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Les églises dans l’arène politique congolaise : arbitres ou acteurs ?

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En République démocratique du Congo (RDC), les églises jouent un rôle central non seulement dans la vie spirituelle des Congolais mais aussi dans les dynamiques sociales et politiques. De grandes confessions religieuses comme l’Église catholique et l’Église du Christ au Congo (ECC) se sont imposées comme des voix influentes dans les moments clés de l’histoire politique du pays, surfant parfois sur une ligne floue entre arbitres et acteurs politiques. Heshima Magazine analyse ce rôle de pasteur à la frontière de la politique.

Complice de l’opposition, adversaire « redoutable » des régimes politiques, politiciens en soutane…, les adjectifs se multiplient pour tenter de qualifier certaines actions de l’Église catholique au pays. Face aux crises politiques récurrentes qui ont jalonné la marche du pays depuis l’indépendance en 1960, les églises ont souvent joué un rôle clé. Leur position oscille entre celle d’arbitres impartiaux et celle d’acteurs engagés. De cardinal Joseph Malula à Fridolin Ambongo, les archevêques de Kinshasa ont imprimé une identité dans les esprits des Congolais : celle d’un sermonneur immodéré du régime en place. Cette tradition ne semble pas changer, même quand un opposant politique d’hier devient chef de l’État, comme c’est le cas aujourd’hui du président Félix Tshisekedi. Dans ce sillage des catholiques, on retrouve aussi l’Église du Christ au Congo (ECC). Bien que moins virulente que les cathos, cette confession religieuse fait toutefois moins de cadeaux au pouvoir en place, contrairement aux églises dites de « réveil » qui, souvent, accompagnent les régimes politiques.

De Malula à Ambongo, une « opposition » en soutane

Né le 17 décembre 1917 à Léopoldville (actuelle Kinshasa), Joseph Albert Malula fut fait cardinal en 1969. Déjà en 64, comme archevêque de Kinshasa, il s’est fait remarquer par ses prises de position sur les questions politiques et sociales. Trois ans après avoir été fait cardinal, les relations entre le président Mobutu et le cardinal Malula s’étaient gravement détériorées. En 1972, Malula s’exile à Rome. Au cœur des divergences : les critiques du prélat sur certains discours liés à la politique d’authenticité évoqués par Mobutu. De retour de son congé en Suisse, le président zaïrois tient un grand meeting au stade du 20 Mai (actuel stade Tata Raphaël) où il consacre une grande partie de son discours à défendre sa politique d’authenticité, qu’il estime être plus un « recours » plutôt qu’un « retour aux sources ancestrales ». Dans la foulée, il annonce une série de mesures prises contre la communauté catholique de Kinshasa à qui il interdit de se rassembler pour prier Dieu afin qu’il assiste le cardinal Malula dans les épreuves vécues en ce moment-là. « Si des prières sont organisées dans une école catholique quelconque, je nationaliserai immédiatement cette école », avait-il menacé.

Certains médias proches de l’Église catholique, éditant en dehors du Zaïre, ont pris la défense de Malula. La charge du combat contre Mobutu a été portée notamment par La Semaine, publiée à Brazzaville, et Afrique Nouvelle, éditée à Dakar. Ces éditions ont immédiatement indiqué que la seule position possible était, à leur avis, une solidarité sans faille avec le prélat sur lequel le chef de l’État zaïrois avait jeté l’anathème. « Après Lumumba, Malula », titrait La Semaine, un journal plus libre dans ses propos sur le Zaïre que sur la République populaire du Congo. Pour la direction d’Afrique Nouvelle, le cardinal Malula est « victime d’une authenticité douteuse » de Mobutu.

Pourtant, les relations entre l’Église catholique et l’État zaïrois sont régulées par le Vatican. Mais le dictateur zaïrois n’en a cure. « Aussi longtemps que je serai chef de l’État et si le pape veut une collaboration avec l’État zaïrois, l’archevêque de Kinshasa ne sera plus Mgr Malula », avait-il tranché. « Mobutu dit le droit zaïrois avant le droit canon », ironisait un analyste. Un bras de fer qui a laissé des traces dans l’histoire des relations entre l’Église et l’État congolais. « Depuis toujours, l’Église mène une opposition en soutane sans toutefois prendre le pouvoir », explique un politologue de l’Université pédagogique nationale (UPN).

