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Corruption en RDC : comment l’administration publique étouffe le progrès
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La redaction
La République démocratique du Congo (RDC) est un pays béni par une abondance de ressources naturelles, allant du cobalt au cuivre, en passant par les forêts luxuriantes. Pourtant, cette richesse contraste cruellement avec la pauvreté endémique qui touche la majorité de ses 100 millions d’habitants. Au centre de ce paradoxe se trouve la corruption, un fléau profondément enraciné dans l’administration publique, qui asphyxie le progrès et prive les citoyens des fruits de leur patrimoine national. Selon un rapport de la société civile congolaise publié en 2022, la RDC perd environ 15 milliards de dollars chaque année en raison de la fraude, de la corruption et de la mauvaise gestion par des agents de l’État. Heshima Magazine explore comment la corruption des fonctionnaires, agents publics et mandataires de l’État entrave le développement, affecte les services essentiels et compromet l’avenir du pays, tout en examinant les efforts déployés pour y remédier.
La corruption au sein de l’administration publique en RDC est omniprésente, prenant des formes variées, des pots-de-vin quotidiens aux détournements massifs de fonds publics. Les citoyens doivent souvent payer des fonctionnaires pour accéder à des services de base, qu’il s’agisse d’obtenir un permis, un passeport, un certificat ou une audience judiciaire. Le Baromètre mondial de la corruption de Transparency International révèle que 75 % des Congolais ayant interagi avec la police au cours de l’année précédente ont dû verser un pot-de-vin, le taux le plus élevé parmi les 35 pays africains étudiés. Une étude de 2023 par RCN Justice & Démocratie indique que 82 % des Congolais ont été confrontés à la corruption dans leurs interactions avec les services publics, dans divers secteurs.
Des cas marquants illustrent l’ampleur du problème. Vital Kamerhe, ancien chef de cabinet du président Félix Tshisekedi, a été condamné en 2020 à 20 ans de travaux forcés pour avoir détourné 50 millions de dollars de fonds publics destinés à des projets sociaux. Sa libération en décembre 2021, après seulement 18 mois à la suite de l’annulation de sa condamnation par la Cour de Cassation, a suscité des doutes sur l’engagement à punir les hauts fonctionnaires. Plus récemment, en mai 2025, l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo, introuvable depuis l’arrêt de la Cour Constitutionnelle, a été condamné à 10 ans pour le détournement de 245 millions de dollars dans le projet agro-industriel Bukanga-Lonzo, un exemple flagrant d’abus par des mandataires de l’État.
Le phénomène des emplois fictifs est particulièrement alarmant. Une enquête de 2019 a révélé que 5 000 comptes de fonctionnaires fictifs, liés à des réseaux mafieux, ont été bloqués, drainant des ressources publiques. En 2023, une autre enquête a identifié 500 salariés fictifs dans le corps médical, détournant des fonds destinés à la santé publique. Le népotisme et le clientélisme aggravent la situation, comme en témoigne la suspension en 2023 de deux secrétaires généraux de la fonction publique pour affectation frauduleuse de nouvelles unités, une pratique favorisant des alliés politiques. Dans l’armée, une tentative de corruption de l’Inspection Générale des Finances (IGF) par des officiers de la FARDC, jugée en mars 2024 par la Haute Cour Militaire, montre cependant des efforts pour couvrir des irrégularités financières, révélant la profondeur des réseaux corrompus.
Impact sur les services publics
La corruption des agents publics a un impact dévastateur sur les services essentiels, touchant la santé, l’éducation, les infrastructures, la justice, l’armée et la police.
