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RDC : De Kasa-Vubu à Tshisekedi, l’éternel pari de l’union nationale
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La redaction
Depuis son indépendance en 1960, la République démocratique du Congo (RDC) a fréquemment eu recours à des gouvernements d’union nationale, de salut public ou de transition pour tenter de surmonter ses crises les plus profondes : sécessions, rébellions armées, effondrements économiques, et pressions internationales. Ces coalitions, qui réunissent pouvoir et opposition, apparaissent comme des solutions désespérées pour restaurer la stabilité dans un État rongé par des fractures ethniques, politiques et sociales. Mais ces gouvernements, souvent perçus comme des remèdes miracles, ont-ils réellement répondu aux attentes ? À travers une rétrospective des expériences passées, Heshima Magazine, inspiré par les récentes annonces du président de la RDC Félix-Antoine Tshisekedi et les consultations de Kolongele, explore cette pratique quasi rituelle, ses origines, ses dynamiques, ses succès et ses échecs, pour interroger sa pertinence et son efficacité aujourd’hui.
Le gouvernement de réconciliation nationale de Cyrille Adoula (1961-1964)
L’indépendance, célébrée avec enthousiasme le 30 juin 1960, fut rapidement éclipsée par une crise majeure. Moins d’une semaine après, le 5 juillet 1960, la mutinerie de la Force Publique à Léopoldville (actuelle Kinshasa) marqua le début d’un chaos qui allait paralyser le pays. Frustrés par la persistance du commandement belge et par leurs conditions de service, les soldats se lancèrent dans des violences aveugles : pillages, agressions et exactions contre les civils. Cette révolte provoqua une fuite massive de près de 100 000 Européens. Le 10 juillet, la Belgique envoya ses troupes à Léopoldville pour « protéger ses ressortissants », une intervention perçue comme une atteinte directe à la souveraineté du pays.
Dans un contexte de désordre total, le Premier ministre Patrice Lumumba tenta de reprendre les rênes du pouvoir. Toutefois, son gouvernement se fragilisa rapidement en raison des tensions internes, d’une administration désorganisée et d’un paysage politique fracturé. La situation se détériora davantage lorsqu’en juillet, Moïse Tshombe, leader du parti Conakat, proclama l’indépendance du Katanga, une province riche en ressources naturelles stratégiques, soutenue en sous-main par la Belgique et des entreprises minières. Moins d’un mois plus tard, Albert Kalonji, chef du MNC-Kalonji, revendiqua l’autonomie du Sud-Kasaï, une région diamantifère, accentuant ainsi la fragmentation du pays.
Ces sécessions, encouragées par les puissances étrangères, plongèrent le pays dans un tourbillon de violence et de confusion. Le gouvernement central, déjà affaibli, se retrouva confronté à l’ingérence internationale, notamment de la part des États-Unis, de la Belgique et de la France, qui soutenaient discrètement les mouvements séparatistes. En désespoir de cause, Lumumba, après avoir sollicité l’intervention des Nations Unies, se tourna vers l’Union Soviétique, ce qui attisa la méfiance des puissances occidentales et précipita la guerre froide sur le sol congolais.
Le 5 septembre 1960, un autre tournant survint lorsque le président Joseph Kasa-Vubu révoqua Patrice Lumumba, l’accusant de dérives autoritaires et de liens dangereux avec l’URSS. Lumumba, fidèle à sa ligne politique, refusa cette révocation, et la confrontation institutionnelle plongea le pays dans une paralysie totale. C’est dans ce contexte de chaos qu’intervint Joseph-Désiré Mobutu, alors chef d’état-major, qui mit fin au statu quo en suspendant toutes les institutions et en instaurant un gouvernement de technocrates, une décision qui marqua le début de sa longue emprise sur le pays.
La fin tragique de Patrice Lumumba, assassiné en janvier 1961 après avoir été capturé lors d’une tentative de fuite vers Stanleyville, mit un terme brutal à l’unité nationale naissante et plongea le pays dans une nouvelle spirale de violences. Sa mort, orchestrée avec la complicité de puissances étrangères, choqua l’opinion internationale et radicalisa davantage ses partisans, jetant ainsi les bases des luttes qui marqueront l’histoire politique du Congo pendant des décennies.
Cet épisode complexe et douloureux de l’histoire de la RDC soulève une question cruciale : les gouvernements d’union nationale, censés être des solutions temporaires aux crises profondes, ont-ils réellement permis de rétablir l’ordre et de promouvoir une véritable réconciliation nationale ? Si leur objectif était de restaurer l’unité, force est de constater que leur mise en œuvre a souvent exacerbé les tensions internes et accentué les divisions du pays. L’expérience du gouvernement de Cyrille Adoula, comme tant d’autres avant et après lui, témoigne des défis considérables auxquels la RDC a dû faire face pour trouver un équilibre politique stable dans un contexte national et international complexe.
En février 1961, Antoine Gizenga, ancien vice-Premier ministre et fidèle de Patrice Lumumba, établit à Stanleyville (actuelle Kisangani) un gouvernement parallèle, proclamant la légitimité de la « République populaire du Congo ». Soutenu activement par l’URSS, qui lui fournit armes, fonds et soutien politique, ce bastion lumumbiste devient rapidement le centre de résistance au pouvoir central, accusé par ses partisans de complicité dans l’assassinat de Lumumba. À partir de Stanleyville, Gizenga parvient à mobiliser un réseau de partisans, notamment dans l’Est et le Kwilu, et obtient même la reconnaissance diplomatique de plusieurs pays socialistes.
À Kinshasa, dirigée désormais par des figures modérées sous la férule de Mobutu, le gouvernement central est accusé de trahison, et de soumission aux intérêts des puissances occidentales, en particulier les États-Unis et la Belgique. Face à la menace de partition du pays, les Nations Unies et les puissances occidentales intensifient les pressions pour parvenir à un compromis politique. C’est dans ce climat de tension qu’un conclave national se réunit à l’université de Lovanium du 10 juillet au 2 août 1961, rassemblant près de 200 parlementaires issus de diverses tendances : lumumbistes, modérés, régionalistes et pro-occidentaux. Bien que Moïse Tshombe, le chef sécessionniste du Katanga, fasse défaut, les débats aboutissent à un fragile consensus autour d’une figure de compromis : Cyrille Adoula, syndicaliste modéré du Mouvement national congolais (MNC), qui est nommé Premier ministre le 2 août 1961 avec pour mission de réconcilier les camps rivaux et de restaurer l’unité du pays.
