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Les enfants de la guerre en RDC : grandir sous les bâches, survivre sous les bombes
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11 mois agoon
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La redaction
Dans les plaines boueuses du Nord-Kivu, entre les collines de l’Ituri et les abords de Goma, une génération d’enfants grandit sans jamais avoir connu la paix. Là-bas, les camps de déplacés ne sont pas des lieux de passage, mais de vie. Selon le Centre de surveillance des déplacements internes, la République démocratique du Congo (RDC) comptait déjà plus de 6 millions de personnes déplacées en 2023, un chiffre qui aurait franchi la barre des 7 millions en 2024. À Lushagala, près de Goma, plus de 71 000 personnes survivaient dans des abris de fortune, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA). Ces déplacés ont été ensuite forcés de retourner dans leurs habitations depuis février 2025 après la conquête de la ville de Goma par les rebelles du M23. À Kanyaruchinya, le chiffre frôlait déjà 60 000 il y a plus de dix ans. Au cœur de ces camps, des milliers d’enfants naissent, jouent, espèrent et parfois meurent sans avoir jamais connu autre chose que la guerre.
Un quotidien de privations et de dangers
Dans ces labyrinthes de bâches et de tentes effilochées, la vie s’organise autour de la survie. L’accès à l’eau potable relève de l’épreuve, les points d’eau étant souvent éloignés, surpeuplés et parfois contaminés. Les installations sanitaires, rares et vétustes, sont partagées par des centaines de personnes, favorisant la propagation de maladies. « Les enfants jouent dans la boue entre les tentes, leurs rires contrastant avec la dureté de leur environnement », constate un travailleur humanitaire à Goma.
Selon un rapport de l’UNICEF paru en juillet 2023, les camps autour de la ville souffrent d’un manque chronique d’eau et d’assainissement, exposant les enfants à des risques sanitaires graves. Les distributions de nourriture, vitales, sont irrégulières et insuffisantes. Dans ces conditions, la faim façonne le quotidien, et la moindre fièvre inquiète les mères.
La santé des enfants : une lutte de chaque instant
La malnutrition aiguë frappe plus de 1,5 million d’enfants en RDC, selon l’UNICEF. Dans les camps, les cas de kwashiorkor, cette maladie de la faim, ont pu reculer grâce à l’arrivée de l’aide humanitaire. « Avant l’aide, nos enfants souffraient de kwashiorkor. Ce n’est plus le cas, mais la sous-alimentation reste notre lot quotidien », confie un père déplacé à Irumu, en Ituri.
Les épidémies, elles, ne connaissent pas de répit. En 2023, plus de 28 000 cas suspects de choléra ont été signalés, dont 80 % dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. La surpopulation et l’insalubrité créent un terreau idéal pour la maladie. Les campagnes de vaccination, comme celle de janvier 2023 à Goma, ont permis d’atteindre 365 000 personnes, mais restent insuffisantes face à l’ampleur de la crise.
L’école, un rêve lointain
Pour la majorité des enfants déplacés, l’école est un mirage. Plus de 1 000 écoles ont été détruites en RDC en 2023, selon l’OCHA. Dans les camps, les rares classes improvisées manquent de tout : cahiers, bancs, enseignants. Les enfants passent leurs journées à aider leurs parents ou à errer sans occupation. « Je rêve d’apprendre à lire pour aider ma famille », confie Amina, 12 ans.
Quelques ONG, comme Save the Children, tentent de recréer des espaces adaptés aux enfants, offrant un peu d’apprentissage informel et de soutien psychologique. Mais ces initiatives restent des îlots fragiles dans un océan de besoins. Sans éducation, ces enfants risquent de rester prisonniers d’un cycle de pauvreté et d’exclusion.
Grandir sous la menace : insécurité et violences
Les camps de déplacés ne sont pas des refuges sûrs. Les enfants, surtout les filles, y sont exposés à toutes les formes de violence, y compris sexuelles. Selon l’UNICEF, les cas de violences basées sur le genre ont augmenté de 37 % dans le Nord-Kivu au premier trimestre 2023. « Les agressions se produisent parfois en plein jour, jusque dans les allées du camp », s’alarme Pramila Patten, représentante spéciale de l’ONU.
