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Accords de paix en RDC : le long chemin vers une difficile stabilité
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La redaction
Cinq millions de morts, des dizaines de groupes armés, et des minerais qui valent de l’or. La République démocratique du Congo (RDC), indépendante depuis 1960, porte les stigmates de guerres où se mêlent rivalités ethniques, convoitises transnationales et impuissance de l’État. Trois accords majeurs Lusaka (1999), l’Accord Global de 2002 et Pretoria (2002) ont tenté, en vain, de rompre ce cycle infernal. Actuellement, Kinshasa et la rébellion du M23 sont en pleine négociation sous l’égide du Qatar et des États-Unis. Retour sur des traités qui ont buté sur les mêmes écueils : application partielle et défiance régionale.
La chute de Mobutu Sese Seko en 1997, après la première guerre du Congo, n’a pas sonné l’heure de la stabilité. Bien au contraire. Entre 1998 et 2003, la RDC s’enfonce dans un conflit régional dévastateur : neuf pays africains et des dizaines de milices s’affrontent dans ce qui deviendra la deuxième guerre du Congo, qualifiée par les experts de « guerre mondiale africaine » en raison de son ampleur. Aujourd’hui encore, l’Est du pays, notamment les Kivu, reste un baril de poudre. Le Mouvement du 23 mars (M23), soutenu par le Rwanda, y mène des offensives meurtrières. « Ces guerres ne sont jamais vraiment terminées. Elles se transforment », analyse un rapport de l’United States Institute of Peace (2024), pointant l’échec des mécanismes de désarmement et la persistance des « économies de guerre » liées à l’exploitation illégale des ressources congolaises.
Lusaka 1999 : un cessez-le-feu en trompe-l’œil pour la RDC
La signature de l’accord de cessez-le-feu de Lusaka en juillet 1999 devait marquer la fin de la deuxième guerre du Congo. Pourtant, les armes continueront de parler pendant quatre années supplémentaires. Ce paradoxe résume à lui seul l’échec d’une diplomatie pressée mais incapable de résoudre les causes profondes du conflit.
Tout commence par la rupture entre Laurent-Désiré Kabila et ses anciens parrains rwandais et ougandais. Le président congolais, porté au pouvoir grâce à leur soutien en 1997, cherche à s’émanciper de leur influence. Les rancœurs s’accumulent : Kigali reproche à Kinshasa sa passivité face aux FDLR, ces milices hutues issues du génocide rwandais qui opèrent depuis l’Est congolais. Kampala, de son côté, convoite ouvertement les richesses minières du Kivu.
Lorsque éclate la rébellion en août 1998, le conflit prend immédiatement une dimension régionale. D’un côté, le gouvernement congolais s’appuie sur les troupes angolaises, zimbabwéennes et namibiennes. De l’autre, les mouvements rebelles du RCD et du MLC, soutenus respectivement par le Rwanda et l’Ouganda, progressent vers Kinshasa. La capitale ne doit son salut qu’à l’intervention tardive des alliés de Kabila.
C’est dans ce contexte tendu que le président zambien Frederick Chiluba entre en scène. Médiateur infatigable, il parvient à réunir autour d’une même table belligérants et observateurs internationaux après onze mois de combats acharnés. Les discussions, marathon diplomatique ponctué de menaces et de marchandages, aboutissent finalement à un texte ambitieux signé le 10 juillet 1999.
L’accord prévoit un cessez-le-feu immédiat, le retrait des troupes étrangères et la création d’une commission militaire mixte sous supervision onusienne. Sur le papier, toutes les conditions semblent réunies pour ramener la paix. Mais sur le terrain, les violations commencent avant même l’achèvement du processus de signature. A Gemena comme à Gbadolite, les combats reprennent de plus belle.
Les raisons de cet échec sont multiples. L’exclusion initiale des groupes rebelles des négociations a nourri leur méfiance. Le MLC, dirigé par Jean-Pierre Bemba, refuse de s’engager tant que le RCD n’aura pas fait de même. La MONUC, mission de paix mandatée par l’ONU, tarde à se déployer faute de moyens et de volonté politique. Surtout, aucun des signataires ne semble vraiment prêt à renoncer à ses ambitions.
« Lusaka était un accord négocié dans la mauvaise foi par des acteurs qui n’avaient pas renoncé à la solution militaire », analyse le professeur sud-africain Hussein Solomon dans une étude pour le compte de la World Mediation Organization. Ce constat sévère ne doit pourtant pas occulter l’héritage de cet épisode diplomatique. Pour la première fois, la communauté internationale prenait la mesure de l’ampleur de la crise congolaise. Et le cadre posé à Lusaka servira de base aux négociations ultérieures.
Restait à comprendre pourquoi, malgré cette prise de conscience, les conflits allaient persister dans l’Est de la RDC. Une question que l’Accord Global et Inclusif de 2002 tentera à son tour et sans plus de succès, de résoudre.
2002 : L’Accord Global et Inclusif, ou l’impossible réconciliation
Sun City, février 2002. Le complexe hôtelier sud-africain, habitué aux congrès d’affaires, accueille une négociation autrement plus périlleuse : mettre fin à la plus grande guerre qu’ait connue l’Afrique depuis 1945. Le Dialogue Inter-Congolais s’ouvre dans un climat de défiance mutuelle, un an après l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila et l’arrivée au pouvoir de son fils Joseph, jugé plus malléable par la communauté internationale.
