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Négociations Kinshasa–AFC/M23 : retour sur les points de désaccord « insurmontables »

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Après un neuvième cycle de discussions entre le gouvernement congolais et les rebelles de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), organisé en avril dernier à Montreux, en Suisse, quelques avancées ont été enregistrées sur les volets techniques et humanitaires. Mais sur les questions politiques, sécuritaires et institutionnelles, les positions des deux camps demeurent profondément opposées. Retour sur les principaux points de friction qui continuent de bloquer les discussions.

Entre déclarations de principes, mécanismes de cessez-le-feu et protocoles humanitaires, les négociations entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23 semblent progresser sur le papier. Mais sur les dossiers de fond, les lignes restent figées. Sur le plan judiciaire, les discussions achoppent toujours sur le sort réservé aux cadres et combattants de l’AFC/M23. Le mouvement rebelle exige l’annulation des condamnations à mort prononcées contre plusieurs de ses membres, notamment Corneille Nangaa, ainsi que l’abandon des poursuites visant certains responsables. Une demande rejetée jusqu’ici par Kinshasa, qui refuse toute mesure pouvant être interprétée comme une forme d’amnistie politique ou militaire. Plusieurs personnalités concernées par ces condamnations participaient pourtant directement aux négociations organisées en Suisse.

Les divergences portent également sur des questions économiques et administratives. Selon plusieurs sources proches des discussions, l’AFC/M23 réclame toujours la réouverture du système bancaire dans les territoires sous son contrôle. Les établissements financiers de ces zones restent en effet fermés ou déconnectés des circuits nationaux sur décision des autorités congolaises. Sur ce dossier, le désaccord semble particulièrement profond. Kinshasa rejette cette demande, estimant qu’elle reviendrait à reconnaître de facto l’administration rebelle.

Le mouvement dénonce aussi les difficultés rencontrées par les populations vivant dans ces territoires pour obtenir des documents officiels, notamment des passeports. Ses responsables affirment que ces restrictions touchent également leurs propres membres, privés d’accès aux documents administratifs congolais. Autre revendication portée par l’AFC/M23 : la restitution de biens saisis par les services de l’État congolais à certains cadres ou proches du mouvement. Là encore, Kinshasa campe sur ses positions.

Enfin, le dossier sensible de l’aéroport de Goma demeure sans solution. Le gouvernement congolais milite pour une reprise rapide des activités de cette infrastructure, jugée essentielle pour les échanges économiques et l’acheminement de l’aide humanitaire. Mais l’AFC/M23 redoute qu’une réouverture ne permette à Kinshasa d’utiliser l’aéroport à des fins militaires.

Des désaccords insurmontables ?

Selon un expert des questions des Grands Lacs, ces désaccords pourraient demeurer « insurmontables » tant que le rapport de force militaire n’évoluera pas en faveur de Kinshasa. « Les rebelles conservent encore une capacité de conquête territoriale. Cela leur donne le sentiment de négocier d’égal à égal avec Kinshasa. Tant qu’ils ne ressentiront pas une réelle pression militaire de la part du gouvernement congolais, ils resteront probablement campés sur leurs exigences », explique cet analyste spécialiste de la région des Grands Lacs. Au-delà de ces points de blocage, la médiation qatarie a néanmoins permis plusieurs avancées diplomatiques importantes depuis 2025. Une déclaration de principes avait d’abord été signée à Doha afin d’encadrer un cessez-le-feu et d’ouvrir la voie à un accord politique global. Par la suite, un mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu avait été mis en place en octobre 2025 pour superviser les engagements militaires des deux parties.

En novembre 2025, un nouvel accord-cadre signé à Doha devait servir de feuille de route vers une paix durable. Le texte prévoyait huit protocoles thématiques portant notamment sur l’accès humanitaire, la restauration de l’autorité de l’État, le retour des déplacés, les arrangements sécuritaires et la justice transitionnelle. Mais plusieurs mois après ces engagements, les protocoles restent inachevés ou partiellement appliqués. Les discussions de Montreux, en avril 2026, avaient précisément pour objectif de débloquer certains dossiers urgents, notamment l’aide humanitaire et les échanges de prisonniers. Là encore, les blocages persistent. Même le mécanisme conjoint de vérification du cessez-le-feu, présenté comme une avancée majeure en octobre 2025, reste confronté aux accusations réciproques de violations et à l’absence de véritable capacité coercitive.

Les pressions de Washington peuvent-elles faire bouger les lignes ?

