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Kasa-Vubu, Mobutu et les Kabila : Quel héritage politique ?

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Depuis l’indépendance en 1960, la République démocratique du Congo (RDC) a été profondément marquée par quatre figures centrales : Joseph Kasa-Vubu, Mobutu Sese Seko, Laurent-Désiré Kabila et Joseph Kabila. Ces dirigeants ont façonné, chacun à leur manière, l’histoire politique d’un pays en quête d’unité, de stabilité et de souveraineté. Leurs mandats ont laissé une empreinte durable, entre projets de construction étatique, dérives autoritaires, ambitions panafricaines et luttes pour la survie du pouvoir. À travers des réformes tantôt visionnaires, tantôt incohérentes, des choix cruciaux et des échecs profonds, ils ont contribué à forger les fondements mais aussi les failles d’un État complexe, tiraillé entre centralisme et désintégration, entre espoir démocratique et retour cyclique de l’autoritarisme. L’héritage qu’ils ont légué continue d’irriguer les tensions institutionnelles, les fractures régionales et les débats idéologiques qui traversent encore la nation.

Dans ce pays-continent, la lutte politique et sociale semble devenir perpétuelle. De Kasa-Vubu à Joseph Kabila, certains Congolais n’ont pas visiblement l’impression d’avoir passé ce cap. « Chaque président a marqué le Congo, pour le meilleur ou pour le pire », résume Marie Nzuzi, enseignante à Kinshasa. « Leur histoire est la nôtre. Comprendre leurs choix, c’est comprendre pourquoi nous luttons encore aujourd’hui. »

Joseph Kasa-Vubu : les premiers pas hésitants d’un État indépendant

Joseph Kasa-Vubu, né entre 1910 et 1917 à Kuma-Dizi, dans le Kongo-Central, incarne les balbutiements du Congo indépendant. Fils de l’ethnie Bakongo, formé par des missionnaires catholiques, il commence sa carrière professionnelle comme enseignant, avant de devenir comptable et leader du nationalisme congolais. À la tête de l’Alliance des Bakongo (ABAKO), il transforme cette organisation culturelle en un mouvement politique puissant dans les années 1950. Son élection comme maire de Dendale (actuelle commune de Kasa-Vubu) à Léopoldville en 1957 marque un tournant décisif. Dans son discours d’investiture, appelant à l’indépendance dans un horizon de trente ans, Kasa-Vubu heurte les autorités coloniales belges, mais renforce son image de leader.

Contrairement à Patrice Lumumba, plus radical et porté par un nationalisme panafricain enflammé, Kasa-Vubu adopte une posture plus modérée, prônant un fédéralisme qui garantit l’autonomie des Bakongo. « Il veut un Congo où chaque région a sa voix, mais certains y voient un manque d’audace », analyse Pierre Kisula, historien à Matadi. Cette approche, jugée parfois hésitante, se heurte à la montée de l’indépendantisme radical. Les émeutes de Léopoldville en janvier 1959, déclenchées lors d’un rassemblement interdit de l’ABAKO, illustrent cette tension. Après son arrestation, Kasa-Vubu est libéré deux mois plus tard, consolidant son aura de résistant.

L’indépendance et la crise congolaise

Le 30 juin 1960, Kasa-Vubu proclame l’indépendance de la République du Congo, un moment solennel et historique. Toutefois, cette fierté nationale est rapidement ternie par une série de crises. La mutinerie de l’armée, l’intervention militaire belge et les sécessions du Katanga et du Sud-Kasaï exposent la fragilité d’un État naissant, privé d’élites administratives formées et d’institutions solides.

Kasa-Vubu, premier président, tente de naviguer dans ce chaos amplifié par l’héritage colonial, marqué par l’insuffisance des investissements dans l’éducation et la gouvernance.

Kasa-Vubu–Lumumba, difficile cohabitation et sécessions congolaises

La cohabitation avec Patrice Lumumba, Premier ministre élu en 1960, devient rapidement conflictuelle. Kasa-Vubu, soucieux de stabilité, privilégie un fédéralisme modéré, tandis que Lumumba, résolument de gauche et déterminé à asseoir une unité nationale forte, cherche des alliances internationales, notamment avec l’Union soviétique, en pleine Guerre froide. À peine une semaine après l’indépendance, des mutineries éclatent, contraignant les deux dirigeants à intervenir personnellement pour calmer les soldats.

La sécession du Katanga moins de deux semaines après l’indépendance, proclamée par Moïse Tshombe le 11 juillet 1960 avec le soutien de la Belgique, aggrave considérablement la crise post-indépendance. Pourtant, bien avant la proclamation officielle de l’indépendance, le 30 juin, le Sud-Kasaï avait déjà fait sécession, quinze jours plus tôt. Le 8 août 1960, cet État fédéral, dont la capitale était Bakwanga (actuelle Mbuji-Mayi), déclare officiellement son autonomie. Albert Kalonji en devient président, et Joseph Ngalula est nommé chef de gouvernement dans un contexte de violences interethniques et de rejet des autorités centrales. Quelques mois plus tard, Kalonji se proclamera roi sous le titre de « Mulopwe », accentuant encore la singularité de son entreprise.

La spirale sécessionniste se poursuit au Katanga. Le 11 juillet 1960, Moïse Tshombe, leader de la Confédération des associations tribales du Katanga (CONAKAT), proclame l’indépendance de cette région riche en ressources naturelles. Appuyé par l’Union minière du Haut-Katanga, toujours contrôlée par des intérêts belges, Tshombe bénéficie du soutien de Bruxelles, désireuse de préserver ses intérêts économiques dans la région.

Kasa-Vubu et Lumumba tentent une mission conjointe à Élisabethville (actuelle Lubumbashi), mais Tshombe refuse de recevoir Lumumba, faisant obstacle à toute tentative de réconciliation. Trois ans plus tard, grâce à l’intervention militaire des Casques bleus des Nations unies, l’État du Katanga est finalement réintégré de force au Congo-Kinshasa, et Moïse Tshombe s’exile en Espagne.

Très engagé dans la recherche d’une solution à cette crise, le secrétaire général de l’ONU de l’époque, Dag Hammarskjöld, y laissera sa vie : il périt dans un crash d’avion le 18 septembre 1961, en Rhodésie du Nord (actuelle Zambie). La RDC lui rendra hommage en baptisant le pont Mondjiba à son nom. Il recevra, la même année, le prix Nobel de la paix à titre posthume.

Le conflit avec Lumumba : une rupture décisive

Les tensions entre Kasa-Vubu et Lumumba culminent en septembre 1960. Le 5 septembre, Kasa-Vubu destitue Lumumba, l’accusant de sympathies communistes et de provoquer des désordres, notamment au Kasaï. Lumumba, refusant cette décision, tente de révoquer Kasa-Vubu, ce qui plonge le pays dans une impasse constitutionnelle. La Loi fondamentale de 1960, adoptée précipitamment, instaure un régime semi-présidentiel, où les rôles du président et du Premier ministre sont mal définis, exacerbant la crise. Le coup d’État de Joseph-Désiré Mobutu, alors chef d’état-major, met fin à cette instabilité en arrêtant Lumumba, qui est livré aux forces katangaises et assassiné en janvier 1961. « Kasa-Vubu pense protéger le pays, mais il ouvre la voie à Mobutu », analyse Sophie Maketa, politologue à Matadi.

Cette rupture marque un tournant décisif dans l’histoire de la RDC. La dualité exécutive, source d’instabilité chronique, pose les bases de tensions institutionnelles persistantes, récurrentes jusqu’à aujourd’hui, notamment dans les conflits entre le président et le Premier ministre, comme ce fut le cas sous Mobutu avec Étienne Tshisekedi ou plus récemment avec Sylvestre Ilunga Ilunkamba et Félix Tshisekedi. Bien qu’il ait conservé son poste après le coup de force de Mobutu, l’autorité de Kasa-Vubu s’étiole face à la montée du pouvoir militaire.

