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RDC : De Kasa-Vubu à Tshisekedi, l’éternel pari de l’union nationale
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9 mois agoon
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La redaction
[PARTIE 2]
Depuis son indépendance en 1960, la République démocratique du Congo (RDC) s’appuie sur des gouvernements d’union nationale, de salut public ou de transition pour conjurer ses crises les plus graves : rébellions, effondrements économiques, pressions internationales. Ces coalitions, réunissant pouvoir et opposition, émergent comme des tentatives de stabiliser un État miné par des fractures ethniques, politiques, sociales. Mais ces gouvernements, souvent présentés comme des remèdes miracles, répondent-ils aux attentes ? Heshima Magazine, inspiré par l’annonce de Félix Tshisekedi en février 2025 et les consultations menées par Eberande Kolongele, explore cette pratique quasi rituelle, ses dynamiques, ses succès, ses échecs. La première partie, publiée le 23 avril 2025, a retracé les gouvernements d’union jusqu’aux années 1990. Cette seconde partie analyse la transition « 1+4 » de 2003 à 2006, les gouvernements de Matata Ponyo de 2014 à 2017, de Samy Badibanga de 2016 à 2017, de Bruno Tshibala de 2017 à 2019, et l’initiative actuelle de Tshisekedi, en interrogeant leur pertinence face aux défis contemporains.
Transition 1+4 sous Joseph Kabila (2003-2006)
La Seconde Guerre du Congo (1998-2002), surnommée la « guerre mondiale africaine » pour son implication de neuf pays et d’innombrables factions, laisse la RDC dans un état de désolation presque irréparable. Avec un bilan estimé entre 3 et 5 millions de morts – dus aux combats, à la famine et aux maladies –, des millions de déplacés internes et un territoire morcelé entre seigneurs de guerre, milices locales et armées étrangères, la RDC est un État en lambeaux. L’assassinat de Laurent-Désiré Kabila, le 16 janvier 2001, propulse son fils Joseph, alors âgé de 29 ans, à la tête d’un pays au bord de l’implosion. Inexpérimenté, peu connu et dépourvu d’une base politique solide, Joseph Kabila hérite d’une nation où les richesses minières – or, coltan, diamants – attisent les convoitises des puissances régionales, notamment le Rwanda et l’Ouganda, et des réseaux transnationaux, tandis que la population, épuisée par des décennies de violence et de misère, oscille entre désespoir et méfiance envers toute gouvernance.
Avant la signature de l’Accord global et inclusif à Pretoria le 17 décembre 2002, la RDC est un patchwork de zones contrôlées par des factions rebelles, des milices locales et des forces étrangères, chacune poursuivant des agendas distincts, souvent liés à l’exploitation des ressources naturelles et à des rivalités ethniques ou géopolitiques. L’autorité de Kinshasa, exercée par le gouvernement de Laurent-Désiré Kabila puis de son fils, se limite principalement à l’ouest et au centre, notamment les provinces du Kasaï, du Katanga, fief historique des Kabila, du Bas-Congo et de la capitale. Même dans ces régions, le contrôle est fragile, miné par la corruption, l’absence d’infrastructures et la méfiance des populations. L’Est, riche en minerais stratégiques, est le théâtre d’une anarchie violente. Le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD-Goma), soutenu par le Rwanda, domine les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et du Maniema, ainsi que des parties de la Province Orientale, exploitant illégalement le coltan et l’or tout en imposant une administration parallèle brutale. Le Mouvement de Libération du Congo (MLC), dirigé par Jean-Pierre Bemba et appuyé par l’Ouganda, contrôle le nord, principalement l’Équateur et des portions de la Province Orientale, comme Beni et Bunia, tirant profit du bois et des diamants. Une faction dissidente, le RCD-Kisangani/Mouvement de Libération (RCD-K/ML), soutenue également par l’Ouganda, règne sur l’Ituri, où des conflits ethniques sanglants entre Hema et Lendu font des dizaines de milliers de morts. Dans les Kivus, le Maniema et le nord du Katanga, des milices Maï-Maï, autoproclamées défenseurs des communautés locales, contrôlent des poches de territoire, alternant entre résistance et banditisme. Les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), composées de Hutus rwandais réfugiés après le génocide de 1994, sont actives dans les Kivus, alimentant les tensions ethniques et servant de prétexte à l’ingérence rwandaise. Au Katanga, riche en cuivre et cobalt, le gouvernement maintient un contrôle relatif, mais des tensions séparatistes et des milices locales, comme celles de Gédéon Kyungu, menacent la stabilité.
Politiquement, l’autorité de Kinshasa est quasi inexistante dans l’Est et le Nord, où les administrations parallèles des groupes rebelles collectent des taxes, imposent leurs lois et exploitent les ressources. Économiquement, la RDC est une coquille vide : l’hyperinflation héritée de l’ère Mobutu a anéanti la monnaie, les infrastructures – routes, ponts, écoles, hôpitaux – sont en ruines, et la corruption endémique siphonne les rares ressources de l’État. Les richesses minières, qui pourraient financer la reconstruction, sont pillées par des réseaux transnationaux impliquant des compagnies étrangères, des élites locales et des armées voisines, comme le documente un rapport de l’ONU de 2001 sur le « pillage systématique ». Socialement, le tableau est dramatique : environ 3,4 millions de déplacés internes vivent dans des camps de fortune, fuyant les combats incessants dans l’Ituri, les Kivus et la Province Orientale. Les violences sexuelles, utilisées comme arme de guerre, touchent des dizaines de milliers de femmes et de filles, tandis que les massacres ethniques, comme ceux entre Hema et Lendu, laissent des communautés déchirées. Sur le plan sécuritaire, la prolifération des groupes armés rend toute pacification illusoire. La Mission des Nations unies au Congo (MONUC), déployée dès 1999 avec 8 700 Casques bleus en 2003, est débordée par l’ampleur du chaos, son mandat limité à l’observation et à la protection des civils l’empêchant d’intervenir efficacement contre les milices.
C’est dans ce contexte d’effondrement total que l’Accord global et inclusif, signé à Pretoria le 17 décembre 2002 sous la médiation de l’ONU et de l’Afrique du Sud, tente de mettre un terme officiel à la Seconde Guerre du Congo. Fruit de négociations laborieuses impliquant le gouvernement de Kinshasa, les principaux mouvements rebelles, des factions Maï-Maï, l’opposition civile et la société civile, cet accord instaure, le 30 juin 2003, un gouvernement de transition inédit, baptisé « 1+4 ». Joseph Kabila conserve la présidence, entouré de quatre vice-présidents représentant les principales forces en présence : Abdoulaye Yerodia Ndombasi, loyaliste kabiliste du PPRD ; Azarias Ruberwa, du RCD-Goma soutenu par le Rwanda ; Jean-Pierre Bemba, du MLC appuyé par l’Ouganda ; et Arthur Z’ahidi Ngoma, issu de l’opposition civile non armée. Ce gouvernement, mosaïque d’intérêts divergents, incarne une tentative audacieuse mais fragile de réunifier un pays fracturé. Sa mission est herculéenne : pacifier un territoire vaste comme l’Europe occidentale via un programme de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) des ex-combattants, relancer une économie exsangue, et organiser les premières élections libres depuis l’indépendance en 1960, le tout dans un délai ambitieux de deux ans.
