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Rupture de la coalition CACH-FCC : retour sur une implosion qui a fragilisé la RDC
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La redaction
Le 24 janvier 2019, Félix Tshisekedi accède à la présidence, marquant une alternance historique. Mais l’alliance qu’il forme avec le FCC de Joseph Kabila, censée garantir la stabilité, se transforme rapidement en un champ de tensions. Blocages institutionnels, luttes d’influence et sabotages politiques minent la coalition. De mars 2019 à décembre 2020, la rupture devient inévitable. Cette fracture, en libérant Tshisekedi de la tutelle du FCC, bouleverse durablement l’équilibre politique. Elle ouvre aussi la voie à des secousses sécuritaires majeures, dont la résurgence du M23, évoquée par Kabila lui-même dans une tribune publiée en février 2025 dans le Sunday Times. Heshima Magazine remonte le fil d’une crise qui a redéfini le pouvoir à Kinshasa et fragilisé le pays dans une certaine mesure.
24 janvier 2019 : la capitale Kinshasa est en ébullition. Au Palais de la Nation, pour la première fois dans l’histoire du pays, le Congo vit sa première passation pacifique du pouvoir. Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo prête serment devant la Cour constitutionnelle. Son prédécesseur, Joseph Kabila, assiste à la cérémonie, marquant ainsi un moment historique : la toute première passation pacifique du pouvoir depuis l’indépendance du pays en 1960. Les deux présidents, assis côte à côte, sourient, échangent des regards complices et semblent unis dans une volonté commune de stabiliser le pays. Ce jour-là, la scène projette l’image d’un Congo apaisé, brièvement tourné vers l’avenir. »
Les premiers mois du mandat de Tshisekedi renforcent cette impression d’entente cordiale. En 2019, une vidéo virale sur les réseaux sociaux montre Félix Tshisekedi accueillant Joseph Kabila dans sa résidence privée de Nsele. Le déjeuner qu’ils partagent, en présence de certains de leurs proches collaborateurs (Antoine Ghonda, Kazadi Nyembo, Néhémie Mwilanya et François Beya) illustre une entente parfaite et une volonté manifeste de maintenir une collaboration étroite entre les deux sphères du pouvoir. Ce moment, largement relayé par la presse congolaise, est perçu comme un signe de détente politique, voire de partenariat assumé. En apparence, tout est soigné ; mais en profondeur, un équilibre délicat semble s’installer entre l’ancien et le nouveau président.
Pourtant, cette harmonie repose sur des bases institutionnelles fragiles. L’élection de décembre 2018, qui voit Tshisekedi proclamé vainqueur avec 38,57 % des voix par la CENI, est vivement contestée par le clan Martin Fayulu, qui revendique la victoire avec plus de 60 % des suffrages. Beaucoup suspectent alors un accord secret entre Tshisekedi et Kabila, destiné à garantir une transition sans heurts et la préservation des intérêts de ce dernier.
Le Front commun pour le Congo (FCC), la plateforme dirigée par Kabila, a assuré une mainmise sur les institutions : 342 des 500 sièges à l’Assemblée nationale, une domination dans les assemblées provinciales, et un contrôle important du Sénat. Ce déséquilibre politique contraint Félix Tshisekedi à gouverner en coalition avec sa plateforme CACH (Cap pour le changement), fondée avec Vital Kamerhe, dans une cohabitation plus subie que réellement choisie. Avant de quitter ses fonctions, Kabila nomme 26 ambassadeurs, verrouille certains postes clés et maintient ses réseaux dans les services de sécurité et la justice. Comme le souligne le chercheur Roger-Claude Liwanga dans Jeune Afrique, cette stratégie relève de la « tactique du salami » : céder symboliquement le pouvoir tout en conservant les leviers réels du contrôle.
Dans ce contexte, l’apparente complicité entre Tshisekedi et Kabila dissimule des lignes de fracture profondes qui ne tarderont pas à resurgir.
Les premières fissures : élections sénatoriales et gouverneurs
En mars 2019, une rencontre à Kinshasa scelle l’accord de coalition CACH-FCC, censé unir les deux camps. Mais les élections sénatoriales du même mois révèlent des tensions profondes. Le FCC s’adjuge 91 des 108 sièges, consolidant son emprise, mais des accusations de corruption massive éclatent. Le média congolais en ligne, Politico.cd, rapporte des achats de votes à 50 000 dollars, provoquant le retrait de candidats indignés. À Goma, un indépendant dénonce une offre similaire, soulignant l’ampleur des pratiques.
Simultanément, les élections des gouverneurs provinciaux exacerbent les fractures. Dans le Haut-Katanga et le Lualaba, des fraudes similaires provoquent des manifestations. À Lubumbashi, des militants UDPS vandalisent des bureaux de vote, dénonçant des gouverneurs FCC élus par corruption, selon Radio Okapi. Ces incidents, reflétant la mainmise du FCC sur les provinces, amplifient la méfiance de CACH.
Le 18 mars, Tshisekedi suspend l’installation des sénateurs et reporte les élections des gouverneurs, invoquant des enquêtes sur la fraude. Cette décision, saluée par la société civile, déclenche une tempête. Deux jours plus tard, des manifestations UDPS à Kinshasa dégénèrent, causant la mort d’un militant de 24 ans. Les images de pneus brûlés et de gaz lacrymogènes, diffusées sur les réseaux sociaux, illustrent un climat explosif. Le FCC, via Néhémie Mwilanya, rejette toute remise en question des scrutins, amplifiant les tensions. Sous pression, Tshisekedi lève la suspension début avril, un recul perçu comme une concession forcée. Jean-Marc Kabund, président intérimaire de l’UDPS, dénonce un « système corrompu hérité de Kabila ».

Un discours qui secoue Kinshasa
En avril 2019, Tshisekedi s’envole pour Washington, où il prononce un discours retentissant au Council on Foreign Relations. “Je suis là pour déboulonner le système dictatorial qui était en place”, déclare-t-il, accusant le régime de Kabila d’avoir “retardé le pays avec la corruption, la gabegie et l’impunité”. Ce message, applaudi par le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, positionne Tshisekedi comme un réformateur audacieux sur la scène internationale. À Kinshasa, cependant, il déclenche une tempête. Le FCC, par la voix de Néhémie Mwilanya, condamne des propos “militants” et “irresponsables” qui, selon lui, rompent l’esprit de la coalition. Le PPRD (parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie), parti phare du FCC, va plus loin, accusant Tshisekedi de rallier des soutiens étrangers, notamment américains, pour marginaliser Kabila. Cette critique trahit la crainte du FCC de voir Tshisekedi s’émanciper grâce à des alliances internationales, d’autant que les États-Unis avaient imposé des sanctions à des proches de Kabila sous l’administration Trump.
Dans les rangs de l’UDPS, le discours est accueilli comme une bouffée d’oxygène. Jean-Marc Kabund déclare : “Le président a dit la vérité que tout le monde connaît. La corruption sous Kabila a asphyxié le Congo.” À Limete, fief historique de l’UDPS, les militants se rassemblent, brandissant des portraits de Tshisekedi et scandant des slogans contre l’héritage kabiliste. Mais cette ferveur accentue la méfiance du FCC, qui y voit une déclaration de guerre implicite. Moins de trois mois après l’investiture, la coalition révèle son incapacité à réconcilier deux visions opposées : Tshisekedi, porté par un élan de rupture, et le FCC, arc-bouté sur la préservation du statu quo.
Une guerre des nominations et tensions économiques

La désignation d’Albert Yuma par Joseph Kabila comme Premier ministre en avril 2019 est rejetée par Félix Tshisekedi. Ce veto, influencé par des pressions internationales dénonçant la gestion opaque de Yuma, entraîne une crise politique. Mwilanya accuse Tshisekedi de céder aux intérêts étrangers, tandis que le PPRD rompt les négociations. À Kinshasa, des militants de l’UDPS manifestent en scandant : « Yuma, dehors ! » L’UDPS soutient fermement Tshisekedi, Kabund questionnant publiquement pourquoi le Premier ministre ne pourrait pas provenir de CACH. Après des semaines de négociations, Kabila recule, proposant Sylvestre Ilunga, un autre fidèle du FCC, comme Premier ministre. Ce compromis tactique ne masque pas la volonté du FCC de dominer le futur gouvernement.
Parallèlement, des tensions émergent autour des contrats miniers. Tshisekedi pousse pour renégocier les accords signés sous Kabila, notamment avec des firmes chinoises, selon Global Witness (2020). Le FCC, défendant les intérêts de l’élite kabiliste, s’oppose, arguant que ces révisions menacent la stabilité économique. Ces désaccords, bien que moins visibles, alimentent la méfiance.
L’imposition de Jeanine Mabunda à la présidence de l’Assemblée nationale, sans concertation avec CACH, est un autre affront. Mabunda ralentit les réformes, notamment sur la transparence financière, renforçant l’image d’un Tshisekedi entravé. Kabund questionne pourquoi le Premier ministre ne vient pas de CACH, reflétant les frustrations de l’UDPS.