La Constitution de Luluabourg et la chute

En 1964, Kasa-Vubu tente de stabiliser le pays en introduisant la Constitution de Luluabourg, qui instaure un régime fédéral avec 21 provinces autonomes et un président exécutif fort. Approuvée par référendum, cette constitution vise à répondre aux tensions ethniques et régionales mais échoue à pacifier le pays. L’accession de Tshombe au poste de Premier ministre en 1964, malgré ses antécédents sécessionnistes, est perçue comme pragmatique mais controversée. En novembre 1965, Mobutu renverse Kasa-Vubu par un coup d’État, suspendant la constitution et mettant fin à la première République.

Un héritage ambivalent

L’héritage de Kasa-Vubu est marqué par une ambivalence. Pionnier de l’indépendance, il pose les bases d’un État souverain, mais ses choix, comme la destitution de Lumumba, exacerbent les fractures politiques et institutionnelles du pays. Son projet fédéraliste, bien qu’innovant, échoue à résoudre les rivalités régionales. Son leadership, souvent perçu comme hésitant, contraste avec l’autorité et le charisme de Lumumba, mais ses efforts pour structurer l’État, à travers la Constitution de Luluabourg, continuent d’influencer les débats actuels sur la décentralisation et les tensions entre le pouvoir central et les provinces.

Mobutu Sese Seko : l’ère de l’autoritarisme centralisé

De 1965 à 1997, Mobutu Sese Seko impose un régime autocratique qui redéfinit radicalement la République du Zaïre. Né en 1930 à Lisala, cet ancien soldat de la Force Publique et journaliste grimpe les échelons militaires pour devenir chef d’état-major en 1960. Cinq ans plus tard, il orchestre un coup d’État qui le propulse au sommet du pouvoir. L’hebdomadaire The Washington Post décrira plus tard comment il façonne un système politique centré sur sa personne, illustré par le Mobutisme, une idéologie qu’il officialise en 1967 avec le Manifeste de la N’sele. Sous le slogan « ni gauche, ni droite, ni même centre », il préconise un nationalisme unique, rejetant à la fois le capitalisme occidental et le communisme soviétique.

Le Mouvement Populaire de la Révolution (MPR), devenu parti-État, constitue le pilier exclusif de la vie politique et sociale. Le culte de la personnalité prend une ampleur démesurée : statues, portraits géants et slogans omniprésents. Mobutu se proclame « Père de la nation », « Guide de la Révolution », voire « Messie ». « On ne pouvait allumer la télévision sans voir Mobutu, c’était oppressant », se souvient Jeanne Mukadi, ancienne fonctionnaire à Kinshasa. À certains moments, rapporte le HCR, les médias sont interdits de mentionner d’autres noms que le sien. Cette monopolisation de l’espace public écrase toute forme d’opposition, transformant les institutions en marionnettes soumises à la volonté du président.

Zaïrianisation : une ambition nationaliste virant au désastre

En 1971, Mobutu rebaptise le pays Zaïre et lance une campagne d’« authenticité » destinée à effacer les traces coloniales. Léopoldville devient Kinshasa, Élisabethville prend le nom de Lubumbashi, et les prénoms chrétiens sont bannis. Il adopte lui-même le nom de Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu Wa Za Banga, signifiant « le guerrier tout-puissant qui va de victoire en victoire ».

Mais c’est surtout la « zaïrianisation » économique, lancée en 1973, qui marque cette phase de son régime. Sous couvert de souveraineté économique, Mobutu nationalise les entreprises étrangères et les redistribue à une élite zaïroise, souvent constituée de proches sans aucune compétence en gestion. Le résultat est désastreux : les unités industrielles périclitent, le secteur minier s’effondre. La chute brutale des cours du cuivre en 1975 aggrave la crise, provoquant une contraction du PIB de 2,5 % et une explosion de la dette. « La zaïrianisation était une idée noble, mais elle a enrichi les amis de Mobutu et appauvri le peuple », déplore Paul Tshibangu, commerçant à Lubumbashi.

Cette politique, loin de libérer l’économie, installe une corruption systémique qui perdure. En 2024, le Corruption Perceptions Index de Transparency International attribue au Zaïre un score alarmant de 20/100, reflet d’un héritage toujours actif. La production de cuivre dans le Shaba (Katanga), qui culminait à 400 000 tonnes dans les années 1980, chute à 30 000 tonnes en 1993, selon Human Rights Watch.

Entre stabilité factice et répression de masse

Dans un pays aux 250 ethnies, Mobutu parvient à maintenir une paix relative. Mais celle-ci repose sur une surveillance constante et une répression implacable. En 1966, quatre figures politiques, dont l’ancien Premier ministre Évariste Kimba, sont exécutées publiquement à Kinshasa. Trois ans plus tard, la répression sanglante des manifestations étudiantes à Lubumbashi fait des dizaines de morts. Le HCR en fait un symbole du climat de terreur. « Vivre sous Mobutu, c’était marcher sur des œufs. On ne savait jamais qui écoutait », se souvient Esther Lubala, militante des droits humains.

Les Forces armées zaïroises (FAZ), politiquement dominées par des officiers de l’ethnie ngbandi, celle de Mobutu, sont marquées par une logique de clan qui nourrit la méfiance envers les autres composantes du pays. En 1980, The Washington Post révèle que les Ngbandi forment l’épine dorsale de l’armée. Lors des invasions du Shaba (1977 et 1978), les FAZ, incapables de défendre seules le territoire, doivent se résoudre à demander le soutien de troupes françaises et marocaines. Cette dépendance accélère la militarisation du pouvoir et introduit l’ethnicisation de l’armée, dont les effets se font encore sentir en RDC.

Un diplomate courtisé devenu paria

Durant la Guerre froide, Mobutu exploite habilement la carte de l’anti-communisme, se positionnant en rempart de l’Occident face à l’expansion soviétique en Afrique. Les États-Unis, la France et la Belgique lui accordent une aide substantielle. Les États-Unis, troisième bailleur du Zaïre à l’époque, le considèrent comme un allié stratégique dans la sous-région. Il dirige l’Organisation de l’unité africaine (OUA) entre 1967 et 1968 et se positionne comme médiateur en Angola en 1989, multipliant les apparitions en tant qu’homme fort du continent.

Mais avec la chute du Mur de Berlin en octobre 1989, sa position géopolitique se dégrade. Mobutu perd son rôle stratégique et, sous la pression internationale, annonce le retour au multipartisme en 1990. Cependant, cette ouverture reste factice, marquée par la cooptation et la violence.

Marasme économique et pillages de 1991 et 1993

Le début des années 1990 consacre le déclin irréversible du régime de Mobutu. L’économie zaïroise est frappée de plein fouet par deux vagues de pillages d’une ampleur inédite. « Des millions de Kinois ne le savent pas : l’avenue du Commerce était l’une des plus belles de la ville. Elle rivalisait même avec le boulevard du 30 Juin, grâce à ses boutiques bien éclairées et richement achalandées, une véritable invitation au lèche-vitrine dans la capitale. Son attraction principale était le cinéma Palace », se souvient Omer Nsongo, un vieux journaliste congolais. Il n’aura suffi que de quelques jours les 23 et 24 septembre 1991, puis le 28 janvier 1993 pour mettre le pays à genoux. L’ensemble du tissu industriel, commercial et social est alors gravement dévasté. Le Zaïre de Mobutu, déjà fragilisé, ne s’en relèvera jamais vraiment. Le régime entre dès lors dans une lente agonie.

En mai 1997, affaibli par la maladie et lâché par ses anciens alliés, Mobutu est renversé par la rébellion de Laurent-Désiré Kabila, soutenue par le Rwanda et l’Ouganda. L’homme qui incarna l’État pendant trois décennies s’exile au Maroc, où il meurt quelques mois plus tard, le 7 septembre.

