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RDC : du parti-État à 910 partis plus tard, où va la démocratie ?
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1 an agoon
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La redactionLa République démocratique du Congo (RDC) est un kaléidoscope politique où s’entremêlent ambitions, identités et luttes de pouvoir. Avec 910 partis politiques enregistrés en 2023, selon le ministère de l’Intérieur, le pays détient un record qui fascine autant qu’il interroge. Cette profusion, loin d’être un simple chiffre, raconte une histoire tumultueuse, entre ferveur démocratique et fragmentation chaotique.
Sous la tutelle belge, les Congolais étaient privés de voix politique, mais des associations culturelles et des cercles d’ « évolués » ont jeté les bases d’une résistance discrète. En 1957, les réformes coloniales ouvrent la porte à la création de partis, et à l’aube de l’indépendance en 1960, plus de 200 formations émergent, souvent ancrées dans des identités ethniques. Le Mouvement national congolais (MNC) de Patrice Lumumba et l’Alliance des Bakongo (ABAKO) de Joseph Kasa-Vubu incarnent cette lutte pour l’émancipation. Malgré leur fragmentation, ces partis galvanisent la population, canalisant l’aspiration à la liberté face à l’oppression coloniale. Leur diversité reflète déjà la complexité d’un pays aux 200 groupes ethniques, mais aussi les germes d’une instabilité future.
Les premières années : un pluralisme explosif
L’indépendance de 1960 marque l’entrée dans une ère de foisonnement politique. Environ 250 partis se disputent 137 sièges lors des élections de cette année-là, un chiffre qui illustre l’effervescence mais aussi la fragilité de la jeune démocratie. Les rivalités ethniques et les luttes de pouvoir, comme la sécession du Katanga portée par Moïse Tshombe, plongent le pays dans le chaos. En 1965, 233 partis se présentent pour 167 sièges, mais cette surabondance paralyse la gouvernance. L’incapacité à forger un consensus ouvre la voie au coup d’État de Joseph-Désiré Mobutu, qui met fin à ce multipartisme désordonné, révélant les limites d’un pluralisme mal structuré.
Sous Mobutu : l’ombre du parti unique
En 1966, Mobutu fonde le Mouvement populaire de la révolution (MPR), qui devient en 1970 le seul parti autorisé. Chaque citoyen est membre d’office, et l’opposition est étouffée. Cette centralisation impose une stabilité de façade, mais au prix d’une liberté politique sacrifiée. En 1990, sous la pression internationale et des mouvements internes, Mobutu cède à une ouverture partielle, autorisant des partis comme l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Cette transition timide marque le retour d’une pluralité politique, mais dans un climat de méfiance et de répression persistante.
L’ère Kabila : une démocratie fragmentée
Après la chute de Mobutu en 1997, l’arrivée de Laurent-Désiré Kabila, puis de son fils Joseph en 2001, ravive le multipartisme. En 2006, 278 partis sont officiellement enregistrés auprès du ministère de l’Intérieur, un nombre qui grimpe à 599 en 2011, selon les données de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Les élections de 2011, marquées par 98 partis représentés à l’Assemblée nationale, illustrent cette fragmentation : 45 partis n’obtiennent qu’un seul siège, et 74 en ont moins de cinq. Les élections de 2018, toujours sous Joseph Kabila, confirment cette tendance, avec des tensions et des accusations d’irrégularités, soulignant les défis d’une démocratie encore fragile.
Sous Tshisekedi : une inflation record
Depuis l’arrivée de Félix Tshisekedi en 2019, le nombre de partis a explosé, atteignant 910 en 2023, selon le ministère de l’Intérieur. Les élections de décembre 2023, où Tshisekedi est réélu avec 73 % des voix, voient une participation massive de partis, mais beaucoup sont des « partis de tiroir » ou « mallettes », sans ancrage populaire. La coalition de l’Union sacrée de la nation domine l’Assemblée nationale, mais la gouvernance reste entravée par les conflits dans l’Est du pays et une fragmentation politique persistante. Ce chiffre de 910 partis, comparé aux 278 de 2006 et 599 de 2011, traduit une dynamique où la quantité l’emporte souvent sur la qualité.