Laurent Monsengwo, un autre cardinal « têtu »

Piètre orateur mais très charismatique, le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya avait repris le flambeau de l’opposition contre Mobutu avant même qu’il ne devienne cardinal ou archevêque de Kinshasa. Dans l’entourage de Mobutu, Monsengwo était déjà perçu comme un prélat « têtu ». « Quand il est décidé, il va jusqu’au bout », confiait en 2018 l’ancien sénateur Florentin Mokonda Bonza qui a aussi côtoyé Monsengwo. Cet ancien directeur de cabinet du président Mobutu se souvient des messages déjà très politiques de celui qui n’était encore qu’archevêque de Kisangani et président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) dans les années 90.

Lorsque le vent de la perestroïka avait soufflé au début des années 90, faisant tomber le mur de Berlin et provoquant l’éclatement de l’Union soviétique (URSS), ce mouvement de démocratisation avait également affecté le Zaïre. Ce qui avait obligé Mobutu à ouvrir le pays à la démocratie et au multipartisme. Ce qui avait conduit à la conférence nationale souveraine pour décider notamment de la transition politique. À peine ouverte, la conférence nationale censée amener à une démocratisation du pays est suspendue par le parti-État devenu la cible de toutes les critiques. Le 16 février 1992, à l’appel des mouvements laïcs de l’Église catholique, des dizaines de milliers de personnes descendent dans la rue pour réclamer la réouverture des débats dans le cadre de cette Conférence nationale souveraine. Dépassé par l’ampleur des manifestations de chrétiens catholiques, le gouvernement zaïrois fait intervenir les forces de sécurité. Elles ouvrent le feu sur les manifestants. Le bilan officiel fait état d’une vingtaine de morts. L’opposition, elle, évoque un bilan plus lourd : une centaine de victimes. Mobutu va finir par céder à cette pression des laïcs catholiques encadrés par les prêtres. « Le président Mobutu s’est rendu compte à ce moment-là que l’Église était un adversaire redoutable, il ne voulait pas faire de l’Église un ennemi », se souvient Florentin Mokonda. Mais dans l’entre-temps, Mobutu ne voulait pas de Monsengwo à la tête de la Conférence nationale souveraine, cherchant désespérément à le faire remplacer par un autre évêque.

Mobutu finira par céder à la pression en nommant, quelques mois après, son grand rival, l’opposant historique Étienne Tshisekedi au poste de Premier ministre. Mais la pression politique, elle, ne faiblira pas. En 1994, le président zaïrois acceptera finalement la « troisième voie » proposée par Laurent Monsengwo et désigne Léon Kengo Wa Dondo comme chef de son gouvernement. « Aux yeux des Congolais, la première ‘‘marche des chrétiens’’ reste un tournant pour un régime qui n’en finira plus d’agoniser », explique la journaliste Sonia Rolley.

Monsengwo, un bourreau pour Joseph Kabila

Devenu cardinal en 2010 en remplaçant son prédécesseur Frédéric Etsou Nzabi Bamungwabi (décédé en 2007), Laurent Monsengwo n’avait pas toujours désarmé face aux dirigeants congolais. Sur son chemin, il croise un certain Joseph Kabila, taiseux mais dont les actes de mauvaise gestion du pays étaient assourdissants. À la différence de celui qui va lui succéder plus tard, Fridolin Ambongo Besungu, Monsengwo ne faisait pas de sortie médiatique intempestive. « Il calculait non seulement ses coups mais aussi quand il faudrait les porter », explique un ancien membre du Comité laïc de coordination (CLC). Un mouvement qui a porté la charge des revendications politico-sociales en 2016-2017 et dont Monsengwo avait placé sous protection du droit canon pour éviter sa dissolution par le régime de Joseph Kabila.

Après la répression sanglante des marches du 31 décembre 2017, approuvées par l’Église catholique, le cardinal Monsengwo va prononcer une phrase qui fera date : « que les médiocres dégagent ». Pour les partisans de Joseph Kabila, l’archevêque de Kinshasa a prononcé les mots de trop, il est accusé à demi-mot de « tentatives subversives » visant à perturber les élections prévues officiellement pour la fin 2018, après avoir dépassé la date officielle prévue en décembre 2016.