La tâche est herculéenne. Malgré le cessez-le-feu de Lusaka, les combats n’ont jamais vraiment cessé dans l’Est du pays. Les différents belligérants : gouvernement, rébellions soutenues par le Rwanda et l’Ouganda, milices locales, continuent de se disputer le contrôle des richesses minières tout en affichant publiquement leur volonté de paix.
Pendant dix-neuf mois, les négociations vont connaître des avancées et des reculs spectaculaires. A Pretoria puis à Sun City, les délégations se déchirent sur la composition du futur gouvernement de transition. Le RCD de Azarias Ruberwa exige la vice-présidence et des ministères clés. Jean-Pierre Bemba, leader du MLC, campe sur ses positions. La société civile, prise en étau, tente d’imposer des garde-fous démocratiques.
Le 17 décembre 2002, après d’ultimes marchandages, l’Accord Global et Inclusif est enfin signé. Il prévoit un partage du pouvoir inédit : Joseph Kabila reste président, entouré de quatre vice-présidents issus des principales factions. Une nouvelle constitution doit être rédigée, des élections organisées dans un délai de deux ans. Sur le papier, le compromis semble tenir la route.
Mais la réalité est plus âpre. L’intégration des rebelles dans l’armée nationale tourne au fiasco. A Bunia comme à Bukavu, des combats éclatent entre anciens ennemis censés servir sous le même drapeau. Les Mai-Mai, ces milices locales, refusent de rendre les armes. « L’accord de 2002 a réussi à mettre fin à la guerre interétatique, mais il a échoué à construire une paix positive », analysera plus tard le chercheur congolais Freddy Mulumba.
Les élections de 2006, premières consultations démocratiques depuis l’indépendance, marqueront officiellement la fin de la transition. Pourtant, dans les Kivu, la violence persiste. Le M23 émergera quelques années plus tard, prouvant que les racines du conflit, faiblesse de l’Etat, ingérences régionales, exploitation des ressources, n’ont jamais été réellement extirpées.
L’Accord Global et Inclusif restera comme une tentative ambitieuse mais incomplète. Il aura permis de sortir le pays du chaos de la guerre totale, sans pour autant lui offrir les fondations d’une paix durable. Une leçon que les négociateurs de Doha, vingt ans plus tard, auraient peut-être intérêt à méditer.
Pretoria 2002 : un accord bilatéral sous haute tension
Dans l’ombre des négociations inter-congolaises de Sun City, un autre front diplomatique s’ouvre à Pretoria au cœur de l’été 2002. Cette fois, il ne s’agit plus de réconcilier les factions congolaises, mais de désamorcer la bombe régionale que représente l’affrontement entre Kinshasa et Kigali. Le Rwanda, acteur-clé de la deuxième guerre du Congo depuis 1998, campe sur ses positions : sa présence militaire en RDC serait une légitime défense face à la menace des génocidaires hutu réfugiés dans l’Est congolais.
La délégation congolaise, menée par un Joseph Kabila, oppose un contre-argumentaire implacable. Les 20 000 soldats rwandais stationnés sur son territoire ne feraient que masquer une entreprise de pillage systématique des ressources minières, tout en soutenant la rébellion du RCD. Les preuves s’accumulent sur les convois de coltan transitant vers Kigali, tandis que les rapports onusiens documentent les exactions contre les civils.
C’est dans cette atmosphère électrique que Jacob Zuma, alors vice-président sud-africain, tente de jouer les médiateurs. Pendant cinq jours, les pourparlers achoppent sur la question de la chronologie : Kigali exige le démantèlement préalable des FDLR, Kinshasa veut un retrait immédiat des troupes rwandaises. Le compromis final, scellé le 30 juillet sous l’égide de l’ONU et de l’Union Africaine, tient en trois mots : retrait contre désarmement.
Les mois suivants révèlent les limites de cet équilibre précaire. Si le Rwanda semble respecter son engagement en retirant ses troupes avant la fin 2002, le désarmement des FDLR tourne au fiasco. La MONUC, chargée de superviser le processus, se heurte à l’immensité du territoire et à la complexité des alliances locales. Dans les couloirs de l’ONU, on chuchote que certains commandants rwandais n’auraient, en réalité, jamais vraiment quitté l’Est congolais, se contentant de troquer leurs uniformes contre ceux du RCD.
L’accord de Pretoria laisse ainsi un goût amer. En surface, il a réussi à éteindre le volet international du conflit. En profondeur, il n’a rien réglé des contentieux historiques entre les deux pays. La menace des FDLR, brandie comme justification par Kigali, apparaît de plus en plus comme un prétexte commode : ces milices, militairement insignifiantes depuis des années, n’ont jamais constitué une réelle menace pour la sécurité rwandaise. Pendant ce temps, l’Est de la RDC sombre dans une nouvelle ère de violence, où se mêlent conflits et compétition pour les ressources et ingérences étrangères déguisées.
Vingt ans plus tard, le spectre de Pretoria plane toujours sur les négociations actuelles. Les mêmes acteurs, sous des étiquettes renouvelées, continuent de jouer la même partition. Seul le décor a changé : Doha et Washington ont remplacé Sun City et Pretoria, mais la mélodie reste étrangement familière.
