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RDC : De Kasa-Vubu à Tshisekedi, l’éternel pari de l’union nationale
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12 mois agoon
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La redaction
Depuis son indépendance en 1960, la République démocratique du Congo (RDC) a fréquemment eu recours à des gouvernements d’union nationale, de salut public ou de transition pour tenter de surmonter ses crises les plus profondes : sécessions, rébellions armées, effondrements économiques, et pressions internationales. Ces coalitions, qui réunissent pouvoir et opposition, apparaissent comme des solutions désespérées pour restaurer la stabilité dans un État rongé par des fractures ethniques, politiques et sociales. Mais ces gouvernements, souvent perçus comme des remèdes miracles, ont-ils réellement répondu aux attentes ? À travers une rétrospective des expériences passées, Heshima Magazine, inspiré par les récentes annonces du président de la RDC Félix-Antoine Tshisekedi et les consultations de Kolongele, explore cette pratique quasi rituelle, ses origines, ses dynamiques, ses succès et ses échecs, pour interroger sa pertinence et son efficacité aujourd’hui.
Le gouvernement de réconciliation nationale de Cyrille Adoula (1961-1964)
L’indépendance, célébrée avec enthousiasme le 30 juin 1960, fut rapidement éclipsée par une crise majeure. Moins d’une semaine après, le 5 juillet 1960, la mutinerie de la Force Publique à Léopoldville (actuelle Kinshasa) marqua le début d’un chaos qui allait paralyser le pays. Frustrés par la persistance du commandement belge et par leurs conditions de service, les soldats se lancèrent dans des violences aveugles : pillages, agressions et exactions contre les civils. Cette révolte provoqua une fuite massive de près de 100 000 Européens. Le 10 juillet, la Belgique envoya ses troupes à Léopoldville pour « protéger ses ressortissants », une intervention perçue comme une atteinte directe à la souveraineté du pays.
Dans un contexte de désordre total, le Premier ministre Patrice Lumumba tenta de reprendre les rênes du pouvoir. Toutefois, son gouvernement se fragilisa rapidement en raison des tensions internes, d’une administration désorganisée et d’un paysage politique fracturé. La situation se détériora davantage lorsqu’en juillet, Moïse Tshombe, leader du parti Conakat, proclama l’indépendance du Katanga, une province riche en ressources naturelles stratégiques, soutenue en sous-main par la Belgique et des entreprises minières. Moins d’un mois plus tard, Albert Kalonji, chef du MNC-Kalonji, revendiqua l’autonomie du Sud-Kasaï, une région diamantifère, accentuant ainsi la fragmentation du pays.
Ces sécessions, encouragées par les puissances étrangères, plongèrent le pays dans un tourbillon de violence et de confusion. Le gouvernement central, déjà affaibli, se retrouva confronté à l’ingérence internationale, notamment de la part des États-Unis, de la Belgique et de la France, qui soutenaient discrètement les mouvements séparatistes. En désespoir de cause, Lumumba, après avoir sollicité l’intervention des Nations Unies, se tourna vers l’Union Soviétique, ce qui attisa la méfiance des puissances occidentales et précipita la guerre froide sur le sol congolais.
Le 5 septembre 1960, un autre tournant survint lorsque le président Joseph Kasa-Vubu révoqua Patrice Lumumba, l’accusant de dérives autoritaires et de liens dangereux avec l’URSS. Lumumba, fidèle à sa ligne politique, refusa cette révocation, et la confrontation institutionnelle plongea le pays dans une paralysie totale. C’est dans ce contexte de chaos qu’intervint Joseph-Désiré Mobutu, alors chef d’état-major, qui mit fin au statu quo en suspendant toutes les institutions et en instaurant un gouvernement de technocrates, une décision qui marqua le début de sa longue emprise sur le pays.
La fin tragique de Patrice Lumumba, assassiné en janvier 1961 après avoir été capturé lors d’une tentative de fuite vers Stanleyville, mit un terme brutal à l’unité nationale naissante et plongea le pays dans une nouvelle spirale de violences. Sa mort, orchestrée avec la complicité de puissances étrangères, choqua l’opinion internationale et radicalisa davantage ses partisans, jetant ainsi les bases des luttes qui marqueront l’histoire politique du Congo pendant des décennies.
Cet épisode complexe et douloureux de l’histoire de la RDC soulève une question cruciale : les gouvernements d’union nationale, censés être des solutions temporaires aux crises profondes, ont-ils réellement permis de rétablir l’ordre et de promouvoir une véritable réconciliation nationale ? Si leur objectif était de restaurer l’unité, force est de constater que leur mise en œuvre a souvent exacerbé les tensions internes et accentué les divisions du pays. L’expérience du gouvernement de Cyrille Adoula, comme tant d’autres avant et après lui, témoigne des défis considérables auxquels la RDC a dû faire face pour trouver un équilibre politique stable dans un contexte national et international complexe.
En février 1961, Antoine Gizenga, ancien vice-Premier ministre et fidèle de Patrice Lumumba, établit à Stanleyville (actuelle Kisangani) un gouvernement parallèle, proclamant la légitimité de la « République populaire du Congo ». Soutenu activement par l’URSS, qui lui fournit armes, fonds et soutien politique, ce bastion lumumbiste devient rapidement le centre de résistance au pouvoir central, accusé par ses partisans de complicité dans l’assassinat de Lumumba. À partir de Stanleyville, Gizenga parvient à mobiliser un réseau de partisans, notamment dans l’Est et le Kwilu, et obtient même la reconnaissance diplomatique de plusieurs pays socialistes.
À Kinshasa, dirigée désormais par des figures modérées sous la férule de Mobutu, le gouvernement central est accusé de trahison, et de soumission aux intérêts des puissances occidentales, en particulier les États-Unis et la Belgique. Face à la menace de partition du pays, les Nations Unies et les puissances occidentales intensifient les pressions pour parvenir à un compromis politique. C’est dans ce climat de tension qu’un conclave national se réunit à l’université de Lovanium du 10 juillet au 2 août 1961, rassemblant près de 200 parlementaires issus de diverses tendances : lumumbistes, modérés, régionalistes et pro-occidentaux. Bien que Moïse Tshombe, le chef sécessionniste du Katanga, fasse défaut, les débats aboutissent à un fragile consensus autour d’une figure de compromis : Cyrille Adoula, syndicaliste modéré du Mouvement national congolais (MNC), qui est nommé Premier ministre le 2 août 1961 avec pour mission de réconcilier les camps rivaux et de restaurer l’unité du pays.
