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RDC : du parti-État à 910 partis plus tard, où va la démocratie ?

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La République démocratique du Congo (RDC) est un kaléidoscope politique où s’entremêlent ambitions, identités et luttes de pouvoir. Avec 910 partis politiques enregistrés en 2023, selon le ministère de l’Intérieur, le pays détient un record qui fascine autant qu’il interroge. Cette profusion, loin d’être un simple chiffre, raconte une histoire tumultueuse, entre ferveur démocratique et fragmentation chaotique.

Sous la tutelle belge, les Congolais étaient privés de voix politique, mais des associations culturelles et des cercles d’ « évolués » ont jeté les bases d’une résistance discrète. En 1957, les réformes coloniales ouvrent la porte à la création de partis, et à l’aube de l’indépendance en 1960, plus de 200 formations émergent, souvent ancrées dans des identités ethniques. Le Mouvement national congolais (MNC) de Patrice Lumumba et l’Alliance des Bakongo (ABAKO) de Joseph Kasa-Vubu incarnent cette lutte pour l’émancipation. Malgré leur fragmentation, ces partis galvanisent la population, canalisant l’aspiration à la liberté face à l’oppression coloniale. Leur diversité reflète déjà la complexité d’un pays aux 200 groupes ethniques, mais aussi les germes d’une instabilité future.

Les premières années : un pluralisme explosif

L’indépendance de 1960 marque l’entrée dans une ère de foisonnement politique. Environ 250 partis se disputent 137 sièges lors des élections de cette année-là, un chiffre qui illustre l’effervescence mais aussi la fragilité de la jeune démocratie. Les rivalités ethniques et les luttes de pouvoir, comme la sécession du Katanga portée par Moïse Tshombe, plongent le pays dans le chaos. En 1965, 233 partis se présentent pour 167 sièges, mais cette surabondance paralyse la gouvernance. L’incapacité à forger un consensus ouvre la voie au coup d’État de Joseph-Désiré Mobutu, qui met fin à ce multipartisme désordonné, révélant les limites d’un pluralisme mal structuré.

Sous Mobutu : l’ombre du parti unique

En 1966, Mobutu fonde le Mouvement populaire de la révolution (MPR), qui devient en 1970 le seul parti autorisé. Chaque citoyen est membre d’office, et l’opposition est étouffée. Cette centralisation impose une stabilité de façade, mais au prix d’une liberté politique sacrifiée. En 1990, sous la pression internationale et des mouvements internes, Mobutu cède à une ouverture partielle, autorisant des partis comme l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Cette transition timide marque le retour d’une pluralité politique, mais dans un climat de méfiance et de répression persistante.

L’ère Kabila : une démocratie fragmentée

Après la chute de Mobutu en 1997, l’arrivée de Laurent-Désiré Kabila, puis de son fils Joseph en 2001, ravive le multipartisme. En 2006, 278 partis sont officiellement enregistrés auprès du ministère de l’Intérieur, un nombre qui grimpe à 599 en 2011, selon les données de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Les élections de 2011, marquées par 98 partis représentés à l’Assemblée nationale, illustrent cette fragmentation : 45 partis n’obtiennent qu’un seul siège, et 74 en ont moins de cinq. Les élections de 2018, toujours sous Joseph Kabila, confirment cette tendance, avec des tensions et des accusations d’irrégularités, soulignant les défis d’une démocratie encore fragile.

Sous Tshisekedi : une inflation record

Depuis l’arrivée de Félix Tshisekedi en 2019, le nombre de partis a explosé, atteignant 910 en 2023, selon le ministère de l’Intérieur. Les élections de décembre 2023, où Tshisekedi est réélu avec 73 % des voix, voient une participation massive de partis, mais beaucoup sont des « partis de tiroir » ou « mallettes », sans ancrage populaire. La coalition de l’Union sacrée de la nation domine l’Assemblée nationale, mais la gouvernance reste entravée par les conflits dans l’Est du pays et une fragmentation politique persistante. Ce chiffre de 910 partis, comparé aux 278 de 2006 et 599 de 2011, traduit une dynamique où la quantité l’emporte souvent sur la qualité.