L’Accord du 23 mars 2009, un tournant manqué
Goma, mars 2009. Dans un hôtel de la ville en état de siège, le gouvernement congolais et la rébellion du CNDP (Congrès national pour la défense du peuple) signent un accord sous haute pression internationale. L’objectif affiché est clair : mettre fin aux violences dans le Nord-Kivu en intégrant les combattants tutsis du CNDP au sein de l’armée régulière. Mais derrière les promesses de paix, les rancœurs persistent.
Le texte prévoit l’amnistie pour les combattants du CNDP et leur incorporation dans les FARDC (Forces armées de la RDC). En échange, le mouvement rebelle accepte de déposer les armes. Une clause prévoit même la transformation du CNDP en parti politique. « C’était un compromis pragmatique », se souvient un ancien négociateur onusien. « Mais personne n’a vraiment cru à la sincérité des parties. »
Très vite, l’application patine. Les combattants du CNDP, intégrés nominalement à l’armée, conservent leurs structures parallèles. Certains dénoncent des discriminations dans les promotions. D’autres, comme Bosco Ntaganda alias « Terminator », continuent de contrôler des mines d’or au nom du pouvoir tout en préparant leur revanche et en refusant toute mutation en dehors des zones de l’Est.
En 2012, la rupture est consommée. D’anciens cadres du CNDP forment le M23, accusant Kinshasa d’avoir violé l’accord. Les combats reprennent, plus violents que jamais. « Le 23 mars 2009 était une trêve, pas une paix », analyse un officier congolais sous couvert d’anonymat. « On a juste donné trois ans de répit aux belligérants pour se réarmer. »
L’échec de cet accord étale cruellement les limites des solutions purement militaires aux crises congolaises. Il révèle aussi un schéma récurrent : des rébellions recyclées plutôt que démobilisées, des compromis de façade, et une communauté internationale trop pressée de cocher des cases. Des dynamiques qui, en 2025, pèsent encore sur les négociations de Doha.
2025 : Négociations à double étage pour une paix fragile
L’Est de la RDC continue de brûler en 2025. La résurgence du M23, ce groupe rebelle à dominante tutsi, a transformé les Kivu en poudrière. Depuis janvier, l’offensive s’est intensifiée : Goma et Bukavu tombent tour à tour, provoquant un exode massif de populations et une crise humanitaire sans précédent. Dans les coulisses diplomatiques, deux capitales émergent comme scènes de négociations parallèles : Doha et Washington, où se joue peut-être le dernier acte de cette interminable tragédie.
C’est sous les ors des palaces qataris que le gouvernement congolais et le M23 engagent des pourparlers en avril 2025. La rencontre surprise entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame en mars a créé l’électrochoc nécessaire. Le Qatar, nouveau venu dans le jeu congolais mais déjà influent grâce à ses accords économiques avec les deux pays, joue les médiateurs improbables. L’accord du 24 avril, arraché après des nuits blanches de négociation, prévoit un cessez-le-feu immédiat et l’abandon des discours de haine.
Pourtant, sur le terrain, les combats continuent de gronder. « Cette trêve tient du miracle précaire », souffle un diplomate européen présent à Doha. Les observateurs notent surtout l’absence criante des représentants des communautés locales autour de la table, pourtant premières victimes du conflit.
Washington : le poker menteur américain
À 12 000 km de là, le département d’État américain organise sa propre partie d’échecs. Le 25 avril, la ministre congolaise des Affaires étrangères Thérèse Kayikwamba Wagner et son homologue rwandais Olivier Nduhungirehe signent une déclaration de principes sous l’œil satisfait de Marco Rubio. Le texte, aussi vague qu’ambitieux, promet le respect mutuel des souverainetés et l’abandon du soutien aux groupes armés.
Les motivations américaines transparaissent à travers les promesses d’investissements milliardaires dans le secteur minier. « Washington veut sécuriser son approvisionnement en minerais critiques tout en contenant l’influence chinoise dans la région », analyse un expert des questions africaines sous couvert d’anonymat.
Les ombres au tableau
L’histoire récente donne peu d’espoirs. Depuis 2021, pas moins de six cessez-le-feu ont été violés. À Washington, le refus des deux ministres de se serrer la main en dit long sur la défiance persistante. Dans le Sud-Kivu, des combats éclatent encore malgré les déclarations officielles.
« Nous avons toutes les raisons de douter », résume amèrement une habitante de Goma contactée par téléphone. Les experts comme Delphin Ntanyoma de l’Université de Leeds soulignent l’impossible équation : « Comment surveiller un cessez-le-feu dans une région où les frontières entre armée régulière, milices et groupes rebelles sont si poreuses ? »
Un espoir malgré tout ?
L’implication inédite du Qatar et des États-Unis, ajoutée aux pressions croissantes de la SADC et de l’Union Africaine, pourrait marquer un tournant. Les propositions de mécanismes sécuritaires conjoints et d’intégration économique régionale offrent une lueur d’espoir.