Adoula forme alors un gouvernement de réconciliation nationale, intégrant des figures lumumbistes pour apaiser les tensions internes. Ainsi, autour de lui, des personnalités comme Gizenga aux Affaires étrangères, Gbenye à l’Intérieur, Kamitatu au Plan et Sendwe aux Affaires politiques occupent des postes stratégiques. Soutenu par l’ONU et les États-Unis, Adoula se positionne comme l’option modérée face à l’avancée du communisme dans un Congo devenu le terrain de jeu des blocs de la guerre froide. Mais le pays qu’il hérite est profondément fracturé, en ruine institutionnelle et miné par des sécessions ainsi que des rivalités idéologiques.
Pourtant, malgré son inclusion dans ce gouvernement de réconciliation, Gizenga refuse de regagner la capitale. Marqué par l’assassinat brutal de Lumumba et convaincu que sa propre vie est en danger, il choisit de rester à Stanleyville, où il continue de diriger son gouvernement parallèle. Ce refus de rejoindre Léopoldville maintient une crise de double pouvoir, affaiblissant l’autorité du gouvernement central et compromettant sérieusement les efforts de réunification. Adoula, bien qu’animé par la volonté de dialogue, se heurte à la méfiance tenace de Gizenga, soutenu par l’URSS et reconnu diplomatiquement par plusieurs pays du bloc de l’Est.
La liquidation du Katanga, bastion sécessionniste dirigé par Moïse Tshombe et soutenu par des mercenaires européens, devient l’autre priorité du gouvernement d’Adoula. En novembre 1961, le Conseil de sécurité de l’ONU adopte la résolution 169, autorisant l’usage de la force pour rétablir l’unité du Congo. Les Casques bleus de l’ONUC lancent plusieurs opérations militaires, culminant avec l’opération Grandslam en décembre 1962. Après de violents affrontements, les forces katangaises sont écrasées, et Tshombe capitule le 15 janvier 1963, mettant fin à 28 mois de sécession.
Mais la consolidation du pouvoir central reste fragile. En janvier 1962, Antoine Gizenga, de plus en plus marginalisé après l’écrasement des forces qui lui étaient loyales, est arrêté à Stanleyville. Cette arrestation met fin à son gouvernement parallèle, mais aussi à son « ministère à distance », bien qu’il ait officiellement intégré le cabinet d’Adoula. Cette mise à l’écart marque aussi un tournant : la frustration croissante chez les anciens partisans de Lumumba devient palpable, annonçant des secousses politiques à venir.
Le Sud-Kasaï, dirigé par Albert Kalonji, s’effondre à son tour. Après de violents affrontements avec les troupes gouvernementales et un isolement croissant, Kalonji fuit vers le Katanga avant de se rendre en octobre 1962. Ces victoires militaires, soutenues par l’ONU, permettent à Adoula de proclamer la réunification nationale, un succès salué par la communauté internationale. Mais derrière cette apparente stabilisation, les fractures demeurent profondes.
En dépit de ces succès militaires, la réconciliation politique se révèle un échec. Le ministre Christophe Gbenye, confronté à des rivalités internes avec Victor Nendaka Bika, chef des services de renseignement, est limogé en septembre 1963. Humilié, il rejoint la rébellion Simba en 1964, un mouvement hétéroclite mêlant anciens lumumbistes, maoïstes et groupes armés hostiles au gouvernement central. Quant à Jason Sendwe, gouverneur du Katanga, il est assassiné en juin 1964, mettant fin à ses tentatives de pacification.
Ces ruptures marquent l’échec d’une réconciliation durable. Les frustrations accumulées par les partisans de Lumumba nourrissent de nouveaux foyers de rébellion, notamment la guérilla maoïste de Pierre Mulele dans le Kwilu et la rébellion Simba à l’est. Sur le plan intérieur, Adoula doit également faire face à une série de crises sociales et économiques : grèves récurrentes dans les centres urbains, tensions ethniques croissantes et effondrement économique. Les réformes qu’il tente d’impulser se heurtent à de multiples résistances, y compris au sein de son propre gouvernement, tandis que la population s’enfonce dans la précarité.
Affaibli par des luttes internes et dépassé par l’ampleur des défis, Adoula démissionne fin juin 1964 après presque trois ans de mandat. Il laisse derrière lui un pays apparu réuni, mais toujours profondément déchiré sur les plans politique et social. Ses efforts pour maintenir l’intégrité nationale par la force ne suffiront pas à effacer les fractures du pays. Les rébellions de 1964-1965, qui surviennent immédiatement après sa démission, témoignent de l’échec de sa politique de réconciliation et annoncent une nouvelle période de troubles, que seule l’ascension de Mobutu réussira à contenir temporairement.
Le Gouvernement d’Union Nationale d’Étienne Tshisekedi (1991)
En 1991, le Zaïre de Joseph Mobutu est au bord du gouffre. Après 26 ans de dictature, le pays est en proie à une crise multidimensionnelle qui touche tous les secteurs : hyperinflation, corruption institutionnalisée, effondrement des services publics et des infrastructures, ainsi qu’une misère généralisée qui engendre une colère populaire de plus en plus palpable. L’élite politique, obsédée par le maintien du pouvoir, continue de piller les ressources du pays tandis que l’État, de plus en plus dépendant de l’aide internationale, perd toute crédibilité. Les grèves, émeutes et pillages deviennent le quotidien des Congolais, qui se retrouvent dans un climat d’anxiété croissante.
La situation atteint son paroxysme en septembre 1991 lorsque l’armée, mal payée et abandonnée à son sort, se mutine à Kinshasa. Des soldats se livrent à des pillages d’une ampleur inédite, attaquant commerces, habitations et symboles de l’État. Des centaines de morts sont à déplorer, et la capitale, Kinshasa, échappe au contrôle de Mobutu. Cette rébellion reflète un pays en pleine déliquescence, où même le pouvoir militaire ne parvient plus à maintenir l’ordre.
