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CENI-RDC : Entre crédibilité et contestation, comment restaurer la confiance électorale ?
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12 mois agoon
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La redaction
Depuis sa création en 2006, la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) de la République démocratique du Congo (RDC) joue un rôle clé dans l’organisation des élections, mais elle fait face à des critiques récurrentes sur ses défaillances. Malgré des innovations comme les technologies biométriques, les élections passées ont révélé des problèmes persistants : politisation, manque de transparence, retards logistiques. À l’approche des élections de 2028, des réformes sont nécessaires pour restaurer la confiance, notamment en garantissant l’impartialité, en modernisant l’infrastructure et en renforçant le contrôle citoyen.
La CENI tire sa légitimité de la Constitution du 18 février 2006, qui établit un organe public indépendant doté d’une autonomie financière et administrative pour organiser les élections nationales, provinciales, locales et les référendums. Une loi organique adoptée en juillet 2010, amendée en avril 2013 puis en juillet 2021, précise ses missions : tenir à jour le fichier électoral, superviser l’organisation des scrutins, assurer le dépouillement des votes et proclamer les résultats provisoires. Succédant à la Commission Électorale Indépendante (CEI), qui avait orchestré le référendum constitutionnel de 2005 et les premières élections multipartites de 2006, la CENI se compose de 15 membres, désignés par les forces politiques représentées à l’Assemblée nationale et la société civile sur la base d’un équilibre.
En théorie, la composition de la CENI vise à garantir un équilibre entre les forces politiques et à prévenir toute emprise partisane. Mais dans les faits, son indépendance reste souvent mise à mal. Les nominations, sous la responsabilité de l’Assemblée nationale, sont régulièrement marquées par d’intenses tractations politiques. Toutes les désignations des présidents de la CENI en portent la trace, à l’exception notable de celle de l’abbé Apollinaire Malu-Malu en 2003, fruit d’un consensus entre les parties prenantes du Dialogue intercongolais de Sun City, dans le cadre de l’Accord global et inclusif signé en décembre 2002.
Le parcours des présidents successifs de la CENI illustre les turbulences institutionnelles de l’organisme. L’abbé Apollinaire Malu-Malu, premier président, est officiellement décédé en 2016 des suites d’une maladie. Toutefois, certains remettent en question cette version : « Le pauvre Malu-Malu est mort d’empoisonnement et non d’une maladie », affirme Yvan Kambale, ancien séminariste devenu ingénieur à Kinshasa. Son successeur, Daniel Ngoy Mulunda, purge actuellement une peine de prison pour incitation à la haine et atteinte à la sûreté de l’État. Corneille Nangaa, qui lui a succédé, a été sanctionné en 2019 par les États-Unis pour sa responsabilité présumée dans des actes de corruption électorale. En 2023, il a annoncé la création d’un mouvement armé et contrôle, avec l’appui du Rwanda, certaines localités stratégiques des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, alimentant de vives inquiétudes quant à ses ambitions réelles. L’actuel président, Denis Kadima, nommé en 2021 malgré les objections de plusieurs confessions religieuses, est régulièrement critiqué pour sa proximité supposée avec le président Félix Tshisekedi.
La dépendance financière de la CENI vis-à-vis des bailleurs internationaux, tels que l’Union européenne, les Nations unies et les États-Unis, constitue une autre vulnérabilité. Si ces financements permettent de pallier les insuffisances budgétaires de l’État congolais, ils exposent l’institution à des pressions externes, notamment sur les calendriers électoraux et les réformes à entreprendre. Ce paradoxe, une indépendance juridique mais une dépendance financière, fragilise la légitimité de cette institution.
Pour comprendre les forces et les failles de la CENI, un retour sur les scrutins majeurs de 2006, 2011, 2018 et 2023 est nécessaire. Ces élections, organisées dans des contextes politiques et logistiques variés, illustrent les progrès réalisés et les défis persistants.
Les élections de 2006 : un tournant post-conflit
Au terme d’une transition douloureuse, les élections générales de 2006 ont marqué un moment historique pour la RDC. C’était la première fois, depuis l’indépendance en 1960, que les Congolais votaient dans un scrutin présidentiel et législatif multipartite organisé sur l’ensemble du territoire. Le pays sortait à peine de la deuxième guerre du Congo, la plus meurtrière depuis la Seconde Guerre mondiale, avec un État fragilisé, des groupes armés encore actifs à l’Est, des institutions embryonnaires et une société civile en quête de paix.
La désignation de l’abbé Apollinaire Malu-Malu à la tête de la Commission électorale indépendante (CEI) en juin 2003 survient dans ce contexte chaotique. Le pays est alors profondément divisé, et le pouvoir central n’a que peu de contrôle sur l’ensemble du territoire. Plusieurs provinces échappent à l’autorité de Kinshasa et sont sous la domination de groupes rebelles, soutenus par des puissances étrangères comme le Rwanda et l’Ouganda. L’État, dévasté par plus de cinq années de guerre, se trouve dans une situation d’effondrement. Les milices armées prolifèrent, rendant difficile la mise en place de structures démocratiques.
C’est dans ce climat de fragmentation et d’instabilité que, suite aux accords de paix signés à Pretoria en décembre 2002, un gouvernement de transition est mis en place. L’accord global et inclusif réunit les belligérants, l’opposition politique et la société civile, avec l’objectif d’organiser des élections libres et transparentes pour sortir le pays du chaos. La création d’une CEI indépendante est l’un des jalons essentiels de cet accord.
La désignation de Malu-Malu, prêtre catholique et universitaire respecté, à la tête de la CEI se fait donc dans un contexte de grande fragilité, mais aussi de besoin impérieux d’organisation et de crédibilité. Bien qu’il soit perçu comme un choix neutre et respecté, sa nomination n’est pas exempte de tensions. Il parvient cependant à obtenir l’adhésion des principaux acteurs politiques et des confessions religieuses, qui voient en lui une personnalité impartiale, capable de mener le pays vers une transition démocratique. Ce choix est salué par la communauté internationale, mais reste sous haute surveillance, les défis logistiques et sécuritaires étant considérables.
Dans ce contexte de reconstruction chaotique, l’organisation des élections par la CEI dirigée par Malu-Malu relevait d’un défi logistique monumental. Il a fallu transporter du matériel électoral dans des zones enclavées, parfois à dos d’homme ou par voie fluviale, dans un pays grand comme l’Europe de l’Ouest. Malgré cela, la participation a dépassé les 70 % au premier tour, le 30 juillet, traduisant un véritable engouement populaire pour ce rendez-vous démocratique inédit.
Le 30 juillet 2006, à la clôture du premier tour, l’annonce imminente des résultats plonge Kinshasa dans une atmosphère électrique. Face à des menaces de troubles urbains, l’abbé Apollinaire Malu-Malu et plusieurs membres de la CEI doivent se rendre au palais du peuple pour la proclamation officielle, escortés à bord d’un char de combat de la Mission de l’ONU au Congo (MONUC), afin de garantir leur sécurité et de parer à toute tentative d’intimidation. Cette image, aujourd’hui restée dans les mémoires, symbolise le pari dangereux mais réussi de proclamer des scores jugés satisfaisants par plus de 70 % des électeurs.