Un legs controversé, entre nostalgie et ruine

L’héritage de Mobutu est profondément divisé. Il laisse derrière lui une structure d’État centralisée, une diplomatie active, et une forme d’identité nationale postcoloniale. Mais son règne instaure aussi une kleptocratie dont les effets perdurent. Transparency International estime entre 4 et 15 milliards de dollars les sommes détournées durant son mandat. L’exclusion des provinces, l’ethnicisation de l’armée et l’effondrement de l’économie plongent le pays dans une instabilité durable.

À Gbadolite, son village natal devenu une cité luxueuse sous son règne, des voix expriment une certaine nostalgie. « Sous Mobutu, les agriculteurs vivaient de leurs récoltes, le pays avait une voix », se souvient Joseph Loka, fermier à Gemena. Mais d’autres dénoncent l’imposture d’un règne dispendieux. « Mobutu nous a appris à survivre dans le chaos, mais il a pillé nos rêves », conclut Esther Lubala, lucide et amère.

Laurent-Désiré Kabila : la révolution inachevée

Laurent-Désiré Kabila, président de la République Démocratique du Congo (RDC) de 1997 à 2001, incarne une figure révolutionnaire paradoxale, surgissant des coulisses après des décennies dans l’ombre. Né en 1939 à Jadotville (aujourd’hui Likasi), il se distingue dès les années 1960 par son engagement contre le régime de Mobutu, notamment au sein de la rébellion Simba, un groupe de guérilla qui s’opposa au dictateur dans les régions du Katanga. Pourtant, c’est dans les années 1990 qu’il prend réellement l’ascendant en dirigeant l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération (AFDL), soutenue par le Rwanda et l’Ouganda, dans le but de renverser Mobutu. L’AFDL capitalise sur l’impopularité croissante de Mobutu, exacerbée par la crise économique et l’arrivée massive de réfugiés hutus après le génocide rwandais de 1994.

Le 17 mai 1997, après une rapide avancée de ses troupes, Kabila entre dans Kinshasa, mettant fin au règne de Mobutu, qui fuit en exil. En proclamant la fin de l’ère Mobutu, Kabila renomme le pays République Démocratique du Congo, marquant symboliquement une rupture avec le passé. Mais cette victoire semble éclipser les doutes sur ses méthodes de conquête. Le soutien militaire des pays voisins, le Rwanda et l’Ouganda, soulève des interrogations sur la légitimité de sa prise de pouvoir. « On voulait un libérateur, mais on a eu un chef de guerre soutenu par des étrangers. Depuis, la guerre n’a jamais pris fin », regrette Paul Tshibangu, commerçant à Lubumbashi. Kabila tente de s’imposer comme un héros national, mais sa méthode violente pour accéder au pouvoir ternit son image.

Une gouvernance autoritaire

Laurent-Désiré Kabila arrive au pouvoir avec la promesse d’un renouveau démocratique. Cependant, ses premières décisions trahissent une dérive autoritaire. Bien qu’il remette le nom initial du pays, le Congo, symbole du retour à la démocratie, ses actions ont vite laissé place à l’autoritarisme. Il suspend la Constitution, dissous les institutions de la transition. Le pays est gouverné par décret. Et tout ceci rappelle Mobutu.

En quelques mois, il suspend les partis politiques et interdit toute activité partisane, tout en nommant lui-même les députés. Cela marque le début d’une gestion autocratique où toute forme de pluralisme est éradiquée. Selon Human Rights Watch, son régime est caractérisé par des arrestations arbitraires, des détentions illégales, des tortures et des disparitions forcées. Une répression qui crée un climat de terreur, rappelant bien des aspects du régime Mobutiste. « Kabila parlait de révolution, mais il gouvernait comme Mobutu », critique Sophie Maketa, activiste des droits humains.

En 1998, après plusieurs années de tensions avec ses anciens alliés rwandais et ougandais, Kabila décide de prendre une mesure radicale : l’expulsion des troupes étrangères. Ce geste, symbolique d’une volonté d’affirmer la souveraineté congolaise, provoque une réaction en chaîne. Le pays plonge alors dans la deuxième guerre du Congo, un conflit d’ampleur continentale impliquant neuf pays africains et de multiples groupes rebelles. Un nouveau front de guerre s’ouvre, et la RDC devient l’épicentre d’une instabilité qui durera plus de dix ans. Laurent-Désiré Kabila, pour contrer ses ennemis, s’allie avec des pays comme le Zimbabwe, l’Angola et la Namibie, redéfinissant les lignes de la géopolitique africaine.

Nationalisme économique et échecs structurels

Sous son régime, Mzee Kabila adopte un discours nationaliste fort, se présentant comme un défenseur des ressources naturelles du pays. Il promet de reprendre le contrôle des mines, un secteur clé dans un pays riche en cobalt, cuivre et diamants. Cependant, ses politiques se révèlent rapidement contradictoires. En 2000, il accorde un monopole sur l’exploitation des diamants à la société israélienne International Diamond Industries-Congo (IDI-Congo), dirigée par Dan Getler, en échange de fonds nécessaires pour financer la guerre, ce qui soulève de vives critiques. La gestion des ressources naturelles reste dominée par des intérêts étrangers, et Laurent Kabila échoue à instaurer les réformes structurelles nécessaires pour redynamiser l’économie et renforcer l’autonomie du pays.

Assassinat et mémoire fragmentée

Laurent-Désiré Kabila est assassiné le 16 janvier 2001 par l’un de ses gardes du corps. Sa mort laisse un vide politique qui sera comblé par son fils, Joseph Kabila, qui prendra la présidence. L’assassinat du père marque la fin d’un cycle révolutionnaire, mais aussi le début d’une dynastie politique qui marquera le pays pendant des années.

Son héritage reste complexe et contradictoire. La statue imposante de Laurent-Désiré Kabila, érigée en 2002 à Kinshasa, symbolise son image de libérateur, mais cette statue est loin d’effacer les dérives autoritaires de son régime. Sa gouvernance, marquée par la répression, la guerre et l’incapacité à transformer le pays, soulève encore des débats. D’un côté, certains congolais saluent sa victoire sur Mobutu, qu’ils perçoivent comme un mal nécessaire. De l’autre, le souvenir de l’injustice sociale, de la guerre et de la corruption qu’il a laissée dans son sillage trouble sa mémoire. « Kabila a mis fin à Mobutu, mais il n’a pas offert une autre alternative », conclut Félix Kasongo, un jeune activiste de Kinshasa.

Joseph Kabila : stabilisation et ombres persistantes

Arrivé au pouvoir en 2001, à la suite de l’assassinat de son père, Laurent-Désiré Kabila, Joseph Kabila devient président à seulement 29 ans, héritant d’un pays dévasté par la « guerre mondiale africaine » qui a fracturé le territoire et alimenté des conflits ethniques et politiques. En 2002, il joue un rôle central dans les Accords de Sun City, qui aboutissent à la formation d’un gouvernement de transition. L’objectif est de réunir les factions belligérantes, tout en amorçant une réforme de l’armée congolaise, le brassage des anciens rebelles dans les FARDC, l’armée nationale. Mais cette intégration, loin de pacifier l’armée, accentue les rivalités internes et l’indiscipline, affaiblissant l’institution militaire en difficulté.

Les élections de 2006 marquent un tournant démocratique avec des élections pluralistes, les premières depuis l’indépendance. Kabila remporte le second tour face à Jean-Pierre Bemba, mais la paix reste fragile. La situation dans l’Est du pays, où des groupes armés comme le M23, soutenu par le Rwanda, continuent de déstabiliser la région, demeure critique. Les Accords de Sun City, bien que salués comme un pas vers la paix, n’ont pas réglé les causes profondes du conflit, notamment les tensions ethniques et les rivalités géopolitiques régionales.

