Nation
17 mai 1997 : le point de bascule entre le Zaïre et la RDC
Published
1 an agoon
By
La redaction
La République démocratique du Congo (RDC) va commémorer, ce 17 mai 2025, la journée des Forces armées (FARDC). Une date qui rappelle également l’entrée de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) en 1997. Ce point de basculement du pays, passant de Zaïre à la RDC, avait suscité de l’espoir au sein de la population. Un espoir qui oscille entre des conflits armés et des compromis politiques. Heshima Magazine revient sur certains faits marquant cette libération de l’ex-Zaïre.
Le 17 mai 1997 marque la chute du régime du président Mobutu, renversé par la rébellion de l’AFDL menée par Laurent-Désiré Kabila, avec le soutien de ses alliés rwandais, ougandais et burundais. Ce jour-là, des enfants-soldats âgés de 10 à 14 ans, encadrés par des éléments de l’armée rwandaise, faisaient une entrée triomphale dans la capitale zaïroise. Venus à pied, principalement de Bukavu et de Goma, ces adolescents surnommés « Kadogo » défilaient dans les rues de Kinshasa, portant sur leur dos armes et munitions, sous les applaudissements de riverains soulagés de voir s’effondrer la dictature du Mouvement populaire de la révolution (MPR), le parti-État de Mobutu. Ces troupes, composées en grande partie d’enfants, avaient traversé le pays d’est en ouest pendant sept mois. Mais ce que beaucoup ignoraient alors, c’est que ces hommes, accompagnés de soldats rwandais, inauguraient un cycle infernal de violences et d’instabilité qui, vingt-huit ans plus tard, se poursuit encore.
Création de l’AFDL (1996)
Fondée en octobre 1996 dans l’Est du Zaïre, l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) est née de la fusion de plusieurs mouvements rebelles à l’origine de la Première Guerre du Congo (1996–1997). Elle regroupait le Parti de la révolution populaire (PRP) de Laurent-Désiré Kabila, le Conseil national de résistance pour la démocratie (CNRD) d’André Kisase Ngandu, le Mouvement révolutionnaire pour la libération du Zaïre (MRLZ) d’Anselme Masasu Nindaga, ainsi que le Groupe des nationalistes et fédéralistes congolais (GNFC). Ces forces politico-militaires, réunies sous la bannière de l’AFDL, ont bénéficié d’un appui militaire et politique sans réserve de la part du Rwanda et de l’Ouganda. Dans une moindre mesure, le Burundi et l’Angola ont également apporté leur soutien à la rébellion.
Mainmise du Rwanda à travers James Kabarebe
Le 17 mai 1997, les troupes de l’AFDL entrent sans grande résistance dans Kinshasa. La veille, le maréchal Mobutu avait déjà fui le pays, trouvant refuge d’abord au Togo, puis au Maroc. Le 29 mai, au stade des Martyrs, Laurent-Désiré Kabila est investi président de la République. Dans la foulée de cette prise de pouvoir, il met fin à l’appellation « Zaïre » : la nation reprend le nom de République démocratique du Congo (RDC). Il suspend la Constitution, interdit les partis politiques et concentre tous les pouvoirs entre ses mains.
Le premier gouvernement est largement dominé par des cadres de l’AFDL et des proches du nouveau président. Des ressortissants rwandais se voient confier des postes stratégiques, notamment la direction de l’armée avec le colonel James Kabarebe. Le ministère des Affaires étrangères échoit également à Bizima Karaha, présenté à l’époque comme Congolais, mais que Kabila découvrira plus tard comme étant de nationalité rwandaise.
« Les annales de l’histoire nationale retiennent désormais que parmi les principaux dirigeants de l’AFDL figuraient deux Rwandais, à savoir Déogratias Bugera et Bizima Karaha. Mais, par naïveté ou amateurisme politique, les dignitaires congolais de l’AFDL s’étaient évertués à les présenter sous l’étiquette de compatriotes », écrivait en 2021 le journaliste Jacques Kimpozo du journal Le Phare.
