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Main tendue de Tshisekedi à Kagame : Les dessous des cartes d’un revirement diplomatique
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7 mois agoon
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La redaction
La surprenante main tendue du président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, à son homologue rwandais, Paul Kagame, en marge de la deuxième édition du forum Global Gateway en Belgique ne cesse de susciter des réactions aussi bien dans son pays qu’à l’étranger. Et ce, alors que l’est de la RDC est toujours occupé par la rébellion de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), soutenue par le Rwanda. Pression internationale, échec militaire, crainte d’un renversement de son pouvoir ? Les hypothèses foisonnent pour tenter de comprendre cette posture du chef de l’État congolais dans un forum « inapproprié » pour le sujet.
Jeudi 9 octobre, Félix Tshisekedi a fait la une des réseaux sociaux en RDC. Les Congolais semblaient partagés entre indignation et manque d’une vision claire sur la politique sécuritaire dans l’est du pays. Au cœur de cet emballement médiatique : une main tendue de Tshisekedi à Paul Kagame pour faire « la paix des braves ». Le président congolais a proposé de travailler ensemble avec Kigali. « À aucun moment, je n’ai affiché une attitude belliqueuse quelle qu’elle soit à l’égard du Rwanda, de l’Ouganda ou de l’un de nos neuf voisins. Aujourd’hui, nous vivons cette situation et nous sommes les deux seuls capables d’arrêter cette escalade », s’est-il adressé à Paul Kagame, présent dans ce forum. Ce discours a été perçu par certains comme un acte de capitulation, une incohérence pour d’autres.
L’un des premiers à réagir, c’est l’opposant congolais Delly Sesanga. « De la moindre escarmouche à ça… », s’est-il moqué. L’expression utilisée renvoie directement à la promesse tonitruante de la campagne de 2023, lorsque Félix Tshisekedi, candidat à sa propre succession, annonçait vouloir « réunir les deux chambres du Parlement en congrès » et demander l’autorisation de « déclarer la guerre au Rwanda » si, « à la moindre escarmouche », un « seul Congolais, pas deux » était tué. « Tout ça pour ça ! », s’est-il exclamé. « Où est le sérieux ? Où est la ligne ? Le gâchis incarné. Un président à géométrie variable, qui change de position au gré des applaudissements et des voyages, n’inspire ni confiance ni respect », a-t-il ajouté.
Le vendredi 10 octobre, devant les Congolais de la diaspora à Bruxelles, Félix Tshisekedi a défendu sa position tenue au forum Global Gateway : la paix des braves « n’est pas une faiblesse ». Pour le chef de l’État congolais, les critiques négatives de Kigali – qui a qualifié de « comédie politique ridicule » sa main tendue – ne comptent pas. « Je sais que cela a troublé, je ne tiens pas compte de ce qui est sorti, je sais qu’ils vont réfléchir et me faire une offre, c’est ce que j’attends », a-t-il déclaré aux Congolais de Bruxelles. La réplique de Kigali ne s’est pas fait attendre : « Il pourra toujours attendre jusqu’aux calendes grecques ».
À Kinshasa, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, passe à la télé et à la radio pour défendre la position du chef de l’État. Le président Tshisekedi a mis son homologue « devant ses responsabilités », défend Patrick Muyaya sur les ondes de Top Congo FM. Selon lui, certains Congolais évoquent une chose et son contraire. Le président de la République avait toujours tendu la main au Rwanda pour faire la paix depuis le début de son mandat, lorsqu’il avait visité les neuf pays voisins de la RDC pour parler de la paix.
Une position due aux échecs militaires ?
Depuis le début du conflit en 2021 jusqu’à ses proportions inquiétantes en 2025, avec l’occupation de Goma et de Bukavu, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) n’ont jamais réussi à récupérer un seul centimètre des portions occupées par l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda. Malgré un effectif supérieur aux rebelles, l’armée congolaise n’a pas réussi à inverser la tendance ces quatre dernières années. Pourtant, Félix Tshisekedi et son gouvernement ont presque triplé le budget de défense, passant d’environ 300 millions à plus d’un milliard de dollars. La qualité du commandement des troupes n’a pas suivi malgré ces efforts. L’armée a d’ailleurs subi un dernier revers en septembre avec la prise de la cité stratégique de Nzibira, située dans le territoire de Walungu, au Sud-Kivu. La perte de Nzibira – cité riche en cassitérite et carrefour de plusieurs voies vers d’autres provinces – est considérée comme un revers opérationnel majeur par les forces vives locales.