Une profusion qui interroge

Plusieurs facteurs alimentent cette multiplication des partis. La diversité ethnique, avec plus de 200 groupes, favorise l’émergence de formations régionales ou communautaires. La loi n° 04/002 de 2004, qui régit l’enregistrement des partis, impose des exigences minimales, facilitant ainsi la création de nouvelles entités. L’opportunisme politique prospère également : certains partis naissent pour capter des financements publics ou négocier des alliances lucratives. La fragmentation de l’opposition, où les leaders préfèrent créer leur propre structure plutôt que de s’unir, accentue cette tendance. À l’approche des scrutins, comme en 2011, 2018 ou 2023, cette prolifération s’intensifie, chaque acteur cherchant à se positionner dans le jeu politique.

Un fardeau pour le pays

Cette abondance de partis a des conséquences profondes. Politiquement, elle complique la formation de gouvernements stables, obligeant à des coalitions précaires. Les électeurs, confrontés à des centaines de choix, sont souvent désorientés, ce qui se traduit par une participation en baisse : de 67 % en 2018 à 43 % en 2023. Économiquement, l’instabilité décourage les investissements, freinant le développement d’un pays riche en ressources. Sur le plan sécuritaire, la fragmentation politique peut exacerber les tensions, notamment dans l’Est, où les conflits armés persistent. Socialement, les partis ethniques risquent de creuser les divisions, menaçant la cohésion nationale avec risque de balkanisation. Ce paysage surchargé affaiblit la légitimité démocratique, les « partis mallettes » diluant la crédibilité des processus électoraux.

Dynamique démocratique ou chaos organisé ?

La profusion des partis peut sembler témoigner d’une liberté d’expression et d’une diversité d’idées, piliers d’une démocratie vivante. Mais dans le contexte de la RDC, marquée par des institutions fragiles et des conflits persistants, elle s’apparente davantage à un chaos organisé. Comparée à d’autres pays africains, la RDC se distingue par un nombre exceptionnel de partis : le Nigeria en compte 18, le Kenya 90, et l’Afrique du Sud 52 en 2024. À l’échelle mondiale, des démocraties comme les États-Unis, dominées par deux partis, ou le Royaume-Uni, avec une poignée de formations influentes malgré 393 enregistrées, montrent qu’un système resserré favorise la stabilité. En RDC, la multiplicité des partis, souvent sans programme clair, entrave la gouvernance et alimente la méfiance envers les institutions comme la CENI.

Un chaos à maîtriser d’urgence

Loin de traduire une vitalité démocratique, la prolifération incontrôlée des partis politiques en RDC fragilise les institutions, fragmente les suffrages et nourrit un clientélisme endémique. À ce jour, plus de 900 partis sont enregistrés, pour une poignée seulement disposant d’une réelle assise nationale. Un tel éclatement mine la cohérence des coalitions, rend le parlement ingouvernable, et pousse de plus en plus de voix à appeler à une réforme profonde du système.

Parmi les pistes les plus sérieusement évoquées : le durcissement des critères de reconnaissance des partis. Il s’agirait notamment d’exiger une implantation nationale avérée et continue. Une commission indépendante, composée de magistrats et de représentants de la société civile, pourrait être instituée pour auditer régulièrement l’activité et la conformité des partis existants. À la clé, des radiations automatiques en cas d’infractions ou d’inactivité prolongée.

Autre levier essentiel mais encore inexploité : le financement public. Bien que prévu par la loi de 2008, celui-ci n’a jamais été appliqué, laissant les partis dans une précarité structurelle qui alimente les logiques d’allégeance au pouvoir ou de survie clientéliste. Mettre enfin en œuvre ce financement, selon des critères de représentativité mesurables, inciterait les formations les plus fragiles à se regrouper ou à se retirer, et récompenserait les projets enracinés dans la population. Il conviendrait, par ailleurs, d’exiger qu’un parti ayant présenté des candidats obtienne au moins un siège pour demeurer légalement reconnu, sous peine de radiation.