Sur le plan politique, la pression monte également. En 1990, contraint par les bailleurs de fonds et par les mobilisations internes, Mobutu annonce un retour au multipartisme, espérant ainsi apaiser les tensions. Cependant, cette ouverture tardive a l’effet inverse : elle galvanise l’opposition, qui s’organise rapidement autour de l’Union Sacrée de l’Opposition Radicale (USOR), une coalition regroupant plus de 130 partis politiques. À sa tête, Étienne Tshisekedi, leader charismatique du mouvement de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), émerge comme la figure centrale de cette opposition, armé d’une légitimité populaire acquise au fil de ses années de résistance contre Mobutu.
La Conférence Nationale Souveraine (CNS), convoquée en août 1991, devient le centre de la lutte pour la transition démocratique. Elle réunit plus de 2 800 délégués issus de la société civile, des partis politiques et de l’administration, et se donne pour mission de discuter de la refondation de l’État et de préparer la transition vers un gouvernement démocratique. Mais les travaux sont régulièrement perturbés par les manœuvres du régime et les violences sur le terrain, illustrant un pays plongé dans une guerre larvée entre un pouvoir autocratique et une opposition déterminée.
Le 29 septembre 1991, sous la pression combinée de la CNS, de la rue et des puissances occidentales, Mobutu finit par céder. Il nomme Étienne Tshisekedi Premier ministre, un geste aussi symbolique qu’inattendu, perçu comme une tentative de calmer la situation aussi bien au niveau national qu’international. Pour la première fois depuis l’indépendance, un membre de l’opposition accède légalement au pouvoir exécutif.
Tshisekedi forme un gouvernement d’union nationale, en s’appuyant principalement sur les cadres de l’USOR. Il inclut des figures importantes telles que Frédéric Kibassa Maliba, un vétéran de l’UDPS, et Jean Nguza Karl-i-Bond, un opposant chevronné à la tête de l’Union des Fédéralistes et des Républicains Indépendants (UFERI). Des technocrates et des anciens fonctionnaires viennent compléter ce gouvernement qui se veut de rupture. L’objectif est de redonner une légitimité au pouvoir central, apaiser les tensions sociales, réorganiser l’administration, et poser les bases d’élections crédibles. Tshisekedi, dans son discours, annonce la mise en place de mesures d’assainissement financier et de lutte contre la corruption, espérant initier un changement radical dans un pays exsangue.
Cependant, Mobutu, fidèle à sa stratégie d’usure, ne lâche pas le contrôle. Dès la prise de fonctions de Tshisekedi, il sabote l’action du nouveau gouvernement. Les ministères clés — Défense, Finances, Affaires étrangères — restent sous le contrôle de fidèles du président. Les comptes publics restent inaccessibles, l’armée demeure sous l’autorité de Mobutu, et toute tentative de réforme se heurte à une administration verrouillée. Les mesures annoncées par Tshisekedi, bien que symboliques, n’ont que peu d’impact, faute de leviers concrets.
Le 1er novembre 1991, à peine un mois après sa nomination, Tshisekedi est brutalement démis de ses fonctions. Mobutu invoque des désaccords sur la répartition des pouvoirs pour justifier ce limogeage, mais la décision est perçue par une large partie de la population comme un coup de force. L’indignation est générale, et des manifestations éclatent dans les grandes villes, violemment réprimées. L’armée, laissée à elle-même, tire sur les civils. Le chaos s’installe dans un pays déjà au bord de l’effondrement.
L’expérience Tshisekedi, bien que brève, fut porteuse d’une forte espérance pour beaucoup de Congolais. Elle aurait pu marquer un tournant dans l’histoire politique du Zaïre, mais elle s’effondre face à un régime qui refuse toute véritable transition. Ce premier gouvernement d’union nationale, bien qu’ambitieux et soutenu par une large légitimité populaire, échoue non par manque de volonté, mais en raison de la résistance farouche d’un pouvoir qui ne se plie pas aux exigences du changement. Le système, verrouillé depuis des décennies, ne permet pas de véritable partage du pouvoir.
Le Gouvernement de Transition d’Étienne Tshisekedi issu de la Conférence Nationale Souveraine (1992-1993)
À la fin des années 1980, le Zaïre, sous le régime de Mobutu Sese Seko, est un État en déliquescence. Le parti unique, le MPR (Mouvement populaire de la révolution), qui régente le pays depuis 1967, perd peu à peu sa légitimité. La fin de la guerre froide et la vague démocratique qui déferle sur le continent mettent le régime sous pression, à la fois du côté de la société civile et des puissances internationales. La condition pour toute aide économique des institutions de Bretton Woods est désormais la mise en place de réformes politiques. Mobutu, dans l’impasse, accepte alors de convoquer la Conférence nationale souveraine (CNS), censée être le vecteur d’une transition démocratique.
L’ouverture de la CNS, en août 1991, marque le début d’un long processus de réorganisation des institutions zaïroises. Sous la présidence de Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, une figure consensuelle de la société civile, plus de 2 800 délégués issus des partis politiques, syndicats, ONG, confessions religieuses et autres acteurs de la société civile se rassemblent pour discuter de la refondation du pays. Mais rapidement, les travaux sont perturbés par les manœuvres du régime, qui tente d’influencer les débats, et les tensions internes au sein de la conférence. Néanmoins, sous la pression populaire et internationale, la CNS parvient à s’imposer, devenant un symbole d’espoir pour une majorité de Congolais.
Le 15 août 1992, un événement majeur se produit : Étienne Tshisekedi, leader de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), est élu Premier ministre de transition par un vote des délégués de la CNS. C’est une première historique dans un pays où le chef du gouvernement est traditionnellement nommé par le président. Pour Mobutu, acculé, il n’a d’autre choix que d’accepter cette nomination sous la pression de la rue, de l’Église catholique et des chancelleries occidentales. Mais cette acceptation ne sera que de façade : Mobutu ne compte pas céder le pouvoir.