Adoula forme alors un gouvernement de réconciliation nationale, intégrant des figures lumumbistes pour apaiser les tensions internes. Ainsi, autour de lui, des personnalités comme Gizenga aux Affaires étrangères, Gbenye à l’Intérieur, Kamitatu au Plan et Sendwe aux Affaires politiques occupent des postes stratégiques. Soutenu par l’ONU et les États-Unis, Adoula se positionne comme l’option modérée face à l’avancée du communisme dans un Congo devenu le terrain de jeu des blocs de la guerre froide. Mais le pays qu’il hérite est profondément fracturé, en ruine institutionnelle et miné par des sécessions ainsi que des rivalités idéologiques.
Pourtant, malgré son inclusion dans ce gouvernement de réconciliation, Gizenga refuse de regagner la capitale. Marqué par l’assassinat brutal de Lumumba et convaincu que sa propre vie est en danger, il choisit de rester à Stanleyville, où il continue de diriger son gouvernement parallèle. Ce refus de rejoindre Léopoldville maintient une crise de double pouvoir, affaiblissant l’autorité du gouvernement central et compromettant sérieusement les efforts de réunification. Adoula, bien qu’animé par la volonté de dialogue, se heurte à la méfiance tenace de Gizenga, soutenu par l’URSS et reconnu diplomatiquement par plusieurs pays du bloc de l’Est.
La liquidation du Katanga, bastion sécessionniste dirigé par Moïse Tshombe et soutenu par des mercenaires européens, devient l’autre priorité du gouvernement d’Adoula. En novembre 1961, le Conseil de sécurité de l’ONU adopte la résolution 169, autorisant l’usage de la force pour rétablir l’unité du Congo. Les Casques bleus de l’ONUC lancent plusieurs opérations militaires, culminant avec l’opération Grandslam en décembre 1962. Après de violents affrontements, les forces katangaises sont écrasées, et Tshombe capitule le 15 janvier 1963, mettant fin à 28 mois de sécession.
Mais la consolidation du pouvoir central reste fragile. En janvier 1962, Antoine Gizenga, de plus en plus marginalisé après l’écrasement des forces qui lui étaient loyales, est arrêté à Stanleyville. Cette arrestation met fin à son gouvernement parallèle, mais aussi à son « ministère à distance », bien qu’il ait officiellement intégré le cabinet d’Adoula. Cette mise à l’écart marque aussi un tournant : la frustration croissante chez les anciens partisans de Lumumba devient palpable, annonçant des secousses politiques à venir.
Le Sud-Kasaï, dirigé par Albert Kalonji, s’effondre à son tour. Après de violents affrontements avec les troupes gouvernementales et un isolement croissant, Kalonji fuit vers le Katanga avant de se rendre en octobre 1962. Ces victoires militaires, soutenues par l’ONU, permettent à Adoula de proclamer la réunification nationale, un succès salué par la communauté internationale. Mais derrière cette apparente stabilisation, les fractures demeurent profondes.
En dépit de ces succès militaires, la réconciliation politique se révèle un échec. Le ministre Christophe Gbenye, confronté à des rivalités internes avec Victor Nendaka Bika, chef des services de renseignement, est limogé en septembre 1963. Humilié, il rejoint la rébellion Simba en 1964, un mouvement hétéroclite mêlant anciens lumumbistes, maoïstes et groupes armés hostiles au gouvernement central. Quant à Jason Sendwe, gouverneur du Katanga, il est assassiné en juin 1964, mettant fin à ses tentatives de pacification.
Ces ruptures marquent l’échec d’une réconciliation durable. Les frustrations accumulées par les partisans de Lumumba nourrissent de nouveaux foyers de rébellion, notamment la guérilla maoïste de Pierre Mulele dans le Kwilu et la rébellion Simba à l’est. Sur le plan intérieur, Adoula doit également faire face à une série de crises sociales et économiques : grèves récurrentes dans les centres urbains, tensions ethniques croissantes et effondrement économique. Les réformes qu’il tente d’impulser se heurtent à de multiples résistances, y compris au sein de son propre gouvernement, tandis que la population s’enfonce dans la précarité.
Affaibli par des luttes internes et dépassé par l’ampleur des défis, Adoula démissionne fin juin 1964 après presque trois ans de mandat. Il laisse derrière lui un pays apparu réuni, mais toujours profondément déchiré sur les plans politique et social. Ses efforts pour maintenir l’intégrité nationale par la force ne suffiront pas à effacer les fractures du pays. Les rébellions de 1964-1965, qui surviennent immédiatement après sa démission, témoignent de l’échec de sa politique de réconciliation et annoncent une nouvelle période de troubles, que seule l’ascension de Mobutu réussira à contenir temporairement.
Le Gouvernement d’Union Nationale d’Étienne Tshisekedi (1991)
En 1991, le Zaïre de Joseph Mobutu est au bord du gouffre. Après 26 ans de dictature, le pays est en proie à une crise multidimensionnelle qui touche tous les secteurs : hyperinflation, corruption institutionnalisée, effondrement des services publics et des infrastructures, ainsi qu’une misère généralisée qui engendre une colère populaire de plus en plus palpable. L’élite politique, obsédée par le maintien du pouvoir, continue de piller les ressources du pays tandis que l’État, de plus en plus dépendant de l’aide internationale, perd toute crédibilité. Les grèves, émeutes et pillages deviennent le quotidien des Congolais, qui se retrouvent dans un climat d’anxiété croissante.
La situation atteint son paroxysme en septembre 1991 lorsque l’armée, mal payée et abandonnée à son sort, se mutine à Kinshasa. Des soldats se livrent à des pillages d’une ampleur inédite, attaquant commerces, habitations et symboles de l’État. Des centaines de morts sont à déplorer, et la capitale, Kinshasa, échappe au contrôle de Mobutu. Cette rébellion reflète un pays en pleine déliquescence, où même le pouvoir militaire ne parvient plus à maintenir l’ordre.
Sur le plan politique, la pression monte également. En 1990, contraint par les bailleurs de fonds et par les mobilisations internes, Mobutu annonce un retour au multipartisme, espérant ainsi apaiser les tensions. Cependant, cette ouverture tardive a l’effet inverse : elle galvanise l’opposition, qui s’organise rapidement autour de l’Union Sacrée de l’Opposition Radicale (USOR), une coalition regroupant plus de 130 partis politiques. À sa tête, Étienne Tshisekedi, leader charismatique du mouvement de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), émerge comme la figure centrale de cette opposition, armé d’une légitimité populaire acquise au fil de ses années de résistance contre Mobutu.
