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« Sauvons la RDC » de Kabila : pourquoi Katumbi a-t-il pris ses distances ?
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5 mois agoon
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La redaction
L’ancien président congolais Joseph Kabila, qui a dirigé la République démocratique du Congo (RDC) de 2001 à 2019, est aujourd’hui au cœur d’une dynamique politique particulièrement complexe et tendue. Condamné à mort par contumace notamment pour organisation d’un mouvement insurrectionnel et complicité avec le groupe rebelle AFC/M23, Kabila a néanmoins orchestré un conclave à Nairobi, donnant naissance à un mouvement politique baptisé « Sauvons la RDC ». Pourtant, l’ex-raïs n’a pas réussi à fédérer tous les poids lourds de l’opposition. Martin Fayulu et Denis Mukwege ont clairement refusé d’adhérer à cette initiative, et Moïse Katumbi a préféré garder ses distances. Retour sur les raisons de cette désaffection.
Sans avoir formellement annoncé son intention de briguer un nouveau mandat en 2028, le retour de Joseph Kabila sur le devant de la scène politique et ses alliances stratégiques laissent planer de nombreuses interrogations sur ses ambitions à long terme. Depuis 2024-2025, Kabila amorce un retour progressif après plusieurs années de discrétion, tandis que Moïse Katumbi, ancien gouverneur du Katanga et figure majeure de l’opposition, mène lui aussi une activité politique intense. Katumbi agit en faveur d’un dialogue national inclusif et se présente comme un acteur incontournable du paysage politique congolais.
Si les deux hommes convergent sur l’importance de convoquer ce dialogue national sous l’égide de la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO) et de l’Église du Christ au Congo (ECC), ils demeurent engagés dans une guerre d’influence discrète, marquée par une rivalité larvée.
La réapparition de Kabila et les critiques du pouvoir
Invisible depuis sa condamnation à mort par la Haute cour militaire de la RDC, le 24 juillet dernier, Joseph Kabila est réapparu mi-octobre à Nairobi. C’est là qu’il a dévoilé son mouvement « Sauvons la République démocratique du Congo ». Cette initiative n’a pas tardé à être critiquée par les tenants du pouvoir à Kinshasa. Julien Paluku, son ancien gouverneur du Nord-Kivu et actuel ministre du Commerce extérieur, déclare sans détour : « Quand on a été chef d’État, on doit viser plus haut, comme à la présidence de la Commission de l’Union africaine ou de l’OIF, et non chercher à déstabiliser le pays qu’on a eu à diriger ». Pour lui, « la RDC se dressera contre quiconque tenterait de freiner sa marche vers l’émergence ». De son côté, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, voit dans ce conclave un « bal nostalgique d’hommes qui regrettent des privilèges perdus ». Le 18 octobre, il déclarait : « Quand vous regardez les participants, vous percevez un climat de nostalgie, de privilèges évaporés ».
La contre-offensive du gouvernement : dissolution de partis
Face à cette offensive, le gouvernement congolais a déclenché une contre-attaque en saisissant officiellement le Conseil d’État pour la dissolution de treize partis d’opposition, principalement ceux accusés de liens avec des groupes rebelles. Cette décision traduit la volonté affichée de Kinshasa de frapper fort contre tous les protagonistes du conclave de Nairobi. Le ministre de l’Intérieur Jacquemain Shabani a justifié cette mesure en évoquant des violations des principes d’unité nationale, de souveraineté et de sécurité. Parmi les formations ciblées figurent notamment le PPRD de Joseph Kabila lui-même, l’AAP de Théophile Mbemba, l’ATD de José Makila, le LGD d’Augustin Matata Ponyo, ainsi que plusieurs autres partis dits « dissidents ». Officiellement, il s’agit de protéger l’ordre public, l’intégrité du territoire et la souveraineté nationale face à toute menace d’ingérence ou alliance avec des groupes armés. Mais pour de certains observateurs, ces mesures confinent à une dérive autoritaire, où le droit est instrumentalisé pour museler la pluralité politique et discipliner l’opposition.