Les attaques de groupes armés, comme celle de la milice CODECO en 2023 qui a fait 45 morts dans le camp de Lala en Ituri, rappellent la vulnérabilité extrême des déplacés. Les patrouilles de la MONUSCO ne suffisent pas à garantir la sécurité, et la peur reste omniprésente.
Les cicatrices invisibles : le poids du traumatisme
Pour le psychologue humanitaire Giscard Kabeti,grandir dans un camp laisse des traces profondes. Les enfants y sont confrontés à la violence, à la perte de proches, à l’insécurité constante. Selon lui,le manque d’éducation et de routine aggrave leur détresse psychologique. Il faut des programmes de soutien psychosocial et des opportunités d’apprentissage pour leur redonner espoir. Mais les ressources sont limitées, et il est urgent d’investir davantage dans leur avenir. Sans prise en charge, ces traumatismes risquent de se transmettre de génération en génération, perpétuant le cycle de la pauvreté et du déplacement.
Un appel à la mobilisation
Les enfants des camps de déplacés en RDC incarnent une résilience bouleversante, mais ils méritent bien plus qu’une simple survie. Selon l’OCHA, près de 25 millions de personnes en RDC ont aujourd’hui besoin d’aide humanitaire. La communauté internationale doit intensifier son soutien, non seulement en apportant une aide d’urgence, mais aussi en investissant dans l’éducation, la santé mentale et la protection des plus vulnérables.
Les organisations comme l’UNICEF, CARE et Save the Children accomplissent un travail remarquable, mais l’ampleur de la crise dépasse leurs capacités. Ces enfants, qui rêvent d’un avenir meilleur, rappellent l’urgence d’agir pour qu’un jour, l’enfance rime enfin avec innocence, et non avec exil.
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RDC : Pourquoi l’Église de réveil accompagne-t-elle souvent le pouvoir ?
Published
1 jour agoon
mai 11, 2026By
La redaction
En République démocratique du Congo, les Églises dites « de réveil » apparaissent régulièrement aux côtés du pouvoir politique, là où l’Église catholique adopte souvent une posture critique ou de contre-pouvoir. Héritage historique, logique institutionnelle, dépendance administrative et théologie de la prospérité expliquent en partie cette différence d’attitude entre deux forces religieuses majeures du pays. Décryptage.
Dimanche 10 mai 2026, dans la matinée, l’Église pentecôtiste des Secouristes de l’archevêque Évariste Ejiba Yamapia reçoit, sous les ovations des fidèles, deux hôtes de marque : le chef de l’État, Félix Tshisekedi, et la Première Dame, Denise Nyakeru. Le couple présidentiel prend part à un culte d’action de grâce organisé dans cette église. Cette présence du président Tshisekedi n’a rien d’anodin. Le responsable de cette communauté religieuse est également président de l’Église de Réveil du Congo (ERC).
L’ERC porte le combat du changement de la Constitution
Les hommes de Dieu proches des Églises évangéliques ont décidé de s’emparer pleinement du débat sur la Constitution. À la tête de cette dynamique : l’archevêque Évariste Ejiba Yamapia. Celui-ci est parvenu à rallier plusieurs grandes figures pastorales du pays. Même des responsables religieux habituellement éloignés du débat politique, comme Léopold Mutombo Kalombo, dit « Le Chandelier », ont fini par rejoindre cette mouvance.
Sous Joseph Kabila, Léopold Mutombo se tenait généralement à distance des questions politiques, contrairement à d’autres pasteurs, notamment Pascal Mukuna, considéré comme proche du régime. Mais à la faveur de plusieurs consultations et rencontres, Évariste Ejiba Yamapia a progressivement construit une adhésion collective, transformant sa position en véritable mouvement de soutien au changement de la Constitution.