Le 5 janvier 2018, le gouvernement Tshibala a dénoncé les « propos injurieux » du cardinal Laurent Monsengwo « à l’endroit des dirigeants du pays ainsi que des forces de l’ordre ». Le cardinal venait de qualifier également de « barbarie » la sanglante dispersion de la marche des chrétiens, qui réclamaient pacifiquement l’application de l’Accord de la St-Sylvestre signé fin 2016, qui balisait le chemin vers des élections consensuelles, accord que le régime avait bafoué en nommant un dissident de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), Bruno Tshibala. Cette répression avait fait « au moins 5 morts », dont un fidèle catholique, de nombreux blessés, une centaine d’arrestations, 134 paroisses encerclées par des militaires ou policiers, dont dix visées par des tirs de gaz lacrymogènes, deux messes empêchées et cinq interrompues par les forces de l’ordre, selon la nonciature apostolique. À quelques jours de quitter le Palais de la Nation pour laisser la place à Félix Tshisekedi, Joseph Kabila, réputé taiseux, n’hésitera pas à extérioriser son aversion : l’Église catholique a toujours été le bras droit de la colonisation, a-t-il déclaré lors d’une interview exclusive à Jeune Afrique où il expliquait ses relations parfois tendues avec cette Église.

Après Monsengwo, l’ECC sermonne le régime Kabila

Après le cardinal Laurent Monsengwo, le régime de Joseph Kabila pensait mieux faire en se rapprochant de l’Église du Christ au Congo (ECC), une deuxième confession religieuse la mieux organisée du pays après l’Église catholique. Mais là aussi, les protestants vont utiliser leur nom. C’est le pasteur François-David Ekofo qui va porter le combat. Le 16 janvier 2018, lors de la commémoration de la mort de Laurent-Désiré Kabila, assassiné le 16 janvier 2001, le pasteur François-David Ekofo s’est livré à un discours très critique envers le gouvernement congolais, évoquant notamment la nécessité pour Joseph Kabila de « passer le relais » après près de 18 ans au pouvoir. Il avait délivré son message devant un parterre rassemblant plusieurs ministres et cadres politiques : parmi lesquels le Premier ministre, Bruno Tshibala, le ministre de la Justice, Alexis Thambwe Mwamba, le secrétaire général du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD, parti présidentiel), Henri Mova Sakanyi, l’épouse de Joseph Kabila et plusieurs membres de la famille du président. Evoquant en direct de la télévision nationale la nature de l’héritage que les générations présentes devraient léguer aux futures générations, Ekofo a douté de l’existence même de l’État congolais. « Quel pays allons-nous léguer à nos enfants, à nos petits-enfants ? », s’était-il interrogé, avant de lâcher : « J’ai l’impression que l’État n’existe pas vraiment ». Une douche froide en direct de la RTNC. Le sort du révérend sera connu quelques jours après : l’exil.

Ces hommes d’église sont-ils des acteurs politiques ?
Face à l’immixtion des églises catholique et protestante dans l’arène politique, certains hommes politiques au pouvoir les considèrent comme de vrais acteurs politiques. Mais l’Église s’est toujours défendue : « Nous ne faisons pas de la politique mais nous défendons un peuple qui souffre. Cela fait partie de notre Doctrine sociale », explique un prêtre de Kinshasa.

Le maréchal Mobutu accusait Laurent Monsengwo d’être proche de l’opposant Étienne Tshisekedi et parfois de lui donner des béquilles politiques. Mais sous les arbres de la 10e Rue, à Limete, les combattants murmurent que l’homme en soutane était plutôt proche de Léon Kengo, ancien procureur général de la République et qui était devenu plus tard Premier ministre du pays sur proposition de Monsengwo. L’Église n’est pas derrière des individus, elle soutient plutôt les faibles, analysait Monseigneur Donatien Nsole, secrétaire général de la CENCO. « Nous avons soutenu Étienne Tshisekedi en 2018 lors de l’accord de la Saint-Sylvestre parce qu’il était dans le camp des faibles vis-à-vis du pouvoir », explique une autre source proche de la CENCO, jouant souvent un rôle d’arbitre dans les négociations entre politiques.

Heshima

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Bilan de Tshisekedi en 2025 : entre prouesse économique et défis sécuritaires

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À la fin de l’année 2025, le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, peut dresser un bilan contrasté. Entre progrès symboliques et obstacles structurels, ses actions à la tête du pays suscitent à la fois des espoirs et des critiques. Retour sur une année marquée par des efforts de consolidation d’un État encore fragilisé par des crises sécuritaires persistantes.  

Sur le plan politique, 2025 a été pour Félix Tshisekedi une année marquée par des nombreux défis. Face aux parlementaires réunis en congrès, le chef de l’Etat congolais a livré son traditionnel discours sur l’état de la Nation, le 8 décembre dernier. Une allocution fleuve de près de 2h30 qui s’est déroulée dans une séquence diplomatique et sécuritaire dense, après la signature d’un accord de paix entre la RDC et le Rwanda à Washington. Mais dans l’ensemble de l’année, son bilan est marqué par deux pôles : des avancées économiques d’une part et la dégradation sécuritaire de l’autre.    

