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Kasa-Vubu, Mobutu et les Kabila : Quel héritage politique ?

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Depuis l’indépendance en 1960, la République démocratique du Congo (RDC) a été profondément marquée par quatre figures centrales : Joseph Kasa-Vubu, Mobutu Sese Seko, Laurent-Désiré Kabila et Joseph Kabila. Ces dirigeants ont façonné, chacun à leur manière, l’histoire politique d’un pays en quête d’unité, de stabilité et de souveraineté. Leurs mandats ont laissé une empreinte durable, entre projets de construction étatique, dérives autoritaires, ambitions panafricaines et luttes pour la survie du pouvoir. À travers des réformes tantôt visionnaires, tantôt incohérentes, des choix cruciaux et des échecs profonds, ils ont contribué à forger les fondements mais aussi les failles d’un État complexe, tiraillé entre centralisme et désintégration, entre espoir démocratique et retour cyclique de l’autoritarisme. L’héritage qu’ils ont légué continue d’irriguer les tensions institutionnelles, les fractures régionales et les débats idéologiques qui traversent encore la nation.

Dans ce pays-continent, la lutte politique et sociale semble devenir perpétuelle. De Kasa-Vubu à Joseph Kabila, certains Congolais n’ont pas visiblement l’impression d’avoir passé ce cap. « Chaque président a marqué le Congo, pour le meilleur ou pour le pire », résume Marie Nzuzi, enseignante à Kinshasa. « Leur histoire est la nôtre. Comprendre leurs choix, c’est comprendre pourquoi nous luttons encore aujourd’hui. »

Joseph Kasa-Vubu : les premiers pas hésitants d’un État indépendant

Joseph Kasa-Vubu, né entre 1910 et 1917 à Kuma-Dizi, dans le Kongo-Central, incarne les balbutiements du Congo indépendant. Fils de l’ethnie Bakongo, formé par des missionnaires catholiques, il commence sa carrière professionnelle comme enseignant, avant de devenir comptable et leader du nationalisme congolais. À la tête de l’Alliance des Bakongo (ABAKO), il transforme cette organisation culturelle en un mouvement politique puissant dans les années 1950. Son élection comme maire de Dendale (actuelle commune de Kasa-Vubu) à Léopoldville en 1957 marque un tournant décisif. Dans son discours d’investiture, appelant à l’indépendance dans un horizon de trente ans, Kasa-Vubu heurte les autorités coloniales belges, mais renforce son image de leader.

Contrairement à Patrice Lumumba, plus radical et porté par un nationalisme panafricain enflammé, Kasa-Vubu adopte une posture plus modérée, prônant un fédéralisme qui garantit l’autonomie des Bakongo. « Il veut un Congo où chaque région a sa voix, mais certains y voient un manque d’audace », analyse Pierre Kisula, historien à Matadi. Cette approche, jugée parfois hésitante, se heurte à la montée de l’indépendantisme radical. Les émeutes de Léopoldville en janvier 1959, déclenchées lors d’un rassemblement interdit de l’ABAKO, illustrent cette tension. Après son arrestation, Kasa-Vubu est libéré deux mois plus tard, consolidant son aura de résistant.

L’indépendance et la crise congolaise

Le 30 juin 1960, Kasa-Vubu proclame l’indépendance de la République du Congo, un moment solennel et historique. Toutefois, cette fierté nationale est rapidement ternie par une série de crises. La mutinerie de l’armée, l’intervention militaire belge et les sécessions du Katanga et du Sud-Kasaï exposent la fragilité d’un État naissant, privé d’élites administratives formées et d’institutions solides.

Kasa-Vubu, premier président, tente de naviguer dans ce chaos amplifié par l’héritage colonial, marqué par l’insuffisance des investissements dans l’éducation et la gouvernance.

Kasa-Vubu–Lumumba, difficile cohabitation et sécessions congolaises

La cohabitation avec Patrice Lumumba, Premier ministre élu en 1960, devient rapidement conflictuelle. Kasa-Vubu, soucieux de stabilité, privilégie un fédéralisme modéré, tandis que Lumumba, résolument de gauche et déterminé à asseoir une unité nationale forte, cherche des alliances internationales, notamment avec l’Union soviétique, en pleine Guerre froide. À peine une semaine après l’indépendance, des mutineries éclatent, contraignant les deux dirigeants à intervenir personnellement pour calmer les soldats.

La sécession du Katanga moins de deux semaines après l’indépendance, proclamée par Moïse Tshombe le 11 juillet 1960 avec le soutien de la Belgique, aggrave considérablement la crise post-indépendance. Pourtant, bien avant la proclamation officielle de l’indépendance, le 30 juin, le Sud-Kasaï avait déjà fait sécession, quinze jours plus tôt. Le 8 août 1960, cet État fédéral, dont la capitale était Bakwanga (actuelle Mbuji-Mayi), déclare officiellement son autonomie. Albert Kalonji en devient président, et Joseph Ngalula est nommé chef de gouvernement dans un contexte de violences interethniques et de rejet des autorités centrales. Quelques mois plus tard, Kalonji se proclamera roi sous le titre de « Mulopwe », accentuant encore la singularité de son entreprise.

La spirale sécessionniste se poursuit au Katanga. Le 11 juillet 1960, Moïse Tshombe, leader de la Confédération des associations tribales du Katanga (CONAKAT), proclame l’indépendance de cette région riche en ressources naturelles. Appuyé par l’Union minière du Haut-Katanga, toujours contrôlée par des intérêts belges, Tshombe bénéficie du soutien de Bruxelles, désireuse de préserver ses intérêts économiques dans la région.

Kasa-Vubu et Lumumba tentent une mission conjointe à Élisabethville (actuelle Lubumbashi), mais Tshombe refuse de recevoir Lumumba, faisant obstacle à toute tentative de réconciliation. Trois ans plus tard, grâce à l’intervention militaire des Casques bleus des Nations unies, l’État du Katanga est finalement réintégré de force au Congo-Kinshasa, et Moïse Tshombe s’exile en Espagne.

Très engagé dans la recherche d’une solution à cette crise, le secrétaire général de l’ONU de l’époque, Dag Hammarskjöld, y laissera sa vie : il périt dans un crash d’avion le 18 septembre 1961, en Rhodésie du Nord (actuelle Zambie). La RDC lui rendra hommage en baptisant le pont Mondjiba à son nom. Il recevra, la même année, le prix Nobel de la paix à titre posthume.

Le conflit avec Lumumba : une rupture décisive

Les tensions entre Kasa-Vubu et Lumumba culminent en septembre 1960. Le 5 septembre, Kasa-Vubu destitue Lumumba, l’accusant de sympathies communistes et de provoquer des désordres, notamment au Kasaï. Lumumba, refusant cette décision, tente de révoquer Kasa-Vubu, ce qui plonge le pays dans une impasse constitutionnelle. La Loi fondamentale de 1960, adoptée précipitamment, instaure un régime semi-présidentiel, où les rôles du président et du Premier ministre sont mal définis, exacerbant la crise. Le coup d’État de Joseph-Désiré Mobutu, alors chef d’état-major, met fin à cette instabilité en arrêtant Lumumba, qui est livré aux forces katangaises et assassiné en janvier 1961. « Kasa-Vubu pense protéger le pays, mais il ouvre la voie à Mobutu », analyse Sophie Maketa, politologue à Matadi.