Une profusion qui interroge
Plusieurs facteurs alimentent cette multiplication des partis. La diversité ethnique, avec plus de 200 groupes, favorise l’émergence de formations régionales ou communautaires. La loi n° 04/002 de 2004, qui régit l’enregistrement des partis, impose des exigences minimales, facilitant ainsi la création de nouvelles entités. L’opportunisme politique prospère également : certains partis naissent pour capter des financements publics ou négocier des alliances lucratives. La fragmentation de l’opposition, où les leaders préfèrent créer leur propre structure plutôt que de s’unir, accentue cette tendance. À l’approche des scrutins, comme en 2011, 2018 ou 2023, cette prolifération s’intensifie, chaque acteur cherchant à se positionner dans le jeu politique.
Un fardeau pour le pays
Cette abondance de partis a des conséquences profondes. Politiquement, elle complique la formation de gouvernements stables, obligeant à des coalitions précaires. Les électeurs, confrontés à des centaines de choix, sont souvent désorientés, ce qui se traduit par une participation en baisse : de 67 % en 2018 à 43 % en 2023. Économiquement, l’instabilité décourage les investissements, freinant le développement d’un pays riche en ressources. Sur le plan sécuritaire, la fragmentation politique peut exacerber les tensions, notamment dans l’Est, où les conflits armés persistent. Socialement, les partis ethniques risquent de creuser les divisions, menaçant la cohésion nationale avec risque de balkanisation. Ce paysage surchargé affaiblit la légitimité démocratique, les « partis mallettes » diluant la crédibilité des processus électoraux.
Dynamique démocratique ou chaos organisé ?
La profusion des partis peut sembler témoigner d’une liberté d’expression et d’une diversité d’idées, piliers d’une démocratie vivante. Mais dans le contexte de la RDC, marquée par des institutions fragiles et des conflits persistants, elle s’apparente davantage à un chaos organisé. Comparée à d’autres pays africains, la RDC se distingue par un nombre exceptionnel de partis : le Nigeria en compte 18, le Kenya 90, et l’Afrique du Sud 52 en 2024. À l’échelle mondiale, des démocraties comme les États-Unis, dominées par deux partis, ou le Royaume-Uni, avec une poignée de formations influentes malgré 393 enregistrées, montrent qu’un système resserré favorise la stabilité. En RDC, la multiplicité des partis, souvent sans programme clair, entrave la gouvernance et alimente la méfiance envers les institutions comme la CENI.
Un chaos à maîtriser d’urgence
Loin de traduire une vitalité démocratique, la prolifération incontrôlée des partis politiques en RDC fragilise les institutions, fragmente les suffrages et nourrit un clientélisme endémique. À ce jour, plus de 900 partis sont enregistrés, pour une poignée seulement disposant d’une réelle assise nationale. Un tel éclatement mine la cohérence des coalitions, rend le parlement ingouvernable, et pousse de plus en plus de voix à appeler à une réforme profonde du système.
Parmi les pistes les plus sérieusement évoquées : le durcissement des critères de reconnaissance des partis. Il s’agirait notamment d’exiger une implantation nationale avérée et continue. Une commission indépendante, composée de magistrats et de représentants de la société civile, pourrait être instituée pour auditer régulièrement l’activité et la conformité des partis existants. À la clé, des radiations automatiques en cas d’infractions ou d’inactivité prolongée.
Autre levier essentiel mais encore inexploité : le financement public. Bien que prévu par la loi de 2008, celui-ci n’a jamais été appliqué, laissant les partis dans une précarité structurelle qui alimente les logiques d’allégeance au pouvoir ou de survie clientéliste. Mettre enfin en œuvre ce financement, selon des critères de représentativité mesurables, inciterait les formations les plus fragiles à se regrouper ou à se retirer, et récompenserait les projets enracinés dans la population. Il conviendrait, par ailleurs, d’exiger qu’un parti ayant présenté des candidats obtienne au moins un siège pour demeurer légalement reconnu, sous peine de radiation.