Depuis plusieurs mois, Washington durcit progressivement le ton contre le Rwanda dans le dossier de l’Est de la RDC. En mars dernier, les États-Unis ont franchi une étape inédite en sanctionnant plusieurs hauts responsables militaires rwandais, tout en ciblant plus largement l’appareil sécuritaire de Kigali. Une évolution diplomatique rarement observée dans les relations entre les deux pays. Les effets commencent désormais à se faire sentir. Selon des révélations du média spécialisé Africa Intelligence, un déplacement du président rwandais Paul Kagame aux États-Unis aurait été annulé dans un contexte de fortes tensions avec l’administration américaine. Le chef de l’État rwandais a lui-même reconnu récemment que les sanctions américaines « faisaient mal », tout en maintenant sa position sur le conflit dans l’Est de la RDC.

Dans ce contexte de pression croissante, le retrait partiel de l’AFC/M23 vers Kamanyola apparaît comme un signal politique adressé à Washington. Après les discussions peu concluantes de Montreux entre le gouvernement congolais et la rébellion, les rebelles semblent vouloir afficher une posture plus conciliante afin d’éviter un nouveau durcissement des sanctions occidentales. Pourtant, les engagements annoncés en Suisse restent largement théoriques. Sur le terrain, les combats se poursuivent, notamment dans le Sud-Kivu, devenu l’épicentre des affrontements.

L’AFC/M23 cherche toutefois à apparaître comme respectant officiellement le cessez-le-feu en laissant souvent l’initiative des combats aux groupes Wazalendo, ces milices alliées aux FARDC. Chaque jour, la rébellion accuse ces groupes ainsi que l’armée congolaise de violations répétées de la trêve, notamment autour de Minembwe, dans les Hauts-Plateaux du Sud-Kivu, région à forte population banyamulenge. Malgré son repli vers Kamanyola, à environ 65 kilomètres d’Uvira, l’AFC/M23 conserve une position militaire particulièrement avantageuse. Située au croisement de la RDC, du Rwanda et du Burundi, cette localité représente un point stratégique majeur pour le contrôle de la plaine de la Ruzizi et des accès aux Hauts-Plateaux.

Cette zone permet également de maintenir une proximité logistique avec le Rwanda, facilitant les approvisionnements en hommes, en matériel et en soutien opérationnel. Pour les rebelles, Kamanyola constitue aussi une zone tampon essentielle dans la défense indirecte de Bukavu face à une éventuelle progression des forces burundaises engagées aux côtés de Kinshasa.

Enfin, cette implantation permet à l’AFC/M23 de rester capable d’intervenir rapidement dans les Hauts-Plateaux si les tensions entre la milice Twirwaneho, alliée de l’AFC/M23, et les FARDC venaient à s’aggraver de nouveau.

Une pression diplomatique aux résultats militaires limités

À Kinshasa, ce retrait de l’AFC/M23 est présenté comme une victoire de la stratégie diplomatique menée auprès des États-Unis. Les autorités congolaises estiment que la pression américaine commence enfin à produire des résultats concrets sur le terrain. Washington avait déjà obtenu en mars 2025 le retrait rebelle de Walikale, principalement afin de sécuriser les activités minières du site d’Alphamin, alors détenu par des capitaux américains et canadiens. Quelques mois plus tard, les pressions américaines avaient également contribué au départ des rebelles d’Uvira. Aujourd’hui, le repositionnement vers Kamanyola est interprété par le gouvernement congolais comme une nouvelle avancée diplomatique.

Mais dans les faits, ces gains restent limités. L’AFC/M23 conserve l’essentiel de ses capacités militaires, maintient son contrôle sur plusieurs zones stratégiques et continue de consolider son administration dans les territoires occupés. Pour plusieurs observateurs, la diplomatie américaine ralentit l’expansion rebelle sans pour autant modifier profondément le rapport de force militaire. Pendant ce temps, la rébellion poursuit discrètement la structuration de ses forces, la formation de nouveaux combattants et le renforcement de son implantation territoriale. Dans le même temps, Kigali tente d’éviter un nouveau cycle de sanctions plus sévères.