Une situation sécuritaire préoccupante en 2025

Le 27 janvier 2025, Goma, la capitale du Nord-Kivu, est tombée aux mains des rebelles de l’AFC/M23, soutenus par l’armée rwandaise. L’offensive avait démarré depuis le 23 janvier. La chute de cette ville a marqué une escalade significative du conflit dans l’Est du pays. Symbole stratégique, politique et économique, la capitale du Nord-Kivu est devenue l’épicentre d’une onde de choc aux répercussions nationales et régionales. Cette prise de la ville la plus importante de l’Est du pays a entraîné une crise humanitaire et politique, avec des appels à l’aide internationale et des protestations en RDC. A Kinshasa, cette offensive éclair et brutale a provoqué des émeutes populaires contre certaines ambassades occidentales, notamment celles de la France et de la Belgique. L’ambassade du Rwanda dont le pays participe aux hostilités aux côtés des rebelles du M23 a été aussi attaquée.

A Goma, la ville traverse toujours une épreuve difficile près d’une année après son occupation. Ces combats avaient provoqué de nouveaux déplacements massifs de populations, s’ajoutant à des camps déjà saturés autour de la ville. Des familles entières avaient fui sans ressources, cherchant refuge dans des écoles, des églises ou en prenant les routes menant vers le Sud-Kivu. Malgré le démantèlement par la force des camps des déplacés autour de la ville de Goma, certaines familles, en rentrant chez elles, ont trouvé des occupants inconnus dans leurs champs et parfois dans leurs maisons. Kinshasa a dénoncé une « implantation » des populations inconnues dans les zones contrôlées par le Rwanda via le M23 au détriment des autochtones.

De leur côté, les organisations humanitaires ont alerté sur des pénuries critiques de nourriture, d’eau potable et de médicaments, aggravées par l’insécurité et la fermeture de plusieurs axes d’approvisionnement. Les hôpitaux de Goma, déjà fragilisés, ont peiné à faire face à l’afflux de blessés.

Selon un bilan dressé par le gouvernement le 13 février, au moins 3000 morts ont été recensés et 4260 cas de blessés enregistrés dans les structures de soins.  Le ministre de la Santé, Samuel Roger Kmba, qui livrait ces chiffres au mois de février 2025, avait également signalé qu’environ 939 corps sans vie traînaient encore dans les morgues dans la zone de Goma.

L’accès aux soins est devenu un luxe, alors que le risque d’épidémies a augmenté dans les zones de regroupement improvisées. Les enfants, particulièrement vulnérables, sont exposés à la malnutrition, aux violences et à l’interruption brutale de leur scolarité. Ces violences ont également déstabilisé le Sud-Kivu avec la chute de la ville de Bukavu le 14 février. La perte des autres localités vers la fin de l’année 2025 notamment la ville d’Uvira n’a guère arrangé la situation sécuritaire qui est restée préoccupante sur toute l’année malgré la situation de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda en juin 2025. Au-delà de l’urgence humanitaire, cette situation d’occupation ravive les tensions régionales et les craintes d’une escalade majeure du conflit ne sont pas toujours écartées en ce début de 2026.

En 2025, les Mobondo investissent Kinshasa…

En 2025, la milice dite « Mobondo » a poursuivi une campagne d’activisme armé dans l’Ouest de la République démocratique du Congo, particulièrement dans le territoire de Kwamouth, province du Maï-Ndombe et dans la commune rurale de Maluku à Kinshasa. Entre violences, déplacements massifs de populations et contre-offensives militaires, cette crise sécuritaire est devenue l’une des plus graves du pays. L’activisme de cette milice a continué en 2025 d’impacter profondément la vie des populations du Maï-Ndombe et de certaines zones périphériques de Kinshasa, obligeant le Parc de la vallée de la N’sele à fermer momentanément ses portes. D’après des organisations locales de défense des droits humains et l’Église catholique, les exactions de ce groupe armé ont causé des milliers de morts et plus de 500 mille civils déplacés depuis 2022. La crise a entraîné des violences ciblées, destructions de biens et perturbations graves des services sociaux de base. Cette violence n’a pas été ponctuelle : en novembre 2025, une attaque meurtrière dans le village de Nkana, à quelques dizaines de kilomètres au nord-est de Kinshasa, a de nouveau fait plusieurs victimes civiles, soulignant l’ampleur de la menace encore présente dans cette région. Les efforts militaires déployés jusque-là n’ont pas réussi à ramener la paix dans cette partie du pays.