Pour rompre avec la personnalisation excessive des formations politiques, la loi devrait également imposer des élections internes régulières : tous les cinq ans, sous supervision indépendante. Nul ne devrait pouvoir diriger un parti plus de dix ans d’affilée. Limiter la longévité des présidences internes contribuerait à faire émerger de nouvelles générations de cadres et à renforcer la démocratie interne.
Le mode de scrutin lui-même est sur la sellette. Le système proportionnel intégral actuellement en vigueur favorise l’émiettement du paysage politique et rend la formation de majorités stables quasi impossible. Une réforme instaurant un scrutin mixte, combinant uninominal majoritaire à un tour et proportionnelle avec un seuil d’éligibilité de 5 %, permettrait de rationaliser la représentation, de favoriser des coalitions durables et de recentrer le débat sur les idées plutôt que sur les individus.
Enfin, le maintien de la mesure symbolique : la perte automatique du mandat pour tout élu qui changerait de parti en cours de législature, afin d’en finir avec l’opportunisme et l’instabilité parlementaire chronique.
Mais la régulation juridique, aussi rigoureuse soit-elle, ne suffira pas. C’est une culture politique nouvelle qu’il faut bâtir. Cela passe par l’imposition de la transparence financière, l’obligation de rendre publics les comptes des partis, mais aussi par une éducation civique intégrée dès le cursus scolaire et soutenue par les médias. Redonner du sens à l’engagement politique passe par l’assainissement du système, mais aussi par une prise de conscience collective des dérives d’un multipartisme devenu incontrôlé.
Vers un avenir politique apaisé
L’histoire des partis politiques en RDC reflète les aspirations et les défis d’une nation en quête de stabilité. De la ferveur anticoloniale des années 1950 à l’explosion actuelle de 910 partis, le pays navigue entre pluralisme et désordre. Si cette diversité peut symboliser une vitalité démocratique, elle constitue en réalité un frein à une gouvernance efficace. En adoptant des réformes audacieuses et en s’appuyant sur une vision collective, la RDC peut transformer ce foisonnement en une force, bâtissant une démocratie plus cohérente et inclusive, au service de ses citoyens et de son avenir.
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Léopards de la RDC : Après l’exploit, l’heure de la confirmation
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2 semaines agoon
juillet 7, 2026By
La redaction
Ils sont revenus. Par la grande porte. Après 52 ans d’absence, les Léopards de la République Démocratique du Congo ont foulé les pelouses américaines du Mondial 2026 avec la détermination de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Si l’aventure s’est achevée en seizièmes de finale face à l’Angleterre, elle a laissé un héritage bien plus précieux qu’un simple bilan comptable.
Le retour d’un géant endormi
Pour la RDC, 100 millions d’habitants et une culture footballistique parmi les plus riches du continent, cette qualification était bien plus qu’un exploit sportif. Elle mettait fin à cinq décennies d’attente, depuis l’épopée du Zaïre en 1974, et consacrait le travail de reconstruction engagé sous la houlette de Sébastien Desabre.
Le parcours qualificatif avait déjà valeur de test. Placés dans le groupe B aux côtés du Sénégal, les Léopards ont terminé deuxièmes avec 22 points avant d’écarter le Cameroun puis le Nigeria en barrages. Le dernier obstacle, la Jamaïque, fut franchi en prolongation grâce à Axel Tuanzebe, envoyant toute une nation en délire.
Un Mondial qui change tout
Le groupe K promettait un baptême du feu : Portugal, Colombie et Ouzbékistan. Face aux favoris portugais au NRG Stadium de Houston, les Léopards n’ont pas tremblé. Menés dès la 6e minute, ils ont égalisé juste avant la pause par Yoane Wissa sur corner, pour arracher un nul historique (1-1).