Dès sa nomination, Tshisekedi, fort d’une large légitimité populaire, tente de reprendre les rênes du pouvoir. Il met en place un gouvernement de transition composé des membres de l’Union sacrée de l’opposition radicale (USOR), avec l’UDPS comme pivot. Il y inclut également des figures modérées pour donner au gouvernement une légitimité nationale. Mais très rapidement, les obstacles apparaissent. Mobutu n’a pas l’intention de faciliter la tâche de son Premier ministre. Les structures de l’État, toujours dominées par ses proches, sont hostiles aux réformes proposées par Tshisekedi.
Le gouvernement de Tshisekedi, bien que soutenu par la population, se heurte dès les premières semaines à des résistances de plus en plus fortes. L’un des premiers affrontements survient avec la Banque centrale. Tshisekedi limoge son gouverneur, un proche de Mobutu, mais des unités militaires fidèles au président encerclent immédiatement l’institution bancaire pour en empêcher le fonctionnement. L’administration est paralysée, les ministres de Tshisekedi n’ont pas accès aux dossiers ni aux ressources nécessaires pour gouverner. Le pays se trouve alors dans une situation de blocage, avec un pouvoir exécutif qui n’a ni le contrôle de l’armée, ni des leviers économiques.
En novembre 1992, la CNS adopte une nouvelle Constitution, instaurée sur le modèle parlementaire. Le rôle du président devient essentiellement protocolaire, tandis que le Premier ministre détient le pouvoir exécutif. Cette réforme constitue une humiliation pour Mobutu, qui rejette la Constitution et la considère comme une tentative de le « détrôner sans guerre ». Le rapport de forces se durcit davantage, et le 22 décembre 1992, Mobutu franchit un nouveau seuil en dissolvant unilatéralement le gouvernement Tshisekedi et en nommant un gouvernement parallèle dirigé par Faustin Birindwa, un dissident de l’opposition. Le pays entre alors dans une phase de double pouvoir.
Le gouvernement Tshisekedi, désormais coupé des moyens de l’État, se retrouve dans une situation de quasi-impuissance. Sans armée, sans trésor public, et avec une administration inefficace, il n’est plus qu’une coquille vide, soutenue uniquement par le peuple. Les manifestations de soutien à Tshisekedi sont violemment réprimées par les forces loyalistes à Mobutu, et les militants de l’opposition sont arrêtés. Les radios indépendantes sont muselées, et la pression extérieure augmente. Les bailleurs de fonds, d’abord enthousiastes à l’idée d’une transition démocratique, commencent à douter de la viabilité du processus, suspendant leur aide et espérant un compromis qui ne vient pas.
Après sept mois de lutte stérile, Tshisekedi quitte ses fonctions le 18 mars 1993. Cette démission, bien qu’une défaite politique, est perçue par beaucoup comme un acte de résistance face à l’intransigeance du régime. Il refuse de collaborer avec le gouvernement parallèle mis en place par Mobutu. La CNS, quant à elle, perd peu à peu sa légitimité et sombre dans l’oubli, rongée par les divisions internes et l’incapacité à mettre en place un véritable processus de transition.
Malgré l’échec de son mandat, Étienne Tshisekedi sort renforcé sur le plan symbolique. Il devient le porte-drapeau d’une opposition intransigeante mais non violente, incarnant l’espoir d’un changement pacifique mais difficilement réalisable dans un contexte de verrouillage total du pouvoir. Son passage éclair à la tête du gouvernement de transition révèle les limites d’une réforme menée sans les moyens nécessaires, sans contrôle de l’armée, et face à un président prêt à tout pour conserver son pouvoir.
Le Gouvernement de Salut Public de Faustin Birindwa (1993-1994)
En mars 1993, le Zaïre, déjà exsangue après des années de dictature sous Mobutu Sese Seko, atteint un point de rupture. La fin du soutien occidental, consécutive à la déstabilisation géopolitique de la fin de la Guerre froide, prive le régime de ses dernières ressources financières. Après l’échec retentissant du gouvernement d’Étienne Tshisekedi, désavoué par une opposition divisée et un président omnipotent, Mobutu organise, du 9 au 17 mars, un conclave politique visant à réorganiser le pouvoir. Cette rencontre, dominée par les fidèles du président et boycottée par l’Union sacrée de l’opposition radicale (USOR) et le Haut Conseil de la République (HCR), aboutit à la nomination de Faustin Birindwa, dissident de l’UDPS, comme Premier ministre. Bien que présentée comme une ouverture, cette nomination s’inscrit en réalité dans une stratégie de fragmentation de l’opposition et de consolidation du pouvoir présidentiel.
Birindwa prend ainsi la tête d’un gouvernement de salut public, composé en grande majorité de loyalistes du régime. La nomination de figures comme Jean Nguza Karl-i-Bond, un ancien opposant rallié à Mobutu, au poste de vice-Premier ministre et ministre de la Défense, renforce la mainmise du président sur l’appareil sécuritaire, pièce maîtresse du pouvoir. L’absence d’opposants de poids dans le gouvernement, à l’exception de Birindwa lui-même, le prive de toute légitimité aux yeux de l’USOR et des chancelleries occidentales. Ces dernières, toujours fidèles à leur reconnaissance de Tshisekedi comme Premier ministre légitime, tournent désormais le dos à ce gouvernement de façade, qu’elles considèrent comme un simple instrument dans la stratégie de temporisation de Mobutu.
La mission confiée à Birindwa est claire : rétablir un semblant d’ordre et surtout préserver l’hégémonie de Mobutu face à une opposition de plus en plus audacieuse. En octobre 1993, le gouvernement tente de résoudre la crise économique en lançant une réforme monétaire ambitieuse, le « Nouveau Zaïre ». Ce projet, consistant à changer de monnaie à un taux de conversion astronomique (3 millions de vieux zaïres pour une nouvelle unité), est censé stabiliser l’économie et juguler l’hyperinflation. Cependant, le « Nouveau Zaïre » s’effondre rapidement : de 2,67 zaïres par dollar, la monnaie dégringole à 36,67 zaïres en décembre, ce qui accentue encore la défiance des Zaïrois et exacerbe la crise économique.