Blocages des ordonnances et gratuité de l’éducation
En juillet 2019, Tshisekedi signe des ordonnances nommant de nouveaux dirigeants à la SNCC et à la Gécamines, dont Gabriel Kyungu wa Kumwanza, proche de Moïse Katumbi. La ministre FCC du Portefeuille, Wivine Mumba, refuse de notifier ces nominations, arguant qu’elles nécessitent le contreseing d’Ilunga. Le PPRD déclare les ordonnances « nulles », humiliant Tshisekedi. Kabund dénonce un « coup contre la Constitution », et des manifestations UDPS éclatent à Kinshasa.
Simultanément, la gratuité de l’éducation, promesse phare de Tshisekedi, rencontre des résistances. Des gouverneurs FCC, notamment dans le Kasaï et le Katanga, critiquent son financement, selon Jeune Afrique (septembre 2019). À Mbuji-Mayi, des grèves d’enseignants non payés dégénèrent en affrontements, reflétant l’incapacité de la coalition à concilier ses priorités. Ces tensions, exacerbées par le contrôle FCC des budgets provinciaux, fragilisent la réforme.
Un gouvernement sous domination FCC et crises régionales
En août 2019, le gouvernement Ilunga est formé, avec le FCC s’arrogeant les ministères stratégiques (défense, justice, finances, mines). Kabund dénonce un « gouvernement FCC déguisé ». À Lubumbashi, des militants CACH manifestent, exigeant un partage équitable. À Kingakati, Kabila appelle ses cadres à préserver ses « acquis », selon Politico.cd.
Dans le Kasaï, des violences intercommunautaires à Kamuesha font des dizaines de morts en juin-juillet 2019. L’UDPS accuse des gouverneurs FCC de manipuler les milices, tandis que le FCC pointe la désorganisation de CACH. Ces conflits, bien que régionaux, illustrent l’échec de la coalition à pacifier le pays.
Les massacres de Beni par les ADF, tuant plus de 600 civils en 2019-2020 (Human Rights Watch), amplifient les tensions. L’UDPS accuse les réseaux FCC dans l’armée de passivité, voire de complicité. Alexis Thambwe Mwamba rejette ces allégations, accusant Tshisekedi de politiser la tragédie. Ces querelles sécuritaires renforcent la méfiance sur le contrôle des FARDC.
Violences, rivalités internes et mobilisations citoyennes
En novembre 2019, Kabund menace de « fouiner » dans les affaires du FCC, déclenchant des violences. À Kolwezi, des manifestants brûlent des effigies de Tshisekedi, dénonçant les retards dans le financement de la gratuité de l’éducation. À Kinshasa, les sièges de l’UDPS et du PPRD sont vandalisés. Ces affrontements traduisent l’échec de la coalition.
Des mouvements citoyens comme Filimbi et Éveil Patriotique, absents des négociations CACH-FCC, organisent des sit-ins à Goma et Bukavu, dénonçant la corruption du FCC et la passivité de Tshisekedi. Réprimées par la police, ces actions amplifient la pression sociale.
Au sein du FCC, des rivalités émergent. Évariste Boshab et Emmanuel Ramazani Shadary critiquent Mwilanya pour sa gestion autoritaire, selon un article de Jeune Afrique publié en octobre 2020, ces fissures, bien que discrètes, fragilisent le FCC face aux consultations futures de Tshisekedi.
Menace de dissolution et budget 2020
En janvier 2020, lors d’un discours à Londres devant la diaspora congolaise, Tshisekedi lance un ultimatum : il dissoudra l’Assemblée nationale si les ministres FCC continuent de saper son autorité. Cette menace, prononcée alors que le FCC bloque des dossiers comme le financement de l’éducation, reflète sa frustration. Jeanine Mabunda contre-attaque en agitant le spectre d’une “haute trahison”, menaçant à demi-mot une mise en accusation du président Tshisekedi, dans une manœuvre rarissime qui aurait nécessité l’aval des deux chambres du Parlement. De son côté, Alexis Thambwe Mwamba, président du Sénat et figure clé du FCC, balaie la menace d’un revers, la qualifiant de “provocation inutile”. Le PPRD, pilier du camp Kabila, entre en ordre de bataille, mobilisant ses cadres et dénonçant ce qu’il considère comme une “dérive autoritaire” du chef de l’État. À l’opposé, l’UDPS monte en pression, organisant des manifestations dans les rues de Kinshasa, au cri de “Dissolution maintenant !”, galvanisée par la perspective de renverser l’équilibre institutionnel hérité de l’accord FCC-CACH.
Si la dissolution de l’Assemblée nationale ne se matérialise pas immédiatement, l’effet est psychologique : Tshisekedi brise un tabou et montre qu’il est prêt à utiliser toutes les prérogatives présidentielles, y compris les plus explosives, pour desserrer l’étau du FCC. Ce moment marque un tournant : le président n’est plus seulement en cohabitation, il amorce une confrontation.
Le budget 2020, retardé par Mabunda, devient un autre point de friction. Le FCC exige des fonds pour ses provinces, provoquant des manifestations UDPS à Kinshasa en décembre 2019. Kabund dénonce un « sabotage économique », reflétant l’incapacité de la coalition à aligner ses priorités.
La crise du Covid-19 : une bataille politique
En mars 2020, Tshisekedi décrète l’état d’urgence face à la pandémie de COVID-19, isolant Kinshasa et interdisant les rassemblements. Cette mesure, initialement consensuelle, devient un point de friction lorsque Tshisekedi propose de prolonger l’état d’urgence, nécessitant l’approbation du Congrès. Jean-Marc Kabund s’oppose à la convocation du Congrès, estimant son coût à 7 millions de dollars, une somme exorbitante en temps de crise. Le FCC, qui contrôle le Congrès, insiste pour une réunion, voyant une opportunité de réaffirmer son influence. La fermeture temporaire du siège du parlement par le ministre CACH de l’Intérieur et sécurité, justifiée par des motifs sanitaires, est dénoncée par le FCC comme une “atteinte à la démocratie” tendant à l’empêcher de convoquer le congrès. Jeanine Mabunda qualifie la mesure de “tentative de museler le Parlement”, tandis que Kabund rétorque que “la santé des Congolais prime sur les calculs politiques”. Cette crise transforme une urgence sanitaire en bataille institutionnelle.
Destitution de Kabund et grèves publiques

En mai 2020, une pétition déposée par le député Jean-Jacques Mamba, soutenu par le FCC, vise Jean-Marc Kabund, accusé d’avoir terni l’image de l’Assemblée par ses déclarations sur le coût du Congrès. La destitution de Kabund, votée par une majorité écrasante et confirmée par une Cour constitutionnelle proche du FCC, est célébrée par le FCC comme une “victoire de la démocratie”. L’UDPS dénonce un “complot politique” pour affaiblir Tshisekedi. À Kinshasa, des militants de l’UDPS brûlent des pneus et bloquent des artères, dénonçant un “coup parlementaire”. L’arrestation de Mamba pour “faux et usage de faux” dans la collecte des signatures de ladite pétition attise les tensions, chaque camp accusant l’autre d’instrumentaliser la justice.
La même période des grèves de magistrats et de médecins, protestant contre leurs conditions et le blocage des budgets par le FCC, paralysent Kinshasa et Mbuji-Mayi (Radio Okapi, octobre 2019-mai 2020). Ces mouvements, bien que périphériques, reflètent l’incapacité de la coalition à répondre aux attentes sociales.
Justice sous pression et bataille pour le contrôle de la BCC
En juin 2020, alors que la coalition FCC-CACH tangue déjà sur des désaccords profonds, une violente tempête politique s’abat sur le pays autour d’un sujet explosif : l’indépendance de la justice. Le dépôt à l’Assemblée nationale de trois propositions de lois par les députés FCC Aubin Minaku et Gary Sakata, visant à renforcer les pouvoirs du ministre de la Justice sur les magistrats du parquet, met le feu aux poudres. La société civile, le Syndicat autonome des magistrats, la CENCO et des mouvements comme la LUCHA dénoncent unanimement une tentative de mainmise politique, une résurgence rampante de l’autoritarisme kabiliste. Kinshasa s’embrase. À Goma également, des manifestations spontanées se tiennent aux abords du Palais de justice, dans une atmosphère de défi populaire. Des effigies d’Aubin Minaku sont brûlées, des résidences de cadres du FCC ciblées.
Au sein du gouvernement, la tension est électrique. Le 26 juin, lors d’un Conseil des ministres, les membres découvrent, stupéfaits, que le vice-Premier ministre en charge de la Justice, Célestin Tunda Ya Kasende, a déjà transmis un avis favorable sur ces propositions de lois, sans en référer au préalable au gouvernement. Un acte qualifié d’« initiative personnelle » par la Présidence, qui dénonce alors un « manque de sincérité » du ministre. Le chef de l’État, visiblement ulcéré, quitte la réunion pour une conférence de l’Union africaine, mais laisse derrière lui une atmosphère plombée.