Pour rompre avec la personnalisation excessive des formations politiques, la loi devrait également imposer des élections internes régulières : tous les cinq ans, sous supervision indépendante. Nul ne devrait pouvoir diriger un parti plus de dix ans d’affilée. Limiter la longévité des présidences internes contribuerait à faire émerger de nouvelles générations de cadres et à renforcer la démocratie interne.

Le mode de scrutin lui-même est sur la sellette. Le système proportionnel intégral actuellement en vigueur favorise l’émiettement du paysage politique et rend la formation de majorités stables quasi impossible. Une réforme instaurant un scrutin mixte, combinant uninominal majoritaire à un tour et proportionnelle avec un seuil d’éligibilité de 5 %, permettrait de rationaliser la représentation, de favoriser des coalitions durables et de recentrer le débat sur les idées plutôt que sur les individus.

Enfin, le maintien de la mesure symbolique : la perte automatique du mandat pour tout élu qui changerait de parti en cours de législature, afin d’en finir avec l’opportunisme et l’instabilité parlementaire chronique.

Mais la régulation juridique, aussi rigoureuse soit-elle, ne suffira pas. C’est une culture politique nouvelle qu’il faut bâtir. Cela passe par l’imposition de la transparence financière, l’obligation de rendre publics les comptes des partis, mais aussi par une éducation civique intégrée dès le cursus scolaire et soutenue par les médias. Redonner du sens à l’engagement politique passe par l’assainissement du système, mais aussi par une prise de conscience collective des dérives d’un multipartisme devenu incontrôlé.

Vers un avenir politique apaisé

L’histoire des partis politiques en RDC reflète les aspirations et les défis d’une nation en quête de stabilité. De la ferveur anticoloniale des années 1950 à l’explosion actuelle de 910 partis, le pays navigue entre pluralisme et désordre. Si cette diversité peut symboliser une vitalité démocratique, elle constitue en réalité un frein à une gouvernance efficace. En adoptant des réformes audacieuses et en s’appuyant sur une vision collective, la RDC peut transformer ce foisonnement en une force, bâtissant une démocratie plus cohérente et inclusive, au service de ses citoyens et de son avenir.

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RDC-Ouganda : les dessous d’une collaboration sur fond de méfiance

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L’armée ougandaise (UPDF) a annoncé, fin mars 2026, son intention de se retirer de plusieurs positions dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu et jusqu’à Mahagi, en Ituri. Ce désengagement, confirmé par le chef d’état-major Muhoozi Kainerugaba, se fera, selon lui, en coordination avec Kinshasa, juste après le retrait des rebelles du M23 de la zone. Bien avant cette annonce qui, du reste, n’est pas officialisée, l’Ouganda voulait obtenir la démission du gouverneur militaire de l’Ituri. Une stratégie de pression sur Kinshasa qui interroge sur les véritables motivations de Kampala. Son intervention militaire aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans la traque des rebelles ADF pourrait bien cacher d’autres motivations, essentiellement économiques.   

L’UPDF (Uganda People’s Defence Force) est déployée en Ituri, dans le nord-est de la RDC dans le cadre de l’opération Shujaa depuis fin 2021, collaborant avec les FARDC contre les rebelles ougandais de l’Alliance des forces démocratiques (ADF). Cette mutualisation FARDC-UPDF vise à neutraliser ce groupe armé qui a fait allégeance à l’Etat islamique. Ce groupe est présent en Ituri et au Nord-Kivu. Officiellement, il s’agit de combattre l’insécurité. Cependant, cette présence vise également à sécuriser les intérêts économiques ougandais (routes, or, bois et pétrole du lac Albert).

A ce jour, cette mutualisation des forces n’a pas permis d’arrêter les attaques des ADF contre des civils aussi bien en Ituri qu’au Nord-Kivu. Loin de renforcer la sécurité des Congolais et des Ougandais dans les zones frontalières, cette alliance semble avant tout servir les intérêts économiques ougandais, notamment en matière d’exportation d’or. 