Dans le même temps, la répression politique s’intensifie. Les médias critiques sont réduits au silence, leurs bureaux sont fermés ou attaqués. Les voix dissidentes, qu’elles soient de simples militants ou de figures politiques de l’opposition, sont arrêtées arbitrairement. Les manifestations populaires, provoquées par un mécontentement grandissant, sont écrasées sous une violence inouïe. Loin de restaurer l’ordre, ces mesures répressives alimentent la colère populaire et engendrent une radicalisation des tensions sociales.
Birindwa, bien que propulsé par Mobutu, se retrouve rapidement acculé par des défis de taille. Le manque de soutien extérieur, en particulier des bailleurs de fonds internationaux comme le FMI ou les États-Unis, étouffe un pays déjà au bord de la faillite. Les espoirs de relance, notamment grâce aux ressources minières, se dissipent rapidement en raison de la corruption systémique et de l’insécurité généralisée. Les vastes gisements du Shaba, cœur économique du Zaïre, sont hors d’atteinte, contrôlés par des milices locales et minés par des luttes de pouvoir incessantes. La misère généralisée alimente des grèves, des émeutes et des vagues de désespoir, tandis que les tensions ethniques, exacerbées par le régime, dégénèrent en violences communautaires dans les régions du Shaba et du Kasaï.
Le climat politique devient encore plus complexe à partir de janvier 1994, lorsque des négociations entre les forces de Mobutu et une opposition affaiblie aboutissent à la création du Haut Conseil de la République-Parlement de Transition (HCR-PT), une structure hybride fusionnant le Parlement et le HCR. Dans ce contexte de division, Faustin Birindwa, devenu un symbole d’impuissance, présente sa démission le 14 janvier 1994, mettant ainsi fin à un mandat de moins de dix mois.
Le gouvernement de Faustin Birindwa est un échec cuisant sur tous les plans. Les objectifs affichés de stabilisation économique, de restauration de l’ordre et d’ouverture démocratique sont restés largement inaccessibles. La réforme monétaire, bien que symboliquement forte, a échoué à produire les résultats escomptés et a exacerbé les tensions sociales. Politiquement, la persistance de la répression a non seulement fragilisé davantage le régime, mais a aussi précipité une rupture entre le pouvoir et une grande partie de la population.
Au final, Birindwa quitte ses fonctions sans avoir réussi à restaurer la cohésion de l’État ou à résoudre les problèmes économiques et sociaux du Zaïre. Son passage à la tête du gouvernement a incarné la tentative de Mobutu de maintenir un semblant d’autorité, mais sans les moyens de restaurer véritablement l’ordre dans un pays profondément déstabilisé. Cette période précède de peu l’arrivée de Laurent-Désiré Kabila en 1997, qui marquera la fin définitive du régime mobutiste et l’ouverture d’un nouveau chapitre de l’histoire congolaise.
Heshima Magazine poursuivra la publication de ce dossier le vendredi 25 avril 2025, avec un éclairage sur l’amorce de la transition dite 1+4.
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RDC-Ouganda : les dessous d’une collaboration sur fond de méfiance
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2 jours agoon
avril 17, 2026By
La redaction
L’armée ougandaise (UPDF) a annoncé, fin mars 2026, son intention de se retirer de plusieurs positions dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu et jusqu’à Mahagi, en Ituri. Ce désengagement, confirmé par le chef d’état-major Muhoozi Kainerugaba, se fera, selon lui, en coordination avec Kinshasa, juste après le retrait des rebelles du M23 de la zone. Bien avant cette annonce qui, du reste, n’est pas officialisée, l’Ouganda voulait obtenir la démission du gouverneur militaire de l’Ituri. Une stratégie de pression sur Kinshasa qui interroge sur les véritables motivations de Kampala. Son intervention militaire aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans la traque des rebelles ADF pourrait bien cacher d’autres motivations, essentiellement économiques.
L’UPDF (Uganda People’s Defence Force) est déployée en Ituri, dans le nord-est de la RDC dans le cadre de l’opération Shujaa depuis fin 2021, collaborant avec les FARDC contre les rebelles ougandais de l’Alliance des forces démocratiques (ADF). Cette mutualisation FARDC-UPDF vise à neutraliser ce groupe armé qui a fait allégeance à l’Etat islamique. Ce groupe est présent en Ituri et au Nord-Kivu. Officiellement, il s’agit de combattre l’insécurité. Cependant, cette présence vise également à sécuriser les intérêts économiques ougandais (routes, or, bois et pétrole du lac Albert).
A ce jour, cette mutualisation des forces n’a pas permis d’arrêter les attaques des ADF contre des civils aussi bien en Ituri qu’au Nord-Kivu. Loin de renforcer la sécurité des Congolais et des Ougandais dans les zones frontalières, cette alliance semble avant tout servir les intérêts économiques ougandais, notamment en matière d’exportation d’or.
Les chiffres d’exportation d’or explosent en Ouganda
L’Ouganda n’est pas un producteur massif d’or. Cependant, il enregistre des chiffres record sur l’exportation de ce minerai. Une croissance due à l’augmentation des prix mais surtout au trafic favorisé par l’instabilité de la région, principalement dans l’Est de la RDC. L’Ouganda a vu ses revenus d’exportation d’or atteindre des chiffres records. Selon la Banque d’Ouganda, en 2019, ces revenus s’élevaient à 1,26 milliard de dollars, les exportations d’or ont ensuite culminé à 2,3 milliards de dollars en 2023, puis à 3,3 milliards de dollars en 2024. D’après des prévisions pour 2025, ces revenus devraient atteindre 6,4 milliards de dollars.
Cette croissance est principalement due à l’augmentation du prix de l’or, qui avoisinait l’année dernière 5.000 dollars l’once. L’or représente désormais 47% des revenus d’exportation de l’Ouganda, surpassant largement d’autres produits phares comme le café et le cacao. Malgré ces chiffres impressionnants, l’Ouganda n’est pas devenu un producteur massif d’or, note TV5 Monde. Lors d’un récent forum économique, le gouverneur adjoint de la Banque centrale ougandaise, Augustus Nuwagaba, a admis que l’or exporté par le pays pourrait ne pas provenir de ses propres mines. « Il se peut qu’il ne soit pas à nous », avait-il déclaré. Mais d’où vient l’or exporté par l’Ouganda ?