Le « 1+4 » pose des jalons institutionnels remarquables dans un contexte chaotique. Une nouvelle constitution, adoptée par référendum en mai 2005, instaure un régime semi-présidentiel et décentralisé, visant à apaiser les tensions régionales. L’enregistrement de 25 millions d’électeurs, dans un pays où les routes sont souvent des pistes boueuses et l’électricité un luxe, est un exploit logistique orchestré avec l’appui de l’ONU et des bailleurs internationaux. Pourtant, les obstacles s’accumulent. Le programme DDR s’enlise : les ex-rebelles, méfiants envers Kinshasa, rechignent à abandonner leurs armes, et leur intégration dans les Forces Armées de la RDC (FARDC), mal entraînées et sous-équipées, ravive les rivalités, transformant l’armée en une mosaïque de loyautés conflictuelles. Dans l’Est, les violences persistent. Les milices, soutenues en sous-main par le Rwanda et l’Ouganda, exploitent les minerais et sèment la terreur. Les FDLR lancent des attaques dans les Kivus, provoquant des représailles brutales, tandis que les Maï-Maï alternent entre résistance et banditisme. En Ituri, les affrontements entre Hema et Lendu continuent, malgré l’intervention de la MONUC et d’une force européenne temporaire en 2003. La MONUC, aux moyens limités, peine à imposer une paix durable, ses Casques bleus étant parfois accusés de passivité.
Le gouvernement de transition est miné par des tensions internes. Ruberwa, représentant du RCD-Goma, menace de quitter la transition, accusant Kinshasa de marginaliser ses alliés. Bemba, charismatique mais controversé, consolide son influence dans le nord, se positionnant comme un rival direct de Kabila, souvent critiqué pour son style discret et accusé de vouloir prolonger son pouvoir. Kabila doit naviguer entre les pressions des rebelles, les attentes de l’opposition civile et les injonctions des bailleurs internationaux, qui conditionnent leur aide à des avancées démocratiques. Économiquement, la relance bute sur des obstacles structurels. L’insécurité dans l’Est empêche la réhabilitation des mines, tandis que la corruption, incarnée par des contrats opaques avec des compagnies étrangères, détourne les revenus potentiels. L’hyperinflation, bien que ralentie, ronge le pouvoir d’achat, et les infrastructures détruites rendent le commerce intérieur quasi impossible.
Initialement prévues pour juin 2005, les élections sont repoussées à juillet 2006, un retard symptomatique des défis logistiques et des tensions politiques. Financé à hauteur de 500 millions de dollars par la communauté internationale, le scrutin, le premier véritablement démocratique depuis 1960, se déroule dans une relative transparence, malgré des violences sporadiques dans l’Est et des accusations de fraude. Au premier tour, Kabila arrive en tête avec environ 44 % des voix, suivi de Bemba avec 20 %, tandis que Ruberwa et Z’ahidi Ngoma s’effacent. Au second tour, Kabila l’emporte avec 58 % des voix, un résultat contesté par Bemba, qui dénonce des irrégularités. Investi le 6 décembre 2006, Kabila met fin à la transition « 1+4 », marquant un tournant dans l’histoire de la RDC. Cependant, la victoire ne scelle pas la réconciliation. En mars 2007, des affrontements meurtriers éclatent à Kinshasa entre les forces loyalistes et les miliciens de Bemba, faisant des centaines de morts et forçant ce dernier à s’exiler. Dans l’Est, la paix reste un mirage : des groupes comme le Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP), dirigé par Laurent Nkunda, émergent dans le Nord-Kivu, prolongeant un cycle de violence alimenté par les ingérences rwandaises et les luttes pour les minerais.
La transition « 1+4 » laisse un héritage profondément ambivalent. D’un côté, elle pose les bases d’une démocratie naissante : une constitution, des élections historiques et des institutions embryonnaires voient le jour, un exploit dans un pays où l’État central avait presque disparu. L’enregistrement de millions d’électeurs et la tenue d’un scrutin national témoignent d’une résilience remarquable, soutenue par la communauté internationale. De l’autre, elle échoue à panser les plaies béantes de la guerre. L’Est – Nord-Kivu, Sud-Kivu, Ituri – demeure un foyer d’instabilité, où les ingérences étrangères, les luttes pour les ressources et les tensions ethniques alimentent des conflits insolubles. Les institutions, bien que formellement en place, restent fragiles, minées par la corruption, les rivalités factionnelles et l’incapacité des FARDC à imposer un monopole de la violence légitime. Les élections de 2006, saluées comme un pas historique, ne suffisent pas à unifier une nation hantée par ses divisions ethniques, régionales et politiques. La transition « 1+4 » marque la fin officielle de la Seconde Guerre du Congo, mais n’offre qu’une paix précaire, un répit temporaire dans une histoire marquée par la résilience face à un chaos structurel.
Gouvernement de cohésion nationale de Matata Ponyo (2014-2017)
Au tournant des années 2010, la RDC s’enlise dans une crise multidimensionnelle, conjuguant instabilité politique, insécurité chronique et délitement économique. À l’est, les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu restent des foyers de violence, où des groupes armés comme les ADF-Nalu, les FDLR ou les résidus du M23 défait en 2013 prospèrent dans un climat d’impunité, souvent avec le soutien implicite de puissances régionales. Ces milices, exploitant les richesses minières comme le coltan et l’or, alimentent un cycle de massacres et de déplacements massifs, plongeant des millions de civils dans la précarité. À l’échelle nationale, la population subit les stigmates de décennies de conflits : routes impraticables, écoles et hôpitaux en ruine, et une pauvreté endémique touchant près de 70 % des Congolais. L’État, rongé par une corruption institutionnalisée, peine à asseoir son autorité au-delà de Kinshasa, où les élites s’accrochent à des privilèges indécents. Joseph Kabila, réélu en novembre 2011 dans un scrutin entaché de fraudes massives, dénoncées par l’opposition, les observateurs internationaux et même le Centre Carter, voit sa légitimité contestée. Étienne Tshisekedi, leader charismatique de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), rejette les résultats et se proclame président légitime. Le 23 décembre 2011, dans un geste de défi, il prête serment depuis sa résidence à Limete, encerclée par des forces de sécurité qui l’isolent de ses partisans. Cet acte symbolique, entouré d’une poignée de fidèles, galvanise l’opposition mais attise les tensions, déclenchant des manifestations violemment réprimées à Kinshasa, Lubumbashi et Goma.
C’est dans ce contexte explosif que Kabila initie, en 2013, les Concertations nationales, un forum censé apaiser les fractures politiques et restaurer une cohésion nationale. Ouvertes le 7 septembre 2013 au Palais du Peuple à Kinshasa, ces assises sont placées sous la co-direction d’Aubin Minaku, président de l’Assemblée nationale, et de Léon Kengo wa Dondo, président du Sénat. Prévues initialement pour 500 délégués, elles réunissent finalement près de 900 participants, issus de la majorité, d’une partie de l’opposition, de la société civile et des autorités traditionnelles. Parmi les partis d’opposition ayant accepté de participer, on note le Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba, représenté par Thomas Luhaka, alors Secrétaire général, contre l’avis de son parti, ainsi que des formations mineures comme l’Union des forces du changement (UFC) de Léon Kengo et certains dissidents de l’UDPS, bien que le parti de Tshisekedi boycotte officiellement l’événement, dénonçant une entreprise de légitimation du régime. Des personnalités comme François Muamba, ancien cadre du MLC, ou encore Philippe Biyoya, proche de Kengo, jouent un rôle actif dans les débats. Cependant, des poids lourds de l’opposition, comme l’UDPS, l’Union pour la nation congolaise (UNC) de Vital Kamerhe et les Forces acquises au changement (FAC) de Martin Fayulu, refusent catégoriquement de s’associer à ce qu’ils qualifient de « dialogue unilatéral » orchestré par le pouvoir. Organisées autour de cinq thématiques : gouvernance, économie, désarmement, conflits communautaires, et décentralisation , les Concertations aboutissent, le 5 octobre 2013, à un rapport final contenant 641 recommandations adressées à Kabila, incluant des appels à une ouverture politique, à la réforme électorale et à la pacification de l’Est.