Parmi les figures engagées dans cette dynamique figurent notamment Pascal Mukuna de l’Assemblée chrétienne de Kinshasa (ACK), Espérance Mbakadi de l’Église Mangembo, Léopold Mutombo Kalombo du Ministère Amen ou encore Godé Mpoy de l’Image de l’Éternel.
Réunis le 29 avril à l’Hôtel du Fleuve, ces responsables religieux ont officiellement exprimé leur soutien à un changement de la Constitution. Au cours de cette rencontre, l’archevêque Ejiba Yamapia a lancé un processus de réflexion élargie impliquant des chefs de confessions religieuses, des leaders des mouvements de réveil, des représentants de la société civile ainsi que des jeunes et des femmes engagés dans les structures ecclésiastiques.
Des experts en droit constitutionnel et en économie ont également été invités afin d’éclairer les participants sur les enjeux liés à la loi fondamentale.
« Nous avons pu réfléchir à l’aide des exposés des professeurs, lesquels nous ont démontré, sur le plan économique, comment la Constitution actuelle ne peut pas constituer une solution de gouvernance pour notre pays. Le Congo nécessite un changement sur lequel nous sommes tous d’accord », a déclaré Évariste Ejiba Yamapia.
L’archevêque critique ouvertement la Constitution actuelle, qu’il qualifie de « Constitution des belligérants qui avaient besoin de se protéger les uns les autres ». Citant certains constitutionnalistes, il affirme également que, depuis l’existence de la RDC, « il n’y a jamais eu de Constitution comportant des articles verrouillés ». Une déclaration qui laisse clairement entendre que l’article 220 – limitant le mandat présidentiel à cinq ans renouvelable une seule fois – est dans le viseur des partisans du changement constitutionnel. Léopold Mutombo, lui, ne cache pas sa position : « Ayons le courage de faire table rase (…) Nous sommes favorables au changement de la Constitution et non à sa simple révision. »
De son côté, Godé Mpoy invoque l’argument de la stabilité institutionnelle observée dans certains pays dirigés par des chefs d’État aux longs mandats. « Dans un mandat de cinq ans, vous ne travaillez réellement que pendant trois ans. La première année est consacrée aux conciliabules politiques et, dès que vous commencez à travailler, la CENI réclame déjà des moyens pour les prochaines élections. Aujourd’hui, sur le plan empirique, il est démontré que les pays où les présidents font de longs mandats sont stables. C’est le cas de la Chine, de la Russie, et bien d’autres », soutient-il.
Cette position de l’Église de Réveil rejoint largement celle du parti présidentiel, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), favorable à une révision ou à un changement de la Constitution. Depuis le 6 mai, le débat est d’ailleurs porté publiquement par Félix Tshisekedi lui-même.
Le chef de l’État a récemment levé le voile sur ses intentions politiques :
« Je n’ai pas sollicité un troisième mandat, mais si le peuple souhaite que j’en exerce un, j’accepterai », a-t-il déclaré, ajoutant qu’une telle démarche ne pourrait se faire « qu’après consultation du peuple congolais par voie référendaire ». À l’Assemblée nationale, le député Gaspard Ngondankoy a déjà déposé une proposition de loi visant à fixer les modalités d’organisation d’un référendum.
Sous Kabila, l’ERC nageait déjà dans le sens du régime
Sous la présidence de Joseph Kabila, l’Église de Réveil du Congo accompagnait déjà plusieurs décisions politiques, notamment sur les questions électorales. Après l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi en 2019, cette organisation est restée perçue comme proche du Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila. En 2020, sous la direction du pasteur Sony Kafuta, l’ERC a notamment été accusée de soutenir la désignation controversée de Ronsard Malonda à la tête de la Commission électorale nationale indépendante (CENI).
Cette position avait provoqué de fortes tensions avec l’Église du Christ au Congo (ECC) et la CENCO. L’église de Sony Kafuta avait même été vandalisée à la suite de ces événements. Après cette crise, le pasteur Dodo Kamba lui succédera à la tête de l’ERC.