Jean-Pierre Bemba, arrivé deuxième, a aussitôt contesté les résultats, dénonçant des irrégularités dans plusieurs provinces. Le second tour, tenu le 29 octobre, a vu s’affronter Joseph Kabila et Bemba dans un duel tendu, marqué par des discours clivants et une campagne polarisée. Lorsque la CEI proclame la victoire de Kabila avec près de 58 % des voix, les tensions politiques basculent brièvement dans la confrontation armée.
En novembre 2006, des affrontements violents éclatent à Kinshasa entre la garde républicaine de Joseph Kabila et les forces de sécurité privées de Jean-Pierre Bemba, installées dans son quartier général de la Gombe. Ces heurts, bien qu’alimentés par un climat post-électoral explosif, ne sont pas officiellement liés à une contestation directe des résultats, mais à des rivalités de commandement et des provocations sur fond de méfiance militaire réciproque. Ils soulignent toutefois combien la transition démocratique restait sous tension permanente, à la merci de la moindre étincelle.
Malgré les violences et les suspicions, les observateurs internationaux, dont l’Union européenne, l’EISA et les Nations unies, ont salué un scrutin jugé globalement crédible. La CEI a réussi, dans un contexte instable, à faire tenir un processus électoral inédit, posant les premières bases d’une légitimité démocratique. Mais ces élections, loin de marquer une rupture définitive avec les crises du passé, ont aussi révélé la fragilité d’un État encore en construction.
Les élections de 2011 : les premières controverses de la CENI
Avant même la tenue du scrutin, la nomination de Daniel Ngoy Mulunda à la tête de la CENI en février 2011 crée une onde de choc. Pasteur méthodiste et fondateur de l’ONG LINELIT, il est également connu pour sa proximité personnelle avec Joseph Kabila, dont il a été l’aumônier. Sa désignation, validée par l’Assemblée nationale dominée par la majorité présidentielle, est aussitôt contestée par l’opposition, une partie de la société civile, ainsi que par l’Église catholique. Ces voix dénoncent une mainmise du pouvoir sur une institution censée être indépendante, compromettant dès le départ la confiance dans le processus électoral.
Plusieurs organisations de la société civile dont la Synergie des missions d’observation citoyenne des élections (SYMOCEL) et la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), réclament en vain une révision du choix ou, à tout le moins, des garanties d’indépendance. La méfiance est installée.
Organisé le 28 novembre 2011, le double scrutin présidentiel et législatif vire rapidement au chaos organisationnel. Des listes électorales incomplètes, des bulletins de vote égarés, des kits informatiques défaillants ou absents, des retards dans l’ouverture des bureaux de vote : les ratés logistiques sont massifs. Dans plusieurs zones, les dépouillements se font sans procès-verbal clair ou en l’absence d’observateurs.
Le Centre Carter Center, la SADC, l’Union européenne et de nombreuses organisations locales rapportent des anomalies systématiques, particulièrement dans les bastions du président sortant. Certaines circonscriptions du Katanga affichent des taux de participation proches de 100 %, soulevant des soupçons de bourrage d’urnes.
La CENI proclame Joseph Kabila vainqueur avec 48,95 % des voix, devant Étienne Tshisekedi (32,33 %) et Vital Kamerhe. Étienne Tshisekedi dénonce aussitôt une fraude électorale massive. Il se proclame président élu et, dans un geste sans précédent, prête serment depuis sa résidence à Limete, devant une foule restreinte mais symbolique. Il déclare :« C’est moi le président élu du peuple congolais. Joseph Kabila doit partir. »
Le pouvoir réagit avec fermeté : la résidence de Tshisekedi est encerclée par la police, transformée de fait en prison à ciel ouvert. Ses partisans sont empêchés de s’y rendre, des journalistes sont intimidés, et des manifestations à Kinshasa et Mbuji-Mayi sont violemment réprimées, causant plusieurs dizaines de morts.
L’Église catholique, à travers la CENCO, ainsi que l’Église du Christ au Congo (ECC), dénoncent un scrutin non crédible. Plusieurs évêques appellent à « ne pas sacrifier la vérité des urnes sur l’autel de la stabilité ». La société civile, des organisations de jeunes, des coalitions d’observation électorale et plusieurs chancelleries occidentales expriment des réserves profondes sur la transparence du processus. L’Union européenne déclare que les résultats « manquent de crédibilité », tandis que le Centre Carter évoque une opacité inquiétante dans la compilation des résultats.
La crise de légitimité née de ces élections plonge la RDC dans une impasse politique durable. Le dialogue entre majorité et opposition est rompu, les institutions s’en trouvent fragilisées, et la polarisation du paysage politique s’aggrave. C’est dans ce climat tendu que Joseph Kabila convoque, en 2013, les Concertations nationales, officiellement pour apaiser les tensions et réconcilier les forces vives du pays.
Mais pour une large partie de l’opinion, il s’agit avant tout d’une manœuvre visant à restaurer une légitimité contestée depuis le scrutin de 2011. Les principaux partis de l’opposition refusent d’y participer, dénonçant une opération de façade. Le pouvoir tente alors de sauver l’image du dialogue en débauchant quelques personnalités issues de l’opposition, dans le but de légitimer la démarche.
Les élections de 2018 : l’ombre des machines à voter et le spectre d’un deal
Le scrutin présidentiel du 30 décembre 2018 s’est tenu dans un climat de méfiance et de contestations, renforcé par des tensions politiques et sociales qui ont marqué la période. Ces élections étaient censées marquer la première alternance pacifique du pouvoir depuis l’indépendance, mais le processus électoral a été entaché de nombreux débats et accusations. Le pays venait d’être secoué par plusieurs reports successifs du scrutin, et une partie du territoire, notamment l’Est, était en proie à des épidémies et à une insécurité persistante. C’est dans ce contexte qu’a été désignée la CENI, sous la présidence de Corneille Nangaa, un choix qui allait rapidement devenir un point de friction majeur.
La nomination de Nangaa à la tête de la CENI en 2015 avait déclenché une onde de choc politique. Dès son arrivée, l’opposition et la société civile dénoncèrent un coup de force institutionnel, pointant du doigt ses « anciennes affiliations » au Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD) de Joseph Kabila. Pour ses détracteurs, dont les poids lourds Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi, cette désignation scellait un scénario de mainmise sur le processus électoral.
Les critiques fusaient sur un point central : comment un ancien cadre du régime pourrait-il incarner la neutralité requise pour organiser des scrutins crédibles ? Les accusations de partialité structurelle prenaient corps, alimentant les craintes d’un scrutin taillé sur mesure pour assurer la pérennité du pouvoir en place. La polémique révélait une fracture plus profonde : la défiance historique envers une institution électorale perçue comme le prolongement de l’appareil d’État plutôt que comme son contre-pouvoir.