Cette rupture marque un tournant décisif dans l’histoire de la RDC. La dualité exécutive, source d’instabilité chronique, pose les bases de tensions institutionnelles persistantes, récurrentes jusqu’à aujourd’hui, notamment dans les conflits entre le président et le Premier ministre, comme ce fut le cas sous Mobutu avec Étienne Tshisekedi ou plus récemment avec Sylvestre Ilunga Ilunkamba et Félix Tshisekedi. Bien qu’il ait conservé son poste après le coup de force de Mobutu, l’autorité de Kasa-Vubu s’étiole face à la montée du pouvoir militaire.

La Constitution de Luluabourg et la chute

En 1964, Kasa-Vubu tente de stabiliser le pays en introduisant la Constitution de Luluabourg, qui instaure un régime fédéral avec 21 provinces autonomes et un président exécutif fort. Approuvée par référendum, cette constitution vise à répondre aux tensions ethniques et régionales mais échoue à pacifier le pays. L’accession de Tshombe au poste de Premier ministre en 1964, malgré ses antécédents sécessionnistes, est perçue comme pragmatique mais controversée. En novembre 1965, Mobutu renverse Kasa-Vubu par un coup d’État, suspendant la constitution et mettant fin à la première République.

Un héritage ambivalent

L’héritage de Kasa-Vubu est marqué par une ambivalence. Pionnier de l’indépendance, il pose les bases d’un État souverain, mais ses choix, comme la destitution de Lumumba, exacerbent les fractures politiques et institutionnelles du pays. Son projet fédéraliste, bien qu’innovant, échoue à résoudre les rivalités régionales. Son leadership, souvent perçu comme hésitant, contraste avec l’autorité et le charisme de Lumumba, mais ses efforts pour structurer l’État, à travers la Constitution de Luluabourg, continuent d’influencer les débats actuels sur la décentralisation et les tensions entre le pouvoir central et les provinces.

Mobutu Sese Seko : l’ère de l’autoritarisme centralisé

De 1965 à 1997, Mobutu Sese Seko impose un régime autocratique qui redéfinit radicalement la République du Zaïre. Né en 1930 à Lisala, cet ancien soldat de la Force Publique et journaliste grimpe les échelons militaires pour devenir chef d’état-major en 1960. Cinq ans plus tard, il orchestre un coup d’État qui le propulse au sommet du pouvoir. L’hebdomadaire The Washington Post décrira plus tard comment il façonne un système politique centré sur sa personne, illustré par le Mobutisme, une idéologie qu’il officialise en 1967 avec le Manifeste de la N’sele. Sous le slogan « ni gauche, ni droite, ni même centre », il préconise un nationalisme unique, rejetant à la fois le capitalisme occidental et le communisme soviétique.

Le Mouvement Populaire de la Révolution (MPR), devenu parti-État, constitue le pilier exclusif de la vie politique et sociale. Le culte de la personnalité prend une ampleur démesurée : statues, portraits géants et slogans omniprésents. Mobutu se proclame « Père de la nation », « Guide de la Révolution », voire « Messie ». « On ne pouvait allumer la télévision sans voir Mobutu, c’était oppressant », se souvient Jeanne Mukadi, ancienne fonctionnaire à Kinshasa. À certains moments, rapporte le HCR, les médias sont interdits de mentionner d’autres noms que le sien. Cette monopolisation de l’espace public écrase toute forme d’opposition, transformant les institutions en marionnettes soumises à la volonté du président.

Zaïrianisation : une ambition nationaliste virant au désastre

En 1971, Mobutu rebaptise le pays Zaïre et lance une campagne d’« authenticité » destinée à effacer les traces coloniales. Léopoldville devient Kinshasa, Élisabethville prend le nom de Lubumbashi, et les prénoms chrétiens sont bannis. Il adopte lui-même le nom de Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu Wa Za Banga, signifiant « le guerrier tout-puissant qui va de victoire en victoire ».

Mais c’est surtout la « zaïrianisation » économique, lancée en 1973, qui marque cette phase de son régime. Sous couvert de souveraineté économique, Mobutu nationalise les entreprises étrangères et les redistribue à une élite zaïroise, souvent constituée de proches sans aucune compétence en gestion. Le résultat est désastreux : les unités industrielles périclitent, le secteur minier s’effondre. La chute brutale des cours du cuivre en 1975 aggrave la crise, provoquant une contraction du PIB de 2,5 % et une explosion de la dette. « La zaïrianisation était une idée noble, mais elle a enrichi les amis de Mobutu et appauvri le peuple », déplore Paul Tshibangu, commerçant à Lubumbashi.

Cette politique, loin de libérer l’économie, installe une corruption systémique qui perdure. En 2024, le Corruption Perceptions Index de Transparency International attribue au Zaïre un score alarmant de 20/100, reflet d’un héritage toujours actif. La production de cuivre dans le Shaba (Katanga), qui culminait à 400 000 tonnes dans les années 1980, chute à 30 000 tonnes en 1993, selon Human Rights Watch.

Entre stabilité factice et répression de masse

Dans un pays aux 250 ethnies, Mobutu parvient à maintenir une paix relative. Mais celle-ci repose sur une surveillance constante et une répression implacable. En 1966, quatre figures politiques, dont l’ancien Premier ministre Évariste Kimba, sont exécutées publiquement à Kinshasa. Trois ans plus tard, la répression sanglante des manifestations étudiantes à Lubumbashi fait des dizaines de morts. Le HCR en fait un symbole du climat de terreur. « Vivre sous Mobutu, c’était marcher sur des œufs. On ne savait jamais qui écoutait », se souvient Esther Lubala, militante des droits humains.

Les Forces armées zaïroises (FAZ), politiquement dominées par des officiers de l’ethnie ngbandi, celle de Mobutu, sont marquées par une logique de clan qui nourrit la méfiance envers les autres composantes du pays. En 1980, The Washington Post révèle que les Ngbandi forment l’épine dorsale de l’armée. Lors des invasions du Shaba (1977 et 1978), les FAZ, incapables de défendre seules le territoire, doivent se résoudre à demander le soutien de troupes françaises et marocaines. Cette dépendance accélère la militarisation du pouvoir et introduit l’ethnicisation de l’armée, dont les effets se font encore sentir en RDC.