Bien que l’AFDL ait été officiellement dirigée par Laurent-Désiré Kabila, le véritable commandement militaire relevait de James Kabarebe, officier rwandais mandaté par Kigali. Il dirigeait les opérations sur le terrain, planifiait les offensives et coordonnait à la fois les troupes rwandaises et les forces de l’AFDL. C’est lui qui orchestre la progression fulgurante de la rébellion, depuis le Sud-Kivu en octobre 1996, en passant par Kisangani et Lubumbashi, jusqu’à Kinshasa, conquise le 17 mai 1997 après la prise stratégique de Kenge.
Ces victoires furent rendues possibles grâce à une coalition composée de troupes rwandaises, ougandaises et de milices locales encadrées par Kabarebe, qui rendait compte directement à Paul Kagame, chef du Front patriotique rwandais (FPR), resté à Kigali. Outre la conduite des opérations militaires, Kabarebe avait pour mission de neutraliser les camps de réfugiés hutus en RDC, dans le cadre d’un plan plus large de Kigali visant à démanteler les ex-FAR (Forces armées rwandaises accusées de génocide) et à surveiller les alliances congolaises suspectes.
Il encadrait également Laurent-Désiré Kabila, considéré par Kigali comme un allié utile mais peu fiable. Quelques mois plus tard, Kabarebe est nommé chef d’état-major des Forces armées congolaises (FAC), preuve manifeste de l’influence rwandaise sur le nouveau pouvoir. Il en profite pour restructurer l’armée avec l’appui d’officiers rwandais et de combattants banyamulenge, ces Tutsis congolais dont certains étaient acquis à la cause de Kigali.
Kabila rompt son alliance avec les Rwandais et les Ougandais
Accusés de massacres et de pillages de ressources tout au long de la conquête du Zaïre, les Rwandais et les Ougandais seront rapidement dénoncés. Le régime de Laurent-Désiré Kabila prend alors ses distances avec ses anciens alliés, provoquant des tensions croissantes entre Kinshasa, Kigali et Kampala. Ces frictions débouchent, dès 1998, sur la Deuxième Guerre du Congo (1998-2003), souvent qualifiée de « guerre mondiale africaine » en raison de l’implication de plusieurs États de la région, dont le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi, le Zimbabwe, la Namibie et l’Angola.
Ce conflit, l’un des plus meurtriers depuis la Seconde Guerre mondiale, culmine avec l’assassinat du président Kabila le 16 janvier 2001. Son fils, Joseph Kabila, lui succède et amorce, en 2003, un processus de paix visant à mettre fin à la guerre. À cette époque, l’est du pays est sous contrôle du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), rébellion pro-Kigali dirigée par Wamba dia Wamba, mais fortement influencée par Azarias Ruberwa et Moïse Nyarugabo. L’ouest, quant à lui, est partiellement conquis par le Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba, tandis que le RCD-K-ML s’impose dans le nord de la province du Nord-Kivu.
C’est dans ce contexte éclaté qu’est organisé le dialogue intercongolais (2002–2003) à Sun City, en Afrique du Sud. Ce processus réunit les principales forces politiques et militaires du pays, rébellions, opposition, majorité et aboutit à la réunification officielle de la RDC. Mais celle-ci reste fragile : le pays ne sort pas pour autant du cycle de violences imposé par l’ingérence persistante de Kigali et de Kampala.
Un jour de libération aux conséquences macabres
La progression de l’AFDL vers Kinshasa s’est accompagnée de lourdes pertes civiles. Dans les zones reprises aux Forces armées zaïroises (FAZ), la rébellion a été accusée d’exécutions sommaires de soldats et de policiers capturés, ainsi que de massacres de civils dans plusieurs villes, dont Kisangani, Mbandaka et Kindu. Ces populations étaient souvent soupçonnées de loyauté envers Mobutu ou d’hostilité à l’égard des Banyamulenge, les Tutsis congolais alliés à l’AFDL. Le recours à la terreur a été utilisé comme moyen de domination pour asseoir le nouveau pouvoir.