Mais comme le rappelle douloureusement l’histoire congolaise, les accords de paix ne valent souvent que par la volonté politique qui les sous-tend. En 2025 comme en 2002, la paix durable se heurte aux mêmes démons : convoitises étrangères, faiblesse de l’État, et cette malédiction des ressources qui transforme l’or et le coltan en sang et en larmes.
La balle est désormais dans le camp des belligérants. Et comme le murmure un vieux proverbe congolais : « On ne construit pas la paix avec des signatures, mais avec des cœurs sincères. »
Heshima
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RDC : Pourquoi l’Église de réveil accompagne-t-elle souvent le pouvoir ?
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3 jours agoon
mai 11, 2026By
La redaction
En République démocratique du Congo, les Églises dites « de réveil » apparaissent régulièrement aux côtés du pouvoir politique, là où l’Église catholique adopte souvent une posture critique ou de contre-pouvoir. Héritage historique, logique institutionnelle, dépendance administrative et théologie de la prospérité expliquent en partie cette différence d’attitude entre deux forces religieuses majeures du pays. Décryptage.
Dimanche 10 mai 2026, dans la matinée, l’Église pentecôtiste des Secouristes de l’archevêque Évariste Ejiba Yamapia reçoit, sous les ovations des fidèles, deux hôtes de marque : le chef de l’État, Félix Tshisekedi, et la Première Dame, Denise Nyakeru. Le couple présidentiel prend part à un culte d’action de grâce organisé dans cette église. Cette présence du président Tshisekedi n’a rien d’anodin. Le responsable de cette communauté religieuse est également président de l’Église de Réveil du Congo (ERC).
L’ERC porte le combat du changement de la Constitution
Les hommes de Dieu proches des Églises évangéliques ont décidé de s’emparer pleinement du débat sur la Constitution. À la tête de cette dynamique : l’archevêque Évariste Ejiba Yamapia. Celui-ci est parvenu à rallier plusieurs grandes figures pastorales du pays. Même des responsables religieux habituellement éloignés du débat politique, comme Léopold Mutombo Kalombo, dit « Le Chandelier », ont fini par rejoindre cette mouvance.
Sous Joseph Kabila, Léopold Mutombo se tenait généralement à distance des questions politiques, contrairement à d’autres pasteurs, notamment Pascal Mukuna, considéré comme proche du régime. Mais à la faveur de plusieurs consultations et rencontres, Évariste Ejiba Yamapia a progressivement construit une adhésion collective, transformant sa position en véritable mouvement de soutien au changement de la Constitution.
Parmi les figures engagées dans cette dynamique figurent notamment Pascal Mukuna de l’Assemblée chrétienne de Kinshasa (ACK), Espérance Mbakadi de l’Église Mangembo, Léopold Mutombo Kalombo du Ministère Amen ou encore Godé Mpoy de l’Image de l’Éternel.
Réunis le 29 avril à l’Hôtel du Fleuve, ces responsables religieux ont officiellement exprimé leur soutien à un changement de la Constitution. Au cours de cette rencontre, l’archevêque Ejiba Yamapia a lancé un processus de réflexion élargie impliquant des chefs de confessions religieuses, des leaders des mouvements de réveil, des représentants de la société civile ainsi que des jeunes et des femmes engagés dans les structures ecclésiastiques.
Des experts en droit constitutionnel et en économie ont également été invités afin d’éclairer les participants sur les enjeux liés à la loi fondamentale.
« Nous avons pu réfléchir à l’aide des exposés des professeurs, lesquels nous ont démontré, sur le plan économique, comment la Constitution actuelle ne peut pas constituer une solution de gouvernance pour notre pays. Le Congo nécessite un changement sur lequel nous sommes tous d’accord », a déclaré Évariste Ejiba Yamapia.
L’archevêque critique ouvertement la Constitution actuelle, qu’il qualifie de « Constitution des belligérants qui avaient besoin de se protéger les uns les autres ». Citant certains constitutionnalistes, il affirme également que, depuis l’existence de la RDC, « il n’y a jamais eu de Constitution comportant des articles verrouillés ». Une déclaration qui laisse clairement entendre que l’article 220 – limitant le mandat présidentiel à cinq ans renouvelable une seule fois – est dans le viseur des partisans du changement constitutionnel. Léopold Mutombo, lui, ne cache pas sa position : « Ayons le courage de faire table rase (…) Nous sommes favorables au changement de la Constitution et non à sa simple révision. »
De son côté, Godé Mpoy invoque l’argument de la stabilité institutionnelle observée dans certains pays dirigés par des chefs d’État aux longs mandats. « Dans un mandat de cinq ans, vous ne travaillez réellement que pendant trois ans. La première année est consacrée aux conciliabules politiques et, dès que vous commencez à travailler, la CENI réclame déjà des moyens pour les prochaines élections. Aujourd’hui, sur le plan empirique, il est démontré que les pays où les présidents font de longs mandats sont stables. C’est le cas de la Chine, de la Russie, et bien d’autres », soutient-il.
Cette position de l’Église de Réveil rejoint largement celle du parti présidentiel, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), favorable à une révision ou à un changement de la Constitution. Depuis le 6 mai, le débat est d’ailleurs porté publiquement par Félix Tshisekedi lui-même.