La Conférence Nationale Souveraine (CNS), convoquée en août 1991, devient le centre de la lutte pour la transition démocratique. Elle réunit plus de 2 800 délégués issus de la société civile, des partis politiques et de l’administration, et se donne pour mission de discuter de la refondation de l’État et de préparer la transition vers un gouvernement démocratique. Mais les travaux sont régulièrement perturbés par les manœuvres du régime et les violences sur le terrain, illustrant un pays plongé dans une guerre larvée entre un pouvoir autocratique et une opposition déterminée.
Le 29 septembre 1991, sous la pression combinée de la CNS, de la rue et des puissances occidentales, Mobutu finit par céder. Il nomme Étienne Tshisekedi Premier ministre, un geste aussi symbolique qu’inattendu, perçu comme une tentative de calmer la situation aussi bien au niveau national qu’international. Pour la première fois depuis l’indépendance, un membre de l’opposition accède légalement au pouvoir exécutif.
Tshisekedi forme un gouvernement d’union nationale, en s’appuyant principalement sur les cadres de l’USOR. Il inclut des figures importantes telles que Frédéric Kibassa Maliba, un vétéran de l’UDPS, et Jean Nguza Karl-i-Bond, un opposant chevronné à la tête de l’Union des Fédéralistes et des Républicains Indépendants (UFERI). Des technocrates et des anciens fonctionnaires viennent compléter ce gouvernement qui se veut de rupture. L’objectif est de redonner une légitimité au pouvoir central, apaiser les tensions sociales, réorganiser l’administration, et poser les bases d’élections crédibles. Tshisekedi, dans son discours, annonce la mise en place de mesures d’assainissement financier et de lutte contre la corruption, espérant initier un changement radical dans un pays exsangue.
Cependant, Mobutu, fidèle à sa stratégie d’usure, ne lâche pas le contrôle. Dès la prise de fonctions de Tshisekedi, il sabote l’action du nouveau gouvernement. Les ministères clés — Défense, Finances, Affaires étrangères — restent sous le contrôle de fidèles du président. Les comptes publics restent inaccessibles, l’armée demeure sous l’autorité de Mobutu, et toute tentative de réforme se heurte à une administration verrouillée. Les mesures annoncées par Tshisekedi, bien que symboliques, n’ont que peu d’impact, faute de leviers concrets.
Le 1er novembre 1991, à peine un mois après sa nomination, Tshisekedi est brutalement démis de ses fonctions. Mobutu invoque des désaccords sur la répartition des pouvoirs pour justifier ce limogeage, mais la décision est perçue par une large partie de la population comme un coup de force. L’indignation est générale, et des manifestations éclatent dans les grandes villes, violemment réprimées. L’armée, laissée à elle-même, tire sur les civils. Le chaos s’installe dans un pays déjà au bord de l’effondrement.
L’expérience Tshisekedi, bien que brève, fut porteuse d’une forte espérance pour beaucoup de Congolais. Elle aurait pu marquer un tournant dans l’histoire politique du Zaïre, mais elle s’effondre face à un régime qui refuse toute véritable transition. Ce premier gouvernement d’union nationale, bien qu’ambitieux et soutenu par une large légitimité populaire, échoue non par manque de volonté, mais en raison de la résistance farouche d’un pouvoir qui ne se plie pas aux exigences du changement. Le système, verrouillé depuis des décennies, ne permet pas de véritable partage du pouvoir.
Le Gouvernement de Transition d’Étienne Tshisekedi issu de la Conférence Nationale Souveraine (1992-1993)
À la fin des années 1980, le Zaïre, sous le régime de Mobutu Sese Seko, est un État en déliquescence. Le parti unique, le MPR (Mouvement populaire de la révolution), qui régente le pays depuis 1967, perd peu à peu sa légitimité. La fin de la guerre froide et la vague démocratique qui déferle sur le continent mettent le régime sous pression, à la fois du côté de la société civile et des puissances internationales. La condition pour toute aide économique des institutions de Bretton Woods est désormais la mise en place de réformes politiques. Mobutu, dans l’impasse, accepte alors de convoquer la Conférence nationale souveraine (CNS), censée être le vecteur d’une transition démocratique.
L’ouverture de la CNS, en août 1991, marque le début d’un long processus de réorganisation des institutions zaïroises. Sous la présidence de Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, une figure consensuelle de la société civile, plus de 2 800 délégués issus des partis politiques, syndicats, ONG, confessions religieuses et autres acteurs de la société civile se rassemblent pour discuter de la refondation du pays. Mais rapidement, les travaux sont perturbés par les manœuvres du régime, qui tente d’influencer les débats, et les tensions internes au sein de la conférence. Néanmoins, sous la pression populaire et internationale, la CNS parvient à s’imposer, devenant un symbole d’espoir pour une majorité de Congolais.
Le 15 août 1992, un événement majeur se produit : Étienne Tshisekedi, leader de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), est élu Premier ministre de transition par un vote des délégués de la CNS. C’est une première historique dans un pays où le chef du gouvernement est traditionnellement nommé par le président. Pour Mobutu, acculé, il n’a d’autre choix que d’accepter cette nomination sous la pression de la rue, de l’Église catholique et des chancelleries occidentales. Mais cette acceptation ne sera que de façade : Mobutu ne compte pas céder le pouvoir.
Dès sa nomination, Tshisekedi, fort d’une large légitimité populaire, tente de reprendre les rênes du pouvoir. Il met en place un gouvernement de transition composé des membres de l’Union sacrée de l’opposition radicale (USOR), avec l’UDPS comme pivot. Il y inclut également des figures modérées pour donner au gouvernement une légitimité nationale. Mais très rapidement, les obstacles apparaissent. Mobutu n’a pas l’intention de faciliter la tâche de son Premier ministre. Les structures de l’État, toujours dominées par ses proches, sont hostiles aux réformes proposées par Tshisekedi.
Le gouvernement de Tshisekedi, bien que soutenu par la population, se heurte dès les premières semaines à des résistances de plus en plus fortes. L’un des premiers affrontements survient avec la Banque centrale. Tshisekedi limoge son gouverneur, un proche de Mobutu, mais des unités militaires fidèles au président encerclent immédiatement l’institution bancaire pour en empêcher le fonctionnement. L’administration est paralysée, les ministres de Tshisekedi n’ont pas accès aux dossiers ni aux ressources nécessaires pour gouverner. Le pays se trouve alors dans une situation de blocage, avec un pouvoir exécutif qui n’a ni le contrôle de l’armée, ni des leviers économiques.