D’après des experts, le budget et le nombre de troupes ne sont pas à eux seuls déterminants pour parvenir à une armée puissante. La « corruption systémique » est considérée comme l’une des principales raisons de la faiblesse de l’armée congolaise, selon Alain De Neve, chercheur au Royal Higher Institute for Defence (RHID) à Bruxelles. « Divers rapports font état de la disparition de fonds destinés aux salaires et à la logistique. Cela explique pourquoi le moral des troupes est si bas et pourquoi les désertions sont fréquentes. Dans certains cas, les soldats ont même recours au pillage ou au racket de la population locale pour survivre », a-t-il expliqué. La tentative de riposte avec des drones de combat CH4 n’a pas fait évoluer le conflit en faveur de la RDC. Et cela, en dépit du budget déboursé pour maintenir la présence de 120 employés de la société militaire privée Agemira à Kinshasa et à Kisangani pour s’occuper de ces drones, selon le dernier rapport du groupe d’experts de l’ONU sur la situation sécuritaire en RDC. Cette situation de faiblesse militaire pourrait aussi dicter la ligne diplomatique conciliante tenue par Félix Tshisekedi vis-à-vis de Kigali.
L’Accord de Washington piétine…
Le 27 juin, un accord de paix a été signé entre Kinshasa et Kigali à Washington, sous médiation américaine. Cet accord avait suscité un espoir de paix à Kinshasa. Mais sa mise en œuvre piétine. Kinshasa accuse Kigali de mauvaise foi dans la mise en œuvre de cet engagement. Sur le théâtre des opérations, les affrontements se sont intensifiés dans les territoires de Walungu et de Kabare, à la limite avec Mwenga et Shabunda. À Walikale, l’AFC/M23 tente toujours de s’emparer de Pinga, chef-lieu du territoire de Walikale. Pour les autorités congolaises, ces revers militaires dépassent les capacités du mouvement rebelle AFC/M23. Kinshasa estime que ce groupe ne dispose ni des effectifs ni de la logistique nécessaires pour résister à son armée nationale, y compris face aux frappes aériennes. Le gouvernement persiste donc à accuser Kigali d’être derrière ces avancées rebelles. Dans ce contexte, la RDC a refusé de signer le cadre économique régional prévu par l’Accord de Washington, arguant que le Rwanda maintient encore des troupes sur son sol. Désormais, Kinshasa a conditionné son paraphe du document au retrait des troupes rwandaises de son sol. Mais pour le Rwanda, la responsabilité du statu quo revient à la RDC. Kigali dénonce donc la persistance de liens entre les FARDC et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé rwandais hostile au régime de Paul Kagame. La première étape d’une opération censée démanteler ces liens devait débuter en octobre, mais aucune avancée concrète n’a encore été constatée, ce qui contribue à bloquer la mise en œuvre de l’accord. Kinshasa a accepté de démarrer l’opération de neutralisation des FDLR, que personne n’arrive à localiser avec précision. Depuis le 10 octobre, l’armée congolaise, à travers un communiqué, a appelé ces rebelles rwandais à se rendre sans violence aux FARDC ou à la MONUSCO. Une décision saluée par Washington et Bruxelles.
Menace de renversement du régime de Kinshasa
L’attitude de Félix Tshisekedi pourrait également être influencée par l’escalade incessante de la violence dans l’est du pays. Lors d’un message à ses nouvelles recrues, Sultani Makenga, coordonnateur militaire de l’AFC/M23, a évoqué un renversement du régime de Félix Tshisekedi comme objectif de la rébellion. Selon lui, dans peu de temps, ils mettront fin à cette « mauvaise » gouvernance : « Notre armée se bat pour le changement dans ce pays. Notre pays a été détruit pendant longtemps par le gouvernement de Kinshasa dirigé par Félix Tshisekedi […]. Il fait des Congolais des réfugiés, transformant notre pays en propriété privée. » Cette rébellion a clairement rappelé que l’objectif du mouvement et de ce recrutement de plus de 700 nouveaux combattants est de « renverser le pouvoir de Kinshasa ». Le pouvoir montre parfois des signes d’inquiétude face à la dynamique militaire du M23. Entre l’exigence du retrait des troupes rwandaises du sol congolais, l’abandon des zones conquises par l’AFC/M23 et le retour des réfugiés, la marche vers la paix reste encore longue.