Le chef de l’État a récemment levé le voile sur ses intentions politiques :
« Je n’ai pas sollicité un troisième mandat, mais si le peuple souhaite que j’en exerce un, j’accepterai », a-t-il déclaré, ajoutant qu’une telle démarche ne pourrait se faire « qu’après consultation du peuple congolais par voie référendaire ». À l’Assemblée nationale, le député Gaspard Ngondankoy a déjà déposé une proposition de loi visant à fixer les modalités d’organisation d’un référendum.
Sous Kabila, l’ERC nageait déjà dans le sens du régime
Sous la présidence de Joseph Kabila, l’Église de Réveil du Congo accompagnait déjà plusieurs décisions politiques, notamment sur les questions électorales. Après l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi en 2019, cette organisation est restée perçue comme proche du Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila. En 2020, sous la direction du pasteur Sony Kafuta, l’ERC a notamment été accusée de soutenir la désignation controversée de Ronsard Malonda à la tête de la Commission électorale nationale indépendante (CENI).
Cette position avait provoqué de fortes tensions avec l’Église du Christ au Congo (ECC) et la CENCO. L’église de Sony Kafuta avait même été vandalisée à la suite de ces événements. Après cette crise, le pasteur Dodo Kamba lui succédera à la tête de l’ERC.
Catholiques et évangéliques : pourquoi des positions opposées ?
Cette différence de positionnement n’a rien d’accidentel. Elle trouve ses racines dans l’histoire politique de la RDC. Selon plusieurs observateurs, la montée des Églises de réveil s’est accélérée sous le régime de Mobutu Sese Seko, particulièrement dans les années 1980. Le pouvoir zaïrois voyait alors dans les mouvements évangéliques un moyen de contrebalancer l’influence de l’Église catholique, déjà critique envers la gouvernance du pays.
Contrairement à l’Église catholique, structurée autour d’une hiérarchie forte et d’une doctrine sociale ancienne, les Églises de réveil fonctionnent souvent de manière autonome autour de figures pastorales indépendantes. Beaucoup dépendent administrativement de l’État pour leur reconnaissance légale et leur fonctionnement.
Plusieurs études universitaires soulignent d’ailleurs l’absence d’un cadre juridique rigoureux permettant d’encadrer leur prolifération ou leur financement. « Ils sont souvent obligés de ménager le pouvoir afin de bénéficier de certaines facilités administratives », explique un acteur de la société civile.
Cette dépendance institutionnelle crée, selon plusieurs analystes, une proximité naturelle avec le pouvoir politique. Les pasteurs cherchent souvent à préserver leurs autorisations, leurs espaces d’influence et leur accès aux autorités. À l’inverse, la CENCO bénéficie d’une implantation historique, d’un puissant réseau scolaire et hospitalier ainsi que d’une crédibilité internationale qui lui assurent une plus grande autonomie vis-à-vis du régime.
La divergence est aussi théologique. Les Églises de réveil mettent généralement l’accent sur la bénédiction individuelle, la réussite personnelle et la prospérité matérielle. Dans cette logique, le pouvoir politique est souvent présenté comme une autorité qu’il faut accompagner afin de garantir la stabilité nationale et les bénédictions divines.
À l’opposé, l’Église catholique congolaise s’inscrit dans une tradition sociale davantage tournée vers les questions de justice, de gouvernance et de défense des droits humains. Pendant les crises politiques de la fin du régime Kabila ou lors des tensions sécuritaires dans l’Est du pays, les évêques catholiques ont multiplié les prises de position critiques, parfois au prix de fortes tensions avec le pouvoir.
De Malula à Ambongo, une même ligne critique
Depuis le cardinal Joseph Malula, l’Église catholique congolaise a maintenu une posture critique vis-à-vis du pouvoir politique. Des cardinaux Frédéric Etsou et Laurent Monsengwo jusqu’à Fridolin Ambongo, cette ligne n’a pratiquement pas varié.
En 1990, Laurent Monsengwo initie un mémorandum réclamant davantage de libertés au maréchal Mobutu, alors au pouvoir depuis plus de vingt-cinq ans. Cette initiative lui donne une stature nationale majeure. Les écrivains Roger Gaise et Isidore Ndaywel le décrivent alors comme « un personnage incontournable, cerveau moteur de la poussée vers la démocratie ».
Pour l’historien Isidore Ndaywel, c’est Laurent Monsengwo, alors président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), qui a introduit dans les discours de l’Église catholique congolaise la notion de « démocratisation ». Plus d’un an après ce mémorandum, Monsengwo prendra la tête de la Conférence nationale souveraine (CNS), fermée puis rouverte par Mobutu après la répression sanglante de la marche des chrétiens catholiques.
La réélection contestée de Joseph Kabila
En décembre 2007, Mgr Laurent Monsengwo succède au cardinal Frédéric Etsou à la tête de l’archidiocèse de Kinshasa. Créé cardinal par Benoît XVI en 2010, il conservera jusqu’à la fin de son ministère une posture critique à l’égard du pouvoir.
Sous son impulsion, la CENCO multiplie les mises en garde contre le régime Kabila. En 2011, le cardinal Monsengwo conteste publiquement la réélection de Joseph Kabila, estimant que les résultats de la présidentielle « n’étaient conformes ni à la vérité ni à la justice ».