Ces pourparlers ouvrent la voie à la formation d’un gouvernement de cohésion nationale, présenté comme l’incarnation des résolutions des Concertations. Ce gouvernement, censé fédérer les forces vives du pays, intègre des figures de l’opposition, des partis politiques, de la société civile et même d’anciens rebelles, dans une tentative de projeter une image d’unité. Pour Kabila, l’objectif est clair : consolider un pouvoir fragilisé par les contestations post-électorales, apaiser les critiques internationales et préparer le terrain pour les élections de 2016, tout en neutralisant ses adversaires par leur inclusion. Augustin Matata Ponyo, Premier ministre depuis 2012 et technocrate, est reconduit à la tête de ce gouvernement. Fidèle à Kabila, il doit naviguer dans un gouvernement hétéroclite où cohabitent des poids lourds comme Évariste Boshab, nommé vice-Premier ministre, et des opposants ralliés, tels que Thomas Luhaka du MLC, qui hérite du ministère des Postes, Télécommunications et Nouvelles technologies. D’autres figures, issues de la société civile ou de courants modérés, complètent cet attelage, censé incarner un consensus national fragile.
L’ambition de ce gouvernement est de restaurer l’autorité de l’État, relancer une économie asphyxiée, promouvoir le développement social et organiser des élections transparentes en 2016, conformément à la Constitution, qui interdit à Kabila un troisième mandat. Sur le plan sécuritaire, la tâche est colossale. Les FARDC, minées par la corruption et un manque chronique de moyens, luttent difficilement contre les groupes armés dans l’Est, où les massacres, comme ceux de Beni (2014-2016), font des centaines de victimes. La MONUSCO, avec ses 20 000 Casques bleus, apporte un appui logistique mais reste critiquée pour son inefficacité face à la complexité des conflits. Économiquement, Matata mise sur la stabilisation macroéconomique, un succès relatif, avec une inflation contenue et une croissance de 7 à 9 % portée par le boom minier mais les contrats opaques avec des firmes étrangères limitent les retombées pour la population. Les richesses du sous-sol, notamment le cuivre et le cobalt, continuent d’alimenter des réseaux mafieux plutôt que le Trésor public.
Malgré son caractère voulu inclusif, le gouvernement s’enlise dans des contradictions internes. Les tensions entre les caciques du régime et les nouveaux entrants, issus de l’opposition, éclatent rapidement, avec des accusations croisées de corruption, d’incompétence et de sabotage. Luhaka, par exemple, peine à imposer son autorité dans un ministère stratégique, tandis que Boshab, pilier du PPRD, est perçu comme un gardien des intérêts de Kabila. Sur le terrain, l’insécurité persiste : les opérations militaires, bien que soutenues par la MONUSCO, ne parviennent pas à démanteler les milices, et les tensions ethniques s’aggravent dans le Kasaï et l’Ituri. Socialement, la grogne monte. Les fonctionnaires, les enseignants et les étudiants, confrontés à des salaires impayés et à des conditions de vie indignes haussent le ton.
Le dossier électoral, censé sceller la réconciliation nationale, devient un catalyseur de crise. Dès 2015, des rumeurs de « glissement » – un report des élections pour prolonger le mandat de Kabila circulent, alimentées par les déclarations ambiguës du pouvoir et un projet de loi controversé présenté par le Ministre de l’intérieur Evariste Boshab. La Commission électorale nationale indépendante (CENI), accusée de partialité, invoque des contraintes logistiques pour justifier des retards, repoussant le scrutin de novembre 2016 à 2018. Cette stratégie attise la colère populaire. À Kinshasa, Goma et Bukavu, des manifestations éclatent, portées par une jeunesse exaspérée et une opposition revigorée , désormais rejointe par Moïse Katumbi, ancien allié de Kabila passé dans le camp adverse. En septembre et décembre 2016, des heurts sanglants dans la capitale font des dizaines de morts, tandis que l’Union européenne, les États-Unis, l’ONU, accentuent la pression, imposant des sanctions contre des proches du régime.
Le bilan du gouvernement de cohésion nationale est mitigé, oscillant entre espoirs déçus et avancées fragiles. D’un côté, il maintient un semblant de dialogue, intégrant des opposants et stabilisant temporairement le front politique. Les efforts économiques de Matata Ponyo, notamment la discipline budgétaire, permettent une croissance enviable, bien que peu inclusive. De l’autre, les échecs s’accumulent. L’insécurité dans l’Est s’enracine, alimentée par des complicités internes et des ingérences étrangères. La crise électorale, amplifiée par les reports, transforme le gouvernement en un symbole d’immobilisme et de calculs politiciens. Les 641 recommandations des Concertations nationales, bien que louables sur le papier, peinent à se traduire en actions concrètes, reléguées au rang de vœux pieux. En novembre 2016, Matata Ponyo cède sa place à Samy Badibanga dans un climat de crise.
Gouvernement de transition issu de l’accord de la Cité de l’OUA de Samy Badibanga (2016-2017)
À l’approche de décembre 2016, le pays s’enfonce dans une crise politique d’une rare intensité, alors que le second mandat de Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001, arrive à son terme sans qu’aucune élection ne soit en vue. La Constitution, qui limite le président à deux mandats, devient un point de fracture : l’absence de scrutin programmé attise les soupçons d’une volonté de Kabila de s’accrocher au pouvoir. Cette impasse déclenche une vague de protestations populaires, particulièrement à Kinshasa, Goma et Lubumbashi, où des dizaines de manifestants entre 50 et 100 selon les rapports de l’ONU, sont tués lors de répressions brutales par les forces de l’ordre en septembre et décembre 2016. L’opposition, rassemblée sous la bannière du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement, coalise des figures de poids comme Félix Tshisekedi, héritier de UDPS, et Moïse Katumbi, ancien gouverneur du Katanga passé dans l’opposition. Cette coalition exige le départ immédiat de Kabila, accusé de manipuler les institutions pour prolonger son règne. Sur le plan économique, la chute des cours mondiaux des minerais, notamment du cuivre et du cobalt, plonge l’État dans une crise budgétaire aiguë, aggravant une pauvreté touchant plus de 70 % de la population. Les investissements étrangers, déjà timides, se tarissent face à l’incertitude politique, tandis que l’inflation galopante érode le pouvoir d’achat. Dans l’Est, les groupes armés ADF, FDLR, milices Maï-Maï défient l’autorité de Kinshasa, malgré les 17 000 Casques bleus de la MONUSCO, dont le mandat reste limité face à la complexité des conflits. Au Kasaï, une nouvelle crise éclate, marquée par des violences ethniques et l’émergence de la milice Kamuina Nsapu, faisant des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés en quelques mois.
Dans ce climat explosif, l’Accord de la Cité de l’OUA, signé le 18 octobre 2016 à Kinshasa sous la médiation de l’Union africaine et de son émissaire Edem Kodjo, cherche à désamorcer la crise. Fruit de négociations laborieuses réunissant la Majorité présidentielle (MP), des partis d’opposition mineurs et des acteurs de la société civile, cet accord reste bancal. Il prévoit la formation d’un gouvernement de transition chargé d’organiser des élections d’ici avril 2018, tout en maintenant Kabila au pouvoir jusqu’au scrutin. Cependant, le texte est rejeté par le Rassemblement, qui le juge trop conciliant envers le régime et dépourvu de garanties fermes sur le départ du président. Parmi les signataires de l’opposition, on trouve des figures comme Vital Kamerhe, président de l’UNC, qui espère tirer parti du dialogue pour renforcer sa stature, ou encore l’opposition républicaine de Kengo. Mais l’absence de l’UDPS et des principaux ténors du Rassemblement prive l’accord d’une assise populaire. Le 17 novembre 2016, après des mois de blocage, Augustin Matata Ponyo, remet sa démission. Contre toute attente, Kabila nomme Samy Badibanga, un dissident de l’UDPS, au poste de Premier ministre. Cette décision sidère l’opposition, notamment Kamerhe, qui s’attendait à un rôle plus central après son implication dans les pourparlers. Badibanga, perçu comme un pion du régime, incarne un compromis fragile, destiné à apaiser les tensions tout en préservant l’emprise de Kabila.