Kabila et son héritage de 5 chantiers

Après la fin de la transition (1+4), Joseph Kabila met en place un vaste programme de reconstruction du pays : les 5 chantiers. Ce programme quinquennal visait à améliorer l’accès à l’éducation, à la santé, à l’emploi, à l’eau et l’électricité et aux infrastructures de base. Avec le recul, certains observateurs pensent que le taux d’exécution de cinq chantiers a été faible. Une autre opinion pense plutôt que le bilan est relativement positif vu que l’exécution de ces projets s’est fait sur fond propres du gouvernement. Lors de son second mandat, Joseph Kabila va consolider ce programme par la « révolution de la modernité ».   

A côté de ces programmes de gouvernance, Kabila met en place une machine politique. En 2002, il fonde le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) et met en place une série d’alliances politiques, d’abord sous l’Alliance pour la Majorité Présidentielle (AMP), MP (Majorité présidentielle), puis sous le Front Commun pour le Congo (FCC) en 2018. Ces réseaux de pouvoir l’ont aidé à garder un contrôle politique, mais au prix d’une répression accrue. La liberté d’expression et la presse sont limitées, et les opposants sont systématiquement réprimés. En 2016, les manifestations contre le report des élections prévues pour cette année-là sont violemment réprimées, un tournant qui entame encore un peu plus la légitimité du régime de Kabila.

Les élections de 2011, marquées par des accusations de fraudes massives, et le report des élections de 2016 alimentent les critiques de manipulation électorale. Jean-Marc Kabund, alors leader de l’opposition, dénonce : « Joseph Kabila voulait rester au pouvoir à tout prix, et le peuple en a payé le prix ». Juste avant son départ en 2018, Kabila met en place le FCC, un instrument pour garder son influence même après la fin de son mandat, qui est prolongé à travers son héritage politique, notamment à travers des figures loyales dans les institutions clés.

L’économie du pays, riche en ressources naturelles, aurait pu être un levier pour le développement. En 2018, Kabila promulgue un nouveau code minier qui augmente les taxes sur les exportations pour maximiser les revenus de l’État. Cependant, la gestion de ces ressources est marquée par la corruption. Le clan Kabila, notamment à travers des contrats opaques comme celui signé en 2007 avec la Chine, a été accusé de détournements massifs de fonds. Le fameux « contrat du siècle » a échoué à transformer le pays malgré un investissement chinois de 6 milliards de dollars en infrastructures. Selon l’Inspection Générale des Finances, seulement 18,38 % de ces fonds ont été réellement investis dans des projets concrets. Cela contribue à la persistance de la pauvreté qui touche encore 73 % de la population, exacerbant les frustrations populaires face à une élite enrichie au détriment du développement national.

En 2025, l’image de Kabila est ternie par des accusations graves concernant son possible soutien à la rébellion du M23, active dans l’Est de la RDC. Plusieurs médias internationaux révèlent qu’il a séjourné à Goma, alors sous contrôle des rebelles, en provenance de Kigali. Dans une interview au The Sunday Times, il qualifie le conflit du M23 de « revendication du peuple congolais », une prise de position qui a scandalisé l’opinion congolaise et renforcé les soupçons de son implication dans cette guerre. Le gouvernement de Judith Suminwa réagit en suspendant le PPRD, annonçant la saisine des biens de Kabila et demandant la levée de son immunité de sénateur à vie. Kabila, malgré son absence aux élections de 2023, conserve une forte influence à travers le FCC et son parti le PPRD, et les rivalités politiques continuent d’animer les coulisses de la scène politique congolaise.

Institutions et gouvernance : un héritage d’ambiguïtés

L’histoire politique de la RDC est marquée par des institutions qui, depuis l’indépendance, ont oscillé entre centralisation et fragmentation, autoritarisme et tentatives de démocratisation. Les ambiguïtés qui caractérisent la gouvernance congolaise trouvent leur origine dans la loi fondamentale de 1960, instaurée sous Joseph Kasa-Vubu, et sont exacerbées par les régimes suivants, dont celui de Mobutu, avant d’être réintroduites sous Joseph Kabila. La Constitution de 2006, qui établit un système semi-présidentiel, où le président nomme mais ne révoque pas le Premier ministre, en est un témoignage vivant : elle a engendré des tensions entre la présidence et le Premier ministre, illustrées par la rivalité entre Félix Tshisekedi et Sylvestre Ilunga Ilunkamba, fidèle à Joseph Kabila.

La Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI), créée sous Joseph Kabila, a été largement critiquée pour sa politisation. Héritière des controverses des élections de 2006, 2011 et 2018, elle est perçue par beaucoup comme un outil au service du pouvoir en place. « La CENI est un instrument du pouvoir, pas de la démocratie », déclare Esther Lubala, observatrice des droits humains. Une institution dont l’indépendance, pourtant essentielle pour la légitimité électorale, reste souvent contestée.

L’ambition de fédéraliser le pays, entamée sous Kasa-Vubu avec l’idée de décentralisation, s’est heurtée aux réalités politiques de l’après-indépendance. Bien que la RDC compte désormais 26 provinces, un héritage de cette tentative fédéraliste, la méfiance entre le pouvoir central et les entités provinciales persiste. Les rivalités entre le gouvernement central et les provinces restent un frein majeur à la mise en œuvre des réformes nécessaires à un État inclusif.

Tensions ethniques et sécuritaires : des blessures non cicatrisées

Les tensions ethniques qui ont traversé l’histoire du pays, de Kasa-Vubu à Mobutu en passant par les Kabila, se sont intensifiées avec la militarisation du pouvoir. Sous Kasa-Vubu, l’ABAKO incarnait une forte composante ethnique, et Mobutu a intensifié cette politisation des identités régionales et ethniques. Le manque de gestion adéquate des conflits a laissé des cicatrices profondes. Dans l’Est, les groupes armés sont aujourd’hui majoritairement formés le long des lignes ethniques, une situation exacerbée par le M23 et les accusations de soutien implicite ou explicite à ces mouvements, notamment à l’égard de Joseph Kabila.

Plusieurs rapports onusiens et d’ONG comme Human Rights Watch documentent l’existence de plus de 100 groupes armés actifs dans l’Est du pays. Les violences intercommunautaires dans des régions comme le Kasaï et le Kwilu témoignent également de cette fracture sociale, alimentée par des politiques publiques déficientes. Sophie Maketa, analyste des conflits, résume ainsi la situation : « L’Est est un puzzle que personne n’a su résoudre, et chaque président y a ajouté une pièce cassée ».

La militarisation du pouvoir, héritée de Kasa-Vubu, renforcée par Mobutu et amplifiée par les Kabila, reste un défi majeur. Les FARDC, mal équipées, rongées par des rivalités internes et la corruption, peinent à sécuriser le territoire. L’impunité des forces de sécurité, bien qu’ouverte à des réformes, persiste, freinant les efforts pour une paix durable.

Diplomatie et économie : entre pragmatisme et dépendance

La diplomatie congolaise a toujours navigué entre plusieurs puissances. Sous Kasa-Vubu, la RDC était pro-occidentale, tandis que Mobutu, au plus fort de la guerre froide, a joué une carte anti-communiste avec succès, soutenu par l’Occident. Sous les Kabila, la diplomatie a été diversifiée, notamment avec la Chine, grâce au fameux « contrat chinois » signé en 2007, échangeant des droits miniers contre des investissements en infrastructures. Cette approche pragmatique a permis une stabilité apparente, mais la gestion des ressources minières est restée problématique. Selon le journal Cobalt and Corruption, sous le règne de Joseph Kabila, les richesses générées par l’exploitation minière profitent davantage aux multinationales qu’à la population congolaise.