Un diplomate courtisé devenu paria

Durant la Guerre froide, Mobutu exploite habilement la carte de l’anti-communisme, se positionnant en rempart de l’Occident face à l’expansion soviétique en Afrique. Les États-Unis, la France et la Belgique lui accordent une aide substantielle. Les États-Unis, troisième bailleur du Zaïre à l’époque, le considèrent comme un allié stratégique dans la sous-région. Il dirige l’Organisation de l’unité africaine (OUA) entre 1967 et 1968 et se positionne comme médiateur en Angola en 1989, multipliant les apparitions en tant qu’homme fort du continent.

Mais avec la chute du Mur de Berlin en octobre 1989, sa position géopolitique se dégrade. Mobutu perd son rôle stratégique et, sous la pression internationale, annonce le retour au multipartisme en 1990. Cependant, cette ouverture reste factice, marquée par la cooptation et la violence.

Marasme économique et pillages de 1991 et 1993

Le début des années 1990 consacre le déclin irréversible du régime de Mobutu. L’économie zaïroise est frappée de plein fouet par deux vagues de pillages d’une ampleur inédite. « Des millions de Kinois ne le savent pas : l’avenue du Commerce était l’une des plus belles de la ville. Elle rivalisait même avec le boulevard du 30 Juin, grâce à ses boutiques bien éclairées et richement achalandées, une véritable invitation au lèche-vitrine dans la capitale. Son attraction principale était le cinéma Palace », se souvient Omer Nsongo, un vieux journaliste congolais. Il n’aura suffi que de quelques jours les 23 et 24 septembre 1991, puis le 28 janvier 1993 pour mettre le pays à genoux. L’ensemble du tissu industriel, commercial et social est alors gravement dévasté. Le Zaïre de Mobutu, déjà fragilisé, ne s’en relèvera jamais vraiment. Le régime entre dès lors dans une lente agonie.

En mai 1997, affaibli par la maladie et lâché par ses anciens alliés, Mobutu est renversé par la rébellion de Laurent-Désiré Kabila, soutenue par le Rwanda et l’Ouganda. L’homme qui incarna l’État pendant trois décennies s’exile au Maroc, où il meurt quelques mois plus tard, le 7 septembre.

Un legs controversé, entre nostalgie et ruine

L’héritage de Mobutu est profondément divisé. Il laisse derrière lui une structure d’État centralisée, une diplomatie active, et une forme d’identité nationale postcoloniale. Mais son règne instaure aussi une kleptocratie dont les effets perdurent. Transparency International estime entre 4 et 15 milliards de dollars les sommes détournées durant son mandat. L’exclusion des provinces, l’ethnicisation de l’armée et l’effondrement de l’économie plongent le pays dans une instabilité durable.

À Gbadolite, son village natal devenu une cité luxueuse sous son règne, des voix expriment une certaine nostalgie. « Sous Mobutu, les agriculteurs vivaient de leurs récoltes, le pays avait une voix », se souvient Joseph Loka, fermier à Gemena. Mais d’autres dénoncent l’imposture d’un règne dispendieux. « Mobutu nous a appris à survivre dans le chaos, mais il a pillé nos rêves », conclut Esther Lubala, lucide et amère.

Laurent-Désiré Kabila : la révolution inachevée

Laurent-Désiré Kabila, président de la République Démocratique du Congo (RDC) de 1997 à 2001, incarne une figure révolutionnaire paradoxale, surgissant des coulisses après des décennies dans l’ombre. Né en 1939 à Jadotville (aujourd’hui Likasi), il se distingue dès les années 1960 par son engagement contre le régime de Mobutu, notamment au sein de la rébellion Simba, un groupe de guérilla qui s’opposa au dictateur dans les régions du Katanga. Pourtant, c’est dans les années 1990 qu’il prend réellement l’ascendant en dirigeant l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération (AFDL), soutenue par le Rwanda et l’Ouganda, dans le but de renverser Mobutu. L’AFDL capitalise sur l’impopularité croissante de Mobutu, exacerbée par la crise économique et l’arrivée massive de réfugiés hutus après le génocide rwandais de 1994.

Le 17 mai 1997, après une rapide avancée de ses troupes, Kabila entre dans Kinshasa, mettant fin au règne de Mobutu, qui fuit en exil. En proclamant la fin de l’ère Mobutu, Kabila renomme le pays République Démocratique du Congo, marquant symboliquement une rupture avec le passé. Mais cette victoire semble éclipser les doutes sur ses méthodes de conquête. Le soutien militaire des pays voisins, le Rwanda et l’Ouganda, soulève des interrogations sur la légitimité de sa prise de pouvoir. « On voulait un libérateur, mais on a eu un chef de guerre soutenu par des étrangers. Depuis, la guerre n’a jamais pris fin », regrette Paul Tshibangu, commerçant à Lubumbashi. Kabila tente de s’imposer comme un héros national, mais sa méthode violente pour accéder au pouvoir ternit son image.

Une gouvernance autoritaire

Laurent-Désiré Kabila arrive au pouvoir avec la promesse d’un renouveau démocratique. Cependant, ses premières décisions trahissent une dérive autoritaire. Bien qu’il remette le nom initial du pays, le Congo, symbole du retour à la démocratie, ses actions ont vite laissé place à l’autoritarisme. Il suspend la Constitution, dissous les institutions de la transition. Le pays est gouverné par décret. Et tout ceci rappelle Mobutu.

En quelques mois, il suspend les partis politiques et interdit toute activité partisane, tout en nommant lui-même les députés. Cela marque le début d’une gestion autocratique où toute forme de pluralisme est éradiquée. Selon Human Rights Watch, son régime est caractérisé par des arrestations arbitraires, des détentions illégales, des tortures et des disparitions forcées. Une répression qui crée un climat de terreur, rappelant bien des aspects du régime Mobutiste. « Kabila parlait de révolution, mais il gouvernait comme Mobutu », critique Sophie Maketa, activiste des droits humains.

En 1998, après plusieurs années de tensions avec ses anciens alliés rwandais et ougandais, Kabila décide de prendre une mesure radicale : l’expulsion des troupes étrangères. Ce geste, symbolique d’une volonté d’affirmer la souveraineté congolaise, provoque une réaction en chaîne. Le pays plonge alors dans la deuxième guerre du Congo, un conflit d’ampleur continentale impliquant neuf pays africains et de multiples groupes rebelles. Un nouveau front de guerre s’ouvre, et la RDC devient l’épicentre d’une instabilité qui durera plus de dix ans. Laurent-Désiré Kabila, pour contrer ses ennemis, s’allie avec des pays comme le Zimbabwe, l’Angola et la Namibie, redéfinissant les lignes de la géopolitique africaine.

Nationalisme économique et échecs structurels

Sous son régime, Mzee Kabila adopte un discours nationaliste fort, se présentant comme un défenseur des ressources naturelles du pays. Il promet de reprendre le contrôle des mines, un secteur clé dans un pays riche en cobalt, cuivre et diamants. Cependant, ses politiques se révèlent rapidement contradictoires. En 2000, il accorde un monopole sur l’exploitation des diamants à la société israélienne International Diamond Industries-Congo (IDI-Congo), dirigée par Dan Getler, en échange de fonds nécessaires pour financer la guerre, ce qui soulève de vives critiques. La gestion des ressources naturelles reste dominée par des intérêts étrangers, et Laurent Kabila échoue à instaurer les réformes structurelles nécessaires pour redynamiser l’économie et renforcer l’autonomie du pays.