Catholiques et évangéliques : pourquoi des positions opposées ?
Cette différence de positionnement n’a rien d’accidentel. Elle trouve ses racines dans l’histoire politique de la RDC. Selon plusieurs observateurs, la montée des Églises de réveil s’est accélérée sous le régime de Mobutu Sese Seko, particulièrement dans les années 1980. Le pouvoir zaïrois voyait alors dans les mouvements évangéliques un moyen de contrebalancer l’influence de l’Église catholique, déjà critique envers la gouvernance du pays.
Contrairement à l’Église catholique, structurée autour d’une hiérarchie forte et d’une doctrine sociale ancienne, les Églises de réveil fonctionnent souvent de manière autonome autour de figures pastorales indépendantes. Beaucoup dépendent administrativement de l’État pour leur reconnaissance légale et leur fonctionnement.
Plusieurs études universitaires soulignent d’ailleurs l’absence d’un cadre juridique rigoureux permettant d’encadrer leur prolifération ou leur financement. « Ils sont souvent obligés de ménager le pouvoir afin de bénéficier de certaines facilités administratives », explique un acteur de la société civile.
Cette dépendance institutionnelle crée, selon plusieurs analystes, une proximité naturelle avec le pouvoir politique. Les pasteurs cherchent souvent à préserver leurs autorisations, leurs espaces d’influence et leur accès aux autorités. À l’inverse, la CENCO bénéficie d’une implantation historique, d’un puissant réseau scolaire et hospitalier ainsi que d’une crédibilité internationale qui lui assurent une plus grande autonomie vis-à-vis du régime.
La divergence est aussi théologique. Les Églises de réveil mettent généralement l’accent sur la bénédiction individuelle, la réussite personnelle et la prospérité matérielle. Dans cette logique, le pouvoir politique est souvent présenté comme une autorité qu’il faut accompagner afin de garantir la stabilité nationale et les bénédictions divines.
À l’opposé, l’Église catholique congolaise s’inscrit dans une tradition sociale davantage tournée vers les questions de justice, de gouvernance et de défense des droits humains. Pendant les crises politiques de la fin du régime Kabila ou lors des tensions sécuritaires dans l’Est du pays, les évêques catholiques ont multiplié les prises de position critiques, parfois au prix de fortes tensions avec le pouvoir.
De Malula à Ambongo, une même ligne critique
Depuis le cardinal Joseph Malula, l’Église catholique congolaise a maintenu une posture critique vis-à-vis du pouvoir politique. Des cardinaux Frédéric Etsou et Laurent Monsengwo jusqu’à Fridolin Ambongo, cette ligne n’a pratiquement pas varié.
En 1990, Laurent Monsengwo initie un mémorandum réclamant davantage de libertés au maréchal Mobutu, alors au pouvoir depuis plus de vingt-cinq ans. Cette initiative lui donne une stature nationale majeure. Les écrivains Roger Gaise et Isidore Ndaywel le décrivent alors comme « un personnage incontournable, cerveau moteur de la poussée vers la démocratie ».
Pour l’historien Isidore Ndaywel, c’est Laurent Monsengwo, alors président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), qui a introduit dans les discours de l’Église catholique congolaise la notion de « démocratisation ». Plus d’un an après ce mémorandum, Monsengwo prendra la tête de la Conférence nationale souveraine (CNS), fermée puis rouverte par Mobutu après la répression sanglante de la marche des chrétiens catholiques.
La réélection contestée de Joseph Kabila
En décembre 2007, Mgr Laurent Monsengwo succède au cardinal Frédéric Etsou à la tête de l’archidiocèse de Kinshasa. Créé cardinal par Benoît XVI en 2010, il conservera jusqu’à la fin de son ministère une posture critique à l’égard du pouvoir.
Sous son impulsion, la CENCO multiplie les mises en garde contre le régime Kabila. En 2011, le cardinal Monsengwo conteste publiquement la réélection de Joseph Kabila, estimant que les résultats de la présidentielle « n’étaient conformes ni à la vérité ni à la justice ».