Ses détracteurs l’accusent alors de proximité avec l’opposition, notamment avec Étienne Tshisekedi, principal adversaire de Joseph Kabila lors de ce scrutin controversé. Mais pour plusieurs analystes, cette attitude s’inscrivait simplement dans la continuité historique de l’Église catholique congolaise.
Cette posture de contre-pouvoir a renforcé l’image de la CENCO comme acteur majeur de la vie publique en RDC, là où les Églises de réveil apparaissent souvent plus conciliantes envers les autorités.
Toutefois, les lignes ne sont pas totalement figées. Certaines plateformes évangéliques adoptent désormais des positions plus nuancées, notamment sur les questions de paix, de cohésion nationale et de gouvernance. C’est notamment le cas de l’Église du Christ au Congo (ECC), qui s’est rapprochée de la CENCO sur plusieurs grands dossiers nationaux.
Sur la question du changement de la Constitution, cette divergence demeure profonde. L’Église catholique s’est déjà clairement opposée à toute initiative de révision ou de changement constitutionnel dans le contexte actuel.
Ce désaccord entre grandes confessions religieuses pourrait accentuer la polarisation du débat national autour d’un sujet hautement sensible. Dans un pays où la religion reste au cœur de la vie publique, les rapports entre foi et politique continueront d’influencer durablement le débat démocratique. Entre une Église catholique se revendiquant sentinelle démocratique et des Églises de réveil souvent plus proches du pouvoir, la RDC offre le visage d’un christianisme traversé par des enjeux de pouvoir, d’influence et de légitimité.
Heshima Magazine
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Négociations entre Kinshasa et AFC/M23 : pourquoi l’impasse perdure ?
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5 jours agoon
mai 9, 2026By
La redaction
Alors que les espoirs de désescalade renaissaient entre Kinshasa et l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), la nouvelle impasse observée dans l’application des engagements conclus à Doha et à Montreux vient raviver les inquiétudes sur la stabilité de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). Malgré trois accords successifs, les parties peinent à transformer les promesses diplomatiques en actes concrets sur le terrain. Au contraire, des attaques continuent entre les deux camps.
La dynamique de paix engagée ces derniers mois entre le gouvernement congolais et l’Alliance Fleuve Congo/M23 semble une nouvelle fois s’essouffler. Après deux signatures d’accords à Doha, au Qatar, et une autre à Montreux, en Suisse, les mécanismes de mise en œuvre restent bloqués, alimentant un climat de méfiance entre les protagonistes. En avril dernier à Montreux, en Suisse, les deux parties s’étaient accordées notamment de libérer les prisonniers de part et d’autres dans un délai de 10 jours. Au total, trois cent onze détenus retenus par la rébellion, cent soixante-six côté gouvernemental. Les listes étaient établies, les protocoles signés, le facilitateur désigné. Et pourtant, le 28 avril, date limite fixée à l’issue des négociations de Montreux, aucune libération n’a eu lieu. Ni du côté de l’AFC/M23, ni du côté du gouvernement congolais.
Ces libérations ne devraient pas se faire de manière unilatérale. Les deux parties doivent signaler simultanément qu’elles sont prêtes à remettre leurs détenus. Les accords de principe, conclus dans le cadre des mesures de confiance, fixent les règles pour ces libérations. Les parties remettent leurs détenus au facilitateur désigné et ce dernier assure le transfert. Le travail de vérification et d’identification des personnes concernées a été mené, d’après RFI. La rébellion semble prête à libérer les détenus mais le gouvernement congolais, de son côté, n’a pas encore donné de signal. Certaines sources diplomatiques expliquent que sans l’accord explicite du gouvernement congolais, le facilitateur ne peut pas se déplacer pour récupérer des détenus, même si un camp est prêt à les remettre. C’est la nature même du mécanisme qui l’impose : il s’agit d’un échange, pas d’une remise à sens unique, explique ce média.
Kinshasa brandit des contraintes liées à la justice
Si l’AFC/M23 peut paraitre prête pour l’échange des prisonniers, Kinshasa veut respecter la procédure judiciaire dans le cas de certains détenus. Certaines libérations ne peuvent pas intervenir sans que des procédures judiciaires et réglementaires soient au préalable respectées. Des détenus figurant sur les listes seraient sous le coup de décisions de justice ou de mesures administratives qui, en droit congolais, doivent être levées avant toute remise en liberté. Ce passage obligé prendrait du temps, selon des sources gouvernementales et le délai de dix jours fixé à Montreux n’aurait pas suffi à le franchir.
Des combats persistent malgré les négociations…
Les combats ont d’ailleurs repris dès le lendemain de la fin des négociations en Suisse. Des frappes de drones ont visé des villages du Sud-Kivu dès le 19 avril, faisant des victimes civiles. L’AFC/M23 a de son côté signalé des attaques dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu. Le vendredi 8 mai, Washington a condamné la frappe de drone signalée à Mushaki, dans la province du Nord-Kivu ainsi que les massacres rapportés près d’Uvira, au Sud-Kivu. Les Etats-Unis ont appelé « toutes les parties » à la « retenue maximale », au respect de leurs engagements de cessez-le-feu et à la protection des civils. D’après l’AFC/M23, les forces armées de la RDC auraient frappé le marché de Mushaki, dans le territoire de Masisi à l’aide d’un drone, faisant selon la rébellion un bilan provisoire d’au moins 20 morts et plus de 57 blessés. Jusqu’au 9 mai, le gouvernement congolais n’a pas souhaité commenter ces événements.