Dans ce contexte, Kabila n’a pas su convaincre ni rallier autour de sa plateforme des figures clés de l’opposition comme Moïse Katumbi, Martin Fayulu, Denis Mukwege ou Delly Sessanga. Si Fayulu et Mukwege ont des raisons évidentes de refuser cette main tendue, pour Katumbi, les jeux politiques liés à 2028 priment largement sur une alliance circonstancielle sous la houlette de l’ex-président.
Une brouille ancienne entre Kabila et Katumbi
Le fossé entre Kabila et Katumbi est ancien. Depuis leur rupture en 2015, lorsque Katumbi s’était opposé au « troisième faux penalty », déni d’un troisième mandat présidentiel pour Kabila, les relations entre les deux hommes se sont dégradées jusqu’à la haine réciproque. La même année, Katumbi se retrouve à l’étranger, exilé après avoir essuyé plusieurs procès et persécutions politiques, tandis que ses proches en RDC, tel Vano Kiboko ou son secrétaire particulier Huit Mulongo, sont incarcérés. En 2018, Kabila interdit à Katumbi de revenir au pays, bloquant sa participation à la présidentielle.
Dans une interview à Jeune Afrique, Kabila n’avait pas mâché ses mots : « Moïse Katumbi, c’est un peu Judas Iscariote : il m’a trahi sans même y mettre les formes, ni élégance ». Il ajoutait : « L’Histoire les jugera, lui et quelques autres. »
Le retour de Katumbi sous Tshisekedi
Sous le régime de Félix Tshisekedi, Katumbi rentre finalement au pays et continue de garder ses distances avec Kabila. Il participe même à la dissolution de la coalition FCC-CACH (2019-2021), alliée autrefois à Kabila. Le parti d’Ensemble pour la République, dirigé par Katumbi, intègre le gouvernement en 2021. Pourtant, à l’approche des élections de 2023, Katumbi s’éloigne de Tshisekedi pour renouer un rapprochement, surpris, avec Kabila. Une poignée de main entre les deux figures, en mai 2022, à Lubumbashi, sous l’égide de la CENCO, marquait ce retour symbolique.
Cette réconciliation fut un moment fort, témoignant d’une apparente volonté de mettre de côté sept années d’animosité, au moins pour œuvrer à l’unité katangaise.
Les élections de 2023 et le jeu d’alliances
En 2023, Katumbi se porte candidat à la présidentielle face à Tshisekedi, tandis que le FCC de Kabila se retire du processus, dénonçant un scrutin non transparent. Après l’élection, Katumbi coupe les ponts avec Tshisekedi, mais s’approche davantage de Kabila en 2024.
Cette dynamique s’est renforcée en décembre 2024 lors d’une rencontre à Addis-Abeba, en Éthiopie, dont la tenue n’a été officialisée que le 26 décembre. Le communiqué commun, relayé par RFI, portait la signature d’Olivier Kamitatu, proche de Katumbi. Ils y dénonçaient la crise sécuritaire et politique que traverse la RDC, appelant à la paix, à l’unité nationale et au respect des droits fondamentaux, soumis à de lourdes violations. Ils mettaient en garde contre la dérive autoritaire et incitaient à la résistance contre une révision constitutionnelle en préparation, jugée dangereuse pour le pacte républicain et la stabilité nationale.
Condamnation de Kabila et soupçons sur Katumbi
Cependant, en parallèle, Joseph Kabila a été condamné à mort par contumace par la Haute cour militaire, reconnu coupable notamment de crimes de guerre et complot avec le mouvement rebelle M23. Ce jugement ternit gravement sa stature politique.
Dans le même temps, des soupçons entourent Katumbi, dont la ferme a été perquisitionnée. Il est accusé, entre autres, d’avoir entrepris des travaux non autorisés sur une piste d’aérodrome à Mulonde, dans une zone menacée par les rebelles, suscitant interrogations et méfiance.
Alors que la justice militaire s’acharne sur Kabila, Katumbi choisit le silence politique. Il ne signe plus aucune déclaration commune avec Kabila, ni avec Fayulu ou Mukwege.