Les chiffres d’exportation d’or explosent en Ouganda

L’Ouganda n’est pas un producteur massif d’or. Cependant, il enregistre des chiffres record sur l’exportation de ce minerai. Une croissance due à l’augmentation des prix mais surtout au trafic favorisé par l’instabilité de la région, principalement dans l’Est de la RDC. L’Ouganda a vu ses revenus d’exportation d’or atteindre des chiffres records. Selon la Banque d’Ouganda, en 2019, ces revenus s’élevaient à 1,26 milliard de dollars, les exportations d’or ont ensuite culminé à 2,3 milliards de dollars en 2023, puis à 3,3 milliards de dollars en 2024. D’après des prévisions pour 2025, ces revenus devraient atteindre 6,4 milliards de dollars. 

Cette croissance est principalement due à l’augmentation du prix de l’or, qui avoisinait l’année dernière 5.000 dollars l’once. L’or représente désormais 47% des revenus d’exportation de l’Ouganda, surpassant largement d’autres produits phares comme le café et le cacao. Malgré ces chiffres impressionnants, l’Ouganda n’est pas devenu un producteur massif d’or, note TV5 Monde. Lors d’un récent forum économique, le gouverneur adjoint de la Banque centrale ougandaise, Augustus Nuwagaba, a admis que l’or exporté par le pays pourrait ne pas provenir de ses propres mines. « Il se peut qu’il ne soit pas à nous », avait-il déclaré. Mais d’où vient l’or exporté par l’Ouganda ?

L’insécurité en RDC profite à l’économie ougandaise 

L’Ouganda profite du trafic d’or en provenance de pays voisins, notamment de la RDC. Riche en ressources aurifères, ce pays partage une frontière avec l’Ouganda dans des zones comme l’Ituri et le Nord-Kivu. Ces régions sont non seulement riches en or, mais aussi en proie à des conflits armés. Ce qui favorise le trafic de ce métal jaune notamment vers l’Ouganda. En Ituri, par exemple, l’or est très présent, particulièrement dans les territoires de Djugu, Mahagi et Mambasa, s’appuyant sur des gisements historiques (Kilo-Moto). Cette ressource, exploitée à la fois de manière artisanale et industrielle, alimente une économie de guerre contrôlée en partie par des groupes armés et réseaux criminels, générant d’importants flux financiers illicites. Selon l’étude d’une ONG anti-corruption, environ 95 % de l’or exporté depuis l’Ouganda est illicite.  

En état de siège depuis plus de 4 ans, la province de l’Ituri n’a pas toujours recouvré la paix totalement. Le gouverneur militaire, le lieutenant-général Johnny Luboya entretient des rapports tendus avec des trafiquants d’or. L’Ouganda également n’apprécie pas cet officier congolais. Le chef d’état-major de l’armée ougandaise, le général Muhoozi Kainerugaba ne cache pas son hostilité envers ce gouverneur militaire, appelant parfois à son arrestation sur les réseaux sociaux. L’Ouganda a même formulé une demande formelle pour solliciter son remplacement. D’après les informations révélées par Africa Intelligence, le pouvoir de Félix Tshisekedi a rejeté ces demandes de l’armée ougandaise, qui réclamait l’éviction de ce gouverneur militaire.

Sécuriser ses investissements pétroliers

En dehors du trafic d’or à son avantage, l’Ouganda vise aussi la sécurisation de ses intérêts économiques dans la région. Des intérêts qui empiètent sur la zone d’influence du voisin rwandais, estime le rapport d’un groupe d’experts de l’ONU publié en août 2024. En dehors des intérêts sécuritaires, le gouvernement ougandais se concentre sur la sécurisation de ses investissements pétroliers et le renforcement des réseaux commerciaux vers la RDC, où ses exportations formelles ont représenté en 2019 « 156 millions de dollars » et les exportations informelles, constituées en majorité de biens industriels, « 330 millions de dollars ».