Tendre la main à Kagame pour éviter la balkanisation
À Kinshasa, certains politiques soutiennent la démarche de Tshisekedi, mais qui devait, selon eux, se solder par un dialogue national pour éviter la balkanisation du pays. « La paix des braves est à ce prix », soupire Moïse Moni Della, qui se réclame désormais du camp de la patrie après avoir été proche de l’opposant Moïse Katumbi. Pour lui, « le pays est menacé de “Yougoslavisation”, la cohésion nationale est un impératif politique ».
D’aucuns diront qu’il faut toujours négocier en position de force, explique Moni Della, cela se fera car la RDC a une vocation de puissance. « Si c’est le prix à payer pour que notre beau, riche et grand pays puisse retrouver la paix et éviter la balkanisation, je soutiens la démarche du président Félix Tshisekedi au nom du Camp de la patrie », a-t-il fait savoir. Félix Tshisekedi reçoit également le soutien des institutions dans sa démarche avec Kigali. « Le président de la République n’a cessé de ménager ses efforts pour assurer la stabilité et le développement de notre pays. C’est dans ce contexte qu’il a tendu la main au président rwandais lors de son intervention à la deuxième édition du Global Gateway forum organisée à Bruxelles par l’Union européenne. L’appel lancé par le président de la République à son homologue rwandais vise essentiellement l’arrêt des violences et le développement économique de la région des Grands Lacs en ce que celui qui parraine et soutient les M23 », a déclaré la Première ministre, Judith Suminwa, lors de la réunion du conseil des ministres tenue le 10 octobre dernier.
Heshima
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De Kabarebe à Kabila : jusqu’où iront les sanctions américaines ?
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3 jours agoon
mai 22, 2026By
La redaction
Après avoir sanctionné le général rwandais James Kabarebe pour son soutien présumé au M23, Washington a franchi un nouveau cap en visant directement l’ancien président congolais Joseph Kabila. Une évolution spectaculaire qui redessine les rapports diplomatiques dans la région des Grands Lacs. Mais derrière ces sanctions se profile une question plus large : les États-Unis comptent-ils désormais restructurer l’équilibre politique et sécuritaire de l’Est de la République démocratique du Congo en frappant financièrement les individus présumés impliqués dans la déstabilisation de cette partie du pays ?
Pendant longtemps, les sanctions américaines liées au conflit dans l’Est de la RDC ciblaient essentiellement des chefs rebelles, des réseaux de contrebande ou des officiers accusés d’exactions. Mais depuis 2025, Washington a changé d’échelle. Le 20 février 2025, le département du Trésor américain sanctionnait le général rwandais James Kabarebe, accusé d’être au cœur du soutien du Rwanda à l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23). Les États-Unis affirmaient alors que Kabarebe jouait un rôle central dans l’appui logistique et stratégique aux rebelles opérant dans l’Est congolais.
À l’époque, cette mesure apparaissait déjà comme un signal diplomatique fort adressé à Kigali. Début mars, le gouvernement américain est allé plus loin en annonçant des sanctions contre l’armée rwandaise et quatre hauts commandants pour leur soutien au groupe armé AFC/M23, responsable d’abus en RDC. Ces sanctions ont des implications considérables sur les transactions commerciales, financières, les ventes d’armes et d’équipements militaires. Mais la décision du 30 avril 2026 marque un tournant d’une tout autre ampleur : Washington a sanctionné l’ancien président Joseph Kabila pour son soutien présumé à l’AFC/M23. C’est la première fois qu’un ancien chef d’État congolais est directement visé par des sanctions américaines de cette envergure.
Washington cible désormais les « architectes » du conflit
Selon l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), une structure du Département du Trésor américain, Joseph Kabila aurait apporté un soutien financier et politique à l’AFC, la branche politico-militaire alliée au M23. Les autorités américaines l’accusent également d’avoir encouragé des défections au sein des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) afin d’affaiblir Kinshasa et de retrouver une influence politique. Les sanctions impliquent le gel d’éventuels avoirs aux États-Unis, l’interdiction de toute transaction avec des entités américaines et un isolement progressif du système financier international dominé par le dollar.