Pourquoi Katumbi a-t-il pris ses distances ?
Sur le plateau de « Dites-nous la vérité », Christian Mwando, président du groupe parlementaire Ensemble pour la République, a levé le voile sur cette distance persistante entre Kabila et Katumbi. Pour lui, le fossé est idéologique et ambitionnel : Kabila appartient au passé, tandis que Katumbi nourrit encore l’ambition présidentielle. Soutenir Kabila reviendrait à faire de l’ombre à cette stratégie personnelle. « Ensemble pour la République refuse qu’un leadership se dessine sans sa connaissance, qu’il y ait une locomotive et qu’Ensemble devienne un simple wagon », a-t-il déclaré avec force, dénonçant la « convocation unilatérale » à Nairobi sous la houlette de Kabila.
Ce désaccord incarne un tournant majeur dans la carrière de Katumbi, qui entend s’affranchir de l’ombre d’un allié en perte de crédit, terni par des accusations lourdes. Le message est clair : Moïse Katumbi n’est ni un vassal ni un collaborateur de Kabila. Il se veut acteur autonome, porteur de son propre destin politique. Le temps où son camp devait s’aligner derrière un parrain est désormais révolu.
Dans ce contexte politique fracturé, l’avenir dira si cette autonomie renforcera l’attractivité de Katumbi ou l’isole davantage dans un paysage politique congolais désormais plus incertain que jamais.
Heshima
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RDC : Ces dix événements qui ont marqué l’année 2025
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3 mois agoon
janvier 6, 2026By
La redaction
L’année 2025 aura été une année difficile sur le plan sécuritaire pour la République démocratique du Congo (RDC). Cette année, qui arrive à son terme, a été ponctuée par plusieurs événements marquants. Heshima Magazine revient sur dix d’entre eux.
En 2025, le pays a perdu le contrôle de deux de ses importantes capitales régionales occupées par les rebelles de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23). Dès le 13 janvier, le célèbre catcheur congolais Edingwe « Moto na Ngenge », de son vrai nom Louis Mapima Mbaka, est décédé à Casablanca, au Maroc, à l’âge de 73 ans, provoquant une grande émotion en RDC où il était une légende, avec des hommages nationaux qui ont suivi son rapatriement à Kinshasa fin février 2025. En dehors de ce cas de décès, voici une rétrospective d’une année riche en événements notamment sur les situations sociales, les inondations et le sport.
24 janvier : Mort du général Peter Cirimwami
Dès l’entame de l’année, la RDC a été confrontée à une aggravation de la situation sécuritaire dans sa partie Est. Le général major Peter Cirimwami Nkuba, officier des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et gouverneur militaire intérimaire de la province de Nord-Kivu, a été tué le 24 janvier après avoir été touché par balles la veille près de Sake, une cité située près de la ville de Goma. L’incident a eu lieu alors que le gouverneur militaire s’était déplacé vers la ligne de front à l’ouest de Goma. Sérieusement blessé, il a été pris en charge d’abord à Goma puis évacué dans la nuit vers Kinshasa. Inhumé huit mois plus tard avec un colonel tombé également sur la ligne de front au Sud-Kivu, Peter Cirimwami Nkuba a été élevé au rang de grand officier et commandeur dans l’ordre national des héros nationaux Kabila-Lumumba par le président de la République, Félix Tshisekedi. La cérémonie, qui a eu lieu au Palais du peuple, en plein cœur de la capitale congolaise, a été ponctuée de nombreux hommages.
27 janvier 2025 : Chute de la ville de Goma
Le 27 janvier, Goma, la capitale du Nord-Kivu, est tombée aux mains des rebelles de l’AFC/M23, soutenus par l’armée rwandaise. L’offensive avait démarré depuis le 23 janvier. La chute de cette ville a marqué une escalade significative du conflit dans l’Est du pays. Symbole stratégique, politique et économique, la capitale du Nord-Kivu est devenue l’épicentre d’une onde de choc aux répercussions nationales et régionales. Cette prise de la ville la plus importante de l’Est du pays a entraîné une crise humanitaire et politique, avec des appels à l’aide internationale et des protestations en RDC. A Kinshasa, cette offensive éclair et brutale a provoqué des émeutes populaires contre certaines ambassades occidentales, notamment celles de la France et de la Belgique. L’ambassade du Rwanda dont le pays participe aux hostilités aux côtés des rebelles du M23 a été aussi attaquée.