Le lendemain, l’affaire prend une tournure spectaculaire. Aux alentours de 14h, des policiers lourdement armés se présentent au domicile de Tunda avec un mandat d’amener. Le ministre résiste, s’enferme chez lui, multiplie les appels. Puis finit par se rendre, après avoir été, selon ses propres mots, « rassuré par la hiérarchie ». Dans la soirée, devant les cadres du PPRD, Tunda confie : « Yemeyi [lui-même] m’a dit : il ne faut pas avoir peur de quoi que ce soit. » Il sera libéré après quelques heures d’audition.
Cette interpellation, très médiatisée, provoque une levée de boucliers dans les rangs du FCC. Emmanuel Ramazani Shadary, furieux, s’adresse à la presse : « Personne ne peut nous intimider. Parce qu’il a défendu sa position de manière démocratique, on l’a traité comme un malfrat. La police a encerclé sa maison, comme si c’était un assassin ! Où allons-nous dans ce pays ? On veut instaurer une dictature plus forte que celle de Mobutu. Mais au PPRD, nous disons non ! »
La réaction du Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba, fidèle au Front Commun pour le Congo (FCC), ne s’est pas fait attendre. Dans une déclaration ferme, il condamne une arrestation jugée « brutale et arbitraire » de son vice-Premier ministre, Célestin Tunda Ya Kasende. Il en appelle directement au président Félix Tshisekedi, l’invitant à veiller scrupuleusement au respect du secret entourant les délibérations du Conseil des ministres. À ses yeux, aucun membre du gouvernement ne devrait être inquiété pour des opinions exprimées dans ce cadre, protégé par le principe de collégialité.
Le chef du gouvernement va plus loin, exigeant l’ouverture d’une action disciplinaire contre les magistrats à l’origine de l’interpellation de Tunda, signe d’un malaise institutionnel profond entre les deux pôles du pouvoir exécutif.
Face à la tempête politique, Célestin Tunda choisit la porte de sortie. Le 11 juillet, il présente sa démission, invoquant la nécessité de « préserver la sérénité » des institutions. Mais derrière cette formulation diplomatique, peu se laissent tromper : ce départ ressemble à une sanction déguisée, infligée après une véritable mise en scène d’humiliation publique.
Quelques jours plus tôt, une déclaration maladroite de Tunda à la télévision avait déjà semé le trouble. En qualifiant le président de la République de « Boss » et de « coach », ses propos avaient suscité des remous au sein de la Présidence, perçus comme une ironie mal placée, voire une provocation à peine voilée.
Dans l’opinion, cet épisode révèle au grand jour les lignes de fracture au sein de la coalition. Le bras de fer autour de la justice devient le symbole d’un affrontement plus large : celui d’un président qui veut marquer son autorité face à un allié devenu encombrant. La fracture est désormais béante.
Parallèlement, la Banque centrale devient un autre champ de bataille. Tshisekedi tente de nommer un gouverneur aligné sur CACH, mais le FCC défend Déogratias Mutombo, retardant les réformes monétaires et exacerbant l’inflation. Ces querelles économiques soulignent les enjeux financiers de la coalition.
Nominations dans l’armée : une lutte pour le contrôle sécuritaire
En juillet 2020, Félix Tshisekedi signe une série d’ordonnances présidentielles procédant à un remaniement majeur au sein des Forces armées de la RDC (FARDC), des services de renseignement et de la police nationale, dans une tentative audacieuse de reprendre le contrôle du secteur sécuritaire, longtemps dominé par les loyalistes de Joseph Kabila. Annoncées le 17 juillet à la télévision nationale, ces nominations incluent des figures clés : le général Gabriel Amisi, surnommé « Tango Four », remplace le général John Numbi, proche de Kabila et sous sanctions internationales pour violations des droits humains, au poste d’inspecteur général des FARDC. Le général Fall Sikabwe Asinda est promu chef d’état-major de l’armée de terre, tandis que Michel Mandiangu prend la tête des renseignements militaires, succédant au général Delphin Kahimbi, décédé dans des circonstances troubles. D’autres officiers, comme le général Jean-Claude Yav, sont placés à des postes stratégiques au sein de la maison militaire du président.
Ces décisions, saluées par des partenaires internationaux comme les États-Unis, Tibor Nagy, assistant du secrétaire d’État, y voyant un engagement pour les droits humains, visent à réduire l’influence des réseaux kabilistes dans l’appareil sécuritaire, tout en consolidant l’autorité de Tshisekedi en tant que commandant suprême des FARDC. Cependant, elles déclenchent une crise institutionnelle majeure du fait qu’elles ne sont pas contresignées par le Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba, membre du FCC. À la place, elles portent la signature du vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Gilbert Kankonde Malamba, membre de l’UDPS (CACH), qui assure l’intérim d’Ilunga, alors en mission à Lubumbashi du 16 au 19 juillet.
Le recours à Kankonde s’appuie sur une lettre d’Ilunga datée du 16 juillet, confiant l’intérim à Kankonde pour les affaires courantes. Cependant, le FCC conteste la légalité de ce contreseing, arguant que les nominations dans l’armée et les services de sécurité, en raison de leur portée stratégique, requièrent l’aval explicite du Premier ministre titulaire. Le 21 juillet, Ilunga, par la voix de son porte-parole Albert Lieke Milay, exprime sa « stupéfaction » face à des ordonnances qu’il découvre via les médias. Il dénonce une « violation de la Constitution » et demande une rencontre urgente avec Tshisekedi pour « clarifier cette situation préoccupante », soulignant que le contreseing garantit l’équilibre des pouvoirs au sein de la coalition.
Le FCC, par l’entremise de son coordinateur Néhémie Mwilanya, va plus loin, accusant CACH d’avoir orchestré ces nominations dans le dos d’Ilunga, en profitant de son absence pour marginaliser les intérêts du FCC. Dans une conférence de presse à Kinshasa, Mwilanya déclare : « Ces ordonnances, préparées en catimini, sont une tentative de s’emparer des leviers sécuritaires par la force ». Le PPRD, fer de lance du FCC, mobilise ses cadres, dénonçant une « dérive autoritaire » de Tshisekedi, tandis que Jeanine Mabunda et Alexis Thambwe Mwamba, respectivement présidente de l’Assemblée nationale et président du Sénat, boycottent les cérémonies liées aux nominations judiciaires concomitantes, en signe de protestation.
CACH, de son côté, défend la légalité et la nécessité des ordonnances. Gilbert Kankonde affirme avoir agi dans le cadre de son intérim, invoquant un précédent de 2018 où un ministre avait contresigné pour Kabila sans controverse. L’UDPS présente les nominations comme une étape cruciale pour réformer un appareil sécuritaire gangréné par la corruption et l’allégeance à l’ancien régime. Jean-Marc Kabund, soutient l’éviction de figures comme John Numbi, symbole de l’héritage kabiliste. À Kinshasa, des militants de l’UDPS organisent des rassemblements spontanés, scandant « Fatshi, libère l’armée ! », voyant dans ces nominations une affirmation de l’autorité présidentielle.
La crise amplifie les frictions au sein de la coalition. Le FCC perçoit l’éviction de Numbi et le choix de figures comme Amisi comme une tentative de Tshisekedi de construire une base loyale dans l’armée, au détriment des équilibres de la coalition. La non-réunion entre Ilunga et Tshisekedi, malgré les demandes du Premier ministre, traduit une rupture du dialogue. Un conseiller présidentiel, cité par Jeune Afrique, confirme qu’« aucun tête-à-tête hors Conseil des ministres n’est envisagé », signe d’un fossé irréparable. Cette crise, survenant juste avant les nominations controversées à la Cour constitutionnelle, renforce la détermination de Tshisekedi à s’émanciper du FCC, préparant le terrain pour les consultations de l’Union Sacrée lancées en novembre 2020.
La bataille pour la CENI
En juillet 2020, la désignation de Ronsard Malonda, proche de Kabila, à la tête de la CENI par l’Assemblée nationale, alors dominée par le FCC, attise les craintes de manipulation électorale pour 2023. CACH accuse le FCC et la présidente de l’Assemblée nationale Jeanine Mabunda de vouloir verrouiller le processus électoral. Tshisekedi retarde l’entérinement, provoquant des manifestations violentes à Kinshasa et Lubumbashi. Le FCC défend Malonda comme un “choix technique”, mais cette justification peine à convaincre. Kabund évoque alors la possibilité de mobiliser la base militante pour empêcher cette nomination, ce qui se traduit par des manifestations massives à Kinshasa et Lubumbashi. Ces manifestations, qui prennent rapidement une tournure violente, sont marquées par des affrontements avec la police, et font plusieurs blessés. La situation dégénère, illustrant la gravité de la crise politique en cours.
Cette crise illustre la lutte pour le contrôle des élections, un enjeu crucial dans un pays où les scrutins sont souvent contestés.