Badibanga forme un gouvernement de transition le 19 décembre 2016, intégrant une trentaine de ministres issus de la MP, de l’opposition signataire de l’accord et de la société civile. Parmi les nominations, on note des figures comme José Makila, de l’opposition modérée, au ministère des Transports, ou encore Emmanuel Ramazani Shadary, un fidèle de Kabila, à l’Intérieur. Cependant, l’absence de représentants du Rassemblement : Félix Tshisekedi, Katumbi ou leurs alliés, prive ce gouvernement de toute légitimité aux yeux de l’opposition radicale et d’une large frange de la population. Des partis mineurs, comme l’Alliance des démocrates pour le renouveau (ADR) ou des dissidents de l’UDPS ralliés à Badibanga, occupent des strapontins, mais leur poids politique reste marginal. La mission du gouvernement est pourtant ambitieuse : stabiliser un pays au bord de l’implosion, organiser des élections crédibles d’ici décembre 2017, relancer une économie asphyxiée et restaurer une cohésion politique dans un climat de défiance généralisée. Badibanga, fort de son expérience de député et de ses réseaux internationaux, promet des réformes rapides, mais son passé controversé et son alignement perçu sur Kabila sapent sa crédibilité.
Les obstacles s’accumulent dès les premières semaines. Le Rassemblement intensifie sa mobilisation, appelant à des journées « villes mortes » et organisant des manifestations, souvent interdites et dispersées par une répression brutale. En janvier 2017, des heurts à Kinshasa et Kananga font une dizaine de morts, accentuant la fracture entre le pouvoir et la rue. Sur le plan électoral, les préparatifs patinent : la Commission électorale nationale indépendante (CENI), accusée de partialité, évoque des défis logistiques, recensement des 45 millions d’électeurs, financement du scrutin pour justifier des retards. Des désaccords sur la mise à jour des listes électorales et les conditions d’un vote transparent paralysent les discussions. Dans l’Est, les violences armées redoublent d’intensité : tandis que la crise du Kasaï s’aggrave, avec des exactions attribuées à la milice Kamuina Nsapu et aux forces de l’ordre, provoquant une catastrophe humanitaire. Économiquement, la dégringolade du franc congolais, qui perd 30 % de sa valeur en quelques mois, et l’effondrement des revenus miniers plongent l’État dans une impasse budgétaire.
Au sein du gouvernement, les tensions éclatent rapidement. Les ministres issus de l’opposition, marginalisés dans les décisions clés, dénoncent l’hégémonie de la MP et l’absence de volonté réelle pour organiser les élections. Badibanga, coincé entre les exigences de Kabila et les pressions internationales, peine à imposer une ligne cohérente. Son gouvernement, qualifié de « patchwork » par les analystes, manque de vision et d’autorité, tandis que la société civile, relayée par l’Église catholique, accuse le régime de jouer la montre. Après seulement deux mois, l’échec du gouvernement devient patent. Un nouveau dialogue, impulsé par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), s’ouvre fin 2016 pour pallier les lacunes de l’Accord de la Cité de l’OUA. Plus inclusif, il réunit le Rassemblement, la MP et la société civile, aboutissant à l’Accord de la Saint-Sylvestre, signé le 31 décembre 2016. Ce texte, plus ambitieux, exige des élections avant fin 2017 et interdit à Kabila de briguer un troisième mandat. Il scelle le sort de Badibanga, jugé incapable de porter cette nouvelle dynamique. Le 6 avril 2017, Bruno Tshibala, autre dissident de l’UDPS, lui succède, mettant fin à un mandat de moins de cinq mois, aussi éphémère qu’inefficace.
Gouvernement de transition de Bruno Tshibala issu du dialogue de la CENCO (2017-2019)
L’Accord de la Saint-Sylvestre, signé le 31 décembre 2016 sous la médiation de la CENCO, ambitionne de conjurer le chaos en traçant une feuille de route ambitieuse : organiser des élections crédibles avant décembre 2017, garantir une transition sans troisième mandat pour Joseph Kabila, et former un gouvernement inclusif réunissant la Majorité présidentielle (MP) et l’opposition. Ce texte, négocié au prix de concessions ardues entre la MP, le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement (mené par Félix Tshisekedi et Moïse Katumbi), et des acteurs de la société civile, incarne un espoir fragile dans un pays où la défiance envers les institutions atteint des sommets. Pourtant, sa mise en œuvre s’enlise rapidement. Les désaccords sur le partage des postes et le calendrier électoral exacerbent les tensions, tandis que des manifestations, portées par une jeunesse exaspérée et relayées par le Rassemblement, sont réprimées dans le sang. Entre janvier et avril 2017, des dizaines de morts environ 40 selon Human Rights Watch sont recensés à Kinshasa, Goma et Kananga, renforçant l’image d’un régime aux abois. Le 7 avril 2017, dans un geste controversé, Kabila nomme Bruno Tshibala, Secrétaire Général de l’UDPS, au poste de Premier ministre. Âgé de 61 ans, Tshibala, est perçu comme un pion du pouvoir, un choix destiné à donner une façade d’opposition au gouvernement tout en marginalisant les ténors du Rassemblement. La CENCO, pourtant architecte de l’accord, critique cette nomination unilatérale, déplorant l’absence de consensus, tandis que Félix Tshisekedi et Katumbi la rejettent catégoriquement, dénonçant une trahison des principes de la Saint-Sylvestre.
Tshibala dévoile son gouvernement le 9 mai 2017, un gouvernement pléthorique de 54 ministres et vice-ministres, mêlant des figures de la MP, des partis d’opposition signataires de l’accord, et des représentants de la société civile. Parmi les nominations marquantes, Jean-Pierre Lisanga Bonganga, transfuge de la Coalition des alliés d’Étienne Tshisekedi (CAET) et proche de l’opposition modérée, devient ministre d’État chargé des Relations avec le Parlement. D’autres figures, comme José Makila Sumanda, ex-membre du Mouvement de libération du Congo (MLC), nommé vice-Premier ministre des Transports, ou encore Emmanuel Ramazani Shadary, fidèle de Kabila, reconduit à l’Intérieur, illustrent la tentative d’équilibre entre factions. Cependant, l’absence des poids lourds du Rassemblement UDPS, UNC de Vital Kamerhe, G7 de Katumbi, ou encore les Forces acquises au changement (FAC) de Martin Fayulu, prive le gouvernement de toute représentativité. Des partis mineurs, comme l’Alliance pour le renouveau du Congo (ARC) ou des dissidents de l’UDPS ralliés à Tshibala, occupent des postes secondaires, mais leur influence reste limitée. À sa formation, la RDC est un pays en lambeaux : politiquement, l’hypothèse d’un troisième mandat de Kabila, bien que constitutionnellement interdit, alimente les spéculations et la méfiance ; économiquement, la chute des prix des minerais (cuivre, cobalt) et une dévaluation du franc congolais de près de 40 % en 2017 aggravent une pauvreté touchant 73 % de la population, selon la Banque mondiale.