Pour maintenir la pression sur Kigali, les États-Unis ont décidé, le 6 mars, d’imposer des restrictions de visas à « plusieurs hauts responsables rwandais », accusés de soutenir la même rébellion et de contribuer à l’instabilité dans la région des Grands Lacs. « Les individus considérés comme responsables, complices, ou directement ou indirectement engagés dans des actions visant à saper ou entraver une paix durable dans la région des Grands Lacs subiront des conséquences », a déclaré dans un communiqué Marco Rubio.
Kagame aussi individuellement visé ?
Le département d’État n’a pas livré l’identité des personnes concernées par ces restrictions, les dossiers de visa étant confidentiels selon la loi américaine. Mais ces mesures devraient d’abord toucher les responsables déjà visés par les sanctions du Trésor américain, à savoir l’armée rwandaise et quatre de ses officiers supérieurs. D’autres personnalités, ainsi que des membres de leurs familles, pourraient également être affectés.
En avril, les États-Unis auraient refusé d’accorder un visa au président rwandais Paul Kagame, selon les révélations d’Africa Intelligence. Depuis plus de trois mois, le président rwandais ne s’est plus rendu aux États-Unis. Pourtant, avant ces mesures, il y effectuait parfois des visites non officielles.
De la pression sécuritaire à l’ingénierie politique ?
Officiellement, Washington présente ces mesures comme un instrument de soutien au processus de paix régional et aux accords négociés entre Kinshasa et Kigali sous médiation américaine. Mais dans les milieux diplomatiques, beaucoup y voient également un repositionnement stratégique majeur des États-Unis dans les Grands Lacs.
En sanctionnant successivement un haut responsable rwandais puis un ancien président congolais, Washington envoie un double message : plus aucun acteur régional ne bénéficierait désormais d’une immunité politique dans le dossier congolais. Cette approche tranche avec la prudence diplomatique observée sous les précédentes administrations américaines. L’administration Trump assume désormais une logique beaucoup plus coercitive. Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a déclaré que « ceux qui continuent de semer l’instabilité devront répondre de leurs actes ».
Derrière cette rhétorique se dessine une stratégie plus large : sécuriser les chaînes d’approvisionnement en minerais critiques, stabiliser militairement l’Est congolais, réduire l’influence régionale des réseaux armés et soutenir un nouvel ordre sécuritaire favorable aux intérêts occidentaux dans la région.
Kabila, symbole ou début d’une liste plus longue ?
L’ancien président congolais Joseph Kabila et sa famille posséderaient (partiellement ou totalement) plus de 80 entreprises, en République démocratique du Congo et à l’étranger, selon la révélation d’un rapport publié en 2017 par le Groupe d’étude sur le Congo (GEC), un groupe d’études basé aux Etats-Unis. Ces entreprises interviennent dans tous les secteurs de l’économie :« l’agriculture, les mines, le secteur banquier, l’immobilier, les télécommunications et les compagnies aériennes », précise ce groupe d’études lié à un projet de coopération avec l’Université de New York. Même si les sanctions américaines peuvent être déjouées avec le système de prête-nom, l’ancien chef de l’Etat pourrait toujours être impacté. « J’avais du mal à ouvrir un compte en banque ou recevoir des fonds via le système bancaire », a récemment avoué Lambert Mende, ancien ministre de Communication sous Joseph Kabila. Il était aussi victime des sanctions financières internationales à l’époque.
La grande interrogation porte désormais sur l’éventuelle extension des sanctions américaines. Plusieurs figures politiques, militaires et économiques congolaises ou régionales sont régulièrement citées dans des rapports internationaux sur les circuits de financement des groupes armés, les trafics miniers ou les réseaux d’influence transfrontaliers. Washington pourrait-il aller plus loin ? Par exemple, viser des opérateurs économiques, sanctionner d’autres responsables militaires congolais ou rwandais, cibler des relais financiers de l’AFC/M23, voire imposer des restrictions diplomatiques plus larges ?