Dans le secteur de la santé, les patients doivent souvent payer des pots-de-vin à des fonctionnaires hospitaliers pour accéder à des soins censés être gratuits ou subventionnés. Une étude de 2022 dans le Journal of Public Health souligne que la corruption réduit l’accès aux soins, augmente les coûts et compromet la qualité. Marie, une mère de trois enfants à Kinshasa, témoigne : « Quand mon fils est tombé gravement malade, le médecin de l’hôpital public a exigé 20 dollars en plus des frais médicaux avant de l’examiner en priorité. Nous avons dû emprunter de l’argent, sinon il n’aurait pas été soigné en urgence. » Une enquête de 2023 a révélé 500 salariés fictifs dans le corps médical, drainant des fonds destinés aux hôpitaux, réduisant le personnel réel et la qualité des soins.
Dans l’éducation, les fonctionnaires imposent des frais illégaux pour l’inscription ou les examens, limitant l’accès à l’enseignement, surtout pour les familles pauvres. Jean, un enseignant à Lubumbashi, confie : « Beaucoup d’élèves abandonnent parce qu’ils ne peuvent pas payer les frais supplémentaires exigés par les directeurs. C’est une tragédie pour notre avenir. » Des emplois fictifs dans l’administration scolaire, bien que moins documentés, sont signalés dans des rapports, drainant des fonds destinés à l’éducation.
Les infrastructures souffrent également. Les fonds alloués à la construction de routes, de ponts ou d’écoles sont souvent détournés par des fonctionnaires, entraînant des projets inachevés ou de mauvaise qualité. Par exemple, des routes financées par des budgets publics s’effondrent rapidement en raison de matériaux inadéquats, conséquence de la corruption dans l’attribution des marchés publics. Une enquête de l’IGF en 2023 a révélé des irrégularités dans l’attribution de contrats publics, favorisant des entreprises liées à des fonctionnaires.
Le système judiciaire est gangréné par la corruption, avec des magistrats monnayant des verdicts ou prolongeant les délais. Le rapport RCN 2023 note que 60 % des citoyens perçoivent le système judiciaire comme corrompu, rendant l’accès à la justice difficile pour les citoyens ordinaires. Des cas de corruption judiciaire, comme des juges acceptant des pots-de-vin pour libérer des accusés, sapent l’État de droit.
Dans le domaine de la sécurité, l’armée et la police sont particulièrement touchées. Des généraux de la FARDC détournent des fonds, comme des salaires de soldats, affaiblissant la sécurité nationale. Human Rights Watch rapporte en 2023 des officiers impliqués dans le trafic illégal de minerais, enrichissant des réseaux mafieux. La tentative de corruption de l’IGF par des officiers en 2024 illustre les efforts pour couvrir ces pratiques. Dans la police, les agents exigent des pots-de-vin pour des services comme l’enregistrement de plaintes, avec 75 % des interactions impliquant des paiements, sapant la sécurité publique. Un rapport de l’UNJHRO en 2022 documente des cas d’extorsion par des officiers, aggravant l’insécurité. Ces pratiques privent les Congolais de leurs droits fondamentaux et entravent le développement national.
Conséquences économiques
La corruption des agents publics a des répercussions économiques profondes, freinant la croissance et aggravant la pauvreté. Malgré ses richesses minières, la RDC se classe 183e sur 190 dans l’indice Ease of Doing Business de la Banque Mondiale, reflétant un environnement commercial hostile où les pots-de-vin et les pratiques opaques des fonctionnaires découragent les investisseurs étrangers.
Le secteur minier, pilier de l’économie congolaise, est particulièrement touché. Bien que la RDC soit l’un des plus grands producteurs mondiaux de cobalt et de cuivre, les revenus profitent principalement à une élite restreinte de fonctionnaires corrompus. Le cas de Glencore illustre comment des entreprises multinationales et des fonctionnaires locaux s’entendent pour détourner des fonds, privant le pays de ressources vitales. En 2011, un partenaire commercial de l’entreprise Suisse Glencore a versé des pots-de-vin à des agents publics congolais pour faciliter l’acquisition de participations minoritaires dans deux sociétés minières appartenant à la Gécamines, contournant les procédures légales. Cette affaire a éclaboussée Glencore, qui a été condamné par la Suisse à une amende de 2 millions de francs suisses et à une créance compensatrice de 150 millions de dollars à l’État congolais pour ne pas avoir empêché ces pratiques. En décembre 2022, un règlement de 180 millions de dollars a été conclu avec la RDC pour des actes de corruption entre 2007 et 2018, impliquant des fonctionnaires. Ces paiements, bien que significatifs, n’ont pas pleinement compensé la perte de revenus publics, qui auraient pu financer des services essentiels.