Les confessions religieuses, en particulier l’Église catholique par l’intermédiaire de la CENCO, ont également exprimé leur désaveu. Bien que l’Église catholique ait été historiquement un acteur clé dans l’observation des élections, elle n’a pas participé à la désignation de Nangaa, se distanciant ainsi du processus. L’abbé Léonard Santedi, secrétaire général de la CENCO, a clairement indiqué que la CENCO n’avait pas été associée à la nomination, et que cette absence de consensus interreligieux était source de méfiance. De nombreuses organisations de la société civile, quant à elles, ont dénoncé la partialité présumée de la CENI et ont mis en doute la capacité de Nangaa à organiser des élections transparentes.
Le climat de tension s’est intensifié avec l’introduction des « machines à voter », présentées comme une solution moderne pour accélérer et sécuriser le processus électoral. Mais rapidement, elles ont été perçues comme un outil de manipulation. L’opposition, y compris des figures comme Martin Fayulu, a dénoncé ces machines comme des « machines à tricher », estimant qu’elles étaient conçues pour favoriser le candidat du pouvoir. Des observateurs ont critiqué leur manque de transparence et les dysfonctionnements notables qui ont accompagné leur déploiement.
Quelques jours avant le vote, un incendie criminel a ravagé un entrepôt de la CENI à Kinshasa, détruisant une partie du matériel électoral, dont des machines à voter destinées à la capitale. Cet incident a alimenté les soupçons de sabotage et de manipulation politique. Le 3 janvier 2019, la CENCO a rendu public un communiqué où elle a dénoncé des incohérences entre les résultats compilés par son réseau d’observateurs et ceux annoncés par la CENI. La CENCO a exprimé des réserves sur la transparence du processus, mais n’a pas directement contesté la victoire de Félix Tshisekedi. Toutefois, ces préoccupations ont contribué à exacerber la polarisation du climat politique.
Lorsque la CENI a annoncé la victoire de Félix Tshisekedi avec 38,57 % des voix, devant Martin Fayulu (34,83 %) et Emmanuel Ramazani Shadary (23,84 %), la contestation a été immédiate. Fayulu a qualifié cette victoire de « volée », et a affirmé que des arrangements avaient été conclus entre Kabila et Tshisekedi pour écarter l’opposition radicale. Bien que cet appel à la mobilisation populaire n’ait pas eu le même impact qu’escompté, il a toutefois mis en lumière la fracture persistante entre les soutiens de Tshisekedi et ceux de Fayulu. En parallèle, les observations de missions internationales telles que le Centre Carter ont souligné les irrégularités dans la centralisation des résultats, mais ont estimé que ces problèmes n’étaient pas suffisants pour remettre en cause l’issue du scrutin.
Malgré ces critiques, la Cour constitutionnelle a validé la victoire de Tshisekedi, et la communauté internationale, dans un souci de stabilisation, a largement accepté les résultats. Toutefois, les élections de 2018, bien qu’elles marquent un tournant historique en raison de la passation pacifique du pouvoir, ont laissé le pays profondément divisé, et la question de la transparence des élections demeure une préoccupation centrale pour une partie de la population congolaise. L’ombre du deal politique et des manipulations électorales a plané sur ce processus, alimentant des doutes quant à l’avenir de la démocratie en RDC.
Les élections de 2023 : entre chaos logistique et victoire incontestée de Tshisekedi
Le scrutin du 20 décembre 2023, organisé sous la présidence de Denis Kadima à la tête de la CENI, s’est tenu dans un climat lourd de tensions et de méfiance, malgré l’enjeu crucial de consolider la jeune démocratie congolaise.
Bien avant cette échéance, la désignation de Denis Kadima à la tête de la Commission électorale cristallise les tensions. Expert électoral au profil internationalement reconnu, Kadima est néanmoins accusé par plusieurs figures politiques et religieuses congolaises d’entretenir des liens étroits avec le président Félix Tshisekedi. Sa nomination, entérinée en octobre 2021 par l’Assemblée nationale dans un climat d’absence de consensus, suscite une forte controverse.
Deux grandes confessions religieuses, la CENCO et l’ECC, rejettent fermement ce choix. Elles dénoncent un « passage en force » orchestré sous pression du pouvoir exécutif, et pointent un processus de désignation entaché d’irrégularités. L’abbé Donatien Nshole, porte-parole de la CENCO, parle d’un « processus biaisé dès le départ », tandis que le président de l’ECC alerte sur une nomination qui « compromet la transparence du processus électoral ». Cette rupture du consensus, pourtant indispensable à la crédibilité de la CENI, installe une méfiance durable chez de nombreux Congolais à l’approche du vote.
Le jour du scrutin, le pays fait face à une série de dysfonctionnements inédits : près de 25 % des bureaux de vote n’ouvrent pas à l’heure, voire pas du tout, et de nombreux électeurs peinent à retrouver leurs noms sur les listes. La CENI décide de prolonger le vote sur plusieurs jours dans certaines circonscriptions, une décision vivement critiquée par des missions d’observation telles que le Centre Carter, qui y voit une entorse aux standards électoraux internationaux. Malgré ces problèmes logistiques majeurs, la participation s’établit à environ 43 %, un recul notable par rapport aux scrutins précédents.
Félix Tshisekedi a été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle avec plus de 73% des suffrages, distançant largement ses principaux concurrents Moïse Katumbi et Martin Fayulu. Cette victoire écrasante, bien que marquée par des irrégularités localisées signalées par les observateurs, n’a pas suscité de contestation majeure quant à la légitimité du résultat final. Les missions d’observation tant nationales qu’internationales, y compris le monitoring conjoint de la CENCO et de l’ECC, ont certes relevé des cas de bourrages d’urnes et des dysfonctionnements organisationnels, mais sans remettre en cause l’issue globale du scrutin. Aucune institution internationale ni capitale étrangère n’a émis de doute sérieux sur la proclamation du vainqueur ou avancé de résultats alternatifs, confirmant ainsi une acceptation générale du verdict des urnes malgré les imperfections du processus.
Toutefois, l’opposition rejette le processus électoral dans son ensemble, dénonçant un scrutin entaché d’irrégularités et le qualifiant de « parodie électorale ». Elle exige l’annulation des résultats, pointant notamment l’opacité du dépouillement et l’absence de publication des résultats dans certains bureaux. Ces critiques ravivent le débat sur la crédibilité de l’organisation, mais elles n’ébranlent pas la reconnaissance du gagnant. En dépit du climat chaotique ayant entouré le scrutin, cette élection consacre la réélection de Félix Tshisekedi.
Encore une fois, et en dépit de tout, cette élection a davantage divisé que rassemblé les Congolais. Certains candidats de l’opposition continuent de rejeter cette victoire et appellent toujours à son annulation.
Politisation et manque d’indépendance
La politisation de la CENI est un problème central. Les nominations de ses membres et du président, bien que prévues pour refléter un équilibre politique, sont souvent le fruit de marchandages entre la majorité et l’opposition. La désignation de Denis Kadima en 2021, malgré l’opposition des confessions religieuses, illustre cette problématique. La dépendance financière vis-à-vis des bailleurs internationaux expose l’institution à des pressions externes, tandis que les pressions internes, notamment de la part du pouvoir exécutif, limitent son autonomie. Cette perception de partialité érode la confiance des électeurs et des partis d’opposition.