Malgré le refus officiel du Rwanda de reconnaître une présence militaire sur le sol congolais, la prochaine étape pourrait concerner un retrait partiel de soldats rwandais présents dans l’Est de la RDC sous couvert de « mesures défensives », selon la terminologie utilisée par Kigali. À Washington, certains élus américains souhaitent désormais aller plus loin. Un projet porté par un député démocrate prévoit des sanctions contre toute personne ou entité susceptible d’entraver les accords de paix entre la RDC et le Rwanda. Derrière ce texte, un nom revient de plus en plus ouvertement dans les cercles diplomatiques : celui de Paul Kagame. Pour l’heure, le conflit semble surtout figé dans une logique d’attente stratégique. L’AFC/M23 recule sans véritablement céder de terrain décisif, Kigali subit les premières secousses des sanctions occidentales et Kinshasa mise presque exclusivement sur la pression diplomatique américaine.

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Léopards de la RDC : Après l’exploit, l’heure de la confirmation

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Ils sont revenus. Par la grande porte. Après 52 ans d’absence, les Léopards de la République Démocratique du Congo ont foulé les pelouses américaines du Mondial 2026 avec la détermination de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Si l’aventure s’est achevée en seizièmes de finale face à l’Angleterre, elle a laissé un héritage bien plus précieux qu’un simple bilan comptable.

Le retour d’un géant endormi

Pour la RDC, 100 millions d’habitants et une culture footballistique parmi les plus riches du continent, cette qualification était bien plus qu’un exploit sportif. Elle mettait fin à cinq décennies d’attente, depuis l’épopée du Zaïre en 1974, et consacrait le travail de reconstruction engagé sous la houlette de Sébastien Desabre.

Le parcours qualificatif avait déjà valeur de test. Placés dans le groupe B aux côtés du Sénégal, les Léopards ont terminé deuxièmes avec 22 points avant d’écarter le Cameroun puis le Nigeria en barrages. Le dernier obstacle, la Jamaïque, fut franchi en prolongation grâce à Axel Tuanzebe, envoyant toute une nation en délire.

Un Mondial qui change tout

Le groupe K promettait un baptême du feu : Portugal, Colombie et Ouzbékistan. Face aux favoris portugais au NRG Stadium de Houston, les Léopards n’ont pas tremblé. Menés dès la 6e minute, ils ont égalisé juste avant la pause par Yoane Wissa sur corner, pour arracher un nul historique (1-1).

Le sélectionneur adjoint Rafael Hamidi résumait l’exploit : « Ce score de parité face au Portugal, c’était à prendre si on nous l’avait proposé avant le coup d’envoi ». La presse congolaise saluait un système en 3-5-2 particulièrement solide, la discipline collective et les transitions rapides.

Qualifiés pour les seizièmes de finale, les Léopards ont longtemps fait douter l’Angleterre, menant jusqu’à la 76e minute avant de s’incliner 2-1 dans les dernières secondes. Un scénario cruel qui a rappelé les limites d’un groupe prometteur mais encore en apprentissage des grands rendez-vous.

Les enseignements d’une expérience unique

Ce Mondial a livré plusieurs enseignements pour l’avenir. D’abord, une force mentale confirmée. Les barrages contre le Cameroun et le Nigeria avaient déjà forgé ce groupe, capable de rester lucide sous pression. Face au Portugal, les Léopards ont prouvé qu’ils pouvaient rivaliser avec les meilleures nations.

Ensuite, des fragilités structurelles. Comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Japon, la RDC a cédé dans les dernières minutes face à l’Angleterre. Loïc Aumont, spécialiste de la performance, analyse : « Ces sélections possèdent les qualités techniques et physiques. Ce qui fait basculer un match, c’est la gestion des émotions lorsque la pression atteint son maximum ». Un déficit d’expérience à ce niveau que seul le temps et les répétitions pourront combler.

Cap sur la CAN 2027 : un trophée à portée de griffes ?

L’objectif est désormais clair : les Léopards doivent viser le titre lors de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations, organisée en 2027 au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie.

Le contexte est favorable. Cette génération, portée par Chancel Mbemba, son capitaine de 31 ans, possède une identité de jeu forte et un vécu commun exceptionnel. Le vivier de talents, évoluant pour beaucoup dans les meilleurs championnats européens, n’a jamais été aussi riche.

Le chemin qualificatif pour la CAN 2027 s’annonce abordable, avec un groupe E composé de la Guinée équatoriale, de la Sierra Leone et du Zimbabwe. Mais les Léopards savent désormais qu’aucune montagne n’est insurmontable, comme l’écrivait la presse congolaise avant le choc contre le Portugal : « Aucune montagne n’est insurmontable quand on est déterminé ».