Selon un rapport de la Banque mondiale, la mauvaise gestion des ressources naturelles par des fonctionnaires empêche la RDC de réaliser son potentiel économique, avec une allocation des ressources publiques souvent basée sur des opportunités de pots-de-vin plutôt que sur l’intérêt public. Cela se traduit par des projets inachevés, des infrastructures dégradées et une économie stagnante, aggravant la pauvreté de 64 % des Congolais.
Ramifications sociales et politiques
La corruption des fonctionnaires exacerbe les inégalités sociales, concentrant la richesse entre une élite de mandataires publics, tandis que 64 % des Congolais vivent sous le seuil de pauvreté. Cette disparité alimente le mécontentement social et les tensions, menaçant la stabilité du pays. Sur le plan politique, elle mine les institutions démocratiques. L’analyste politique Justin Ngiese observe : « La nomination à des postes clés de personnalités impliquées dans des affaires de corruption banalise ces pratiques et envoie un signal préoccupant. »
La corruption des agents publics dans les processus électoraux constitue un obstacle majeur à la démocratie. En mai 2025, l’Institut Ebuteli a dénoncé des détournements de machines à voter et des ingérences politiques par des agents de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et des juges de la Cour constitutionnelle. Malgré des recommandations pour restructurer la CENI, peu de progrès ont été réalisés à ce jour, sapant la confiance citoyenne et la crédibilité au niveau internationale.
Efforts pour combattre la corruption
Depuis son arrivée au pouvoir en 2019, le président Félix Tshisekedi a fait de la lutte contre la corruption des agents publics une priorité. C’est ainsi que l’Ordonnance n° 17/03 du 20 mars 2020 a créé l’Agence de Prévention et de Lutte contre la Corruption (APLC), chargée de coordonner les efforts nationaux sur ce sujet. Cependant, l’APLC a été entachée par des scandales. Son premier coordonnateur, Ghislain Kikangala (juin 2020 – juin 2021), a été arrêté en décembre 2020 pour extorsion de 30 000 USD auprès d’Access Bank. Relâché après 24 heures, il a été remplacé pour « préserver l’image de l’agence ». Son successeur, Thierry Mbulamoko (juin 2021 – octobre 2023), a été suspendu pour une tentative de détournement de 36 millions de USD via le cabinet Centurion Law Group, impliquant un litige illégal avec l’État.
Malgré ces revers, l’APLC a lancé des initiatives prometteuses. Sa Stratégie nationale de lutte contre la corruption (2022) vise à réduire la corruption de 60 % d’ici 2026 à travers quatre axes : prévention, répression, détection et sensibilisation, incluant la digitalisation de l’administration et des audits renforcés. En juin 2025, lors d’une conférence à Vienne, le coordonnateur adjoint Michel Victor Lessay a présenté ces efforts, plaidant pour des réformes législatives et une coopération internationale. La ligne bleue 158 permet aux citoyens de dénoncer anonymement la corruption. En juin 2024, le député national Zapamba a déposé une proposition de loi anti-corruption pour aligner le code pénal sur les conventions internationales. En avril 2025, une mesure obligeant tous les agents publics à déclarer leur patrimoine a été adoptée, visant à détecter les enrichissements illicites, bien que freinée par un manque de ressources.