Des accointances avec le M23 et la CRP

La collaboration militaire entre la RDC et l’Ouganda s’opère dans un climat de méfiance, avec des allégations de soutien de Kampala à d’autres groupes rebelles, comme le M23 mais aussi la Convention pour la révolution populaire (CRP) de Thomas Lubanga. Ce dernier s’est même exilé en Ouganda mais son groupe mène des combats contre l’armée congolaise en Ituri. L’Ouganda a joué un rôle discret mais documenté dans la résurgence du M23, en facilitant le retour de son chef militaire en RDC en 2017 et en servant de vivier de recrutement pour la rébellion, selon un rapport publié en avril 2026 par le Congo Research Group (CRG) et le Center on International Cooperation (CIC) de l’Université de New York. Ce document note également que des officiers de l’armée ougandaise (UPDF) ont également été signalés comme participant aux sessions de formation militaire dispensées aux recrues du M23 dans le camp de Tchanzu, en RDC, aux côtés d’officiers des Forces de défense rwandaises en 2021. Mais ce rapport ne précise pas la nature exacte des arrangements entre Kampala et le M23. Difficile de savoir si ces facilitations reflètent une politique délibérée de Kampala ou il s’agit simplement des initiatives individuelles de la part de certains officiers militaires ougandais.

Depuis le lancement de ces opérations dénommées « Shuuja » visant à neutraliser les ADF, les autorités congolaises et ougandaises affichent officiellement une volonté commune de restaurer la paix. Malgré des engagements répétés en faveur d’une coopération sécuritaire renforcée, les relations entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda restent marquées par une profonde méfiance, notamment en ce qui concerne leurs opérations militaires conjointes dans l’est du pays. Malgré ce climat de méfiance, Kinshasa et Kampala poursuivent cette collaboration. Le 21 juin dernier, le président congolais Félix Tshisekedi avait reçu à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa, le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Kaguta Museveni et chef d’état-major de l’armée. La veille de cette rencontre, le 20 juin, les responsables des armées de deux pays avaient signé un accord pour poursuivre leur opération militaire conjointe contre les rebelles ADF.

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RDC : comment le gouvernement compte utiliser les fonds de 1,25 milliard USD d’eurobonds ?

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La République démocratique du Congo a mobilisé 1,25 milliard de dollars sur les marchés financiers internationaux à travers une émission d’eurobonds le 9 avril 2026. Lors d’une conférence de presse tenue le 13 avril à Kinshasa, le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a présenté les projets prioritaires à financer, dans un contexte de besoins urgents pour soutenir le développement économique et social du pays.

L’émission d’eurobonds réalisée par la République démocratique du Congo s’inscrit dans une stratégie de diversification des sources de financement. Selon le ministère des Finances, cette levée de fonds vise principalement à financer des projets d’infrastructures, notamment dans les transports et l’énergie, considérés comme des leviers essentiels de croissance. Près de la moitié des projets prévus dans ce financement concernent la ville de Kinshasa, capitale du pays, confrontée à une démographie galopante sans moyens de transport et autres infrastructures de base. Une partie de fonds levés vise à construire un nouveau terminal de 49 000 m² à l’aéroport de N’djili, capable d’accueillir 5 millions de passagers par an.

Quelque 300 kilomètres de routes sont également prévus, ainsi qu’une rocade de 31 kilomètres avec échangeurs et ponts. Les autres investissements visent le développement d’un réseau de lignes de transmission électrique de 330 KV permettant une connexion entre la Zambie et la « ceinture de cuivre » de la RDC, une centrale hydroélectrique de 64 mégawatts et des réseaux de distribution dans la province du Kasaï-Central.

Dans d’autres villes du pays, ces fonds vont également financer la création de centres de formation professionnelle précisément dans quatre villes. Il y a aussi la modernisation de la route entre la ville de Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, et Beni, dans la province du Nord-Kivu, longue de 750 kilomètres.