Le sélectionneur adjoint Rafael Hamidi résumait l’exploit : « Ce score de parité face au Portugal, c’était à prendre si on nous l’avait proposé avant le coup d’envoi ». La presse congolaise saluait un système en 3-5-2 particulièrement solide, la discipline collective et les transitions rapides.
Qualifiés pour les seizièmes de finale, les Léopards ont longtemps fait douter l’Angleterre, menant jusqu’à la 76e minute avant de s’incliner 2-1 dans les dernières secondes. Un scénario cruel qui a rappelé les limites d’un groupe prometteur mais encore en apprentissage des grands rendez-vous.
Les enseignements d’une expérience unique
Ce Mondial a livré plusieurs enseignements pour l’avenir. D’abord, une force mentale confirmée. Les barrages contre le Cameroun et le Nigeria avaient déjà forgé ce groupe, capable de rester lucide sous pression. Face au Portugal, les Léopards ont prouvé qu’ils pouvaient rivaliser avec les meilleures nations.
Ensuite, des fragilités structurelles. Comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Japon, la RDC a cédé dans les dernières minutes face à l’Angleterre. Loïc Aumont, spécialiste de la performance, analyse : « Ces sélections possèdent les qualités techniques et physiques. Ce qui fait basculer un match, c’est la gestion des émotions lorsque la pression atteint son maximum ». Un déficit d’expérience à ce niveau que seul le temps et les répétitions pourront combler.
Cap sur la CAN 2027 : un trophée à portée de griffes ?
L’objectif est désormais clair : les Léopards doivent viser le titre lors de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations, organisée en 2027 au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie.
Le contexte est favorable. Cette génération, portée par Chancel Mbemba, son capitaine de 31 ans, possède une identité de jeu forte et un vécu commun exceptionnel. Le vivier de talents, évoluant pour beaucoup dans les meilleurs championnats européens, n’a jamais été aussi riche.
Le chemin qualificatif pour la CAN 2027 s’annonce abordable, avec un groupe E composé de la Guinée équatoriale, de la Sierra Leone et du Zimbabwe. Mais les Léopards savent désormais qu’aucune montagne n’est insurmontable, comme l’écrivait la presse congolaise avant le choc contre le Portugal : « Aucune montagne n’est insurmontable quand on est déterminé ».
Le défi de la régularité
Si le rêve est permis, la réalité impose de rester humble. Le Mondial a montré que l’écart avec les meilleures nations s’est considérablement réduit, mais que la gestion des moments décisifs reste le nerf de la guerre. Les Léopards devront transformer l’essai en confirmant leur niveau sur la durée, avec un calendrier international exigeant et des joueurs à préserver.
Sébastien Desabre, l’artisan de ce renouveau, aura à cœur de capitaliser sur cette expérience unique pour faire franchir un nouveau palier à sa sélection. La CAN 2027 sera le test ultime : plus qu’une performance, c’est un trophée que la RDC attend. Le message des supporters est clair, comme le résumait un journaliste avant le Mondial : « On ne vous demande pas de dominer le Portugal, mais juste de sortir un match de malade du début à la fin ». Pour la CAN 2027, on leur demande désormais de ramener la coupe à la maison.
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Opposition, CENCO et ECC en consultations au Burundi : Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?
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2 semaines agoon
juillet 6, 2026By
La redactionUne délégation réunissant des responsables de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), de l’Église du Christ au Congo (ECC) et plusieurs figures de l’opposition congolaise séjourne à Bujumbura, au Burundi, pour des consultations consacrées à la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Organisée à l’invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, cette rencontre alimente les spéculations sur l’émergence d’un nouveau cadre de dialogue politique autour de la paix et de la stabilité dans la région.
Une nouvelle séquence diplomatique s’ouvre dans la recherche d’une issue à la crise qui secoue l’Est de la République démocratique du Congo. Une délégation composée de responsables de la CENCO, de l’ECC ainsi que de plusieurs leaders de l’opposition est arrivée à Bujumbura pour prendre part à des consultations consacrées à la situation sécuritaire et politique en RDC.
