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Rutshuru : quand le silence international devient complice d’un génocide rampant

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Juillet 2025, l’Est de la RDC saigne à nouveau dans l’indifférence mondiale. Plus de 140 civils, majoritairement des agriculteurs hutus, ont été massacrés autour du parc des Virunga par le Mouvement du 23 mars (M23), avec l’appui de l’armée rwandaise. Des familles décimées, des corps jetés dans la rivière, des enfants exécutés sous les yeux de leurs mères : un carnage qui illustre une crise ancienne. Reste une question lancinante : la communauté internationale continuera-t-elle de se taire, au risque d’entretenir l’impunité qui fait de l’Est congolais un charnier à ciel ouvert ?

Des villages paisibles, nichés aux abords du parc des Virunga, ont été soudain envahis par des combattants armés jusqu’aux dents. Entre le 10 et le 30 juillet 2025, dans des localités comme Busesa, Kakoro, Kafuru ou Nyamilima, hommes, femmes et enfants ont été arrachés de leurs maisons, forcés à marcher en silence vers leur mort.

Une survivante, interrogée par des activistes locaux, raconte comment son mari a été tailladé à la machette devant elle, avant que 70 personnes, dont des filles à peine sorties de l’enfance, ne soient exécutées au bord de la rivière. Human Rights Watch, dans son rapport publié le 20 août 2025, documente ces horreurs avec précision. L’ONG accuse le M23 d’avoir sommairement exécuté plus de 140 civils, majoritairement hutus, dans au moins quatorze villages. Clémentine de Montjoye, chercheuse senior sur la région des Grands Lacs, décrit ces actes comme une campagne militaire ciblée contre les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé hutu, mais qui frappe aveuglément des civils hutus.

Le bilan pourrait être bien plus lourd

Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, a révélé le 6 août 2025 que le M23, épaulé par des éléments des Forces de défense rwandaises (RDF), a tué au moins 319 civils, dont 48 femmes et 19 enfants, dans quatre villages du même territoire. Ces chiffres, corroborés par des témoins oculaires et des sources militaires, font de ce massacre l’un des plus sanglants depuis la résurgence du M23 en 2021. Des haut officiers dont le colonel Mushagara et le général Baudouin Ngaruye, déjà sous sanctions onusiennes, sont accusés d’avoir orchestré ces opérations, où des villages entiers ont été incendiés et des corps enterrés à la hâte pour effacer les traces. Radio Okapi, dans son article du 20 août 2025, rapporte que ces exécutions ont eu lieu en pleine période de cessez-le-feu, en violation flagrante des engagements diplomatiques.

Un contexte sécuritaire explosif

Derrière ces atrocités se cache un engrenage infernal, où le M23, rébellion tutsie soutenue par Kigali, sème la terreur pour imposer son contrôle sur les riches terres minières du Nord-Kivu. Ce mouvement, qui a capturé les villes de Goma et Bukavu en janvier et février derniers, prétend lutter contre les FDLR, héritiers des génocidaires rwandais de 1994. Mais les faits sont clairs : ces massacres visent des communautés hutues entières, faisant craindre un nettoyage ethnique, comme l’alerte Human Rights Watch. L’implication rwandaise n’est plus un secret ; témoignages et analyses onusiennes confirment la présence de troupes RDF aux côtés du M23, malgré les démentis de Kigali.

Réactions et appels à la justice

Le gouvernement congolais a condamné avec véhémence ces actes. Dans un communiqué du 7 août 2025, le ministère de la Communication, des Médias et Porte-parole du gouvernement a dénoncé un « massacre odieux » de plus de 300 civils et appelé à la mise en place d’une commission d’enquête internationale sous l’égide de la résolution A/HCR/RES/S-37/1 du Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

Denis Mukwege, prix Nobel de la paix, a réaffirmé dans sa déclaration du 23 août 2025 qu’il est temps d’établir un Tribunal pénal international pour le Congo, citant le rapport Mapping de l’ONU, vieux de quinze ans, qui documente des crimes similaires restés sans suite.

Les enjeux diplomatiques : accords bafoués et silence meurtrier

Comment expliquer que de telles horreurs surviennent alors que des accords de paix étaient pourtant conclus ? L’accord tripartite USA-RDC-Rwanda du 27 juin 2025 et la déclaration de Doha du 19 juillet entre Kinshasa et le M23 promettaient un cessez-le-feu. Mais sur le terrain, la réalité est tout autre : violations flagrantes de leur engagement. Le Rwanda de son côté rejette toute implication de ses forces, qualifiant ces accusations de « déformations flagrantes ».