Parallèlement, dans le contexte post-génocide rwandais de 1994, près de deux millions de réfugiés hutus, dont de nombreux responsables du génocide, s’étaient installés dans l’est du Zaïre. L’AFDL, avec l’appui direct de l’armée rwandaise, a mené une traque systématique de ces réfugiés. Les camps de Mugunga, Kibumba, Katale et Lac Vert, situés dans le Kivu, ont été bombardés et détruits.
Des dizaines de milliers de civils hutus non armés, dont des femmes et des enfants, ont péri au cours de leur fuite à travers la forêt congolaise. Selon les estimations des Nations unies, entre 200 000 et 300 000 réfugiés hutus sont morts lors de cette traque : tués dans les massacres, morts de faim, de maladie ou exécutés sommairement.
Dans son rapport « Mapping » publié en 2010, l’ONU recense 617 incidents violents majeurs survenus en République démocratique du Congo entre 1993 et 2003. Ce document de 550 pages dresse un tableau accablant : massacres systématiques, viols de masse, villages rasés, exécutions sommaires. Il avance que certaines attaques ciblant les réfugiés hutus pourraient, si elles étaient prouvées devant un tribunal compétent, être qualifiées de crimes de génocide. « Des femmes enceintes étaient éventrées, des nourrissons écrasés, des fosses communes découvertes en pleine brousse », rapporte notamment le document.
Dans un rapport antérieur intitulé Zaïre : What Kabila is Hiding (1997), l’organisation Human Rights Watch (HRW) avait déjà accusé l’AFDL d’avoir dissimulé des massacres commis par les forces armées rwandaises contre des civils. L’ONG dénonçait des attaques délibérées contre des réfugiés et des populations non combattantes, orchestrées conjointement par les troupes de Laurent-Désiré Kabila et leurs alliés rwandais.
Jusqu’à aujourd’hui, aucun procès international n’a été instruit pour ces crimes. La complexité diplomatique de la région, conjuguée au refus des États impliqués, a bloqué toute tentative de justice internationale.
« Devant de tels faits, aucun Congolais conscient ne peut tolérer une insurrection parrainée par le Rwanda ou l’Ouganda, sauf les plus naïfs », écrit un écrivain congolais, revenant sur les épisodes sanglants imputés à Kigali, de l’AFDL à la rébellion actuelle du M23.
Heshima
You may like
Nation
Assainissement de Kinshasa : les défis qui attendent le général Kasongo Kabwik à la tête de la Task Force
Published
6 heures agoon
juin 1, 2026By
La redaction
Face à la persistance de l’insalubrité dans la capitale congolaise, le président de la République, Félix Tshisekedi, a mis en place une Task Force spéciale pour accélérer les opérations de salubrité publique. Celle-ci sera coordonnée par le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, commandant du Service national, avec l’appui d’experts du gouvernement central et de l’Hôtel de Ville de Kinshasa. Après les résultats palpables obtenus à la tête du Service national, l’un des officiers les plus sollicités par le chef de l’État devra faire face à une montagne de défis. Heshima Magazine revient sur quelques-uns d’entre eux.
Sept ans après son arrivée au pouvoir, Félix Tshisekedi s’est montré particulièrement remonté face au statu quo qui prévaut à Kinshasa en matière d’insalubrité et d’embouteillages. Le samedi 23 mai, lors d’une tournée d’inspection de plusieurs chantiers dans la capitale, il n’a pas caché sa colère devant le même constat d’insalubrité. À l’étape du Marché central de Kinshasa, communément appelé « Zando », où il a pu mesurer l’ampleur des défis liés à l’assainissement et à l’état des espaces publics, le président de la République n’a pas mâché ses mots : « Toutes ces routes que l’on a réhabilitées devraient-elles rester dans cet état ? Gare à vous si je retrouve encore la même saleté que j’ai vue hier ! », s’est-il emporté en s’adressant au ministre provincial des Infrastructures, Alain Tshilungu.