En novembre 1992, la CNS adopte une nouvelle Constitution, instaurée sur le modèle parlementaire. Le rôle du président devient essentiellement protocolaire, tandis que le Premier ministre détient le pouvoir exécutif. Cette réforme constitue une humiliation pour Mobutu, qui rejette la Constitution et la considère comme une tentative de le « détrôner sans guerre ». Le rapport de forces se durcit davantage, et le 22 décembre 1992, Mobutu franchit un nouveau seuil en dissolvant unilatéralement le gouvernement Tshisekedi et en nommant un gouvernement parallèle dirigé par Faustin Birindwa, un dissident de l’opposition. Le pays entre alors dans une phase de double pouvoir.
Le gouvernement Tshisekedi, désormais coupé des moyens de l’État, se retrouve dans une situation de quasi-impuissance. Sans armée, sans trésor public, et avec une administration inefficace, il n’est plus qu’une coquille vide, soutenue uniquement par le peuple. Les manifestations de soutien à Tshisekedi sont violemment réprimées par les forces loyalistes à Mobutu, et les militants de l’opposition sont arrêtés. Les radios indépendantes sont muselées, et la pression extérieure augmente. Les bailleurs de fonds, d’abord enthousiastes à l’idée d’une transition démocratique, commencent à douter de la viabilité du processus, suspendant leur aide et espérant un compromis qui ne vient pas.
Après sept mois de lutte stérile, Tshisekedi quitte ses fonctions le 18 mars 1993. Cette démission, bien qu’une défaite politique, est perçue par beaucoup comme un acte de résistance face à l’intransigeance du régime. Il refuse de collaborer avec le gouvernement parallèle mis en place par Mobutu. La CNS, quant à elle, perd peu à peu sa légitimité et sombre dans l’oubli, rongée par les divisions internes et l’incapacité à mettre en place un véritable processus de transition.
Malgré l’échec de son mandat, Étienne Tshisekedi sort renforcé sur le plan symbolique. Il devient le porte-drapeau d’une opposition intransigeante mais non violente, incarnant l’espoir d’un changement pacifique mais difficilement réalisable dans un contexte de verrouillage total du pouvoir. Son passage éclair à la tête du gouvernement de transition révèle les limites d’une réforme menée sans les moyens nécessaires, sans contrôle de l’armée, et face à un président prêt à tout pour conserver son pouvoir.
Le Gouvernement de Salut Public de Faustin Birindwa (1993-1994)
En mars 1993, le Zaïre, déjà exsangue après des années de dictature sous Mobutu Sese Seko, atteint un point de rupture. La fin du soutien occidental, consécutive à la déstabilisation géopolitique de la fin de la Guerre froide, prive le régime de ses dernières ressources financières. Après l’échec retentissant du gouvernement d’Étienne Tshisekedi, désavoué par une opposition divisée et un président omnipotent, Mobutu organise, du 9 au 17 mars, un conclave politique visant à réorganiser le pouvoir. Cette rencontre, dominée par les fidèles du président et boycottée par l’Union sacrée de l’opposition radicale (USOR) et le Haut Conseil de la République (HCR), aboutit à la nomination de Faustin Birindwa, dissident de l’UDPS, comme Premier ministre. Bien que présentée comme une ouverture, cette nomination s’inscrit en réalité dans une stratégie de fragmentation de l’opposition et de consolidation du pouvoir présidentiel.
Birindwa prend ainsi la tête d’un gouvernement de salut public, composé en grande majorité de loyalistes du régime. La nomination de figures comme Jean Nguza Karl-i-Bond, un ancien opposant rallié à Mobutu, au poste de vice-Premier ministre et ministre de la Défense, renforce la mainmise du président sur l’appareil sécuritaire, pièce maîtresse du pouvoir. L’absence d’opposants de poids dans le gouvernement, à l’exception de Birindwa lui-même, le prive de toute légitimité aux yeux de l’USOR et des chancelleries occidentales. Ces dernières, toujours fidèles à leur reconnaissance de Tshisekedi comme Premier ministre légitime, tournent désormais le dos à ce gouvernement de façade, qu’elles considèrent comme un simple instrument dans la stratégie de temporisation de Mobutu.
La mission confiée à Birindwa est claire : rétablir un semblant d’ordre et surtout préserver l’hégémonie de Mobutu face à une opposition de plus en plus audacieuse. En octobre 1993, le gouvernement tente de résoudre la crise économique en lançant une réforme monétaire ambitieuse, le « Nouveau Zaïre ». Ce projet, consistant à changer de monnaie à un taux de conversion astronomique (3 millions de vieux zaïres pour une nouvelle unité), est censé stabiliser l’économie et juguler l’hyperinflation. Cependant, le « Nouveau Zaïre » s’effondre rapidement : de 2,67 zaïres par dollar, la monnaie dégringole à 36,67 zaïres en décembre, ce qui accentue encore la défiance des Zaïrois et exacerbe la crise économique.
Dans le même temps, la répression politique s’intensifie. Les médias critiques sont réduits au silence, leurs bureaux sont fermés ou attaqués. Les voix dissidentes, qu’elles soient de simples militants ou de figures politiques de l’opposition, sont arrêtées arbitrairement. Les manifestations populaires, provoquées par un mécontentement grandissant, sont écrasées sous une violence inouïe. Loin de restaurer l’ordre, ces mesures répressives alimentent la colère populaire et engendrent une radicalisation des tensions sociales.
Birindwa, bien que propulsé par Mobutu, se retrouve rapidement acculé par des défis de taille. Le manque de soutien extérieur, en particulier des bailleurs de fonds internationaux comme le FMI ou les États-Unis, étouffe un pays déjà au bord de la faillite. Les espoirs de relance, notamment grâce aux ressources minières, se dissipent rapidement en raison de la corruption systémique et de l’insécurité généralisée. Les vastes gisements du Shaba, cœur économique du Zaïre, sont hors d’atteinte, contrôlés par des milices locales et minés par des luttes de pouvoir incessantes. La misère généralisée alimente des grèves, des émeutes et des vagues de désespoir, tandis que les tensions ethniques, exacerbées par le régime, dégénèrent en violences communautaires dans les régions du Shaba et du Kasaï.
Le climat politique devient encore plus complexe à partir de janvier 1994, lorsque des négociations entre les forces de Mobutu et une opposition affaiblie aboutissent à la création du Haut Conseil de la République-Parlement de Transition (HCR-PT), une structure hybride fusionnant le Parlement et le HCR. Dans ce contexte de division, Faustin Birindwa, devenu un symbole d’impuissance, présente sa démission le 14 janvier 1994, mettant ainsi fin à un mandat de moins de dix mois.
Le gouvernement de Faustin Birindwa est un échec cuisant sur tous les plans. Les objectifs affichés de stabilisation économique, de restauration de l’ordre et d’ouverture démocratique sont restés largement inaccessibles. La réforme monétaire, bien que symboliquement forte, a échoué à produire les résultats escomptés et a exacerbé les tensions sociales. Politiquement, la persistance de la répression a non seulement fragilisé davantage le régime, mais a aussi précipité une rupture entre le pouvoir et une grande partie de la population.