La communauté internationale, prompte à condamner ailleurs, reste ici paralysée. Les États-Unis, par la voix de Dorothy Camille Shea à l’ONU, ont réclamé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité le 20 août 2025, dénonçant des crimes de guerre. Le Royaume-Uni, dans un communiqué du 24 août, a condamné des « massacres généralisés » et appelé au retrait des troupes étrangères. La Belgique, indignée par le « nouveau massacre de plus de 300 civils », a exhorté à une cessation immédiate des violences dans sa déclaration du 9 août. Mais ces paroles sonnent creux, faute de sanctions concrètes. Human Rights Watch appelle à une révision urgente de l’aide militaire au Rwanda et à des enquêtes indépendantes, avertissant que, sans cela, les atrocités se poursuivront. Ce silence complice, dicté par des intérêts géopolitiques, minerais, stabilité régionale, laisse Paul Kagame nier tout en continuant d’armer le M23.

L’impact humanitaire et social : une population brisée, une société déchirée

Derrière les chiffres, ce sont des vies fracassées. Plus de sept millions de déplacés internes en RDC, dont des milliers fuyant Rutshuru vers les forêts ou les camps déjà surpeuplés. Des femmes violées utilisées comme armes de guerre, des enfants enrôlés de force, une famine qui menace avec la destruction des champs. Les survivants, traumatisés, livrent des récits glaçants : une mère contrainte de marcher avec son bébé en pleurs, menacée de mort si l’enfant ne se taisait pas.

Sur le plan humanitaire, l’ONU et des ONG comme Médecins sans frontières tentent de contenir le mpox et la malnutrition, mais l’accès reste entravé par les combats. Socialement, les fractures s’accentuent : l’opposition, par la voix de Martin Fayulu, accuse le gouvernement d’inaction, tandis que l’Église appelle à un pacte social pour la paix sans désigner les responsables, affaiblissant ainsi son influence.

Vers une fin de l’impunité ? L’heure de l’action a sonné

La RDC, géant aux pieds d’argile, mérite mieux que des condoléances creuses. Denis Mukwege insiste : « La communauté internationale ne peut plus fermer les yeux sur cette tragédie. » Le temps est venu de sanctions coordonnées, d’un tribunal spécialisé, d’une pression réelle sur Kigali. Si le silence perdure, Rutshuru ne sera qu’un chapitre supplémentaire dans l’histoire d’un génocide oublié. Pour l’amour de ce pays meurtri, il faut un sursaut : la paix ne viendra pas des mots, mais des actes.

Heshima Magazine

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Débat sur la Constitution : Modeste Bahati rouvre une boite de pandore

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Après ses déclarations, le 4 mars, jugées moins favorables à une modification ou au changement de la Constitution par certains de ses pairs de l’Union sacrée de la Nation, le deuxième vice-président du Sénat, Modeste Bahati Lukwebo, se retrouve au cœur d’une vive controverse en République démocratique du Congo. Malgré des excuses et une tentative de clarification faites le 10 mars 2026, la tempête politique ne semble pas totalement retombée. Son intervention a rouvert une boite de pandore sur un sujet qui déchaine déjà les passions. 

Le débat autour d’une éventuelle modification ou changement de la Constitution continue d’alimenter les discussions au sein de la classe politique congolaise. Dernier épisode en date : les propos de Modeste Bahati Lukwebo, qui ont suscité de nombreuses réactions au sein de l’opinion publique et de la scène politique. Lors d’une intervention publique, le président de l’Alliance des forces démocratiques du Congo et alliés (AFDC-A) a laissé entendre que le pays n’avait pas un problème de texte mais plutôt un problème d’homme. Des déclarations rapidement interprétées comme opposées à la ligne de la majorité au pouvoir qui, selon l’UDPS – parti présidentiel – compte « toucher à la Constitution ». Dans une communication faite le samedi 7 mars, le bureau du Sénat, à travers sa Rapporteure, Néfertiti Ngudianza, a tenu à préciser que les propos tenus par le deuxième vice-président du Sénat lors de son point de presse n’engage pas cette institution. 