Le gouvernement Tshibala doit préparer des élections transparentes pour décembre 2017 (reportées à 2018 par l’accord), stabiliser l’Est, relancer l’économie, et restaurer une cohésion nationale dans un climat de défiance généralisée. Dès son entrée en fonction, Tshibala met l’accent sur le processus électoral, renforçant la CENI, dirigée par Corneille Nangaa, avec un budget de 1,2 milliard de dollars. En novembre 2017, il dépose un projet de loi électorale, adopté dans la controverse après des amendements favorisant la majorité, notamment sur le seuil de représentativité des partis. La CENI lance un recensement électoral chaotique, enregistrant 46 millions d’électeurs dans un pays où les infrastructures sont quasi inexistantes, mais l’introduction des « machines à voter », des tablettes électroniques controversées fournies par une firme sud-coréenne, divise profondément. L’opposition y voit un outil de fraude, tandis que la majorité défend leur utilité logistique. Sur le plan sécuritaire, Tshibala annonce des offensives contre les groupes armés, avec l’appui de la MONUSCO et des FARDC, mais les résultats sont maigres : les ADF massacrent plus de 200 civils à Beni entre 2017 et 2018, et le Kasaï reste un foyer de violence, malgré une accalmie relative fin 2017. Économiquement, le gouvernement tente des mesures d’austérité : réduction des dépenses publiques, contrôle de la masse monétaire, mais l’inflation persiste, et les revenus miniers, grevés par des contrats opaques, profitent peu à l’État.
Les tensions internes au gouvernement éclatent rapidement. Tshibala, critiqué pour son manque de charisme et sa dépendance envers Kabila, peine à fédérer son gouvernement. La société civile, portée par des mouvements comme LUCHA et Filimbi, intensifie la pression, organisant des marches interdites, souvent dispersées par des gaz lacrymogènes et des arrestations. La CENCO, déçue par l’inaction du gouvernement, menace de se retirer du processus, tandis que l’opposition, galvanisée par le retour de Katumbi (bloqué à la frontière en août 2018) et la candidature de Fayulu, accuse Tshibala de complicité dans une stratégie de « glissement » électoral. Les élections, repoussées à plusieurs reprises, se tiennent finalement le 30 décembre 2018, dans un climat de chaos logistique : bureaux de vote fermés à Beni et Butembo pour des raisons sécuritaires, retards dans le dépouillement, et soupçons de manipulations. Le 10 janvier 2019, la CENI proclame Félix Tshisekedi vainqueur avec 38,5 % des voix, devant Martin Fayulu (34,8 %) et Emmanuel Ramazani Shadary, dauphin de Kabila (23,8 %). Ce résultat, entériné par la Cour constitutionnelle, est dénoncé comme frauduleux par Fayulu, Katumbi, l’Église catholique qui revendique 200 000 observateurs et des rapports internationaux, dont celui de l’Union africaine. Des fuites, comme les « données Piratox », suggèrent que Fayulu aurait remporté plus de 59 % des suffrages. Pourtant, contre toute attente, la transition s’opère sans violence majeure, marquant la première alternance pacifique depuis l’indépendance en 1960.
Tshibala remet sa démission en juin 2019, cédant la place à Sylvestre Ilunga Ilunkamba après des négociations entre Tshisekedi et Kabila, dont la coalition FCC-CACH domine le Parlement. Son mandat de deux ans, bien que ponctué par l’organisation des élections, laisse un héritage controversé. D’un côté, le scrutin, malgré ses irrégularités, met fin à 18 ans de présidence Kabila, un jalon historique dans un pays où le pouvoir s’est souvent transmis par la force. L’instabilité dans l’Est, où plus de 1 000 civils sont tués en 2018, et la crise du Kasaï, qui laisse des cicatrices profondes, témoignent de l’échec sécuritaire. Économiquement, la pauvreté s’aggrave, avec une inflation frôlant 30 % fin 2018, et les libertés presse, manifestations restent sous pression, avec des dizaines de journalistes arrêtés. Le gouvernement Tshibala illustre les limites des compromis politiques sans ancrage populaire, révélant la difficulté de réconcilier une nation fracturée par des décennies de crises. Il laisse une RDC à la croisée des chemins, entre l’espoir d’une nouvelle ère sous Tshisekedi et les défis colossaux hérités d’un système miné par la corruption et la violence.
Une nouvelle union nationale à l’épreuve de l’histoire ?
L’annonce de Félix Tshisekedi, le 22 février 2025, devant les cadres de l’Union Sacrée de la Nation, marque un tournant dans sa présidence. Face à la guerre dans l’Est, où le M23, soutenu par des acteurs extérieurs, contrôle de vastes territoires et menace Goma, Tshisekedi appelle à un gouvernement d’union nationale pour rassembler les Congolais. Cette initiative, mûrie dans un contexte de tensions régionales et de défis internes, insécurité, pauvreté, contestations politiques s’appuie sur des consultations confiées à Eberande Kolongele. Du 24 mars au 8 avril 2025, ce dernier rencontre des leaders politiques, des chefs traditionnels, des acteurs de la société civile, et même des voix critiques de l’opposition, dans une démarche visant à forger un consensus inédit.
Ces consultations, menées avec une discrétion remarquée, ont permis de cartographier les attentes et les divergences des forces en présence. Des figures comme Jean-Pierre Bemba, ou Vital Kamerhe, piliers de la scène politique, ont été approchées, tout comme des représentants des provinces de l’Est, où la crise sécuritaire exacerbe les frustrations. Les discussions ont révélé un défi majeur : comment inclure des opposants sans diluer l’autorité de la majorité, tout en répondant aux aspirations d’une population épuisée par des décennies de crises ? Si les détails de la composition du futur gouvernement restent flous à l’heure actuelle, l’ambition est claire : créer une coalition capable de mobiliser les ressources nationales contre l’agression externe, tout en renforçant la cohésion interne.
Cette démarche s’inscrit dans une longue lignée de gouvernements d’union nationale, mais dans un contexte inédit. La RDC de 2025, bien que toujours marquée par ses fractures, est plus connectée, avec une société civile dynamique et une jeunesse impatiente de changement. Pourtant, l’histoire invite à la prudence. Le gouvernement d’Adoula a stoppé les sécessions, mais n’a pas empêché les rébellions. Les mandats de Tshisekedi en 1991 et 1992 ont succombé à l’obstruction de Mobutu. Birindwa a offert un sursis éphémère à un régime mourant, tandis que Badibanga a échoué à surmonter les divisions. Le « 1+4 » de Kabila a permis des élections, mais laissé l’Est en proie au chaos. Tshibala, malgré une alternance historique, a été terni par des fraudes.
Cette récurrence des gouvernements d’union nationale reflète une réalité brutale : l’incapacité chronique de la RDC à forger un consensus durable dans un État miné par les divisions ethniques, les luttes de pouvoir, et les ingérences étrangères. Chaque coalition, née dans l’urgence, a tenté de panser les blessures d’un pays trop vaste, trop riche, et trop convoité. Mais les succès : réunification sous Adoula, alternance sous Tshibala sont souvent éclipsés par des échecs plus profonds : l’absence de réformes structurelles, la persistance des inégalités, et l’incapacité à pacifier l’Est, un défi qui hante toujours Kinshasa.
Alors que Kolongele a achevé ses consultations, l’initiative de Tshisekedi soulève une question cruciale : ce gouvernement d’union nationale parviendra-t-il à transcender les pièges du passé ? Peut-il mobiliser les Congolais autour d’un projet commun, non seulement contre le M23, mais pour une refonte profonde de l’État ? Ou deviendra-t-il un énième épisode dans une saga de coalitions fragiles, incapables de guérir un pays fracturé ? L’histoire, avec ses leçons amères, suggère que l’unité nationale, si séduisante soit-elle, reste un défi herculéen dans une RDC où les ambitions politiques personnelles et les intérêts étrangers continuent de peser lourd.