Assassinat et mémoire fragmentée

Laurent-Désiré Kabila est assassiné le 16 janvier 2001 par l’un de ses gardes du corps. Sa mort laisse un vide politique qui sera comblé par son fils, Joseph Kabila, qui prendra la présidence. L’assassinat du père marque la fin d’un cycle révolutionnaire, mais aussi le début d’une dynastie politique qui marquera le pays pendant des années.

Son héritage reste complexe et contradictoire. La statue imposante de Laurent-Désiré Kabila, érigée en 2002 à Kinshasa, symbolise son image de libérateur, mais cette statue est loin d’effacer les dérives autoritaires de son régime. Sa gouvernance, marquée par la répression, la guerre et l’incapacité à transformer le pays, soulève encore des débats. D’un côté, certains congolais saluent sa victoire sur Mobutu, qu’ils perçoivent comme un mal nécessaire. De l’autre, le souvenir de l’injustice sociale, de la guerre et de la corruption qu’il a laissée dans son sillage trouble sa mémoire. « Kabila a mis fin à Mobutu, mais il n’a pas offert une autre alternative », conclut Félix Kasongo, un jeune activiste de Kinshasa.

Joseph Kabila : stabilisation et ombres persistantes

Arrivé au pouvoir en 2001, à la suite de l’assassinat de son père, Laurent-Désiré Kabila, Joseph Kabila devient président à seulement 29 ans, héritant d’un pays dévasté par la « guerre mondiale africaine » qui a fracturé le territoire et alimenté des conflits ethniques et politiques. En 2002, il joue un rôle central dans les Accords de Sun City, qui aboutissent à la formation d’un gouvernement de transition. L’objectif est de réunir les factions belligérantes, tout en amorçant une réforme de l’armée congolaise, le brassage des anciens rebelles dans les FARDC, l’armée nationale. Mais cette intégration, loin de pacifier l’armée, accentue les rivalités internes et l’indiscipline, affaiblissant l’institution militaire en difficulté.

Les élections de 2006 marquent un tournant démocratique avec des élections pluralistes, les premières depuis l’indépendance. Kabila remporte le second tour face à Jean-Pierre Bemba, mais la paix reste fragile. La situation dans l’Est du pays, où des groupes armés comme le M23, soutenu par le Rwanda, continuent de déstabiliser la région, demeure critique. Les Accords de Sun City, bien que salués comme un pas vers la paix, n’ont pas réglé les causes profondes du conflit, notamment les tensions ethniques et les rivalités géopolitiques régionales.

Kabila et son héritage de 5 chantiers

Après la fin de la transition (1+4), Joseph Kabila met en place un vaste programme de reconstruction du pays : les 5 chantiers. Ce programme quinquennal visait à améliorer l’accès à l’éducation, à la santé, à l’emploi, à l’eau et l’électricité et aux infrastructures de base. Avec le recul, certains observateurs pensent que le taux d’exécution de cinq chantiers a été faible. Une autre opinion pense plutôt que le bilan est relativement positif vu que l’exécution de ces projets s’est fait sur fond propres du gouvernement. Lors de son second mandat, Joseph Kabila va consolider ce programme par la « révolution de la modernité ».   

A côté de ces programmes de gouvernance, Kabila met en place une machine politique. En 2002, il fonde le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) et met en place une série d’alliances politiques, d’abord sous l’Alliance pour la Majorité Présidentielle (AMP), MP (Majorité présidentielle), puis sous le Front Commun pour le Congo (FCC) en 2018. Ces réseaux de pouvoir l’ont aidé à garder un contrôle politique, mais au prix d’une répression accrue. La liberté d’expression et la presse sont limitées, et les opposants sont systématiquement réprimés. En 2016, les manifestations contre le report des élections prévues pour cette année-là sont violemment réprimées, un tournant qui entame encore un peu plus la légitimité du régime de Kabila.

Les élections de 2011, marquées par des accusations de fraudes massives, et le report des élections de 2016 alimentent les critiques de manipulation électorale. Jean-Marc Kabund, alors leader de l’opposition, dénonce : « Joseph Kabila voulait rester au pouvoir à tout prix, et le peuple en a payé le prix ». Juste avant son départ en 2018, Kabila met en place le FCC, un instrument pour garder son influence même après la fin de son mandat, qui est prolongé à travers son héritage politique, notamment à travers des figures loyales dans les institutions clés.

L’économie du pays, riche en ressources naturelles, aurait pu être un levier pour le développement. En 2018, Kabila promulgue un nouveau code minier qui augmente les taxes sur les exportations pour maximiser les revenus de l’État. Cependant, la gestion de ces ressources est marquée par la corruption. Le clan Kabila, notamment à travers des contrats opaques comme celui signé en 2007 avec la Chine, a été accusé de détournements massifs de fonds. Le fameux « contrat du siècle » a échoué à transformer le pays malgré un investissement chinois de 6 milliards de dollars en infrastructures. Selon l’Inspection Générale des Finances, seulement 18,38 % de ces fonds ont été réellement investis dans des projets concrets. Cela contribue à la persistance de la pauvreté qui touche encore 73 % de la population, exacerbant les frustrations populaires face à une élite enrichie au détriment du développement national.

En 2025, l’image de Kabila est ternie par des accusations graves concernant son possible soutien à la rébellion du M23, active dans l’Est de la RDC. Plusieurs médias internationaux révèlent qu’il a séjourné à Goma, alors sous contrôle des rebelles, en provenance de Kigali. Dans une interview au The Sunday Times, il qualifie le conflit du M23 de « revendication du peuple congolais », une prise de position qui a scandalisé l’opinion congolaise et renforcé les soupçons de son implication dans cette guerre. Le gouvernement de Judith Suminwa réagit en suspendant le PPRD, annonçant la saisine des biens de Kabila et demandant la levée de son immunité de sénateur à vie. Kabila, malgré son absence aux élections de 2023, conserve une forte influence à travers le FCC et son parti le PPRD, et les rivalités politiques continuent d’animer les coulisses de la scène politique congolaise.

Institutions et gouvernance : un héritage d’ambiguïtés

L’histoire politique de la RDC est marquée par des institutions qui, depuis l’indépendance, ont oscillé entre centralisation et fragmentation, autoritarisme et tentatives de démocratisation. Les ambiguïtés qui caractérisent la gouvernance congolaise trouvent leur origine dans la loi fondamentale de 1960, instaurée sous Joseph Kasa-Vubu, et sont exacerbées par les régimes suivants, dont celui de Mobutu, avant d’être réintroduites sous Joseph Kabila. La Constitution de 2006, qui établit un système semi-présidentiel, où le président nomme mais ne révoque pas le Premier ministre, en est un témoignage vivant : elle a engendré des tensions entre la présidence et le Premier ministre, illustrées par la rivalité entre Félix Tshisekedi et Sylvestre Ilunga Ilunkamba, fidèle à Joseph Kabila.

La Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI), créée sous Joseph Kabila, a été largement critiquée pour sa politisation. Héritière des controverses des élections de 2006, 2011 et 2018, elle est perçue par beaucoup comme un outil au service du pouvoir en place. « La CENI est un instrument du pouvoir, pas de la démocratie », déclare Esther Lubala, observatrice des droits humains. Une institution dont l’indépendance, pourtant essentielle pour la légitimité électorale, reste souvent contestée.

L’ambition de fédéraliser le pays, entamée sous Kasa-Vubu avec l’idée de décentralisation, s’est heurtée aux réalités politiques de l’après-indépendance. Bien que la RDC compte désormais 26 provinces, un héritage de cette tentative fédéraliste, la méfiance entre le pouvoir central et les entités provinciales persiste. Les rivalités entre le gouvernement central et les provinces restent un frein majeur à la mise en œuvre des réformes nécessaires à un État inclusif.

Tensions ethniques et sécuritaires : des blessures non cicatrisées

Les tensions ethniques qui ont traversé l’histoire du pays, de Kasa-Vubu à Mobutu en passant par les Kabila, se sont intensifiées avec la militarisation du pouvoir. Sous Kasa-Vubu, l’ABAKO incarnait une forte composante ethnique, et Mobutu a intensifié cette politisation des identités régionales et ethniques. Le manque de gestion adéquate des conflits a laissé des cicatrices profondes. Dans l’Est, les groupes armés sont aujourd’hui majoritairement formés le long des lignes ethniques, une situation exacerbée par le M23 et les accusations de soutien implicite ou explicite à ces mouvements, notamment à l’égard de Joseph Kabila.

Plusieurs rapports onusiens et d’ONG comme Human Rights Watch documentent l’existence de plus de 100 groupes armés actifs dans l’Est du pays. Les violences intercommunautaires dans des régions comme le Kasaï et le Kwilu témoignent également de cette fracture sociale, alimentée par des politiques publiques déficientes. Sophie Maketa, analyste des conflits, résume ainsi la situation : « L’Est est un puzzle que personne n’a su résoudre, et chaque président y a ajouté une pièce cassée ».

La militarisation du pouvoir, héritée de Kasa-Vubu, renforcée par Mobutu et amplifiée par les Kabila, reste un défi majeur. Les FARDC, mal équipées, rongées par des rivalités internes et la corruption, peinent à sécuriser le territoire. L’impunité des forces de sécurité, bien qu’ouverte à des réformes, persiste, freinant les efforts pour une paix durable.

Diplomatie et économie : entre pragmatisme et dépendance

La diplomatie congolaise a toujours navigué entre plusieurs puissances. Sous Kasa-Vubu, la RDC était pro-occidentale, tandis que Mobutu, au plus fort de la guerre froide, a joué une carte anti-communiste avec succès, soutenu par l’Occident. Sous les Kabila, la diplomatie a été diversifiée, notamment avec la Chine, grâce au fameux « contrat chinois » signé en 2007, échangeant des droits miniers contre des investissements en infrastructures. Cette approche pragmatique a permis une stabilité apparente, mais la gestion des ressources minières est restée problématique. Selon le journal Cobalt and Corruption, sous le règne de Joseph Kabila, les richesses générées par l’exploitation minière profitent davantage aux multinationales qu’à la population congolaise.

Les ressources naturelles du pays, telles que le cobalt et le cuivre, sont des atouts économiques majeurs. Mais cette dépendance aux minerais a freiné l’essor d’une économie diversifiée et inclusive. La gestion de ces ressources reste opaque, et les abus de la famille Kabila dans le secteur minier n’ont fait que renforcer la perception de corruption à grande échelle. Paul Tshibangu, ancien membre de la société civile, résume cette frustration populaire : « Nos minerais font la richesse du monde, mais ici, on vit dans la misère ».

Une mémoire collective fragmentée

La mémoire de la gouvernance des présidents de la RDC demeure divisée. Joseph Kasa-Vubu est perçu comme un président discret, voire effacé, souvent éclipsé par la figure de Patrice Lumumba. Mobutu, quant à lui, reste une figure controversée : certains saluent la stabilité qu’il a imposée au pays, mais beaucoup dénoncent son régime kleptocratique et autoritaire. Laurent-Désiré Kabila est célébré pour sa victoire sur le régime de Mobutu, mais son autoritarisme et ses erreurs dans la gestion de la transition restent des sujets sensibles. Quant à Joseph Kabila, il polarise encore le pays : pour ses partisans, il a su ‘stabiliser’ un pays en guerre ; pour ses détracteurs, il a perpétué un système de corruption et d’instabilité.

Surmonter les héritages pour un Congo unifié

L’héritage des anciens présidents de la RDC, de Joseph Kasa-Vubu à Joseph Kabila, est marqué par une succession de promesses non tenues, de crises non résolues et de contradictions profondes. Kasa-Vubu a posé les bases d’un État souverain, mais fragile. Mobutu a assuré la stabilité à travers un régime autoritaire, au détriment des principes démocratiques. Laurent-Désiré Kabila a incarné l’espoir d’une révolution, mais ses échecs en matière de gouvernance sont notoires. Joseph Kabila, après avoir stabilisé le pays, laisse un bilan mitigé. si la RDC a connu un semblant de paix, ses pratiques autoritaires et les accusations de collusion avec des groupes rebelles restent des ombres pesant sur son héritage.

La RDC continue d’être façonnée par les héritages de ces présidences successives, où les défis de la gouvernance, de la sécurité et de la redistribution des richesses demeurent omniprésents. La véritable question reste celle de l’avenir : comment la RDC parviendra-t-elle à dépasser ces divisions et ces ambiguïtés pour répondre enfin aux aspirations profondes de son peuple ? « Le passé nous enseigne, mais c’est à nous de bâtir un Congo uni et juste », conclut Marie Nzuzi, enseignante à Kinshasa.

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RDC-Ouganda : les dessous d’une collaboration sur fond de méfiance

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L’armée ougandaise (UPDF) a annoncé, fin mars 2026, son intention de se retirer de plusieurs positions dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu et jusqu’à Mahagi, en Ituri. Ce désengagement, confirmé par le chef d’état-major Muhoozi Kainerugaba, se fera, selon lui, en coordination avec Kinshasa, juste après le retrait des rebelles du M23 de la zone. Bien avant cette annonce qui, du reste, n’est pas officialisée, l’Ouganda voulait obtenir la démission du gouverneur militaire de l’Ituri. Une stratégie de pression sur Kinshasa qui interroge sur les véritables motivations de Kampala. Son intervention militaire aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans la traque des rebelles ADF pourrait bien cacher d’autres motivations, essentiellement économiques.   