A Goma, la ville traverse toujours une épreuve difficile près d’une année après son occupation. Ces combats avaient provoqué de nouveaux déplacements massifs de populations, s’ajoutant à des camps déjà saturés autour de la ville. Des familles entières avaient fui sans ressources, cherchant refuge dans des écoles, des églises ou à même les routes menant vers le Sud-Kivu. Malgré le démantèlement par la force des camps des déplacés autour de la ville de Goma, certaines familles, en rentrant chez elles, ont trouvé des occupants inconnus dans leurs champs et parfois dans leurs maisons. Kinshasa a dénoncé une « implantation » des populations inconnues dans les zones contrôlées par le Rwanda via le M23 au détriment des autochtones. Des voix discordantes sont systématiquement réduites au silence. C’est le cas de l’artiste musicien Katembo Idengo, alias « Delcato », tué le 13 février 2025 par des rebelles du M23 à Goma, alors qu’il était en train de tourner un clip d’une chanson dénonçant l’occupation des villes de l’Est du pays par ces rebelles appuyés par le Rwanda.
De leur côté, les organisations humanitaires ont alerté sur des pénuries critiques de nourriture, d’eau potable et de médicaments, aggravées par l’insécurité et la fermeture de plusieurs axes d’approvisionnement. Les hôpitaux de Goma, déjà fragilisés, ont peiné à faire face à l’afflux de blessés. L’accès aux soins est devenu un luxe, alors que le risque d’épidémies augmente dans les zones de regroupement improvisées. Les enfants, particulièrement vulnérables, sont exposés à la malnutrition, aux violences et à l’interruption brutale de leur scolarité. Cette chute de la ville a provoqué des milliers de morts civils. Au-delà de l’urgence humanitaire, cette situation d’occupation ravive les tensions régionales et les craintes d’une escalade majeure du conflit. Les accusations de soutiens extérieurs au M23 refont surface, compliquant davantage les efforts diplomatiques pour stabiliser la région.
14 février : Chute de Bukavu
Après la ville de Goma et des combats dans certains territoires du Sud-Kivu, la ville de Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu, est finalement tombée le 14 février. Des combattants de l’AFC/M23 ont marché et roulé dans le centre-ville sans résistance. Contrairement à Goma, Bukavu était tombée sans combat. Il s’agit de la deuxième grande ville du pays à être passée sous contrôle des rebelles dans cette région riche en minerais. Plus d’une dizaine de jours après l’occupation de cette ville, une attaque à la grenade a été perpétrée en marge d’un meeting de l’AFC/M23 organisé à la Place de l’indépendance à Bukavu. Cet attentat a entraîné la mort d’une dizaine de personnes et fait une soixantaine de blessés. A Goma, comme à Bukavu, les rebelles ont installé des administrations parallèles.
Avril 2025 : Des inondations meurtrières à Kinshasa
Des pluies diluviennes se sont abattues sur Kinshasa, le 5 avril, causant la mort d’une trentaine de personnes et paralysant la capitale du pays. Des habitants circulaient en pirogue ou à la nage dans des avenues transformées en rivières. Après les pluies, les eaux ont progressivement monté, dévastant plusieurs quartiers périphériques et défavorisés de Kinshasa, mégapole de plus de 17 millions d’habitants et marquée par une urbanisation anarchique. Des quartiers les plus touchés étaient Debonhomme, Salongo et une partie de Kingabwa mais aussi Ndanu dans la commune de Limete, ainsi que d’autres zones fragiles dans les communes de Mont-Ngafula, Matete et N’djili.
Au total, 5 300 ménages des sinistrés de ces inondations ont été indemnisés par l’Etat congolais et ramenés à leurs domiciles, d’après le compte-rendu du 55ème Conseil des ministres.