L’Inspection Générale des Finances (IGF) joue un rôle clé. En 2023, Jean-Pierre Lihau, ministre de la Fonction publique, a bloqué les paiements de salaires à des fonctionnaires fictifs, basés sur un rapport de l’IGF, empêchant des détournements. En 2023, deux secrétaires généraux ont été suspendus pour affectation frauduleuse, montrant des efforts pour sanctionner les fonctionnaires corrompus. Des poursuites judiciaires contre des fonctionnaires indélicats ont été lancées, comme rapporté en mai 2023. En décembre 2024, une conférence à Kinshasa a réuni des délégations eouvrant dans le domaine de lutte contre la corruption pour renforcer la collaboration. La société civile, notamment la Ligue Congolaise de Lutte contre la Corruption (LICOCO), aide les citoyens via son Bureau d’assistance juridique et de citoyenneté (CAJAC), particulièrement contre la corruption policière. Cependant, l’impunité et le manque de ressources limitent ces efforts. Un lanceur d’alerte sous couvert d’anonymat, résume : « Dénoncer la corruption est un combat épuisant, mais essentiel pour l’intérêt public. »
Bataille perdue d’avance contre la corruption ?
La corruption des agents publics, fonctionnaires et mandataires de l’État en RDC est un obstacle majeur au progrès. Elle prive les citoyens de services essentiels, freine la croissance économique, aggrave les inégalités et érode la confiance dans les institutions. Des initiatives comme la stratégie nationale de l’APLC, la ligne bleue 158, la déclaration obligatoire de patrimoine, les enquêtes de l’IGF et les poursuites contre des figures comme Matata Ponyo offrent des lueurs d’espoir. Cependant, les scandales impliquant les coordonnateurs de l’APLC et les défis d’application des réformes montrent que, sans une réforme institutionnelle profonde, une application rigoureuse des lois et une volonté politique soutenue, leur impact restera limité. Renforcer la transparence, protéger les lanceurs d’alerte et promouvoir une culture de responsabilité sont cruciaux pour libérer la RDC de l’emprise de la corruption et ouvrir la voie à un avenir prospère.
Heshima Magazine
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Léopards de la RDC : Après l’exploit, l’heure de la confirmation
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3 semaines agoon
juillet 7, 2026By
La redaction
Ils sont revenus. Par la grande porte. Après 52 ans d’absence, les Léopards de la République Démocratique du Congo ont foulé les pelouses américaines du Mondial 2026 avec la détermination de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Si l’aventure s’est achevée en seizièmes de finale face à l’Angleterre, elle a laissé un héritage bien plus précieux qu’un simple bilan comptable.
Le retour d’un géant endormi
Pour la RDC, 100 millions d’habitants et une culture footballistique parmi les plus riches du continent, cette qualification était bien plus qu’un exploit sportif. Elle mettait fin à cinq décennies d’attente, depuis l’épopée du Zaïre en 1974, et consacrait le travail de reconstruction engagé sous la houlette de Sébastien Desabre.
Le parcours qualificatif avait déjà valeur de test. Placés dans le groupe B aux côtés du Sénégal, les Léopards ont terminé deuxièmes avec 22 points avant d’écarter le Cameroun puis le Nigeria en barrages. Le dernier obstacle, la Jamaïque, fut franchi en prolongation grâce à Axel Tuanzebe, envoyant toute une nation en délire.
Un Mondial qui change tout
Le groupe K promettait un baptême du feu : Portugal, Colombie et Ouzbékistan. Face aux favoris portugais au NRG Stadium de Houston, les Léopards n’ont pas tremblé. Menés dès la 6e minute, ils ont égalisé juste avant la pause par Yoane Wissa sur corner, pour arracher un nul historique (1-1).
Le sélectionneur adjoint Rafael Hamidi résumait l’exploit : « Ce score de parité face au Portugal, c’était à prendre si on nous l’avait proposé avant le coup d’envoi ». La presse congolaise saluait un système en 3-5-2 particulièrement solide, la discipline collective et les transitions rapides.
Qualifiés pour les seizièmes de finale, les Léopards ont longtemps fait douter l’Angleterre, menant jusqu’à la 76e minute avant de s’incliner 2-1 dans les dernières secondes. Un scénario cruel qui a rappelé les limites d’un groupe prometteur mais encore en apprentissage des grands rendez-vous.