Une Cour constitutionnelle contestée
La crise institutionnelle qui éclate en juillet 2020 autour de la Cour constitutionnelle trouve son origine dans un épisode aussi discret que déterminant : la démission controversée de son président, Benoît Lwamba. En poste depuis plusieurs années et perçu comme proche du Front Commun pour le Congo (FCC), Lwamba est reçu en toute discrétion par le président Félix Tshisekedi au Palais de la Nation, à la surprise générale. Quelques jours plus tard, une lettre de démission de Lwamba est rendue publique, officiellement pour des raisons de santé. Mais le timing intrigue, tout comme les circonstances opaques de cette démarche. Très vite, des voix s’élèvent au sein du FCC pour contester l’authenticité de cette démission, accusant la Présidence d’avoir exercé des pressions pour obtenir le retrait du magistrat. Lwamba lui-même, dans un courrier ambigu adressé à ses collègues, affirme n’avoir pas encore formellement quitté ses fonctions, semant le doute sur la validité du processus.
Dans ce climat d’incertitude, Tshisekedi prend acte du départ de Lwamba et, sans attendre le contreseing du Premier ministre Sylvestre Ilunga, nomme un nouveau juge en remplacement, ainsi que deux autres magistrats censés combler des postes vacants. Ces ordonnances présidentielles, non contresignées comme l’exige la Constitution, déclenchent une tempête politique. Le FCC y voit un passage en force et parle d’un “coup constitutionnel” destiné à remodeler la Cour pour la rendre favorable à Tshisekedi en prévision des futurs arbitrages politiques et électoraux. Le Premier ministre Ilunga, fidèle à Joseph Kabila, dénonce des actes “nuls et de nul effet” et alerte sur un grave précédent qui remettrait en cause l’équilibre des institutions.
Côté CACH, la défense est tout aussi frontale : les nouvelles nominations sont présentées comme un acte de rupture salutaire avec une justice longtemps inféodée au régime précédent. Jean-Marc Kabund, alors vice-président de l’Assemblée nationale, estime que « la Cour constitutionnelle, sous l’emprise du FCC, n’a cessé de servir les intérêts d’un seul homme ». Pour l’UDPS, il s’agit d’un moment clé dans la refondation de l’État, où le pouvoir judiciaire doit enfin s’émanciper des chaînes politiques.
Le 21 octobre, les trois nouveaux juges prêtent serment lors d’une cérémonie solennelle au Palais du peuple. Les parlementaires FCC boycottent l’événement, dénonçant une “violation flagrante de la Constitution” et une “dérive autoritaire”. Jeanine Mabunda et Alexis Thambwe Mwamba, à l’époque respectivement présidente de l’Assemblée nationale et président du Sénat, publient une déclaration conjointe appelant à une “résistance institutionnelle” face à ce qu’ils perçoivent comme un accaparement des leviers de pouvoir par Tshisekedi.
Dans la rue pourtant, le climat est tout autre. Des partisans du chef de l’État se rassemblent à Kinshasa pour célébrer ce qu’ils considèrent comme une victoire symbolique contre le système Kabila. Les slogans “Justice libre, justice forte” se répandent comme un mot d’ordre populaire. Pour beaucoup, cette recomposition de la Cour constitutionnelle représente l’un des actes fondateurs du tournant post-Kabila. Mais pour l’opposition, elle symbolise une entorse grave à la légalité républicaine, et marque le début d’une concentration inquiétante des pouvoirs autour du président Tshisekedi.
La chute des piliers du FCC
En novembre 2020, la coalition CACH-FCC, minée par deux années de luttes intestines, s’effondre sous le poids de ses contradictions. Félix Tshisekedi, lassé des blocages orchestrés par le FCC de Joseph Kabila, lance les consultations nationales pour l’Union Sacrée de la Nation, une initiative visant à recomposer une majorité sans son ancien partenaire. Ce tournant, préparé par une vague de mécontentement populaire contre l’inertie institutionnelle, s’appuie sur la frustration des Congolais face à la corruption, l’insécurité dans l’est et l’incapacité du gouvernement à concrétiser les promesses de réformes, comme la gratuité de l’éducation. Les consultations, menées avec des leaders politiques, religieux et sociaux, dont l’archevêque Fridolin Ambongo et Moïse Katumbi, fracturent le FCC, attirant des dissidents séduits par la perspective d’un nouveau partage du pouvoir. Dans ce contexte explosif, trois figures emblématiques du FCC Jeanine Mabunda, présidente de l’Assemblée nationale, Alexis Thambwe Mwamba, président du Sénat, et Sylvestre Ilunga, Premier ministre, sont balayées entre décembre 2020 et février 2021, marquant la fin de l’hégémonie kabiliste et l’ascension de Tshisekedi comme maître du jeu politique à Kinshasa.
Jeanine Mabunda : la chute d’un symbole kabiliste

Jeanine Mabunda, élue présidente de l’Assemblée nationale en avril 2019, incarne la mainmise du FCC sur le pouvoir législatif. Fidèle de Kabila et ancienne ministre, elle est perçue par CACH comme un obstacle aux réformes de Tshisekedi, notamment sur la transparence financière et la gratuité de l’éducation. Son boycott des nominations judiciaires de Tshisekedi en juillet 2020, aux côtés du Sénat, exacerbe les tensions, tandis que sa gestion autoritaire de l’Assemblée aliène même certains députés FCC. À l’automne 2020, les consultations de l’Union Sacrée, lancées le 2 novembre, ébranlent la majorité FCC, avec des défections de poids comme celle de Didi Manara, président du groupe parlementaire PPRD à l’époque et ancien gouverneur du Maniema. La grogne populaire, alimentée par des mouvements citoyens comme la LUCHA, s’intensifie, dénonçant une Assemblée inféodée à Kabila et déconnectée des aspirations du peuple.
Le 7 décembre 2020, une pétition pour la destitution de Mabunda soutenue par 237 signatures, dépassant largement les 125 requises, est déposée. Ce document, fruit d’intenses tractations menées par l’Union Sacrée, accuse Mabunda de « gestion opaque », « incompétence » et « sabotage des initiatives présidentielles ». Les dissidents du FCC, jouent un rôle clé, rejoints par des alliés de Katumbi et de Bemba. Le 10 décembre, la session plénière au Palais du Peuple se déroule dans un climat électrique. Des militants de l’UDPS, massés aux abords, scandent « Mabunda, dégage ! », tandis que des échauffourées avec la police éclatent, faisant plusieurs blessés selon Radio Okapi. À l’intérieur, les débats sont houleux : les députés FCC, menés par Néhémie Mwilanya, dénoncent un « coup de force anticonstitutionnel », mais leur camp, miné par les défections, s’effrite. Le vote, retransmis en direct, voit 281 députés, sur 483 présents, approuver la destitution, un résultat écrasant qui sidère le FCC. Mabunda, évincée, quitte l’hémicycle sous les huées des pro-Tshisekedi.
La chute de Mabunda, relayée par Politico.cd comme une « victoire historique » pour Tshisekedi, démantèle le contrôle du FCC sur l’Assemblée. Christophe Mboso, un transfuge du FCC rallié à l’Union Sacrée, doyen des députés, dirige le bureau provisoire dès le 11 décembre, avant d’être élu en février 2021 président de l’Assemblée nationale en remplacement de Mabunda. Cette transition galvanise les militants de l’UDPS, qui organisent des cortèges à Limete, brandissant des portraits de Tshisekedi. Cependant, le FCC, par la voix de Raymond Tshibanda, condamne une « chasse aux sorcières » et accuse Tshisekedi de manipuler les institutions. La destitution, bien que saluée comme un pas vers la réforme, accentue la polarisation, les cadres FCC menaçant de « résister par tous les moyens ».
Alexis Thambwe Mwamba : le Sénat cède sous la pression
Alexis Thambwe Mwamba, président du Sénat depuis juillet 2019, est un pilier du FCC, connu pour son passé de ministre sous Kabila et son rôle dans la consolidation de l’influence kabiliste. Son boycott des nominations judiciaires de Tshisekedi en juillet 2020, aux côtés de Mabunda, et ses déclarations provocatrices, qualifiant la menace de dissolution de Tshisekedi de « provocation inutile », attisent l’hostilité de CACH. En janvier 2021, la chute de Mabunda et la motion contre Ilunga fragilisent le Sénat, dernier bastion du FCC. Les consultations de l’Union Sacrée, prolongées après décembre, attirent des sénateurs FCC, comme Modeste Bahati Lukwebo, séduits par des promesses de pouvoir. La pression populaire s’intensifie, avec des manifestations à Goma et Bukavu dénonçant un Sénat « au service de Kabila ».