Au final, Birindwa quitte ses fonctions sans avoir réussi à restaurer la cohésion de l’État ou à résoudre les problèmes économiques et sociaux du Zaïre. Son passage à la tête du gouvernement a incarné la tentative de Mobutu de maintenir un semblant d’autorité, mais sans les moyens de restaurer véritablement l’ordre dans un pays profondément déstabilisé. Cette période précède de peu l’arrivée de Laurent-Désiré Kabila en 1997, qui marquera la fin définitive du régime mobutiste et l’ouverture d’un nouveau chapitre de l’histoire congolaise.
Heshima Magazine poursuivra la publication de ce dossier le vendredi 25 avril 2025, avec un éclairage sur l’amorce de la transition dite 1+4.
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RDC : Pourquoi l’Église de réveil accompagne-t-elle souvent le pouvoir ?
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19 heures agoon
mai 11, 2026By
La redaction
En République démocratique du Congo, les Églises dites « de réveil » apparaissent régulièrement aux côtés du pouvoir politique, là où l’Église catholique adopte souvent une posture critique ou de contre-pouvoir. Héritage historique, logique institutionnelle, dépendance administrative et théologie de la prospérité expliquent en partie cette différence d’attitude entre deux forces religieuses majeures du pays. Décryptage.
Dimanche 10 mai 2026, dans la matinée, l’Église pentecôtiste des Secouristes de l’archevêque Évariste Ejiba Yamapia reçoit, sous les ovations des fidèles, deux hôtes de marque : le chef de l’État, Félix Tshisekedi, et la Première Dame, Denise Nyakeru. Le couple présidentiel prend part à un culte d’action de grâce organisé dans cette église. Cette présence du président Tshisekedi n’a rien d’anodin. Le responsable de cette communauté religieuse est également président de l’Église de Réveil du Congo (ERC).
L’ERC porte le combat du changement de la Constitution
Les hommes de Dieu proches des Églises évangéliques ont décidé de s’emparer pleinement du débat sur la Constitution. À la tête de cette dynamique : l’archevêque Évariste Ejiba Yamapia. Celui-ci est parvenu à rallier plusieurs grandes figures pastorales du pays. Même des responsables religieux habituellement éloignés du débat politique, comme Léopold Mutombo Kalombo, dit « Le Chandelier », ont fini par rejoindre cette mouvance.
Sous Joseph Kabila, Léopold Mutombo se tenait généralement à distance des questions politiques, contrairement à d’autres pasteurs, notamment Pascal Mukuna, considéré comme proche du régime. Mais à la faveur de plusieurs consultations et rencontres, Évariste Ejiba Yamapia a progressivement construit une adhésion collective, transformant sa position en véritable mouvement de soutien au changement de la Constitution.
Parmi les figures engagées dans cette dynamique figurent notamment Pascal Mukuna de l’Assemblée chrétienne de Kinshasa (ACK), Espérance Mbakadi de l’Église Mangembo, Léopold Mutombo Kalombo du Ministère Amen ou encore Godé Mpoy de l’Image de l’Éternel.
Réunis le 29 avril à l’Hôtel du Fleuve, ces responsables religieux ont officiellement exprimé leur soutien à un changement de la Constitution. Au cours de cette rencontre, l’archevêque Ejiba Yamapia a lancé un processus de réflexion élargie impliquant des chefs de confessions religieuses, des leaders des mouvements de réveil, des représentants de la société civile ainsi que des jeunes et des femmes engagés dans les structures ecclésiastiques.
Des experts en droit constitutionnel et en économie ont également été invités afin d’éclairer les participants sur les enjeux liés à la loi fondamentale.
« Nous avons pu réfléchir à l’aide des exposés des professeurs, lesquels nous ont démontré, sur le plan économique, comment la Constitution actuelle ne peut pas constituer une solution de gouvernance pour notre pays. Le Congo nécessite un changement sur lequel nous sommes tous d’accord », a déclaré Évariste Ejiba Yamapia.
L’archevêque critique ouvertement la Constitution actuelle, qu’il qualifie de « Constitution des belligérants qui avaient besoin de se protéger les uns les autres ». Citant certains constitutionnalistes, il affirme également que, depuis l’existence de la RDC, « il n’y a jamais eu de Constitution comportant des articles verrouillés ». Une déclaration qui laisse clairement entendre que l’article 220 – limitant le mandat présidentiel à cinq ans renouvelable une seule fois – est dans le viseur des partisans du changement constitutionnel. Léopold Mutombo, lui, ne cache pas sa position : « Ayons le courage de faire table rase (…) Nous sommes favorables au changement de la Constitution et non à sa simple révision. »
De son côté, Godé Mpoy invoque l’argument de la stabilité institutionnelle observée dans certains pays dirigés par des chefs d’État aux longs mandats. « Dans un mandat de cinq ans, vous ne travaillez réellement que pendant trois ans. La première année est consacrée aux conciliabules politiques et, dès que vous commencez à travailler, la CENI réclame déjà des moyens pour les prochaines élections. Aujourd’hui, sur le plan empirique, il est démontré que les pays où les présidents font de longs mandats sont stables. C’est le cas de la Chine, de la Russie, et bien d’autres », soutient-il.
Cette position de l’Église de Réveil rejoint largement celle du parti présidentiel, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), favorable à une révision ou à un changement de la Constitution. Depuis le 6 mai, le débat est d’ailleurs porté publiquement par Félix Tshisekedi lui-même.
Le chef de l’État a récemment levé le voile sur ses intentions politiques :
« Je n’ai pas sollicité un troisième mandat, mais si le peuple souhaite que j’en exerce un, j’accepterai », a-t-il déclaré, ajoutant qu’une telle démarche ne pourrait se faire « qu’après consultation du peuple congolais par voie référendaire ». À l’Assemblée nationale, le député Gaspard Ngondankoy a déjà déposé une proposition de loi visant à fixer les modalités d’organisation d’un référendum.
Sous Kabila, l’ERC nageait déjà dans le sens du régime
Sous la présidence de Joseph Kabila, l’Église de Réveil du Congo accompagnait déjà plusieurs décisions politiques, notamment sur les questions électorales. Après l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi en 2019, cette organisation est restée perçue comme proche du Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila. En 2020, sous la direction du pasteur Sony Kafuta, l’ERC a notamment été accusée de soutenir la désignation controversée de Ronsard Malonda à la tête de la Commission électorale nationale indépendante (CENI).