Les enseignements d’une expérience unique
Ce Mondial a livré plusieurs enseignements pour l’avenir. D’abord, une force mentale confirmée. Les barrages contre le Cameroun et le Nigeria avaient déjà forgé ce groupe, capable de rester lucide sous pression. Face au Portugal, les Léopards ont prouvé qu’ils pouvaient rivaliser avec les meilleures nations.
Ensuite, des fragilités structurelles. Comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Japon, la RDC a cédé dans les dernières minutes face à l’Angleterre. Loïc Aumont, spécialiste de la performance, analyse : « Ces sélections possèdent les qualités techniques et physiques. Ce qui fait basculer un match, c’est la gestion des émotions lorsque la pression atteint son maximum ». Un déficit d’expérience à ce niveau que seul le temps et les répétitions pourront combler.
Cap sur la CAN 2027 : un trophée à portée de griffes ?
L’objectif est désormais clair : les Léopards doivent viser le titre lors de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations, organisée en 2027 au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie.
Le contexte est favorable. Cette génération, portée par Chancel Mbemba, son capitaine de 31 ans, possède une identité de jeu forte et un vécu commun exceptionnel. Le vivier de talents, évoluant pour beaucoup dans les meilleurs championnats européens, n’a jamais été aussi riche.
Le chemin qualificatif pour la CAN 2027 s’annonce abordable, avec un groupe E composé de la Guinée équatoriale, de la Sierra Leone et du Zimbabwe. Mais les Léopards savent désormais qu’aucune montagne n’est insurmontable, comme l’écrivait la presse congolaise avant le choc contre le Portugal : « Aucune montagne n’est insurmontable quand on est déterminé ».
Le défi de la régularité
Si le rêve est permis, la réalité impose de rester humble. Le Mondial a montré que l’écart avec les meilleures nations s’est considérablement réduit, mais que la gestion des moments décisifs reste le nerf de la guerre. Les Léopards devront transformer l’essai en confirmant leur niveau sur la durée, avec un calendrier international exigeant et des joueurs à préserver.
Sébastien Desabre, l’artisan de ce renouveau, aura à cœur de capitaliser sur cette expérience unique pour faire franchir un nouveau palier à sa sélection. La CAN 2027 sera le test ultime : plus qu’une performance, c’est un trophée que la RDC attend. Le message des supporters est clair, comme le résumait un journaliste avant le Mondial : « On ne vous demande pas de dominer le Portugal, mais juste de sortir un match de malade du début à la fin ». Pour la CAN 2027, on leur demande désormais de ramener la coupe à la maison.
Heshima Magazine
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Opposition, CENCO et ECC en consultations au Burundi : Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?
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3 semaines agoon
juillet 6, 2026By
La redactionUne délégation réunissant des responsables de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), de l’Église du Christ au Congo (ECC) et plusieurs figures de l’opposition congolaise séjourne à Bujumbura, au Burundi, pour des consultations consacrées à la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Organisée à l’invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, cette rencontre alimente les spéculations sur l’émergence d’un nouveau cadre de dialogue politique autour de la paix et de la stabilité dans la région.
Une nouvelle séquence diplomatique s’ouvre dans la recherche d’une issue à la crise qui secoue l’Est de la République démocratique du Congo. Une délégation composée de responsables de la CENCO, de l’ECC ainsi que de plusieurs leaders de l’opposition est arrivée à Bujumbura pour prendre part à des consultations consacrées à la situation sécuritaire et politique en RDC.