Des craintes sur la transparence de fonds persistent…

Si le gouvernement met en avant des investissements structurants, experts et institutions appellent à la transparence dans la gestion de ces fonds mais aussi à la prudence face aux risques de surendettement. D’après des analyses de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, la RDC fait face à un déficit important en infrastructures, ce qui freine son développement économique. Les investissements dans les routes, les barrages et les réseaux électriques pourraient ainsi améliorer la connectivité et soutenir l’industrialisation, en particulier dans les zones minières. Mais la gestion de ces réalisations pose de doute quant à la transparence. « Nous voulons un témoin, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), pour assurer le suivi de la gestion de ces ressources. Nous allons, pour la transparence, informer la population sur l’affectation du 1,25 milliard mobilisé. D’ici un an, nous inviterons les investisseurs à constater concrètement les réalisations. », a répondu Doudou Fwamba face aux craintes sur la transparence dans la gestion de ces fonds. Ces craintes sont exprimées suite à des précédents en Afrique subsaharienne qui montrent que l’absence de suivi rigoureux peut limiter l’impact réel de tels financements sur les conditions de vie des populations. La Banque africaine de développement (BAD) souligne, dans certains de ses rapports, que l’efficacité de la dépense publique reste un enjeu clé pour maximiser les retombées économiques.

Eurobonds, la RDC très crédible sur le marché ?

Le pays a accompli un pas de plus en accédant aux marchés internationaux des capitaux. C’est un moyen pour la RDC de diversifier ses sources de financements. Plusieurs facteurs ont joué pour la réussite de cette opération. Coordonnée notamment par la Rawbank au niveau de la région, cette opération d’eurobonds est la conséquence d’une discipline budgétaire observée ces derniers temps au pays.

Le faible niveau d’endettement public de la RDC a aussi pesé en faveur de Kinshasa dans les calculs des investisseurs. Kinshasa n’avait soumis que des demandes pour 1,25 milliard de dollars, mais a reçu des soumissions frôlant les 5 milliards de dollars. Le ministre des Finances justifie le refus du fonds supplémentaire par le fait que le gouvernement n’avait en main que des projets avec étude de faisabilité coutant le 1,25 milliard de dollars sollicité. « Nous ne pouvions pas accepter toutes ces soumissions. Nous n’avions que des projets avec des études de faisabilité pour le montant sollicité », a fait savoir le ministre des Finances qui s’est réjoui non pas du milliard reçu mais de la « crédibilité certifiée » que le pays a gagné dans ce processus. Doudou Fwamba célèbre donc la « reconnaissance des efforts » du président Félix Tshisekedi et l’entrée « très réussie » de la RDC dans la finance internationale.

Pour réussir cette opération, la Rawbank, première banque de la RDC, a agi aux côtés des leaders mondiaux tels que Citigroup et Standard Chartered Bank comme arrangeurs et coordinateurs des souscriptions au niveau global. « Nous sommes fiers d’avoir accompagné cette opération, qui ouvre la voie à de nouveaux financements internationaux, y compris pour les émetteurs non souverains », a déclaré Mustafa Rawji, directeur général de la Rawbank. Avec cet emprunt, le taux d’endettement du pays passe de 18,1 % à 19,5 % du PIB, un niveau toujours inférieur à celui de pays comme la Namibie, l’Angola ou le Kenya. Kinshasa prévoit de constituer des provisions annuelles pour son remboursement.

Si les 1,25 milliard de dollars d’eurobonds offrent à la République démocratique du Congo une opportunité d’accélérer son développement, leur réussite dépendra de la capacité du gouvernement à conjuguer discipline budgétaire, transparence et efficacité dans l’exécution des projets, sous le regard attentif des partenaires comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.

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Kinshasa : que sait-on du projet de viaduc pour désengorger les axes Nguma-Mondjiba-Socimat ?

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Face à la congestion chronique qui paralyse l’accès au centre-ville de Kinshasa, le gouvernement congolais a annoncé via le conseil des ministres tenu le 10 avril 2026 un projet de viaduc de 3,5 km dans la baie de Ngaliema. Objectif : fluidifier la circulation sur les axes importants reliant notamment les avenues Nguma, Mondjiba à la Gombe en passant par la rive gauche du fleuve Congo. Plusieurs zones d’ombre entourent encore ce projet, notamment son financement et son tracé à la hauteur de la très convoitée Baie de Ngaliema.   