Contraintes logistiques dans un pays immense
La RDC, avec sa superficie comparable à celle de l’Europe occidentale, pose des défis logistiques uniques. L’acheminement du matériel électoral : urnes, bulletins, machines à voter, vers des zones reculées est une tâche complexe, aggravée par des infrastructures routières souvent impraticables. En 2023, de nombreux bureaux de vote n’ont pas reçu le matériel à temps, et la formation des agents électoraux reste insuffisante, entraînant des erreurs dans le dépouillement et la transmission des résultats. Ces problèmes logistiques, bien que partiellement dus à la géographie du pays, reflètent également un manque de planification et de coordination.
Opacité et manque de transparence
Si la CENI a progressé en publiant les résultats bureau de vote par bureau de vote, une avancée notable par rapport aux scrutins de 2011 et 2018, elle reste loin des standards de transparence en vigueur dans d’autres démocraties africaines.
Au Ghana, par exemple, les résultats sont accessibles en temps réel sur des plateformes publiques, permettant un suivi citoyen et une vérification indépendante. En RDC, en revanche, la CENI maintient un système centralisé et opaque, où la compilation des données échappe à tout contrôle extérieur. Cette opacité nourrit les soupçons de fraude, comme lors des élections de 2011, 2018 et 2023, où des écarts inexplicables ont été relevés entre les chiffres officiels et ceux recueillis par les observateurs. Un manque de transparence qui, à chaque scrutin, alimente la défiance et les contestations.
Exclusion régionale et insécurité
Les conflits armés dans l’Est de la RDC, notamment au Nord-Kivu et en Ituri, privent des millions de citoyens de leur droit de vote. En 2018, le report du scrutin à Beni, Butembo et Yumbi, officiellement pour des raisons sanitaires et sécuritaires, a, en dépit de tout, été perçu comme une exclusion stratégique par l’opposition. En 2023, des régions entières n’ont pas pu voter en raison de l’insécurité, accentuant le sentiment d’injustice parmi les populations des provinces les plus touchées. Cette exclusion régionale compromet l’inclusivité des élections et renforce la perception d’un système électoral inégalitaire.
La société civile : un appel à la transparence
La société civile congolaise, représentée par des organisations comme la CENCO, l’ECC et plusieurs dizaines d’autres, milite pour des élections libres, transparentes et inclusives. En 2022, une déclaration conjointe de 61 organisations a appelé à une CENI indépendante, une révision du fichier électoral et un accès élargi aux observateurs. Ces organisations jouent un rôle crucial dans l’observation électorale, mais leur accès aux données reste limité par la CENI, ce qui entrave leur capacité à vérifier les résultats. La société civile insiste sur la nécessité d’une réforme institutionnelle pour garantir l’impartialité et la transparence.
Un rejet éternel des résultats ?
Les leaders de l’opposition congolaise ont régulièrement contesté les résultats électoraux, accusant les régimes successifs de frauder avec la complicité de la CENI. En 2023, ils ont réclamé de nouvelles élections sous une direction différente pour l’institution électorale, arguant que celle-ci manquait de légitimité. Ces critiques, profondément enracinées, témoignent d’une défiance persistante à l’égard du processus électoral en RDC.
Les observateurs internationaux : un regard critique
Les rapports du Centre Carter, de l’Union européenne et d’autres missions internationales ont constamment pointé du doigt les irrégularités dans les processus électoraux congolais. En 2023, l’Union européenne a déploré un manque de transparence et des irrégularités dans la collecte, la compilation et la publication des résultats. Ces critiques soulignent la nécessité d’une réforme structurelle pour aligner la CENI sur les normes internationales.
Modèles africains inspirants
Pour réformer la CENI, la RDC pourrait puiser dans les expériences de pays africains ayant réussi à instaurer la confiance dans leurs processus électoraux. Au Ghana, la Commission électorale est saluée pour sa transparence, en particulier grâce à la publication en temps réel des résultats bureau par bureau via des plateformes telles que LiveResult, gérée par CivicHive. Cette démarche permet à la population et aux observateurs d’accéder aux résultats, réduisant ainsi les risques de contestation. La RDC pourrait s’inspirer de ce modèle en mettant en place une plateforme numérique sécurisée, accessible à tous, pour publier les résultats des élections.
En Afrique du Sud, l’Electoral Commission of South Africa (IEC) constitue un modèle d’indépendance institutionnelle. Ses membres sont désignés par un comité parlementaire multipartite, et son financement est garanti par l’État, minimisant ainsi la dépendance aux bailleurs externes. Un mécanisme similaire pourrait être envisagé en RDC, en établissant un processus de nomination des membres de la CENI basé sur un large consensus, tout en renforçant l’autonomie budgétaire de l’institution.
L’Independent National Electoral Commission (INEC) du Nigeria, quant à elle, a instauré un système biométrique avancé pour l’enregistrement des électeurs, réduisant les risques de doublons et de fraudes. Bien qu’il puisse être perfectionné, ce système a contribué à améliorer la crédibilité des élections nigérianes. La RDC pourrait adopter une infrastructure biométrique similaire, accompagnée d’un plan de maintenance et de formation pour en assurer la fiabilité.
Des réformes pour restaurer la confiance
Des experts s’accordent sur l’urgence de repenser le processus électoral congolais en profondeur. Le politologue Christian Mulumba, de l’Université de Kinshasa, estime que « la CENI ne redeviendra crédible que si ses membres sont nommés selon une procédure transparente, reposant sur un consensus élargi et validée par des instances indépendantes telles que la société civile et les Églises ». Il propose un modèle inspiré de l’Afrique du Sud, où un comité multipartite élabore une liste de candidats, validée par le Parlement.
De son côté, la juriste Fatuma Kanyamanza souligne que « tant que la CENI sera perçue comme un instrument politique, les doutes subsisteront ». Elle préconise l’inscription dans la loi d’un processus de validation des nominations par une instance ad hoc réunissant ONG, confessions religieuses et observateurs internationaux.
Sur le plan technologique, l’économiste Jean-Baptiste Nzuzi, de l’Observatoire de la Gouvernance en Afrique, plaide pour l’utilisation de plateformes en ligne permettant la diffusion instantanée des résultats, à l’instar du Ghana. « Un système sécurisé, hébergé sur des serveurs tiers, offrirait un accès libre aux procès-verbaux, réduisant ainsi le risque de manipulation », explique-t-il. Quant à Sarah Mbuyi, experte en innovations électorales, elle propose d’explorer l’utilisation de la blockchain pour assurer la traçabilité du dépouillement des votes, comme cela est fait par la Commission électorale kényane.
D’un point de vue logistique, l’ingénieur Patrick Luhaka recommande à la CENI de collaborer avec le PNUD et la MONUSCO pour acheminer le matériel électoral vers les zones les plus reculées. « Un partenariat durable serait la clé pour éviter les retards et garantir le bon déroulement des scrutins », souligne-t-il.