Cette mission répond à une invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, qui assure actuellement la présidence en exercice de l’Union africaine (UA). Déjà engagé dans plusieurs initiatives diplomatiques régionales, le chef de l’État burundais entend poursuivre ses efforts afin de rapprocher les différentes parties prenantes et de favoriser une solution politique durable. La délégation est composée du pasteur André Bokundoa, président de l’ECC, du pasteur Éric Senga, de Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, ainsi que des opposants Martin Fayulu, Delly Sesanga et Dieudonné Bolengetenge. Les membres de cette mission ont quitté Kinshasa dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 juillet 2026 à bord d’un vol régulier d’Ethiopian Airlines à destination de la capitale burundaise.
Évariste Ndayishimiye dans la peau de Lourenço ?
Cette initiative, qui intervient alors que plusieurs processus de médiation restent inachevés, soulève une interrogation majeure : Évariste Ndayishimiye cherche-t-il à reprendre le flambeau laissé par João Lourenço ou à insuffler une nouvelle dynamique sous l’égide de l’Union africaine ?
Alors que l’Angola avait été mandaté pour faciliter un dialogue intercongolais, la multiplication des divergences avec les autorités congolaises sur le format et le cadre de ces discussions a progressivement conduit le projet dans l’impasse. D’où cette question que se posent plusieurs observateurs de la crise congolaise : João Lourenço a-t-il jeté l’éponge ?
Officiellement mandaté en février dernier pour mener des consultations en vue d’un dialogue politique en RDC, le président angolais peine à concrétiser son initiative et se fait de plus en plus discret. S’il n’a pas officiellement renoncé à sa mission, plusieurs sources diplomatiques citées par Jeune Afrique indiquent que le processus est, pour l’heure, au point mort.
Les consultations de Bujumbura interviennent alors que les combats se poursuivent dans l’Est de la RDC. Plusieurs localités des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu restent sous le contrôle de l’armée rwandaise et de ses alliés de l’AFC/M23, selon les autorités congolaises, tandis que les initiatives diplomatiques se multiplient pour tenter d’enrayer une crise qui perdure depuis plusieurs années.
Les prémices d’un dialogue inclusif ?
Au-delà de la dimension sécuritaire, la présence conjointe des représentants des Églises et de l’opposition politique confère à ces consultations une portée particulière. Depuis plusieurs mois, la CENCO et l’ECC plaident en faveur d’un dialogue inclusif susceptible de restaurer la cohésion nationale et de créer les conditions d’une paix durable. Leur implication, aux côtés de figures de l’opposition, pourrait traduire une volonté d’élargir les concertations au-delà des seuls canaux gouvernementaux. Selon plusieurs observateurs, cette démarche pourrait également préparer le terrain à un dialogue politique plus large, associant les différentes sensibilités politiques et sociales du pays. Lors de sa récente visite à Kinshasa, le président Évariste Ndayishimiye avait d’ailleurs exprimé son souhait de rencontrer les responsables de l’opposition congolaise avant la marche dite « pacifique » de l’opposition, initialement prévue le 8 juillet puis reportée au 22 juillet. Cette manifestation vise à réclamer la démission du président Félix Tshisekedi, que ses opposants accusent de vouloir modifier la Constitution afin de se maintenir au pouvoir au-delà de 2028, année marquant la fin de son second et dernier mandat.
Si aucun détail officiel n’a encore filtré sur le contenu des échanges à Bujumbura, ces consultations témoignent de la volonté des acteurs régionaux de maintenir la dynamique diplomatique afin de favoriser une désescalade et de rechercher une solution négociée à la crise qui continue de déstabiliser l’Est de la RDC. Reste à savoir si cette initiative débouchera sur un véritable processus de dialogue ou ne constituera qu’une étape supplémentaire dans les multiples médiations en cours. Une chose est certaine : en réunissant autour d’une même table les Églises, l’opposition politique et un acteur régional désormais au premier plan, Bujumbura pourrait devenir le point de départ d’une nouvelle séquence diplomatique dont les développements seront suivis de près, tant en RDC que dans l’ensemble de la région des Grands Lacs.