Ses détracteurs l’accusent alors de proximité avec l’opposition, notamment avec Étienne Tshisekedi, principal adversaire de Joseph Kabila lors de ce scrutin controversé. Mais pour plusieurs analystes, cette attitude s’inscrivait simplement dans la continuité historique de l’Église catholique congolaise.
Cette posture de contre-pouvoir a renforcé l’image de la CENCO comme acteur majeur de la vie publique en RDC, là où les Églises de réveil apparaissent souvent plus conciliantes envers les autorités.
Toutefois, les lignes ne sont pas totalement figées. Certaines plateformes évangéliques adoptent désormais des positions plus nuancées, notamment sur les questions de paix, de cohésion nationale et de gouvernance. C’est notamment le cas de l’Église du Christ au Congo (ECC), qui s’est rapprochée de la CENCO sur plusieurs grands dossiers nationaux.
Sur la question du changement de la Constitution, cette divergence demeure profonde. L’Église catholique s’est déjà clairement opposée à toute initiative de révision ou de changement constitutionnel dans le contexte actuel.
Ce désaccord entre grandes confessions religieuses pourrait accentuer la polarisation du débat national autour d’un sujet hautement sensible. Dans un pays où la religion reste au cœur de la vie publique, les rapports entre foi et politique continueront d’influencer durablement le débat démocratique. Entre une Église catholique se revendiquant sentinelle démocratique et des Églises de réveil souvent plus proches du pouvoir, la RDC offre le visage d’un christianisme traversé par des enjeux de pouvoir, d’influence et de légitimité.
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Négociations entre Kinshasa et AFC/M23 : pourquoi l’impasse perdure ?
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3 jours agoon
mai 9, 2026By
La redaction
Alors que les espoirs de désescalade renaissaient entre Kinshasa et l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), la nouvelle impasse observée dans l’application des engagements conclus à Doha et à Montreux vient raviver les inquiétudes sur la stabilité de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). Malgré trois accords successifs, les parties peinent à transformer les promesses diplomatiques en actes concrets sur le terrain. Au contraire, des attaques continuent entre les deux camps.
La dynamique de paix engagée ces derniers mois entre le gouvernement congolais et l’Alliance Fleuve Congo/M23 semble une nouvelle fois s’essouffler. Après deux signatures d’accords à Doha, au Qatar, et une autre à Montreux, en Suisse, les mécanismes de mise en œuvre restent bloqués, alimentant un climat de méfiance entre les protagonistes. En avril dernier à Montreux, en Suisse, les deux parties s’étaient accordées notamment de libérer les prisonniers de part et d’autres dans un délai de 10 jours. Au total, trois cent onze détenus retenus par la rébellion, cent soixante-six côté gouvernemental. Les listes étaient établies, les protocoles signés, le facilitateur désigné. Et pourtant, le 28 avril, date limite fixée à l’issue des négociations de Montreux, aucune libération n’a eu lieu. Ni du côté de l’AFC/M23, ni du côté du gouvernement congolais.
Ces libérations ne devraient pas se faire de manière unilatérale. Les deux parties doivent signaler simultanément qu’elles sont prêtes à remettre leurs détenus. Les accords de principe, conclus dans le cadre des mesures de confiance, fixent les règles pour ces libérations. Les parties remettent leurs détenus au facilitateur désigné et ce dernier assure le transfert. Le travail de vérification et d’identification des personnes concernées a été mené, d’après RFI. La rébellion semble prête à libérer les détenus mais le gouvernement congolais, de son côté, n’a pas encore donné de signal. Certaines sources diplomatiques expliquent que sans l’accord explicite du gouvernement congolais, le facilitateur ne peut pas se déplacer pour récupérer des détenus, même si un camp est prêt à les remettre. C’est la nature même du mécanisme qui l’impose : il s’agit d’un échange, pas d’une remise à sens unique, explique ce média.