Cette position avait provoqué de fortes tensions avec l’Église du Christ au Congo (ECC) et la CENCO. L’église de Sony Kafuta avait même été vandalisée à la suite de ces événements. Après cette crise, le pasteur Dodo Kamba lui succédera à la tête de l’ERC.
Catholiques et évangéliques : pourquoi des positions opposées ?
Cette différence de positionnement n’a rien d’accidentel. Elle trouve ses racines dans l’histoire politique de la RDC. Selon plusieurs observateurs, la montée des Églises de réveil s’est accélérée sous le régime de Mobutu Sese Seko, particulièrement dans les années 1980. Le pouvoir zaïrois voyait alors dans les mouvements évangéliques un moyen de contrebalancer l’influence de l’Église catholique, déjà critique envers la gouvernance du pays.
Contrairement à l’Église catholique, structurée autour d’une hiérarchie forte et d’une doctrine sociale ancienne, les Églises de réveil fonctionnent souvent de manière autonome autour de figures pastorales indépendantes. Beaucoup dépendent administrativement de l’État pour leur reconnaissance légale et leur fonctionnement.
Plusieurs études universitaires soulignent d’ailleurs l’absence d’un cadre juridique rigoureux permettant d’encadrer leur prolifération ou leur financement. « Ils sont souvent obligés de ménager le pouvoir afin de bénéficier de certaines facilités administratives », explique un acteur de la société civile.
Cette dépendance institutionnelle crée, selon plusieurs analystes, une proximité naturelle avec le pouvoir politique. Les pasteurs cherchent souvent à préserver leurs autorisations, leurs espaces d’influence et leur accès aux autorités. À l’inverse, la CENCO bénéficie d’une implantation historique, d’un puissant réseau scolaire et hospitalier ainsi que d’une crédibilité internationale qui lui assurent une plus grande autonomie vis-à-vis du régime.
La divergence est aussi théologique. Les Églises de réveil mettent généralement l’accent sur la bénédiction individuelle, la réussite personnelle et la prospérité matérielle. Dans cette logique, le pouvoir politique est souvent présenté comme une autorité qu’il faut accompagner afin de garantir la stabilité nationale et les bénédictions divines.
À l’opposé, l’Église catholique congolaise s’inscrit dans une tradition sociale davantage tournée vers les questions de justice, de gouvernance et de défense des droits humains. Pendant les crises politiques de la fin du régime Kabila ou lors des tensions sécuritaires dans l’Est du pays, les évêques catholiques ont multiplié les prises de position critiques, parfois au prix de fortes tensions avec le pouvoir.
De Malula à Ambongo, une même ligne critique
Depuis le cardinal Joseph Malula, l’Église catholique congolaise a maintenu une posture critique vis-à-vis du pouvoir politique. Des cardinaux Frédéric Etsou et Laurent Monsengwo jusqu’à Fridolin Ambongo, cette ligne n’a pratiquement pas varié.
En 1990, Laurent Monsengwo initie un mémorandum réclamant davantage de libertés au maréchal Mobutu, alors au pouvoir depuis plus de vingt-cinq ans. Cette initiative lui donne une stature nationale majeure. Les écrivains Roger Gaise et Isidore Ndaywel le décrivent alors comme « un personnage incontournable, cerveau moteur de la poussée vers la démocratie ».
Pour l’historien Isidore Ndaywel, c’est Laurent Monsengwo, alors président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), qui a introduit dans les discours de l’Église catholique congolaise la notion de « démocratisation ». Plus d’un an après ce mémorandum, Monsengwo prendra la tête de la Conférence nationale souveraine (CNS), fermée puis rouverte par Mobutu après la répression sanglante de la marche des chrétiens catholiques.
La réélection contestée de Joseph Kabila
En décembre 2007, Mgr Laurent Monsengwo succède au cardinal Frédéric Etsou à la tête de l’archidiocèse de Kinshasa. Créé cardinal par Benoît XVI en 2010, il conservera jusqu’à la fin de son ministère une posture critique à l’égard du pouvoir.
Sous son impulsion, la CENCO multiplie les mises en garde contre le régime Kabila. En 2011, le cardinal Monsengwo conteste publiquement la réélection de Joseph Kabila, estimant que les résultats de la présidentielle « n’étaient conformes ni à la vérité ni à la justice ».
Ses détracteurs l’accusent alors de proximité avec l’opposition, notamment avec Étienne Tshisekedi, principal adversaire de Joseph Kabila lors de ce scrutin controversé. Mais pour plusieurs analystes, cette attitude s’inscrivait simplement dans la continuité historique de l’Église catholique congolaise.
Cette posture de contre-pouvoir a renforcé l’image de la CENCO comme acteur majeur de la vie publique en RDC, là où les Églises de réveil apparaissent souvent plus conciliantes envers les autorités.
Toutefois, les lignes ne sont pas totalement figées. Certaines plateformes évangéliques adoptent désormais des positions plus nuancées, notamment sur les questions de paix, de cohésion nationale et de gouvernance. C’est notamment le cas de l’Église du Christ au Congo (ECC), qui s’est rapprochée de la CENCO sur plusieurs grands dossiers nationaux.
Sur la question du changement de la Constitution, cette divergence demeure profonde. L’Église catholique s’est déjà clairement opposée à toute initiative de révision ou de changement constitutionnel dans le contexte actuel.
Ce désaccord entre grandes confessions religieuses pourrait accentuer la polarisation du débat national autour d’un sujet hautement sensible. Dans un pays où la religion reste au cœur de la vie publique, les rapports entre foi et politique continueront d’influencer durablement le débat démocratique. Entre une Église catholique se revendiquant sentinelle démocratique et des Églises de réveil souvent plus proches du pouvoir, la RDC offre le visage d’un christianisme traversé par des enjeux de pouvoir, d’influence et de légitimité.
Heshima Magazine
Nation
Négociations entre Kinshasa et AFC/M23 : pourquoi l’impasse perdure ?
Published
3 jours agoon
mai 9, 2026By
La redaction
Alors que les espoirs de désescalade renaissaient entre Kinshasa et l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), la nouvelle impasse observée dans l’application des engagements conclus à Doha et à Montreux vient raviver les inquiétudes sur la stabilité de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). Malgré trois accords successifs, les parties peinent à transformer les promesses diplomatiques en actes concrets sur le terrain. Au contraire, des attaques continuent entre les deux camps.