Pour renforcer le suivi citoyen, l’ONG Regard Citoyen, représentée par Maître Gloria Lisenga, appelle à l’agrément automatique des observateurs nationaux et internationaux, sans quotas ni entraves. Enfin, l’ex-colonel Albert Mwamba, ancien responsable logistique de la MONUSCO, plaide pour des formations régulières à destination des personnels de terrain, indispensables pour assurer le bon fonctionnement des élections.
Comme le souligne Christian Mulumba, « si ces recommandations sont mises en œuvre, la RDC pourrait tourner définitivement la page des scrutins contestés ». Toutefois, il met en garde : « tout dépendra de la volonté politique de rompre une fois pour toutes avec les pratiques passées ».
Entre progrès et échecs : le temps des réformes
À l’approche des échéances de 2028, la RDC se trouve confrontée à une urgence démocratique. Les ombres des scrutins contestés de 2018 et 2023 planent toujours sur la CENI, érodant chaque jour un peu plus la confiance des citoyens dans le processus électoral. Sans une refonte en profondeur du système, le spectre de nouvelles violences post-électorales menace de replonger le pays dans le cycle infernal des crises politiques.
La construction d’une démocratie électorale crédible exige une mobilisation sans précédent. Autorités politiques, société civile, confessions religieuses et partenaires internationaux doivent conjuguer leurs efforts pour transformer la CENI en une institution réellement indépendante et transparente. Cet impératif dépasse les simples ajustements techniques : il appelle un dialogue national inclusif capable de définir de nouvelles règles du jeu acceptées par tous.
Si les élections passées de 2006 à 2023 ont permis certaines avancées, comme l’introduction de la biométrie, elles ont aussi exposé des failles criantes : instrumentalisation politique, manque de transparence, dysfonctionnements logistiques et marginalisation de certaines régions. Pourtant, des solutions existent. En s’inspirant des réussites ghanéenne et sud-africaine où transparence des résultats et indépendance institutionnelle font loi, la RDC pourrait réinventer son modèle électoral.
La voie est étroite mais claire : seule une CENI profondément réformée, dotée de moyens techniques modernes et soumise au contrôle citoyen, pourra restaurer la confiance. Les élections de 8 représenteront alors bien plus qu’une simple consultation, elles deviendront l’expression authentique de la souveraineté populaire. Le défi est immense, mais le prix de l’échec le serait encore plus.
Heshima Magazine
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RDC : Pourquoi l’Église de réveil accompagne-t-elle souvent le pouvoir ?
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3 jours agoon
mai 11, 2026By
La redaction
En République démocratique du Congo, les Églises dites « de réveil » apparaissent régulièrement aux côtés du pouvoir politique, là où l’Église catholique adopte souvent une posture critique ou de contre-pouvoir. Héritage historique, logique institutionnelle, dépendance administrative et théologie de la prospérité expliquent en partie cette différence d’attitude entre deux forces religieuses majeures du pays. Décryptage.
Dimanche 10 mai 2026, dans la matinée, l’Église pentecôtiste des Secouristes de l’archevêque Évariste Ejiba Yamapia reçoit, sous les ovations des fidèles, deux hôtes de marque : le chef de l’État, Félix Tshisekedi, et la Première Dame, Denise Nyakeru. Le couple présidentiel prend part à un culte d’action de grâce organisé dans cette église. Cette présence du président Tshisekedi n’a rien d’anodin. Le responsable de cette communauté religieuse est également président de l’Église de Réveil du Congo (ERC).
L’ERC porte le combat du changement de la Constitution
Les hommes de Dieu proches des Églises évangéliques ont décidé de s’emparer pleinement du débat sur la Constitution. À la tête de cette dynamique : l’archevêque Évariste Ejiba Yamapia. Celui-ci est parvenu à rallier plusieurs grandes figures pastorales du pays. Même des responsables religieux habituellement éloignés du débat politique, comme Léopold Mutombo Kalombo, dit « Le Chandelier », ont fini par rejoindre cette mouvance.
Sous Joseph Kabila, Léopold Mutombo se tenait généralement à distance des questions politiques, contrairement à d’autres pasteurs, notamment Pascal Mukuna, considéré comme proche du régime. Mais à la faveur de plusieurs consultations et rencontres, Évariste Ejiba Yamapia a progressivement construit une adhésion collective, transformant sa position en véritable mouvement de soutien au changement de la Constitution.
Parmi les figures engagées dans cette dynamique figurent notamment Pascal Mukuna de l’Assemblée chrétienne de Kinshasa (ACK), Espérance Mbakadi de l’Église Mangembo, Léopold Mutombo Kalombo du Ministère Amen ou encore Godé Mpoy de l’Image de l’Éternel.
Réunis le 29 avril à l’Hôtel du Fleuve, ces responsables religieux ont officiellement exprimé leur soutien à un changement de la Constitution. Au cours de cette rencontre, l’archevêque Ejiba Yamapia a lancé un processus de réflexion élargie impliquant des chefs de confessions religieuses, des leaders des mouvements de réveil, des représentants de la société civile ainsi que des jeunes et des femmes engagés dans les structures ecclésiastiques.
Des experts en droit constitutionnel et en économie ont également été invités afin d’éclairer les participants sur les enjeux liés à la loi fondamentale.
« Nous avons pu réfléchir à l’aide des exposés des professeurs, lesquels nous ont démontré, sur le plan économique, comment la Constitution actuelle ne peut pas constituer une solution de gouvernance pour notre pays. Le Congo nécessite un changement sur lequel nous sommes tous d’accord », a déclaré Évariste Ejiba Yamapia.
L’archevêque critique ouvertement la Constitution actuelle, qu’il qualifie de « Constitution des belligérants qui avaient besoin de se protéger les uns les autres ». Citant certains constitutionnalistes, il affirme également que, depuis l’existence de la RDC, « il n’y a jamais eu de Constitution comportant des articles verrouillés ». Une déclaration qui laisse clairement entendre que l’article 220 – limitant le mandat présidentiel à cinq ans renouvelable une seule fois – est dans le viseur des partisans du changement constitutionnel. Léopold Mutombo, lui, ne cache pas sa position : « Ayons le courage de faire table rase (…) Nous sommes favorables au changement de la Constitution et non à sa simple révision. »
De son côté, Godé Mpoy invoque l’argument de la stabilité institutionnelle observée dans certains pays dirigés par des chefs d’État aux longs mandats. « Dans un mandat de cinq ans, vous ne travaillez réellement que pendant trois ans. La première année est consacrée aux conciliabules politiques et, dès que vous commencez à travailler, la CENI réclame déjà des moyens pour les prochaines élections. Aujourd’hui, sur le plan empirique, il est démontré que les pays où les présidents font de longs mandats sont stables. C’est le cas de la Chine, de la Russie, et bien d’autres », soutient-il.