Présenté lors du Conseil des ministres du 10 avril 2026, le projet de viaduc dans la baie de Ngaliema s’inscrit dans une stratégie plus large de lutte contre les embouteillages à Kinshasa. Selon les autorités, cette infrastructure vise en priorité les axes les plus saturés de l’ouest de la capitale, notamment la route de Matadi, la rocade nord-ouest et le corridor Kintambo–boulevard Mondjiba–Socimat, régulièrement paralysés aux heures de pointe.

Long d’environ 3,5 kilomètres, le futur viaduc sera constitué de deux fois deux voies. Il doit relier directement les rocades nord-ouest et nord-est, en contournant les points noirs de circulation comme Kintambo-Magasin. Le tracé annoncé partirait de l’avenue du Tourisme, à hauteur de l’Hôpital de la Rive, longerait la baie de Ngaliema via le site de Chanic, pour déboucher sur le boulevard Tshatshi, à proximité de l’Hôtel Pullman, dans la commune de la Gombe.

Conçu comme une voie rapide urbaine, l’ouvrage permettrait une vitesse de circulation estimée entre 60 et 80 km/h, avec des échangeurs et rampes d’accès contrôlées. Il offrirait ainsi une alternative directe aux axes Nguma et Mondjiba, aujourd’hui saturés par l’augmentation du parc automobile et l’urbanisation rapide de la capitale. Pour le gouvernement, ce projet constitue une réponse structurelle à un problème devenu chronique : chaque jour, des milliers d’usagers passent plusieurs heures dans les embouteillages pour rejoindre la Gombe, principal centre administratif et économique. Le viaduc s’inscrit également dans un programme plus large de réaménagement de la baie de Ngaliema et de modernisation des infrastructures routières de Kinshasa.

Baie de Ngaliema, un site aux projets controversés

La rive gauche du fleuve, dans la zone communément appelée « Baie de Ngaliema », est toujours convoitée par plusieurs projets immobiliers controversés. Réputée site non aedificandi depuis l’époque coloniale, la Baie de Ngaliema est occupée actuellement par des constructions dites anarchiques. Si le gouvernement a réussi à démolir d’autres constructions anarchiques ailleurs notamment à Magasin-Kintambo, la Baie de Ngaliema continue cependant d’être spoliée par des « puissants » au point de faire capituler le gouvernement. En juin 2025, en marge de la Journée mondiale de l’environnement, célébrée chaque 5 juin, la ministre de l’Environnement et développement durable, Eve Bazaiba, avait officiellement annoncé la « sanctuarisation » de la Baie de Ngaliema. Les travaux visant à transformer cet espace en parc récréatif écotouristique ont été lancés par la même occasion, faisant de cette zone « une aire protégée ». En tant que telle, ce site bénéficie des protections prévues par la loi sur la conservation de la nature, au même titre que toutes les autres aires protégées du pays. Eve Bazaiba avait également mis en garde les fonctionnaires qui délivrent des titres fonciers sur des espaces « non aedificandi », conseillant aux acquéreurs de parcelles d’agir avec prudence. « Vos propres besoins ne vous permettent pas de construire n’importe où. Lorsqu’il y a des catastrophes, ces mêmes personnes appellent l’Etat à l’aide alors que c’est elles-mêmes qui prennent des risques démesurés. Que les conservateurs des titres fonciers sachent qu’aujourd’hui il y a pénalisation des actes. Celui qui donne des titres fonciers aux paisibles citoyens là où il ne faut pas se retrouvera en prison. », avait-elle menacé. Si hier, ils étaient couverts, ce n’est pas le cas aujourd’hui. La loi a déjà été promulguée, avait-elle ajouté. Dans la foulée de cette mesure, l’aménagement et la gestion de cet espace ont été confiés à la société Utexafrica, suivant un partenariat public-privé signé en 2017. Jean-Philippe Waterschoot, directeur général de cette société, avait expliqué que ce projet vise à protéger la rivière Makelele et le fleuve Congo tout en offrant aux Kinois un espace récréatif accessible gratuitement.