Son regroupement politique (AFDC-A) s’est immédiatement désolidarisé de ses propos, montrant son soutien au président de la République, Félix Tshisekedi. Une pétition visant à le faire tomber du bureau de la chambre haute du parlement a été initiée. L’initiative portée par le sénateur Dany Kabongo a déjà récolté plus de 37 signatures. L’auteur de la pétition reproche à Modeste Bahati d’avoir tenu des propos jugés « incorrects » et « d’un manque de respect » au président de la République, Félix Tshisekedi en affichant son opposition au changement ou à la révision de la Constitution.         

L’homme politique Steve Mbikayi, ancien ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire, s’en prend frontalement au sénateur Modeste Bahati, qu’il accuse de semer la confusion au sein de la majorité présidentielle à propos du débat sur la révision de la Constitution. Selon lui, la sortie médiatique de Bahati a agi comme « un pavé dans la mare », au moment où l’attention des Congolais est tournée vers la situation sécuritaire dans l’Est du pays et l’attente du retrait annoncé des forces d’occupation.

Bahati fait marche arrière et s’excuse… 

Face à la polémique grandissante, Modeste Bahati a rapidement tenté d’éteindre l’incendie. Dans une mise au point diffusée peu après, Modeste Bahati Lukwebo a présenté ses excuses tout en clarifiant ses propos. « Ma réponse a été mal comprise lorsque je disais qu’il faut d’abord changer de mentalités avant de changer la Constitution et donc le problème des textes ne se pose pas mais c’est plutôt un problème d’application par les hommes. Nulle part, il est sorti de ma bouche que je m’opposais à la modification de la Constitution. J’avais plutôt suggéré qu’on en débatte dans le cadre de l’Union sacrée de la Nation », a-t-il expliqué, avant de renouveler sa loyauté au chef de l’Etat Félix Tshisekedi. Pour Bahati, « certains se sont accrochés à quelques passages, les sortant de leur contexte ». Il était interrogé, ce jour-là, sur un slogan largement vulgarisé ces derniers temps par les sympathisants du pouvoir qui affirment que « Tshisekedi n’a pas de mandats, mais plutôt de mission », sollicitant la prolongation de son bail à la tête du pays. En réaction, Bahati Lukwebo affirmait qu’il considère le Chef de l’État comme un républicain disposant d’un mandat qui s’achève en 2028, avant d’envisager toute autre possibilité.

Une boite de pandore rouverte  

Mis dans le tiroir suite à l’aggravation du conflit sécuritaire dans l’Est du pays, le débat sur la révision ou le changement de la Cconstitution est remis à jour. L’intervention de Modeste Bahati sur le sujet a rouvert la boite de pandore. Malgré ses clarifications, la controverse persiste. Le 7 mars 2026, lors d’une « matinée politique » au siège de l’UDPS à Kinshasa, Augustin Kabuya, secrétaire général de ce parti, a déclaré : « Soyez calmes, nous allons toucher à cette Constitution ».A Luozi, au Kongo Central, où il était en meeting, le ministre des Sports et Loisirs, Didier Budimbu, a carrément appelé à un « troisième mandat » pour Félix Tshisekedi et au changement de la Constitution. Dans le stade Budimio de la cité de Luozi, acquis à sa cause, il a lancé l’opération intitulée « Tout droit ti na 3 » (tout droit au 3e mandat, Ndlr) pour marquer la position de son parti, Autre Vision du Congo (AVC), sur la question.

La société civile désapprouve ce débat en pleine guerre 

Dans les rangs de l’opposition comme au sein d’une partie de la société civile, certains estiment que les propos entendus ces derniers jours traduisent une volonté latente de rouvrir un débat « clivant » qui divise profondément le pays. Le mouvement citoyen Lutte pour le Changement (LUCHA) s’est montré opposé aux velléités du régime en place de vouloir à tout prix modifier la constitution au moment où l’intégrité du territoire reste menacée dans les provinces des Nord-Kivu, Sud-Kivu et Ituri, où des Congolais sont massacrés, d’autres obligés de se déplacer pour fuir la mort. Dans un communiqué, ce mouvement dénonce une tentative de vouloir accorder « un bail permanent » au président Tshisekedi. Selon la LUCHA, l’ambition de l’Union Sacrée de la Nation est non seulement une « erreur politique » mais surtout une « indécence criminelle », insistant que la priorité n’est pas celle-là mais la récupération des terres conquises par l’AFC/M23. « Nous n’accepterons aucune confiscation de notre démocratie », rappelle ce mouvement, citant l’article 64 de la Constitution qui impose le devoir de faire échec à quiconque détient le pouvoir en violation des dispositions constitutionnelles.