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ADF : douze années de terreur dans l’Est de la RDC
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4 semaines agoon
juin 29, 2026By
La redaction
Massacres de civils, enlèvements, déplacements de populations et attaques répétées contre les forces de sécurité. Depuis 2014, les Forces démocratiques alliées (ADF) se sont imposées comme l’un des groupes armés les plus meurtriers de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). D’abord rébellion ougandaise réfugiée dans les forêts du Nord-Kivu, le mouvement a progressivement muté pour devenir une organisation terroriste redoutée, responsable de milliers de morts et d’une insécurité persistante dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.
L’histoire des ADF ne commence pas en République démocratique du Congo. Le groupe est créé au milieu des années 1990 en Ouganda par Jamil Mukulu, un opposant au régime du président Yoweri Museveni. Sous la pression de l’armée ougandaise, les rebelles traversent rapidement la frontière et trouvent refuge dans les régions montagneuses et forestières de l’Est congolais, où ils établissent leurs bases arrière. Pendant plusieurs années, les ADF demeurent relativement discrètes, vivant du trafic de ressources naturelles, du commerce illicite et de diverses activités économiques locales. Mais à partir de 2014, la situation bascule. Après une vaste offensive militaire des Forces armées de la RDC (FARDC) contre leurs bastions, le groupe adopte une stratégie de représailles particulièrement violente contre les populations civiles.
Entre octobre 2014 et aujourd’hui, les territoires de Beni, Lubero, Mambasa et Irumu deviennent le théâtre de massacres à répétition. Hommes, femmes et enfants sont tués lors d’attaques nocturnes souvent menées à l’arme blanche. Des villages entiers sont incendiés, tandis que des centaines de personnes sont enlevées. Selon plusieurs organisations nationales et internationales de défense des droits humains, les ADF sont responsables de milliers de morts au cours de la dernière décennie. Le territoire de Beni, dans la province du Nord-Kivu, est particulièrement touché, au point de devenir l’un des symboles de l’insécurité chronique qui frappe l’Est du pays.
De la rébellion au terrorisme…
Au fil des années, le mouvement évolue également sur le plan idéologique. À partir de 2017, plusieurs rapports des Nations unies et d’organismes spécialisés font état d’un rapprochement entre certaines factions des ADF et l’organisation djihadiste État islamique. En 2019, l’État islamique revendique officiellement plusieurs attaques menées dans l’Est de la RDC à travers sa branche dite « Province d’Afrique centrale » (ISCAP). Cette affiliation, contestée à ses débuts par certains experts, se confirme progressivement par la propagande diffusée par les réseaux de l’État islamique et par l’évolution des modes opératoires du groupe. Malgré cela, les ADF conservent des caractéristiques locales fortes, enracinées dans les réalités sécuritaires et économiques de la région des Grands Lacs.
Opérations conjointes « Shujaa »
Face à cette menace, les autorités congolaises ont multiplié les opérations militaires. En mai 2021, le gouvernement instaure l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri afin de renforcer la lutte contre les groupes armés. Quelques mois plus tard, la RDC et l’Ouganda lancent conjointement l’opération militaire « Shujaa » pour traquer les combattants ADF dans leurs sanctuaires forestiers.
Malgré près de cinq ans d’efforts conjoints de la RDC et de l’Ouganda dans le cadre de l’opération Shujaa, les zones débarrassées des combattants des ADF sont régulièrement réinfiltrées en l’espace de quelques semaines. Cette situation s’explique notamment par la solidité du système de succession interne du groupe prévue à l’avance, qui lui permet d’avoir une relève rapide du commandement lorsque des dirigeants sont neutralisés. Des allégations de collusion avec des acteurs étatiques, la faiblesse de la gouvernance et l’insuffisance de la protection des civils aggravent également le problème.
L’opération Shujaa repose sur des offensives conjointes, qui vont des opérations de combat mobiles au renseignement humain, visant à démanteler les structures de commandement des ADF et à rétablir l’autorité de l’État dans les zones occupées. Au-delà des approches cinétiques, elle entend soutenir la stabilisation, notamment par la construction de routes et la réinsertion des personnes enlevées. Toutefois, sa stratégie intègre peu d’approches préventives capables de neutraliser les ADF et reste réactive.