Les ressources naturelles du pays, telles que le cobalt et le cuivre, sont des atouts économiques majeurs. Mais cette dépendance aux minerais a freiné l’essor d’une économie diversifiée et inclusive. La gestion de ces ressources reste opaque, et les abus de la famille Kabila dans le secteur minier n’ont fait que renforcer la perception de corruption à grande échelle. Paul Tshibangu, ancien membre de la société civile, résume cette frustration populaire : « Nos minerais font la richesse du monde, mais ici, on vit dans la misère ».

Une mémoire collective fragmentée

La mémoire de la gouvernance des présidents de la RDC demeure divisée. Joseph Kasa-Vubu est perçu comme un président discret, voire effacé, souvent éclipsé par la figure de Patrice Lumumba. Mobutu, quant à lui, reste une figure controversée : certains saluent la stabilité qu’il a imposée au pays, mais beaucoup dénoncent son régime kleptocratique et autoritaire. Laurent-Désiré Kabila est célébré pour sa victoire sur le régime de Mobutu, mais son autoritarisme et ses erreurs dans la gestion de la transition restent des sujets sensibles. Quant à Joseph Kabila, il polarise encore le pays : pour ses partisans, il a su ‘stabiliser’ un pays en guerre ; pour ses détracteurs, il a perpétué un système de corruption et d’instabilité.

Surmonter les héritages pour un Congo unifié

L’héritage des anciens présidents de la RDC, de Joseph Kasa-Vubu à Joseph Kabila, est marqué par une succession de promesses non tenues, de crises non résolues et de contradictions profondes. Kasa-Vubu a posé les bases d’un État souverain, mais fragile. Mobutu a assuré la stabilité à travers un régime autoritaire, au détriment des principes démocratiques. Laurent-Désiré Kabila a incarné l’espoir d’une révolution, mais ses échecs en matière de gouvernance sont notoires. Joseph Kabila, après avoir stabilisé le pays, laisse un bilan mitigé. si la RDC a connu un semblant de paix, ses pratiques autoritaires et les accusations de collusion avec des groupes rebelles restent des ombres pesant sur son héritage.

La RDC continue d’être façonnée par les héritages de ces présidences successives, où les défis de la gouvernance, de la sécurité et de la redistribution des richesses demeurent omniprésents. La véritable question reste celle de l’avenir : comment la RDC parviendra-t-elle à dépasser ces divisions et ces ambiguïtés pour répondre enfin aux aspirations profondes de son peuple ? « Le passé nous enseigne, mais c’est à nous de bâtir un Congo uni et juste », conclut Marie Nzuzi, enseignante à Kinshasa.

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Soutien du Rwanda à l’AFC/M23 : quelles possibles conséquences après l’aveu de Kigali ?

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Après des années de démentis catégoriques, l’aveu du soutien du Rwanda au mouvement rebelle M23 marque un tournant majeur dans la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC. Cet épisode met à nu une stratégie longtemps assumée en coulisses et place Kigali face à ses responsabilités régionales et internationales, notamment en matière de justice.

Le soutien du Rwanda au M23 n’a jamais été un secret pour les populations de l’est congolais, ni pour le gouvernement congolais, encore moins pour de nombreux observateurs internationaux, y compris les Nations Unies. Pourtant, Kigali a longtemps opposé un mur de dénégation aux accusations portées par Kinshasa, par les Nations unies et par plusieurs ONG. Rapports d’experts, images satellites, témoignages d’anciens combattants : les preuves s’accumulaient, pendant que le discours officiel rwandais parlait de « manipulation politique » et de « mensonges ».

Mais le week-end dernier à Washington, Kigali est passé aux aveux : « Le Rwanda fait de la coordination sécuritaire avec l’AFC/M23 ». C’est la déclaration de Mathilde Mukantabana, ambassadrice du Rwanda aux États-Unis, lors d’une réunion du sous-comité Afrique de la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants des États-Unis, le 22 janvier 2026.

Puis, un document publié en début de week-end passé sur le site de l’Ambassade du Rwanda à Washington marque un tournant rare dans la communication officielle de Kigali sur la crise dans l’Est de la RDC. « Pour la première fois de manière aussi explicite, une autorité rwandaise reconnaît que le Rwanda « s’engage dans une coordination sécuritaire avec l’AFC/M23 », un mouvement armé en conflit ouvert avec l’État congolais », commente Veritasinfos.

L’aveu, même partiel ou formulé sous couvert d’arguments sécuritaires, change profondément la nature du débat. Il ne s’agit plus de savoir si le Rwanda soutient le M23, mais pourquoi et à quel prix. Kigali justifie son implication par la nécessité de protéger ses frontières et de neutraliser les groupes armés hostiles opérant depuis le territoire congolais, notamment les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Une rhétorique sécuritaire classique, mais qui peine à masquer d’autres intérêts notamment économiques mais aussi les effets dévastateurs du conflit sur les civils : déplacements massifs, exactions, pillages et instabilité chronique.

D’après l’ambassadrice du Rwanda à Washington, cette collaboration « est une mesure défensive visant à protéger les populations Tutsi et à prévenir toute résurgence de violences génocidaires ». Elle a ensuite donné des détails sur le cadre de cette collaboration entre armée rwandaise et rebelles de l’AFC/M23, soulignant son caractère défensif et temporaire. « Pour cette raison, le Rwanda engage effectivement une coordination sécuritaire avec l’AFC/M23. Je l’affirme clairement afin de bâtir la confiance par la transparence », a-t-elle déclaré. Cette diplomate a insisté sur le fait que l’AFC/M23 reste un groupe congolais indépendant, avec des revendications légitimes contre Kinshasa.

AFC/M23 ou bras armé du Rwanda en RDC ?

À Kinshasa, les aveux du Rwanda n’ont pas surpris plus d’un Congolais, y compris les autorités politiques qui ne cessaient de clamer haut et fort que le Rwanda dirigeait même les opérations armées de cette rébellion avec des troupes rwandaises au sol. Pour Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement congolais, cet aveu sonne comme la reconnaissance de nombreuses années de « dénégations acharnées, de mensonges et de manipulation systématique » du Rwanda. « Le Gouvernement rwandais a utilisé la culpabilité de la communauté internationale comme bouclier pour empêcher toutes critiques contre ses actions hostiles en RDC ! », a-t-il ajouté. Pour d’autres Congolais, les aveux de Kigali viennent valider l’instrumentalisation de l’AFC/M23 par le Rwanda, et Corneille Nangaa ne serait que la vitrine locale d’une rébellion dirigée par le Rwanda. « Il est clair maintenant que tous ceux qui ont rejoint l’AFC/M23 ont rejoint le Rwanda contre la RDC », a écrit sur son compte X Jean-Claude Katende, président de l’Association africaine de défense des droits de l’Homme (ASADHO).

Des éventuelles conséquences d’un tel aveu

Après avoir été acculé par Washington qui a la capacité technique de voir (via satellite) les activités militaires du Rwanda en RDC, Kigali était comme déshabillé devant les Etats-Unis qui parrainent les accords de paix signés en juin dernier à Washington entre Kinshasa et Kigali. « Dos au mur, le Rwanda cherche à proposer un nouveau récit ‘‘dans la transparence’’ de ses combats à l’Est de la RDC », analyse le journaliste français Christophe Rigaud, spécialiste de la région des Grands Lacs. Face à ces aveux, le Rwanda risque des possibles sanctions. Son action en RDC pourrait être interprétée comme une agression.    

En droit international, un État agresseur s’expose à des sanctions coercitives sous l’égide du Conseil de sécurité de l’ONU (Chapitre VII), notamment des mesures économiques (embargos), diplomatiques (rupture des liens), ou militaires. Des réparations financières et des poursuites pénales individuelles (Cour pénale internationale) peuvent également être engagées.