Cette position de l’Église de Réveil rejoint largement celle du parti présidentiel, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), favorable à une révision ou à un changement de la Constitution. Depuis le 6 mai, le débat est d’ailleurs porté publiquement par Félix Tshisekedi lui-même.
Le chef de l’État a récemment levé le voile sur ses intentions politiques :
« Je n’ai pas sollicité un troisième mandat, mais si le peuple souhaite que j’en exerce un, j’accepterai », a-t-il déclaré, ajoutant qu’une telle démarche ne pourrait se faire « qu’après consultation du peuple congolais par voie référendaire ». À l’Assemblée nationale, le député Gaspard Ngondankoy a déjà déposé une proposition de loi visant à fixer les modalités d’organisation d’un référendum.
Sous Kabila, l’ERC nageait déjà dans le sens du régime
Sous la présidence de Joseph Kabila, l’Église de Réveil du Congo accompagnait déjà plusieurs décisions politiques, notamment sur les questions électorales. Après l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi en 2019, cette organisation est restée perçue comme proche du Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila. En 2020, sous la direction du pasteur Sony Kafuta, l’ERC a notamment été accusée de soutenir la désignation controversée de Ronsard Malonda à la tête de la Commission électorale nationale indépendante (CENI).
Cette position avait provoqué de fortes tensions avec l’Église du Christ au Congo (ECC) et la CENCO. L’église de Sony Kafuta avait même été vandalisée à la suite de ces événements. Après cette crise, le pasteur Dodo Kamba lui succédera à la tête de l’ERC.
Catholiques et évangéliques : pourquoi des positions opposées ?
Cette différence de positionnement n’a rien d’accidentel. Elle trouve ses racines dans l’histoire politique de la RDC. Selon plusieurs observateurs, la montée des Églises de réveil s’est accélérée sous le régime de Mobutu Sese Seko, particulièrement dans les années 1980. Le pouvoir zaïrois voyait alors dans les mouvements évangéliques un moyen de contrebalancer l’influence de l’Église catholique, déjà critique envers la gouvernance du pays.
Contrairement à l’Église catholique, structurée autour d’une hiérarchie forte et d’une doctrine sociale ancienne, les Églises de réveil fonctionnent souvent de manière autonome autour de figures pastorales indépendantes. Beaucoup dépendent administrativement de l’État pour leur reconnaissance légale et leur fonctionnement.
Plusieurs études universitaires soulignent d’ailleurs l’absence d’un cadre juridique rigoureux permettant d’encadrer leur prolifération ou leur financement. « Ils sont souvent obligés de ménager le pouvoir afin de bénéficier de certaines facilités administratives », explique un acteur de la société civile.
Cette dépendance institutionnelle crée, selon plusieurs analystes, une proximité naturelle avec le pouvoir politique. Les pasteurs cherchent souvent à préserver leurs autorisations, leurs espaces d’influence et leur accès aux autorités. À l’inverse, la CENCO bénéficie d’une implantation historique, d’un puissant réseau scolaire et hospitalier ainsi que d’une crédibilité internationale qui lui assurent une plus grande autonomie vis-à-vis du régime.
La divergence est aussi théologique. Les Églises de réveil mettent généralement l’accent sur la bénédiction individuelle, la réussite personnelle et la prospérité matérielle. Dans cette logique, le pouvoir politique est souvent présenté comme une autorité qu’il faut accompagner afin de garantir la stabilité nationale et les bénédictions divines.
À l’opposé, l’Église catholique congolaise s’inscrit dans une tradition sociale davantage tournée vers les questions de justice, de gouvernance et de défense des droits humains. Pendant les crises politiques de la fin du régime Kabila ou lors des tensions sécuritaires dans l’Est du pays, les évêques catholiques ont multiplié les prises de position critiques, parfois au prix de fortes tensions avec le pouvoir.
De Malula à Ambongo, une même ligne critique
Depuis le cardinal Joseph Malula, l’Église catholique congolaise a maintenu une posture critique vis-à-vis du pouvoir politique. Des cardinaux Frédéric Etsou et Laurent Monsengwo jusqu’à Fridolin Ambongo, cette ligne n’a pratiquement pas varié.
En 1990, Laurent Monsengwo initie un mémorandum réclamant davantage de libertés au maréchal Mobutu, alors au pouvoir depuis plus de vingt-cinq ans. Cette initiative lui donne une stature nationale majeure. Les écrivains Roger Gaise et Isidore Ndaywel le décrivent alors comme « un personnage incontournable, cerveau moteur de la poussée vers la démocratie ».
Pour l’historien Isidore Ndaywel, c’est Laurent Monsengwo, alors président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), qui a introduit dans les discours de l’Église catholique congolaise la notion de « démocratisation ». Plus d’un an après ce mémorandum, Monsengwo prendra la tête de la Conférence nationale souveraine (CNS), fermée puis rouverte par Mobutu après la répression sanglante de la marche des chrétiens catholiques.
La réélection contestée de Joseph Kabila
En décembre 2007, Mgr Laurent Monsengwo succède au cardinal Frédéric Etsou à la tête de l’archidiocèse de Kinshasa. Créé cardinal par Benoît XVI en 2010, il conservera jusqu’à la fin de son ministère une posture critique à l’égard du pouvoir.
Sous son impulsion, la CENCO multiplie les mises en garde contre le régime Kabila. En 2011, le cardinal Monsengwo conteste publiquement la réélection de Joseph Kabila, estimant que les résultats de la présidentielle « n’étaient conformes ni à la vérité ni à la justice ».
Ses détracteurs l’accusent alors de proximité avec l’opposition, notamment avec Étienne Tshisekedi, principal adversaire de Joseph Kabila lors de ce scrutin controversé. Mais pour plusieurs analystes, cette attitude s’inscrivait simplement dans la continuité historique de l’Église catholique congolaise.
Cette posture de contre-pouvoir a renforcé l’image de la CENCO comme acteur majeur de la vie publique en RDC, là où les Églises de réveil apparaissent souvent plus conciliantes envers les autorités.
Toutefois, les lignes ne sont pas totalement figées. Certaines plateformes évangéliques adoptent désormais des positions plus nuancées, notamment sur les questions de paix, de cohésion nationale et de gouvernance. C’est notamment le cas de l’Église du Christ au Congo (ECC), qui s’est rapprochée de la CENCO sur plusieurs grands dossiers nationaux.
Sur la question du changement de la Constitution, cette divergence demeure profonde. L’Église catholique s’est déjà clairement opposée à toute initiative de révision ou de changement constitutionnel dans le contexte actuel.
Ce désaccord entre grandes confessions religieuses pourrait accentuer la polarisation du débat national autour d’un sujet hautement sensible. Dans un pays où la religion reste au cœur de la vie publique, les rapports entre foi et politique continueront d’influencer durablement le débat démocratique. Entre une Église catholique se revendiquant sentinelle démocratique et des Églises de réveil souvent plus proches du pouvoir, la RDC offre le visage d’un christianisme traversé par des enjeux de pouvoir, d’influence et de légitimité.
Heshima Magazine
Nation
Négociations entre Kinshasa et AFC/M23 : pourquoi l’impasse perdure ?