Le 2 février 2021, une motion de censure est déposée contre Thambwe Mwamba par 54 sénateurs, dont des dissidents du FCC et des alliés de l’Union Sacrée. La pétition, initiée par le sénateur MLC Valentin Gerengo, reproche à Thambwe Mwamba une « gestion autoritaire », des « irrégularités financières » et un « manque de collaboration » avec les réformes de Tshisekedi. Les débats, prévus pour le 5 février, sont précédés d’une mobilisation massive. À Kinshasa, des jeunes de la LUCHA brûlent des effigies de Thambwe Mwamba, tandis que des vidéos virales sur les réseaux sociaux montrent des pancartes proclamant « Le Sénat au peuple ! ». Conscient de son isolement, Thambwe Mwamba, conseillé par ses proches, anticipe l’humiliation d’un vote défavorable. Le 5 février, il annonce sa démission dans une lettre aux sénateurs, invoquant le besoin de « préserver la dignité du Sénat » face à une « campagne d’acharnement ». Cette capitulation, annoncée sans débat, surprend même ses adversaires, qui s’attendaient à une bataille parlementaire.
La démission de Thambwe Mwamba, couverte par Jeune Afrique comme un « séisme institutionnel », consacre la mainmise de l’Union Sacrée sur le Parlement. Le 2 mars 2021, Modeste Bahati Lukwebo, un ex-FCC rallié à Tshisekedi, est élu président du Sénat avec 78 voix sur 108, confirmant le basculement de la chambre haute. À Lubumbashi, des militants pro-Tshisekedi célèbrent, voyant dans ce changement la fin d’un Sénat « verrouillé par Kabila ». Le FCC, par la voix d’Emmanuel Ramazani Shadary, dénonce une « instrumentalisation des institutions » et appelle à une « résistance légale ». Pour les analystes, comme le politologue congolais Pierre Mbuyi, la chute de Thambwe Mwamba illustre la stratégie de Tshisekedi : exploiter les rivalités internes du FCC pour recomposer les équilibres de pouvoir.
Sylvestre Ilunga : la motion qui brise le gouvernement FCC
Sylvestre Ilunga Ilunkamba, Premier ministre depuis août 2019, est un fidèle de Kabila, imposé par le FCC pour limiter l’influence de Tshisekedi. Son gouvernement, dominé par le FCC, est accusé par CACH de saboter les réformes présidentielles, notamment sur l’éducation et la lutte contre la corruption. Les tensions culminent en 2020 avec le refus d’Ilunga de contresigner les ordonnances de Tshisekedi sur l’armée et la justice, perçu comme une tentative de préserver l’emprise kabiliste. La formation de l’Union Sacrée, qui prive le FCC de sa majorité parlementaire, place Ilunga dans une position intenable. En janvier 2021, la destitution de Mabunda et la défection de dizaines de députés FCC, attirés par les promesses de Tshisekedi, scellent son sort. La crise économique, marquée par l’inflation et l’insécurité croissante dans l’est, alimente la colère populaire contre son gouvernement.
Le 25 janvier 2021, une motion de censure est déposée contre Ilunga par le député Chérubin Okende de Ensemble pour la République de Katumbi, soutenue par 301 signatures, reflet de la nouvelle majorité de l’Union Sacrée. La motion accuse Ilunga d’« incompétence », de « blocage des réformes » et de « mauvaise gestion » face à la crise économique et sécuritaire. Ilunga tente de contrer l’offensive en dénonçant l’illégalité de la session extraordinaire, convoquée hors période parlementaire régulière. Dans une lettre adressée à Tshisekedi le 26 janvier, il argue que la motion viole la Constitution et refuse de se présenter à l’Assemblée. Mais la pression est irrésistible : le 27 janvier, la session plénière, présidée par Christophe Mboso, se tient sous haute tension. À l’extérieur, des milliers de militants de l’UDPS et de mouvements citoyens, rassemblés près du Palais du Peuple, scandent « Ilunga, dehors ! », tandis que la police déploie des gaz lacrymogènes pour disperser la foule. Le vote, retransmis en direct, est sans appel : 367 députés, sur 382 votants, approuvent la censure, un score écrasant qui humilie le FCC. Ilunga, acculé, présente sa démission le 29 janvier, dans une allocution où il défend son bilan tout en fustigeant une « chasse aux sorcières ».
La chute d’Ilunga, relayée par Heshima Magazine comme la « fin du joug FCC », marque la fin du gouvernement kabiliste. Le 15 février 2021, Jean-Michel Sama Lukonde, un jeune cadre du Katanga et membre de l’Union Sacrée, est nommé Premier ministre, incarnant un renouveau aligné sur les priorités de Tshisekedi. À Kinshasa, des scènes de liesse envahissent Gombe et Limete, avec des pancartes proclamant « Fatshi libère le Congo ! ». Le FCC, par la voix de Néhémie Mwilanya, dénonce un « coup d’État parlementaire » et appelle à une mobilisation de ses bases, mais ces appels, relayés timidement, trahissent son affaiblissement. La transition vers un gouvernement Lukonde, formé en avril 2021, ouvre la voie à des réformes, mais la persistance de l’insécurité dans l’est, avec la résurgence du M23, rappelle les limites de cette victoire institutionnelle.
Rupture et création de l’Union sacrée de la nation
Face à l’escalade des tensions entre les deux coalitions alliées, Tshisekedi initie, en novembre 2020, des consultations nationales dans le but de constituer l’Union Sacrée de la Nation, une nouvelle majorité excluant le FCC. À travers des rencontres avec des leaders politiques, religieux et sociaux, tels que l’archevêque Fridolin Ambongo, le représentant légal de l’église Kimbaguiste,… il s’efforce de rallier à sa cause des dissidents FCC et PPRD et des figures de l’opposition, dont Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba.
Le 6 décembre 2020, dans un discours retransmis en direct par plusieurs médias et face à l’indignation grandissante, Tshisekedi, le regard déterminé et le ton ferme, annonce la fin de la coalition CACH-FCC, dénonçant les “blocages systématiques” du FCC. S’adressant ensuite à la population congolaise dans les quatre langues nationales, il l’appelle à l’accompagner dans cette nouvelle décision pour un avenir meilleur. À l’issue de son discours, tel un scénario digne d’un film, sans un regard en arrière, il tourne le dos aux caméras avec une démarche assurée, un homme qui s’affirme et prend ses distances avec la coalition. Ce geste, puissant autant que son discours, marque une rupture nette. Sa décision, perçue comme un acte audacieux, déclenche une tempête politique déjà en gestation. Le FCC riposte, qualifiant la décision de “coup d’État constitutionnel”, mais une grande partie de la population, épuisée par la paralysie, soutient Tshisekedi. La même nuit, des scènes de liesse éclatent partout dans le pays : automobilistes et motards klaxonnent pour manifester leur joie, tandis que d’autres s’entassent dans les rues, chantant la fin de la coalition. « Tshisekedi a courageusement mis fin à une coalition paralysante. Ce vent de renouveau redonne espoir au peuple », a déclaré Léon Vitho wa Vitho, habitant de Kinshasa/Upn.
Le camp Tshisekedi aboutit à un nouveau gouvernement en 2021, dirigé par Jean-Michel Sama Lukonde, marquant ainsi la fin de l’hégémonie du FCC.
La résurgence du M23, une revanche de Kabila ?
La rupture, bien que libératrice, fragilise l’appareil sécuritaire. Cette instabilité est exploitée par le M23, qui réémerge fin 2021 dans le Nord-Kivu. Soutenu par le Rwanda, selon les rapports de l’ONU, le groupe profite des faiblesses de l’appareil sécuritaire, miné par l’obstructionnisme du FCC sous la coalition. Le contrôle du FCC sur la défense et les services de renseignement avait entravé les réformes de Tshisekedi, laissant l’est vulnérable. La transition vers l’Union Sacrée, bien que nécessaire, crée un vide institutionnel que le M23 exploite, s’emparant de territoires et déplaçant des millions de civils.
Dans sa tribune de février 2025, Kabila lie la crise du M23 à son exclusion du pouvoir, suggérant que son régime maintenait une stabilité fragile via des arrangements opaques avec des acteurs régionaux comme le Rwanda. Cette affirmation, tout en critiquant Tshisekedi, soulève des questions sur son propre rôle. Les liens historiques de Kabila avec le Rwanda, forgés durant la deuxième guerre du Congo, alimentent les soupçons de complicité tacite dans la résurgence du M23. En suggérant que son exclusion a déstabilisé la RDC, Kabila admet implicitement une influence sur les dynamiques rebelles, une admission troublante qui jette une ombre sur son héritage.
Un séisme politique aux conséquences durables
La destitution de Mabunda, Thambwe Mwamba et Ilunga consacre la fin de l’hégémonie du FCC, mais à un coût élevé. Ces événements, orchestrés par l’Union Sacrée et soutenus par une mobilisation populaire sans précédent, permettent à Tshisekedi de s’émanciper de l’ombre de Kabila, mais ils alimentent les accusations de « dérive autoritaire » portées par le FCC. Dans sa tribune de février 2025, publiée dans le Sunday Times, Kabila lie ces bouleversements à une « instabilité institutionnelle » ayant favorisé la résurgence du M23, une affirmation qui, tout en critiquant Tshisekedi, trahit son propre rôle dans l’obstructionnisme passé. Pour la RDC, ce séisme politique ouvre une ère de réformes, mais aussi de vulnérabilités, dans un pays où la quête de pouvoir à Kinshasa se paie souvent au prix du chaos dans l’Est.