En Ituri, ADF, CODECO et CRP poursuivent des atrocités…

La province de l’Ituri est aussi restée le ventre mou de l’insécurité en 2025. Si le lieutenant général Johnny Luboya, gouverneur militaire de cette province sous état de siège, a affirmé que sa juridiction est pacifiée à plus de 80% en l’espace de quatre ans, cependant, des poches de résistance existent. En juillet dernier, les rebelles ougandais des Forces démocratiques alliées (ADF), affiliés à l’organisation de l’État islamique, ont massacré à l’arme blanche plusieurs dizaines de fidèles catholiques dans une église avant de s’en prendre à plusieurs commerces et maisons. Au total, 43 personnes ont été tuées dans ces massacres à Komanda.

D’autres rébellions comme celles de CODECO (Coopérative pour le développement du Congo) et de CRP de Thomas Lubanga ont continué à commettre des exactions en 2025. Le 23 décembre, la société civile de l’Ituri a qualifié de « mitigé » le bilan sécuritaire de l’Ituri en 2025. Cette structure a affirmé que bien que des opérations contre la milice CRP aient permis un recul relatif des attaques mais d’autres violences contre les civils persistent.

Des prouesses économiques malgré la crise sécuritaire  

Malgré une année 2025 marquée par la dégradation de la situation sécuritaire dans l’Est et dans une partie de l’Ouest de la RDC, les chocs externes et les turbulences géopolitiques mondiales, l’économie du pays « a tenu » bon. Le président de la République Félix Tshisekedi l’a fait savoir avec des chiffres à l’appui, le 8 décembre 2025, devant le Parlement réuni en Congrès, lors de son discours sur l’état de la Nation. Il a défendu l’idée d’une résilience macroéconomique inédite dans un environnement particulièrement hostile. Il a énuméré plusieurs indicateurs qui témoignent en effet d’une amélioration sensible de la stabilité macroéconomique au cours de l’année 2025. L’un des signaux les plus marquants concerne l’inflation. « Notre économie n’a pas cédé. Elle a tenu. Elle a résisté et, dans plusieurs domaines, elle a progressé », a déclaré Félix Tshisekedi, saluant la forte baisse de l’inflation, qui est passée de 11,7 % fin 2024 à 2,5 % en rythme annuel fin octobre 2025. Cette prouesse a été présentée comme le signe d’une « discipline macroéconomique retrouvée ». Selon le président de la République, cette baisse de l’inflation est nettement en dessous de l’objectif de 7 % fixé par la Banque centrale du Congo (BCC).

Avec une loi rectificative sur le budget 2025, l’administration Tshisekedi a réussi à réduire en même temps le train de vie des institutions. Au niveau de la Présidence de la République, une coupe de 30% a été opérée sur le budget de cette institution. Les salaires des militaires et policiers ont été doublés, ceux des magistrats augmentés ainsi que pour les enseignants. En septembre, le taux de change a sensiblement baissé, provoquant également une légère chute des prix des produits de première nécessité. Une déflation jugée pas assez pour satisfaire les ménages asphyxiés, d’après plusieurs Congolais.   

Des initiatives sociales telles que le lancement de l’Initiative présidentielle pour l’élimination du VIH/Sida chez les enfants témoignent aussi d’une attention portée à des problématiques sanitaires longtemps négligées. Il y a eu aussi le lancement de la Couverture santé universelle. Sur le front agricole, la campagne 2025-2026 a été officiellement lancée, centrée sur la modernisation du secteur et la garantie de la sécurité alimentaire. 

Des résultats sur le plan diplomatique

En 2025, le chef de l’État congolais a multiplié les initiatives pour renforcer la position diplomatique de la RDC sur la scène internationale. Une des avancées les plus notables reste l’élection du pays comme membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies pour le mandat 2026-2027, un signe fort de reconnaissance internationale de la RDC, salué comme un vecteur de diplomatie renforcée et d’influence régionale accrue.