Pour l’instant, aucune annonce officielle ne le confirme. Le fait que Corneille Nangaa soit déjà sous sanctions américaines réduit toutefois le champ des personnalités encore susceptibles d’être visées au sein de l’AFC/M23. Mais la dynamique actuelle montre une volonté américaine d’élargir progressivement la responsabilité politique du conflit. Dans plusieurs chancelleries africaines, certains observateurs redoutent désormais une « judiciarisation géopolitique » du dossier congolais, où les sanctions deviennent un levier de recomposition régionale autant qu’un outil de paix.
Kinshasa applaudit, mais le risque politique demeure
Le gouvernement congolais a immédiatement salué les sanctions contre Joseph Kabila, estimant qu’elles réduiraient les capacités de financement des réseaux accusés d’alimenter la guerre. Mais cette satisfaction officielle masque aussi des interrogations plus profondes. Car si Washington apparaît aujourd’hui aligné avec Kinshasa sur le dossier sécuritaire, les sanctions américaines restent avant tout guidées par des intérêts stratégiques américains.
Le partenariat minier et sécuritaire en discussion entre Washington et Kinshasa illustre d’ailleurs cette nouvelle convergence d’intérêts. Pour certains analystes, le risque est que la lutte contre l’instabilité se transforme progressivement en outil de sélection politique des acteurs jugés fréquentables – ou non – par les puissances étrangères.
De Kabarebe à Kabila, les sanctions américaines franchissent des lignes autrefois considérées comme intouchables. Elles traduisent l’entrée du conflit congolais dans une nouvelle phase où diplomatie, sécurité, minerais stratégiques et rapports de force deviennent indissociables. Reste à savoir jusqu’où Washington ira dans cette logique de pression ciblée. Car à mesure que les sanctions montent en gamme, une autre question se pose désormais dans les coulisses régionales : après les rebelles, les généraux et les anciens présidents, qui sera le prochain sur la liste américaine ?
Heshima Magazine
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Négociations Kinshasa–AFC/M23 : retour sur les points de désaccord « insurmontables »
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4 jours agoon
mai 21, 2026By
La redaction
Après un neuvième cycle de discussions entre le gouvernement congolais et les rebelles de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), organisé en avril dernier à Montreux, en Suisse, quelques avancées ont été enregistrées sur les volets techniques et humanitaires. Mais sur les questions politiques, sécuritaires et institutionnelles, les positions des deux camps demeurent profondément opposées. Retour sur les principaux points de friction qui continuent de bloquer les discussions.
Entre déclarations de principes, mécanismes de cessez-le-feu et protocoles humanitaires, les négociations entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23 semblent progresser sur le papier. Mais sur les dossiers de fond, les lignes restent figées. Sur le plan judiciaire, les discussions achoppent toujours sur le sort réservé aux cadres et combattants de l’AFC/M23. Le mouvement rebelle exige l’annulation des condamnations à mort prononcées contre plusieurs de ses membres, notamment Corneille Nangaa, ainsi que l’abandon des poursuites visant certains responsables. Une demande rejetée jusqu’ici par Kinshasa, qui refuse toute mesure pouvant être interprétée comme une forme d’amnistie politique ou militaire. Plusieurs personnalités concernées par ces condamnations participaient pourtant directement aux négociations organisées en Suisse.
Les divergences portent également sur des questions économiques et administratives. Selon plusieurs sources proches des discussions, l’AFC/M23 réclame toujours la réouverture du système bancaire dans les territoires sous son contrôle. Les établissements financiers de ces zones restent en effet fermés ou déconnectés des circuits nationaux sur décision des autorités congolaises. Sur ce dossier, le désaccord semble particulièrement profond. Kinshasa rejette cette demande, estimant qu’elle reviendrait à reconnaître de facto l’administration rebelle.
Le mouvement dénonce aussi les difficultés rencontrées par les populations vivant dans ces territoires pour obtenir des documents officiels, notamment des passeports. Ses responsables affirment que ces restrictions touchent également leurs propres membres, privés d’accès aux documents administratifs congolais. Autre revendication portée par l’AFC/M23 : la restitution de biens saisis par les services de l’État congolais à certains cadres ou proches du mouvement. Là encore, Kinshasa campe sur ses positions.