Un chapitre clos, des blessures béantes
L’implosion de la coalition CACH-FCC demeure un tournant majeur dans la saga politique tumultueuse de la RDC. La rupture audacieuse de Félix Tshisekedi avec le FCC de Joseph Kabila a libéré sa présidence, ouvrant la voie à des réformes telles que la gratuité de l’éducation et une justice en quête d’indépendance. Mais cette émancipation a eu un coût élevé. Les batailles institutionnelles marquées par des fraudes électorales, des guerres de nominations et des affrontements parlementaires ont révélé la fragilité d’une nation tiraillée entre un élan réformateur et des structures de pouvoir enracinées. La chute des piliers du FCC, comme Jeanine Mabunda, Alexis Thambwe Mwamba et Sylvestre Ilunga, a scellé le triomphe de Tshisekedi, mais les cicatrices de cette fracture persistent. La tribune de Kabila en février 2025 dans le Sunday Times, liant son exclusion à la résurgence du M23, jette une ombre sur son héritage tout en suggérant des liens troubles avec des acteurs régionaux. Alors que la RDC lutte contre l’instabilité persistante dans l’Est, l’épopée CACH-FCC rappelle une vérité amère : le pouvoir conquis dans l’arène politique de Kinshasa se paie souvent au prix du chaos aux frontières fragiles du pays, rendant la quête de stabilité particulièrement ardue dans un pays fracturé.
Heshima Magazine
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Nation
RDC : Pourquoi l’Église de réveil accompagne-t-elle souvent le pouvoir ?
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3 jours agoon
mai 11, 2026By
La redaction
En République démocratique du Congo, les Églises dites « de réveil » apparaissent régulièrement aux côtés du pouvoir politique, là où l’Église catholique adopte souvent une posture critique ou de contre-pouvoir. Héritage historique, logique institutionnelle, dépendance administrative et théologie de la prospérité expliquent en partie cette différence d’attitude entre deux forces religieuses majeures du pays. Décryptage.
Dimanche 10 mai 2026, dans la matinée, l’Église pentecôtiste des Secouristes de l’archevêque Évariste Ejiba Yamapia reçoit, sous les ovations des fidèles, deux hôtes de marque : le chef de l’État, Félix Tshisekedi, et la Première Dame, Denise Nyakeru. Le couple présidentiel prend part à un culte d’action de grâce organisé dans cette église. Cette présence du président Tshisekedi n’a rien d’anodin. Le responsable de cette communauté religieuse est également président de l’Église de Réveil du Congo (ERC).
L’ERC porte le combat du changement de la Constitution
Les hommes de Dieu proches des Églises évangéliques ont décidé de s’emparer pleinement du débat sur la Constitution. À la tête de cette dynamique : l’archevêque Évariste Ejiba Yamapia. Celui-ci est parvenu à rallier plusieurs grandes figures pastorales du pays. Même des responsables religieux habituellement éloignés du débat politique, comme Léopold Mutombo Kalombo, dit « Le Chandelier », ont fini par rejoindre cette mouvance.
Sous Joseph Kabila, Léopold Mutombo se tenait généralement à distance des questions politiques, contrairement à d’autres pasteurs, notamment Pascal Mukuna, considéré comme proche du régime. Mais à la faveur de plusieurs consultations et rencontres, Évariste Ejiba Yamapia a progressivement construit une adhésion collective, transformant sa position en véritable mouvement de soutien au changement de la Constitution.
Parmi les figures engagées dans cette dynamique figurent notamment Pascal Mukuna de l’Assemblée chrétienne de Kinshasa (ACK), Espérance Mbakadi de l’Église Mangembo, Léopold Mutombo Kalombo du Ministère Amen ou encore Godé Mpoy de l’Image de l’Éternel.
Réunis le 29 avril à l’Hôtel du Fleuve, ces responsables religieux ont officiellement exprimé leur soutien à un changement de la Constitution. Au cours de cette rencontre, l’archevêque Ejiba Yamapia a lancé un processus de réflexion élargie impliquant des chefs de confessions religieuses, des leaders des mouvements de réveil, des représentants de la société civile ainsi que des jeunes et des femmes engagés dans les structures ecclésiastiques.
Des experts en droit constitutionnel et en économie ont également été invités afin d’éclairer les participants sur les enjeux liés à la loi fondamentale.
« Nous avons pu réfléchir à l’aide des exposés des professeurs, lesquels nous ont démontré, sur le plan économique, comment la Constitution actuelle ne peut pas constituer une solution de gouvernance pour notre pays. Le Congo nécessite un changement sur lequel nous sommes tous d’accord », a déclaré Évariste Ejiba Yamapia.
L’archevêque critique ouvertement la Constitution actuelle, qu’il qualifie de « Constitution des belligérants qui avaient besoin de se protéger les uns les autres ». Citant certains constitutionnalistes, il affirme également que, depuis l’existence de la RDC, « il n’y a jamais eu de Constitution comportant des articles verrouillés ». Une déclaration qui laisse clairement entendre que l’article 220 – limitant le mandat présidentiel à cinq ans renouvelable une seule fois – est dans le viseur des partisans du changement constitutionnel. Léopold Mutombo, lui, ne cache pas sa position : « Ayons le courage de faire table rase (…) Nous sommes favorables au changement de la Constitution et non à sa simple révision. »
De son côté, Godé Mpoy invoque l’argument de la stabilité institutionnelle observée dans certains pays dirigés par des chefs d’État aux longs mandats. « Dans un mandat de cinq ans, vous ne travaillez réellement que pendant trois ans. La première année est consacrée aux conciliabules politiques et, dès que vous commencez à travailler, la CENI réclame déjà des moyens pour les prochaines élections. Aujourd’hui, sur le plan empirique, il est démontré que les pays où les présidents font de longs mandats sont stables. C’est le cas de la Chine, de la Russie, et bien d’autres », soutient-il.
Cette position de l’Église de Réveil rejoint largement celle du parti présidentiel, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), favorable à une révision ou à un changement de la Constitution. Depuis le 6 mai, le débat est d’ailleurs porté publiquement par Félix Tshisekedi lui-même.
Le chef de l’État a récemment levé le voile sur ses intentions politiques :
« Je n’ai pas sollicité un troisième mandat, mais si le peuple souhaite que j’en exerce un, j’accepterai », a-t-il déclaré, ajoutant qu’une telle démarche ne pourrait se faire « qu’après consultation du peuple congolais par voie référendaire ». À l’Assemblée nationale, le député Gaspard Ngondankoy a déjà déposé une proposition de loi visant à fixer les modalités d’organisation d’un référendum.
Sous Kabila, l’ERC nageait déjà dans le sens du régime
Sous la présidence de Joseph Kabila, l’Église de Réveil du Congo accompagnait déjà plusieurs décisions politiques, notamment sur les questions électorales. Après l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi en 2019, cette organisation est restée perçue comme proche du Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila. En 2020, sous la direction du pasteur Sony Kafuta, l’ERC a notamment été accusée de soutenir la désignation controversée de Ronsard Malonda à la tête de la Commission électorale nationale indépendante (CENI).
Cette position avait provoqué de fortes tensions avec l’Église du Christ au Congo (ECC) et la CENCO. L’église de Sony Kafuta avait même été vandalisée à la suite de ces événements. Après cette crise, le pasteur Dodo Kamba lui succédera à la tête de l’ERC.
Catholiques et évangéliques : pourquoi des positions opposées ?
Cette différence de positionnement n’a rien d’accidentel. Elle trouve ses racines dans l’histoire politique de la RDC. Selon plusieurs observateurs, la montée des Églises de réveil s’est accélérée sous le régime de Mobutu Sese Seko, particulièrement dans les années 1980. Le pouvoir zaïrois voyait alors dans les mouvements évangéliques un moyen de contrebalancer l’influence de l’Église catholique, déjà critique envers la gouvernance du pays.
Contrairement à l’Église catholique, structurée autour d’une hiérarchie forte et d’une doctrine sociale ancienne, les Églises de réveil fonctionnent souvent de manière autonome autour de figures pastorales indépendantes. Beaucoup dépendent administrativement de l’État pour leur reconnaissance légale et leur fonctionnement.
Plusieurs études universitaires soulignent d’ailleurs l’absence d’un cadre juridique rigoureux permettant d’encadrer leur prolifération ou leur financement. « Ils sont souvent obligés de ménager le pouvoir afin de bénéficier de certaines facilités administratives », explique un acteur de la société civile.
Cette dépendance institutionnelle crée, selon plusieurs analystes, une proximité naturelle avec le pouvoir politique. Les pasteurs cherchent souvent à préserver leurs autorisations, leurs espaces d’influence et leur accès aux autorités. À l’inverse, la CENCO bénéficie d’une implantation historique, d’un puissant réseau scolaire et hospitalier ainsi que d’une crédibilité internationale qui lui assurent une plus grande autonomie vis-à-vis du régime.