Cette mission répond à une invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, qui assure actuellement la présidence en exercice de l’Union africaine (UA). Déjà engagé dans plusieurs initiatives diplomatiques régionales, le chef de l’État burundais entend poursuivre ses efforts afin de rapprocher les différentes parties prenantes et de favoriser une solution politique durable. La délégation est composée du pasteur André Bokundoa, président de l’ECC, du pasteur Éric Senga, de Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, ainsi que des opposants Martin Fayulu, Delly Sesanga et Dieudonné Bolengetenge. Les membres de cette mission ont quitté Kinshasa dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 juillet 2026 à bord d’un vol régulier d’Ethiopian Airlines à destination de la capitale burundaise.
Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?
Cette initiative, qui intervient alors que plusieurs processus de médiation restent inachevés, soulève une interrogation majeure : Évariste Ndayishimiye cherche-t-il à reprendre le flambeau laissé par João Lourenço ou à insuffler une nouvelle dynamique sous l’égide de l’Union africaine ?
Alors que l’Angola avait été mandaté pour faciliter un dialogue intercongolais, la multiplication des divergences avec les autorités congolaises sur le format et le cadre de ces discussions a progressivement conduit le projet dans l’impasse. D’où cette question que se posent plusieurs observateurs de la crise congolaise : João Lourenço a-t-il jeté l’éponge ?
Officiellement mandaté en février dernier pour mener des consultations en vue d’un dialogue politique en RDC, le président angolais peine à concrétiser son initiative et se fait de plus en plus discret. S’il n’a pas officiellement renoncé à sa mission, plusieurs sources diplomatiques citées par Jeune Afrique indiquent que le processus est, pour l’heure, au point mort.
Les consultations de Bujumbura interviennent alors que les combats se poursuivent dans l’Est de la RDC. Plusieurs localités des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu restent sous le contrôle de l’armée rwandaise et de ses alliés de l’AFC/M23, selon les autorités congolaises, tandis que les initiatives diplomatiques se multiplient pour tenter d’enrayer une crise qui perdure depuis plusieurs années.
Les prémices d’un dialogue inclusif ?
Au-delà de la dimension sécuritaire, la présence conjointe des représentants des Églises et de l’opposition politique confère à ces consultations une portée particulière. Depuis plusieurs mois, la CENCO et l’ECC plaident en faveur d’un dialogue inclusif susceptible de restaurer la cohésion nationale et de créer les conditions d’une paix durable. Leur implication, aux côtés de figures de l’opposition, pourrait traduire une volonté d’élargir les concertations au-delà des seuls canaux gouvernementaux. Selon plusieurs observateurs, cette démarche pourrait également préparer le terrain à un dialogue politique plus large, associant les différentes sensibilités politiques et sociales du pays. Lors de sa récente visite à Kinshasa, le président Évariste Ndayishimiye avait d’ailleurs exprimé son souhait de rencontrer les responsables de l’opposition congolaise avant la marche dite « pacifique » de l’opposition, initialement prévue le 8 juillet puis reportée au 22 juillet. Cette manifestation vise à réclamer la démission du président Félix Tshisekedi, que ses opposants accusent de vouloir modifier la Constitution afin de se maintenir au pouvoir au-delà de 2028, année marquant la fin de son second et dernier mandat.
Si aucun détail officiel n’a encore filtré sur le contenu des échanges à Bujumbura, ces consultations témoignent de la volonté des acteurs régionaux de maintenir la dynamique diplomatique afin de favoriser une désescalade et de rechercher une solution négociée à la crise qui continue de déstabiliser l’Est de la RDC. Reste à savoir si cette initiative débouchera sur un véritable processus de dialogue ou ne constituera qu’une étape supplémentaire dans les multiples médiations en cours. Une chose est certaine : en réunissant autour d’une même table les Églises, l’opposition politique et un acteur régional désormais au premier plan, Bujumbura pourrait devenir le point de départ d’une nouvelle séquence diplomatique dont les développements seront suivis de près, tant en RDC que dans l’ensemble de la région des Grands Lacs.