Une semaine plus tard, la décision est tombée : la salubrité de la ville a été confiée à une Task Force placée sous l’autorité de la Présidence de la République et coordonnée par le général Jean-Pierre Kasongo Kabwik. L’annonce officielle de cette décision est intervenue le vendredi 29 mai, à l’issue du Conseil des ministres. À travers cette nomination stratégique, les autorités entendent impulser une nouvelle dynamique dans la gestion de la salubrité urbaine.
Une Task Force pluridisciplinaire sera prochainement déployée dans les quatre districts de Kinshasa. Placée sous l’autorité directe du président Tshisekedi et pilotée par le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, cette structure réunira des experts issus de plusieurs ministères, notamment ceux de l’Intérieur, de la Défense, de l’Urbanisme, de la Santé publique, de l’Environnement ainsi que des Infrastructures et Travaux publics, en collaboration avec l’Hôtel de Ville.
Le nouveau comité d’assainissement aura pour mission de coordonner toutes les opérations de nettoyage. Il veillera à la réhabilitation des espaces publics dégradés ainsi qu’à l’évacuation efficace des déchets. Par ailleurs, un accent particulier sera mis sur la sensibilisation de la population au respect des règles d’hygiène et de salubrité. À travers cette approche intégrée, les autorités entendent restaurer durablement la propreté et l’ordre urbain dans la capitale.
Des défis urbains massifs
Le général Kasongo hérite d’une situation fortement dégradée : accumulation de déchets, caniveaux obstrués, occupation anarchique de l’espace public dans plusieurs communes et embouteillages monstres. Face à ces défis, le lieutenant-général devra privilégier des solutions structurelles. Pourtant, dans sa qualité de coordonnateur de la Task Force, il aura toujours besoin de l’appui des autorités disposant du pouvoir de décision, notamment le gouvernement provincial. Connaissant sa détermination à mener à bien les missions qui lui sont confiées, comme il l’a démontré à la tête du Service national, le coordonnateur de la Task Force pourrait être amené à empiéter sur certaines compétences traditionnellement dévolues à la ville. Mais un analyste de la question voit les choses autrement : « Le général Kasongo Kabwik agira au nom d’une institution supérieure à la ville. Il interviendra au nom et pour le compte de la Présidence de la République, institution dont relève le Service national », explique-t-il.
Les écueils à surmonter
Kinshasa compte environ 17 millions d’habitants et souffre depuis des années d’un système de gestion des déchets défaillant. L’expérience du Service national, centrée sur des centres pilotes et la polyvalence de la main-d’œuvre, devra être adaptée à l’échelle de toute la ville. Un autre défi majeur réside dans la coordination interinstitutionnelle. La Task Force associe le gouvernement central et l’Hôtel de Ville. Sa réussite dépendra de la capacité du général à harmoniser l’action des différents services urbains, souvent confrontés à un manque de moyens et de coordination.
Moyens financiers et adhésion de la population
Dans le domaine de l’assainissement comme dans celui de l’encadrement des Kuluna, la communication est cruciale. Bien qu’il soit rompu à cet exercice, le général aura besoin d’être accompagné par une stratégie de communication adaptée à ses nouvelles responsabilités. Une mauvaise perception des opérations de nettoyage ou des éventuelles mesures de déguerpissement pourrait susciter des résistances au sein de la population. Les moyens logistiques et financiers devront également suivre afin de faciliter cette tâche titanesque dans une ville qui n’a plus bénéficié d’une véritable politique structurée de salubrité depuis la fin, en 2015, du Programme d’assainissement et de réhabilitation de la ville de Kinshasa (PARAU), mis en œuvre avec l’appui de l’Union européenne sous le gouvernorat d’André Kimbuta.