Juin 2025 : Accord de paix signé le 27 juin
Après l’occupation de Goma et Bukavu, Kinshasa et Kigali ont signé un accord de paix. Représentés par leurs ministres des Affaires étrangères respectifs, la République démocratique du Congo et le Rwanda ont signé, le 27 juin 2025 à Washington, un accord en présence du secrétaire d’Etat des Etats-Unis, Marco Rubio. Signé par Mme Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre congolaise des Affaires étrangères, et Olivier Nduhungirehe, son homologue rwandais, cet accord comprend deux volets majeurs : sécuritaire et économique. Il prévoit notamment le respect de l’intégrité territoriale des deux pays, la cessation des hostilités entre leurs armées, ainsi que l’engagement mutuel de ne plus soutenir des groupes armés comme les FDLR ou l’AFC/M23. Il inclut également la mise en place d’un mécanisme conjoint de coordination sécuritaire fondé sur le concept d’opérations adopté à Luanda en octobre 2024. Cet accord bilatéral de paix entre la RDC et le Rwanda est signé sous médiation des États-Unis et vise à apaiser les tensions régionales dans les Grands Lacs.
Septembre 2025 : Condamnation de Constant Mutamba
L’ancien ministre de la Justice et Garde des sceaux, Constant Mutamba, a été condamné le 2 septembre 2025 à 3 ans de travaux forcés. Il a écopé également de 5 ans d’interdiction de vote et d’éligibilité. Cette sentence a été également confirmée en appel. Le verdict de la Cour de cassation de la République démocratique du Congo l’a reconnu coupable de détournement de fonds alloués à la construction d’une prison à Kisangani, dans la province de la Tshopo, dans le nord-est de la RDC. L’ancien ministre de la Justice a également été exclu de toute fonction publique, et sommé de restituer 19 millions de dollars détournés.
Septembre 2025 : Condamnation par contumace de Joseph Kabila
L’ancien président de la RDC, Joseph Kabila – 54 ans – a été condamné à mort par contumace par la Haute Cour militaire de Kinshasa en septembre 2025. Il était poursuivi pour trahison et crimes de guerre, notamment pour son lien présumé avec le groupe rebelle AFC/M23. Il a été jugé coupable d’intelligence avec le Rwanda, complot et participation à un mouvement insurrectionnel. Joseph Kabila, qui n’était pas présent à son procès dans la capitale Kinshasa et n’y était pas non plus représenté, a finalement réapparu à Nairobi, au Kenya, créant une coalition d’opposition dénommée « Sauvons la RDC » en octobre dernier. Une plateforme qui réunit certains opposants en exil notamment Franck Diongo, Jean-Claude Mvuemba et Augustin Matata Ponyo.
Novembre 2025 : La RDC remporte la finale des barrages africains pour le mondial
L’année 2025 a vu aussi les Léopards de la République démocratique du Congo réaliser un exploit historique en battant en finale des barrages africains les Super Eagles du Nigeria pour la dernière place de la qualification à la Coupe du monde 2026. Après un match nul (1-1) dans le temps réglementaire, les Léopards ont réussi à se défaire du Nigeria sur tirs au but. Une victoire majeure pour la qualification à la Coupe du monde 2026. Les hommes de Sébastien Desabre ne sont qu’à un match de la phase finale de la Coupe du monde qui aura lieu en juin prochain aux Etats-Unis, Mexique et Canada. En mars prochain, ils affronteront en finale des barrages intercontinentaux le gagnant du match Jamaïque-Nouvelle-Calédonie qui se jouera au Mexique. Après plus de 51 ans, jamais la RDC n’était aussi proche d’une qualification au mondial.