La dynamique de paix engagée ces derniers mois entre le gouvernement congolais et l’Alliance Fleuve Congo/M23 semble une nouvelle fois s’essouffler. Après deux signatures d’accords à Doha, au Qatar, et une autre à Montreux, en Suisse, les mécanismes de mise en œuvre restent bloqués, alimentant un climat de méfiance entre les protagonistes. En avril dernier à Montreux, en Suisse, les deux parties s’étaient accordées notamment de libérer les prisonniers de part et d’autres dans un délai de 10 jours. Au total, trois cent onze détenus retenus par la rébellion, cent soixante-six côté gouvernemental. Les listes étaient établies, les protocoles signés, le facilitateur désigné. Et pourtant, le 28 avril, date limite fixée à l’issue des négociations de Montreux, aucune libération n’a eu lieu. Ni du côté de l’AFC/M23, ni du côté du gouvernement congolais.
Ces libérations ne devraient pas se faire de manière unilatérale. Les deux parties doivent signaler simultanément qu’elles sont prêtes à remettre leurs détenus. Les accords de principe, conclus dans le cadre des mesures de confiance, fixent les règles pour ces libérations. Les parties remettent leurs détenus au facilitateur désigné et ce dernier assure le transfert. Le travail de vérification et d’identification des personnes concernées a été mené, d’après RFI. La rébellion semble prête à libérer les détenus mais le gouvernement congolais, de son côté, n’a pas encore donné de signal. Certaines sources diplomatiques expliquent que sans l’accord explicite du gouvernement congolais, le facilitateur ne peut pas se déplacer pour récupérer des détenus, même si un camp est prêt à les remettre. C’est la nature même du mécanisme qui l’impose : il s’agit d’un échange, pas d’une remise à sens unique, explique ce média.
Kinshasa brandit des contraintes liées à la justice
Si l’AFC/M23 peut paraitre prête pour l’échange des prisonniers, Kinshasa veut respecter la procédure judiciaire dans le cas de certains détenus. Certaines libérations ne peuvent pas intervenir sans que des procédures judiciaires et réglementaires soient au préalable respectées. Des détenus figurant sur les listes seraient sous le coup de décisions de justice ou de mesures administratives qui, en droit congolais, doivent être levées avant toute remise en liberté. Ce passage obligé prendrait du temps, selon des sources gouvernementales et le délai de dix jours fixé à Montreux n’aurait pas suffi à le franchir.
Des combats persistent malgré les négociations…
Les combats ont d’ailleurs repris dès le lendemain de la fin des négociations en Suisse. Des frappes de drones ont visé des villages du Sud-Kivu dès le 19 avril, faisant des victimes civiles. L’AFC/M23 a de son côté signalé des attaques dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu. Le vendredi 8 mai, Washington a condamné la frappe de drone signalée à Mushaki, dans la province du Nord-Kivu ainsi que les massacres rapportés près d’Uvira, au Sud-Kivu. Les Etats-Unis ont appelé « toutes les parties » à la « retenue maximale », au respect de leurs engagements de cessez-le-feu et à la protection des civils. D’après l’AFC/M23, les forces armées de la RDC auraient frappé le marché de Mushaki, dans le territoire de Masisi à l’aide d’un drone, faisant selon la rébellion un bilan provisoire d’au moins 20 morts et plus de 57 blessés. Jusqu’au 9 mai, le gouvernement congolais n’a pas souhaité commenter ces événements.
Un troisième échec après les deux signatures de Doha
Après une première signature à Doha puis une deuxième en novembre 2025 sur l’accord-cadre, la signature de Montreux en Suisse était la troisième sans forcément que les choses évoluent sur le terrain. L’accord-cadre signé à Doha avait pour objet de définir une série de protocoles, dont plusieurs devraient être négociés dans les deux semaines suivant la signature. Ces documents concernaient notamment l’accès humanitaire, les arrangements sécuritaires et le DDR, la restauration de l’autorité de l’État, le retour des déplacés et réfugiés, la relance économique ainsi que la justice transitionnelle.
Le texte insistait aussi sur la résolution des causes profondes du conflit, la lutte contre la discrimination, le renforcement de l’unité nationale et la mise en place d’une gouvernance inclusive. Depuis cette étape, les lignes n’avaient toujours pas suffisamment bougé. A l’étape de Montreux, en Suisse, ils se sont mis d’accord, le 18 avril 2026, sur l’accès humanitaire, la surveillance d’un cessez-le-feu et la libération des prisonniers. Concrètement, d’après leur déclaration commune, le gouvernement et les rebelles de l’AFC/M23 se sont engagés à respecter le droit international. Ils sont prêts à s’abstenir de toute attaque contre les biens et les infrastructures vitaux pour la population civile, tels que les denrées alimentaires, l’approvisionnement en eau, les hôpitaux et les écoles. L’accès à une aide humanitaire rapide et sûre devrait être facilité, les travailleurs humanitaires doivent être protégés et les biens humanitaires ne doivent être ni pillés ni détournés. Les blessés et les malades doivent bénéficier de soins médicaux. Mais depuis, les avancées sur le terrain ne sont pas concrètes.
Pour que le processus avance, des sources proches du dossier estiment qu’une pression politique plus forte des facilitateurs sera nécessaire. Sans cela, la liste des engagements non tenus risque de continuer à s’allonger. Ce troisième échec fragilise davantage les efforts diplomatiques entrepris par les partenaires régionaux et internationaux pour ramener une paix durable dans l’Est de la République démocratique du Congo. Plusieurs analystes craignent désormais une reprise des affrontements à grande échelle si aucun compromis rapide n’est trouvé.
Au-delà des tractations politiques, ce sont surtout les populations civiles qui continuent de payer le prix de cette instabilité persistante. Entre déplacements massifs, insécurité chronique et crise humanitaire grandissante, l’espoir d’un retour durable à la paix semble encore suspendu à une volonté politique de deux camps qui tarde à se concrétiser. Certaines sources diplomatiques avertissent que si l’étape des libérations des prisonniers de deux camps n’est pas franchie, c’est la crédibilité de l’ensemble des engagements pris à Montreux qui serait en jeu.
Heshima Magazine
Nation
RDC : Tshisekedi ouvre la porte à un 3e mandat, l’opposition monte au créneau
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5 jours agoon
mai 7, 2026By
La redaction
Le président congolais Félix Tshisekedi a relancé le débat politique en affirmant qu’il pourrait accepter un troisième mandat « si le peuple le veut ». Une déclaration qui intervient dans un contexte de tensions sécuritaires persistantes dans l’Est du pays et qui suscite déjà une vive réaction de l’opposition, laquelle dénonce une tentative de révision constitutionnelle destinée à prolonger son maintien au pouvoir.