L’UPDF (Uganda People’s Defence Force) est déployée en Ituri, dans le nord-est de la RDC dans le cadre de l’opération Shujaa depuis fin 2021, collaborant avec les FARDC contre les rebelles ougandais de l’Alliance des forces démocratiques (ADF). Cette mutualisation FARDC-UPDF vise à neutraliser ce groupe armé qui a fait allégeance à l’Etat islamique. Ce groupe est présent en Ituri et au Nord-Kivu. Officiellement, il s’agit de combattre l’insécurité. Cependant, cette présence vise également à sécuriser les intérêts économiques ougandais (routes, or, bois et pétrole du lac Albert).

A ce jour, cette mutualisation des forces n’a pas permis d’arrêter les attaques des ADF contre des civils aussi bien en Ituri qu’au Nord-Kivu. Loin de renforcer la sécurité des Congolais et des Ougandais dans les zones frontalières, cette alliance semble avant tout servir les intérêts économiques ougandais, notamment en matière d’exportation d’or. 

Les chiffres d’exportation d’or explosent en Ouganda

L’Ouganda n’est pas un producteur massif d’or. Cependant, il enregistre des chiffres record sur l’exportation de ce minerai. Une croissance due à l’augmentation des prix mais surtout au trafic favorisé par l’instabilité de la région, principalement dans l’Est de la RDC. L’Ouganda a vu ses revenus d’exportation d’or atteindre des chiffres records. Selon la Banque d’Ouganda, en 2019, ces revenus s’élevaient à 1,26 milliard de dollars, les exportations d’or ont ensuite culminé à 2,3 milliards de dollars en 2023, puis à 3,3 milliards de dollars en 2024. D’après des prévisions pour 2025, ces revenus devraient atteindre 6,4 milliards de dollars. 

Cette croissance est principalement due à l’augmentation du prix de l’or, qui avoisinait l’année dernière 5.000 dollars l’once. L’or représente désormais 47% des revenus d’exportation de l’Ouganda, surpassant largement d’autres produits phares comme le café et le cacao. Malgré ces chiffres impressionnants, l’Ouganda n’est pas devenu un producteur massif d’or, note TV5 Monde. Lors d’un récent forum économique, le gouverneur adjoint de la Banque centrale ougandaise, Augustus Nuwagaba, a admis que l’or exporté par le pays pourrait ne pas provenir de ses propres mines. « Il se peut qu’il ne soit pas à nous », avait-il déclaré. Mais d’où vient l’or exporté par l’Ouganda ?

L’insécurité en RDC profite à l’économie ougandaise 

L’Ouganda profite du trafic d’or en provenance de pays voisins, notamment de la RDC. Riche en ressources aurifères, ce pays partage une frontière avec l’Ouganda dans des zones comme l’Ituri et le Nord-Kivu. Ces régions sont non seulement riches en or, mais aussi en proie à des conflits armés. Ce qui favorise le trafic de ce métal jaune notamment vers l’Ouganda. En Ituri, par exemple, l’or est très présent, particulièrement dans les territoires de Djugu, Mahagi et Mambasa, s’appuyant sur des gisements historiques (Kilo-Moto). Cette ressource, exploitée à la fois de manière artisanale et industrielle, alimente une économie de guerre contrôlée en partie par des groupes armés et réseaux criminels, générant d’importants flux financiers illicites. Selon l’étude d’une ONG anti-corruption, environ 95 % de l’or exporté depuis l’Ouganda est illicite.  

En état de siège depuis plus de 4 ans, la province de l’Ituri n’a pas toujours recouvré la paix totalement. Le gouverneur militaire, le lieutenant-général Johnny Luboya entretient des rapports tendus avec des trafiquants d’or. L’Ouganda également n’apprécie pas cet officier congolais. Le chef d’état-major de l’armée ougandaise, le général Muhoozi Kainerugaba ne cache pas son hostilité envers ce gouverneur militaire, appelant parfois à son arrestation sur les réseaux sociaux. L’Ouganda a même formulé une demande formelle pour solliciter son remplacement. D’après les informations révélées par Africa Intelligence, le pouvoir de Félix Tshisekedi a rejeté ces demandes de l’armée ougandaise, qui réclamait l’éviction de ce gouverneur militaire.

Sécuriser ses investissements pétroliers

En dehors du trafic d’or à son avantage, l’Ouganda vise aussi la sécurisation de ses intérêts économiques dans la région. Des intérêts qui empiètent sur la zone d’influence du voisin rwandais, estime le rapport d’un groupe d’experts de l’ONU publié en août 2024. En dehors des intérêts sécuritaires, le gouvernement ougandais se concentre sur la sécurisation de ses investissements pétroliers et le renforcement des réseaux commerciaux vers la RDC, où ses exportations formelles ont représenté en 2019 « 156 millions de dollars » et les exportations informelles, constituées en majorité de biens industriels, « 330 millions de dollars ».

Des accointances avec le M23 et la CRP

La collaboration militaire entre la RDC et l’Ouganda s’opère dans un climat de méfiance, avec des allégations de soutien de Kampala à d’autres groupes rebelles, comme le M23 mais aussi la Convention pour la révolution populaire (CRP) de Thomas Lubanga. Ce dernier s’est même exilé en Ouganda mais son groupe mène des combats contre l’armée congolaise en Ituri. L’Ouganda a joué un rôle discret mais documenté dans la résurgence du M23, en facilitant le retour de son chef militaire en RDC en 2017 et en servant de vivier de recrutement pour la rébellion, selon un rapport publié en avril 2026 par le Congo Research Group (CRG) et le Center on International Cooperation (CIC) de l’Université de New York. Ce document note également que des officiers de l’armée ougandaise (UPDF) ont également été signalés comme participant aux sessions de formation militaire dispensées aux recrues du M23 dans le camp de Tchanzu, en RDC, aux côtés d’officiers des Forces de défense rwandaises en 2021. Mais ce rapport ne précise pas la nature exacte des arrangements entre Kampala et le M23. Difficile de savoir si ces facilitations reflètent une politique délibérée de Kampala ou il s’agit simplement des initiatives individuelles de la part de certains officiers militaires ougandais.

Depuis le lancement de ces opérations dénommées « Shuuja » visant à neutraliser les ADF, les autorités congolaises et ougandaises affichent officiellement une volonté commune de restaurer la paix. Malgré des engagements répétés en faveur d’une coopération sécuritaire renforcée, les relations entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda restent marquées par une profonde méfiance, notamment en ce qui concerne leurs opérations militaires conjointes dans l’est du pays. Malgré ce climat de méfiance, Kinshasa et Kampala poursuivent cette collaboration. Le 21 juin dernier, le président congolais Félix Tshisekedi avait reçu à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa, le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Kaguta Museveni et chef d’état-major de l’armée. La veille de cette rencontre, le 20 juin, les responsables des armées de deux pays avaient signé un accord pour poursuivre leur opération militaire conjointe contre les rebelles ADF.