Heshima Magazine
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Nation
Bilan de Tshisekedi en 2025 : entre prouesse économique et défis sécuritaires
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5 jours agoon
janvier 9, 2026By
La redaction
À la fin de l’année 2025, le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, peut dresser un bilan contrasté. Entre progrès symboliques et obstacles structurels, ses actions à la tête du pays suscitent à la fois des espoirs et des critiques. Retour sur une année marquée par des efforts de consolidation d’un État encore fragilisé par des crises sécuritaires persistantes.
Sur le plan politique, 2025 a été pour Félix Tshisekedi une année marquée par des nombreux défis. Face aux parlementaires réunis en congrès, le chef de l’Etat congolais a livré son traditionnel discours sur l’état de la Nation, le 8 décembre dernier. Une allocution fleuve de près de 2h30 qui s’est déroulée dans une séquence diplomatique et sécuritaire dense, après la signature d’un accord de paix entre la RDC et le Rwanda à Washington. Mais dans l’ensemble de l’année, son bilan est marqué par deux pôles : des avancées économiques d’une part et la dégradation sécuritaire de l’autre.
Une situation sécuritaire préoccupante en 2025
Le 27 janvier 2025, Goma, la capitale du Nord-Kivu, est tombée aux mains des rebelles de l’AFC/M23, soutenus par l’armée rwandaise. L’offensive avait démarré depuis le 23 janvier. La chute de cette ville a marqué une escalade significative du conflit dans l’Est du pays. Symbole stratégique, politique et économique, la capitale du Nord-Kivu est devenue l’épicentre d’une onde de choc aux répercussions nationales et régionales. Cette prise de la ville la plus importante de l’Est du pays a entraîné une crise humanitaire et politique, avec des appels à l’aide internationale et des protestations en RDC. A Kinshasa, cette offensive éclair et brutale a provoqué des émeutes populaires contre certaines ambassades occidentales, notamment celles de la France et de la Belgique. L’ambassade du Rwanda dont le pays participe aux hostilités aux côtés des rebelles du M23 a été aussi attaquée.
A Goma, la ville traverse toujours une épreuve difficile près d’une année après son occupation. Ces combats avaient provoqué de nouveaux déplacements massifs de populations, s’ajoutant à des camps déjà saturés autour de la ville. Des familles entières avaient fui sans ressources, cherchant refuge dans des écoles, des églises ou en prenant les routes menant vers le Sud-Kivu. Malgré le démantèlement par la force des camps des déplacés autour de la ville de Goma, certaines familles, en rentrant chez elles, ont trouvé des occupants inconnus dans leurs champs et parfois dans leurs maisons. Kinshasa a dénoncé une « implantation » des populations inconnues dans les zones contrôlées par le Rwanda via le M23 au détriment des autochtones.
De leur côté, les organisations humanitaires ont alerté sur des pénuries critiques de nourriture, d’eau potable et de médicaments, aggravées par l’insécurité et la fermeture de plusieurs axes d’approvisionnement. Les hôpitaux de Goma, déjà fragilisés, ont peiné à faire face à l’afflux de blessés.
Selon un bilan dressé par le gouvernement le 13 février, au moins 3000 morts ont été recensés et 4260 cas de blessés enregistrés dans les structures de soins. Le ministre de la Santé, Samuel Roger Kmba, qui livrait ces chiffres au mois de février 2025, avait également signalé qu’environ 939 corps sans vie traînaient encore dans les morgues dans la zone de Goma.
L’accès aux soins est devenu un luxe, alors que le risque d’épidémies a augmenté dans les zones de regroupement improvisées. Les enfants, particulièrement vulnérables, sont exposés à la malnutrition, aux violences et à l’interruption brutale de leur scolarité. Ces violences ont également déstabilisé le Sud-Kivu avec la chute de la ville de Bukavu le 14 février. La perte des autres localités vers la fin de l’année 2025 notamment la ville d’Uvira n’a guère arrangé la situation sécuritaire qui est restée préoccupante sur toute l’année malgré la situation de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda en juin 2025. Au-delà de l’urgence humanitaire, cette situation d’occupation ravive les tensions régionales et les craintes d’une escalade majeure du conflit ne sont pas toujours écartées en ce début de 2026.
En 2025, les Mobondo investissent Kinshasa…
En 2025, la milice dite « Mobondo » a poursuivi une campagne d’activisme armé dans l’Ouest de la République démocratique du Congo, particulièrement dans le territoire de Kwamouth, province du Maï-Ndombe et dans la commune rurale de Maluku à Kinshasa. Entre violences, déplacements massifs de populations et contre-offensives militaires, cette crise sécuritaire est devenue l’une des plus graves du pays. L’activisme de cette milice a continué en 2025 d’impacter profondément la vie des populations du Maï-Ndombe et de certaines zones périphériques de Kinshasa, obligeant le Parc de la vallée de la N’sele à fermer momentanément ses portes. D’après des organisations locales de défense des droits humains et l’Église catholique, les exactions de ce groupe armé ont causé des milliers de morts et plus de 500 mille civils déplacés depuis 2022. La crise a entraîné des violences ciblées, destructions de biens et perturbations graves des services sociaux de base. Cette violence n’a pas été ponctuelle : en novembre 2025, une attaque meurtrière dans le village de Nkana, à quelques dizaines de kilomètres au nord-est de Kinshasa, a de nouveau fait plusieurs victimes civiles, soulignant l’ampleur de la menace encore présente dans cette région. Les efforts militaires déployés jusque-là n’ont pas réussi à ramener la paix dans cette partie du pays.
En Ituri, ADF, CODECO et CRP poursuivent des atrocités…
La province de l’Ituri est aussi restée le ventre mou de l’insécurité en 2025. Si le lieutenant général Johnny Luboya, gouverneur militaire de cette province sous état de siège, a affirmé que sa juridiction est pacifiée à plus de 80% en l’espace de quatre ans, cependant, des poches de résistance existent. En juillet dernier, les rebelles ougandais des Forces démocratiques alliées (ADF), affiliés à l’organisation de l’État islamique, ont massacré à l’arme blanche plusieurs dizaines de fidèles catholiques dans une église avant de s’en prendre à plusieurs commerces et maisons. Au total, 43 personnes ont été tuées dans ces massacres à Komanda.
D’autres rébellions comme celles de CODECO (Coopérative pour le développement du Congo) et de CRP de Thomas Lubanga ont continué à commettre des exactions en 2025. Le 23 décembre, la société civile de l’Ituri a qualifié de « mitigé » le bilan sécuritaire de l’Ituri en 2025. Cette structure a affirmé que bien que des opérations contre la milice CRP aient permis un recul relatif des attaques mais d’autres violences contre les civils persistent.
Des prouesses économiques malgré la crise sécuritaire
Malgré une année 2025 marquée par la dégradation de la situation sécuritaire dans l’Est et dans une partie de l’Ouest de la RDC, les chocs externes et les turbulences géopolitiques mondiales, l’économie du pays « a tenu » bon. Le président de la République Félix Tshisekedi l’a fait savoir avec des chiffres à l’appui, le 8 décembre 2025, devant le Parlement réuni en Congrès, lors de son discours sur l’état de la Nation. Il a défendu l’idée d’une résilience macroéconomique inédite dans un environnement particulièrement hostile. Il a énuméré plusieurs indicateurs qui témoignent en effet d’une amélioration sensible de la stabilité macroéconomique au cours de l’année 2025. L’un des signaux les plus marquants concerne l’inflation. « Notre économie n’a pas cédé. Elle a tenu. Elle a résisté et, dans plusieurs domaines, elle a progressé », a déclaré Félix Tshisekedi, saluant la forte baisse de l’inflation, qui est passée de 11,7 % fin 2024 à 2,5 % en rythme annuel fin octobre 2025. Cette prouesse a été présentée comme le signe d’une « discipline macroéconomique retrouvée ». Selon le président de la République, cette baisse de l’inflation est nettement en dessous de l’objectif de 7 % fixé par la Banque centrale du Congo (BCC).
