé avec succès à l’échelle d’une mégapole aussi complexe que Kinshasa.

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Kinshasa Kia Mona : le pari fou d’une nouvelle ville pour désengorger la capitale congolaise

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Face à l’explosion démographique et aux embouteillages chroniques qui étouffent Kinshasa, les autorités congolaises ont lancé, depuis décembre 2025, « Kinshasa Kia Mona », un gigantesque projet d’extension urbaine à l’est de la capitale. Que sait-on réellement de ce mégaprojet inédit depuis l’indépendance ? Combien pourrait-il coûter à la République ? Tentative d’explication.

Kinshasa rêve plus grand. Beaucoup plus grand qu’on ne pouvait l’imaginer. Avec près de vingt millions d’habitants et une urbanisation galopante, la capitale congolaise suffoque sous le poids de sa propre croissance démographique. Embouteillages monstres, insuffisance des infrastructures, pénurie de logements et extension anarchique des quartiers périphériques illustrent les défis quotidiens auxquels sont confrontés les Kinois. Pour répondre à cette pression devenue difficilement maîtrisable, le gouvernement congolais a officiellement lancé le projet « Kinshasa Kia Mona », une nouvelle ville appelée à transformer durablement le paysage urbain de la mégapole.

Pourtant, au départ, le projet peinait à convaincre. Beaucoup d’initiatives similaires annoncées par le passé n’ont jamais véritablement vu le jour. C’est notamment le cas de Fatshi City, dévoilé en 2021. Porté par la société privée Bitec Consulting, ce projet ambitionnait de construire des cités modernes et connectées sur des sites militaires à Kinshasa et dans certaines provinces. Bien qu’approuvé par le président de la République, ce programme reste, à ce jour, largement inachevé.

Kinshasa Kia Mona, un projet à plus de 50 milliards USD

Cette fois, les autorités assurent vouloir passer à la vitesse supérieure. Kinshasa Kia Mona a été officiellement lancé en décembre 2025 par le président Félix Tshisekedi dans la commune de Maluku, à environ 45 kilomètres du centre-ville de Kinshasa. Estimé à plus de 50 milliards de dollars américains, le projet s’étendra sur près de 43 000 hectares. Il prévoit la construction de quartiers résidentiels modernes, de zones industrielles, d’infrastructures hospitalières, d’universités, de centres commerciaux ainsi que de vastes espaces verts.

Le site principal est situé à Menkao, dans la commune de Maluku. Le gouvernement congolais a également décidé d’intégrer une partie du groupement de Kingakati, près du parc de la Vallée de la N’sele, dans cette future ville.

À terme, Kinshasa Kia Mona pourrait accueillir jusqu’à cinq millions d’habitants. Son modèle de financement repose sur plusieurs mécanismes : partenariats public-privé (PPP), prêts bancaires, financements des banques de développement, modèles BOT (Build-Operate-Transfer), garanties foncières, levées de fonds et subventions publiques.

Au cœur du projet figure un vaste pôle industriel multisectoriel structuré autour de huit parcs spécialisés, allant des hautes technologies aux industries pharmaceutiques, en passant par la transformation agroalimentaire et l’économie circulaire.

Plus de 225 000 emplois annoncés

Selon les autorités congolaises, Kinshasa Kia Mona ambitionne également de devenir un puissant moteur économique. La première phase du projet prévoit notamment la construction d’une cité industrielle capable d’abriter jusqu’à 160 usines dès les premières années. À terme, plus de 225 000 emplois directs et indirects pourraient être créés, dont environ 30 000 dès la première phase du chantier. Les autorités présentent ce projet comme une réponse durable aux défis de l’urbanisation, mais aussi comme un symbole de modernisation et d’industrialisation de la RDC.

Cependant, plusieurs observateurs restent prudents. Certains experts s’interrogent sur la capacité réelle de l’État à financer durablement un projet aussi colossal dans un contexte marqué par les difficultés d’accès aux services de base dans plusieurs communes de Kinshasa. D’autres estiment que le succès de cette nouvelle ville dépendra surtout de la qualité des infrastructures routières, de l’accès à l’eau et à l’électricité, mais également de la transparence dans la gouvernance du projet.