L’insécurité en RDC profite à l’économie ougandaise
L’Ouganda profite du trafic d’or en provenance de pays voisins, notamment de la RDC. Riche en ressources aurifères, ce pays partage une frontière avec l’Ouganda dans des zones comme l’Ituri et le Nord-Kivu. Ces régions sont non seulement riches en or, mais aussi en proie à des conflits armés. Ce qui favorise le trafic de ce métal jaune notamment vers l’Ouganda. En Ituri, par exemple, l’or est très présent, particulièrement dans les territoires de Djugu, Mahagi et Mambasa, s’appuyant sur des gisements historiques (Kilo-Moto). Cette ressource, exploitée à la fois de manière artisanale et industrielle, alimente une économie de guerre contrôlée en partie par des groupes armés et réseaux criminels, générant d’importants flux financiers illicites. Selon l’étude d’une ONG anti-corruption, environ 95 % de l’or exporté depuis l’Ouganda est illicite.
En état de siège depuis plus de 4 ans, la province de l’Ituri n’a pas toujours recouvré la paix totalement. Le gouverneur militaire, le lieutenant-général Johnny Luboya entretient des rapports tendus avec des trafiquants d’or. L’Ouganda également n’apprécie pas cet officier congolais. Le chef d’état-major de l’armée ougandaise, le général Muhoozi Kainerugaba ne cache pas son hostilité envers ce gouverneur militaire, appelant parfois à son arrestation sur les réseaux sociaux. L’Ouganda a même formulé une demande formelle pour solliciter son remplacement. D’après les informations révélées par Africa Intelligence, le pouvoir de Félix Tshisekedi a rejeté ces demandes de l’armée ougandaise, qui réclamait l’éviction de ce gouverneur militaire.
Sécuriser ses investissements pétroliers
En dehors du trafic d’or à son avantage, l’Ouganda vise aussi la sécurisation de ses intérêts économiques dans la région. Des intérêts qui empiètent sur la zone d’influence du voisin rwandais, estime le rapport d’un groupe d’experts de l’ONU publié en août 2024. En dehors des intérêts sécuritaires, le gouvernement ougandais se concentre sur la sécurisation de ses investissements pétroliers et le renforcement des réseaux commerciaux vers la RDC, où ses exportations formelles ont représenté en 2019 « 156 millions de dollars » et les exportations informelles, constituées en majorité de biens industriels, « 330 millions de dollars ».
Des accointances avec le M23 et la CRP
La collaboration militaire entre la RDC et l’Ouganda s’opère dans un climat de méfiance, avec des allégations de soutien de Kampala à d’autres groupes rebelles, comme le M23 mais aussi la Convention pour la révolution populaire (CRP) de Thomas Lubanga. Ce dernier s’est même exilé en Ouganda mais son groupe mène des combats contre l’armée congolaise en Ituri. L’Ouganda a joué un rôle discret mais documenté dans la résurgence du M23, en facilitant le retour de son chef militaire en RDC en 2017 et en servant de vivier de recrutement pour la rébellion, selon un rapport publié en avril 2026 par le Congo Research Group (CRG) et le Center on International Cooperation (CIC) de l’Université de New York. Ce document note également que des officiers de l’armée ougandaise (UPDF) ont également été signalés comme participant aux sessions de formation militaire dispensées aux recrues du M23 dans le camp de Tchanzu, en RDC, aux côtés d’officiers des Forces de défense rwandaises en 2021. Mais ce rapport ne précise pas la nature exacte des arrangements entre Kampala et le M23. Difficile de savoir si ces facilitations reflètent une politique délibérée de Kampala ou il s’agit simplement des initiatives individuelles de la part de certains officiers militaires ougandais.
Depuis le lancement de ces opérations dénommées « Shuuja » visant à neutraliser les ADF, les autorités congolaises et ougandaises affichent officiellement une volonté commune de restaurer la paix. Malgré des engagements répétés en faveur d’une coopération sécuritaire renforcée, les relations entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda restent marquées par une profonde méfiance, notamment en ce qui concerne leurs opérations militaires conjointes dans l’est du pays. Malgré ce climat de méfiance, Kinshasa et Kampala poursuivent cette collaboration. Le 21 juin dernier, le président congolais Félix Tshisekedi avait reçu à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa, le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Kaguta Museveni et chef d’état-major de l’armée. La veille de cette rencontre, le 20 juin, les responsables des armées de deux pays avaient signé un accord pour poursuivre leur opération militaire conjointe contre les rebelles ADF.
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Nation
RDC : comment le gouvernement compte utiliser les fonds de 1,25 milliard USD d’eurobonds ?
Published
5 jours agoon
avril 14, 2026By
La redaction
La République démocratique du Congo a mobilisé 1,25 milliard de dollars sur les marchés financiers internationaux à travers une émission d’eurobonds le 9 avril 2026. Lors d’une conférence de presse tenue le 13 avril à Kinshasa, le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a présenté les projets prioritaires à financer, dans un contexte de besoins urgents pour soutenir le développement économique et social du pays.
L’émission d’eurobonds réalisée par la République démocratique du Congo s’inscrit dans une stratégie de diversification des sources de financement. Selon le ministère des Finances, cette levée de fonds vise principalement à financer des projets d’infrastructures, notamment dans les transports et l’énergie, considérés comme des leviers essentiels de croissance. Près de la moitié des projets prévus dans ce financement concernent la ville de Kinshasa, capitale du pays, confrontée à une démographie galopante sans moyens de transport et autres infrastructures de base. Une partie de fonds levés vise à construire un nouveau terminal de 49 000 m² à l’aéroport de N’djili, capable d’accueillir 5 millions de passagers par an.
Quelque 300 kilomètres de routes sont également prévus, ainsi qu’une rocade de 31 kilomètres avec échangeurs et ponts. Les autres investissements visent le développement d’un réseau de lignes de transmission électrique de 330 KV permettant une connexion entre la Zambie et la « ceinture de cuivre » de la RDC, une centrale hydroélectrique de 64 mégawatts et des réseaux de distribution dans la province du Kasaï-Central.