Dans le volet des sanctions économiques et commerciales, il peut y avoir un embargo sur les armes, le gel des avoirs financiers, interdiction d’import-export, et restrictions sur l’usage de devises étrangères. Sur le plan diplomatique, des possibles sanctions sont l’expulsion de diplomates, rupture de relations, et suspension de participation du Rwanda à des organisations internationales. En termes de sanctions militaires, l’ONU peut autoriser l’usage de la force, le blocus, ou une interdiction de survol. Il y a aussi des sanctions pénales individuelles. Par exemple, la Cour pénale internationale (CPI) peut poursuivre les auteurs de crimes d’agression, notamment des personnalités rwandaises qui commandent des opérations en RDC. 

Des relations entre Etats peuvent bloquer ces sanctions 

Malgré la panoplie de sanctions qui existe en droit international, la réalité est tout autre aujourd’hui. Des Etats, au regard de leurs liens bilatéraux, peuvent bloquer des décisions liées aux sanctions contre un Etat ami. Par exemple, les Etats-Unis ou la Grande Bretagne ne laisseraient pas une session du Conseil de sécurité de l’ONU prendre des sanctions contre le Rwanda. Ces nations peuvent opposer leur veto contre les décisions de cette nature.

Mais par contre, Washington étant lui-même garant des accords de paix possède ses propres moyens de pression contre Kigali. C’est d’ailleurs ce qui a poussé le Rwanda à confesser la vérité devant la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants des États-Unis. Il n’est pas sûr que ce nouveau narratif tempère les positions de Washington, note Christophe Rigaud qui rappelle que la sous-secrétaire d’État adjointe américaine au Bureau des affaires africaines, Sarah Troutman, a été très claire devant la Chambre des représentants : « Ceux qui menacent la paix seront tenus pour responsables. » Un avertissement limpide pour le Rwanda dont les actions militaires en RDC ont causé de milliers de morts depuis la résurgence du M23 mais aussi forcé le déplacement de millions de civils. Rien qu’au mois de décembre 2025, la province du Sud-Kivu a vu son système éducatif fortement perturbé. L’intensification de l’insécurité liée à l’activisme militaire du Rwanda et du M23 a contraint des centaines d’écoles à fermer leurs portes, laissant plus de 500 000 enfants sans accès à l’éducation.

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« Ne jamais trahir le Congo » : l’héritage intemporel de Laurent-Désiré Kabila à la jeunesse congolaise

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Le mardi 16 janvier 2001, la République démocratique du Congo (RDC) fut secouée par l’assassinat de son président, Laurent-Désiré Kabila, au cœur du Palais de Marbre à Kinshasa. Ex-chef rebelle devenu chef de l’État après la chute de Mobutu Sese Seko, Kabila laisse un héritage mémoriel surtout à la jeunesse mais aussi une nation endeuillée, encore divisée sur les circonstances exactes de sa mort.

Ce vendredi 16 janvier 2026, cela fait 25 ans depuis l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila. À l’occasion des commémorations annuelles de sa disparition, le pays continue de célébrer le message qui a marqué son engagement pour la souveraineté nationale : « Ne jamais trahir le Congo ». Plus qu’un slogan, cette formule incarne un appel à l’unité, au patriotisme et à la défense de l’intégrité territoriale de la RDC qui résonne encore dans le débat public congolais. Ce mot d’ordre a été rappelé à plusieurs reprises par des dirigeants, des personnalités politiques et des membres de la société civile lors des cérémonies commémoratives de son assassinat.

Ce 16 janvier 2026, l’historien Isidore Ndaywel, professeur à l’Université de Kinshasa, évoque cette phrase comme un héritage le plus popularisé. « Dans toutes les difficultés qu’on peut avoir, des interventions extérieures, quand on est Congolais, on doit retenir qu’il ne faut jamais trahir le Congo », a expliqué Isidore Ndaywel sur les antennes de RFI. Selon ce vice-président de l’Académie africaine des sciences religieuses, sociales et politiques, cette phrase a été popularisée par la jeunesse congolaise, devenant quasiment un héritage intemporel pour les Congolais.

La jeunesse congolaise, particulièrement kinoise, a gardé une image positive par rapport à la vie politique de Laurent-Désiré Kabila. Lors des émeutes contre certaines ambassades à Kinshasa après la chute de la ville de Goma fin janvier 2025, des jeunes radicaux mécontents de cette situation sécuritaire avaient investi d’autres sites. Certains parmi eux, arrivés devant le buste de Laurent-Désiré Kabila installé devant sa fondation, dans la commune de la Gombe, s’étaient inclinés et avaient épousseté la statue. Pourtant, la majorité de ces jeunes avaient moins de trente ans. Ce qui démontre l’image positive qu’ils ont gardée de cet ancien président congolais.      

Nationaliste dès son jeune âge

Né le 27 novembre 1939 à Jadotville (aujourd’hui Likasi), dans l’actuelle province du Haut-Katanga, Laurent-Désiré Kabila Makolo s’est fait connaître très tôt comme figure de la lutte armée. Il se montre nationaliste dès son jeune âge en s’opposant à la sécession katangaise alors qu’il n’avait que 19 ans. Il est nommé président de la Jeunesse Balubakat (Jeukat) par un autre lumumbiste, Jason Sendwe. Laurent-Désiré Kabila va transformer cette structure politique en une milice armée qui entre en rébellion contre le gouvernement sécessionniste de Moïse Tshombe.

Son père, Désiré Taratibu, proche de l’idéologie de Moïse Tshombe, sera tué par des jeunes nationalistes katangais, d’après le récit de Thomas Luhaka, historien et ancien ministre de la RDC. Laurent-Désiré Kabila participera ensuite à de mouvements de guérilla dans les années 1960, animés par un fort nationalisme et une volonté de mettre fin à la domination des élites au pouvoir après l’indépendance du Congo belge. Il passera des décennies dans l’ombre (au maquis) avant de ressurgir sur la scène politique au milieu des années 1990. Président du Parti de la révolution du peuple (PRP), il fondera avec Anselme Masasu Nindaga, Deo Gratias Bugera et Kisase Ngandu l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (AFDL).       

Kabila renverse Mobutu

Après avoir pris le commandement de l’AFDL, soutenue militairement par le Rwanda et l’Ouganda, Kabila mène une offensive victorieuse qui met fin au règne de Mobutu Sese Seko en mai 1997. Il devient alors président de la République, renommant le pays République démocratique du Congo et promettant de restaurer la dignité et l’unité nationale. Cependant, les premières années de son mandat sont marquées par la guerre du Congo (1998-2003), appelée aussi la deuxième guerre du Congo, un conflit régional meurtrier impliquant plusieurs armées africaines et des groupes armés. Cette guerre est née après la fin de son alliance avec le Rwanda et l’Ouganda. Elle s’est déclenchée le 2 août 1998 notamment avec l’attaque de la base militaire de Kitona, au Kongo Central, par l’armée rwandaise et certains rebelles congolais soutenus par l’Ouganda également. Cette guerre suscitera l’intervention de plusieurs armées en RDC dont celles de l’Angola, du Zimbabwe et de la Namibie. Après avoir réussi à repousser l’armée rwandaise et ses alliés, Laurent-Désiré Kabila fera face à d’autres groupes armés nés en 1998 notamment le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) et le Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba. Ces guerres érodent son autorité, fragilisent l’appareil d’État, et exacerbe les tensions internes. Une partie du pays sera contrôlée par des rébellions jusqu’à son assassinat en janvier 2001.