Des entreprises chinoises privilégiées ?

La première pierre de la cité industrielle, portée par un consortium d’entreprises chinoises, a été posée en décembre 2025. Cette zone constitue la première phase de la gigantesque nouvelle ville.

Selon plusieurs sources, seuls 15 à 20 % des espaces industriels seraient ouverts à des investisseurs non chinois. Les projections sino-congolaises évoquent l’implantation de près d’un millier d’usines dans les cinq prochaines années.

Toutefois, les autorités congolaises assurent vouloir diversifier les partenaires. L’ancien ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, Alexis Gisaro Muvunyi, avait notamment précisé : « La Chine est peut-être entrée en premier dans la cité industrielle, mais cela ne représente qu’une petite partie des espaces à développer. Il y a de la place pour tout le monde. »

Dans cette logique, le coordinateur du projet, Thierry Katembwe, a multiplié les missions à l’étranger, notamment à Paris, à l’invitation du Medef. Selon plusieurs médias internationaux, ces démarches ont déjà permis la signature d’accords avec Dassault Systèmes, tandis que Bpifrance participe également au financement du projet. « Le projet n’est absolument pas uniquement chinois », a insisté Thierry Katembwe, évoquant également l’intérêt d’investisseurs américains, sud-africains, canadiens et congolais.

Un défi colossal

Derrière les ambitions affichées, le défi reste immense. Pour plusieurs urbanistes, la réussite de Kinshasa Kia Mona dépendra avant tout de la capacité des autorités à garantir la viabilité des infrastructures, la transparence des financements et l’accessibilité des logements pour les populations kinoises. Car Kinshasa traîne déjà une longue histoire de projets urbains ambitieux restés inachevés ou freinés par des difficultés de gouvernance.

Si cette nouvelle ville pourrait offrir un second souffle à une capitale saturée, un autre défi majeur demeure : celui du coût des logements. Leur accessibilité déterminera en grande partie la capacité réelle du projet à désengorger l’ancien centre-ville.

Avec Kinshasa Kia Mona, la RDC veut tourner une page et offrir à sa capitale un nouveau visage. Entre rêve futuriste et immense défi de réalisation, cette ville nouvelle pourrait devenir soit le symbole de la modernisation congolaise, soit rejoindre la longue liste des grands projets africains confrontés aux réalités du terrain. Une chose est sûre : à Kinshasa, l’avenir semble désormais se construire vers l’est.

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Préparation chamboulée, supporters bloqués en RDC : quand Ebola perturbe le rêve mondialiste des Léopards

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À quelques semaines de la Coupe du monde 2026, la résurgence du virus Ebola en République démocratique du Congo (RDC) bouleverse la préparation des Léopards. Entre restrictions sanitaires, stages annulés, refus de visas aux supporters congolais vivant au pays et inquiétudes internationales, la sélection congolaise voit son parcours vers le Mondial fragilisé par une nouvelle crise sanitaire.

La République démocratique du Congo vit une situation paradoxale. Alors que le pays célèbre sa qualification historique à la Coupe du monde 2026, une résurgence du virus Ebola menace aujourd’hui de perturber l’aventure des Léopards sur la scène internationale. Depuis plusieurs semaines, les autorités sanitaires congolaises et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) alertent sur une flambée inquiétante de la souche Bundibugyo du virus Ebola dans l’est du pays. Selon l’OMS, la propagation de l’épidémie est désormais jugée « très élevée » au niveau national.

Jusqu’au 25 mai, 101 cas avaient été confirmés, dont 10 décès, en RDC, avec comme épicentre la zone de santé de Mongbwalu, dans le territoire de Djugu, en Ituri, au nord-est du pays. « Mais nous savons que l’épidémie en RDC est bien plus vaste. Il y a désormais plus de 900 cas suspects et 220 décès suspects », a précisé Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS.

Une épidémie qui perturbe le rêve mondialiste des Léopards

Face à cette situation, les conséquences dépassent désormais le seul cadre sanitaire. Le football congolais, en pleine euphorie après sa qualification au Mondial, se retrouve directement affecté.