Kinshasa brandit des contraintes liées à la justice
Si l’AFC/M23 peut paraitre prête pour l’échange des prisonniers, Kinshasa veut respecter la procédure judiciaire dans le cas de certains détenus. Certaines libérations ne peuvent pas intervenir sans que des procédures judiciaires et réglementaires soient au préalable respectées. Des détenus figurant sur les listes seraient sous le coup de décisions de justice ou de mesures administratives qui, en droit congolais, doivent être levées avant toute remise en liberté. Ce passage obligé prendrait du temps, selon des sources gouvernementales et le délai de dix jours fixé à Montreux n’aurait pas suffi à le franchir.
Des combats persistent malgré les négociations…
Les combats ont d’ailleurs repris dès le lendemain de la fin des négociations en Suisse. Des frappes de drones ont visé des villages du Sud-Kivu dès le 19 avril, faisant des victimes civiles. L’AFC/M23 a de son côté signalé des attaques dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu. Le vendredi 8 mai, Washington a condamné la frappe de drone signalée à Mushaki, dans la province du Nord-Kivu ainsi que les massacres rapportés près d’Uvira, au Sud-Kivu. Les Etats-Unis ont appelé « toutes les parties » à la « retenue maximale », au respect de leurs engagements de cessez-le-feu et à la protection des civils. D’après l’AFC/M23, les forces armées de la RDC auraient frappé le marché de Mushaki, dans le territoire de Masisi à l’aide d’un drone, faisant selon la rébellion un bilan provisoire d’au moins 20 morts et plus de 57 blessés. Jusqu’au 9 mai, le gouvernement congolais n’a pas souhaité commenter ces événements.
Un troisième échec après les deux signatures de Doha
Après une première signature à Doha puis une deuxième en novembre 2025 sur l’accord-cadre, la signature de Montreux en Suisse était la troisième sans forcément que les choses évoluent sur le terrain. L’accord-cadre signé à Doha avait pour objet de définir une série de protocoles, dont plusieurs devraient être négociés dans les deux semaines suivant la signature. Ces documents concernaient notamment l’accès humanitaire, les arrangements sécuritaires et le DDR, la restauration de l’autorité de l’État, le retour des déplacés et réfugiés, la relance économique ainsi que la justice transitionnelle.
Le texte insistait aussi sur la résolution des causes profondes du conflit, la lutte contre la discrimination, le renforcement de l’unité nationale et la mise en place d’une gouvernance inclusive. Depuis cette étape, les lignes n’avaient toujours pas suffisamment bougé. A l’étape de Montreux, en Suisse, ils se sont mis d’accord, le 18 avril 2026, sur l’accès humanitaire, la surveillance d’un cessez-le-feu et la libération des prisonniers. Concrètement, d’après leur déclaration commune, le gouvernement et les rebelles de l’AFC/M23 se sont engagés à respecter le droit international. Ils sont prêts à s’abstenir de toute attaque contre les biens et les infrastructures vitaux pour la population civile, tels que les denrées alimentaires, l’approvisionnement en eau, les hôpitaux et les écoles. L’accès à une aide humanitaire rapide et sûre devrait être facilité, les travailleurs humanitaires doivent être protégés et les biens humanitaires ne doivent être ni pillés ni détournés. Les blessés et les malades doivent bénéficier de soins médicaux. Mais depuis, les avancées sur le terrain ne sont pas concrètes.
Pour que le processus avance, des sources proches du dossier estiment qu’une pression politique plus forte des facilitateurs sera nécessaire. Sans cela, la liste des engagements non tenus risque de continuer à s’allonger. Ce troisième échec fragilise davantage les efforts diplomatiques entrepris par les partenaires régionaux et internationaux pour ramener une paix durable dans l’Est de la République démocratique du Congo. Plusieurs analystes craignent désormais une reprise des affrontements à grande échelle si aucun compromis rapide n’est trouvé.