Sur le plan de la paix et de la sécurité, l’administration Tshisekedi a également joué un rôle central dans la signature d’un accord de paix avec le Rwanda, le 27 juin, visant à mettre fin aux hostilités dans l’Est du pays, longtemps ravagé par la rébellion du M23 et d’autres groupes armés. L’accord, négocié avec l’appui d’acteurs internationaux tels que les États-Unis et le Qatar, est perçu comme une étape vers la stabilisation d’une zone qui connaît depuis des décennies des violences parfois instiguées par le Rwanda voisin et des déplacements massifs de population.

Le 4 décembre, Félix Tshisekedi et son homologue rwandais Paul Kagame ont entériné devant le président américain, Donald Trump, l’Accord de paix signé en juin dernier par les ministres des Affaires étrangères de deux pays. Malgré ce geste et l’accompagnement américain dans ce processus de paix, les bruits des bottes n’ont pas cessé dans l’Est de la RDC.

À l’aube de 2026, Félix Tshisekedi se retrouve à un carrefour : son leadership a permis à la RDC de gagner en visibilité internationale et de poser des jalons pour la paix, mais la concrétisation de ces acquis dans la vie quotidienne des Congolais demeure l’enjeu majeur. Si certains voient déjà les prémices d’une transformation institutionnelle, d’autres rappellent que la paix durable, l’emploi, et le renforcement des services publics restent encore à construire, pierre par pierre.

Heshima       

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Léopards : Autopsie d’une équipe en progrès avant le dernier acte vers le Mondial 2026

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Après une défaite cruelle face à l’Algérie en huitièmes de finale de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) Maroc 2025, la République démocratique du Congo a quitté la compétition sur une note frustrante, s’inclinant 1-0 dans les dernières minutes des prolongations. Contrairement aux habitudes, cette défaite n’a pas été largement critiquée par les Congolais, saluant pour la plupart des progrès visibles des Léopards face à une équipe des Fennecs expérimentée. Après cet échec, le sélectionneur-manager de la RDC, Sébastien Desabre, a encore un ultime challenge : Mondial 2026.

Après une sortie cruelle en huitièmes de finale de la CAN 2025, la RDC tourne déjà ses regards vers les barrages intercontinentaux, ultime étape avant la phase finale de la Coupe du monde 2026. Une transition entre bilan et ambitions qui met en lumière les progrès encore nécessaires pour franchir une marche décisive. Malgré la déception de la CAN, plusieurs éléments positifs se dégagent du parcours des Léopards.

Solidité défensive !

La RDC a montré une grande discipline face à des équipes africaines de haut niveau, ne cédant qu’en toute fin de match contre l’Algérie. N’eut été la blessure d’Arthur Masuaku face au Sénégal, la RDC aurait pu battre cette équipe réputée comme l’une des plus grandes du continent actuellement. À la surprise et la fierté de nombreux supporters congolais, Axel Tuanzebe, défenseur central des Lléopards, a figuré parmi les onze joueurs retenus par l’instance continentale pour ses prestations solides au cœur de la défense. La RDC a vécu une phase de groupes solide, affrontant successivement le Bénin, le Sénégal puis le Botswana. Malgré la féroce concurrence et un match contre Botswana où il a été ménagé, Axel Tuanzebe s’est imposé comme une pièce maîtresse de l’arrière-garde congolaise aux côtés de Chancel Mbemba, Aaron Wan-Bissaka et Arthur Masuaku. Sa capacité à dominer les duels, anticiper les attaques adverses et organiser la ligne défensive lui a valu d’être distingué parmi les meilleurs défenseurs du premier tour de cette compétition. La défense congolaise encaisse très peu des buts depuis la remontada du Sénégal à Kinshasa (2-3). 

Confiance retrouvée

Les prestations encourageantes, notamment des résultats contre des nations prestigieuses comme le Sénégal et l’Algérie (malgré la défaite), ont renforcé la confiance du groupe dans ses capacités à rivaliser sur la scène continentale avec les équipes du top 10 africain. Avec un leadership sur et en dehors du terrain, des cadres comme Chancel Mbemba et Cédric Bakambu incarnent l’état d’esprit combatif de l’équipe, offrant une base d’expérience essentielle pour aborder les échéances à venir.

Objectif : les barrages intercontinentaux et un rêve mondial

L’élimination à la CAN a rapidement été digérée car l’enjeu principal de la saison reste la qualification pour la Coupe du monde 2026. Après avoir obtenu leur ticket pour la finale des barrages africains puis l’accès au tournoi intercontinental, les Léopards sont désormais focalisés sur ce dernier rendez-vous crucial fixé en mars prochain. Le sélectionneur-manager Sébastien Desabre a appelé à une analyse approfondie des faiblesses identifiées à la CAN, notamment dans la finition offensive et la gestion des fins de match, pour que l’équipe soit prête au moment décisif. Ce travail tactique et mental sera essentiel face à un adversaire d’un autre continent (Nouvelle-Calédonie ou Jamaïque) pour décrocher l’un des derniers billets pour le Mondial 2026.