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ADF : douze années de terreur dans l’Est de la RDC
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3 semaines agoon
juin 29, 2026By
La redaction
Massacres de civils, enlèvements, déplacements de populations et attaques répétées contre les forces de sécurité. Depuis 2014, les Forces démocratiques alliées (ADF) se sont imposées comme l’un des groupes armés les plus meurtriers de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). D’abord rébellion ougandaise réfugiée dans les forêts du Nord-Kivu, le mouvement a progressivement muté pour devenir une organisation terroriste redoutée, responsable de milliers de morts et d’une insécurité persistante dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.
L’histoire des ADF ne commence pas en République démocratique du Congo. Le groupe est créé au milieu des années 1990 en Ouganda par Jamil Mukulu, un opposant au régime du président Yoweri Museveni. Sous la pression de l’armée ougandaise, les rebelles traversent rapidement la frontière et trouvent refuge dans les régions montagneuses et forestières de l’Est congolais, où ils établissent leurs bases arrière. Pendant plusieurs années, les ADF demeurent relativement discrètes, vivant du trafic de ressources naturelles, du commerce illicite et de diverses activités économiques locales. Mais à partir de 2014, la situation bascule. Après une vaste offensive militaire des Forces armées de la RDC (FARDC) contre leurs bastions, le groupe adopte une stratégie de représailles particulièrement violente contre les populations civiles.
Entre octobre 2014 et aujourd’hui, les territoires de Beni, Lubero, Mambasa et Irumu deviennent le théâtre de massacres à répétition. Hommes, femmes et enfants sont tués lors d’attaques nocturnes souvent menées à l’arme blanche. Des villages entiers sont incendiés, tandis que des centaines de personnes sont enlevées. Selon plusieurs organisations nationales et internationales de défense des droits humains, les ADF sont responsables de milliers de morts au cours de la dernière décennie. Le territoire de Beni, dans la province du Nord-Kivu, est particulièrement touché, au point de devenir l’un des symboles de l’insécurité chronique qui frappe l’Est du pays.
De la rébellion au terrorisme…
Au fil des années, le mouvement évolue également sur le plan idéologique. À partir de 2017, plusieurs rapports des Nations unies et d’organismes spécialisés font état d’un rapprochement entre certaines factions des ADF et l’organisation djihadiste État islamique. En 2019, l’État islamique revendique officiellement plusieurs attaques menées dans l’Est de la RDC à travers sa branche dite « Province d’Afrique centrale » (ISCAP). Cette affiliation, contestée à ses débuts par certains experts, se confirme progressivement par la propagande diffusée par les réseaux de l’État islamique et par l’évolution des modes opératoires du groupe. Malgré cela, les ADF conservent des caractéristiques locales fortes, enracinées dans les réalités sécuritaires et économiques de la région des Grands Lacs.
Opérations conjointes « Shujaa »
Face à cette menace, les autorités congolaises ont multiplié les opérations militaires. En mai 2021, le gouvernement instaure l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri afin de renforcer la lutte contre les groupes armés. Quelques mois plus tard, la RDC et l’Ouganda lancent conjointement l’opération militaire « Shujaa » pour traquer les combattants ADF dans leurs sanctuaires forestiers.
Malgré près de cinq ans d’efforts conjoints de la RDC et de l’Ouganda dans le cadre de l’opération Shujaa, les zones débarrassées des combattants des ADF sont régulièrement réinfiltrées en l’espace de quelques semaines. Cette situation s’explique notamment par la solidité du système de succession interne du groupe prévue à l’avance, qui lui permet d’avoir une relève rapide du commandement lorsque des dirigeants sont neutralisés. Des allégations de collusion avec des acteurs étatiques, la faiblesse de la gouvernance et l’insuffisance de la protection des civils aggravent également le problème.