Au-delà des tractations politiques, ce sont surtout les populations civiles qui continuent de payer le prix de cette instabilité persistante. Entre déplacements massifs, insécurité chronique et crise humanitaire grandissante, l’espoir d’un retour durable à la paix semble encore suspendu à une volonté politique de deux camps qui tarde à se concrétiser. Certaines sources diplomatiques avertissent que si l’étape des libérations des prisonniers de deux camps n’est pas franchie, c’est la crédibilité de l’ensemble des engagements pris à Montreux qui serait en jeu.
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RDC : Tshisekedi ouvre la porte à un 3e mandat, l’opposition monte au créneau
Published
5 jours agoon
mai 7, 2026By
La redaction
Le président congolais Félix Tshisekedi a relancé le débat politique en affirmant qu’il pourrait accepter un troisième mandat « si le peuple le veut ». Une déclaration qui intervient dans un contexte de tensions sécuritaires persistantes dans l’Est du pays et qui suscite déjà une vive réaction de l’opposition, laquelle dénonce une tentative de révision constitutionnelle destinée à prolonger son maintien au pouvoir.
Lors d’une conférence de presse tenue le 6 mai 2026 à Kinshasa au chapiteau de la Cité de l’Union africaine, le chef de l’État congolais a affirmé qu’il n’excluait pas l’hypothèse d’un troisième mandat présidentiel à l’issue de son second quinquennat, prévu en 2028. « Je n’ai pas sollicité un troisième mandat. Mais, je vous le dis, si le peuple veut que j’aie un troisième mandat, j’accepterai », a déclaré Félix Tshisekedi, tout en précisant qu’une éventuelle révision de la Constitution devrait passer par un référendum populaire.
La Constitution congolaise de 2006 limite actuellement le président de la République à deux mandats consécutifs. Depuis plusieurs mois, cependant, certains cadres de l’UDPS, le parti présidentiel, évoquent publiquement l’idée d’une réforme constitutionnelle, notamment autour de l’article 220, considéré comme verrouillant la limitation des mandats. D’où l’idée d’organiser un référendum afin de consulter les Congolais sur cette question.
Le président Félix Tshisekedi a également lié l’avenir institutionnel du pays à la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC, où les affrontements entre les Forces armées de la RDC (FARDC) et les rebelles de l’AFC/M23 se poursuivent malgré des discussions à Doha, au Qatar, et récemment à Montreux, en Suisse. Selon lui, l’organisation des élections de 2028 pourrait devenir impossible si la guerre persistait dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. « Cette guerre, nous voulons la terminer le plus rapidement possible. Si nous ne parvenons pas à y mettre fin, malheureusement, nous ne pourrons pas organiser les élections en 2028. Mais ce ne sera pas parce que j’aurai refusé de les organiser ; les ressources existent et nous pouvons le faire. On ne peut cependant pas organiser des élections sans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu », a fait savoir Félix Tshisekedi.
Levée de boucliers dans l’opposition
Ces déclarations ont immédiatement provoqué une levée de boucliers dans les rangs de l’opposition. L’opposant André Claudel Lubaya a accusé le président de vouloir instrumentaliser « la volonté du peuple » afin de justifier « une intention frauduleuse ». Pour l’ancien député élu de Kananga, aujourd’hui en exil en Belgique, Félix Tshisekedi « n’a ni mission ni troisième mandat » à conquérir. « Aucune disposition de la Constitution ne prévoit qu’une prétendue volonté populaire puisse justifier une violation de sa lettre et de son esprit. Notre loi fondamentale organise exclusivement les modalités de sa révision, et non celles de sa transgression, sous peine de haute trahison », a-t-il écrit sur son compte X.
Il rappelle que « la Constitution encadre strictement les modalités de sa révision à l’article 218 et consacre le devoir de sa protection à l’article 64 », avant de prévenir : « Toute violation intentionnelle de ses dispositions, notamment par les autorités publiques, est susceptible de constituer une haute trahison au sens des articles 164 et 165 ».