Le capitaine Chancel Mbemba, tout en saluant l’état d’esprit des joueurs, a souligné que cette élimination devait servir de leçon et renforcer l’ambition du groupe de se qualifier pour la Coupe du monde 2026. « Notre objectif, c’est la Coupe du monde », a affirmé le défenseur central de Losc, mettant déjà le cap vers les échéances de mars. Malgré une performance courageuse et une solidité défensive louée par les observateurs, les occasions manquées en phase offensive devraient être corrigées. Dans le football de haut niveau et lors des matchs entre deux solides équipes, il n’y aura pas mille occasions. Savoir concrétiser l’unique occasion franche peut déjà créer la différence.

Ce qui reste à travailler

Alors que la RDC s’approche de son dernier grand test de la saison en mars, plusieurs axes d’amélioration ont été identifiés, notamment l’efficacité offensive. Trouver une meilleure coordination entre milieux et attaquants pour concrétiser les occasions franches. La gestion des temps forts est aussi un autre talon d’Achille pour l’instant. Les fauves congolais devraient apprendre à gérer les moments clés des matchs, notamment en prolongations, pour éviter des défaites qui laissent des regrets.

Il faut aussi travailler sur laprofondeur de banc. Après des belles images montrées par les Léopards, cela devait attirer aussi des nouveaux binationaux comme Senny Mayulu. Ce jeune milieu offensif prometteur du Paris Saint-Germain est un Franco-Congolais très courtisé par les Léopards de la RDC. Avec le récent choix d’Ibrahim Mbaye pour le Sénégal, son co-équipier en club, les Congolais gardent l’espoir de convaincre cet espoir tricolore. Senny Mayulu n’a pas encore fait son choix définitif entre la France et la RDC, malgré des rumeurs persistantes sur son engagement envers les Léopards. Son arrivée serait un atout majeur pour l’attaque congolaise, mais son choix n’est pas encore officiel. 

L’élimination en huitièmes de finale de la CAN Maroc 2025 a sans doute laissé une amère déception, mais elle a également mis en lumière des signaux encourageants pour l’avenir. Les Léopards, forts d’une organisation solide et d’un état d’esprit combatif, ont désormais la possibilité d’inscrire l’un des chapitres les plus brillants de leur histoire en tentant de décrocher une place pour la Coupe du monde 2026. Et un renfort des joueurs est nécessaire avant le 31 mars 2026.

Heshima  

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CAN 2025 : Les Léopards en quête d’une troisième étoile

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Portée par une génération talentueuse et une ambition retrouvée, la sélection des Léopards de la République démocratique du Congo (RDC) abordera la Coupe d’Afrique des Nations 2025 avec l’étiquette d’outsider sérieux. Entre promesses, défis et espoirs populaires, le rêve continental est-il enfin à portée de griffes ? Analyse des forces et faiblesses des fauves congolais.  

Après un stage de quelques jours en Espagne ponctué d’un match amical contre la Zambie remporté (2-0), les Léopards sont arrivés au Maroc le 18 décembre 2025 dans la soirée. Ils vont désormais se concentrer à Rabat avant de démarrer une compétition très attendue par les Congolais. Depuis plusieurs années, les Léopards affichent un visage séduisant sur la scène africaine. Leur parcours récent, marqué par une qualification à la finale des barrages intercontinentaux, a ravivé la confiance des supporters comme des observateurs. La CAN 2025 pourrait ainsi représenter un tournant pour une équipe longtemps jugée talentueuse mais irrégulière.

Au cœur de cet optimisme se trouve un effectif mêlant expérience et jeunesse avec une solidité défensive accrue et une animation offensive plus fluide. Les cadres, Cédric Bakambu, Chancel Mbemba ou encore Gaël Kakuta, aguerris par les grandes compétitions et les championnats étrangers, apportent leadership et sang-froid. À leurs côtés, une nouvelle vague de joueurs dynamiques incarne l’avenir et insuffle une intensité bienvenue. C’est le cas de la génération de Noah Sadiki, Ngal’ayel Mukau, Michel-Ange Balikwisha et Mathieu Epolo. Cette complémentarité pourrait s’avérer décisive dans un tournoi réputé pour son exigence physique et mentale.