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RDC : comment le gouvernement compte utiliser les fonds de 1,25 milliard USD d’eurobonds ?

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La République démocratique du Congo a mobilisé 1,25 milliard de dollars sur les marchés financiers internationaux à travers une émission d’eurobonds le 9 avril 2026. Lors d’une conférence de presse tenue le 13 avril à Kinshasa, le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a présenté les projets prioritaires à financer, dans un contexte de besoins urgents pour soutenir le développement économique et social du pays.

L’émission d’eurobonds réalisée par la République démocratique du Congo s’inscrit dans une stratégie de diversification des sources de financement. Selon le ministère des Finances, cette levée de fonds vise principalement à financer des projets d’infrastructures, notamment dans les transports et l’énergie, considérés comme des leviers essentiels de croissance. Près de la moitié des projets prévus dans ce financement concernent la ville de Kinshasa, capitale du pays, confrontée à une démographie galopante sans moyens de transport et autres infrastructures de base. Une partie de fonds levés vise à construire un nouveau terminal de 49 000 m² à l’aéroport de N’djili, capable d’accueillir 5 millions de passagers par an.

Quelque 300 kilomètres de routes sont également prévus, ainsi qu’une rocade de 31 kilomètres avec échangeurs et ponts. Les autres investissements visent le développement d’un réseau de lignes de transmission électrique de 330 KV permettant une connexion entre la Zambie et la « ceinture de cuivre » de la RDC, une centrale hydroélectrique de 64 mégawatts et des réseaux de distribution dans la province du Kasaï-Central.

Dans d’autres villes du pays, ces fonds vont également financer la création de centres de formation professionnelle précisément dans quatre villes. Il y a aussi la modernisation de la route entre la ville de Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, et Beni, dans la province du Nord-Kivu, longue de 750 kilomètres.

Des craintes sur la transparence de fonds persistent…

Si le gouvernement met en avant des investissements structurants, experts et institutions appellent à la transparence dans la gestion de ces fonds mais aussi à la prudence face aux risques de surendettement. D’après des analyses de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, la RDC fait face à un déficit important en infrastructures, ce qui freine son développement économique. Les investissements dans les routes, les barrages et les réseaux électriques pourraient ainsi améliorer la connectivité et soutenir l’industrialisation, en particulier dans les zones minières. Mais la gestion de ces réalisations pose de doute quant à la transparence. « Nous voulons un témoin, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), pour assurer le suivi de la gestion de ces ressources. Nous allons, pour la transparence, informer la population sur l’affectation du 1,25 milliard mobilisé. D’ici un an, nous inviterons les investisseurs à constater concrètement les réalisations. », a répondu Doudou Fwamba face aux craintes sur la transparence dans la gestion de ces fonds. Ces craintes sont exprimées suite à des précédents en Afrique subsaharienne qui montrent que l’absence de suivi rigoureux peut limiter l’impact réel de tels financements sur les conditions de vie des populations. La Banque africaine de développement (BAD) souligne, dans certains de ses rapports, que l’efficacité de la dépense publique reste un enjeu clé pour maximiser les retombées économiques.

Eurobonds, la RDC très crédible sur le marché ?

Le pays a accompli un pas de plus en accédant aux marchés internationaux des capitaux. C’est un moyen pour la RDC de diversifier ses sources de financements. Plusieurs facteurs ont joué pour la réussite de cette opération. Coordonnée notamment par la Rawbank au niveau de la région, cette opération d’eurobonds est la conséquence d’une discipline budgétaire observée ces derniers temps au pays.

Le faible niveau d’endettement public de la RDC a aussi pesé en faveur de Kinshasa dans les calculs des investisseurs. Kinshasa n’avait soumis que des demandes pour 1,25 milliard de dollars, mais a reçu des soumissions frôlant les 5 milliards de dollars. Le ministre des Finances justifie le refus du fonds supplémentaire par le fait que le gouvernement n’avait en main que des projets avec étude de faisabilité coutant le 1,25 milliard de dollars sollicité. « Nous ne pouvions pas accepter toutes ces soumissions. Nous n’avions que des projets avec des études de faisabilité pour le montant sollicité », a fait savoir le ministre des Finances qui s’est réjoui non pas du milliard reçu mais de la « crédibilité certifiée » que le pays a gagné dans ce processus. Doudou Fwamba célèbre donc la « reconnaissance des efforts » du président Félix Tshisekedi et l’entrée « très réussie » de la RDC dans la finance internationale.

Pour réussir cette opération, la Rawbank, première banque de la RDC, a agi aux côtés des leaders mondiaux tels que Citigroup et Standard Chartered Bank comme arrangeurs et coordinateurs des souscriptions au niveau global. « Nous sommes fiers d’avoir accompagné cette opération, qui ouvre la voie à de nouveaux financements internationaux, y compris pour les émetteurs non souverains », a déclaré Mustafa Rawji, directeur général de la Rawbank. Avec cet emprunt, le taux d’endettement du pays passe de 18,1 % à 19,5 % du PIB, un niveau toujours inférieur à celui de pays comme la Namibie, l’Angola ou le Kenya. Kinshasa prévoit de constituer des provisions annuelles pour son remboursement.

Si les 1,25 milliard de dollars d’eurobonds offrent à la République démocratique du Congo une opportunité d’accélérer son développement, leur réussite dépendra de la capacité du gouvernement à conjuguer discipline budgétaire, transparence et efficacité dans l’exécution des projets, sous le regard attentif des partenaires comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.

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Kinshasa : que sait-on du projet de viaduc pour désengorger les axes Nguma-Mondjiba-Socimat ?

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Face à la congestion chronique qui paralyse l’accès au centre-ville de Kinshasa, le gouvernement congolais a annoncé via le conseil des ministres tenu le 10 avril 2026 un projet de viaduc de 3,5 km dans la baie de Ngaliema. Objectif : fluidifier la circulation sur les axes importants reliant notamment les avenues Nguma, Mondjiba à la Gombe en passant par la rive gauche du fleuve Congo. Plusieurs zones d’ombre entourent encore ce projet, notamment son financement et son tracé à la hauteur de la très convoitée Baie de Ngaliema.   

Présenté lors du Conseil des ministres du 10 avril 2026, le projet de viaduc dans la baie de Ngaliema s’inscrit dans une stratégie plus large de lutte contre les embouteillages à Kinshasa. Selon les autorités, cette infrastructure vise en priorité les axes les plus saturés de l’ouest de la capitale, notamment la route de Matadi, la rocade nord-ouest et le corridor Kintambo–boulevard Mondjiba–Socimat, régulièrement paralysés aux heures de pointe.

Long d’environ 3,5 kilomètres, le futur viaduc sera constitué de deux fois deux voies. Il doit relier directement les rocades nord-ouest et nord-est, en contournant les points noirs de circulation comme Kintambo-Magasin. Le tracé annoncé partirait de l’avenue du Tourisme, à hauteur de l’Hôpital de la Rive, longerait la baie de Ngaliema via le site de Chanic, pour déboucher sur le boulevard Tshatshi, à proximité de l’Hôtel Pullman, dans la commune de la Gombe.