L’opération Shujaa repose sur des offensives conjointes, qui vont des opérations de combat mobiles au renseignement humain, visant à démanteler les structures de commandement des ADF et à rétablir l’autorité de l’État dans les zones occupées. Au-delà des approches cinétiques, elle entend soutenir la stabilisation, notamment par la construction de routes et la réinsertion des personnes enlevées. Toutefois, sa stratégie intègre peu d’approches préventives capables de neutraliser les ADF et reste réactive.
Ces offensives permettent de démanteler plusieurs camps rebelles et d’éliminer certains commandants. Toutefois, les ADF démontrent une forte capacité d’adaptation. Fragmentés en petites unités mobiles, leurs combattants continuent de mener des attaques meurtrières contre les civils et les positions militaires. Aujourd’hui encore, malgré les efforts militaires et les initiatives régionales de stabilisation, les ADF figurent parmi les principaux acteurs de l’insécurité dans l’Est de la RDC. Le groupe demeure particulièrement actif dans les zones frontalières entre le Nord-Kivu et l’Ituri, où les populations vivent sous la menace permanente d’incursions armées. Douze ans après le début des massacres de grande ampleur à Beni, la question des ADF reste l’un des défis sécuritaires majeurs de la République démocratique du Congo. Derrière les statistiques et les rapports se trouvent des milliers de familles endeuillées, des villages détruits et des communautés déplacées. Tant que cette menace persistera, la paix durable dans l’Est du pays demeurera un objectif difficile à atteindre, malgré les efforts déployés par les autorités congolaises et leurs partenaires régionaux.
Groupe armé le plus meurtrier en mai 2026
Les ADF ont été responsables du plus grand nombre de victimes civiles dans l’est de la République démocratique du Congo au cours du mois de mai 2026. C’est ce que révèle un rapport publié par l’Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, Ebuteli, qui fait état d’une recrudescence alarmante des attaques contre les populations civiles, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. L’insécurité continue de faire des ravages dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Dans son dernier rapport sur la situation sécuritaire, Ebuteli indique que les ADF demeurent le groupe armé le plus meurtrier de la région, avec au moins 190 civils tués au cours du seul mois de mai 2026. Ce bilan représente une augmentation spectaculaire par rapport au mois d’avril, où 53 victimes civiles avaient été enregistrées. Selon le rapport, cette recrudescence des violences s’est traduite par au moins 36 attaques attribuées aux rebelles ougandais, actifs principalement dans les territoires de Beni, Mambasa, Irumu et Lubero. Les assaillants ont multiplié les incursions meurtrières dans plusieurs villages, ciblant des populations civiles souvent sans défense.
L’un des faits marquants du mois a été le retour des attaques dans la ville de Beni. Dans la nuit du 30 au 31 mai, des combattants ADF ont mené plusieurs incursions simultanées dans la ville et ses environs, causant la mort d’au moins 26 civils. Il s’agit de la première attaque documentée dans la zone urbaine de Beni depuis 2023. Le rapport souligne également que les ADF ont intensifié leurs opérations malgré les offensives conjointes menées par les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’armée ougandaise dans le cadre de l’opération Shujaa. Les chercheurs estiment que plusieurs de ces massacres pourraient constituer des représailles aux pressions militaires exercées contre le groupe armé.
Pendant ce temps, d’autres groupes armés restent actifs dans la région. En Ituri, la CODECO et l’URDPC poursuivent leurs activités criminelles, tandis que dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, les affrontements entre le M23 et divers groupes armés locaux continuent d’alimenter l’instabilité. Toutefois, aucun de ces acteurs n’a atteint le niveau de violence meurtrière enregistré par les ADF au cours du mois de mai.
Alors que les populations de l’est de la RDC espèrent un retour durable de la paix, les conclusions du rapport d’Ebuteli rappellent l’ampleur du défi sécuritaire auquel le pays reste confronté. La montée en puissance des attaques des ADF, combinée à la persistance de multiples foyers de violence, continue de faire peser une lourde menace sur les civils, premiers victimes d’un conflit qui semble loin de s’essouffler.
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