Décembre 2025 : Accord de paix ratifié par Tshisekedi et Kagame
Après avoir été signé le 27 juin par les ministres des Affaires étrangères de deux pays en conflit, l’Accord de paix de Washington a été ratifié le 4 décembre par les présidents congolais, Félix Tshisekedi, et rwandais, Paul Kagame, en présence du président américain Donald Trump. Félix Tshisekedi s’est engagé solennellement à mettre en œuvre, « en toute sincérité », l’ensemble des obligations qui en découlent. Le chef de l’État congolais a exprimé l’espoir que, avec le même sérieux, le Rwanda respectera pleinement la lettre et l’esprit des engagements pris à Washington. Mais seulement quelques jours après, les rebelles de l’AFC/M23 appuyés par l’armée rwandaise ont pris le contrôle de la ville d’Uvira, au Sud-Kivu. Malgré les appels au retrait de ces troupes par les Etats-Unis, l’armée congolaise affirme que ces rebelles n’ont pas quitté totalement la ville d’Uvira. Cette ville stratégique peut donner accès à la province du Tanganyika.
15 décembre : Roger Lumbala condamné à 30 ans de prison
L’ancien chef rebelle et ministre congolais, Roger Lumbala, a été condamné, le15 décembre, à 30 ans de réclusion criminelle par la Cour d’assises de Paris, en France. Il a été reconnu coupable de complicité de crimes contre l’humanité, pour avoir ordonné, aidé ou encouragé ses troupes lors de l’opération « Effacer le tableau » dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Son rôle dans les crimes commis dans ces deux régions de la République démocratique du Congo entre 2002 et 2003 a été épinglé tout au long du procès. Le parquet avait requis la réclusion à perpétuité, mais les juges ont prononcé une peine de 30 ans. C’est la première fois qu’un ancien rebelle congolais soit jugé par la France. Des ONG des droits de l’homme parlent d’une avancée majeure pour les droits des victimes des conflits armés en RDC.
Heshima Magazine
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RDC : entre progrès tangibles et défis persistants dans la lutte contre le Sida
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5 mois agoon
décembre 1, 2025By
La redaction
Ce 1er décembre 2025, le monde célèbre la journée internationale de lutte contre le Sida. Alors que la République démocratique du Congo enregistre des avancées notables dans la prévention et la prise en charge de ce fléau, de nombreux défis continuent d’entraver l’accès équitable aux soins et la réduction durable des nouvelles infections. Entre efforts gouvernementaux, partenariats internationaux et réalités du terrain, la lutte reste à la croisée des chemins.
Depuis plusieurs années, la RDC s’efforce de renforcer sa riposte contre le VIH/Sida à travers une combinaison de politiques publiques, de programmes communautaires et de soutiens internationaux. Les progrès sont réels : davantage de centres de dépistage ont été ouverts dans les zones urbaines et rurales, la sensibilisation s’intensifie auprès des jeunes grâce aux campagnes éducatives, et l’accès aux antirétroviraux (ARV) s’est globalement amélioré, permettant à de nombreuses personnes vivant avec le VIH de mener une vie plus stable.
Le pays connaît, depuis 2010, une baisse constante du taux de prévalence de la maladie. Sur 103 millions d’habitants, environ 600 000 seulement vivent avec le VIH, selon l’ONUSIDA. La RDC continue de fournir des efforts pour l’élimination totale de cette maladie à l’horizon 2030. Cette année, la commémoration s’est déroulée sous le thème : « Sur le chemin des droits ». Cette thématique souligne l’importance des droits humains dans la lutte contre le VIH/sida. D’après le dernier rapport de l’ONUSIDA, publié en prélude à cette commémoration, le monde peut atteindre l’objectif convenu de mettre fin au Sida en tant que menace pour la santé publique d’ici à 2030. Mais à condition que les dirigeants protègent les droits humains de toutes les personnes vivant avec le VIH ou exposées au risque d’infection par le virus.
Fragilité des infrastructures sanitaires…
Les organisations communautaires jouent un rôle essentiel dans cette dynamique. Souvent en première ligne, elles facilitent le dépistage volontaire, accompagnent les patients dans l’observance thérapeutique et luttent contre la stigmatisation qui reste l’un des obstacles les plus tenaces. Dans certains territoires enclavés, ces structures sont même la seule passerelle entre les populations et les services de santé. Cependant, la progression reste inégale. Les infrastructures sanitaires demeurent fragiles, particulièrement dans les provinces affectées par les conflits ou les difficultés logistiques. Le manque de personnel formé, les ruptures sporadiques de stocks d’ARV, ainsi que les barrières culturelles et socioéconomiques compromettent encore l’efficacité de la prise en charge. Les adolescentes et jeunes femmes, plus exposées au risque d’infection, nécessitent des programmes ciblés encore insuffisamment déployés.