Lors d’un discours prononcé à Kisangani le 23 octobre 2024, le président de la République, Félix Tshisekedi, avait proposé des mesures visant à modifier la Constitution du pays, laissant planer la possibilité d’une modification de la limitation du nombre de mandats présidentiels. Il avait qualifié la Constitution actuelle de « dépassée » et « pas adaptée aux réalités du pays ». Il avait annoncé son intention de mettre en place une commission chargée de rédiger une nouvelle constitution en 2025, tout en précisant qu’il appartiendrait au peuple de décider de l’éventuelle suppression de la limitation du nombre de mandats présidentiels. Mais avec la guerre dans l’Est du pays, ce projet avait été mis en veilleuse.    

Avec le retour de ce débat, reste à savoir si cela pourrait raviver les tensions politiques au pays. Dans un contexte où la question constitutionnelle demeure hautement sensible en République démocratique du Congo, chaque mot prononcé par un acteur politique – surtout détenant des fonctions officielles – semble désormais pesé et parfois lourd de conséquences.

Heshima

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Guerre dans l’Est de la RDC : les femmes, premières victimes d’un conflit chronique

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Depuis plus de trente ans, l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) est le théâtre de conflits armés récurrents. Au cœur de cette tragédie humanitaire, les femmes paient le prix le plus lourd : violences sexuelles, déplacements forcés, perte des moyens de subsistance et traumatismes durables. En 2025, au moins 1 534 victimes, dont une majorité écrasante de femmes et de filles ont été violées, selon l’ONU. En tête de la liste des violeurs, la rébellion de l’AFC/M23.     

Dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, les affrontements entre groupes armés, milices locales et forces régulières plongent les populations civiles dans une insécurité chronique. Si toute la société congolaise subit les conséquences de cette guerre prolongée, les femmes en sont incontestablement les principales victimes. Les violences sexuelles sont devenues une arme de guerre utilisée pour terroriser les communautés et contrôler les territoires. Des milliers de femmes et de jeunes filles sont chaque année victimes de viols, d’enlèvements et d’esclavage sexuel. Ces crimes laissent des séquelles physiques et psychologiques profondes, aggravées par la stigmatisation sociale qui frappe souvent les survivantes.

Plus de 1500 victimes de violences sexuelles en 2025

Le 9 mars 2026, le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) a tiré la sonnette d’alarme sur la persistance des violences sexuelles liées au conflit dans l’Est de la RDC. Selon son dernier rapport, au moins 1 534 personnes ont été victimes de ces crimes en 2025, dont une majorité de femmes et de filles, dans un contexte marqué par l’occupation de plusieurs zones par l’AFC/M23 et d’autres groupes armés. Dans ce rapport, le BCNUDH dénonce l’usage persistant du viol comme arme de guerre et met en garde contre l’émergence d’une génération d’enfants nés de ces violences et confrontés à la stigmatisation. Selon les données collectées en 2025, cet organisme onusien a documenté 887 cas de violences sexuelles ayant affecté 1 534 victimes, dont une majorité écrasante de femmes (854) et de filles (672). D’après ce document, les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu concentrent près de 80 % des victimes, confirmant que l’Est du pays demeure l’épicentre de cette tragédie humanitaire dans un contexte de conflit armé persistant.

Le BCNUDH accuse les groupes armés opérant dans ces zones d’être impliqués dans environ 75 % des violences documentées, avec le Mouvement du 23 mars (M23) – aujourd’hui intégré à la coalition AFC/M23 – cité comme l’un des principaux responsables, avec 439 victimes recensées. D’autres groupes armés sont également cités dans ce rapport, notamment les milices Wazalendo, la CODECO, les groupes Maï-Maï, les FDLR et les ADF. Au-delà des chiffres, le rapport décrit des crimes d’une extrême gravité. Des femmes et des jeunes filles seraient maintenues en captivité dans certaines zones contrôlées par des groupes armés et soumises à des viols répétés, à l’esclavage sexuel et à des grossesses forcées. Ces violences donnent également naissance à des enfants souvent rejetés par leurs familles et confrontés à la stigmatisation sociale. Le BCNUDH souligne par ailleurs que si environ 70 % des survivantes reçoivent des soins médicaux d’urgence, moins de 2 % bénéficient d’une prise en charge complète, incluant l’assistance psychologique, sociale et juridique. 