Lors d’une conférence de presse tenue le 6 mai 2026 à Kinshasa au chapiteau de la Cité de l’Union africaine, le chef de l’État congolais a affirmé qu’il n’excluait pas l’hypothèse d’un troisième mandat présidentiel à l’issue de son second quinquennat, prévu en 2028. « Je n’ai pas sollicité un troisième mandat. Mais, je vous le dis, si le peuple veut que j’aie un troisième mandat, j’accepterai », a déclaré Félix Tshisekedi, tout en précisant qu’une éventuelle révision de la Constitution devrait passer par un référendum populaire.
La Constitution congolaise de 2006 limite actuellement le président de la République à deux mandats consécutifs. Depuis plusieurs mois, cependant, certains cadres de l’UDPS, le parti présidentiel, évoquent publiquement l’idée d’une réforme constitutionnelle, notamment autour de l’article 220, considéré comme verrouillant la limitation des mandats. D’où l’idée d’organiser un référendum afin de consulter les Congolais sur cette question.
Le président Félix Tshisekedi a également lié l’avenir institutionnel du pays à la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC, où les affrontements entre les Forces armées de la RDC (FARDC) et les rebelles de l’AFC/M23 se poursuivent malgré des discussions à Doha, au Qatar, et récemment à Montreux, en Suisse. Selon lui, l’organisation des élections de 2028 pourrait devenir impossible si la guerre persistait dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. « Cette guerre, nous voulons la terminer le plus rapidement possible. Si nous ne parvenons pas à y mettre fin, malheureusement, nous ne pourrons pas organiser les élections en 2028. Mais ce ne sera pas parce que j’aurai refusé de les organiser ; les ressources existent et nous pouvons le faire. On ne peut cependant pas organiser des élections sans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu », a fait savoir Félix Tshisekedi.
Levée de boucliers dans l’opposition
Ces déclarations ont immédiatement provoqué une levée de boucliers dans les rangs de l’opposition. L’opposant André Claudel Lubaya a accusé le président de vouloir instrumentaliser « la volonté du peuple » afin de justifier « une intention frauduleuse ». Pour l’ancien député élu de Kananga, aujourd’hui en exil en Belgique, Félix Tshisekedi « n’a ni mission ni troisième mandat » à conquérir. « Aucune disposition de la Constitution ne prévoit qu’une prétendue volonté populaire puisse justifier une violation de sa lettre et de son esprit. Notre loi fondamentale organise exclusivement les modalités de sa révision, et non celles de sa transgression, sous peine de haute trahison », a-t-il écrit sur son compte X.
Il rappelle que « la Constitution encadre strictement les modalités de sa révision à l’article 218 et consacre le devoir de sa protection à l’article 64 », avant de prévenir : « Toute violation intentionnelle de ses dispositions, notamment par les autorités publiques, est susceptible de constituer une haute trahison au sens des articles 164 et 165 ».
De son côté, l’ancien candidat à la présidentielle de 2018, Seth Kikuni, a estimé qu’une tentative de confiscation du pouvoir pourrait provoquer une grave crise politique. Au sein du Front commun pour le Congo (FCC) de l’ancien président Joseph Kabila, des réactions se font également entendre. La sénatrice honoraire Francine Muyumba s’est montrée très opposée à l’idée d’un troisième mandat. « C’est clair, la paix n’est pas une priorité. La conservation du pouvoir paraît désormais primer, peu importe le prix politique, institutionnel ou humain que le peuple devra payer. C’est véritablement dommage pour une nation qui aspire avant tout à la stabilité, à l’unité nationale et à une paix durable », a-t-elle écrit.
Dans un autre message publié sur X, elle promet de barrer la route à un troisième mandat de l’actuel chef de l’État : « Le président Félix Tshisekedi n’aura pas de troisième mandat ». Elle estime également que « l’UDPS s’est déjà tout permis, mais il est encore temps de renoncer à cette aventure ».
Pour Delly Sesanga, président du parti Envol, il n’y a désormais plus de doute : « Les masques sont tombés. Félix Tshisekedi manœuvre désormais à découvert pour un troisième mandat par plébiscite ». L’opposant appelle « tous les démocrates à faire obstacle à cette dérive ». Citant Patrice Emery Lumumba, l’ancien député national élu de Luiza, dans le Kasaï-Central, rappelle : « Le Congo est un grand pays. Il exige de ses dirigeants grandeur, dignité et responsabilité ». Selon lui, cela se mesure par « le respect de la Constitution, des institutions et de la stabilité nationale, non par la recherche frauduleuse d’une prolongation des mandats ». « Être un homme d’État, c’est avoir le sens de l’Histoire et éviter à son pays de replonger dans les pratiques du passé qui ont conduit au chaos. Ces dérives, les fondateurs de l’UDPS les ont combattues hier ; nous les avons combattues ensemble, au prix de lourds sacrifices », a-t-il ajouté.
Pour sa part, le porte-parole de Lamuka, Prince Epenge, a résumé à sa manière l’intervention du chef de l’État congolais : « Conclusion : pas de dialogue, pas d’élections, pas de fin de guerre. Le Roi veut d’abord son troisième mandat ! Il se trompe », a-t-il répliqué.
À l’Union sacrée, on se défend
D’autres voix proches du pouvoir défendent cependant l’idée d’un débat constitutionnel. Freddy Kita, ancien vice-ministre à la Coopération internationale et actuel coordonnateur de la plateforme Camp de la République, a déclaré que « la Constitution n’est ni la Bible ni le Coran » et qu’elle pouvait être adaptée « aux réalités actuelles du pays ».
Pour Honoré Mvulu, membre de l’UDPS, toute évolution institutionnelle doit passer par les mécanismes constitutionnels, dans le respect du peuple et de la stabilité. « Le référendum, lorsqu’il est prévu, reste l’expression la plus directe de la souveraineté populaire », estime ce proche du pouvoir.
Le débat ravive les souvenirs de la crise politique de 2016 sous Joseph Kabila, lorsque les manifestations contre le report des élections avaient provoqué de fortes tensions dans le pays.
Au pouvoir depuis 2019, Félix Tshisekedi entame sa septième année à la tête du pays. À environ deux ans de la fin de son dernier mandat, selon la Constitution en vigueur, une proposition de loi sur le référendum a été déposée à l’Assemblée nationale. Son initiateur, le député Paul Gaspard Ngondankoy, l’a défendue devant ses pairs le 30 avril 2026.
Cette proposition de loi fixe les conditions d’organisation du référendum en RDC. Certains députés de l’opposition y voient une ouverture vers une révision de la Constitution. L’opposition soupçonne également une manœuvre destinée à permettre un troisième mandat à Félix Tshisekedi.
À deux ans de l’échéance présidentielle de 2028, l’hypothèse d’un troisième mandat de Félix Tshisekedi s’impose désormais comme l’un des principaux sujets du débat politique congolais.
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