La stigmatisation sociale, quant à elle, sape silencieusement les avancées. Beaucoup hésitent encore à se faire dépister ou à suivre leur traitement par crainte du rejet familial ou communautaire. Les efforts de sensibilisation doivent donc s’intensifier pour ancrer la compréhension que le VIH est une maladie chronique gérable, et non une fatalité.
Un relâchement constaté
Le dernier rapport de l’ONUSIDA sur le taux de prévalence de la maladie en RDC date de 2022. Ce rapport souligne que le nombre de nouvelles contaminations dans le pays a chuté de 58 % depuis 2010, et les décès de 72 %. Le taux de prévalence reste faible (0,6 %), soit environ 600 000 personnes atteintes du VIH pour 103 millions d’habitants. Depuis 2018, 83 % des personnes connaissent leur statut sérologique et 82 % des malades sont sous traitement antirétroviral (ARV).
Ces chiffres encourageants ont cependant créé un relâchement de la part du gouvernement. L’État congolais a, depuis, cessé le dépistage généralisé pour se concentrer sur les populations les plus à risque. Il s’agit des travailleuses du sexe, des usagers de drogues injectables, des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (homosexuels), des personnes tuberculeuses, ainsi que des femmes enceintes et allaitantes. Malgré la baisse du taux de personnes infectées, rappelait Heshima Magazine en 2024, les chiffres de la RDC restent tout de même élevés par rapport à d’autres pays où la lutte contre cette pandémie est menée sans relâche. C’est le cas de la Namibie, où le pays a réussi à réaliser 99 % des naissances sans transmission du VIH. Le taux de prévalence de la maladie chez les adultes diminue également. En France, le taux de personnes infectées est de 200 000 pour 68 millions d’habitants, soit 0,4 %.
Entre optimisme mesuré et vigilance constante, la RDC poursuit sa lutte contre le Sida. Les acquis sont précieux, mais fragiles. Pour espérer un avenir où le VIH ne sera plus une menace majeure, il faudra non seulement renforcer les moyens, mais surtout consolider la confiance, l’information et la solidarité au cœur des communautés.
Heshima
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Procès Lumbala à Paris : Bemba devrait-il s’en inquiéter ?
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5 mois agoon
novembre 28, 2025By
La redaction
Jugé depuis le 12 novembre 2025 devant la Cour d’assises de Paris, l’ex-chef rebelle congolais Roger Lumbala est poursuivi pour complicité présumée de crimes contre l’humanité commis en 2002-2003 dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Dans ce procès inédit, Lumbala réclame la comparution – même par visioconférence – de Jean-Pierre Bemba, à l’époque chef d’un mouvement armé allié (Mouvement de libération du Congo, MLC), pour tenter de le disculper. Mais la justice française n’a jusqu’à présent cité aucun autre Congolais, Jean-Pierre Bemba compris.
Depuis le 24 novembre, la Cour d’assises de Paris a entamé l’écoute des victimes notamment des membres des communautés pygmées d’Épulu et de Mambasa qui ont livré des récits accablants : viols, exécutions sommaires, tortures et pillages durant l’opération « Effacer le tableau » exécutée entre 2002 et 2003. La plupart de ces victimes sont venues d’Epulu, Mambasa et de la région d’Isiro dans les provinces de l’Ituri et Haut-Uélé (deux entités de l’ancienne Province Orientale) et défilent devant les juges français pour témoigner et réclamer justice. Plusieurs ONG de défense des droits humains, nationales et internationales, se sont constituées parties civiles. Elles saluent l’ouverture de ce procès, après des décennies d’impunité, comme un tournant vers la justice pour les victimes.