Des femmes assument seules la survie des familles…

À ces violences s’ajoutent les déplacements massifs de populations. Dans les camps de fortune, les femmes doivent assumer seules la survie de leurs familles, souvent après la disparition ou la mort de leurs conjoints. Elles parcourent de longues distances pour chercher de l’eau, du bois ou de la nourriture, s’exposant encore aux agressions et aux abus. Le conflit a également détruit une grande partie du tissu économique local. Dans une région où l’agriculture constitue la principale source de revenus, l’insécurité empêche les femmes d’accéder aux champs et aux marchés. Beaucoup perdent ainsi leur autonomie financière, ce qui accentue la pauvreté et la dépendance.

Malgré ce contexte dramatique, de nombreuses Congolaises se mobilisent pour la paix. Associations locales, réseaux de survivantes et organisations communautaires s’engagent pour soutenir les victimes, promouvoir la justice et reconstruire le tissu social. Leur courage et leur résilience sont devenus des piliers essentiels dans la quête de stabilité dans la région. Alors que la guerre continue de ravager l’Est de la RDC, la situation des femmes rappelle l’urgence d’une réponse durable, à la fois sécuritaire, humanitaire et judiciaire. Car au-delà des statistiques et des rapports internationaux, ce sont des millions de vies brisées qui attendent encore que la paix devienne enfin une réalité.

Heshima

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30 ans d’insécurité dans l’Est de la RDC : des solutions envisagées sont-elles durables ?

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Depuis plusieurs décennies, l’Est de la République démocratique du Congo demeure le théâtre de violences armées récurrentes. Entre rivalités pour le contrôle des ressources naturelles, présence de groupes armés et tensions régionales, cette instabilité continue d’avoir de lourdes conséquences sur les populations civiles et le développement du pays. Les solutions envisagées actuellement par le président de la République, Félix Tshisekedi, peuvent-elles mettre définitivement un terme à ces trois décennies de violences ? Tentative de réponse.

La situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo reste l’une des crises les plus complexes et prolongées du continent africain. Les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri sont régulièrement secouées par des affrontements entre groupes armés, forces gouvernementales et parfois des acteurs étrangers. Plusieurs facteurs expliquent cette insécurité chronique. D’abord, la présence de nombreux groupes armés locaux et étrangers qui se disputent le contrôle des territoires et des ressources naturelles, notamment l’or, le coltan et d’autres minerais stratégiques. Ces ressources, essentielles pour l’économie mondiale, alimentent souvent une économie de guerre et renforcent les capacités de ces groupes.

Ensuite, les tensions communautaires et les conflits fonciers contribuent également à l’instabilité. Dans certaines zones, les rivalités entre communautés pour l’accès à la terre et au pouvoir local exacerbent les violences. C’est le cas de Hema et Lendu dans la province de l’Ituri. À cela s’ajoute la faiblesse de l’autorité de l’État dans certaines régions, où les institutions publiques peinent à assurer la sécurité et les services de base.

Les conséquences de cette situation sont dramatiques pour les populations. Des milliers de civils sont victimes de violences, tandis que des millions d’autres sont contraints de fuir leurs villages pour se réfugier dans des camps de déplacés. L’insécurité perturbe aussi l’agriculture, le commerce et l’éducation, aggravant la pauvreté et freinant le développement local.

Des solutions envisagées sous Tshisekedi

La crise sécuritaire qui secoue l’Est de la RDC demeure l’un des défis majeurs pour les autorités congolaises et leurs partenaires internationaux. Pour de nombreux analystes de cette situation chronique, la première solution passe par le renforcement des capacités des forces de défense et de sécurité de la RDC. Une armée mieux formée, mieux équipée et mieux encadrée pourrait jouer un rôle déterminant dans la protection des populations et la restauration de l’autorité de l’État dans les zones sous influence des groupes armés. Sur ce point, Félix Tshisekedi a mis en place à travers le gouvernement et le parlement une loi de programmation militaire qui assure une montée en puissance des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).

Cette loi de programmation militaire prévoit que 30 % du budget général de l’Etat soit alloué aux forces de défense et de sécurité. Ces crédits visent à renforcer l’équipement militaire, améliorer la logistique et assurer une meilleure prise en charge du personnel militaire et policier. Ces chiffres représentent une progression par rapport au budget précédent qui consacrait 13,12 % pour l’ensemble de défense, sécurité publique et justice.