Les États-Unis ont imposé une période d’isolement aux joueurs avant leur entrée sur le sol américain. Une mesure qui suscite la polémique, d’autant plus que la totalité des joueurs convoqués par le sélectionneur Sébastien Desabre ne vivent pas en RDC. Leur dernier séjour au pays remonte au début du mois d’avril à Kinshasa, loin de l’épicentre actuel de l’épidémie, et avant même la déclaration officielle de la maladie, intervenue le 15 mai.

Malgré cela, les joueurs se conforment déjà au protocole sanitaire mis en place. Deux bulles sanitaires ont été organisées en Belgique. La première regroupe les joueurs et une partie du staff technique déjà présents en Europe. La seconde concerne les membres du staff arrivés de Kinshasa, notamment les entraîneurs adjoints ainsi que Dodo Landu, team manager de l’équipe nationale.

Stage de préparation annulé à Kinshasa

La Fédération congolaise de football (FECOFA) a dû annuler le stage de préparation prévu à Kinshasa, ainsi qu’une cérémonie officielle d’adieux aux supporters et de décoration des Léopards programmée le 26 mai dernier.

Les activités prévues dans la capitale, notamment une conférence de presse du sélectionneur Sébastien Desabre et une rencontre avec les supporters, ont été suspendues pour des raisons sanitaires. Les Léopards ont ainsi été contraints de délocaliser leur préparation en Belgique afin d’éviter d’éventuelles restrictions de voyage imposées par les autorités américaines.

Des supporters vivant au pays privés du Mondial

Les États-Unis, pays hôte du Mondial avec le Canada et le Mexique, ont renforcé les mesures de contrôle pour les voyageurs en provenance de la RDC, de l’Ouganda et du Soudan du Sud. Washington a notamment imposé une période d’isolement de 21 jours pour certaines personnes ayant séjourné dans les zones concernées. Or, les Léopards sont également portés par des supporters infatigables venus du pays. Plusieurs groupes de soutien aux fauves congolais ne pourront finalement pas se rendre à la Coupe du monde.

Le gouvernement congolais tente actuellement un difficile rattrapage diplomatique en vue du deuxième match des Léopards prévu à Guadalajara, au Mexique. Mais il sera compliqué pour les autorités mexicaines d’accorder des visas aux supporters congolais dans le contexte sanitaire actuel. Le supporter congolais Michel Kuka Mboladinga dit « Lumumba Vea », devenu célèbre lors de la CAN 2025 pour son hommage à Patrice Emery Lumumba, avait déjà manqué la finale des barrages intercontinentaux contre la Jamaïque, au Mexique, en raison d’un problème de visa.

Reste à savoir si ce dernier pourra bénéficier d’une exception cette fois-ci, malgré les restrictions prises par les États-Unis, le Canada et probablement le Mexique.

En RDC, des supporters entre fierté et inquiétude

Même si aucun scénario d’exclusion de la RDC du tournoi n’a été officiellement évoqué par la FIFA, l’inquiétude grandit autour de l’impact de cette crise sanitaire sur la participation congolaise. À Kinshasa, de nombreux supporters oscillent entre fierté de voir la RDC participer à sa première Coupe du monde moderne et inquiétude face à un virus qui menace de perturber ce rêve mondialiste. « Nous sommes déjà très fiers de notre qualification. Nous aurions dû vivre cette phase finale comme une fête. Mais malheureusement, les joueurs seront privés de la majorité de leurs supporters restés au pays. Le gouvernement devrait trouver un moyen de mobiliser les Congolais de la diaspora pour remplir les tribunes de Houston, aux États-Unis, lors du match RDC-Portugal », a déclaré Marcus Kitoto, un supporter rencontré à Kinshasa.

La FIFA affirme suivre la situation de près en collaboration avec les autorités sanitaires internationales et la FECOFA. Une possibilité de remboursement des billets est déjà évoquée pour certains Congolais qui s’étaient déjà procuré le précieux sésame.

Au-delà du football, cette crise sanitaire rappelle une réalité plus profonde : en RDC, les grandes ambitions nationales restent souvent confrontées à des défis sanitaires, sécuritaires et sociaux majeurs. Et à l’approche du Mondial 2026, les Léopards devront désormais livrer un double combat : celui du terrain et celui contre une épidémie qui menace de ternir le rêve de toute une nation.

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