Dans d’autres villes du pays, ces fonds vont également financer la création de centres de formation professionnelle précisément dans quatre villes. Il y a aussi la modernisation de la route entre la ville de Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, et Beni, dans la province du Nord-Kivu, longue de 750 kilomètres.
Des craintes sur la transparence de fonds persistent…
Si le gouvernement met en avant des investissements structurants, experts et institutions appellent à la transparence dans la gestion de ces fonds mais aussi à la prudence face aux risques de surendettement. D’après des analyses de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, la RDC fait face à un déficit important en infrastructures, ce qui freine son développement économique. Les investissements dans les routes, les barrages et les réseaux électriques pourraient ainsi améliorer la connectivité et soutenir l’industrialisation, en particulier dans les zones minières. Mais la gestion de ces réalisations pose de doute quant à la transparence. « Nous voulons un témoin, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), pour assurer le suivi de la gestion de ces ressources. Nous allons, pour la transparence, informer la population sur l’affectation du 1,25 milliard mobilisé. D’ici un an, nous inviterons les investisseurs à constater concrètement les réalisations. », a répondu Doudou Fwamba face aux craintes sur la transparence dans la gestion de ces fonds. Ces craintes sont exprimées suite à des précédents en Afrique subsaharienne qui montrent que l’absence de suivi rigoureux peut limiter l’impact réel de tels financements sur les conditions de vie des populations. La Banque africaine de développement (BAD) souligne, dans certains de ses rapports, que l’efficacité de la dépense publique reste un enjeu clé pour maximiser les retombées économiques.
Eurobonds, la RDC très crédible sur le marché ?
Le pays a accompli un pas de plus en accédant aux marchés internationaux des capitaux. C’est un moyen pour la RDC de diversifier ses sources de financements. Plusieurs facteurs ont joué pour la réussite de cette opération. Coordonnée notamment par la Rawbank au niveau de la région, cette opération d’eurobonds est la conséquence d’une discipline budgétaire observée ces derniers temps au pays.
Le faible niveau d’endettement public de la RDC a aussi pesé en faveur de Kinshasa dans les calculs des investisseurs. Kinshasa n’avait soumis que des demandes pour 1,25 milliard de dollars, mais a reçu des soumissions frôlant les 5 milliards de dollars. Le ministre des Finances justifie le refus du fonds supplémentaire par le fait que le gouvernement n’avait en main que des projets avec étude de faisabilité coutant le 1,25 milliard de dollars sollicité. « Nous ne pouvions pas accepter toutes ces soumissions. Nous n’avions que des projets avec des études de faisabilité pour le montant sollicité », a fait savoir le ministre des Finances qui s’est réjoui non pas du milliard reçu mais de la « crédibilité certifiée » que le pays a gagné dans ce processus. Doudou Fwamba célèbre donc la « reconnaissance des efforts » du président Félix Tshisekedi et l’entrée « très réussie » de la RDC dans la finance internationale.
Pour réussir cette opération, la Rawbank, première banque de la RDC, a agi aux côtés des leaders mondiaux tels que Citigroup et Standard Chartered Bank comme arrangeurs et coordinateurs des souscriptions au niveau global. « Nous sommes fiers d’avoir accompagné cette opération, qui ouvre la voie à de nouveaux financements internationaux, y compris pour les émetteurs non souverains », a déclaré Mustafa Rawji, directeur général de la Rawbank. Avec cet emprunt, le taux d’endettement du pays passe de 18,1 % à 19,5 % du PIB, un niveau toujours inférieur à celui de pays comme la Namibie, l’Angola ou le Kenya. Kinshasa prévoit de constituer des provisions annuelles pour son remboursement.
Si les 1,25 milliard de dollars d’eurobonds offrent à la République démocratique du Congo une opportunité d’accélérer son développement, leur réussite dépendra de la capacité du gouvernement à conjuguer discipline budgétaire, transparence et efficacité dans l’exécution des projets, sous le regard attentif des partenaires comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.
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Nation
Kinshasa : que sait-on du projet de viaduc pour désengorger les axes Nguma-Mondjiba-Socimat ?
Published
6 jours agoon
avril 13, 2026By
La redaction
Face à la congestion chronique qui paralyse l’accès au centre-ville de Kinshasa, le gouvernement congolais a annoncé via le conseil des ministres tenu le 10 avril 2026 un projet de viaduc de 3,5 km dans la baie de Ngaliema. Objectif : fluidifier la circulation sur les axes importants reliant notamment les avenues Nguma, Mondjiba à la Gombe en passant par la rive gauche du fleuve Congo. Plusieurs zones d’ombre entourent encore ce projet, notamment son financement et son tracé à la hauteur de la très convoitée Baie de Ngaliema.
Présenté lors du Conseil des ministres du 10 avril 2026, le projet de viaduc dans la baie de Ngaliema s’inscrit dans une stratégie plus large de lutte contre les embouteillages à Kinshasa. Selon les autorités, cette infrastructure vise en priorité les axes les plus saturés de l’ouest de la capitale, notamment la route de Matadi, la rocade nord-ouest et le corridor Kintambo–boulevard Mondjiba–Socimat, régulièrement paralysés aux heures de pointe.
Long d’environ 3,5 kilomètres, le futur viaduc sera constitué de deux fois deux voies. Il doit relier directement les rocades nord-ouest et nord-est, en contournant les points noirs de circulation comme Kintambo-Magasin. Le tracé annoncé partirait de l’avenue du Tourisme, à hauteur de l’Hôpital de la Rive, longerait la baie de Ngaliema via le site de Chanic, pour déboucher sur le boulevard Tshatshi, à proximité de l’Hôtel Pullman, dans la commune de la Gombe.
Conçu comme une voie rapide urbaine, l’ouvrage permettrait une vitesse de circulation estimée entre 60 et 80 km/h, avec des échangeurs et rampes d’accès contrôlées. Il offrirait ainsi une alternative directe aux axes Nguma et Mondjiba, aujourd’hui saturés par l’augmentation du parc automobile et l’urbanisation rapide de la capitale. Pour le gouvernement, ce projet constitue une réponse structurelle à un problème devenu chronique : chaque jour, des milliers d’usagers passent plusieurs heures dans les embouteillages pour rejoindre la Gombe, principal centre administratif et économique. Le viaduc s’inscrit également dans un programme plus large de réaménagement de la baie de Ngaliema et de modernisation des infrastructures routières de Kinshasa.