Une présence efficace de la police 

La RDC a entamé depuis quelques années un processus de réforme profonde du secteur de la sécurité. Après la loi de Programmation militaire, le gouvernement avait présenté en mai 2025 un projet de loi ambitieux au Parlement pour refonder la Police nationale congolaise (PNC) une institution souvent critiquée pour des dérapages et divers abus. Pour réformer cette grosse machine de sécurité, le gouvernement met des grands moyens : 2,3 milliards de dollars sont prévus sur cinq ans, soit de 2025 à 2029. Le 16 mai 2025, le vice-premier ministre, ministre de l’Intérieur et Sécurité Jacquemain Shabani avait défendu ce projet de loi à l’Assemblée nationale. Le texte prévoit un programme de réformes qui va nécessiter la mobilisation de moyens considérables. Il prévoit de former 90 000 policiers pour renforcer l’effectif.

En sous-effectif quasi permanent, la police a toujours du mal à accomplir efficacement sa mission régalienne. Il se constate une répartition inégale des effectifs sur le territoire national. Au Sud-Kivu, par exemple, après le départ des casques bleus pakistanais, la Police nationale congolaise n’avait pas pu réoccuper pleinement la province. Fin avril 2024, plus de la moitié des 115 policiers censés occuper la base de Kamanyola l’avaient désertée, selon le constat d’un journaliste de l’Agence France-Presse (AFP). Le peu de policiers qui restaient se plaignaient de leurs conditions de vie et de l’absence de rémunération. « Un policier qui passe deux jours sans manger alors qu’il a une arme, ça devient facile pour lui d’attaquer de paisibles citoyens » pour se ravitailler, dénonçait Joe Wendo, un acteur de la société civile locale.

Pour une paix durable, les provinces de l’Ituri, du Nord et du Sud-Kivu devraient bénéficier d’un nombre considérable de policiers pour assurer l’autorité de l’Etat dans les parties ayant subi l’insécurité des groupes armés.   

Des programmes fonctionnels de démobilisation 

La réintégration de certains combattants à travers des programmes de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) pourrait contribuer à réduire la violence sur le terrain. Ce processus doit cependant s’accompagner d’efforts de réconciliation entre communautés, souvent divisées par des rivalités anciennes liées à la terre, à l’identité ou au pouvoir local. Ces programmes de démobilisation doivent être fonctionnels pour assurer que les combattants démobilisés ne retourneront plus dans la brousse pour reprendre des activités subversives.       

En parallèle, plusieurs experts insistent aussi sur la nécessité d’un dialogue politique inclusif au niveau du pays mais aussi de la région. La coopération régionale apparaît également comme un levier essentiel. Les tensions et les accusations mutuelles entre pays voisins compliquent souvent la résolution du conflit. Un dialogue sincère et une collaboration sécuritaire renforcée entre les États de la région pourraient permettre de limiter le soutien ou la circulation des groupes armés à travers les frontières. C’est aussi le sens de l’Accord de Washington signé entre le Rwanda et la RDC le 27 juin et paraphé le 4 décembre 2025 par les présidents Paul Kagame du Rwanda et Félix Tshisekedi.

Par ailleurs, la gouvernance des ressources naturelles constitue un enjeu majeur. Une exploitation transparente et réglementée des minerais stratégiques, combinée à une lutte efficace contre les circuits illégaux, pourrait réduire le financement des groupes armés et favoriser une meilleure redistribution des richesses au profit des populations locales. Il faut couper le pont du pillage des ressources naturelles effectué par le Rwanda et l’Ouganda.   

Si la pacification de l’Est de la RDC représente un défi majeur, elle reste une condition essentielle pour garantir la sécurité des populations et ouvrir la voie à un développement durable. Seule une approche combinant action militaire, dialogue politique et réformes économiques permettra d’espérer une paix durable dans cette région meurtrie. Et Julien Paluku, ancien gouverneur du Nord-Kivu et ministre du Commerce extérieur, a pris le risque d’annoncer que la rébellion de l’AFC/M23 est la dernière en RDC. « Le gouvernement et le président de la République ont coupé toutes les branches qui servaient de prétexte au Rwanda » pour attaquer la RDC, a-t-il déclaré. Les accords de Washington, qui ont un volet économique important, pourraient aussi changer l’histoire de cette région congolaise meurtrie depuis 30 ans.

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