La divergence est aussi théologique. Les Églises de réveil mettent généralement l’accent sur la bénédiction individuelle, la réussite personnelle et la prospérité matérielle. Dans cette logique, le pouvoir politique est souvent présenté comme une autorité qu’il faut accompagner afin de garantir la stabilité nationale et les bénédictions divines.
À l’opposé, l’Église catholique congolaise s’inscrit dans une tradition sociale davantage tournée vers les questions de justice, de gouvernance et de défense des droits humains. Pendant les crises politiques de la fin du régime Kabila ou lors des tensions sécuritaires dans l’Est du pays, les évêques catholiques ont multiplié les prises de position critiques, parfois au prix de fortes tensions avec le pouvoir.
De Malula à Ambongo, une même ligne critique
Depuis le cardinal Joseph Malula, l’Église catholique congolaise a maintenu une posture critique vis-à-vis du pouvoir politique. Des cardinaux Frédéric Etsou et Laurent Monsengwo jusqu’à Fridolin Ambongo, cette ligne n’a pratiquement pas varié.
En 1990, Laurent Monsengwo initie un mémorandum réclamant davantage de libertés au maréchal Mobutu, alors au pouvoir depuis plus de vingt-cinq ans. Cette initiative lui donne une stature nationale majeure. Les écrivains Roger Gaise et Isidore Ndaywel le décrivent alors comme « un personnage incontournable, cerveau moteur de la poussée vers la démocratie ».
Pour l’historien Isidore Ndaywel, c’est Laurent Monsengwo, alors président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), qui a introduit dans les discours de l’Église catholique congolaise la notion de « démocratisation ». Plus d’un an après ce mémorandum, Monsengwo prendra la tête de la Conférence nationale souveraine (CNS), fermée puis rouverte par Mobutu après la répression sanglante de la marche des chrétiens catholiques.
La réélection contestée de Joseph Kabila
En décembre 2007, Mgr Laurent Monsengwo succède au cardinal Frédéric Etsou à la tête de l’archidiocèse de Kinshasa. Créé cardinal par Benoît XVI en 2010, il conservera jusqu’à la fin de son ministère une posture critique à l’égard du pouvoir.
Sous son impulsion, la CENCO multiplie les mises en garde contre le régime Kabila. En 2011, le cardinal Monsengwo conteste publiquement la réélection de Joseph Kabila, estimant que les résultats de la présidentielle « n’étaient conformes ni à la vérité ni à la justice ».
Ses détracteurs l’accusent alors de proximité avec l’opposition, notamment avec Étienne Tshisekedi, principal adversaire de Joseph Kabila lors de ce scrutin controversé. Mais pour plusieurs analystes, cette attitude s’inscrivait simplement dans la continuité historique de l’Église catholique congolaise.
Cette posture de contre-pouvoir a renforcé l’image de la CENCO comme acteur majeur de la vie publique en RDC, là où les Églises de réveil apparaissent souvent plus conciliantes envers les autorités.
Toutefois, les lignes ne sont pas totalement figées. Certaines plateformes évangéliques adoptent désormais des positions plus nuancées, notamment sur les questions de paix, de cohésion nationale et de gouvernance. C’est notamment le cas de l’Église du Christ au Congo (ECC), qui s’est rapprochée de la CENCO sur plusieurs grands dossiers nationaux.
Sur la question du changement de la Constitution, cette divergence demeure profonde. L’Église catholique s’est déjà clairement opposée à toute initiative de révision ou de changement constitutionnel dans le contexte actuel.
Ce désaccord entre grandes confessions religieuses pourrait accentuer la polarisation du débat national autour d’un sujet hautement sensible. Dans un pays où la religion reste au cœur de la vie publique, les rapports entre foi et politique continueront d’influencer durablement le débat démocratique. Entre une Église catholique se revendiquant sentinelle démocratique et des Églises de réveil souvent plus proches du pouvoir, la RDC offre le visage d’un christianisme traversé par des enjeux de pouvoir, d’influence et de légitimité.
Heshima Magazine
Nation
Négociations entre Kinshasa et AFC/M23 : pourquoi l’impasse perdure ?
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5 jours agoon
mai 9, 2026By
La redaction
Alors que les espoirs de désescalade renaissaient entre Kinshasa et l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), la nouvelle impasse observée dans l’application des engagements conclus à Doha et à Montreux vient raviver les inquiétudes sur la stabilité de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). Malgré trois accords successifs, les parties peinent à transformer les promesses diplomatiques en actes concrets sur le terrain. Au contraire, des attaques continuent entre les deux camps.
La dynamique de paix engagée ces derniers mois entre le gouvernement congolais et l’Alliance Fleuve Congo/M23 semble une nouvelle fois s’essouffler. Après deux signatures d’accords à Doha, au Qatar, et une autre à Montreux, en Suisse, les mécanismes de mise en œuvre restent bloqués, alimentant un climat de méfiance entre les protagonistes. En avril dernier à Montreux, en Suisse, les deux parties s’étaient accordées notamment de libérer les prisonniers de part et d’autres dans un délai de 10 jours. Au total, trois cent onze détenus retenus par la rébellion, cent soixante-six côté gouvernemental. Les listes étaient établies, les protocoles signés, le facilitateur désigné. Et pourtant, le 28 avril, date limite fixée à l’issue des négociations de Montreux, aucune libération n’a eu lieu. Ni du côté de l’AFC/M23, ni du côté du gouvernement congolais.
Ces libérations ne devraient pas se faire de manière unilatérale. Les deux parties doivent signaler simultanément qu’elles sont prêtes à remettre leurs détenus. Les accords de principe, conclus dans le cadre des mesures de confiance, fixent les règles pour ces libérations. Les parties remettent leurs détenus au facilitateur désigné et ce dernier assure le transfert. Le travail de vérification et d’identification des personnes concernées a été mené, d’après RFI. La rébellion semble prête à libérer les détenus mais le gouvernement congolais, de son côté, n’a pas encore donné de signal. Certaines sources diplomatiques expliquent que sans l’accord explicite du gouvernement congolais, le facilitateur ne peut pas se déplacer pour récupérer des détenus, même si un camp est prêt à les remettre. C’est la nature même du mécanisme qui l’impose : il s’agit d’un échange, pas d’une remise à sens unique, explique ce média.
Kinshasa brandit des contraintes liées à la justice
Si l’AFC/M23 peut paraitre prête pour l’échange des prisonniers, Kinshasa veut respecter la procédure judiciaire dans le cas de certains détenus. Certaines libérations ne peuvent pas intervenir sans que des procédures judiciaires et réglementaires soient au préalable respectées. Des détenus figurant sur les listes seraient sous le coup de décisions de justice ou de mesures administratives qui, en droit congolais, doivent être levées avant toute remise en liberté. Ce passage obligé prendrait du temps, selon des sources gouvernementales et le délai de dix jours fixé à Montreux n’aurait pas suffi à le franchir.
Des combats persistent malgré les négociations…
Les combats ont d’ailleurs repris dès le lendemain de la fin des négociations en Suisse. Des frappes de drones ont visé des villages du Sud-Kivu dès le 19 avril, faisant des victimes civiles. L’AFC/M23 a de son côté signalé des attaques dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu. Le vendredi 8 mai, Washington a condamné la frappe de drone signalée à Mushaki, dans la province du Nord-Kivu ainsi que les massacres rapportés près d’Uvira, au Sud-Kivu. Les Etats-Unis ont appelé « toutes les parties » à la « retenue maximale », au respect de leurs engagements de cessez-le-feu et à la protection des civils. D’après l’AFC/M23, les forces armées de la RDC auraient frappé le marché de Mushaki, dans le territoire de Masisi à l’aide d’un drone, faisant selon la rébellion un bilan provisoire d’au moins 20 morts et plus de 57 blessés. Jusqu’au 9 mai, le gouvernement congolais n’a pas souhaité commenter ces événements.
Un troisième échec après les deux signatures de Doha
Après une première signature à Doha puis une deuxième en novembre 2025 sur l’accord-cadre, la signature de Montreux en Suisse était la troisième sans forcément que les choses évoluent sur le terrain. L’accord-cadre signé à Doha avait pour objet de définir une série de protocoles, dont plusieurs devraient être négociés dans les deux semaines suivant la signature. Ces documents concernaient notamment l’accès humanitaire, les arrangements sécuritaires et le DDR, la restauration de l’autorité de l’État, le retour des déplacés et réfugiés, la relance économique ainsi que la justice transitionnelle.
Le texte insistait aussi sur la résolution des causes profondes du conflit, la lutte contre la discrimination, le renforcement de l’unité nationale et la mise en place d’une gouvernance inclusive. Depuis cette étape, les lignes n’avaient toujours pas suffisamment bougé. A l’étape de Montreux, en Suisse, ils se sont mis d’accord, le 18 avril 2026, sur l’accès humanitaire, la surveillance d’un cessez-le-feu et la libération des prisonniers. Concrètement, d’après leur déclaration commune, le gouvernement et les rebelles de l’AFC/M23 se sont engagés à respecter le droit international. Ils sont prêts à s’abstenir de toute attaque contre les biens et les infrastructures vitaux pour la population civile, tels que les denrées alimentaires, l’approvisionnement en eau, les hôpitaux et les écoles. L’accès à une aide humanitaire rapide et sûre devrait être facilité, les travailleurs humanitaires doivent être protégés et les biens humanitaires ne doivent être ni pillés ni détournés. Les blessés et les malades doivent bénéficier de soins médicaux. Mais depuis, les avancées sur le terrain ne sont pas concrètes.