Enfin, le dossier sensible de l’aéroport de Goma demeure sans solution. Le gouvernement congolais milite pour une reprise rapide des activités de cette infrastructure, jugée essentielle pour les échanges économiques et l’acheminement de l’aide humanitaire. Mais l’AFC/M23 redoute qu’une réouverture ne permette à Kinshasa d’utiliser l’aéroport à des fins militaires.
Des désaccords insurmontables ?
Selon un expert des questions des Grands Lacs, ces désaccords pourraient demeurer « insurmontables » tant que le rapport de force militaire n’évoluera pas en faveur de Kinshasa. « Les rebelles conservent encore une capacité de conquête territoriale. Cela leur donne le sentiment de négocier d’égal à égal avec Kinshasa. Tant qu’ils ne ressentiront pas une réelle pression militaire de la part du gouvernement congolais, ils resteront probablement campés sur leurs exigences », explique cet analyste spécialiste de la région des Grands Lacs. Au-delà de ces points de blocage, la médiation qatarie a néanmoins permis plusieurs avancées diplomatiques importantes depuis 2025. Une déclaration de principes avait d’abord été signée à Doha afin d’encadrer un cessez-le-feu et d’ouvrir la voie à un accord politique global. Par la suite, un mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu avait été mis en place en octobre 2025 pour superviser les engagements militaires des deux parties.
En novembre 2025, un nouvel accord-cadre signé à Doha devait servir de feuille de route vers une paix durable. Le texte prévoyait huit protocoles thématiques portant notamment sur l’accès humanitaire, la restauration de l’autorité de l’État, le retour des déplacés, les arrangements sécuritaires et la justice transitionnelle. Mais plusieurs mois après ces engagements, les protocoles restent inachevés ou partiellement appliqués. Les discussions de Montreux, en avril 2026, avaient précisément pour objectif de débloquer certains dossiers urgents, notamment l’aide humanitaire et les échanges de prisonniers. Là encore, les blocages persistent. Même le mécanisme conjoint de vérification du cessez-le-feu, présenté comme une avancée majeure en octobre 2025, reste confronté aux accusations réciproques de violations et à l’absence de véritable capacité coercitive.
Les pressions de Washington peuvent-elles faire bouger les lignes ?
Depuis plusieurs mois, Washington durcit progressivement le ton contre le Rwanda dans le dossier de l’Est de la RDC. En mars dernier, les États-Unis ont franchi une étape inédite en sanctionnant plusieurs hauts responsables militaires rwandais, tout en ciblant plus largement l’appareil sécuritaire de Kigali. Une évolution diplomatique rarement observée dans les relations entre les deux pays. Les effets commencent désormais à se faire sentir. Selon des révélations du média spécialisé Africa Intelligence, un déplacement du président rwandais Paul Kagame aux États-Unis aurait été annulé dans un contexte de fortes tensions avec l’administration américaine. Le chef de l’État rwandais a lui-même reconnu récemment que les sanctions américaines « faisaient mal », tout en maintenant sa position sur le conflit dans l’Est de la RDC.
Dans ce contexte de pression croissante, le retrait partiel de l’AFC/M23 vers Kamanyola apparaît comme un signal politique adressé à Washington. Après les discussions peu concluantes de Montreux entre le gouvernement congolais et la rébellion, les rebelles semblent vouloir afficher une posture plus conciliante afin d’éviter un nouveau durcissement des sanctions occidentales. Pourtant, les engagements annoncés en Suisse restent largement théoriques. Sur le terrain, les combats se poursuivent, notamment dans le Sud-Kivu, devenu l’épicentre des affrontements.
L’AFC/M23 cherche toutefois à apparaître comme respectant officiellement le cessez-le-feu en laissant souvent l’initiative des combats aux groupes Wazalendo, ces milices alliées aux FARDC. Chaque jour, la rébellion accuse ces groupes ainsi que l’armée congolaise de violations répétées de la trêve, notamment autour de Minembwe, dans les Hauts-Plateaux du Sud-Kivu, région à forte population banyamulenge. Malgré son repli vers Kamanyola, à environ 65 kilomètres d’Uvira, l’AFC/M23 conserve une position militaire particulièrement avantageuse. Située au croisement de la RDC, du Rwanda et du Burundi, cette localité représente un point stratégique majeur pour le contrôle de la plaine de la Ruzizi et des accès aux Hauts-Plateaux.