Le défi de la régularité

Si le rêve est permis, la réalité impose de rester humble. Le Mondial a montré que l’écart avec les meilleures nations s’est considérablement réduit, mais que la gestion des moments décisifs reste le nerf de la guerre. Les Léopards devront transformer l’essai en confirmant leur niveau sur la durée, avec un calendrier international exigeant et des joueurs à préserver.

Sébastien Desabre, l’artisan de ce renouveau, aura à cœur de capitaliser sur cette expérience unique pour faire franchir un nouveau palier à sa sélection. La CAN 2027 sera le test ultime : plus qu’une performance, c’est un trophée que la RDC attend. Le message des supporters est clair, comme le résumait un journaliste avant le Mondial : « On ne vous demande pas de dominer le Portugal, mais juste de sortir un match de malade du début à la fin ». Pour la CAN 2027, on leur demande désormais de ramener la coupe à la maison.

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Opposition, CENCO et ECC en consultations au Burundi : Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?

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Une délégation réunissant des responsables de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), de l’Église du Christ au Congo (ECC) et plusieurs figures de l’opposition congolaise séjourne à Bujumbura, au Burundi, pour des consultations consacrées à la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Organisée à l’invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, cette rencontre alimente les spéculations sur l’émergence d’un nouveau cadre de dialogue politique autour de la paix et de la stabilité dans la région.

Une nouvelle séquence diplomatique s’ouvre dans la recherche d’une issue à la crise qui secoue l’Est de la République démocratique du Congo. Une délégation composée de responsables de la CENCO, de l’ECC ainsi que de plusieurs leaders de l’opposition est arrivée à Bujumbura pour prendre part à des consultations consacrées à la situation sécuritaire et politique en RDC.

Cette mission répond à une invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, qui assure actuellement la présidence en exercice de l’Union africaine (UA). Déjà engagé dans plusieurs initiatives diplomatiques régionales, le chef de l’État burundais entend poursuivre ses efforts afin de rapprocher les différentes parties prenantes et de favoriser une solution politique durable. La délégation est composée du pasteur André Bokundoa, président de l’ECC, du pasteur Éric Senga, de Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, ainsi que des opposants Martin Fayulu, Delly Sesanga et Dieudonné Bolengetenge. Les membres de cette mission ont quitté Kinshasa dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 juillet 2026 à bord d’un vol régulier d’Ethiopian Airlines à destination de la capitale burundaise.

Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?

Cette initiative, qui intervient alors que plusieurs processus de médiation restent inachevés, soulève une interrogation majeure : Évariste Ndayishimiye cherche-t-il à reprendre le flambeau laissé par João Lourenço ou à insuffler une nouvelle dynamique sous l’égide de l’Union africaine ?

Alors que l’Angola avait été mandaté pour faciliter un dialogue intercongolais, la multiplication des divergences avec les autorités congolaises sur le format et le cadre de ces discussions a progressivement conduit le projet dans l’impasse. D’où cette question que se posent plusieurs observateurs de la crise congolaise : João Lourenço a-t-il jeté l’éponge ?

Officiellement mandaté en février dernier pour mener des consultations en vue d’un dialogue politique en RDC, le président angolais peine à concrétiser son initiative et se fait de plus en plus discret. S’il n’a pas officiellement renoncé à sa mission, plusieurs sources diplomatiques citées par Jeune Afrique indiquent que le processus est, pour l’heure, au point mort.

Les consultations de Bujumbura interviennent alors que les combats se poursuivent dans l’Est de la RDC. Plusieurs localités des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu restent sous le contrôle de l’armée rwandaise et de ses alliés de l’AFC/M23, selon les autorités congolaises, tandis que les initiatives diplomatiques se multiplient pour tenter d’enrayer une crise qui perdure depuis plusieurs années.

Les prémices d’un dialogue inclusif ?

Au-delà de la dimension sécuritaire, la présence conjointe des représentants des Églises et de l’opposition politique confère à ces consultations une portée particulière. Depuis plusieurs mois, la CENCO et l’ECC plaident en faveur d’un dialogue inclusif susceptible de restaurer la cohésion nationale et de créer les conditions d’une paix durable. Leur implication, aux côtés de figures de l’opposition, pourrait traduire une volonté d’élargir les concertations au-delà des seuls canaux gouvernementaux. Selon plusieurs observateurs, cette démarche pourrait également préparer le terrain à un dialogue politique plus large, associant les différentes sensibilités politiques et sociales du pays. Lors de sa récente visite à Kinshasa, le président Évariste Ndayishimiye avait d’ailleurs exprimé son souhait de rencontrer les responsables de l’opposition congolaise avant la marche dite « pacifique » de l’opposition, initialement prévue le 8 juillet puis reportée au 22 juillet. Cette manifestation vise à réclamer la démission du président Félix Tshisekedi, que ses opposants accusent de vouloir modifier la Constitution afin de se maintenir au pouvoir au-delà de 2028, année marquant la fin de son second et dernier mandat.