Des objectifs et défis à relever…

Cependant, la route vers le sacre reste semée d’embûches. La concurrence s’annonce féroce, avec plusieurs nations africaines en pleine maturité footballistique. Interrogé sur les ambitions de la RDC dans cette compétition continentale, le sélectionneur-manager des Léopards, Sébastien Desabre, s’est montré à la fois prudent et confiant. « Le premier objectif est de franchir la phase de groupes, ce qui est fondamental. Une fois qualifiés pour les huitièmes de finale, nous entrerons dans une phase décisive. Nous disposons d’un effectif capable d’aller loin dans cette compétition », a déclaré le coach français de 49 ans.

Pour espérer aller au bout du tournoi, il faudrait éliminer sur son chemin des équipes comme le Sénégal, le Maroc, l’Egypte ou encore la Côte d’Ivoire. Mais face à ces défis, Sébastien Desabre rappelle l’imprévisibilité de la CAN : « Les rapports de force évoluent constamment. Le tirage au sort est important et aucune équipe n’est assurée de remporter le titre, même les favoris comme le Maroc ou le Sénégal. L’histoire de la CAN a toujours été riche en surprises. Notre ambition est de démontrer que ce que nous avons accompli en Côte d’Ivoire [CAN 2023] n’était pas un simple coup d’éclat, mais le début d’un projet solide et durable ».

En effet, les Léopards avaient créé la sensation en éliminant l’Egypte en huitième de finale, la Guinée en quart de finale, avant de tomber face au pays organisateur en demi-finale : la Côte d’Ivoire.  

Des faiblesses à combler

Malgré sa bonne progression, l’équipe de la RDC accuse certaines faiblesses, c’est notamment au niveau de ses perches. Les Léopards n’ont pas toujours un gardien de classe mondiale. Lionel Mpasi, titulaire chez les Léopards, n’a pas de temps de jeu dans son club français du Havre. Il est le gardien remplaçant du gardien sénégalais, Mory Diaw. Ce dernier, à son tour, est le troisième gardien chez les Lions de la Teranga. Timothy Fayulu, second gardien des Léopards, est titulaire dans son club de FC Noah, en Arménie. Le troisième gardien, Mattieu Epolo est, quant à lui, titulaire et capitaine à Anderlecht, en Belgique. Sébastien Desabre a donc le choix de pouvoir chambouler la hiérarchie chez les gardiens pour trouver celui qui peut être le plus performant.

Autre faille des Léopards, c’est la ligne d’attaque. Cédric Bakambu n’a pas encore marqué cette saison dans son club de Real Betis en Liga espagnol, en dehors d’une passe décisive. Samuel Essende n’a plus marqué depuis plusieurs mois dans son club d’Augsbourg en Bundesliga, en Allemagne. Simon Banza, 29 ans, moins prolifique avec les Léopards, n’a marqué qu’un but en 6 matchs avec son nouveau club d’Al Jazeera en Arabie Saoudite. Mais les faiblesses de ces attaquants peuvent être combler par d’autres joueurs, notamment des ailiers comme Théo Bongonda, Meschack Elia ou encore Nathanaël Mbuku. En défense, les Léopards ont moins d’inquiétude avec Chancel Mbemba, Axel Tuanzebe, Rocky Bushiri, Aaron Wan-Bissaka, Arthur Masuaku, Joris Kayembe, Steve Kapuadi et Gédéon Kalulu.                                  

Remporter le trophée après 52 ans de disette…  

Face à un tel tableau, les Léopards peuvent-ils remporter la CAN 2025 ? Malgré la forte concurrence, tout dépendra de la gestion de chaque match par le staff technique. La capacité des Léopards à gérer la pression, à maintenir la discipline tactique et à faire preuve de réalisme dans les moments clés sera déterminante. L’encadrement technique, lui aussi, sera scruté quant aux choix stratégiques et la gestion du groupe. La RDC, qui n’a plus gagné de trophée depuis 1974, brûle d’envie de soulever cette coupe d’Afrique le 18 janvier prochain, soit 52 ans après le dernier sacre.

Si la CAN 2025 ne garantit rien, elle offre aux Léopards une occasion rare de transformer l’espoir en histoire. À condition de rester fidèles à leur identité et d’oser croire en leur potentiel, ces fauves pourraient bien surprendre le continent… et griffer enfin le trophée tant convoité. L’heure de la confirmation de cette progression de l’équipe a sonné ! 

Heshima

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