Un troisième échec après les deux signatures de Doha
Après une première signature à Doha puis une deuxième en novembre 2025 sur l’accord-cadre, la signature de Montreux en Suisse était la troisième sans forcément que les choses évoluent sur le terrain. L’accord-cadre signé à Doha avait pour objet de définir une série de protocoles, dont plusieurs devraient être négociés dans les deux semaines suivant la signature. Ces documents concernaient notamment l’accès humanitaire, les arrangements sécuritaires et le DDR, la restauration de l’autorité de l’État, le retour des déplacés et réfugiés, la relance économique ainsi que la justice transitionnelle.
Le texte insistait aussi sur la résolution des causes profondes du conflit, la lutte contre la discrimination, le renforcement de l’unité nationale et la mise en place d’une gouvernance inclusive. Depuis cette étape, les lignes n’avaient toujours pas suffisamment bougé. A l’étape de Montreux, en Suisse, ils se sont mis d’accord, le 18 avril 2026, sur l’accès humanitaire, la surveillance d’un cessez-le-feu et la libération des prisonniers. Concrètement, d’après leur déclaration commune, le gouvernement et les rebelles de l’AFC/M23 se sont engagés à respecter le droit international. Ils sont prêts à s’abstenir de toute attaque contre les biens et les infrastructures vitaux pour la population civile, tels que les denrées alimentaires, l’approvisionnement en eau, les hôpitaux et les écoles. L’accès à une aide humanitaire rapide et sûre devrait être facilité, les travailleurs humanitaires doivent être protégés et les biens humanitaires ne doivent être ni pillés ni détournés. Les blessés et les malades doivent bénéficier de soins médicaux. Mais depuis, les avancées sur le terrain ne sont pas concrètes.
Pour que le processus avance, des sources proches du dossier estiment qu’une pression politique plus forte des facilitateurs sera nécessaire. Sans cela, la liste des engagements non tenus risque de continuer à s’allonger. Ce troisième échec fragilise davantage les efforts diplomatiques entrepris par les partenaires régionaux et internationaux pour ramener une paix durable dans l’Est de la République démocratique du Congo. Plusieurs analystes craignent désormais une reprise des affrontements à grande échelle si aucun compromis rapide n’est trouvé.
Au-delà des tractations politiques, ce sont surtout les populations civiles qui continuent de payer le prix de cette instabilité persistante. Entre déplacements massifs, insécurité chronique et crise humanitaire grandissante, l’espoir d’un retour durable à la paix semble encore suspendu à une volonté politique de deux camps qui tarde à se concrétiser. Certaines sources diplomatiques avertissent que si l’étape des libérations des prisonniers de deux camps n’est pas franchie, c’est la crédibilité de l’ensemble des engagements pris à Montreux qui serait en jeu.
Heshima Magazine
Nation
RDC : Tshisekedi ouvre la porte à un 3e mandat, l’opposition monte au créneau
Published
6 jours agoon
mai 7, 2026By
La redaction
Le président congolais Félix Tshisekedi a relancé le débat politique en affirmant qu’il pourrait accepter un troisième mandat « si le peuple le veut ». Une déclaration qui intervient dans un contexte de tensions sécuritaires persistantes dans l’Est du pays et qui suscite déjà une vive réaction de l’opposition, laquelle dénonce une tentative de révision constitutionnelle destinée à prolonger son maintien au pouvoir.
Lors d’une conférence de presse tenue le 6 mai 2026 à Kinshasa au chapiteau de la Cité de l’Union africaine, le chef de l’État congolais a affirmé qu’il n’excluait pas l’hypothèse d’un troisième mandat présidentiel à l’issue de son second quinquennat, prévu en 2028. « Je n’ai pas sollicité un troisième mandat. Mais, je vous le dis, si le peuple veut que j’aie un troisième mandat, j’accepterai », a déclaré Félix Tshisekedi, tout en précisant qu’une éventuelle révision de la Constitution devrait passer par un référendum populaire.
La Constitution congolaise de 2006 limite actuellement le président de la République à deux mandats consécutifs. Depuis plusieurs mois, cependant, certains cadres de l’UDPS, le parti présidentiel, évoquent publiquement l’idée d’une réforme constitutionnelle, notamment autour de l’article 220, considéré comme verrouillant la limitation des mandats. D’où l’idée d’organiser un référendum afin de consulter les Congolais sur cette question.
Le président Félix Tshisekedi a également lié l’avenir institutionnel du pays à la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC, où les affrontements entre les Forces armées de la RDC (FARDC) et les rebelles de l’AFC/M23 se poursuivent malgré des discussions à Doha, au Qatar, et récemment à Montreux, en Suisse. Selon lui, l’organisation des élections de 2028 pourrait devenir impossible si la guerre persistait dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. « Cette guerre, nous voulons la terminer le plus rapidement possible. Si nous ne parvenons pas à y mettre fin, malheureusement, nous ne pourrons pas organiser les élections en 2028. Mais ce ne sera pas parce que j’aurai refusé de les organiser ; les ressources existent et nous pouvons le faire. On ne peut cependant pas organiser des élections sans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu », a fait savoir Félix Tshisekedi.