Cette zone permet également de maintenir une proximité logistique avec le Rwanda, facilitant les approvisionnements en hommes, en matériel et en soutien opérationnel. Pour les rebelles, Kamanyola constitue aussi une zone tampon essentielle dans la défense indirecte de Bukavu face à une éventuelle progression des forces burundaises engagées aux côtés de Kinshasa.
Enfin, cette implantation permet à l’AFC/M23 de rester capable d’intervenir rapidement dans les Hauts-Plateaux si les tensions entre la milice Twirwaneho, alliée de l’AFC/M23, et les FARDC venaient à s’aggraver de nouveau.
Une pression diplomatique aux résultats militaires limités
À Kinshasa, ce retrait de l’AFC/M23 est présenté comme une victoire de la stratégie diplomatique menée auprès des États-Unis. Les autorités congolaises estiment que la pression américaine commence enfin à produire des résultats concrets sur le terrain. Washington avait déjà obtenu en mars 2025 le retrait rebelle de Walikale, principalement afin de sécuriser les activités minières du site d’Alphamin, alors détenu par des capitaux américains et canadiens. Quelques mois plus tard, les pressions américaines avaient également contribué au départ des rebelles d’Uvira. Aujourd’hui, le repositionnement vers Kamanyola est interprété par le gouvernement congolais comme une nouvelle avancée diplomatique.
Mais dans les faits, ces gains restent limités. L’AFC/M23 conserve l’essentiel de ses capacités militaires, maintient son contrôle sur plusieurs zones stratégiques et continue de consolider son administration dans les territoires occupés. Pour plusieurs observateurs, la diplomatie américaine ralentit l’expansion rebelle sans pour autant modifier profondément le rapport de force militaire. Pendant ce temps, la rébellion poursuit discrètement la structuration de ses forces, la formation de nouveaux combattants et le renforcement de son implantation territoriale. Dans le même temps, Kigali tente d’éviter un nouveau cycle de sanctions plus sévères.
Malgré le refus officiel du Rwanda de reconnaître une présence militaire sur le sol congolais, la prochaine étape pourrait concerner un retrait partiel de soldats rwandais présents dans l’Est de la RDC sous couvert de « mesures défensives », selon la terminologie utilisée par Kigali. À Washington, certains élus américains souhaitent désormais aller plus loin. Un projet porté par un député démocrate prévoit des sanctions contre toute personne ou entité susceptible d’entraver les accords de paix entre la RDC et le Rwanda. Derrière ce texte, un nom revient de plus en plus ouvertement dans les cercles diplomatiques : celui de Paul Kagame. Pour l’heure, le conflit semble surtout figé dans une logique d’attente stratégique. L’AFC/M23 recule sans véritablement céder de terrain décisif, Kigali subit les premières secousses des sanctions occidentales et Kinshasa mise presque exclusivement sur la pression diplomatique américaine.
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Tentative de 3e mandat en RDC : l’opposition peut-elle rééditer la mobilisation de 2016 ?
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5 jours agoon
mai 20, 2026By
La redaction
Alors que des voix proches du pouvoir évoquent de plus en plus ouvertement une possible révision constitutionnelle en République démocratique du Congo, la question d’un éventuel troisième mandat du président Félix Tshisekedi s’invite dans le débat politique national. Une perspective qui rappelle inévitablement les tensions ayant marqué la fin du règne de Joseph Kabila entre 2016 et 2018. Mais l’opposition congolaise, aujourd’hui fragmentée, dispose-t-elle encore de la capacité de bloquer un tel projet ?
Officiellement, aucun projet de troisième mandat n’a été annoncé par le camp présidentiel. Lors de la conférence de presse du président de la République le 6 mai dernier, une fenêtre a cependant été ouverte. Le chef de l’État a estimé qu’il accepterait un troisième mandat si le peuple le voulait. Cette déclaration a suscité un tollé au sein de l’opposition.
Réunis le 19 mai au Collège Boboto, dans la commune de Gombe, plusieurs leaders de l’opposition politique ont lancé une plateforme de lutte contre tout projet de changement de la Constitution. Dans une déclaration commune, ils ont rappelé qu’« à compter de ce jour, 19 mai 2026, il reste 852 jours avant la convocation constitutionnelle de l’élection présidentielle de 2028 », marquant ainsi le début du « compte à rebours démocratique ».