Un assassinat qui garde encore une part du mystère     

Mardi 16 janvier 2001, Laurent-Désiré Kabila passait une journée ordinaire comme les autres. Dans son bureau, au Palais de Marbre, situé dans la commune de Ngaliema, il travaillait avec son conseiller, Emile Mota. Peu avant 14 heures, un jeune soldat de la garde, un caporal du nom de Rachidi Mizele, arrive devant le bureau de Laurent-Désiré Kabila et demande à aller présenter « ses civilités » au président. La garde laisse Rachidi entrer. Ce dernier se dirige vers le chef de l’Etat, en pleine conversation avec son conseiller, dégaine son arme et lui tire dessus. Le président s’écroule… Le meurtrier Rachidi sera lui aussi abattu par la sécurité rapprochée. Ainsi, ce « Kadogo » partira avec une part de vérité sur cet assassinat. Mais qui en était le commanditaire ? Sur cette question, le mystère reste entier !    

Une année après l’assassinat, soit enmars 2002, le procès s’ouvre. Au total, 135 personnes sont jugées devant la Cour d’ordre militaire. Après 9 mois de procès, le verdict tombe. Ces militaires et civils sont tous condamnés à mort, y compris le colonel Eddy Kapend, l’aide de camp du chef de l’Etat. Mais aucun condamné à mort ne passera à la guillotine. Joseph Kabila, qui a pris la place de son père à la tête du pays respecte le moratoire adopté par la République démocratique du Congo, suspendant l’application de la peine de mort.

Ces condamnations à mort vont être commuées en prison à perpétuité. Les condamnés n’auront même pas la possibilité de faire appel de leur jugement. Surtout que les juges n’avaient pas motivé leur décision en démontrant le rôle de chaque accusé ou son degré d’implication dans cet assassinat du chef de l’Etat. Ils se sont limités au prononcé d’une sentence générale condamnant les accusés notamment pour négligence dans la protection du président, attentat à la vie du chef de l’Etat et haute trahison. Mais le rôle exact de chaque prévenu n’a pas été démontré tout au long du procès. Le verdict, quant à lui, n’a pas non plus été motivé.

Des doutes sur le procès

De plus en plus, l’opinion congolaise tout comme une partie de l’élite du pays remettent en cause le procès. Eddy Kapend et ses co-accusés seront perçus comme des coupables désignés et non les vrais commanditaires de l’assassinat. « Les gens qui sont en prison, je pense qu’ils ont porté le chapeau », résumait il y a quelques années, le feu Yerodia Abdoulayi Ndombasi, ancien ministre des Affaires étrangères de Laurent-Désiré Kabila puis vice-président de la République sous le règne du fils, Joseph Kabila. Pour ce compagnon de Mzee Kabila, il fallait donc avoir des coupables à présenter aux Congolais, à défaut des vrais commanditaires.      

Vingt et cinq ans après, plusieurs personnes estiment que le procès sur cet assassinat n’a pas encore répondu à toutes les questions. Les véritables commanditaires du meurtre ne sont pas encore connus. Certains évoquent l’implication américaine sans toutefois avancer des preuves tangibles par rapport à cette piste. D’autres parlent de l’implication du Rwanda de Paul Kagame, son ancien allié. Une autre hypothèse évoque une complicité interne. « A qui profite le crime ? », s’était interrogé George Mirindi, un des gardes du corps condamné par contumace et qui a vécu longtemps en exil. « La vérité sur la mort de Mzee Kabila ne se trouve ailleurs que dans le régime qui a pris le pouvoir le 16 janvier 2001. Une série de preuves en béton me permet de le confirmer, moi qui suis témoin des mises en scène que le nouveau régime a inventé », a écrit George Mirindi dans un ouvrage de 633 pages intitulé « La mort de LD Kabila : ne nie pas, c’était toi ».       

Cet ancien garde du corps de Laurent-Désiré Kabila a qualifié de « faux procès » l’action judiciaire ayant conduit à la condamnation des 135 personnes. Il a aussi critiqué la « propagande » de l’ancien ministre de la Justice, feu Mwenze Kongolo et son film présentant Rachidi Mizele comme l’assassin de Mzee Kabila, vengeant, selon lui, l’assassinat de Anselme Masasu Nindaga, un compagnon de Mzee dans l’AFDL exécuté après un procès expéditif. Masasu était aussi très proche de Rachidi.    

L’impérialisme occidental pointé du doigt

Vingt-cinq ans après, peu importe les versions, il apparaît que Laurent-Désiré Kabila a été victime d’un « complot » facilité par certains de ses proches. Lors de la sixième édition de la leçon publique organisée, le 15 janvier 2025, par la Fondation Mzee Laurent-Désiré Kabila, le professeur Michel Bisa a affirmé que l’assassinat de Mzee Laurent-Désiré Kabila est l’œuvre de l’impérialisme occidental, y compris la mort de Patrice Emery Lumumba et de Simon Kimbangu.   

Ce coup d’Etat du 16 janvier 2001 a fondamentalement changé le destin du pays. Saurait-on la vérité un jour ? Si l’impérialisme occidental a des liens avec cette conjuration, peut-être qu’un jour, des documents déclassifiés pourraient éclairer la lanterne des Congolais restés sur leur soif de vérité 25 ans après cet assassinat mystérieux.

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Bilan de Tshisekedi en 2025 : entre prouesse économique et défis sécuritaires

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À la fin de l’année 2025, le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, peut dresser un bilan contrasté. Entre progrès symboliques et obstacles structurels, ses actions à la tête du pays suscitent à la fois des espoirs et des critiques. Retour sur une année marquée par des efforts de consolidation d’un État encore fragilisé par des crises sécuritaires persistantes.  

Sur le plan politique, 2025 a été pour Félix Tshisekedi une année marquée par des nombreux défis. Face aux parlementaires réunis en congrès, le chef de l’Etat congolais a livré son traditionnel discours sur l’état de la Nation, le 8 décembre dernier. Une allocution fleuve de près de 2h30 qui s’est déroulée dans une séquence diplomatique et sécuritaire dense, après la signature d’un accord de paix entre la RDC et le Rwanda à Washington. Mais dans l’ensemble de l’année, son bilan est marqué par deux pôles : des avancées économiques d’une part et la dégradation sécuritaire de l’autre.    

Une situation sécuritaire préoccupante en 2025

Le 27 janvier 2025, Goma, la capitale du Nord-Kivu, est tombée aux mains des rebelles de l’AFC/M23, soutenus par l’armée rwandaise. L’offensive avait démarré depuis le 23 janvier. La chute de cette ville a marqué une escalade significative du conflit dans l’Est du pays. Symbole stratégique, politique et économique, la capitale du Nord-Kivu est devenue l’épicentre d’une onde de choc aux répercussions nationales et régionales. Cette prise de la ville la plus importante de l’Est du pays a entraîné une crise humanitaire et politique, avec des appels à l’aide internationale et des protestations en RDC. A Kinshasa, cette offensive éclair et brutale a provoqué des émeutes populaires contre certaines ambassades occidentales, notamment celles de la France et de la Belgique. L’ambassade du Rwanda dont le pays participe aux hostilités aux côtés des rebelles du M23 a été aussi attaquée.

A Goma, la ville traverse toujours une épreuve difficile près d’une année après son occupation. Ces combats avaient provoqué de nouveaux déplacements massifs de populations, s’ajoutant à des camps déjà saturés autour de la ville. Des familles entières avaient fui sans ressources, cherchant refuge dans des écoles, des églises ou en prenant les routes menant vers le Sud-Kivu. Malgré le démantèlement par la force des camps des déplacés autour de la ville de Goma, certaines familles, en rentrant chez elles, ont trouvé des occupants inconnus dans leurs champs et parfois dans leurs maisons. Kinshasa a dénoncé une « implantation » des populations inconnues dans les zones contrôlées par le Rwanda via le M23 au détriment des autochtones.

De leur côté, les organisations humanitaires ont alerté sur des pénuries critiques de nourriture, d’eau potable et de médicaments, aggravées par l’insécurité et la fermeture de plusieurs axes d’approvisionnement. Les hôpitaux de Goma, déjà fragilisés, ont peiné à faire face à l’afflux de blessés.