Si aucun détail officiel n’a encore filtré sur le contenu des échanges à Bujumbura, ces consultations témoignent de la volonté des acteurs régionaux de maintenir la dynamique diplomatique afin de favoriser une désescalade et de rechercher une solution négociée à la crise qui continue de déstabiliser l’Est de la RDC. Reste à savoir si cette initiative débouchera sur un véritable processus de dialogue ou ne constituera qu’une étape supplémentaire dans les multiples médiations en cours. Une chose est certaine : en réunissant autour d’une même table les Églises, l’opposition politique et un acteur régional désormais au premier plan, Bujumbura pourrait devenir le point de départ d’une nouvelle séquence diplomatique dont les développements seront suivis de près, tant en RDC que dans l’ensemble de la région des Grands Lacs.

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ADF : douze années de terreur dans l’Est de la RDC

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Massacres de civils, enlèvements, déplacements de populations et attaques répétées contre les forces de sécurité. Depuis 2014, les Forces démocratiques alliées (ADF) se sont imposées comme l’un des groupes armés les plus meurtriers de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). D’abord rébellion ougandaise réfugiée dans les forêts du Nord-Kivu, le mouvement a progressivement muté pour devenir une organisation terroriste redoutée, responsable de milliers de morts et d’une insécurité persistante dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.

L’histoire des ADF ne commence pas en République démocratique du Congo. Le groupe est créé au milieu des années 1990 en Ouganda par Jamil Mukulu, un opposant au régime du président Yoweri Museveni. Sous la pression de l’armée ougandaise, les rebelles traversent rapidement la frontière et trouvent refuge dans les régions montagneuses et forestières de l’Est congolais, où ils établissent leurs bases arrière. Pendant plusieurs années, les ADF demeurent relativement discrètes, vivant du trafic de ressources naturelles, du commerce illicite et de diverses activités économiques locales. Mais à partir de 2014, la situation bascule. Après une vaste offensive militaire des Forces armées de la RDC (FARDC) contre leurs bastions, le groupe adopte une stratégie de représailles particulièrement violente contre les populations civiles.

Entre octobre 2014 et aujourd’hui, les territoires de Beni, Lubero, Mambasa et Irumu deviennent le théâtre de massacres à répétition. Hommes, femmes et enfants sont tués lors d’attaques nocturnes souvent menées à l’arme blanche. Des villages entiers sont incendiés, tandis que des centaines de personnes sont enlevées. Selon plusieurs organisations nationales et internationales de défense des droits humains, les ADF sont responsables de milliers de morts au cours de la dernière décennie. Le territoire de Beni, dans la province du Nord-Kivu, est particulièrement touché, au point de devenir l’un des symboles de l’insécurité chronique qui frappe l’Est du pays.

De la rébellion au terrorisme…

Au fil des années, le mouvement évolue également sur le plan idéologique. À partir de 2017, plusieurs rapports des Nations unies et d’organismes spécialisés font état d’un rapprochement entre certaines factions des ADF et l’organisation djihadiste État islamique. En 2019, l’État islamique revendique officiellement plusieurs attaques menées dans l’Est de la RDC à travers sa branche dite « Province d’Afrique centrale » (ISCAP). Cette affiliation, contestée à ses débuts par certains experts, se confirme progressivement par la propagande diffusée par les réseaux de l’État islamique et par l’évolution des modes opératoires du groupe. Malgré cela, les ADF conservent des caractéristiques locales fortes, enracinées dans les réalités sécuritaires et économiques de la région des Grands Lacs.

Opérations conjointes « Shujaa » 

Face à cette menace, les autorités congolaises ont multiplié les opérations militaires. En mai 2021, le gouvernement instaure l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri afin de renforcer la lutte contre les groupes armés. Quelques mois plus tard, la RDC et l’Ouganda lancent conjointement l’opération militaire « Shujaa » pour traquer les combattants ADF dans leurs sanctuaires forestiers.