Mais malgré ce projet, d’autres constructions anarchiques ont continué. Le 14 février 2026, le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, avait effectué une visite d’évaluation sur ce site stratégique, annonçant de facto le début d’un processus qui devrait conduire à la démolition des bâtisses érigées en violation des normes urbanistiques.            

Un projet de « petit » Dubaï en attente… 

Depuis 2017, les projets foisonnent à la Baie de Ngaliema. Un projet immobilier et d’urbanisation à usage mixte avait été conçu sur une superficie totale de 187 ha. Le projet Corniche est divisé en quatre zones. Il visait à créer une sorte de « petit Dubaï » sur ce site. La zone I qui part de la résidence actuelle de l’ambassadeur de France jusqu’à la clôture du Palais de la Nation. Elle s’étend sur une superficie de 24,56 ha, dont 9,02 ha sur la terre ferme et 15,54 ha à gagner sur le fleuve. Il était prévu d’ériger un restaurant, des commerces, des logements collectifs et des maisons individuelles. La Zone II s’étend du Palais de la Nation à l’embouchure de la rivière Gombe sur une superficie de 33,07 ha, dont 11,80 ha sur la terre ferme et 21,07 à gagner sur le fleuve. Dans cette zone, il était prévu la construction d’un restaurant, des commerces, un hôtel et des logements collectifs. La zone III, la plus importante de toutes, va de la rivière Gombe au chantier naval de Chanimétal au niveau de la baie de Ngaliema sur une superficie de 77,79 ha, dont 67,86 ha sur la terre ferme et 9,93 ha à gagner sur le fleuve. Elle devrait comprendre des bureaux, un restaurant, des commerces, un hôtel, un River Club, des logements collectifs, des maisons individuelles, un parc thématique (45 000 m2) et un théâtre. Et, enfin, la zone IV qui s’étend du chantier naval de Chanimétal jusqu’au collecteur situé au Mont Ngaliema, soit une superficie de 52,23 ha, dont 24,71 ha sur la terre ferme et 27,52 ha à gagner sur le fleuve. Elle devrait abriter des bureaux, un restaurant, des commerces, un hôtel, des logements collectifs, culturel et éducationnel et un centre culturel. Ce projet avait été repris en 2022 par l’administration Tshisekedi. Le ministre des Affaires foncières de l’époque, Aimé Molendo Sakombi, avait tenté de le faire avancer en prenant langue à Dubaï avec la firme Emaar Properties. Mais jusqu’à ce jour, le site fait toujours l’objet des controverses. D’autres constructions anarchiques sortent encore de terre.    

Le viaduc va-t-il voir le jour ? 

Présenté comme une solution ambitieuse, le viaduc va-t-il voir le jour dans cet imbroglio autour de la Baie de Ngaliema ? Ce projet, au-delà des controverses liées au site, devra encore franchir l’épreuve du financement et de la mise en œuvre pour convaincre. Dans une ville où les projets d’infrastructures peinent souvent à se concrétiser, les Kinois attendent désormais des actes pour espérer voir, enfin, leurs trajets quotidiens se raccourcir. La ville-province de Kinshasa reste surtout confrontée à des embouteillages monstres, paralysant la circulation routière et compliquant considérablement les déplacements ainsi que le vécu quotidien des Kinois et Kinoises. Lors des précédentes réunions du Conseil des ministres, le chef de l’État, Félix Tshisekedi, avait, à plusieurs reprises, demandé au gouvernement de trouver une solution durable aux embouteillages sur les principaux axes routiers de la ville. Si ce viaduc est réalisé, il sera considéré comme l’une des solutions structurelles attendues par la population kinoise pour faire face aux embouteillages chroniques dans cette partie de la capitale.

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