Avec une loi rectificative sur le budget 2025, l’administration Tshisekedi a réussi à réduire en même temps le train de vie des institutions. Au niveau de la Présidence de la République, une coupe de 30% a été opérée sur le budget de cette institution. Les salaires des militaires et policiers ont été doublés, ceux des magistrats augmentés ainsi que pour les enseignants. En septembre, le taux de change a sensiblement baissé, provoquant également une légère chute des prix des produits de première nécessité. Une déflation jugée pas assez pour satisfaire les ménages asphyxiés, d’après plusieurs Congolais.
Des initiatives sociales telles que le lancement de l’Initiative présidentielle pour l’élimination du VIH/Sida chez les enfants témoignent aussi d’une attention portée à des problématiques sanitaires longtemps négligées. Il y a eu aussi le lancement de la Couverture santé universelle. Sur le front agricole, la campagne 2025-2026 a été officiellement lancée, centrée sur la modernisation du secteur et la garantie de la sécurité alimentaire.
Des résultats sur le plan diplomatique
En 2025, le chef de l’État congolais a multiplié les initiatives pour renforcer la position diplomatique de la RDC sur la scène internationale. Une des avancées les plus notables reste l’élection du pays comme membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies pour le mandat 2026-2027, un signe fort de reconnaissance internationale de la RDC, salué comme un vecteur de diplomatie renforcée et d’influence régionale accrue.
Sur le plan de la paix et de la sécurité, l’administration Tshisekedi a également joué un rôle central dans la signature d’un accord de paix avec le Rwanda, le 27 juin, visant à mettre fin aux hostilités dans l’Est du pays, longtemps ravagé par la rébellion du M23 et d’autres groupes armés. L’accord, négocié avec l’appui d’acteurs internationaux tels que les États-Unis et le Qatar, est perçu comme une étape vers la stabilisation d’une zone qui connaît depuis des décennies des violences parfois instiguées par le Rwanda voisin et des déplacements massifs de population.
Le 4 décembre, Félix Tshisekedi et son homologue rwandais Paul Kagame ont entériné devant le président américain, Donald Trump, l’Accord de paix signé en juin dernier par les ministres des Affaires étrangères de deux pays. Malgré ce geste et l’accompagnement américain dans ce processus de paix, les bruits des bottes n’ont pas cessé dans l’Est de la RDC.
À l’aube de 2026, Félix Tshisekedi se retrouve à un carrefour : son leadership a permis à la RDC de gagner en visibilité internationale et de poser des jalons pour la paix, mais la concrétisation de ces acquis dans la vie quotidienne des Congolais demeure l’enjeu majeur. Si certains voient déjà les prémices d’une transformation institutionnelle, d’autres rappellent que la paix durable, l’emploi, et le renforcement des services publics restent encore à construire, pierre par pierre.
Heshima
Nation
Léopards : Autopsie d’une équipe en progrès avant le dernier acte vers le Mondial 2026
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6 jours agoon
janvier 8, 2026By
La redaction
Après une défaite cruelle face à l’Algérie en huitièmes de finale de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) Maroc 2025, la République démocratique du Congo a quitté la compétition sur une note frustrante, s’inclinant 1-0 dans les dernières minutes des prolongations. Contrairement aux habitudes, cette défaite n’a pas été largement critiquée par les Congolais, saluant pour la plupart des progrès visibles des Léopards face à une équipe des Fennecs expérimentée. Après cet échec, le sélectionneur-manager de la RDC, Sébastien Desabre, a encore un ultime challenge : Mondial 2026.
Après une sortie cruelle en huitièmes de finale de la CAN 2025, la RDC tourne déjà ses regards vers les barrages intercontinentaux, ultime étape avant la phase finale de la Coupe du monde 2026. Une transition entre bilan et ambitions qui met en lumière les progrès encore nécessaires pour franchir une marche décisive. Malgré la déception de la CAN, plusieurs éléments positifs se dégagent du parcours des Léopards.
Solidité défensive !
La RDC a montré une grande discipline face à des équipes africaines de haut niveau, ne cédant qu’en toute fin de match contre l’Algérie. N’eut été la blessure d’Arthur Masuaku face au Sénégal, la RDC aurait pu battre cette équipe réputée comme l’une des plus grandes du continent actuellement. À la surprise et la fierté de nombreux supporters congolais, Axel Tuanzebe, défenseur central des Lléopards, a figuré parmi les onze joueurs retenus par l’instance continentale pour ses prestations solides au cœur de la défense. La RDC a vécu une phase de groupes solide, affrontant successivement le Bénin, le Sénégal puis le Botswana. Malgré la féroce concurrence et un match contre Botswana où il a été ménagé, Axel Tuanzebe s’est imposé comme une pièce maîtresse de l’arrière-garde congolaise aux côtés de Chancel Mbemba, Aaron Wan-Bissaka et Arthur Masuaku. Sa capacité à dominer les duels, anticiper les attaques adverses et organiser la ligne défensive lui a valu d’être distingué parmi les meilleurs défenseurs du premier tour de cette compétition. La défense congolaise encaisse très peu des buts depuis la remontada du Sénégal à Kinshasa (2-3).
Confiance retrouvée
Les prestations encourageantes, notamment des résultats contre des nations prestigieuses comme le Sénégal et l’Algérie (malgré la défaite), ont renforcé la confiance du groupe dans ses capacités à rivaliser sur la scène continentale avec les équipes du top 10 africain. Avec un leadership sur et en dehors du terrain, des cadres comme Chancel Mbemba et Cédric Bakambu incarnent l’état d’esprit combatif de l’équipe, offrant une base d’expérience essentielle pour aborder les échéances à venir.
Objectif : les barrages intercontinentaux et un rêve mondial
L’élimination à la CAN a rapidement été digérée car l’enjeu principal de la saison reste la qualification pour la Coupe du monde 2026. Après avoir obtenu leur ticket pour la finale des barrages africains puis l’accès au tournoi intercontinental, les Léopards sont désormais focalisés sur ce dernier rendez-vous crucial fixé en mars prochain. Le sélectionneur-manager Sébastien Desabre a appelé à une analyse approfondie des faiblesses identifiées à la CAN, notamment dans la finition offensive et la gestion des fins de match, pour que l’équipe soit prête au moment décisif. Ce travail tactique et mental sera essentiel face à un adversaire d’un autre continent (Nouvelle-Calédonie ou Jamaïque) pour décrocher l’un des derniers billets pour le Mondial 2026.
Le capitaine Chancel Mbemba, tout en saluant l’état d’esprit des joueurs, a souligné que cette élimination devait servir de leçon et renforcer l’ambition du groupe de se qualifier pour la Coupe du monde 2026. « Notre objectif, c’est la Coupe du monde », a affirmé le défenseur central de Losc, mettant déjà le cap vers les échéances de mars. Malgré une performance courageuse et une solidité défensive louée par les observateurs, les occasions manquées en phase offensive devraient être corrigées. Dans le football de haut niveau et lors des matchs entre deux solides équipes, il n’y aura pas mille occasions. Savoir concrétiser l’unique occasion franche peut déjà créer la différence.