Pour que le processus avance, des sources proches du dossier estiment qu’une pression politique plus forte des facilitateurs sera nécessaire. Sans cela, la liste des engagements non tenus risque de continuer à s’allonger. Ce troisième échec fragilise davantage les efforts diplomatiques entrepris par les partenaires régionaux et internationaux pour ramener une paix durable dans l’Est de la République démocratique du Congo. Plusieurs analystes craignent désormais une reprise des affrontements à grande échelle si aucun compromis rapide n’est trouvé.
Au-delà des tractations politiques, ce sont surtout les populations civiles qui continuent de payer le prix de cette instabilité persistante. Entre déplacements massifs, insécurité chronique et crise humanitaire grandissante, l’espoir d’un retour durable à la paix semble encore suspendu à une volonté politique de deux camps qui tarde à se concrétiser. Certaines sources diplomatiques avertissent que si l’étape des libérations des prisonniers de deux camps n’est pas franchie, c’est la crédibilité de l’ensemble des engagements pris à Montreux qui serait en jeu.
Heshima Magazine
Nation
RDC : Tshisekedi ouvre la porte à un 3e mandat, l’opposition monte au créneau
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6 jours agoon
mai 7, 2026By
La redaction
Le président congolais Félix Tshisekedi a relancé le débat politique en affirmant qu’il pourrait accepter un troisième mandat « si le peuple le veut ». Une déclaration qui intervient dans un contexte de tensions sécuritaires persistantes dans l’Est du pays et qui suscite déjà une vive réaction de l’opposition, laquelle dénonce une tentative de révision constitutionnelle destinée à prolonger son maintien au pouvoir.
Lors d’une conférence de presse tenue le 6 mai 2026 à Kinshasa au chapiteau de la Cité de l’Union africaine, le chef de l’État congolais a affirmé qu’il n’excluait pas l’hypothèse d’un troisième mandat présidentiel à l’issue de son second quinquennat, prévu en 2028. « Je n’ai pas sollicité un troisième mandat. Mais, je vous le dis, si le peuple veut que j’aie un troisième mandat, j’accepterai », a déclaré Félix Tshisekedi, tout en précisant qu’une éventuelle révision de la Constitution devrait passer par un référendum populaire.
La Constitution congolaise de 2006 limite actuellement le président de la République à deux mandats consécutifs. Depuis plusieurs mois, cependant, certains cadres de l’UDPS, le parti présidentiel, évoquent publiquement l’idée d’une réforme constitutionnelle, notamment autour de l’article 220, considéré comme verrouillant la limitation des mandats. D’où l’idée d’organiser un référendum afin de consulter les Congolais sur cette question.
Le président Félix Tshisekedi a également lié l’avenir institutionnel du pays à la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC, où les affrontements entre les Forces armées de la RDC (FARDC) et les rebelles de l’AFC/M23 se poursuivent malgré des discussions à Doha, au Qatar, et récemment à Montreux, en Suisse. Selon lui, l’organisation des élections de 2028 pourrait devenir impossible si la guerre persistait dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. « Cette guerre, nous voulons la terminer le plus rapidement possible. Si nous ne parvenons pas à y mettre fin, malheureusement, nous ne pourrons pas organiser les élections en 2028. Mais ce ne sera pas parce que j’aurai refusé de les organiser ; les ressources existent et nous pouvons le faire. On ne peut cependant pas organiser des élections sans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu », a fait savoir Félix Tshisekedi.
Levée de boucliers dans l’opposition
Ces déclarations ont immédiatement provoqué une levée de boucliers dans les rangs de l’opposition. L’opposant André Claudel Lubaya a accusé le président de vouloir instrumentaliser « la volonté du peuple » afin de justifier « une intention frauduleuse ». Pour l’ancien député élu de Kananga, aujourd’hui en exil en Belgique, Félix Tshisekedi « n’a ni mission ni troisième mandat » à conquérir. « Aucune disposition de la Constitution ne prévoit qu’une prétendue volonté populaire puisse justifier une violation de sa lettre et de son esprit. Notre loi fondamentale organise exclusivement les modalités de sa révision, et non celles de sa transgression, sous peine de haute trahison », a-t-il écrit sur son compte X.
Il rappelle que « la Constitution encadre strictement les modalités de sa révision à l’article 218 et consacre le devoir de sa protection à l’article 64 », avant de prévenir : « Toute violation intentionnelle de ses dispositions, notamment par les autorités publiques, est susceptible de constituer une haute trahison au sens des articles 164 et 165 ».
De son côté, l’ancien candidat à la présidentielle de 2018, Seth Kikuni, a estimé qu’une tentative de confiscation du pouvoir pourrait provoquer une grave crise politique. Au sein du Front commun pour le Congo (FCC) de l’ancien président Joseph Kabila, des réactions se font également entendre. La sénatrice honoraire Francine Muyumba s’est montrée très opposée à l’idée d’un troisième mandat. « C’est clair, la paix n’est pas une priorité. La conservation du pouvoir paraît désormais primer, peu importe le prix politique, institutionnel ou humain que le peuple devra payer. C’est véritablement dommage pour une nation qui aspire avant tout à la stabilité, à l’unité nationale et à une paix durable », a-t-elle écrit.
Dans un autre message publié sur X, elle promet de barrer la route à un troisième mandat de l’actuel chef de l’État : « Le président Félix Tshisekedi n’aura pas de troisième mandat ». Elle estime également que « l’UDPS s’est déjà tout permis, mais il est encore temps de renoncer à cette aventure ».
Pour Delly Sesanga, président du parti Envol, il n’y a désormais plus de doute : « Les masques sont tombés. Félix Tshisekedi manœuvre désormais à découvert pour un troisième mandat par plébiscite ». L’opposant appelle « tous les démocrates à faire obstacle à cette dérive ». Citant Patrice Emery Lumumba, l’ancien député national élu de Luiza, dans le Kasaï-Central, rappelle : « Le Congo est un grand pays. Il exige de ses dirigeants grandeur, dignité et responsabilité ». Selon lui, cela se mesure par « le respect de la Constitution, des institutions et de la stabilité nationale, non par la recherche frauduleuse d’une prolongation des mandats ». « Être un homme d’État, c’est avoir le sens de l’Histoire et éviter à son pays de replonger dans les pratiques du passé qui ont conduit au chaos. Ces dérives, les fondateurs de l’UDPS les ont combattues hier ; nous les avons combattues ensemble, au prix de lourds sacrifices », a-t-il ajouté.
Pour sa part, le porte-parole de Lamuka, Prince Epenge, a résumé à sa manière l’intervention du chef de l’État congolais : « Conclusion : pas de dialogue, pas d’élections, pas de fin de guerre. Le Roi veut d’abord son troisième mandat ! Il se trompe », a-t-il répliqué.
À l’Union sacrée, on se défend
D’autres voix proches du pouvoir défendent cependant l’idée d’un débat constitutionnel. Freddy Kita, ancien vice-ministre à la Coopération internationale et actuel coordonnateur de la plateforme Camp de la République, a déclaré que « la Constitution n’est ni la Bible ni le Coran » et qu’elle pouvait être adaptée « aux réalités actuelles du pays ».
Pour Honoré Mvulu, membre de l’UDPS, toute évolution institutionnelle doit passer par les mécanismes constitutionnels, dans le respect du peuple et de la stabilité. « Le référendum, lorsqu’il est prévu, reste l’expression la plus directe de la souveraineté populaire », estime ce proche du pouvoir.
Le débat ravive les souvenirs de la crise politique de 2016 sous Joseph Kabila, lorsque les manifestations contre le report des élections avaient provoqué de fortes tensions dans le pays.
Au pouvoir depuis 2019, Félix Tshisekedi entame sa septième année à la tête du pays. À environ deux ans de la fin de son dernier mandat, selon la Constitution en vigueur, une proposition de loi sur le référendum a été déposée à l’Assemblée nationale. Son initiateur, le député Paul Gaspard Ngondankoy, l’a défendue devant ses pairs le 30 avril 2026.
Cette proposition de loi fixe les conditions d’organisation du référendum en RDC. Certains députés de l’opposition y voient une ouverture vers une révision de la Constitution. L’opposition soupçonne également une manœuvre destinée à permettre un troisième mandat à Félix Tshisekedi.
À deux ans de l’échéance présidentielle de 2028, l’hypothèse d’un troisième mandat de Félix Tshisekedi s’impose désormais comme l’un des principaux sujets du débat politique congolais.
Heshima Magazine
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