Levée de boucliers dans l’opposition
Ces déclarations ont immédiatement provoqué une levée de boucliers dans les rangs de l’opposition. L’opposant André Claudel Lubaya a accusé le président de vouloir instrumentaliser « la volonté du peuple » afin de justifier « une intention frauduleuse ». Pour l’ancien député élu de Kananga, aujourd’hui en exil en Belgique, Félix Tshisekedi « n’a ni mission ni troisième mandat » à conquérir. « Aucune disposition de la Constitution ne prévoit qu’une prétendue volonté populaire puisse justifier une violation de sa lettre et de son esprit. Notre loi fondamentale organise exclusivement les modalités de sa révision, et non celles de sa transgression, sous peine de haute trahison », a-t-il écrit sur son compte X.
Il rappelle que « la Constitution encadre strictement les modalités de sa révision à l’article 218 et consacre le devoir de sa protection à l’article 64 », avant de prévenir : « Toute violation intentionnelle de ses dispositions, notamment par les autorités publiques, est susceptible de constituer une haute trahison au sens des articles 164 et 165 ».
De son côté, l’ancien candidat à la présidentielle de 2018, Seth Kikuni, a estimé qu’une tentative de confiscation du pouvoir pourrait provoquer une grave crise politique. Au sein du Front commun pour le Congo (FCC) de l’ancien président Joseph Kabila, des réactions se font également entendre. La sénatrice honoraire Francine Muyumba s’est montrée très opposée à l’idée d’un troisième mandat. « C’est clair, la paix n’est pas une priorité. La conservation du pouvoir paraît désormais primer, peu importe le prix politique, institutionnel ou humain que le peuple devra payer. C’est véritablement dommage pour une nation qui aspire avant tout à la stabilité, à l’unité nationale et à une paix durable », a-t-elle écrit.
Dans un autre message publié sur X, elle promet de barrer la route à un troisième mandat de l’actuel chef de l’État : « Le président Félix Tshisekedi n’aura pas de troisième mandat ». Elle estime également que « l’UDPS s’est déjà tout permis, mais il est encore temps de renoncer à cette aventure ».
Pour Delly Sesanga, président du parti Envol, il n’y a désormais plus de doute : « Les masques sont tombés. Félix Tshisekedi manœuvre désormais à découvert pour un troisième mandat par plébiscite ». L’opposant appelle « tous les démocrates à faire obstacle à cette dérive ». Citant Patrice Emery Lumumba, l’ancien député national élu de Luiza, dans le Kasaï-Central, rappelle : « Le Congo est un grand pays. Il exige de ses dirigeants grandeur, dignité et responsabilité ». Selon lui, cela se mesure par « le respect de la Constitution, des institutions et de la stabilité nationale, non par la recherche frauduleuse d’une prolongation des mandats ». « Être un homme d’État, c’est avoir le sens de l’Histoire et éviter à son pays de replonger dans les pratiques du passé qui ont conduit au chaos. Ces dérives, les fondateurs de l’UDPS les ont combattues hier ; nous les avons combattues ensemble, au prix de lourds sacrifices », a-t-il ajouté.
Pour sa part, le porte-parole de Lamuka, Prince Epenge, a résumé à sa manière l’intervention du chef de l’État congolais : « Conclusion : pas de dialogue, pas d’élections, pas de fin de guerre. Le Roi veut d’abord son troisième mandat ! Il se trompe », a-t-il répliqué.
À l’Union sacrée, on se défend
D’autres voix proches du pouvoir défendent cependant l’idée d’un débat constitutionnel. Freddy Kita, ancien vice-ministre à la Coopération internationale et actuel coordonnateur de la plateforme Camp de la République, a déclaré que « la Constitution n’est ni la Bible ni le Coran » et qu’elle pouvait être adaptée « aux réalités actuelles du pays ».
Pour Honoré Mvulu, membre de l’UDPS, toute évolution institutionnelle doit passer par les mécanismes constitutionnels, dans le respect du peuple et de la stabilité. « Le référendum, lorsqu’il est prévu, reste l’expression la plus directe de la souveraineté populaire », estime ce proche du pouvoir.
Le débat ravive les souvenirs de la crise politique de 2016 sous Joseph Kabila, lorsque les manifestations contre le report des élections avaient provoqué de fortes tensions dans le pays.
Au pouvoir depuis 2019, Félix Tshisekedi entame sa septième année à la tête du pays. À environ deux ans de la fin de son dernier mandat, selon la Constitution en vigueur, une proposition de loi sur le référendum a été déposée à l’Assemblée nationale. Son initiateur, le député Paul Gaspard Ngondankoy, l’a défendue devant ses pairs le 30 avril 2026.
Cette proposition de loi fixe les conditions d’organisation du référendum en RDC. Certains députés de l’opposition y voient une ouverture vers une révision de la Constitution. L’opposition soupçonne également une manœuvre destinée à permettre un troisième mandat à Félix Tshisekedi.
À deux ans de l’échéance présidentielle de 2028, l’hypothèse d’un troisième mandat de Félix Tshisekedi s’impose désormais comme l’un des principaux sujets du débat politique congolais.
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