Selon un bilan dressé par le gouvernement le 13 février, au moins 3000 morts ont été recensés et 4260 cas de blessés enregistrés dans les structures de soins.  Le ministre de la Santé, Samuel Roger Kmba, qui livrait ces chiffres au mois de février 2025, avait également signalé qu’environ 939 corps sans vie traînaient encore dans les morgues dans la zone de Goma.

L’accès aux soins est devenu un luxe, alors que le risque d’épidémies a augmenté dans les zones de regroupement improvisées. Les enfants, particulièrement vulnérables, sont exposés à la malnutrition, aux violences et à l’interruption brutale de leur scolarité. Ces violences ont également déstabilisé le Sud-Kivu avec la chute de la ville de Bukavu le 14 février. La perte des autres localités vers la fin de l’année 2025 notamment la ville d’Uvira n’a guère arrangé la situation sécuritaire qui est restée préoccupante sur toute l’année malgré la situation de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda en juin 2025. Au-delà de l’urgence humanitaire, cette situation d’occupation ravive les tensions régionales et les craintes d’une escalade majeure du conflit ne sont pas toujours écartées en ce début de 2026.

En 2025, les Mobondo investissent Kinshasa…

En 2025, la milice dite « Mobondo » a poursuivi une campagne d’activisme armé dans l’Ouest de la République démocratique du Congo, particulièrement dans le territoire de Kwamouth, province du Maï-Ndombe et dans la commune rurale de Maluku à Kinshasa. Entre violences, déplacements massifs de populations et contre-offensives militaires, cette crise sécuritaire est devenue l’une des plus graves du pays. L’activisme de cette milice a continué en 2025 d’impacter profondément la vie des populations du Maï-Ndombe et de certaines zones périphériques de Kinshasa, obligeant le Parc de la vallée de la N’sele à fermer momentanément ses portes. D’après des organisations locales de défense des droits humains et l’Église catholique, les exactions de ce groupe armé ont causé des milliers de morts et plus de 500 mille civils déplacés depuis 2022. La crise a entraîné des violences ciblées, destructions de biens et perturbations graves des services sociaux de base. Cette violence n’a pas été ponctuelle : en novembre 2025, une attaque meurtrière dans le village de Nkana, à quelques dizaines de kilomètres au nord-est de Kinshasa, a de nouveau fait plusieurs victimes civiles, soulignant l’ampleur de la menace encore présente dans cette région. Les efforts militaires déployés jusque-là n’ont pas réussi à ramener la paix dans cette partie du pays.

En Ituri, ADF, CODECO et CRP poursuivent des atrocités…

La province de l’Ituri est aussi restée le ventre mou de l’insécurité en 2025. Si le lieutenant général Johnny Luboya, gouverneur militaire de cette province sous état de siège, a affirmé que sa juridiction est pacifiée à plus de 80% en l’espace de quatre ans, cependant, des poches de résistance existent. En juillet dernier, les rebelles ougandais des Forces démocratiques alliées (ADF), affiliés à l’organisation de l’État islamique, ont massacré à l’arme blanche plusieurs dizaines de fidèles catholiques dans une église avant de s’en prendre à plusieurs commerces et maisons. Au total, 43 personnes ont été tuées dans ces massacres à Komanda.

D’autres rébellions comme celles de CODECO (Coopérative pour le développement du Congo) et de CRP de Thomas Lubanga ont continué à commettre des exactions en 2025. Le 23 décembre, la société civile de l’Ituri a qualifié de « mitigé » le bilan sécuritaire de l’Ituri en 2025. Cette structure a affirmé que bien que des opérations contre la milice CRP aient permis un recul relatif des attaques mais d’autres violences contre les civils persistent.

Des prouesses économiques malgré la crise sécuritaire  

Malgré une année 2025 marquée par la dégradation de la situation sécuritaire dans l’Est et dans une partie de l’Ouest de la RDC, les chocs externes et les turbulences géopolitiques mondiales, l’économie du pays « a tenu » bon. Le président de la République Félix Tshisekedi l’a fait savoir avec des chiffres à l’appui, le 8 décembre 2025, devant le Parlement réuni en Congrès, lors de son discours sur l’état de la Nation. Il a défendu l’idée d’une résilience macroéconomique inédite dans un environnement particulièrement hostile. Il a énuméré plusieurs indicateurs qui témoignent en effet d’une amélioration sensible de la stabilité macroéconomique au cours de l’année 2025. L’un des signaux les plus marquants concerne l’inflation. « Notre économie n’a pas cédé. Elle a tenu. Elle a résisté et, dans plusieurs domaines, elle a progressé », a déclaré Félix Tshisekedi, saluant la forte baisse de l’inflation, qui est passée de 11,7 % fin 2024 à 2,5 % en rythme annuel fin octobre 2025. Cette prouesse a été présentée comme le signe d’une « discipline macroéconomique retrouvée ». Selon le président de la République, cette baisse de l’inflation est nettement en dessous de l’objectif de 7 % fixé par la Banque centrale du Congo (BCC).

Avec une loi rectificative sur le budget 2025, l’administration Tshisekedi a réussi à réduire en même temps le train de vie des institutions. Au niveau de la Présidence de la République, une coupe de 30% a été opérée sur le budget de cette institution. Les salaires des militaires et policiers ont été doublés, ceux des magistrats augmentés ainsi que pour les enseignants. En septembre, le taux de change a sensiblement baissé, provoquant également une légère chute des prix des produits de première nécessité. Une déflation jugée pas assez pour satisfaire les ménages asphyxiés, d’après plusieurs Congolais.   

Des initiatives sociales telles que le lancement de l’Initiative présidentielle pour l’élimination du VIH/Sida chez les enfants témoignent aussi d’une attention portée à des problématiques sanitaires longtemps négligées. Il y a eu aussi le lancement de la Couverture santé universelle. Sur le front agricole, la campagne 2025-2026 a été officiellement lancée, centrée sur la modernisation du secteur et la garantie de la sécurité alimentaire. 

Des résultats sur le plan diplomatique

En 2025, le chef de l’État congolais a multiplié les initiatives pour renforcer la position diplomatique de la RDC sur la scène internationale. Une des avancées les plus notables reste l’élection du pays comme membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies pour le mandat 2026-2027, un signe fort de reconnaissance internationale de la RDC, salué comme un vecteur de diplomatie renforcée et d’influence régionale accrue.

Sur le plan de la paix et de la sécurité, l’administration Tshisekedi a également joué un rôle central dans la signature d’un accord de paix avec le Rwanda, le 27 juin, visant à mettre fin aux hostilités dans l’Est du pays, longtemps ravagé par la rébellion du M23 et d’autres groupes armés. L’accord, négocié avec l’appui d’acteurs internationaux tels que les États-Unis et le Qatar, est perçu comme une étape vers la stabilisation d’une zone qui connaît depuis des décennies des violences parfois instiguées par le Rwanda voisin et des déplacements massifs de population.

Le 4 décembre, Félix Tshisekedi et son homologue rwandais Paul Kagame ont entériné devant le président américain, Donald Trump, l’Accord de paix signé en juin dernier par les ministres des Affaires étrangères de deux pays. Malgré ce geste et l’accompagnement américain dans ce processus de paix, les bruits des bottes n’ont pas cessé dans l’Est de la RDC.

À l’aube de 2026, Félix Tshisekedi se retrouve à un carrefour : son leadership a permis à la RDC de gagner en visibilité internationale et de poser des jalons pour la paix, mais la concrétisation de ces acquis dans la vie quotidienne des Congolais demeure l’enjeu majeur. Si certains voient déjà les prémices d’une transformation institutionnelle, d’autres rappellent que la paix durable, l’emploi, et le renforcement des services publics restent encore à construire, pierre par pierre.

Heshima       

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