Un profil qui rassure
Nommé général-major en juillet 2020, Jean-Pierre Kasongo Kabwik dirige le Service national depuis juillet 2018. Il est reconnu pour avoir transformé de nombreux délinquants juvéniles, communément appelés « Kuluna », en véritables « bâtisseurs de la République » au centre pilote de Kaniama Kasese. Le président Tshisekedi avait d’ailleurs salué publiquement ce travail en février 2022, soulignant que ces jeunes produisent aujourd’hui du maïs, des bancs scolaires et d’autres biens utiles à la nation.
A lire aussi : https://heshimardc.net/v1/2022/05/09/comprendre-le-service-national-entretien-exclusif-de-jp-kasongo-kabwik/
À son arrivée à la tête du Service national, il avait relancé les activités avec des moyens limités, allant jusqu’à récupérer les pièces de trois tracteurs en panne afin d’en remettre un en état de fonctionnement. Il a également piloté le transfert de Kuluna vers Kaniama Kasese, une opération qui avait suscité des critiques de la part du ministre des Droits humains en 2021. Jean-Pierre Kasongo avait alors défendu cette initiative en mettant en avant les conditions d’encadrement des jeunes, leur alimentation, leur formation ainsi que leurs activités sportives.
Cette expérience démontre que le Service national est parti de presque rien en 2018 pour devenir un outil opérationnel reconnu. Toutefois, l’assainissement de Kinshasa représente un défi d’une tout autre ampleur. La Task Force devra mobiliser des engins adaptés, du personnel qualifié et un financement durable, au-delà de l’effet d’annonce.
La nomination de Jean-Pierre Kasongo traduit la volonté des autorités de donner une nouvelle impulsion à la lutte contre l’insalubrité, l’un des principaux défis urbains de Kinshasa. La réussite de cette opération reposera sur l’implication conjointe des institutions et de la population. À ce niveau, l’engagement citoyen demeure un levier essentiel pour garantir des résultats durables. Pour l’heure, les habitants attendent un calendrier d’actions précis ainsi que des moyens concrets capables de produire des changements visibles sur le terrain. Reste à savoir si le modèle de Kaniama Kasese pourra être transposé avec succès à l’échelle d’une mégapole aussi complexe que Kinshasa.
Heshima Magazine
Nation
Kinshasa Kia Mona : le pari fou d’une nouvelle ville pour désengorger la capitale congolaise
Published
3 jours agoon
mai 29, 2026By
La redaction
Face à l’explosion démographique et aux embouteillages chroniques qui étouffent Kinshasa, les autorités congolaises ont lancé, depuis décembre 2025, « Kinshasa Kia Mona », un gigantesque projet d’extension urbaine à l’est de la capitale. Que sait-on réellement de ce mégaprojet inédit depuis l’indépendance ? Combien pourrait-il coûter à la République ? Tentative d’explication.
Kinshasa rêve plus grand. Beaucoup plus grand qu’on ne pouvait l’imaginer. Avec près de vingt millions d’habitants et une urbanisation galopante, la capitale congolaise suffoque sous le poids de sa propre croissance démographique. Embouteillages monstres, insuffisance des infrastructures, pénurie de logements et extension anarchique des quartiers périphériques illustrent les défis quotidiens auxquels sont confrontés les Kinois. Pour répondre à cette pression devenue difficilement maîtrisable, le gouvernement congolais a officiellement lancé le projet « Kinshasa Kia Mona », une nouvelle ville appelée à transformer durablement le paysage urbain de la mégapole.
Pourtant, au départ, le projet peinait à convaincre. Beaucoup d’initiatives similaires annoncées par le passé n’ont jamais véritablement vu le jour. C’est notamment le cas de Fatshi City, dévoilé en 2021. Porté par la société privée Bitec Consulting, ce projet ambitionnait de construire des cités modernes et connectées sur des sites militaires à Kinshasa et dans certaines provinces. Bien qu’approuvé par le président de la République, ce programme reste, à ce jour, largement inachevé.