Baie de Ngaliema, un site aux projets controversés
La rive gauche du fleuve, dans la zone communément appelée « Baie de Ngaliema », est toujours convoitée par plusieurs projets immobiliers controversés. Réputée site non aedificandi depuis l’époque coloniale, la Baie de Ngaliema est occupée actuellement par des constructions dites anarchiques. Si le gouvernement a réussi à démolir d’autres constructions anarchiques ailleurs notamment à Magasin-Kintambo, la Baie de Ngaliema continue cependant d’être spoliée par des « puissants » au point de faire capituler le gouvernement. En juin 2025, en marge de la Journée mondiale de l’environnement, célébrée chaque 5 juin, la ministre de l’Environnement et développement durable, Eve Bazaiba, avait officiellement annoncé la « sanctuarisation » de la Baie de Ngaliema. Les travaux visant à transformer cet espace en parc récréatif écotouristique ont été lancés par la même occasion, faisant de cette zone « une aire protégée ». En tant que telle, ce site bénéficie des protections prévues par la loi sur la conservation de la nature, au même titre que toutes les autres aires protégées du pays. Eve Bazaiba avait également mis en garde les fonctionnaires qui délivrent des titres fonciers sur des espaces « non aedificandi », conseillant aux acquéreurs de parcelles d’agir avec prudence. « Vos propres besoins ne vous permettent pas de construire n’importe où. Lorsqu’il y a des catastrophes, ces mêmes personnes appellent l’Etat à l’aide alors que c’est elles-mêmes qui prennent des risques démesurés. Que les conservateurs des titres fonciers sachent qu’aujourd’hui il y a pénalisation des actes. Celui qui donne des titres fonciers aux paisibles citoyens là où il ne faut pas se retrouvera en prison. », avait-elle menacé. Si hier, ils étaient couverts, ce n’est pas le cas aujourd’hui. La loi a déjà été promulguée, avait-elle ajouté. Dans la foulée de cette mesure, l’aménagement et la gestion de cet espace ont été confiés à la société Utexafrica, suivant un partenariat public-privé signé en 2017. Jean-Philippe Waterschoot, directeur général de cette société, avait expliqué que ce projet vise à protéger la rivière Makelele et le fleuve Congo tout en offrant aux Kinois un espace récréatif accessible gratuitement.
Mais malgré ce projet, d’autres constructions anarchiques ont continué. Le 14 février 2026, le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, avait effectué une visite d’évaluation sur ce site stratégique, annonçant de facto le début d’un processus qui devrait conduire à la démolition des bâtisses érigées en violation des normes urbanistiques.
Un projet de « petit » Dubaï en attente…
Depuis 2017, les projets foisonnent à la Baie de Ngaliema. Un projet immobilier et d’urbanisation à usage mixte avait été conçu sur une superficie totale de 187 ha. Le projet Corniche est divisé en quatre zones. Il visait à créer une sorte de « petit Dubaï » sur ce site. La zone I qui part de la résidence actuelle de l’ambassadeur de France jusqu’à la clôture du Palais de la Nation. Elle s’étend sur une superficie de 24,56 ha, dont 9,02 ha sur la terre ferme et 15,54 ha à gagner sur le fleuve. Il était prévu d’ériger un restaurant, des commerces, des logements collectifs et des maisons individuelles. La Zone II s’étend du Palais de la Nation à l’embouchure de la rivière Gombe sur une superficie de 33,07 ha, dont 11,80 ha sur la terre ferme et 21,07 à gagner sur le fleuve. Dans cette zone, il était prévu la construction d’un restaurant, des commerces, un hôtel et des logements collectifs. La zone III, la plus importante de toutes, va de la rivière Gombe au chantier naval de Chanimétal au niveau de la baie de Ngaliema sur une superficie de 77,79 ha, dont 67,86 ha sur la terre ferme et 9,93 ha à gagner sur le fleuve. Elle devrait comprendre des bureaux, un restaurant, des commerces, un hôtel, un River Club, des logements collectifs, des maisons individuelles, un parc thématique (45 000 m2) et un théâtre. Et, enfin, la zone IV qui s’étend du chantier naval de Chanimétal jusqu’au collecteur situé au Mont Ngaliema, soit une superficie de 52,23 ha, dont 24,71 ha sur la terre ferme et 27,52 ha à gagner sur le fleuve. Elle devrait abriter des bureaux, un restaurant, des commerces, un hôtel, des logements collectifs, culturel et éducationnel et un centre culturel. Ce projet avait été repris en 2022 par l’administration Tshisekedi. Le ministre des Affaires foncières de l’époque, Aimé Molendo Sakombi, avait tenté de le faire avancer en prenant langue à Dubaï avec la firme Emaar Properties. Mais jusqu’à ce jour, le site fait toujours l’objet des controverses. D’autres constructions anarchiques sortent encore de terre.
Le viaduc va-t-il voir le jour ?
Présenté comme une solution ambitieuse, le viaduc va-t-il voir le jour dans cet imbroglio autour de la Baie de Ngaliema ? Ce projet, au-delà des controverses liées au site, devra encore franchir l’épreuve du financement et de la mise en œuvre pour convaincre. Dans une ville où les projets d’infrastructures peinent souvent à se concrétiser, les Kinois attendent désormais des actes pour espérer voir, enfin, leurs trajets quotidiens se raccourcir. La ville-province de Kinshasa reste surtout confrontée à des embouteillages monstres, paralysant la circulation routière et compliquant considérablement les déplacements ainsi que le vécu quotidien des Kinois et Kinoises. Lors des précédentes réunions du Conseil des ministres, le chef de l’État, Félix Tshisekedi, avait, à plusieurs reprises, demandé au gouvernement de trouver une solution durable aux embouteillages sur les principaux axes routiers de la ville. Si ce viaduc est réalisé, il sera considéré comme l’une des solutions structurelles attendues par la population kinoise pour faire face aux embouteillages chroniques dans cette partie de la capitale.
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