Procès historique et polémique
Le procès Lumbala a débuté le 12 novembre 2025 à Paris, ce qui est une première : jamais un Congolais n’avait été jugé en France pour des crimes commis en RDC sur la base du principe de compétence universelle. L’ancien chef du groupe armé Rassemblement Congolais pour la Démocratie-National (RCD‑N) est accusé d’avoir participé à l’opération dite « Effacer le tableau », marquée entre 2002 et 2003 par des exactions – meurtres, viols, pillages, travaux forcés – contre des populations civiles, notamment des communautés Nande et Pygmées.
À l’ouverture, la défense a contesté la compétence de la justice française pour juger des faits commis en RDC et dénoncé ce qu’elle considère comme un « néo-colonialisme judiciaire ». Pour sa part, Lumbala a refusé de comparaître et demandé le retrait de ses avocats, dénonçant une « justice illégitime ». Malgré ces résistances, la Cour d’assises de Paris s’est déclarée compétente le 21 novembre 2025, rejetant l’exception soulevée par la défense.
L’appel à témoignage de Bemba…
Dans une lettre datée du 16 novembre et adressée à Jean-Pierre Bemba, actuel vice-premier ministre congolais en charge des Transports, Lumbala l’a sollicité pour venir témoigner, même par visioconférence, en sa faveur. Il affirme qu’il n’a exercé aucune autorité militaire directe lors des faits reprochés, mais qu’il avait seulement apposé sa signature sur des accords conclus par Bemba et d’autres responsables. L’objectif : que Bemba éclaire la justice française sur la chaîne de commandement et la nature des ordres donnés en 2002-2003. Roger Lumbala demande aussi que plusieurs anciens cadres de son ancien mouvement soient appelés comme témoins.
Mais selon le greffe de la Cour d’assises de Paris, ni Jean-Pierre Bemba, ni un autre haut responsable congolais – en l’occurrence Constant Ndima – n’ont été formellement cités dans la procédure comme prévenus, témoins ou parties à convocation. Les avocats de Lumbala eux-mêmes ont dit leur surprise face aux rumeurs circulant sur les réseaux sociaux évoquant l’implication de Bemba dans l’affaire, le qualifiant de « poison rwandais ».
Justice, vérité… ou impasse ?
Le procès de Roger Lumbala s’inscrit dans un cadre inédit, celui de la compétence universelle, et représente pour beaucoup une opportunité longtemps attendue pour rendre justice aux victimes de l’Est de la RDC. Toutefois, l’issue reste incertaine. Au procès, des noms ne cessent d’être cités, notamment ceux de Jean-Pierre Bemba et du général Constant Ndima, occupant actuellement des responsabilités au sein des institutions du pays.
L’appel à un témoignage de Jean-Pierre Bemba – symbole pour certains d’un lien crucial entre les commanditaires et les exécutants – risque de ne jamais déboucher : la justice française n’a pas retenu son nom dans la procédure, et sa comparution n’est pour l’instant pas envisagée. Jean-Pierre Bemba ne devrait donc pas s’en inquiéter au stade actuel de la procédure. Lui qui avait été jugé à la Cour pénale internationale (CPI) pour des faits de crimes de guerre et crime contre l’humanité prétendument commis en République centrafricaine pendant sa rébellion. Mais l’homme avait été finalement acquitté de ces charges.
Dans ces conditions, le procès Lumbala pourrait se heurter à un manque de « chaines de responsabilité » claires. Même si des victimes ont témoigné, l’absence de responsables congolais devant la barre pourrait fragiliser la vérité judiciaire. Mais pour les ONG et les parties civiles, le simple fait que des survivants puissent s’exprimer devant un tribunal international constitue déjà une avancée – modeste, mais réelle. Ce procès peut aussi ouvrir la voie à d’autres, surtout pour les crimes documentés dans le rapport Mapping des Nations Unies. Le docteur Denis Mukwege – prix Nobel de la paix – n’a jamais cessé d’évoquer ce document et demandé la fin de l’impunité pour des auteurs cités dans ce rapport.
Heshima
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