Kinshasa Kia Mona, un projet à plus de 50 milliards USD
Cette fois, les autorités assurent vouloir passer à la vitesse supérieure. Kinshasa Kia Mona a été officiellement lancé en décembre 2025 par le président Félix Tshisekedi dans la commune de Maluku, à environ 45 kilomètres du centre-ville de Kinshasa. Estimé à plus de 50 milliards de dollars américains, le projet s’étendra sur près de 43 000 hectares. Il prévoit la construction de quartiers résidentiels modernes, de zones industrielles, d’infrastructures hospitalières, d’universités, de centres commerciaux ainsi que de vastes espaces verts.
Le site principal est situé à Menkao, dans la commune de Maluku. Le gouvernement congolais a également décidé d’intégrer une partie du groupement de Kingakati, près du parc de la Vallée de la N’sele, dans cette future ville.
À terme, Kinshasa Kia Mona pourrait accueillir jusqu’à cinq millions d’habitants. Son modèle de financement repose sur plusieurs mécanismes : partenariats public-privé (PPP), prêts bancaires, financements des banques de développement, modèles BOT (Build-Operate-Transfer), garanties foncières, levées de fonds et subventions publiques.
Au cœur du projet figure un vaste pôle industriel multisectoriel structuré autour de huit parcs spécialisés, allant des hautes technologies aux industries pharmaceutiques, en passant par la transformation agroalimentaire et l’économie circulaire.
Plus de 225 000 emplois annoncés
Selon les autorités congolaises, Kinshasa Kia Mona ambitionne également de devenir un puissant moteur économique. La première phase du projet prévoit notamment la construction d’une cité industrielle capable d’abriter jusqu’à 160 usines dès les premières années. À terme, plus de 225 000 emplois directs et indirects pourraient être créés, dont environ 30 000 dès la première phase du chantier. Les autorités présentent ce projet comme une réponse durable aux défis de l’urbanisation, mais aussi comme un symbole de modernisation et d’industrialisation de la RDC.
Cependant, plusieurs observateurs restent prudents. Certains experts s’interrogent sur la capacité réelle de l’État à financer durablement un projet aussi colossal dans un contexte marqué par les difficultés d’accès aux services de base dans plusieurs communes de Kinshasa. D’autres estiment que le succès de cette nouvelle ville dépendra surtout de la qualité des infrastructures routières, de l’accès à l’eau et à l’électricité, mais également de la transparence dans la gouvernance du projet.
Des entreprises chinoises privilégiées ?
La première pierre de la cité industrielle, portée par un consortium d’entreprises chinoises, a été posée en décembre 2025. Cette zone constitue la première phase de la gigantesque nouvelle ville.
Selon plusieurs sources, seuls 15 à 20 % des espaces industriels seraient ouverts à des investisseurs non chinois. Les projections sino-congolaises évoquent l’implantation de près d’un millier d’usines dans les cinq prochaines années.
Toutefois, les autorités congolaises assurent vouloir diversifier les partenaires. L’ancien ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, Alexis Gisaro Muvunyi, avait notamment précisé : « La Chine est peut-être entrée en premier dans la cité industrielle, mais cela ne représente qu’une petite partie des espaces à développer. Il y a de la place pour tout le monde. »
Dans cette logique, le coordinateur du projet, Thierry Katembwe, a multiplié les missions à l’étranger, notamment à Paris, à l’invitation du Medef. Selon plusieurs médias internationaux, ces démarches ont déjà permis la signature d’accords avec Dassault Systèmes, tandis que Bpifrance participe également au financement du projet. « Le projet n’est absolument pas uniquement chinois », a insisté Thierry Katembwe, évoquant également l’intérêt d’investisseurs américains, sud-africains, canadiens et congolais.
Un défi colossal
Derrière les ambitions affichées, le défi reste immense. Pour plusieurs urbanistes, la réussite de Kinshasa Kia Mona dépendra avant tout de la capacité des autorités à garantir la viabilité des infrastructures, la transparence des financements et l’accessibilité des logements pour les populations kinoises. Car Kinshasa traîne déjà une longue histoire de projets urbains ambitieux restés inachevés ou freinés par des difficultés de gouvernance.