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5 jours agoon
mai 9, 2026By
La redaction
Alors que les espoirs de désescalade renaissaient entre Kinshasa et l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), la nouvelle impasse observée dans l’application des engagements conclus à Doha et à Montreux vient raviver les inquiétudes sur la stabilité de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). Malgré trois accords successifs, les parties peinent à transformer les promesses diplomatiques en actes concrets sur le terrain. Au contraire, des attaques continuent entre les deux camps.
La dynamique de paix engagée ces derniers mois entre le gouvernement congolais et l’Alliance Fleuve Congo/M23 semble une nouvelle fois s’essouffler. Après deux signatures d’accords à Doha, au Qatar, et une autre à Montreux, en Suisse, les mécanismes de mise en œuvre restent bloqués, alimentant un climat de méfiance entre les protagonistes. En avril dernier à Montreux, en Suisse, les deux parties s’étaient accordées notamment de libérer les prisonniers de part et d’autres dans un délai de 10 jours. Au total, trois cent onze détenus retenus par la rébellion, cent soixante-six côté gouvernemental. Les listes étaient établies, les protocoles signés, le facilitateur désigné. Et pourtant, le 28 avril, date limite fixée à l’issue des négociations de Montreux, aucune libération n’a eu lieu. Ni du côté de l’AFC/M23, ni du côté du gouvernement congolais.
Ces libérations ne devraient pas se faire de manière unilatérale. Les deux parties doivent signaler simultanément qu’elles sont prêtes à remettre leurs détenus. Les accords de principe, conclus dans le cadre des mesures de confiance, fixent les règles pour ces libérations. Les parties remettent leurs détenus au facilitateur désigné et ce dernier assure le transfert. Le travail de vérification et d’identification des personnes concernées a été mené, d’après RFI. La rébellion semble prête à libérer les détenus mais le gouvernement congolais, de son côté, n’a pas encore donné de signal. Certaines sources diplomatiques expliquent que sans l’accord explicite du gouvernement congolais, le facilitateur ne peut pas se déplacer pour récupérer des détenus, même si un camp est prêt à les remettre. C’est la nature même du mécanisme qui l’impose : il s’agit d’un échange, pas d’une remise à sens unique, explique ce média.
Kinshasa brandit des contraintes liées à la justice
Si l’AFC/M23 peut paraitre prête pour l’échange des prisonniers, Kinshasa veut respecter la procédure judiciaire dans le cas de certains détenus. Certaines libérations ne peuvent pas intervenir sans que des procédures judiciaires et réglementaires soient au préalable respectées. Des détenus figurant sur les listes seraient sous le coup de décisions de justice ou de mesures administratives qui, en droit congolais, doivent être levées avant toute remise en liberté. Ce passage obligé prendrait du temps, selon des sources gouvernementales et le délai de dix jours fixé à Montreux n’aurait pas suffi à le franchir.
Des combats persistent malgré les négociations…
Les combats ont d’ailleurs repris dès le lendemain de la fin des négociations en Suisse. Des frappes de drones ont visé des villages du Sud-Kivu dès le 19 avril, faisant des victimes civiles. L’AFC/M23 a de son côté signalé des attaques dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu. Le vendredi 8 mai, Washington a condamné la frappe de drone signalée à Mushaki, dans la province du Nord-Kivu ainsi que les massacres rapportés près d’Uvira, au Sud-Kivu. Les Etats-Unis ont appelé « toutes les parties » à la « retenue maximale », au respect de leurs engagements de cessez-le-feu et à la protection des civils. D’après l’AFC/M23, les forces armées de la RDC auraient frappé le marché de Mushaki, dans le territoire de Masisi à l’aide d’un drone, faisant selon la rébellion un bilan provisoire d’au moins 20 morts et plus de 57 blessés. Jusqu’au 9 mai, le gouvernement congolais n’a pas souhaité commenter ces événements.
Un troisième échec après les deux signatures de Doha
Après une première signature à Doha puis une deuxième en novembre 2025 sur l’accord-cadre, la signature de Montreux en Suisse était la troisième sans forcément que les choses évoluent sur le terrain. L’accord-cadre signé à Doha avait pour objet de définir une série de protocoles, dont plusieurs devraient être négociés dans les deux semaines suivant la signature. Ces documents concernaient notamment l’accès humanitaire, les arrangements sécuritaires et le DDR, la restauration de l’autorité de l’État, le retour des déplacés et réfugiés, la relance économique ainsi que la justice transitionnelle.
Le texte insistait aussi sur la résolution des causes profondes du conflit, la lutte contre la discrimination, le renforcement de l’unité nationale et la mise en place d’une gouvernance inclusive. Depuis cette étape, les lignes n’avaient toujours pas suffisamment bougé. A l’étape de Montreux, en Suisse, ils se sont mis d’accord, le 18 avril 2026, sur l’accès humanitaire, la surveillance d’un cessez-le-feu et la libération des prisonniers. Concrètement, d’après leur déclaration commune, le gouvernement et les rebelles de l’AFC/M23 se sont engagés à respecter le droit international. Ils sont prêts à s’abstenir de toute attaque contre les biens et les infrastructures vitaux pour la population civile, tels que les denrées alimentaires, l’approvisionnement en eau, les hôpitaux et les écoles. L’accès à une aide humanitaire rapide et sûre devrait être facilité, les travailleurs humanitaires doivent être protégés et les biens humanitaires ne doivent être ni pillés ni détournés. Les blessés et les malades doivent bénéficier de soins médicaux. Mais depuis, les avancées sur le terrain ne sont pas concrètes.
Pour que le processus avance, des sources proches du dossier estiment qu’une pression politique plus forte des facilitateurs sera nécessaire. Sans cela, la liste des engagements non tenus risque de continuer à s’allonger. Ce troisième échec fragilise davantage les efforts diplomatiques entrepris par les partenaires régionaux et internationaux pour ramener une paix durable dans l’Est de la République démocratique du Congo. Plusieurs analystes craignent désormais une reprise des affrontements à grande échelle si aucun compromis rapide n’est trouvé.
Au-delà des tractations politiques, ce sont surtout les populations civiles qui continuent de payer le prix de cette instabilité persistante. Entre déplacements massifs, insécurité chronique et crise humanitaire grandissante, l’espoir d’un retour durable à la paix semble encore suspendu à une volonté politique de deux camps qui tarde à se concrétiser. Certaines sources diplomatiques avertissent que si l’étape des libérations des prisonniers de deux camps n’est pas franchie, c’est la crédibilité de l’ensemble des engagements pris à Montreux qui serait en jeu.
Heshima Magazine
Nation
RDC : Tshisekedi ouvre la porte à un 3e mandat, l’opposition monte au créneau
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6 jours agoon
mai 7, 2026By
La redaction
Le président congolais Félix Tshisekedi a relancé le débat politique en affirmant qu’il pourrait accepter un troisième mandat « si le peuple le veut ». Une déclaration qui intervient dans un contexte de tensions sécuritaires persistantes dans l’Est du pays et qui suscite déjà une vive réaction de l’opposition, laquelle dénonce une tentative de révision constitutionnelle destinée à prolonger son maintien au pouvoir.