Ce qui reste à travailler
Alors que la RDC s’approche de son dernier grand test de la saison en mars, plusieurs axes d’amélioration ont été identifiés, notamment l’efficacité offensive. Trouver une meilleure coordination entre milieux et attaquants pour concrétiser les occasions franches. La gestion des temps forts est aussi un autre talon d’Achille pour l’instant. Les fauves congolais devraient apprendre à gérer les moments clés des matchs, notamment en prolongations, pour éviter des défaites qui laissent des regrets.
Il faut aussi travailler sur laprofondeur de banc. Après des belles images montrées par les Léopards, cela devait attirer aussi des nouveaux binationaux comme Senny Mayulu. Ce jeune milieu offensif prometteur du Paris Saint-Germain est un Franco-Congolais très courtisé par les Léopards de la RDC. Avec le récent choix d’Ibrahim Mbaye pour le Sénégal, son co-équipier en club, les Congolais gardent l’espoir de convaincre cet espoir tricolore. Senny Mayulu n’a pas encore fait son choix définitif entre la France et la RDC, malgré des rumeurs persistantes sur son engagement envers les Léopards. Son arrivée serait un atout majeur pour l’attaque congolaise, mais son choix n’est pas encore officiel.
L’élimination en huitièmes de finale de la CAN Maroc 2025 a sans doute laissé une amère déception, mais elle a également mis en lumière des signaux encourageants pour l’avenir. Les Léopards, forts d’une organisation solide et d’un état d’esprit combatif, ont désormais la possibilité d’inscrire l’un des chapitres les plus brillants de leur histoire en tentant de décrocher une place pour la Coupe du monde 2026. Et un renfort des joueurs est nécessaire avant le 31 mars 2026.
Heshima
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CAN 2025 : Les Léopards en quête d’une troisième étoile
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3 semaines agoon
décembre 22, 2025By
La redaction
Portée par une génération talentueuse et une ambition retrouvée, la sélection des Léopards de la République démocratique du Congo (RDC) abordera la Coupe d’Afrique des Nations 2025 avec l’étiquette d’outsider sérieux. Entre promesses, défis et espoirs populaires, le rêve continental est-il enfin à portée de griffes ? Analyse des forces et faiblesses des fauves congolais.
Après un stage de quelques jours en Espagne ponctué d’un match amical contre la Zambie remporté (2-0), les Léopards sont arrivés au Maroc le 18 décembre 2025 dans la soirée. Ils vont désormais se concentrer à Rabat avant de démarrer une compétition très attendue par les Congolais. Depuis plusieurs années, les Léopards affichent un visage séduisant sur la scène africaine. Leur parcours récent, marqué par une qualification à la finale des barrages intercontinentaux, a ravivé la confiance des supporters comme des observateurs. La CAN 2025 pourrait ainsi représenter un tournant pour une équipe longtemps jugée talentueuse mais irrégulière.
Au cœur de cet optimisme se trouve un effectif mêlant expérience et jeunesse avec une solidité défensive accrue et une animation offensive plus fluide. Les cadres, Cédric Bakambu, Chancel Mbemba ou encore Gaël Kakuta, aguerris par les grandes compétitions et les championnats étrangers, apportent leadership et sang-froid. À leurs côtés, une nouvelle vague de joueurs dynamiques incarne l’avenir et insuffle une intensité bienvenue. C’est le cas de la génération de Noah Sadiki, Ngal’ayel Mukau, Michel-Ange Balikwisha et Mathieu Epolo. Cette complémentarité pourrait s’avérer décisive dans un tournoi réputé pour son exigence physique et mentale.
Des objectifs et défis à relever…
Cependant, la route vers le sacre reste semée d’embûches. La concurrence s’annonce féroce, avec plusieurs nations africaines en pleine maturité footballistique. Interrogé sur les ambitions de la RDC dans cette compétition continentale, le sélectionneur-manager des Léopards, Sébastien Desabre, s’est montré à la fois prudent et confiant. « Le premier objectif est de franchir la phase de groupes, ce qui est fondamental. Une fois qualifiés pour les huitièmes de finale, nous entrerons dans une phase décisive. Nous disposons d’un effectif capable d’aller loin dans cette compétition », a déclaré le coach français de 49 ans.
Pour espérer aller au bout du tournoi, il faudrait éliminer sur son chemin des équipes comme le Sénégal, le Maroc, l’Egypte ou encore la Côte d’Ivoire. Mais face à ces défis, Sébastien Desabre rappelle l’imprévisibilité de la CAN : « Les rapports de force évoluent constamment. Le tirage au sort est important et aucune équipe n’est assurée de remporter le titre, même les favoris comme le Maroc ou le Sénégal. L’histoire de la CAN a toujours été riche en surprises. Notre ambition est de démontrer que ce que nous avons accompli en Côte d’Ivoire [CAN 2023] n’était pas un simple coup d’éclat, mais le début d’un projet solide et durable ».
En effet, les Léopards avaient créé la sensation en éliminant l’Egypte en huitième de finale, la Guinée en quart de finale, avant de tomber face au pays organisateur en demi-finale : la Côte d’Ivoire.
Des faiblesses à combler
Malgré sa bonne progression, l’équipe de la RDC accuse certaines faiblesses, c’est notamment au niveau de ses perches. Les Léopards n’ont pas toujours un gardien de classe mondiale. Lionel Mpasi, titulaire chez les Léopards, n’a pas de temps de jeu dans son club français du Havre. Il est le gardien remplaçant du gardien sénégalais, Mory Diaw. Ce dernier, à son tour, est le troisième gardien chez les Lions de la Teranga. Timothy Fayulu, second gardien des Léopards, est titulaire dans son club de FC Noah, en Arménie. Le troisième gardien, Mattieu Epolo est, quant à lui, titulaire et capitaine à Anderlecht, en Belgique. Sébastien Desabre a donc le choix de pouvoir chambouler la hiérarchie chez les gardiens pour trouver celui qui peut être le plus performant.
Autre faille des Léopards, c’est la ligne d’attaque. Cédric Bakambu n’a pas encore marqué cette saison dans son club de Real Betis en Liga espagnol, en dehors d’une passe décisive. Samuel Essende n’a plus marqué depuis plusieurs mois dans son club d’Augsbourg en Bundesliga, en Allemagne. Simon Banza, 29 ans, moins prolifique avec les Léopards, n’a marqué qu’un but en 6 matchs avec son nouveau club d’Al Jazeera en Arabie Saoudite. Mais les faiblesses de ces attaquants peuvent être combler par d’autres joueurs, notamment des ailiers comme Théo Bongonda, Meschack Elia ou encore Nathanaël Mbuku. En défense, les Léopards ont moins d’inquiétude avec Chancel Mbemba, Axel Tuanzebe, Rocky Bushiri, Aaron Wan-Bissaka, Arthur Masuaku, Joris Kayembe, Steve Kapuadi et Gédéon Kalulu.
Remporter le trophée après 52 ans de disette…
Face à un tel tableau, les Léopards peuvent-ils remporter la CAN 2025 ? Malgré la forte concurrence, tout dépendra de la gestion de chaque match par le staff technique. La capacité des Léopards à gérer la pression, à maintenir la discipline tactique et à faire preuve de réalisme dans les moments clés sera déterminante. L’encadrement technique, lui aussi, sera scruté quant aux choix stratégiques et la gestion du groupe. La RDC, qui n’a plus gagné de trophée depuis 1974, brûle d’envie de soulever cette coupe d’Afrique le 18 janvier prochain, soit 52 ans après le dernier sacre.
Si la CAN 2025 ne garantit rien, elle offre aux Léopards une occasion rare de transformer l’espoir en histoire. À condition de rester fidèles à leur identité et d’oser croire en leur potentiel, ces fauves pourraient bien surprendre le continent… et griffer enfin le trophée tant convoité. L’heure de la confirmation de cette progression de l’équipe a sonné !
Heshima
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