De son côté, l’ancien candidat à la présidentielle de 2018, Seth Kikuni, a estimé qu’une tentative de confiscation du pouvoir pourrait provoquer une grave crise politique. Au sein du Front commun pour le Congo (FCC) de l’ancien président Joseph Kabila, des réactions se font également entendre. La sénatrice honoraire Francine Muyumba s’est montrée très opposée à l’idée d’un troisième mandat. « C’est clair, la paix n’est pas une priorité. La conservation du pouvoir paraît désormais primer, peu importe le prix politique, institutionnel ou humain que le peuple devra payer. C’est véritablement dommage pour une nation qui aspire avant tout à la stabilité, à l’unité nationale et à une paix durable », a-t-elle écrit.
Dans un autre message publié sur X, elle promet de barrer la route à un troisième mandat de l’actuel chef de l’État : « Le président Félix Tshisekedi n’aura pas de troisième mandat ». Elle estime également que « l’UDPS s’est déjà tout permis, mais il est encore temps de renoncer à cette aventure ».
Pour Delly Sesanga, président du parti Envol, il n’y a désormais plus de doute : « Les masques sont tombés. Félix Tshisekedi manœuvre désormais à découvert pour un troisième mandat par plébiscite ». L’opposant appelle « tous les démocrates à faire obstacle à cette dérive ». Citant Patrice Emery Lumumba, l’ancien député national élu de Luiza, dans le Kasaï-Central, rappelle : « Le Congo est un grand pays. Il exige de ses dirigeants grandeur, dignité et responsabilité ». Selon lui, cela se mesure par « le respect de la Constitution, des institutions et de la stabilité nationale, non par la recherche frauduleuse d’une prolongation des mandats ». « Être un homme d’État, c’est avoir le sens de l’Histoire et éviter à son pays de replonger dans les pratiques du passé qui ont conduit au chaos. Ces dérives, les fondateurs de l’UDPS les ont combattues hier ; nous les avons combattues ensemble, au prix de lourds sacrifices », a-t-il ajouté.
Pour sa part, le porte-parole de Lamuka, Prince Epenge, a résumé à sa manière l’intervention du chef de l’État congolais : « Conclusion : pas de dialogue, pas d’élections, pas de fin de guerre. Le Roi veut d’abord son troisième mandat ! Il se trompe », a-t-il répliqué.
À l’Union sacrée, on se défend
D’autres voix proches du pouvoir défendent cependant l’idée d’un débat constitutionnel. Freddy Kita, ancien vice-ministre à la Coopération internationale et actuel coordonnateur de la plateforme Camp de la République, a déclaré que « la Constitution n’est ni la Bible ni le Coran » et qu’elle pouvait être adaptée « aux réalités actuelles du pays ».
Pour Honoré Mvulu, membre de l’UDPS, toute évolution institutionnelle doit passer par les mécanismes constitutionnels, dans le respect du peuple et de la stabilité. « Le référendum, lorsqu’il est prévu, reste l’expression la plus directe de la souveraineté populaire », estime ce proche du pouvoir.
Le débat ravive les souvenirs de la crise politique de 2016 sous Joseph Kabila, lorsque les manifestations contre le report des élections avaient provoqué de fortes tensions dans le pays.
Au pouvoir depuis 2019, Félix Tshisekedi entame sa septième année à la tête du pays. À environ deux ans de la fin de son dernier mandat, selon la Constitution en vigueur, une proposition de loi sur le référendum a été déposée à l’Assemblée nationale. Son initiateur, le député Paul Gaspard Ngondankoy, l’a défendue devant ses pairs le 30 avril 2026.
Cette proposition de loi fixe les conditions d’organisation du référendum en RDC. Certains députés de l’opposition y voient une ouverture vers une révision de la Constitution. L’opposition soupçonne également une manœuvre destinée à permettre un troisième mandat à Félix Tshisekedi.
À deux ans de l’échéance présidentielle de 2028, l’hypothèse d’un troisième mandat de Félix Tshisekedi s’impose désormais comme l’un des principaux sujets du débat politique congolais.
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