Lors d’une conférence de presse tenue le 6 mai 2026 à Kinshasa au chapiteau de la Cité de l’Union africaine, le chef de l’État congolais a affirmé qu’il n’excluait pas l’hypothèse d’un troisième mandat présidentiel à l’issue de son second quinquennat, prévu en 2028. « Je n’ai pas sollicité un troisième mandat. Mais, je vous le dis, si le peuple veut que j’aie un troisième mandat, j’accepterai », a déclaré Félix Tshisekedi, tout en précisant qu’une éventuelle révision de la Constitution devrait passer par un référendum populaire.
La Constitution congolaise de 2006 limite actuellement le président de la République à deux mandats consécutifs. Depuis plusieurs mois, cependant, certains cadres de l’UDPS, le parti présidentiel, évoquent publiquement l’idée d’une réforme constitutionnelle, notamment autour de l’article 220, considéré comme verrouillant la limitation des mandats. D’où l’idée d’organiser un référendum afin de consulter les Congolais sur cette question.
Le président Félix Tshisekedi a également lié l’avenir institutionnel du pays à la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC, où les affrontements entre les Forces armées de la RDC (FARDC) et les rebelles de l’AFC/M23 se poursuivent malgré des discussions à Doha, au Qatar, et récemment à Montreux, en Suisse. Selon lui, l’organisation des élections de 2028 pourrait devenir impossible si la guerre persistait dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. « Cette guerre, nous voulons la terminer le plus rapidement possible. Si nous ne parvenons pas à y mettre fin, malheureusement, nous ne pourrons pas organiser les élections en 2028. Mais ce ne sera pas parce que j’aurai refusé de les organiser ; les ressources existent et nous pouvons le faire. On ne peut cependant pas organiser des élections sans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu », a fait savoir Félix Tshisekedi.
Levée de boucliers dans l’opposition
Ces déclarations ont immédiatement provoqué une levée de boucliers dans les rangs de l’opposition. L’opposant André Claudel Lubaya a accusé le président de vouloir instrumentaliser « la volonté du peuple » afin de justifier « une intention frauduleuse ». Pour l’ancien député élu de Kananga, aujourd’hui en exil en Belgique, Félix Tshisekedi « n’a ni mission ni troisième mandat » à conquérir. « Aucune disposition de la Constitution ne prévoit qu’une prétendue volonté populaire puisse justifier une violation de sa lettre et de son esprit. Notre loi fondamentale organise exclusivement les modalités de sa révision, et non celles de sa transgression, sous peine de haute trahison », a-t-il écrit sur son compte X.
Il rappelle que « la Constitution encadre strictement les modalités de sa révision à l’article 218 et consacre le devoir de sa protection à l’article 64 », avant de prévenir : « Toute violation intentionnelle de ses dispositions, notamment par les autorités publiques, est susceptible de constituer une haute trahison au sens des articles 164 et 165 ».
De son côté, l’ancien candidat à la présidentielle de 2018, Seth Kikuni, a estimé qu’une tentative de confiscation du pouvoir pourrait provoquer une grave crise politique. Au sein du Front commun pour le Congo (FCC) de l’ancien président Joseph Kabila, des réactions se font également entendre. La sénatrice honoraire Francine Muyumba s’est montrée très opposée à l’idée d’un troisième mandat. « C’est clair, la paix n’est pas une priorité. La conservation du pouvoir paraît désormais primer, peu importe le prix politique, institutionnel ou humain que le peuple devra payer. C’est véritablement dommage pour une nation qui aspire avant tout à la stabilité, à l’unité nationale et à une paix durable », a-t-elle écrit.
Dans un autre message publié sur X, elle promet de barrer la route à un troisième mandat de l’actuel chef de l’État : « Le président Félix Tshisekedi n’aura pas de troisième mandat ». Elle estime également que « l’UDPS s’est déjà tout permis, mais il est encore temps de renoncer à cette aventure ».
Pour Delly Sesanga, président du parti Envol, il n’y a désormais plus de doute : « Les masques sont tombés. Félix Tshisekedi manœuvre désormais à découvert pour un troisième mandat par plébiscite ». L’opposant appelle « tous les démocrates à faire obstacle à cette dérive ». Citant Patrice Emery Lumumba, l’ancien député national élu de Luiza, dans le Kasaï-Central, rappelle : « Le Congo est un grand pays. Il exige de ses dirigeants grandeur, dignité et responsabilité ». Selon lui, cela se mesure par « le respect de la Constitution, des institutions et de la stabilité nationale, non par la recherche frauduleuse d’une prolongation des mandats ». « Être un homme d’État, c’est avoir le sens de l’Histoire et éviter à son pays de replonger dans les pratiques du passé qui ont conduit au chaos. Ces dérives, les fondateurs de l’UDPS les ont combattues hier ; nous les avons combattues ensemble, au prix de lourds sacrifices », a-t-il ajouté.
Pour sa part, le porte-parole de Lamuka, Prince Epenge, a résumé à sa manière l’intervention du chef de l’État congolais : « Conclusion : pas de dialogue, pas d’élections, pas de fin de guerre. Le Roi veut d’abord son troisième mandat ! Il se trompe », a-t-il répliqué.
À l’Union sacrée, on se défend
D’autres voix proches du pouvoir défendent cependant l’idée d’un débat constitutionnel. Freddy Kita, ancien vice-ministre à la Coopération internationale et actuel coordonnateur de la plateforme Camp de la République, a déclaré que « la Constitution n’est ni la Bible ni le Coran » et qu’elle pouvait être adaptée « aux réalités actuelles du pays ».
Pour Honoré Mvulu, membre de l’UDPS, toute évolution institutionnelle doit passer par les mécanismes constitutionnels, dans le respect du peuple et de la stabilité. « Le référendum, lorsqu’il est prévu, reste l’expression la plus directe de la souveraineté populaire », estime ce proche du pouvoir.
Le débat ravive les souvenirs de la crise politique de 2016 sous Joseph Kabila, lorsque les manifestations contre le report des élections avaient provoqué de fortes tensions dans le pays.
Au pouvoir depuis 2019, Félix Tshisekedi entame sa septième année à la tête du pays. À environ deux ans de la fin de son dernier mandat, selon la Constitution en vigueur, une proposition de loi sur le référendum a été déposée à l’Assemblée nationale. Son initiateur, le député Paul Gaspard Ngondankoy, l’a défendue devant ses pairs le 30 avril 2026.
Cette proposition de loi fixe les conditions d’organisation du référendum en RDC. Certains députés de l’opposition y voient une ouverture vers une révision de la Constitution. L’opposition soupçonne également une manœuvre destinée à permettre un troisième mandat à Félix Tshisekedi.
À deux ans de l’échéance présidentielle de 2028, l’hypothèse d’un troisième mandat de Félix Tshisekedi s’impose désormais comme l’un des principaux sujets du débat politique congolais.
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