Si cette nouvelle ville pourrait offrir un second souffle à une capitale saturée, un autre défi majeur demeure : celui du coût des logements. Leur accessibilité déterminera en grande partie la capacité réelle du projet à désengorger l’ancien centre-ville.
Avec Kinshasa Kia Mona, la RDC veut tourner une page et offrir à sa capitale un nouveau visage. Entre rêve futuriste et immense défi de réalisation, cette ville nouvelle pourrait devenir soit le symbole de la modernisation congolaise, soit rejoindre la longue liste des grands projets africains confrontés aux réalités du terrain. Une chose est sûre : à Kinshasa, l’avenir semble désormais se construire vers l’est.
Heshima Magazine
Nation
Préparation chamboulée, supporters bloqués en RDC : quand Ebola perturbe le rêve mondialiste des Léopards
Published
4 jours agoon
mai 28, 2026By
La redaction
À quelques semaines de la Coupe du monde 2026, la résurgence du virus Ebola en République démocratique du Congo (RDC) bouleverse la préparation des Léopards. Entre restrictions sanitaires, stages annulés, refus de visas aux supporters congolais vivant au pays et inquiétudes internationales, la sélection congolaise voit son parcours vers le Mondial fragilisé par une nouvelle crise sanitaire.
La République démocratique du Congo vit une situation paradoxale. Alors que le pays célèbre sa qualification historique à la Coupe du monde 2026, une résurgence du virus Ebola menace aujourd’hui de perturber l’aventure des Léopards sur la scène internationale. Depuis plusieurs semaines, les autorités sanitaires congolaises et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) alertent sur une flambée inquiétante de la souche Bundibugyo du virus Ebola dans l’est du pays. Selon l’OMS, la propagation de l’épidémie est désormais jugée « très élevée » au niveau national.
Jusqu’au 25 mai, 101 cas avaient été confirmés, dont 10 décès, en RDC, avec comme épicentre la zone de santé de Mongbwalu, dans le territoire de Djugu, en Ituri, au nord-est du pays. « Mais nous savons que l’épidémie en RDC est bien plus vaste. Il y a désormais plus de 900 cas suspects et 220 décès suspects », a précisé Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS.
Une épidémie qui perturbe le rêve mondialiste des Léopards
Face à cette situation, les conséquences dépassent désormais le seul cadre sanitaire. Le football congolais, en pleine euphorie après sa qualification au Mondial, se retrouve directement affecté.
Les États-Unis ont imposé une période d’isolement aux joueurs avant leur entrée sur le sol américain. Une mesure qui suscite la polémique, d’autant plus que la totalité des joueurs convoqués par le sélectionneur Sébastien Desabre ne vivent pas en RDC. Leur dernier séjour au pays remonte au début du mois d’avril à Kinshasa, loin de l’épicentre actuel de l’épidémie, et avant même la déclaration officielle de la maladie, intervenue le 15 mai.
Malgré cela, les joueurs se conforment déjà au protocole sanitaire mis en place. Deux bulles sanitaires ont été organisées en Belgique. La première regroupe les joueurs et une partie du staff technique déjà présents en Europe. La seconde concerne les membres du staff arrivés de Kinshasa, notamment les entraîneurs adjoints ainsi que Dodo Landu, team manager de l’équipe nationale.
Stage de préparation annulé à Kinshasa
La Fédération congolaise de football (FECOFA) a dû annuler le stage de préparation prévu à Kinshasa, ainsi qu’une cérémonie officielle d’adieux aux supporters et de décoration des Léopards programmée le 26 mai dernier.
Les activités prévues dans la capitale, notamment une conférence de presse du sélectionneur Sébastien Desabre et une rencontre avec les supporters, ont été suspendues pour des raisons sanitaires. Les Léopards ont ainsi été contraints de délocaliser leur préparation en Belgique afin d’éviter d’éventuelles restrictions de voyage imposées par les autorités américaines.