Ces offensives permettent de démanteler plusieurs camps rebelles et d’éliminer certains commandants. Toutefois, les ADF démontrent une forte capacité d’adaptation. Fragmentés en petites unités mobiles, leurs combattants continuent de mener des attaques meurtrières contre les civils et les positions militaires. Aujourd’hui encore, malgré les efforts militaires et les initiatives régionales de stabilisation, les ADF figurent parmi les principaux acteurs de l’insécurité dans l’Est de la RDC. Le groupe demeure particulièrement actif dans les zones frontalières entre le Nord-Kivu et l’Ituri, où les populations vivent sous la menace permanente d’incursions armées. Douze ans après le début des massacres de grande ampleur à Beni, la question des ADF reste l’un des défis sécuritaires majeurs de la République démocratique du Congo. Derrière les statistiques et les rapports se trouvent des milliers de familles endeuillées, des villages détruits et des communautés déplacées. Tant que cette menace persistera, la paix durable dans l’Est du pays demeurera un objectif difficile à atteindre, malgré les efforts déployés par les autorités congolaises et leurs partenaires régionaux.
Groupe armé le plus meurtrier en mai 2026
Les ADF ont été responsables du plus grand nombre de victimes civiles dans l’est de la République démocratique du Congo au cours du mois de mai 2026. C’est ce que révèle un rapport publié par l’Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, Ebuteli, qui fait état d’une recrudescence alarmante des attaques contre les populations civiles, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. L’insécurité continue de faire des ravages dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Dans son dernier rapport sur la situation sécuritaire, Ebuteli indique que les ADF demeurent le groupe armé le plus meurtrier de la région, avec au moins 190 civils tués au cours du seul mois de mai 2026. Ce bilan représente une augmentation spectaculaire par rapport au mois d’avril, où 53 victimes civiles avaient été enregistrées. Selon le rapport, cette recrudescence des violences s’est traduite par au moins 36 attaques attribuées aux rebelles ougandais, actifs principalement dans les territoires de Beni, Mambasa, Irumu et Lubero. Les assaillants ont multiplié les incursions meurtrières dans plusieurs villages, ciblant des populations civiles souvent sans défense.
L’un des faits marquants du mois a été le retour des attaques dans la ville de Beni. Dans la nuit du 30 au 31 mai, des combattants ADF ont mené plusieurs incursions simultanées dans la ville et ses environs, causant la mort d’au moins 26 civils. Il s’agit de la première attaque documentée dans la zone urbaine de Beni depuis 2023. Le rapport souligne également que les ADF ont intensifié leurs opérations malgré les offensives conjointes menées par les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’armée ougandaise dans le cadre de l’opération Shujaa. Les chercheurs estiment que plusieurs de ces massacres pourraient constituer des représailles aux pressions militaires exercées contre le groupe armé.
Pendant ce temps, d’autres groupes armés restent actifs dans la région. En Ituri, la CODECO et l’URDPC poursuivent leurs activités criminelles, tandis que dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, les affrontements entre le M23 et divers groupes armés locaux continuent d’alimenter l’instabilité. Toutefois, aucun de ces acteurs n’a atteint le niveau de violence meurtrière enregistré par les ADF au cours du mois de mai.
Alors que les populations de l’est de la RDC espèrent un retour durable de la paix, les conclusions du rapport d’Ebuteli rappellent l’ampleur du défi sécuritaire auquel le pays reste confronté. La montée en puissance des attaques des ADF, combinée à la persistance de multiples foyers de violence, continue de faire peser une lourde menace sur les civils, premiers victimes d’un conflit qui semble loin de s’essouffler.
Heshima Magazine




























