Conçu comme une voie rapide urbaine, l’ouvrage permettrait une vitesse de circulation estimée entre 60 et 80 km/h, avec des échangeurs et rampes d’accès contrôlées. Il offrirait ainsi une alternative directe aux axes Nguma et Mondjiba, aujourd’hui saturés par l’augmentation du parc automobile et l’urbanisation rapide de la capitale. Pour le gouvernement, ce projet constitue une réponse structurelle à un problème devenu chronique : chaque jour, des milliers d’usagers passent plusieurs heures dans les embouteillages pour rejoindre la Gombe, principal centre administratif et économique. Le viaduc s’inscrit également dans un programme plus large de réaménagement de la baie de Ngaliema et de modernisation des infrastructures routières de Kinshasa.

Baie de Ngaliema, un site aux projets controversés

La rive gauche du fleuve, dans la zone communément appelée « Baie de Ngaliema », est toujours convoitée par plusieurs projets immobiliers controversés. Réputée site non aedificandi depuis l’époque coloniale, la Baie de Ngaliema est occupée actuellement par des constructions dites anarchiques. Si le gouvernement a réussi à démolir d’autres constructions anarchiques ailleurs notamment à Magasin-Kintambo, la Baie de Ngaliema continue cependant d’être spoliée par des « puissants » au point de faire capituler le gouvernement. En juin 2025, en marge de la Journée mondiale de l’environnement, célébrée chaque 5 juin, la ministre de l’Environnement et développement durable, Eve Bazaiba, avait officiellement annoncé la « sanctuarisation » de la Baie de Ngaliema. Les travaux visant à transformer cet espace en parc récréatif écotouristique ont été lancés par la même occasion, faisant de cette zone « une aire protégée ». En tant que telle, ce site bénéficie des protections prévues par la loi sur la conservation de la nature, au même titre que toutes les autres aires protégées du pays. Eve Bazaiba avait également mis en garde les fonctionnaires qui délivrent des titres fonciers sur des espaces « non aedificandi », conseillant aux acquéreurs de parcelles d’agir avec prudence. « Vos propres besoins ne vous permettent pas de construire n’importe où. Lorsqu’il y a des catastrophes, ces mêmes personnes appellent l’Etat à l’aide alors que c’est elles-mêmes qui prennent des risques démesurés. Que les conservateurs des titres fonciers sachent qu’aujourd’hui il y a pénalisation des actes. Celui qui donne des titres fonciers aux paisibles citoyens là où il ne faut pas se retrouvera en prison. », avait-elle menacé. Si hier, ils étaient couverts, ce n’est pas le cas aujourd’hui. La loi a déjà été promulguée, avait-elle ajouté. Dans la foulée de cette mesure, l’aménagement et la gestion de cet espace ont été confiés à la société Utexafrica, suivant un partenariat public-privé signé en 2017. Jean-Philippe Waterschoot, directeur général de cette société, avait expliqué que ce projet vise à protéger la rivière Makelele et le fleuve Congo tout en offrant aux Kinois un espace récréatif accessible gratuitement.

Mais malgré ce projet, d’autres constructions anarchiques ont continué. Le 14 février 2026, le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, avait effectué une visite d’évaluation sur ce site stratégique, annonçant de facto le début d’un processus qui devrait conduire à la démolition des bâtisses érigées en violation des normes urbanistiques.            

Un projet de « petit » Dubaï en attente… 

Depuis 2017, les projets foisonnent à la Baie de Ngaliema. Un projet immobilier et d’urbanisation à usage mixte avait été conçu sur une superficie totale de 187 ha. Le projet Corniche est divisé en quatre zones. Il visait à créer une sorte de « petit Dubaï » sur ce site. La zone I qui part de la résidence actuelle de l’ambassadeur de France jusqu’à la clôture du Palais de la Nation. Elle s’étend sur une superficie de 24,56 ha, dont 9,02 ha sur la terre ferme et 15,54 ha à gagner sur le fleuve. Il était prévu d’ériger un restaurant, des commerces, des logements collectifs et des maisons individuelles. La Zone II s’étend du Palais de la Nation à l’embouchure de la rivière Gombe sur une superficie de 33,07 ha, dont 11,80 ha sur la terre ferme et 21,07 à gagner sur le fleuve. Dans cette zone, il était prévu la construction d’un restaurant, des commerces, un hôtel et des logements collectifs. La zone III, la plus importante de toutes, va de la rivière Gombe au chantier naval de Chanimétal au niveau de la baie de Ngaliema sur une superficie de 77,79 ha, dont 67,86 ha sur la terre ferme et 9,93 ha à gagner sur le fleuve. Elle devrait comprendre des bureaux, un restaurant, des commerces, un hôtel, un River Club, des logements collectifs, des maisons individuelles, un parc thématique (45 000 m2) et un théâtre. Et, enfin, la zone IV qui s’étend du chantier naval de Chanimétal jusqu’au collecteur situé au Mont Ngaliema, soit une superficie de 52,23 ha, dont 24,71 ha sur la terre ferme et 27,52 ha à gagner sur le fleuve. Elle devrait abriter des bureaux, un restaurant, des commerces, un hôtel, des logements collectifs, culturel et éducationnel et un centre culturel. Ce projet avait été repris en 2022 par l’administration Tshisekedi. Le ministre des Affaires foncières de l’époque, Aimé Molendo Sakombi, avait tenté de le faire avancer en prenant langue à Dubaï avec la firme Emaar Properties. Mais jusqu’à ce jour, le site fait toujours l’objet des controverses. D’autres constructions anarchiques sortent encore de terre.    

Le viaduc va-t-il voir le jour ? 

Présenté comme une solution ambitieuse, le viaduc va-t-il voir le jour dans cet imbroglio autour de la Baie de Ngaliema ? Ce projet, au-delà des controverses liées au site, devra encore franchir l’épreuve du financement et de la mise en œuvre pour convaincre. Dans une ville où les projets d’infrastructures peinent souvent à se concrétiser, les Kinois attendent désormais des actes pour espérer voir, enfin, leurs trajets quotidiens se raccourcir. La ville-province de Kinshasa reste surtout confrontée à des embouteillages monstres, paralysant la circulation routière et compliquant considérablement les déplacements ainsi que le vécu quotidien des Kinois et Kinoises. Lors des précédentes réunions du Conseil des ministres, le chef de l’État, Félix Tshisekedi, avait, à plusieurs reprises, demandé au gouvernement de trouver une solution durable aux embouteillages sur les principaux axes routiers de la ville. Si ce viaduc est réalisé, il sera considéré comme l’une des solutions structurelles attendues par la population kinoise pour faire face aux embouteillages chroniques dans cette partie de la capitale.

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