Pour les membres de cette plateforme, l’échéance constitutionnelle doit être respectée sans exception. « À l’échéance de son mandat, avec ou sans élections, Félix Tshisekedi devra quitter le pouvoir de gré ou de force », ont-ils déclaré.
L’opposition accuse également le régime en place de détourner l’attention des priorités nationales. Les signataires dénoncent « une insouciance coupable et une irresponsabilité historique » dans un contexte marqué par la guerre, l’insécurité et la crise sociale que traverse le pays.
« Au lieu de mobiliser toutes les ressources nationales pour défendre l’intégrité territoriale, réunifier le pays, restaurer l’autorité de l’État et soulager les souffrances du peuple, M. Félix Tshisekedi entretient délibérément un climat de crise permanente », peut-on lire dans leur déclaration.
Les opposants estiment par ailleurs que le pouvoir actuel poursuivrait un « projet de coup d’État constitutionnel » visant à permettre la prolongation du règne du chef de l’État.
Le parallèle avec le cas de Joseph Kabila en 2016
Depuis plusieurs mois, certaines déclarations de cadres de l’Union sacrée alimentent les spéculations autour d’une possible réforme de la Constitution, notamment sur la limitation du nombre de mandats présidentiels.
Dans les cercles politiques de Kinshasa, le débat prend progressivement de l’ampleur. Pour les partisans du président Félix Tshisekedi, une révision constitutionnelle pourrait permettre d’« adapter les institutions aux réalités actuelles ». Les opposants y voient plutôt une tentative déguisée de préparer le maintien au pouvoir du chef de l’État au-delà de 2028.
Le parallèle avec l’époque de Joseph Kabila revient systématiquement dans les discussions. Entre 2015 et 2018, les tentatives supposées de prolongation du mandat de Kabila avaient provoqué une grave crise politique, marquée par des manifestations massives, une forte répression et une pression internationale croissante. À l’époque, l’opposition avait réussi à mobiliser la rue autour d’un mot d’ordre simple : le respect de la Constitution.
Des mouvements citoyens comme La Lucha et Filimbi, soutenus par l’Église catholique à travers le Comité laïc de coordination, avaient joué un rôle déterminant dans cette contestation populaire. Les marches organisées dans plusieurs villes du pays avaient considérablement fragilisé le pouvoir de Kabila et contribué à l’organisation des élections tardives en 2018.
Sous Tshisekedi, le contexte a-t-il changé ?
Huit ans plus tard, le contexte politique apparaît profondément différent. L’opposition congolaise traverse une période de division et d’affaiblissement. Les grandes figures politiques peinent à parler d’une seule voix. Entre les ambitions personnelles, les rivalités régionales et les fractures liées aux approches, aucun front commun solide ne semble encore émerger face au pouvoir.
Certains opposants dénoncent déjà une concentration excessive des pouvoirs autour de la présidence, pointant notamment la majorité parlementaire écrasante acquise par l’Union sacrée après les élections de 2023.
Sur le terrain, une partie de la population semble davantage préoccupée par la crise sécuritaire dans l’Est du pays, la vie chère et le chômage que par les débats constitutionnels. Cette réalité pourrait compliquer toute tentative de mobilisation populaire comparable à celle observée sous Kabila.
Autre différence majeure : le rapport de force international. À l’époque de Kabila, plusieurs partenaires occidentaux avaient clairement exprimé leur opposition à toute prolongation du pouvoir en dehors du cadre constitutionnel. Aujourd’hui, la situation géopolitique régionale, marquée par les conflits sécuritaires et les enjeux miniers, rend les positions diplomatiques plus prudentes.
Pour plusieurs analystes, la capacité de l’opposition à barrer la route à un éventuel troisième mandat dépendra de trois éléments : son unité, sa capacité de mobilisation populaire et l’attitude des institutions, notamment de la Cour constitutionnelle.
Si l’hypothèse d’un troisième mandat de Félix Tshisekedi reste encore au stade des spéculations politiques, le débat qu’elle suscite révèle déjà les fragilités démocratiques persistantes en RDC. Entre mémoire du bras de fer contre Joseph Kabila et recomposition du paysage politique actuel, l’opposition congolaise devra démontrer qu’elle peut encore incarner une force capable de défendre l’alternance et le respect de la Constitution.
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