Malgré près de cinq ans d’efforts conjoints de la RDC et de l’Ouganda dans le cadre de l’opération Shujaa, les zones débarrassées des combattants des ADF sont régulièrement réinfiltrées en l’espace de quelques semaines. Cette situation s’explique notamment par la solidité du système de succession interne du groupe prévue à l’avance, qui lui permet d’avoir une relève rapide du commandement lorsque des dirigeants sont neutralisés. Des allégations de collusion avec des acteurs étatiques, la faiblesse de la gouvernance et l’insuffisance de la protection des civils aggravent également le problème.

L’opération Shujaa repose sur des offensives conjointes, qui vont des opérations de combat mobiles au renseignement humain, visant à démanteler les structures de commandement des ADF et à rétablir l’autorité de l’État dans les zones occupées. Au-delà des approches cinétiques, elle entend soutenir la stabilisation, notamment par la construction de routes et la réinsertion des personnes enlevées. Toutefois, sa stratégie intègre peu d’approches préventives capables de neutraliser les ADF et reste réactive.

Ces offensives permettent de démanteler plusieurs camps rebelles et d’éliminer certains commandants. Toutefois, les ADF démontrent une forte capacité d’adaptation. Fragmentés en petites unités mobiles, leurs combattants continuent de mener des attaques meurtrières contre les civils et les positions militaires. Aujourd’hui encore, malgré les efforts militaires et les initiatives régionales de stabilisation, les ADF figurent parmi les principaux acteurs de l’insécurité dans l’Est de la RDC. Le groupe demeure particulièrement actif dans les zones frontalières entre le Nord-Kivu et l’Ituri, où les populations vivent sous la menace permanente d’incursions armées. Douze ans après le début des massacres de grande ampleur à Beni, la question des ADF reste l’un des défis sécuritaires majeurs de la République démocratique du Congo. Derrière les statistiques et les rapports se trouvent des milliers de familles endeuillées, des villages détruits et des communautés déplacées. Tant que cette menace persistera, la paix durable dans l’Est du pays demeurera un objectif difficile à atteindre, malgré les efforts déployés par les autorités congolaises et leurs partenaires régionaux.

Groupe armé le plus meurtrier en mai 2026

Les ADF ont été responsables du plus grand nombre de victimes civiles dans l’est de la République démocratique du Congo au cours du mois de mai 2026. C’est ce que révèle un rapport publié par l’Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, Ebuteli, qui fait état d’une recrudescence alarmante des attaques contre les populations civiles, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. L’insécurité continue de faire des ravages dans l’Est de la République démocratique du Congo.

Dans son dernier rapport sur la situation sécuritaire, Ebuteli indique que les ADF demeurent le groupe armé le plus meurtrier de la région, avec au moins 190 civils tués au cours du seul mois de mai 2026. Ce bilan représente une augmentation spectaculaire par rapport au mois d’avril, où 53 victimes civiles avaient été enregistrées. Selon le rapport, cette recrudescence des violences s’est traduite par au moins 36 attaques attribuées aux rebelles ougandais, actifs principalement dans les territoires de Beni, Mambasa, Irumu et Lubero. Les assaillants ont multiplié les incursions meurtrières dans plusieurs villages, ciblant des populations civiles souvent sans défense.

L’un des faits marquants du mois a été le retour des attaques dans la ville de Beni. Dans la nuit du 30 au 31 mai, des combattants ADF ont mené plusieurs incursions simultanées dans la ville et ses environs, causant la mort d’au moins 26 civils. Il s’agit de la première attaque documentée dans la zone urbaine de Beni depuis 2023. Le rapport souligne également que les ADF ont intensifié leurs opérations malgré les offensives conjointes menées par les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’armée ougandaise dans le cadre de l’opération Shujaa. Les chercheurs estiment que plusieurs de ces massacres pourraient constituer des représailles aux pressions militaires exercées contre le groupe armé.

Pendant ce temps, d’autres groupes armés restent actifs dans la région. En Ituri, la CODECO et l’URDPC poursuivent leurs activités criminelles, tandis que dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, les affrontements entre le M23 et divers groupes armés locaux continuent d’alimenter l’instabilité. Toutefois, aucun de ces acteurs n’a atteint le niveau de violence meurtrière enregistré par les ADF au cours du mois de mai.

Alors que les populations de l’est de la RDC espèrent un retour durable de la paix, les conclusions du rapport d’Ebuteli rappellent l’ampleur du défi sécuritaire auquel le pays reste confronté. La montée en puissance des attaques des ADF, combinée à la persistance de multiples foyers de violence, continue de faire peser une lourde menace sur les civils, premiers victimes d’un conflit qui semble loin de s’essouffler.

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