Des supporters vivant au pays privés du Mondial
Les États-Unis, pays hôte du Mondial avec le Canada et le Mexique, ont renforcé les mesures de contrôle pour les voyageurs en provenance de la RDC, de l’Ouganda et du Soudan du Sud. Washington a notamment imposé une période d’isolement de 21 jours pour certaines personnes ayant séjourné dans les zones concernées. Or, les Léopards sont également portés par des supporters infatigables venus du pays. Plusieurs groupes de soutien aux fauves congolais ne pourront finalement pas se rendre à la Coupe du monde.
Le gouvernement congolais tente actuellement un difficile rattrapage diplomatique en vue du deuxième match des Léopards prévu à Guadalajara, au Mexique. Mais il sera compliqué pour les autorités mexicaines d’accorder des visas aux supporters congolais dans le contexte sanitaire actuel. Le supporter congolais Michel Kuka Mboladinga dit « Lumumba Vea », devenu célèbre lors de la CAN 2025 pour son hommage à Patrice Emery Lumumba, avait déjà manqué la finale des barrages intercontinentaux contre la Jamaïque, au Mexique, en raison d’un problème de visa.
Reste à savoir si ce dernier pourra bénéficier d’une exception cette fois-ci, malgré les restrictions prises par les États-Unis, le Canada et probablement le Mexique.
En RDC, des supporters entre fierté et inquiétude
Même si aucun scénario d’exclusion de la RDC du tournoi n’a été officiellement évoqué par la FIFA, l’inquiétude grandit autour de l’impact de cette crise sanitaire sur la participation congolaise. À Kinshasa, de nombreux supporters oscillent entre fierté de voir la RDC participer à sa première Coupe du monde moderne et inquiétude face à un virus qui menace de perturber ce rêve mondialiste. « Nous sommes déjà très fiers de notre qualification. Nous aurions dû vivre cette phase finale comme une fête. Mais malheureusement, les joueurs seront privés de la majorité de leurs supporters restés au pays. Le gouvernement devrait trouver un moyen de mobiliser les Congolais de la diaspora pour remplir les tribunes de Houston, aux États-Unis, lors du match RDC-Portugal », a déclaré Marcus Kitoto, un supporter rencontré à Kinshasa.
La FIFA affirme suivre la situation de près en collaboration avec les autorités sanitaires internationales et la FECOFA. Une possibilité de remboursement des billets est déjà évoquée pour certains Congolais qui s’étaient déjà procuré le précieux sésame.
Au-delà du football, cette crise sanitaire rappelle une réalité plus profonde : en RDC, les grandes ambitions nationales restent souvent confrontées à des défis sanitaires, sécuritaires et sociaux majeurs. Et à l’approche du Mondial 2026, les Léopards devront désormais livrer un double combat : celui du terrain et celui contre une épidémie qui menace de ternir le rêve de toute une nation.
Heshima Magazine
Trending
-
Nation4 semaines agoRDC : Tshisekedi ouvre la porte à un 3e mandat, l’opposition monte au créneau
-
Santé6 jours agoEbola en RDC : l’OMS alerte sur une épidémie « extrêmement grave » qui avance plus vite que la riposte
-
Nation3 semaines agoNégociations entre Kinshasa et AFC/M23 : pourquoi l’impasse perdure ?
-
Nation2 semaines agoEbola en RDC : ce que l’on sait de la souche « Bundibugyo », sans vaccin ni traitement
-
Non classé4 semaines agoRDC : Les sanctions américaines contre Kabila auront-elles un impact sur la crise sécuritaire ?
-
Nation3 semaines agoRDC : Pourquoi l’Église de réveil accompagne-t-elle souvent le pouvoir ?
-
Nation2 semaines ago17 mai 1997-17 mai 2026 : l’instabilité née de la « révolution » de l’AFDL se poursuit en RDC
-
Nation1 semaine agoDe Kabarebe à Kabila : jusqu’où iront les sanctions américaines ?




























































